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Claude Eerdekens : «avec Ecolo, c’est un suicide assisté de la Wallonie ! »»

Claude Eerdekens

Claude Eerdekens

Olivier Mouton, « Le Vif », 28 mars 2013

Franc-tireur au sein du PS, le député wallon Claude Eerdekens clame son inquiétude. « On va dans le mur », dit-il dans une interview au Vif/L’Express. Un discours d’opposition. Il critique vivement Ecolo. Et plaide quasi ouvertement pour une alliance avec le MR. Extrait.

Le Vif/L’Express : Que se passe-t-il en Wallonie, avec tous les tiraillements actuels ?

Claude Eerdekens : Je suis de ces parlementaires pas très heureux de ce qui se passe. Au bureau du PS, quand on a voté l’accord wallon, je suis le seul à m’être abstenu. Je pensais que confier l’Aménagement du territoire à un Ecolo, ce serait suicidaire, et ce fut le cas… Ce n’est pas une critique personnelle de Philippe Henry (NDLR : le ministre wallon et Ecolo de l’Aménagement du territoire), mais il ne fait pas bien son travail, selon ma conception de l’aménagement du territoire. En période de crise, nous avons besoin d’une politique ouverte, soucieuse d’encourager les projets, plutôt qu’une politique basée sur les interdits. M. Marcourt fait tout ce qu’il peut au ministère de l’Economie, mais s’il n’y a pas un soutien à l’aménagement du territoire, le bateau est paralysé. Certains appuient sur l’accélérateur, d’autres sur le frein en même temps.

Ecolo a une vision dogmatique ?

Il y a chez eux des idéalistes, très attentifs à la défense de l’environnement – et je peux le comprendre. Mais il y en a d’autres, fondamentalistes, dans une logique de décroissance. Eva Joly plaidait cela lors de la campagne présidentielle française. En Wallonie, ils ne s’affichent pas aussi ouvertement mais on les trouve dans les cabinets. Ce sont des ayotallah, entrés en écologie comme on entre en religion. C’est ahurissant!

Ce sentiment-là est partagé au sen de votre parti ?

Si le gouvernement wallon actuel était soumis à un vote à huis-clos, il n’a plus la confiance du parlement. Il faut entendre les parlementaires PS et CDH, ils en ont ras-le-bol ! Prenez encore la politique éolienne. C’est aberrant ! On crée une nouvelle bulle abominable, pire que le photovoltaïque. Ces gens qui implantent des éoliennes en Wallonie – il y en a 250 pour l’instant, on vise les 1 000 en 2020 – se font un fric incroyable ! Ce sont des rendements que nul industriel ne peut espérer en Europe, jusqu’à un million et demi d’euros de bénéfice par an et par éolienne – vous imaginez ? Et tout cela, à nouveau, grâce à des certificats verts. On parle d’une bulle de cinq milliards d’euros !

Pourquoi ce train va-t-il dans cette direction-là ? C’est un rapport de forces favorable à Ecolo ?

Ce n’est pas une erreur d’Ecolo uniquement, mais de tous les partis. Trois gouvernements ont géré la politique éolienne. En tout, la bulle du photovoltaïque et de l’éolien s’élèvera entre dix et onze milliards d’euros ! Les conséquences sont dramatiques.

Il faut un changement d’alliance ?

Ce gouvernement est condamné à aller à son terme, à cause de la réforme de l’Etat et du soutien extérieur d’Ecolo. La difficulté existentielle de la Belgique a donné à Ecolo une faculté de nuisance épouvantable en imposant une politique que ne partagent que 13 % des gens. Cela m’effraie qu’un lobby, qui a sa légitimité, puisse avoir autant de poids politique. C’est démesuré. Je n’ai pas d’animosité contre les hommes. Je respecte leur idéologie, mais ce que l’on est en train de faire, c’est un suicide assisté ! Faire un petit paradis écologique dans une Wallonie qui est un désert économique, cela n’a pas de sens. A terme, nous deviendrons une réserve naturelle. Il faut avancer au rythme de la mondialisation.

L’état francophone n’existe pas

Véronique Lamquin

Véronique Lamquin

L’édito de Véronique Lamquin dans «Le Soir» du 23 mars 2013

Le plan B, tout le monde y (re)pense, grâce à Geert Bourgeois. Samedi dernier, dans le Standaard, le ministre N-VA a dévoilé la stratégie de son parti pour l’après-2014. L’«autonomie totale» (lisez : l’indépendance) des Régions, du moins des deux « grandes ».  Et pour Bruxelles, la cogestion. Une sortie qui aura eu le mérite de la piqûre de rappel pour les partis francophones. Il faut, certes, discuter de l’application de la sixième réforme de l’Etat. Mais aussi se préparer à tous les scénarios, en ce compris celui de l’éclatement du pays. Tant au PS qu’au MR, chez Ecolo ou au CDH, quoi qu’en disent les présidents, les experts planchent sur cette hypothèse : scission de la dette, reconnaissance internationale…

Mais il serait grand temps aussi de se pencher sur le projet politique. Parce qu’à cet égard, c’est le grand flou. Officiellement, on ne parle pas du plan B. En filigrane de certaines interviews, on devine quelques intentions. Pour les uns, la Belgique résiduelle est synonyme d’Etat francophone, ce qui revient à nier le statut bilingue de Bruxelles. Pour d’autres, cette Belgique restante est l’union de la Wallonie et Bruxelles, soudées par des liens que l’on serait bien en peine de définir. Bref, ce n’est pas clair.

Ce qui l’est beaucoup plus, c’est l’avis des premiers concernés, les Wallons et les Bruxellois, qui s’expriment dans notre sondage. Accentuant une tendance enregistrée ces dernières années, les Bruxellois votent pour l’indépendance. Un choix surprenant ? Pas vraiment ! Ces dernières années, l’identité bruxelloise s’est nettement affirmée, multiculturelle, multilingue. Une part sans cesse croissante de la population bruxelloise est d’origine étrangère, n’a pas le français pour langue maternelle. A Bruxelles, l’appartenance s’exprime par rapport à une Région urbaine, une commune, un quartier, la Belgique. Bien plus qu’à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Du reste, la classe politique contribue activement à renforcer ce fait. Les Flamands, en brandissant régulièrement la menace de la cogestion. Les francophones en peinant, depuis plus de quarante ans, à donner un projet politique, des structures claires, une adhésion populaire, même un nom qui dure, à la Communauté française.

Pas étonnant que les Bruxellois ne se retrouvent pas dans cet « Etat » francophone. De quoi faire réfléchir les présidents de parti, à l’heure où ils réfléchissent au destin de la Wallonie et de Bruxelles. C’est, d’abord et avant tout, celui des Wallons et des Bruxellois.

Quid des partis dans le cadre de l’intégration-autonomie avec la France ?

ps

On nous pose souvent la question du devenir des partis politiques dans le contexte de l’intégration à La France.

Dans le cadre de l’intégration-autonomie, nos partis politiques resteront libres de décider de leur propre sort.

En France, il y a des partis politiques « locaux/régionaux »… Et il y a des versions « locales/régionales » de partis nationaux (des « fédérations » locales/régionales dotées d’une certaine autonomie).

Il faut examiner cela dans le temps, et parti par parti.

Dans un premier temps, comptables du processus d’intégration, les partis francophones subsisteront, en passant des « alliances » avec les partis français proches.

Dans un second temps, le PS, peu différent idéologiquement du PS français, devrait intégrer celui-ci, quitte à conserver en son sein une identité propre. De même pour le MR avec l’UMP. Pour le CDH et Ecolo, c’est moins net : le « centre » français est multiple, et les verts français « typiques ». Et, à Bruxelles, un parti local de type FDF pourrait y subsister longtemps.

Pour ce qui est de l’incidence sur le nombre de mandataires des différents niveaux de pouvoir, elle serait nulle en ce qui concerne les régions, provinces, communes et structures associées, puisqu’il y maintien juridique, sans exception, des institutions territoriales existantes.

Au niveau national (députés, sénateurs), sachant que le Parlement français comprend près de 1.000 membres et que nous représentons environ 7% de la population française, l’usage de la règle de trois permet d’escompter de 60 à 70 députés et sénateurs wallons et bruxellois, chiffre à comparer avec leur effectif actuel. Il y aurait donc une perte, mais légère.