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Thierry Bodson: «Le gouvernement wallon ne fonctionne plus!»

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Thierry Bodson

Dans la « Libre Belgique » du 30 mars 2013, le dirigeant de la FGTB wallonne répond aux questions de Frédéric Chardon.

Saint-Gobain, Caterpillar, ArcelorMittal… Contrairement aux propos rassurants que l’on peut entendre sur le redressement de la Wallonie, on licencie à tour de bras…

C’est seulement maintenant que le ressac économique de la crise de 2008 nous tombe dessus. En Wallonie, pour toute une série de raisons, on a connu ce ressac avec retard par rapport aux régions avoisinantes. Mais il n’y avait pas de raison qu’on y échappe Saint-Gobain est malheureusement un très bon exemple de ce qui est en train de se passer : c’est la crise et les gens n’ont plus confiance, ils ne veulent plus acheter de voitures ou n’en sont plus capables. Et cela frappe de plein fouet Saint-Gobain qui produit des pare-brise.

Il y a la crise, d’accord. Mais le pouvoir politique n’a-t-il pas aussi sa part de responsabilité ?

Tout à fait. A côté des restructurations, on a un gouvernement fédéral qui est toujours embringué dans des discussions budgétaires. Finalement, à part des budgets, que font-ils au fédéral ? Ils ne font plus que cela, courir après l’équilibre ! Avec toute la grogne sociale que cela provoque, la grogne des patrons, etc. On passe de budgets en contrôles budgétaires en permanence, mais c’est le serpent qui se mord la queue. Il faudra bien sortir de là à un moment donné. Je vois encore une autre faille du pouvoir politique : la sixième réforme de l’Etat arrive avec ses transferts massifs de compétences. Mais ces nouvelles responsabilités viennent se plaquer sur un gouvernement wallon qui ne fonctionne plus et qui ne se prépare pas à les accueillir. Croire que ce gouvernement est encore une équipe, franchement, il faut vraiment venir de la planète Mars !

Bref, la FGTB est d’accord avec le MR : l’Olivier wallon a échoué…

En l’occurrence, objectivement, je suis d’accord avec le MR, oui. Mais ce qu’il y a de dommage, c’est que, individuellement, certains ministres wallons fonctionnent plus ou moins bien. Je ne vais pas vous étonner en vous disant que je trouve que Jean-Claude Marcourt travaille bien; je pense aussi que Jean-Marc Nollet, par exemple, est à fond sur ses dossiers. Il n’a pas pris les bonnes décisions en matière de photovoltaïque, c’est vrai, mais c’est quelqu’un qui travaille. Mais puisque le gouvernement wallon n’est pas une équipe, on tombe dans la cacophonie qu’on a connue avec le dossier du photovoltaïque

Quand vous dites que l’Olivier ne se prépare pas à recevoir les compétences du fédéral, est-ce que vous n’exagérez pas ? Il y a des groupes de travail qui planchent sur la question, tout de même.

La seule question que se pose le monde politique, c’est de savoir comment on va organiser administrativement les transferts. Ils n’ont pas de vision. Alors que des questions fondamentales se posent. Pour les allocations familiales, par exemple, doit-on se focaliser en Wallonie sur une politique nataliste, oui ou non ? Autrement dit, le rang de l’enfant doit-il encore avoir une importance dans le montant de l’allocation familiale ? Personnellement, je pense que non, il faudrait le même montant pour tous les enfants.

Ce genre de questions ne se règle pas non plus en un jour…

Ça fait maintenant plus d’un an qu’on sait quelles sont les matières régionalisées, qu’on sait en gros quels volumes financiers cela représente. Mais il n’y a rigoureusement rien qui se fait à l’intérieur de l’Olivier ! Rien de rien Que fait-on pour le moment en Wallonie ? On invite les gens du fédéral sur les transferts, on les écoute et puis on dit : « Houlà ! C’est compliqué  » Là, je commence à en avoir vraiment soupé : il faut que la Wallonie se prépare, qu’elle se dote d’une vision de société. Les transferts vont augmenter de 30 à 40 % les champs de compétences des Régions. Qu’on arrête de dire « on ne les voulait pas, ces transferts de compétences », et qu’on essaie d’en faire la meilleure opportunité.

Vous pouvez donner un exemple ?

En ce qui concerne le marché du travail, on a le transfert des aides à l’emploi : pourquoi ne pas s’arranger pour que ces systèmes servent mieux les Régions et la Wallonie en l’occurrence ? Par exemple, on pourrait conditionner les aides à l’emploi au respect de critères par les entreprises elles-mêmes. Il ne suffirait plus d’engager telle personne qui respecte telle condition. Les Régions pourraient introduire, comme condition supplémentaire préalable aux aides à l’emploi, le fait que l’entreprise mette un certain pourcentage de son chiffre d’affaires en recherche et développement. Et qu’elle respecte certains ratios : par exemple, seules auraient des aides à l’emploi les entreprises qui créent beaucoup de jobs. On calcule cela en divisant les rémunérations au sein de l’entreprise par son chiffre d’affaires.

Bref, ces transferts de compétences, c’est aussi l’occasion de définir une politique industrielle plus cohérente pour la Région wallonne ?

J’essaie de faire comprendre qu’il y a une opportunité historique pour la Wallonie. Mais, pour l’instant, il n’y a que Jean-Claude Marcourt qui le comprend Il y a une autre menace qui pourrait empêcher la mise en place d’une vraie politique industrielle : le futur traité budgétaire européen et son carcan d’austérité. Si on ne fait rien, l’ensemble des parlements en Belgique vont très certainement voter le traité budgétaire européen. Or, voter ce traité et affirmer qu’on veut une politique industrielle, c’est dire une chose et son contraire. Ce texte va couler en force de loi, voire de constitution, le fait d’imposer une discipline budgétaire d’une extrême rigueur aux Etats avec 0,5 % maximum de déficit public annuel ! Et, si on dépasse ce seuil, on recevra une amende de l’ordre de 0,2 % du PIB Donc, 750 millions dans le cas de la Belgique. La seconde partie du traité, c’est la coordination économique : une série d’indicateurs vont permettre de comparer la compétitivité des différents pays. A nouveau, en cas de dépassement des limites, on recevra une amende de 0,1 % du PIB cette fois. L’endettement d’un pays ne pourra pas non plus rester trop longtemps au-dessus de 60 % du PIB. On va donc vers de grandes difficultés pour mener des politiques de relance.

Pensez-vous que les députés, en Belgique, pourraient rejeter le traité pour ces raisons ? Vous les avez sensibilisés à la question ?

Pour rappel, un seul parlement qui ne ratifie pas peut tout bloquer On a donc écrit aux parlementaires mais, jusqu’à présent, on ne nous répond pas. Ah, si, j’ai quand même eu un accusé de réception Si les parlementaires croient que je vais me contenter d’être auditionné trois jours avant leur vote le doigt sur la couture du pantalon, ils se trompent ! Ça ne me convient absolument pas. Ça mérite un débat public au niveau fédéral et régional. On a le temps : la ratification ne doit être faite que pour la fin de cette année. Ce n’est pas une course à l’échalote. Si on pouvait faire un débat devant l’opinion publique, je suis sûr qu’il y aurait un virage à 90°. Si pas plus

Comment expliquer cette inertie politique que vous dénoncez ici ? Un complot néolibéral ?

C’est plutôt le problème de l’Europe telle qu’elle se construit : cet endroit de décision est de plus en plus éloigné et de moins en moins surveillé par les contre-pouvoirs et par les politiques qui comptent, c’est-à-dire ceux qui sont au niveau national.

L’état francophone n’existe pas

Véronique Lamquin

Véronique Lamquin

L’édito de Véronique Lamquin dans «Le Soir» du 23 mars 2013

Le plan B, tout le monde y (re)pense, grâce à Geert Bourgeois. Samedi dernier, dans le Standaard, le ministre N-VA a dévoilé la stratégie de son parti pour l’après-2014. L’«autonomie totale» (lisez : l’indépendance) des Régions, du moins des deux « grandes ».  Et pour Bruxelles, la cogestion. Une sortie qui aura eu le mérite de la piqûre de rappel pour les partis francophones. Il faut, certes, discuter de l’application de la sixième réforme de l’Etat. Mais aussi se préparer à tous les scénarios, en ce compris celui de l’éclatement du pays. Tant au PS qu’au MR, chez Ecolo ou au CDH, quoi qu’en disent les présidents, les experts planchent sur cette hypothèse : scission de la dette, reconnaissance internationale…

Mais il serait grand temps aussi de se pencher sur le projet politique. Parce qu’à cet égard, c’est le grand flou. Officiellement, on ne parle pas du plan B. En filigrane de certaines interviews, on devine quelques intentions. Pour les uns, la Belgique résiduelle est synonyme d’Etat francophone, ce qui revient à nier le statut bilingue de Bruxelles. Pour d’autres, cette Belgique restante est l’union de la Wallonie et Bruxelles, soudées par des liens que l’on serait bien en peine de définir. Bref, ce n’est pas clair.

Ce qui l’est beaucoup plus, c’est l’avis des premiers concernés, les Wallons et les Bruxellois, qui s’expriment dans notre sondage. Accentuant une tendance enregistrée ces dernières années, les Bruxellois votent pour l’indépendance. Un choix surprenant ? Pas vraiment ! Ces dernières années, l’identité bruxelloise s’est nettement affirmée, multiculturelle, multilingue. Une part sans cesse croissante de la population bruxelloise est d’origine étrangère, n’a pas le français pour langue maternelle. A Bruxelles, l’appartenance s’exprime par rapport à une Région urbaine, une commune, un quartier, la Belgique. Bien plus qu’à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Du reste, la classe politique contribue activement à renforcer ce fait. Les Flamands, en brandissant régulièrement la menace de la cogestion. Les francophones en peinant, depuis plus de quarante ans, à donner un projet politique, des structures claires, une adhésion populaire, même un nom qui dure, à la Communauté française.

Pas étonnant que les Bruxellois ne se retrouvent pas dans cet « Etat » francophone. De quoi faire réfléchir les présidents de parti, à l’heure où ils réfléchissent au destin de la Wallonie et de Bruxelles. C’est, d’abord et avant tout, celui des Wallons et des Bruxellois.

Quid des partis dans le cadre de l’intégration-autonomie avec la France ?

ps

On nous pose souvent la question du devenir des partis politiques dans le contexte de l’intégration à La France.

Dans le cadre de l’intégration-autonomie, nos partis politiques resteront libres de décider de leur propre sort.

En France, il y a des partis politiques « locaux/régionaux »… Et il y a des versions « locales/régionales » de partis nationaux (des « fédérations » locales/régionales dotées d’une certaine autonomie).

Il faut examiner cela dans le temps, et parti par parti.

Dans un premier temps, comptables du processus d’intégration, les partis francophones subsisteront, en passant des « alliances » avec les partis français proches.

Dans un second temps, le PS, peu différent idéologiquement du PS français, devrait intégrer celui-ci, quitte à conserver en son sein une identité propre. De même pour le MR avec l’UMP. Pour le CDH et Ecolo, c’est moins net : le « centre » français est multiple, et les verts français « typiques ». Et, à Bruxelles, un parti local de type FDF pourrait y subsister longtemps.

Pour ce qui est de l’incidence sur le nombre de mandataires des différents niveaux de pouvoir, elle serait nulle en ce qui concerne les régions, provinces, communes et structures associées, puisqu’il y maintien juridique, sans exception, des institutions territoriales existantes.

Au niveau national (députés, sénateurs), sachant que le Parlement français comprend près de 1.000 membres et que nous représentons environ 7% de la population française, l’usage de la règle de trois permet d’escompter de 60 à 70 députés et sénateurs wallons et bruxellois, chiffre à comparer avec leur effectif actuel. Il y aurait donc une perte, mais légère.