Jules Gheude, Wallon “in het Vlaams”

Olivier Mouton, “Le Vif”, 18 avril 2017

S’il en est un qui a de la suite dans les idées, ressassant sans cesse le même leitmotiv, c’est bien Jules Gheude, ancien membre du Rassemblement wallon.

Proche de feu François Perin (lui-même proche de Jean Gol et père du régionalisme), rattachiste et essayiste, il invite depuis des années les Wallons à préparer l’après-Belgique. Dix ans après l’émission de la RTBF Bye-Bye Belgium, ce septuagénaire hyperactif avait encore publié, l’an dernier un Testament wallon (éd. Mon petit éditeur).

Voilà l’opus traduit en flamand par Doorbraak, le porte-parole du Mouvement flamand, qui avait récemment édité le manifeste confédéraliste de Hendrik Vuye et Veerle Wouters, dissidents de la N-VA. Le livre de Jules Gheude in het Vlaams sera présenté en grande pompe au parlement flamand, le 20 avril, avec un mot d’introduction du président de l’assemblée, Jan Peumans (N-VA). Les confédéralistes flamands se sont trouvé un allié. L’heure de gloire de Jules Gheude est arrivée.

Chacun est censé voter en connaissance de cause

Jules Gheude Forum des Lecteurs – 13 avril 2017

Le courrier du CRISP n° 2316 présente, sous la plume de trois historiens flamands (Bruno De Wever, Frans-Jos Verdoodt et Antoon Vrints, une intéressante étude intitulée « Les patriotes flamands et la construction de la nation ».

Pour les auteurs, la construction de la nation flamande est pratiquement achevée mais seule une petite minorité de l’opinion publique est favorable au projet séparatiste.

Concernant ce dernier point, il convient cependant de rappeler le dernier sondage de « La Libre », qui révèle que la N-VA reste le plus important parti du pays, avec 28,3%.

Chacun, dit-on, est censé voter en connaissance de cause.

L’article 1 des statuts de la N-VA est tout à fait clair : La N-VA opte pour la république indépendante de Flandre, Etat-membre d’une Union européenne démocratique.

Cela signifie donc que 40,2% des électeurs flamands sont prêts à envoyer des mandataires séparatistes tant au Parlement fédéral qu’au Parlement flamand, avec toutes les conséquences que cela comporte.

Le Parlement flamand dispose de la légitimité démocratique. Le jour où il disposera d’une majorité absolue favorable à l’indépendance, rien ne pourra l’empêcher de la décréter.

Comment les citoyens qui auraient rendu possible cette situation, pourraient-ils alors dire : Nous ne voulions pas cela ! L’électeur doit assumer toutes conséquences du choix qu’il fait.

On sait aussi qu’au sein du CD&V certains tiennent des discours, qui, en termes de radicalisme, n’ont rien à envier à ceux des leaders de la N-VA.

Interviewé par le journal québécois « Le Devoir » en 2007, l’actuel président des démocrates-chrétiens flamands, Wouter Beke, n’a-t-il pas déclaré : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Si, au lendemain des élections de 2019, le fonctionnement de la Belgique se retrouvait bloqué, une majorité pourrait se dégager au Parlement flamand pour en faire le constat et larguer définitivement les amarres.

Le scénario « Bye bye Belgium » de la RTBF passerait ainsi de la fiction à la réalité.

Pourquoi la stratégie de Bart De Wever est payante : « A la N-VA, c’est champagne ! »

Walter Pauli, Ewald Piron,et, « Knack », « Le Vif », 12 avril 2017

Si les élections confirment les derniers sondages, le système politique belge risque de se fissurer. Si la N-VA rue dans les brancards, alors il pourrait même exploser. Selon le politologue Bart Maddens: la stratégie électorale de De Wever s’est révélée bonne jusqu’à présent.

C’est vrai, ce n’était « qu’un » sondage. Mais l’enquête de La Libre Belgique et la RTBF a tout de même sérieusement secoué la politique belge. Au Sud du pays, le PTB est plus important que le PS et au Nord la N-VA est deux fois plus importante que le CD&V.

Le fait que le MR du premier ministre Charles Michel ne fait que maintenir le cap et n’a pas su profiter davantage de la bérézina du PS est le signe que Charles Michel n’est pas un premier ministre fort  dit Eric Van Rompuy. Il n’arrive pas à garder la N-VA dans les clous. C’est bien simple, ce parti fait ce qu’il veut. Il échoue donc là dans sa tâche principale qui est d’être le visage d’un cabinet uni. En 2014, on pensait encore que le MR allait saisir sa chance et faire grimper ses 23% à 30. Sauf que cela ne s’est pas passé de cette façon.

Pour le politologue Bart Maddens (KU Leuven) les torts sont partagés. Olivier Chastel est aussi un président qui manque d’envergure. Pourquoi le MR ne pratique-t-il pas la même politique que la N-VA ? Soit on met en avant les ministres qui font du bon boulot au gouvernement et on a un président qui lance, par la bande, ses points de vue dans un langage plus populaire. Un président qui joue sur les sentiments et arrive de cette façon à profiler son parti.

Un cordon sanitaire autour du PTB

Contre le PS on ne trouve donc pas le MR, mais bien le PTB/PVDA. Et pas son président Peter Mertens, mais sa figure de proue, Raoul Hedebouw, un Liégeois qui réussit l’exploit d’être même connu en Flandre. De quoi élargir le champ d’action du parti qui vogue dans des eaux politiques clémentes suite aux affaires, les mesures d’économies imposées par l’Europe et le soutien de plus en plus franc de la FGTB.

En ce moment, si l’on en croit les sondages, trois partis sont autour des 20% : le MR, le PTB et le PS. Ecolo et le CDH sont à peu près à la moitié. Après la politique flamande, on voit que c’est au tour de la politique wallonne de se morceler. Maddens: et avec toutes les conséquences qui en découlent. Avec la perte de vitesse du PS et un CDH qui se languit, il semble bien que ces deux partis aient perdu leur majorité au parlement wallon. Et comme le MR et le CDH ne souhaitent pas que le PTB vienne au parlement wallon, le MR et le PS sont bien obligés de s’entendre. Peut-être qu’ils devront même faire appel au CDH et/ou Ecolo. Car autour du PTB, on installe peu à peu un cordon sanitaire : Le MR et le CDH ne veulent travailler avec eux sous aucun prétexte. Seul le PS n’a pas, encore, annoncé la couleur, dit-il encore.

Que malgré une possible importante perte de voix et de sièges, un retour du PS est envisagé au fédéral est bien le premier signal que les thématiques communautaires ne sont plus très éloignées. Si le MR et le PS se retrouvent dans le gouvernement wallon et bruxellois, cela aura bien sûr des conséquences dans le gouvernement fédéral.

Même si une symétrie entre les gouvernements des différentes régions n’est pas obligatoire, on devine bien que le MR et le PS souhaitent faire partie d’un gouvernement fédéral en 2019. Le MR veut que Charles Michel reste premier ministre, mais ne souhaite plus être le seul parti francophone du gouvernement. Et le PS, de son côté, aimerait à nouveau retourner au pouvoir fédéral. Si les cartes ne sont pas complètement rebattues d’ici là, il sera, depuis la Wallonie, très difficile de former un gouvernement sans le MR et le PS.

Funeste pour le CD&V

Du côté de la Flandre, le paysage politique est radicalement différent. Les trois partis « classiques » ont été racrapoté au statut de parti de moyenne importance : CD&V (14 %), Open VLD (14%) en SP.A (13 %). Ils ne sont plus qu’à quelques points des outsiders classiques que sont le Vlaams Belang (12 %), en sachant qu’en plus ce parti est toujours sous-estimé par les sondages et Groen (11%).

C’est surtout mauvais pour le CD&V qui perd son statut de premier titilleur de la N-VA. Cela désespère Eric Van Rompuy: Le président Wouter Beke fait ce qu’il peut, mais il reste un chrétien démocrate et se borne à des positions nuancées. Certains, comme Pieter De Crem, aimeraient que le parti affiche une ligne plus dure. Mais le vrai drame du CD&V c’est qu’il n’a pas eu le poste de premier ministre. La N-VA nous pousse sans cesse à faire du combat de rue et ils sont plus forts à ce jeu que nous. Et ce n’est pas dans la nature d’un membre du CD&V de rendre coup pour coup, à la dure. Du coup, comment voulez-vous qu’on se profile ? On se sent impuissant.

Au SP.A, on a une autre analyse. On pense que si le parti stagne, c’est à cause d’un phénomène qu’on perçoit partout en Europe et qui veut que les partis traditionnels soient décriés.

Si la N-VA avait semblé perdre des plumes suite à sa participation au gouvernement, elle remonte depuis quelque temps dans les sondages. Elle est revenue à 28%. Pour les élections, ils vont relancer la machine électorale, y injecter beaucoup d’argent, car ils ont un trésor de guerre impressionnant. Il y a de fortes chances que la N-VA atteigne sans problèmes les 30% en 2019, dit Maddens.

Et ce succès est dû, toujours selon Maddens, à la campagne ciblée que poursuit son président Bart De Wever: un cadre de la N-VA après l’autre fait parler de lui dans les médias avec des déclarations sur la sécurité, les réfugiés ou l’intégration. La N-VA joue à fond la carte de la polarisation. Ce qui fait que le débat politique se résume souvent à « on est pour ou contre la N-VA ». Et cela paye.

La stratégie de Wouter Beke qui voulait que la N-VA participe au gouvernement pour cramer le parti est un fiasco. Cela a même eu un effet boomerang puisque c’est le CD&V qui paye le fait d’être dans ce gouvernement.

Champagne à la N-VA

C’est limpide : les partis classiques ont un même problème des deux côtés de la frontière linguistique. Ils doivent gérer le succès d’un parti non-traditionnel. Même si les deux partis en question sont situés à l’opposé de l’échiquier politique. Ces partis dits traditionnels ont aussi perdu la main. Pour pouvoir passer outre ces partis, ils doivent se lancer dans des coalitions monstres et surtout improbables.

Mais même comme ça, la N-VA a assez de sièges pour flibuster. Et si la N-VA est incontournable en Flandre, elle le sera aussi au niveau fédéral. La N-VA ne pourra donc plus être snobée par les partis traditionnels. Autant le dire, à la N-VA on boit du champagne.

D’autant plus qu’une majorité alternative par la gauche SP.A-Groen-PVDA n’est pas vraiment une possibilité sérieusement envisagée. Surtout que le PVDA ne serait crédité que de trois sièges à la chambre et 5 au parlement flamand.

Dans cette optique comment pourra-t-on former un gouvernement ? La N-VA va-t-elle accepter de gouverner avec le PS en échange de remettre les questions communautaires sur la table ?

Le PS sera-t-il d’accord avec cela ? Peut-être bien dit l’expert budgétaire Herman Matthijs (UGent et VUB). Car on devra tôt ou tard parler de la loi spéciale relative au financement des Communautés et des Régions. Une loi qui ne peut être changée sans une majorité dans chaque groupe linguistique.

Mais former un tel gouvernement a tout de même tout de la mission impossible. La Belgique fédérale est progressivement devenue un noeud gordien, un enchevêtrement inextricable. Du coup, Bart De Wever a-t-il les cartes électorales qui lui permettront de faire passer le confédéralisme ?

En principe, la N-VA est bien placée. Mais comme le dit Bart De Wever lui-même, une élection se gagne aussi selon les circonstances. Il suffit qu’un ministre démissionne peu avant les élections pour changer la donne. Mais si la situation d’aujourd’hui perdure et que l’on a l’image d’une Flandre à droite et d’une Wallonie à gauche… Imaginez-vous: une région communiste, voilà de quoi convaincre l’électeur flamand de placer la N-VA sur un lit de roses, dit Maddens.

Exportations wallonnes en baisse

Les dernières statistiques de la Banque Nationale (3 trimestres 2016) indiquent une baisse des exportations wallonnes.

Flandre : 150.972,6 millions d’euros, soit une augmentation de 8,2% par rapport à 2015.

Wallonie : 31.192,1 millions d’euros, soit une diminution de 3,7% par rapport à 2015.

Rappelons que ces statistiques ne sont pas effectuées au départ des ports et aéroports d’embarquement, mais à la sortie des entreprises (documents « ex-work »)

Vuye et Woutters veulent la révision de l’article 195 de la Constitution

« Doorbraak », Sander Carolo, 6 avril 2017

Ils s’engagent ainsi pour une grande réforme de l’Etat. Une simple majorité suffit pour cette proposition.

Les députés indépendants Hendrik Vuye et Veerle Wouters expliquent dans leur dernier livre qu’il est possible de scinder par exemple la sécurité sociale sans toucher à la Constitution. Une majorité des deux tiers n’est même pas nécessaire pour cela.

Pour pouvoir modifier la Constitution même, le tandem dépose une proposition pour pouvoir soumettré à révision l’article 195 de la Constitution. Une telle révision n’est pas nouvelle. Le gouvernement Di Rupo l’a également appliquée en 2012 pour exécuter la sixième réforme de l’Etat. De cette façon, l’adaptation de la Constitution ne doit plus se faire en deux législatures, bien que Di Rupo ait opté pour une mesure temporaire.

Ne pas tromper l’électeur

Une grande réforme de l’Etat est nécessaire, disent Vuey et Wouters, La Belgique est handicapée par des transferts de compétences mal ficelés. En outre, les transferts Nord-Sud déstabilisent l’Etat. Chacun a conscience qu’une septième réforme de l’Etat s’impose. En ce qui nous concerne, ce devrait être une réforme globale et définitive.

Selon eux, leur  proposition oblige la N-VA, l’Open VLD, la SP.A et Groen à afficher la couleur. Ces partis veulent-ils une nouvelle pause communautaire ou veulent-ils vraiment une nouvelle réforme de l’Etat ? Celui qui votera contre notre proposition reconnaîtra qu’il ne veut pas une grande réforme de l’Etat.

Leur proposition sera soumise au vote avant les élections fédérales de 2019. Un accord des francophones n’est pas nécessaire : une simple majorité suffit. La chose est donc possible, puisque les Flamands occupent 89 des 150 sièges à la Chambre. La sonnette d’alarme et les conflits d’intérêts ne sont également pas d’application pour une déclaration de révision de la Constitution. Il suffit de cinq minutes de courage politique, concluent Vuye et Wouters.

Que stipule l’article 195 ?

Le pouvoir législatif fédéral a le droit de déclarer qu’il y a lieu à la révision de telle disposition constitutionnelle qu’il désigne.

Après cette déclaration, les deux Chambres sont dissoutes de plein droit.

Il en sera convoqué deux nouvelles, conformément à l’article 46.

Ces Chambres statuent, d’un commun accord avec le Roi, sur les points soumis à la révision.

Dans ce cas, les Chambres ne pourront délibérer si deux tiers au moins des membres qui composent chacune d’elles ne sont présents; et nul changement ne sera adopté s’il ne réunit au moins les deux tiers des suffrages.

Vous avez dit Ostbelgien?

Publié le jeudi 06 avril 2017 à 14h16

 

 

 

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique(1).

La Constitution dit que la Belgique comprend trois communautés : française, flamande et la communauté germanophone qui vient d’être débaptisée au profit de « OstBelgien ». Une violation de l’Etat de droit.

Souvent prompts à brandir la notion d’ »Etat de droit », les hommes politiques sont aussi les premiers à la violer.

Un « Etat de droit » implique prioritairement le strict respect de ce qu’il est convenu d’appeler sa Loi fondamentale, autrement dit sa Constitution.

La Constitution belge stipule, en son article 2, que « la Belgique comprend trois communautés : la communauté française, la communauté flamande et la communauté germanophone ».

Aussi longtemps que cet article n’a pas été modifié selon la procédure prévue à cet effet, aucune autre dénomination ne peut être officiellement utilisée.

Or, le 25 mai 2011, les responsables francophones ont pris la décision de se regrouper dorénavant sous le vocable « Fédération Wallonie-Bruxelles ». Et aujourd’hui, c’est au tour des responsables germanophones de débaptiser leur Communauté au profit de « OstBelgien ».

Chaque fois que je suis amené à prendre la parole en Flandre, une question m’est régulièrement posée : « Avec cette Fédération Wallonie-Bruxelles, n’avez-vous pas une arrière-pensée en tête ? Ne serait-ce pas une façon de préparer la mise sur pied d’une Belgique sans nous ? »

La fédération Wallobrux

Dans une récente interview accordée à « Doorbraak », Jan Verroken, qui amena en 1968 le gouvernement Vanden Boeynants à tomber sur l’affaire de Louvain (le fameux « Walen buiten ») déclare : « Si j’étais encore au CVP, je lutterais pour faire la même chose que les Wallons. Ils font la fédération Wallobrux. J’aurais fait depuis longtemps une Fédération Flandre-Bruxelles. Il faut toujours faire la même chose que son adversaire. Ils ne peuvent tout de même pas nous reprocher de vouloir faire la même chose qu’eux ? Et c’est ainsi que nous sommes encore loin de la confédération. Mais les Flamands ne s’y connaissent pas assez en tactique. »

Bien vu de la part du vieux renard. En créant à son tour une « Federatie Vlaanderen-Brussel », la Flandre aurait démontré que Bruxelles se trouvait en quelque sorte cogérée, ce que prévoit d’ailleurs le projet confédéraliste que son Parlement a adopté en 1999.

Le hic bruxellois

Mais il y a un hic. Bruxelles est aussi, depuis 1988, une Région à part entière, avec ses frontières propres. Et au fil des années, la spécificité bruxelloise n’a cessé de se consolider.

C’est ainsi que l’étude réalisée par Rudi Janssens de la VUB en 2013, révèle que 73,9 % des Bruxellois opteraient pour l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. Seuls 4 % se tourneraient vers la Flandre, et 4,6 % vers la Wallonie.

On voit donc le côté chimérique de ce Wallobrux, qualifié par François Perin de « Belgique en réduction, aussi médiocre et superficielle que l’autre » !

Dans son livre « De Ordelijke Opdeling van België – Quid nunc ? » (La Division ordonnée de la Belgique – Quid nunc ?), Gerolf Annemans, député européen du Vlaams Belang, écrit : « Notre conclusion doit donc être la suivante : une Flandre souveraine et indépendante, en ce compris Bruxelles, est indispensable, souhaitable et réalisable, mais il faut que cela intervienne à relativement court terme. »

Soucieuse d’encadrer au mieux sa minorité bruxelloise, la Flandre a opté, dès le départ, pour la fusion des échelons communautaire et régional, en établissant son unique Parlement et son unique gouvernement à Bruxelles, dont elle a, en outre, fait sa capitale. On comprend la stratégie, d’autant que Bruxelles se trouve enclavée en territoire flamand.

Les règles de l’ex-Yougoslavie

Mais Bruxelles, nous l’avons dit, est aussi une région clairement délimitée sur le plan géographique. Lors du démantèlement de l’ex-Yougoslavie, on a vu que les frontières administratives internes, par définition non fixées par des traités internationaux, avaient été prises en considération. Ce fut consacré dans le rapport de la « Commission Badinter » en 1992.

Cette jurisprudence pourrait dès lors s’appliquer en cas de disparition de la Belgique. En d’autres termes, la division se ferait sur une base régionale, puisque les communautés ne peuvent être géographiquement délimitées (à l’exception toutefois de la germanophone).

Feu Xavier Mabille, le président du Crisp, a fort bien résumé les choses : « La Flandre – ou du moins une majorité parmi les personnes et les institutions qui en assurent l’expression politique – pourrait décider de son autodétermination. Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin de la Wallonie ni de celui de Bruxelles. »

Via la légitimité démocratique de son Parlement, la Flandre pourrait donc s’ériger en Etat souverain. Mais en intégrant d’autorité Bruxelles, elle engendrerait un contentieux qui ne pourrait se régler qu’au niveau international, avec toutes les difficultés que cela comporte.

L’appellation « Ostbelgien »

Pour en revenir à la population germanophone, ce fut, nous pensons, une erreur de l’avoir intégrée dans la Région wallonne. En choisissant l’appellation « Ostbelgien », ses responsables politiques entendent sans doute affirmer clairement une identité propre, tant sur le plan communautaire que régional. Si la Flandre devait faire sécession, il reviendrait aux Wallons, aux Bruxellois et… aux germanophones de choisir, en toute liberté, la voie de leur avenir.

 

→ 1) Dernier livre paru : « Le Testament wallon – Les vérités dérangeantes » (Mon Petit Editeur, Paris, 2016). La version néerlandaise sort ce 28 mars chez « Doorbraak Boeken », avec une préface du politologue de la KU Leuven Bart Maddens : « Waals Testament – Ongemakkelijke waarheden over de toekomst van België ».

 

«La construction de la nation flamande est pratiquement achevée»

« Le Vif », Belga, 3 avril 2017

Le courrier hebdomadaire du Crisp constate dans son dernier numéro le parachèvement de la nation flamande à l’aune de la théorie de l’historien tchèque Miroslav Hroch selon lequel le processus de construction d’une petite nation dans un Etat-nation dominant est couronné de succès s’il reflète en grande partie la composition sociale de cette nation émergente.

Le courrier hebdomadaire du Crisp constate dans son dernier numéro le parachèvement de la nation flamande à l’aune de la théorie de l’historien tchèque Miroslav Hroch selon lequel le processus de construction d’une petite nation dans un Etat-nation dominant est couronné de succès s’il reflète en grande partie la composition sociale de cette nation émergente.

Les historiens flamands Bruno De Wever, Frans-Jos Verdoodt et Antoon Vrints à l’origine de cette analyse soulignent que l’issue de ce processus sera largement déterminée par le contexte européen, voire mondial.

La construction de la nation flaande (…) est pratiquement achevée, observent les trois historiens. Reste à savoir si ce processus est irréversible et s’il doit aussi sonner le glas de l’Etat belge qui reste largement soutenu par les partenaires sociaux dont les intérêts se retrouvent dans les structures belges telles que la sécurité sociale.

Le président de la N-VA Bart De Wever cite lui-même Miroslav Hroch lorsqu’il affirme que le projet de son parti vise l’objectif d’une Flandre en tant que moyen et non en tant que but. Son frère Bruno De Wever et les historiens notent que « eule une petite minorité de l’opinion publique est favorable au« projet séparatiste. En fonction du contexte ou du sujet, le sentiment d’appartenance à la Flandre ou à la Belgique prévaudra. Mais à l’heure actuelle, l’antithèse entre la Flandre et la Belgique n’est donc toujours pas partagée par la plupart des Flamands.

Et si la dynamique de la nation belge à la nation flamande est claire, observent encore les trois historiens, il est essentiel de prendre conscience de l’ouverture du processus historique. Celui-ci sera largement déterminé par le contexte européen voire mondial, soulignent-ils. Le nationalisme demeurera un facteur de poids dans le monde de demain, assurent-ils, pointant les tensions croissantes entre les élites cosmopolites et la masse de la population sensible aux tendances nationalistes, régionalistes et populistes.

D’une part, concluent les scientifiques, se revendiquant de la mondialisation néolibérale, les élites espèrent en tirer les fruits et se soustraient de plus en plus à l’Etat-nation. D’autre part, la masse de la population voit la mondialisation comme une menace »à son bien-être et à sa prospérité. Dès lors, il reste à voir, à l’aune de cette tension, sur quoi cette nouvelle opposition nationale va déboucher en Flandre et en Belgique.

Le gouvernement flamand insiste pour adapter l’ordre protocolaire belge

« Le Vif », Belga, 1er avril 2017

Le gouvernement flamand veut adapter l’ordre protocolaire belge. Actuellement, les ministres-présidents des entités fédérées arrivent loin après le Premier ministre, ce qui ne correspond plus à la logique actuelle, estime-t-il.

Les différentes réformes de l’Etat et le contexte institutionnel modifié demandent en effet une adaptation. Les représentants des entités fédérées veulent être placés à égalité, ou juste après leurs collègues fédéraux, a indiqué vendredi le ministre-président flamand Geert Bourgeois, annonçant qu’il mettra la question à l’ordre du jour du comité de concertation.

La demande flamande d’adapter le protocole intrabelge n’est pas neuve. Elle est d’ailleurs reprise dans l’accord de gouvernement flamand. Mais à l’entame de la présente législature, elle avait été accueillie fraîchement par le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. « Peut-être pourrons-nous en discuter lors de la douzième réforme de l’Etat », avait-il commenté en novembre 2014.

Le gouvernement flamand veut cependant quand même porter le sujet au comité de concertation et a préparé une note dans ce sens. Pour le moment, le centre de gravité protocolaire se trouve au fédéral. Tous les représentants fédéraux des pouvoirs législatifs et exécutifs se suivent, et viennent avant les représentants des entités fédérées.

L’idée de la Flandre serait que les ministres-présidents arrivent juste après le Premier ministre, et un vice-ministre-président après un vice-premier ministre.

Jules Gheude : Waals Testament

Nous avons le plaisir de vous informer de la sortie du livre de Jules Gheude : Waals Testament – Ongemakkelijke waarheden over de toekomst van België

Il s’agit de la version néerlandaise, adaptée, de l’essai « Un  Testament wallon – Les vérités dérangeantes », publié en  décembre dernier par « Mon Petit Editeur », à Paris.

Préfacé par le professeur Bart Maddens de la KU Leuven, l’ouvrage sera présenté officiellement au Parlement flamand (rue de Louvain, 86, à 1000 Bruxelles),   le 20 avril prochain, à 11 heures.

  • Mot de bienvenue par M. Jan Peumans, président du Parlement flamand;
  • Entretien de l’auteur avec M. Alain Mouton, journaliste à « Trends » ;
  • Conclusion par M. Karl Drabbe, responsable de Doorbraak Boeken.

Vous trouverez toutes les informations utiles (bulletin d’inscription) via le lien suivant : http://inschrijvingen.doorbraak.be/waals-testament/