Diables rouges: vous avez dit belgitude?

LE SOIR MIS EN LIGNE LE 26/07/2018 À 11:34

 JULES GHEUDE, ESSAYISTE POLITIQUE (1)

La « belgitude » mise en avant lors de l’épopée russe des Diables n’est qu’une occasion de plus pour l’establishment francophone de se mettre la tête dans le sable pour ne pas voir la réalité belge, estime l’essayiste Jules Gheude dans une carte blanche.

L’enthousiasme populaire suscité par les prestations des Diables Rouges lors de la Coupe du monde de football pourrait laisser penser que la Belgique constitue une nation forte et soudée. Lors de son allocation du 21 juillet, le roi Philippe n’a d’ailleurs pas manqué d’y voir la preuve de la pertinence de la devise nationale « L’union fait la force ».

Les médias francophones ont également vu, dans l’équipe nationale, l’incarnation de la fibre patriotique. Le présentateur du JT de RTL-TVI n’a même pas hésité à revêtir une tenue aux couleurs tricolores. Quant à sa collègue de la RTBF, commentant le défilé militaire, elle n’a pas tari d’éloges pour la « belgitude ».

Il y a un an, je fus invité à participer à une émission de RTL-TVI sur le thème « Quel avenir pour la Belgique ? ». La présentatrice commença par projeter une interview de Brel où celui-ci déclarait qu’il fallait être fier d’être Belge. Le problème, c’est que le Grand Jacques fut obligé d’aller chercher la reconnaissance à… Paris ! Georges Simenon quitta également Liège, à l’âge de 17 ans, pour se rendre dans la capitale française où il connut, en l’espace de quelques années, un succès retentissant. Et l’on pourrait multiplier les exemples, de Félicien Rops à Henri Michaux, lequel opta d’ailleurs pour la nationalité française.

Ceux qui, à l’instar de l’Antillais Aimé Césaire ou du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, ont défendu le concept de « négritude », entendaient montrer la spécificité bien réelle des peuples noirs.

Le contexte belge est bien différent.

En 1903, soit neuf ans avant la fameuse « Lettre au Roi » de Jules Destrée », le comte Albert du Bois était exclu du circuit diplomatique belge pour avoir osé souligner le caractère artificiel du Royaume et prôné le rattachement des provinces wallonnes à la France : Belges !… Ceux qui habitent dans le cercle que le crayon distrait d’un Palmerston (Ndlr : ancien Premier ministre britannique) quelconque traçait à Londres en 1831, sur une carte d’Europe, sont des « Belges » ! C’est ainsi que l’on crée un peuple ! C’est ainsi que l’on forme une nation ! C’est ainsi que l’on constitue un pays !… Pour parquer les chiens dans les expositions canines, on fait au moins attention à leurs races et à leurs espèces ; mais pour parquer les peuples en troupeaux de « contribuables », on ne doit pas y regarder de si près. Il suffit de prendre trois millions d’individus d’une espèce et trois millions d’individus d’une autre espèce. On leur dit : « Tâchez de ne pas trop vous dévorer entre vous. Vous êtes une même nation. On vous appellera des « Belges » – et les pauvres bêtes répondent docilement au nom qu’on leur donne ! »

Amalgame

65 ans plus tard, Flamands et Wallons vont se déchirer sur l’affaire de Louvain.

Paraît alors « Le Divorce belge » de Lucien Outers, dans lequel l’auteur écrit : « Ma colère, je la réserve à ceux qui, par aveuglement ou par intérêt, veulent nier ce qui fait l’originalité de nos deux peuples, leurs richesses propres et leurs virtualités profondes, dans un amalgame informe qu’ils appellent la patrie. »

Pour tenter de rendre l’amalgame moins informe, les responsables politiques entreprirent de lui donner un visage fédéral. De 1970 à ce jour, six réformes institutionnelles furent ainsi opérées. Non seulement, elles n’ont pas apporté l’apaisement escompté, mais elles ont rendu le processus de décision politique extrêmement compliqué. Et Jean Quatremer, le correspondant du journal français « Libération » à Bruxelles de constater la déliquescence de l’Etat, miné par les luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone.

A l’occasion de la Fête nationale flamande, le 11 juillet, le ministre-président flamand Geert Bourgeois a tenu à mettre les points sur les i : Aujourd’hui, nous sommes indéniablement une nation. (…) Notre langue, le néerlandais, est le cœur de notre identité flamande.

Voilà bien où se situe le cœur du problème. En Flandre, on regarde la VRT, la VLAAMSE Radio en Televisie. Les francophones, eux, regardent la RTBF, la Radio et Télévision BELGE francophone.

Nation flamande, collectivité francophone

La Belgique est finalement constituée d’une nation flamande, d’une collectivité wallonne qui, selon les sondages, se sent avant tout belge, et d’une Région bruxelloise mélangée. C’est au sein de cette dernière que la notion de « belgitude » pourrait à la limite s’appliquer. Et il convient de ne pas oublier la communauté germanophone, attachée à la fois à son identité culturelle et à l’Etat belge.

La réalité wallonne, l’historien namurois Félix Rousseau l’a fort bien cernée : dès le XIIIe siècle, c’est le français qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

Comme chaque région de France, la Wallonie a ses spécificités : dialectes, traditions folkloriques, spécialités culinaires… Mais, comme chaque région de France, elle peut aussi s’enorgueillir de relever d’un cadre général qu’André Renard, le leader du Mouvement Populaire Wallon, qualifiait de grand flambeau, de grande lumière de culture. Et il ajoutait : Nous avons foi dans cette France qui, pour nous, est éternelle.

L’establishment francophone se met la tête dans le sable pour ne pas voir la réalité : déjà nation, la Flandre pourrait, à terme, devenir un Etat souverain. Première force politique du pays, la N-VA a d’ores et déjà annoncé que le confédéralisme serait sur la table des négociations au lendemain des élections législatives de l’an prochain : une Belgique réduite à l’état de coquille vide et qui, très vite, serait jugée superflue.

Les adeptes de la « belgitude » n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer, autour d’un barbecue avec l’indispensable sôôôce andalouse…

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

Que Charles Michel ne se trompe pas de cible !

Alors que le choix du gouvernement belge concernant le remplacement des F16 devrait tomber prochainement, Claude-France Arnould, l’ambassadrice de France à Bruxelles, a tenu à s’exprimer dans le journal flamand « De Standaard ». Selon elle, si l’option devait se porter sur le F 35 américain, il est clair que la Belgique ne pourrait pas collaborer        au projet du nouvel avion de combat franco-allemand : Si l’on pense qu’il est possible d’acheter le F35 tout en développant le SCAF (Système de Combat Aérien futur), je dois souligner que cette idée relève d’un malentendu.

Cette déclaration a déplu au Premier ministre Charles Michel, qui y voit une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures belges et qui a chargé son conseiller diplomatique de rappeler l’ambassadrice à l’ordre.

Il est clair que cette situation est de nature à détériorer nos relations avec la France. Ceci alors que les commentaires peu amènes des supporters des Diables Rouges à l’égard de la France ne cessent de se répandre après la victoire des Bleus en Coupe du Monde.

Dans ce délicat dossier du remplacement de nos avions de chasse, seuls l’Eurofighter britannique et le F 35 américain restent officiellement en lice, la proposition française du Rafale ayant été faite en dehors de la procédure de l’appel d’offres. Ce qui ne signifie nullement qu’elle ne peut être prise en considération. Mais la N-VA a clairement fait savoir qu’elle ne voulait pas la soutenir.

Alors que le Royaume-Uni s’est prononcé pour le Brexit et que le président américain Donald Trump n’est pas enclin à faire le moindre cadeau à l’Union européenne, le choix du Rafale ne devrait-il pas tout naturellement s’imposer ? D’autant que, comme l’a rappelé l’ancien patron de la base de Florennes, le colonel Luc Gennart : Notre coopération avec les armées françaises est depuis plus de deux décennies parmi les plus intenses que nous puissions avoir avec des partenaires européens. Le groupe Dassault Aviation est déjà fortement implanté en Belgique depuis plus de 50 ans dans un réseau de 800 entreprises partenaires.

Dans moins d’un an se tiendront chez nous des élections législatives qui pourraient faire bien déboucher sur l’impossibilité de constituer un gouvernement. En cas d’implosion du pays, les Wallons se trouveraient dans une situation budgétaire intenable, qui engendrerait une baisse sensible des prestations sociales. Le seul pays sur lequel ils pourraient alors compter serait la France, dont ils n’ont été écartés que par les hasards de l’Histoire. Souvenons-nous des propos tenus par le général de Gaulle à son ministre Alain Peyrefitte, en 1967 : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines. Toutes ces choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment plus.

Que Charles Michel ne se trompe surtout pas de cible et qu’il n’oublie pas ce qu’avaient déclaré naguère François Perin et Jean Gol ! Jean Gol dont le Centre d’études du MR porte d’ailleurs le nom…

Jules Gheude

Remplacement des F-16 : la France montre les dents face au F-35

« Le Vif », Belga, 19 juillet 2018

Si le gouvernement belge décide d’opter pour l’avion de combat américain F-35, la Belgique ne pourra pas participer au projet d’avion de chasse franco-allemand, a laissé entendre l’ambassadrice française Claude-France Arnould, selon les informations du Standaard.

Selon La Libre, une décision sur le remplacement des F-16 de l’armée belge pourrait intervenir avant la fin du mois de juillet.

Selon La Libre, la N-VA a décidé de mettre le dossier du remplacement des avions de combat sur la table du conclave budgétaire. Le gouvernement fédéral est dans l’embarras, car l’offre du groupe français Dassault a été remise en dehors de la procédure officielle, or ils proposent un véritable partenariat stratégique avec la Belgique. Dans le même temps, l’offre britannique Eurofighter et le F-35 américain, qui ont répondu à l’appel dans les règles, devraient coûter moins cher que prévu. Cela pourrait permettre d’investir l’argent restant pour participer au développement d’un avion de chasse franco-allemand baptisé SCAF (Système de Combat Aérien Futur).

Mais les Français, qui se sont liés à l’offre de Dassault, ne l’entendent pas de la sorte. « Si l’idée a émergé d’acheter le F-35 et de participer simultanément au SCAF, alors je dois indiquer qu’il y a un malentendu », a affirmé l’ambassadrice française, comme le relaie De Tijd.

Elle n’a pas commenté une éventuelle combinaison de l’Eurofighter avec le projet SCAF.

Un ballon de football en une urne sont deux choses bien distinctes

On trouvera ici la version française de l’opinion de Jules Gheude, publiée sur le site de « Knack » :

http://www.knack.be/nieuws/belgie/een-voetbal-en-een-stembus-zijn-toch-twee-verschillende-dingen/article-opinion-1174841.html

Les commentateurs francophones voient, dans l’euphorie populaire qu’ont suscitée les prestations des Diables Rouges, la preuve que la Belgique constitue une communauté soudée. Un journaliste de RTL-TVI a même revêtu une tenue tricolore pour présenter le JT. On veut ainsi se convaincre que les querelles communautaires ne reflètent pas la réalité : ce ne sont que de petits jeux politiques, la Belgique est bel et bien une nation forte.

Mais  un ballon de football et une urne sont cependant deux choses bien distinctes.

En 2014, 32,4% des Flamands ont voté pour la N-VA, un parti qui plaide clairement pour la formation d’un Etat flamand. Ils n’y ont pas été forcés, c’était l’expression de leur libre pensée.

Depuis 1970, six réformes de l’Etat ont été menées, vidant progressivement le pouvoir central de sa substance au profit des régions et communautés.

En 1999, le Parlement flamand s’est exprimé en faveur du confédéralisme et le président de la N-VA, Bart De Wever, a d’ores et déjà annoncé que ce projet se trouverait sur la table des négociations au lendemain des élections de 2019. Si la chose se concrétise, la Belgique ressemblera à une coquille vide, qui sera, à terme, jugée superflue.

De cela, le professeur et philosophe Philippe Van Parijs ne veut rien savoir. Il pense que la Belgique a un avenir grâce à l’usage généralisé de la langue anglaise.

Philippe Van Parijs était présent au colloque que le Cercle Condorcet de Liège a organisé, le 2 avril 2011, sur le thème « L’Après-Belgique ». Je lui ai alors demandé : La Flandre est-elle pour vous une nation ? Il m’a répondu par l’affirmative.

C’est précisément là que se situe le problème. Comme François Perin l’a un jour dit : Il n’y a pas place, dans ce petit pays, pour deux nations : la belge, si tant est qu’elle ait jamais existé, et la flamande.

A l’occasion de la Fête flamande, ce 11 juillet, le ministre-président flamand Geert Bourgeois a tenu à mettre les points sur les i : Aujourd’hui, nous sommes incontestablement un peuple. Aujourd’hui, nous sommes indéniablement une nation. (…) Notre langue, le néerlandais, est le cœur de notre identité flamande collective. La langue jette des ponts. La langue fait que l’on appartient à une culture, à une communauté.

En d’autres termes, Philippe Van Parijs mène un combat d’arrière-garde, qui ne parviendra pas à empêcher la fin programmée de la Belgique. Avec les négociations qui suivront les élections de 2019, nous serons à mille lieues de la passion footballistique.

En 2010, 541 jours furent nécessaires pour former un gouvernement  belge. En 2019, la situation sera encore plus compliquée. Que fera le roi si les négociations aboutissent dans une impasse totale ? Un Etat sans gouvernement est un Etat qui n’existe plus. Et ici, les Diables Rouges ne seront d’aucun secours.

 

Perspectives de croissance et de chômage

Intéressantes informations que celles fournies par « Trends », ce 17 juillet 2018 : https://trends.knack.be/economie/bedrijven/200-000-extra-banen-in-vlaanderen/article-normal-1174559.html

200.000 emplois supplémentaires en Flandre

Durant la période 2017-2023, la Flandre peut s’attendre à 200.000 emplois supplémentaires, ce qui permettra de réduire le taux de chômage à 4,4%. C’est ce qui ressort des nouvelles prévisions  économiques régionales, établies notamment par le Bureau du Plan et Statistiek Vlaanderen.

Le Bureau du Plan a tenu compte d’un ralentissement de la croissance économique en Belgique, de 1,7% en 2017 à 1,6% en 2018-2020, et 1,2% en 2023.

La Flandre preste mieux que la moyenne belge

La croissance économique ralentit aussi dans les régions, mais la Flandre semble toujours faire mieux que la moyenne belge. Après un taux de croissance de 1,9% en 2017, on s’attend à 1,7% en 2018-2020 et 1,3% en 2023.

L’économie bruxelloise devrait connaître une croissance de 1,3% en 2018-2020 (contre 1,2% en 2017), mais le taux devrait tomber à 0,9% en 2023.

Pour la Wallonie, on s’attend à un ralentissement progressif, de 1,7% en 2017 à 1,1% en 2023. Au cours des prochaines années, le tempo devrait aussi ralentir en ce qui concerne la création de nouveaux jobs.

Au cours de la période 2017-2023, 313.000 emplois supplémentaires devraient voir le jour : 200.000 en Flandre, 81.000 en Wallonie et 32.000 à Bruxelles.

Les emplois supplémentaires et le fait que la population active augmentera moins vite dans quelques années vont mener à une « rapide et significative baisse du taux de chômage », selon le rapport.

Chômage en baisse

Le taux de chômage flamand devrait ainsi passer de 7,2% en 2017 à 4,4% en 2023, tandis que la Wallonie passe de 14,1% à 10,6% et Bruxelles de 17,6% à 12,4%.

Les institutions préviennent que cette baisse du taux de chômage entraînera des risques, « notamment une restriction (plus grande) dans certaines branches du marché du travail (professions, compétences) ».

Les prévisions régionales sont établies par le Bureau fédéral du Plan, Statistiek Vlaanderen, l’Institut bruxellois de Statistique et d’Analyse, et l’Institut wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique.

 

Philippe Van Parijs est-il sérieux ?

Jules Gheude

Pour le philosophe Philippe Van Parijs, l’avenir de la Belgique passe par l’usage de la langue anglaise.

Il était présent au colloque « L’après-Belgique », organisé par le Cercle Condorcet de Liège, le 2 avril 2011, et je lui ai posé la question suivante : « Selon vous, la Flandre est-elle une nation ? ». Il m’a immédiatement répondu par l’affirmative.

Ce 11 juillet, à l’occasion de la Fête flamande, le ministre-président Geert Bourgeois a déclaré : « Aujourd’hui, nous sommes, nous les Flamands,  indubitablement un peuple. Aujourd’hui, nous sommes indéniablement une nation. (…) Notre langue, le néerlandais, est le cœur de notre identité flamande ».

Philippe Van Parijs mène clairement un combat d’arrière-garde, qui ne pourra empêcher la Flandre de devenir à terme un Etat souverain. En 1981, François Perin avait prédit que « le malheureux chef de l’Etat se mettrait un jour à courir après un gouvernement introuvable ».  En 2010, il fallut 541 jours pour sortir de l’impasse. Au lendemain des prochaines élections législatives, la N-VA, première force politique du pays, entend saper un peu plus les fondements de la maison Belgique en y injectant un produit confédéral. Les négociations à ce sujet nous mèneront bien loin de la ferveur suscitée par les Diables rouges. On n’a pas vu, sur les chaînes de télévision flamandes, un présentateur de JT en tenue noir-jaune-rouge ! Heureusement que le ridicule ne tue pas…

L’irrédentisme pro-français aussi vieux que la Belgique

Jules Gheude, essayiste politique (1)

L’irrédentisme s’est manifesté dès la création de la Belgique, certes de manière relativement marginale.

On a toutefois vu, en octobre 1945, le Congrès National Wallon de Liège se prononcer à la majorité simple, lors d’un premier vote dit « vote du cœur », en faveur du rattachement de la Wallonie à la France. A ce sujet, le général de Gaulle a apporté une précision importante : Il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France (2).

En 1903, il se produisit un événement assez significatif pour faire l’objet d’un article dans le « New York Times » du 1er mars, intitulé « Un Parti pro-français dans les Provinces wallonnes de Belgique ». Son auteur, un certain B.C.de W., explique :

Le sujet du jour est la démission du comte Albert du Bois, secrétaire de la Légation belge à Paris, du service diplomatique. Dans un ouvrage récent, intitulé « Belges ou Français ? », le comte du Bois a prôné l’annexion des provinces belges wallonnes à la France. S’ensuivit  le rappel immédiat du jeune diplomate – il n’a, en effet, que 31 ans – et le Moniteur Officiel a annoncé hier qu’il avait été mis à la retraite.

Neuf ans avant Jules Destrée et sa fameuse « Lettre au Roi », Albert du Bois dénonce le caractère totalement artificiel du Royaume de Belgique, né à Londres d’un trait de plume diplomatique pour permettre aux vainqueurs de Napoléon de se prémunir contre la France. Dans la préface de son ouvrage, il écrit :

Belges ! … Ceux qui habitent dans le cercle que le crayon distrait d’un Palmerston quelconque traçait à Londres, en 1831, sur une carte d’Europe, sont des « Belges » ! C’est ainsi que l’on crée un peuple ! C’est ainsi que l’on forme une nation ! C’est ainsi que l’on constitue un pays ! … Pour parquer les chiens dans les expositions canines, on fait au moins attention à leurs races et à leurs espèces ; mais pour parquer les peuples en troupeaux de « contribuables », on ne doit pas y regarder de si près. Il suffit de prendre trois millions d’individus d’une espèce et trois millions d’individus d’une autre espèce. On leur dit : « Tâchez de ne pas trop se dévorer entre vous. Vous êtes une même nation. On vous appellera des Belges » – et les pauvres bêtes répondent docilement au nom qu’on leur donne! 

Censé représenter le Royaume de Belgique à Paris, le comte Albert du Bois sait fort bien qu’il joue ainsi sa carrière de diplomate. Mais ses idées passent avant tout autre chose. Natif d’Ecaussine, il ne peut concevoir que sa terre hennuyère ne fasse pas partie de l’Hexagone. En 1908, dans « Poèmes impériaux », on peut lire ces lignes :

En effet, la frontière nord de la France actuelle divise en deux des provinces françaises, des terres françaises, des populations françaises qui constituèrent des unités politiques (…). Jusques à la fin du dix-septième siècle, Mons et ValenciennesAvesnes et Chimay faisaient partie du même comté de Hainaut et cette terre, exclusivement française, avait vécu depuis les temps les plus reculés, d’une existence autonome parallèle et connexe à celle de la terre de France tout entière. 

 De ce fait historique indéniable, découle un fait actuel et patent : cette terre de Hainaut, coupée en deux selon les exigences de vainqueurs étrangers et haineux, Allemands et Anglais, continue à être habitée des deux côtés de la ligne idéale de la frontière, par des populations entre lesquelles il est totalement impossible de découvrir la plus petite différence au point de vue le plus minime. C’est le même peuple, le même esprit, le même caractère, la même nation. C’est Paris coupé en deux, par une ligne tracée au cordeau du Lion de Belfort à la butte Montmartre. Imaginez-vous un vainqueur tudesque se livrant à une telle opération et disant aux habitants du Faubourg Saint-Honoré et à ceux du Faubourg Saint-Denis : « Vous allez désormais être l’un pour l’autre deux peuples étrangers ! Je vous défends de vous donner la main et de vous regarder à travers la Frontière que mon glaive et ma fantaisie viennent de tracer. Honoriens, et vous Denisiens, vous êtes désormais deux nations ! » Et imaginez-vous les Honoriens et les Denisiens acceptant cette décision placidement, béatement, avec une soumission niaise, une résignation imbécile, une inconscience qui n’est presque plus humaine.

Comme Jules Destrée, Albert du Bois constate l’irrésistible marche du Mouvement flamand et, toujours dans « Poèmes impériaux », il met en garde :

Ceux qui viennent jouer avec de la flamme autour de ce coin de terre, tout pétrit de poussière noire, ceux qui viennent y jongler avec les brandons de discorde, de patriotisme belge, de nationalité belge, de l’âme belge, ceux-là se trompent étrangement ! Ils s’apercevront, bientôt peut-être, qu’ils ont joué avec de la poudre et quand elle flambera soudainement en une explosion géante, ce sera pour jeter aux quatre coins de l’Europe, les débris de cet édifice de haine, de conquête et d’asservissements sur le fronton duquel on a sculpté ce nom mensonger : Royaume de Belgique.

Albert du Bois participera au premier Congrès Wallon de Liège en 1905 et  publiera à cette occasion un traité doctrinal intitulé « La République impériale – Des rapports nécessaires entre la France et les Pays-Bas français ».

Jusqu’en 1914, il mènera une activité de propagandiste, qui sera ensuite poursuivie par l’un de ses disciples, Raymond Colleye. Celui-ci assurera la rédaction du journal « L’Opinion wallonne, qui paraîtra à Paris durant le Première Guerre mondiale.

Albert du Bois laissera une œuvre dramatique et romanesque abondante. Ses pièces seront jouées dans les plus grands théâtres de Paris. « L’Hérodienne » sera inscrite au répertoire de la Comédie française en 1914 et connaîtra de nombreuses représentations jusqu’en 1932.

 

(1) Derniers livres : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

(2) Alain Peyrefitte, « C’était de Gaulle », tome III, Fallois/Fayard,

Le « testament politique » de M. Peumans

« Le Vif », Belga, 11 juillet 2018

Le président du Parlement flamand, Jan Peumans (N-VA), a plaidé mercredi, dans son discours officiel pour la Fête de la Communauté flamande à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, pour une révision des cinq résolutions que l’assemblée flamande avait lancées en 1999 en vue d’une réforme de l’État. Il demande aussi de doter la Flandre d’une Constitution propre d’ici 2021 et de faire du 11 juillet un jour férié.

Pour son dernier discours du 11 Juillet avant une probable retraite politique, M. Peumans (67 ans) n’a pas hésité à qualifier son allocution de « testament politique » de sa présidence de l’assemblée flamande, non sans l’agrémenter de plusieurs traits d’humour.

Devant les autorités du pays, il n’a toutefois pas lancé de proposition réellement neuve, lui qui s’était fait rabrouer dernièrement par son président de parti Bart De Wever pour avoir critiqué en public le secrétaire d’État Theo Francken et la dureté de ton de son parti sur l’asile et la migration.

Ses propositions – doter la Flandre d’un texte fondamental propre (comme le ministre-président flamand Geert Bourgeois l’avait réclamé l’an dernier) ou faire du 11 juillet un jour férié – constituent des demandes déjà entendues par le passé.

Pour Jan Peumans, il est temps de les concrétiser. C’est ainsi qu’il propose d’aboutir sur une Constitution flamande en 2021, année du cinquantenaire de l’institution du Conseil culturel de la Communauté culturelle néerlandaise, ancêtre du Parlement flamand.

Cette Constitution, souligne le nationaliste, doit entrer dans le cadre d’un fédéralisme de coopération, mais être placée sur un même pied que la Constitution belge, en vue d’une plus grande autonomie de la Flandre.

Quant au jour férié du 11 juillet, c’est une revendication que le Vlaams Belang a soutenue par une action menée peu avant la cérémonie à l’Hôtel de Ville de Bruxelles.

Interrogé, le ministre-président flamand Geert Bourgeois l’a aussi revendiquée au nom de son parti, la N-VA. Il a précisé qu’il ne s’agissait pas d’ajouter un jour de congé au calendrier, mais de remplacer un jour férié existant.

Dans les deux autres partis flamands au pouvoir, le CD&V et l’Open Vld, on y est aussi favorable. Le vice-Premier ministre CD&V Kris Peeters souligne toutefois la difficulté de trouver le jour férié qui passera à la trappe. La présidente de l’Open Vld Gwendolyn Rutten ne s’est pas opposée à l’idée.

Autre suggestion, le président du Parlement flamand est revenu sur les cinq résolutions de 1999 dans lesquelles l’assemblée balisait ses demandes pour une sixième réforme de l’État qui a fini par advenir. « Certaines (résolutions) ont été entièrement concrétisées, d’autres partiellement, d’autres encore sont désormais dépassées par les évolutions sociétales ou politiques », a constaté M. Peumans.

Pour le Limbourgeois, plusieurs parlements du pays (fédéral, flamand, bruxellois et francophone) devraient donc évaluer l’impact réel de ces résolutions « et leurs mérites ». Jan Peumans souhaite la constitution d’un groupe de travail au parlement flamand. Ces exercices devraient à ses yeux faire émerger de nouvelles perspectives, « qui pourraient servir de fondement à de nouvelles réformes de notre configuration étatique ».

De manière inattendue, le bourgmestre de Bruxelles a pour la première fois été invité à faire lui aussi une allocution durant la cérémonie, alors que la Ville n’y reçoit traditionnellement la parole que par la voix d’un échevin néerlandophone.

Philippe Close (PS) a ainsi reçu l’occasion de vanter à la fois le caractère international de Bruxelles et de souligner son caractère flamand parmi ses multiples identités, ainsi que la volonté de la Ville de renforcer ses liens avec la Flandre comme avec la Wallonie. Un discours salué jusque dans les rangs de la N-VA, notamment par Theo Francken sur Twitter.

 

Le Conseil d’Etat suspend l’exportation d’armes wallonnes vers l’Arabie saoudite

« La Libre Belgique », Belga, 30 juin 2018

Le Conseil d’Etat a suspendu vendredi une poignée de licences d’exportation d’armes de la FN Herstal vers l’Arabie saoudite, écrivent samedi L’Echo, Le Soir et La Libre Belgique.

Le Conseil d’Etat a estimé que le gouvernement wallon n’a pas examiné la question des droits fondamentaux. Quatre recours avaient été introduits fin 2017 par la Ligue des droits de l’homme et la Coordination nationale d’action pour la paix et la démocratie concernant du matériel militaire produit ou exporté par la FN Herstal.

Selon Le Soir, huit licences ont été suspendes par le Conseil d’Etat, tandis que L’Echo en dénombre six.

Dans son justificatif, le Conseil d’État estime que « la Région wallonne n’a pas démontré concrètement qu’elle avait procédé à un examen minutieux et prudent de certains des critères prévus par le décret du 21 juin 2012 relatif à l’importation, à l’exportation, au transit et au transfert d’armes civiles et de produits liés à la défense ».

D’autres recours sur une vingtaine d’autres licences d’exportation pour la FN Herstal et CMI n’ont pas été retenus par le Conseil d’Etat parce qu’elles avaient déjà été exécutées, relève Le Soir.

En 2017, l’Arabie saoudite était le premier client des entreprises wallonnes d’armement pour un montant total de 153 millions d’euros.

 

Rafale sur la coalition Michel

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Il faut être  sacrément naïf pour ne pas saisir que, dans l’affaire du remplacement des avions de combat de la Défense belge, les dés ont été pipés dès le départ, avec la volonté, du côté de la N-VA, d’écarter l’offre française du Rafale.

Va-t-on vivre un scénario semblable à celui de 1975, lorsque le président du Rassemblement wallon, Paul-Henry Gendebien, avait menacé de quitter le gouvernement de Léo Tindemans si ce dernier n’optait pas pour le Mirage français ?

Toujours est-il que le Premier ministre Charles Michel a dû recadrer, vendredi dernier, son ministre de la Défense, le N-VA Steven Vandeput, pour avoir déclaré à la presse qu’il ne pouvait envisager de retenir l’offre française.

Mais ce rappel à l’ordre n’a servi à rien puisque, ce dimanche, le président de la N-VA, Bart De Wever, a cru bon d’en remettre une couche lors de l’émission télévisée « De Zevende Dag » de la VRT. L’avion de combat français Rafale n’est pas un bon plan, il n’est pas suffisamment performant pour notre défense. La prolongation des F-16 est exclue également. 3,4 milliards pour un appareil qui permet de ne rien faire, cela n’a aucun sens, a-t-il lâché.

On sait ce que pense la N-VA de la Belgique. Pour les nationalistes flamands, ce non-pays, cette non-nation doit être exclue de la carte du monde. L’article 1 des statuts du parti sont ne peut plus clairs à ce sujet.

Depuis le docu-fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF de 2006, l’hypothèse d’une disparition de la Belgique n’est plus taboue.

On a vu, avec la crise de 2010-2011, à quel point les fondations de la maison Belgique étaient fissurées. Mandatés à l’époque par la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale françsie, deux parlementaires, l’un de la majorité, l’autre de l’opposition, étaient venus examiner le bâtiment. Selon eux, sa survie était des plus aléatoires.

Avec la 6ème réforme de l’Etat, Elio Di Rupo pensait avoir consolidé les murs, mais il s’avéra rapidement qu’il n’en était rien. Au gouvernement fédéral depuis 2014, la N-VA n’a pas renoncé à son projet de démantèlement. Et si les sondages la donnent tantôt en progrès, tantôt en recul, elle reste, et de loin, la première force politique du pays.

Au lendemain des prochaines élections législatives – lesquelles pourraient intervenir plus tôt que prévu ! – , ses leaders entendent bien se rendre à la table des négociations avec de nouveaux échafaudages et injecter du ciment confédéraliste. Il ne faudrait plus longtemps ensuite pour constater que la maison n’a plus la moindre utilité et qu’elle peut être démolie.

Dans son interview accordée à « La Libre » ce week-end, le ministre N-VA de l’Intérieur, Jan Jambon,  a lâché cette petite phrase : L’indépendance, ça peut aller vite. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer politiquement, tout peut s’emballer à un moment donné.

Pourquoi dès lors se précipiter avec le remplacement des avions de combat ?

On sait que, sur l’échiquier international, l’armée belge ne pèse guère. Si le Royaume n’a plus qu’une durée de vie éphémère, pourquoi devrait-on l’engager dans cette dépense colossale de 3,4 milliards d’euros ? Les F-16 actuels pourraient encore faire l’affaire le temps de 3-4 ans.

Les choses, comme l’a fort bien dit, Jan Jambon, peuvent aller très vite. En 1981, François Perin avait parlé du jour où le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable. Il n’est nullement fantaisiste de penser que ce jour pourrait arriver au lendemain des prochaines élections législatives, c’est-à-dire dans un an, au plus tard.

Elio Di Rupo n’a pas digéré l’éviction du PS du gouvernement wallon. Il rêve d’un retour des forces de gauche en Wallonie et le dernier baromètre politique indique que ce rêve pourrait devenir réalité : l’actuelle coalition MR-CDH n’est créditée que de 29%, tandis qu’une alliance PS-PTB-Ecolo totalise 49,4%.

Si cette alliance devait se concrétiser rapidement, elle ne manquerait pas de plomber les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement fédéral. Bart de Wever pense qu’une telle évolution pourrait contraindre le PS à accepter la réforme confédéraliste. Mais rien n’est moins sûr.

Dans ce cas, il n’y aurait plus qu’à se rendre à l’évidence : la Belgique est devenue totalement ingouvernable. Et qu’est-ce un Etat sans gouvernement,  si ce n’est un Etat qui n’existe plus !

Face à ce constat, le Parlement flamand pourrait fort bien procéder à une déclaration d’indépendance de la Flandre. La N-VA et le Vlaams Belang réunissent aujourd’hui 36,2% des intentions de vote. Le CD&V est, quant à lui, crédité de 15,3%. Mais, comme l’a fort justement fait remarquer l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Il ne fait aucun doute que l’ancien Premier ministre Yves Leterme garde la nostalgie de ce jour de 2004 où il porta le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux.

Bref, comme l’a rappelé Jan Jambon : tout peut s’emballer à un moment donné.

Une Flandre indépendante devrait se doter d’une armée. Libre alors à elle d’opter pour le F-35 américain. Devenue indépendante à son corps défendant, la Wallonie se trouverait, quant à elle, plongée dans une situation budgétaire intenable. Les économistes parlent d’une baisse des prestations sociales de l’ordre de 15 à 20%. Bref, un bain de sang social.

François Perin avait aussi annoncé cela : Les Wallons seraient contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée, devenant eux-mêmes débiteurs de leurs fameux droits acquis. Et d’ajouter : La seule nationalité à laquelle ils pourraient facilement s’assimiler après que la nationalité belge leur eût claqué dans la main, est la française.

Une Wallonie française, dans le ciel de laquelle on verrait alors voler les Rafale…

Non, vraiment, il n’y a pas de quoi se précipiter avec le renouvellement des F-16 !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.