La Catalogne annonce la tenue d’un référendum indépendantiste le 1er octobre

« Le Vif », Afp, 9 juin 2017

Le président indépendantiste de la Catalogne, Carles Puigdemont, a annoncé vendredi qu’il organiserait le 1er octobre un référendum sur l’indépendance de sa région du nord-est de l’Espagne, en dépit de son interdiction par la justice.

 

« Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant sous forme de République? » sera la question posée aux Catalans, a dit M. Puigdemont, revendiquant le « droit à un référendum d’autodétermination ».

  1. Puigdemont n’a cependant pas encore signé le décret de convocation de la consultation interdite par la Cour constitutionelle et qui mettra en délicatesse avec la loi toutes les personnes qui participeront à son organisation.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a pour sa part toujours assuré qu’un tel référendum n’aurait pas lieu laissant entendre, sans les révéler, qu’il prendrait des mesures préventives en ce sens.

« Tant que je serai président du gouvernement, cela ne se produira pas », avait réaffirmé M. Rajoy le 27 mai.

Les Catalans sont divisés sur l’indépendance: 44,3% pour et 48,5% contre, selon le dernier sondage d’un institut gouvernemental.

Mais ils souhaitent majoritairement (à 73,6%) pouvoir se prononcer par référendum. Cette consultation est défendue au-delà de la sphère indépendantiste par des organisations comme le nouveau parti de gauche Catalunya en Comu de la maire de Barcelone Ada Colau, des syndicats, des chefs d’entreprises et le club de football FC Barcelone.

En 2014, la région avait bravé une première interdiction et organisé une consultation symbolique des Catalans: 2,3 millions de personnes – sur six millions d’électeurs potentiels- avaient participé et huit sur dix s’étaient prononcées pour la sécession.

 

Le pronostic vital de la Belgique est engagé

Opinion de Jules Gheude, « Le Vif », 7 juin 2017

http://www.levif.be/actualite/belgique/le-pronostic-vital-de-la-belgique-est-engage/article-opinion-673737.html

Dans l’ouvrage  » Onvoltooid Vlaanderen  » (la Flandre inachevée) de Jan Seberechts, Bart De Wever, le président de la N-VA, présente son projet confédéraliste pour 2019.

Deux Etats-membres

La Belgique devient une confédération axée sur deux Etats-membres, Flandre et Wallonie, lesquels exercent les compétences liées au sol et aux personnes. La confédération, elle, est compétente pour les matières qui lui sont décernées explicitement par ces deux Etats. La N-VA mentionne ici la défense, la sécurité et les finances, et les affaires étrangères.

Pour exercer ces compétences, la confédération dispose d’un gouvernement composé paritairement de quatre ministres. Chaque Etat y désigne en outre un ministre, celui-ci n’ayant que voix consultative. Au sein du « conseil belge », on prévoit une concertation permanente « entre les ministres-présidents de Flandre, de Wallonie, de Bruxelles et des Germanophones ». Je traduis littéralement. Il est aussi question de « conseils ministériels thématiques », permettant de se réunir suivant les compétences : les ministres en charge de l’Agriculture, par exemple. L’objectif est d’éviter les conflits d’intérêt et de coordonner les points de vue sur la scène internationale.

« Nous achèterons Bruxelles ! »

Aujourd’hui, la Flandre a fait de Bruxelles sa capitale. Le projet confédéraliste ne dit mot à ce sujet.

La Région de Bruxelles-Capitale est citée telle quelle, avec, pour compétences, « toutes les matières liées au territoire et celles exercées aujourd’hui par les dix-neuf communes et CPAS, ainsi que par les six zones de police ». Pour ce qui est des matières personnalisables, « chaque habitant de Bruxelles choisit librement – indépendamment de sa langue et de son origine – entre le paquet flamand ou le paquet wallon pour l’impôt des personnes, le système de sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, la migration et l’intégration, ainsi que le droit de vote pour le Parlement flamand ou wallon.

Il est clair que la Flandre entend ici modifier le rapport de forces à Bruxelles, en alléchant les non-néerlandophones par des mesures financièrement plus avantageuses. L’ancien ministre-président flamand Gaston Geens avait un jour lâché : « Nous achèterons Bruxelles! ».

Monarchie protocolaire et fin du bicaméralisme

Le projet de la N-VA maintient la monarchie, mais de façon « purement protocolaire et totalement transparente ». Notons aussi la fin du système bicaméral, avec la suppression du Sénat. Quant à la Chambre, elle ne comprend plus que 50 députés, issus paritairement du Parlement flamand et du Parlement wallon.

Communauté germanophone

Bart De Wever ne parle que du « ministre-président des germanophones ». Celui-ci serait-il à la tête d’une région propre, compétente à la fois pour les matières liées au sol et aux personnes ? On peut le supposer, mais ce point reste à préciser.

Financement

La Flandre et la Wallonie déterminent et perçoivent tous les moyens liés aux compétences personnalisables, à savoir l’impôt des personnes, les droits de succession et de donation, le précompte mobilier, ainsi que les impôts assimilés aux impôts sur le revenu. La Flandre, la Wallonie et Bruxelles déterminent et perçoivent les moyens provenant des matières territoriales, comme l’impôt des sociétés, les droits de donation et le précompte immobilier.

Pour ce qui est de la confédération, le projet précise qu’elle est financée « par la TVA et les accises pour le paiement de la contribution européenne obligatoire, les charges d’intérêt et le remboursement de la dette publique et la solidarité entre les Etats-membres ».

Solidarité

Bart De Wever souligne que « les transferts ne sont pas le problème en soi, mais ils doivent être transparents, avoir un objectif précis et inciter à l’amélioration ». Le projet prévoit donc, comme en Allemagne, « un mécanisme de solidarité objectivement mesurable, transparent et qui incite à la responsabilisation ». Selon la N-VA, ce n’est pas le cas avec les transferts actuels, « qui sont opaques, complexes, et ne stimulent pas une région à avoir de meilleures performances économiques ». Aujourd’hui, « la bonne gouvernance n’est pas récompensée, mais sanctionnée », souligne-t-elle.

Vers le séparatisme

Le projet de la N-VA rejoint clairement les résolutions que le Parlement flamand a adoptées en 1999. L’échelon central est réduit à sa plus simple expression, l’objectif étant de démontrer très vite qu’il est en fait superflu. La Région de Bruxelles-Capitale reste, quant à elle, limitée aux dix-neuf communes, avec une cogestion de la part de la Flandre et de la Wallonie. D’une manière générale, le système est simplifié, plus efficace et nettement moins onéreux. Il offre aussi l’avantage d’inciter la Wallonie à se montrer plus responsable dans le choix de sa gestion.

Reste à voir comment réagiront les francophones. Les Bruxellois semblent de plus en plus attachés à leur spécificité, mais ils pourraient aussi être séduits par les mesures financières plus avantageuses proposées par la Flandre en matière notamment d’imposition et de sécurité sociale. Quant aux Wallons, il est clair que, dans les circonstances présentes, ils auraient de grosses difficultés à assurer une sécurité sociale propre.

On a vu, ces dernières années, les responsables francophones se présenter en « demandeurs de rien » pour finalement céder. Aujourd’hui, le contexte est différent. Le projet confédéraliste constituerait l’antichambre du séparatisme. La Flandre, en effet, aurait beau jeu de souligner l’inutilité de conserver cette confédération-coquille vide. Par ailleurs, la Wallonie ne serait pas en capacité d’assumer financièrement une telle autonomie. D’autre part, un refus francophone rendrait quasiment impossible la formation d’un nouveau gouvernement belge. Bref, dans un cas comme dans l’autre, le pronostic vital de la Belgique est engagé.

Je songe à cet article que François Perin avait écrit dans « La Meuse », le 28 avril 1981: « Après d’éventuelles élections (…), le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par « implosion ». Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. (…) Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant, contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée, devenant eux-mêmes les débiteurs de leurs fameux « droits acquis ». (…) La seule nationalité à laquelle ils pourraient facilement s’assimiler après que la nationalité belge leur eût claqué dans la main, est la nationalité française (…). Encore faudrait-il nettoyer seuls nos écuries, car la France n’est pas demanderesse et n’a aucune envie de prendre des fous en charge. »

36 ans plus tard, ces propos résonnent de manière éminemment prophétique. Le démantèlement du pays est bel et bien irréversible. Voilà près de dix ans que je m’efforce de préparer les esprits wallons à l’après-Belgique. Mais il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre !

Dernier ouvrage paru de Jules Gheude : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version néerlandaise vient de sortir chez « Doorbraak Boeken », avec une préface du politologue Bart Maddens.

« Nous achèterons Bruxelles ! »

 

https://www.rtbf.be/info/opinions/detail_nous-acheterons-bruxelles?id=9613210

Jules Gheude – © RTBF

Il n’est certes pas sans intérêt de revenir sur le lifting institutionnel que Bart De Wever, le président de la N-VA, entend imposer à la Belgique après les élections législatives de 2019. Autant dire, demain.

La Belgique devient une confédération, composée de deux Etats – la Flandre et la Wallonie – disposant de toutes les compétences territoriales et personnalisables.

La Région de Bruxelles-Capitale exerce les compétences territoriales, ainsi que celles exercées aujourd’hui par les dix-neuf communes et les CPAS, et les six zones de police. Pour ce qui est des autres matières, chaque habitant de Bruxelles choisit librement – indépendamment de sa langue ou de son origine – entre la Flandre et la Wallonie. Les Bruxellois ont donc le choix entre le paquet flamand et paquet wallon pour l’impôt des personnes, le système de sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, l’immigration et l’intégration, et le droit de vote pour le Parlement flamand ou wallon. Ce choix n’est pas définitif. Il peut être modifié après une période d’attente.

La confédération n’exerce plus que les compétences qui lui sont confiées par les Etats flamand et wallon, à savoir la défense, la sécurité, les finances et les affaires étrangères.

La monarchie est purement protocolaire et totalement transparente.

Le gouvernement de la confédération se compose paritairement de quatre ministres de plein exercice. La Flandre et la Wallonie y délèguent, chacune, un ministre disposant seulement d’un droit de vote consultatif.

Au sein du Conseil belge, il y a concertation permanente entre les ministres-présidents de Flandre, de Wallonie, de Bruxelles et des germanophones, tandis que chaque conseil thématique réunit les ministres compétents. Le but est d’éviter les conflits d’intérêts et de coordonner les points de vue sur les forums internationaux.

La monarchie devient purement protocolaire et totalement transparente.

Le Sénat est supprimé et la Chambre réduite à 50 membres, choisis paritairement au sein des Parlements flamand et wallon.

Pour le financement, la Flandre et la Wallonie déterminent et perçoivent tous les moyens liés aux compétences personnalisables : l’impôt des personnes, les droits de succession et de donation, le précompte mobilier et les impôts assimilés à l’impôt sur le revenu.

La Flandre, la Wallonie et Bruxelles déterminent et perçoivent les moyens liés aux compétences territoriales, comme l’impôt des sociétés, les droits de donation et le précompte immobilier.

La confédération est financée par la TVA et les accises pour le paiement de la contribution européenne obligatoire, les charges d’intérêt et le remboursement de la dette publique, et la solidarité entre les entités.

Il est prévu, comme en Allemagne, un mécanisme de solidarité objectivement mesurable, transparent et responsabilisant. Les transferts en soi ne constituent pas un problème. Mais ils doivent être transparents. Ils doivent avoir but précis et inciter à l’amélioration.

Comme on peut le constater, le projet de la N-VA fait une distinction très nette entre la Flandre et la Wallonie, d’une part, et Bruxelles, d’autre part. Quant à la Communauté germanophone, elle n’est que très timidement abordée. Quel serait son véritable statut ?

L’ancien ministre-président flamand CVP Gaston Geens avait un jour dit : « Nous achèterons Bruxelles ».

Il est clair que la Flandre n’entend pas lâcher cette ville dont elle a d’ailleurs fait sa capitale. D’où l’intention à peine voilée d’allécher les Bruxellois avec une imposition et une sécurité sociale plus avantageuses. Un point sur lequel le front francophone pourrait bien se lézarder…

En attendant, Elio Di Rupo a déjà opposé une fin de non-recevoir à Bart De Wever. Pas question, pour le PS, de liquider ce fonds de commerce que constitue la Sécu !

Mais on a pu aussi constater, ces dernières années, que les leaders francophones, « demandeurs de rien », n’avaient pas hésité à sacrifier leurs sacro-saints principes.

Ce fut le cas en 2001, lors du refinancement de la Communauté française, avec la surreprésentation forfaitaire pour la minorité flamande au Parlement bruxellois, la présence d’au moins un échevin flamand dans les collèges communaux, la régionalisation de la loi communale permettant à la Flandre de mettre au pas les francophones de la périphérie.

Il n’était pas question non plus, pour les francophones, de toucher aux allocations familiales ou de scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension géographique de Bruxelles. On sait ce qu’il en est advenu en 2011 !

Une chose est sûre : les négociations de 2019 donneront lieu à une sacrée foire d’empoigne, qui pourrait bien rendre la Belgique totalement ingouvernable.

Car la Flandre entrepreneuriale, prospère, n’entend plus se montrer solidaire d’une Wallonie marquée de plus à plus à gauche (le PTB avoisine les 20% !) et qui, en dépit de la régionalisation intervenue en 1980 et de divers plans de redressement, n’est toujours pas parvenue à décoller. Quant aux derniers scandales au sein des intercommunales, ils montrent que la bonne gouvernance est loin d’être au rendez-vous…

Jules Gheude est essayiste politique. Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes » (Mon Petit Editeur, Paris, 2016). La version néerlandaise de ce livre est parue chez « Doorbraak.Boeken » : « Waals Testament – Ongemakkelijke waarheden over de toekomst van België ».

 

Macron nomme son premier gouvernement ouvert et paritaire

« Le Vif », Afp, 17 mai 2017

Le président français Emmanuel Macron a composé mercredi son premier gouvernement, une équipe de 22 membres, 18 ministres et quatre secrétaires d’Etat dont la moitié provient de la société civile, relativement resserrée et à l’image de la recomposition promise avec des ministres issus de la droite, comme de la gauche et du centre.

 

Le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler en a annoncé la composition à 15H00 précises, selon l’horaire prévu, sur le perron de l’Elysée et selon les canons du genre. Les attributions précises des membres du gouvernement, dont la moyenne d’âge est de 54 ans, devraient être fixées par décret « dans les 48 heures après le premier Conseil des ministres » qui se tiendra jeudi à 11H00, selon l’Elysée.

« L’engagement d’un gouvernement très resserré est totalement tenu » avec « une recomposition sans précédent » de l’exécutif, souligne-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron qui précise qu’au lendemain des législatives des 11 et 18 juin, « il n’est pas impossible qu’on ait un petit réajustement ».

La parité est également parfaitement respectée, avec onze femmes et onze hommes et autant de ministres de plein exercice de l’un comme de l’autre sexe. « Emmanuel Macron voulait que les femmes occupent des ministères de premier plan et ne soient pas reléguées à des portefeuilles qui leur sont traditionnellement dévolus ou moins importants », fait-on également remarquer dans l’entourage du nouveau président.

Les quatre ministères régaliens ont été dévolus à deux socialistes – Jean-Yves Le Drian, l’un des deux rescapés du quinquennat de François Hollande, qui passe de la Défense à l’Europe et aux Affaires étrangères, et Gérard Collomb, « marcheur » de la première heure, qui prend l’Intérieur – et à deux centristes – François Bayrou à la Justice, et Sylvie Goulard aux Armées.

Nicolas Hulot occupe une place de choix dans l’organigramme. Deuxième des ministres dans l’ordre protocolaire, il entre pour la première fois dans un gouvernement après avoir été candidat malheureux à la primaire des Verts pour la présidentielle de 2012. L’ancien animateur d’Ushuaïa avait déjà été pressenti pour rejoindre un gouvernement Hollande en janvier 2016 après avoir été l’un des artisans de la COP21.

S’il est resserré, ce premier gouvernement de l’ère Macron compte cependant davantage de ministres que le premier gouvernement Fillon qui avait battu un record sous la Ve République en la matière avec seulement 15 ministres, quatre secrétaires d’Etat et un Haut-Commissaire.

Parmi les ministres figurent quatre socialistes (dont deux avaient rejoint En Marche!) deux radicaux de gauche, trois centristes, deux LR, les autres provenant de la société civile.

Avec Bruno Le Maire à l’Economie et Gérald Darmanin à l’Action et aux Comptes publics, Emmanuel Macron débauche dans les rangs des Républicains et donne Bercy à la droite, toujours plus fractionnée. « A titre personnel », François Baroin, chef de file des Républicains pour les législatives, a regretté ces ralliements, estimant qu’il ne s’agissait pas d’une « recomposition » mais d’un « dynamitage » politique.

Le secrétaire général du parti Les Républicains, Bernard Accoyer, a ensuite précisé par communiqué que les « membres de LR » qui ont « rejoint » le gouvernement « ne font plus partie des Républicains ». « Ils font le choix personnel de faire campagne avec le Premier ministre en faveur des candidats d’En Marche contre nos candidats LR-UDI ».

Les nombreux socialistes entrés dans ce nouveau gouvernement achèvent aussi d’affaiblir le PS. « Cautions de gauche mais Matignon et Bercy à droite », a tweeté le premier secrétaire du parti Jean-Christophe Cambadélis dans une première réaction.

Outre Jean-Yves Le Drian, Annick Girardin est donc la seconde rescapée de l’ère Hollande, nommée aux Outre-Mer.

Désireux d’éviter un couac majeur, M. Macron a temporisé, annonçant la composition avec une journée de retard, afin que la situation fiscale de chacun et l’absence de conflits d’intérêt soient rigoureusement contrôlées.

Le souvenir de Thomas Thévenoud, l’éphémère secrétaire d’Etat qui avait oublié de déclarer ses revenus au fisc, est encore dans tous les esprits.

La première étape de la formation du nouvel exécutif avait été franchie lundi avec la nomination d’un Premier ministre venu du parti Les Républicains, Edouard Philippe, qui avait eu pour effet de semer un peu plus la zizanie à droite. Depuis lundi, 120 élus de la droite et du centre ont signé un appel à « répondre à la main tendue » par le nouveau président. « Une gifle » pour les candidats LR, selon le député Eric Ciotti.

Parmi les signataires de l’appel, des figures de la droite modérée comme Thierry Solère, Benoist Apparu ou Nathalie Kosciusko-Morizet, ainsi que le centriste Jean-Louis Borloo, dont aucun ne figure toutefois dans le premier gouvernement Philippe.

En riposte, sous l’égide de François Baroin, Les Républicains ont lancé un contre-appel des 577 candidats de la droite et du centre aux législatives à défendre leurs « convictions » et à gagner ces élections pour imposer une cohabitation.

Quand François Perin rêvait de… macronisme

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Avec l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence, nous assistons à une recomposition en profondeur du paysage politique français.

En créant son mouvement « En Marche ! », l’intéressé a bouleversé les codes traditionnels et mis un terme à la bipolarisation sur laquelle s’articulait jusqu’ici le fonctionnement de la Ve République.

Dans un monde en pleine mutation, bien des paramètres se sont modifiés et le traditionnel clivage gauche-droite apparaît clairement comme une entrave à la résolution des grandes questions qui se posent à notre société.

Attitude stérile que celle qui consiste, parce que l’on se trouve dans l’opposition, à critiquer systématiquement tout ce qu’entreprend la majorité. Car personne ne détient la Vérité absolue. Et l’Histoire nous a appris à quelles perversités pouvait mener l’intransigeance poussée à son paroxysme.

Les débats parlementaires, avec ces visages déformés par la hargne de l’invective,  sont à mille lieues de l’humanisme tolérant. Les mots peuvent constituer le pire des pièges.

François Perin avait cette faculté d’anticiper les choses. Dans son essai « La Démocratie enrayée », paru en 1960, il s’en prend violemment à la particratie qui empêche le bon fonctionnement des institutions et paralyse le système.

Durant la guerre, il avait adhéré au parti socialiste par haine du fascisme. Mais l’idéal de l’intellectuel de gauche allait être déçu par l’évolution des événements : La Tchécoslovaquie, ça été décisif pour moi. La première grande déception. La seconde fut que le système amenait une médiocratisation, non un changement de civilisation. (…) Il y a un complexe de gauche selon quoi tout ce qui est de droite est mauvais par définition. C’est un indice d’intolérance. Si la gauche  ne se bat plus pour la tolérance, à qui se fier ? (…) Les socialistes se basent sur la contestation du régime capitaliste, avec la propriété privée, le droit de succession, etc. Je pense qu’il faut trouver une troisième voie, comme J.-J.Servan-Schreiber. Il faut trouver une autre formule qu’une révolution profitant à l’Etat, sortir du manichéisme de la lutte des classes, donner des responsabilités de gestion aux travailleurs. C’est là qu’est le pouvoir d’ailleurs, dans la gestion, pas dans le capital qui est le plus souvent absent (« Pourquoi Pas ? », 31 août 1978).

François Perin concevait les partis comme des instruments d’action en raison du but qu’on poursuit et non des tribus auxquelles il faut être fidèle jusqu’à la mort et de génération en génération. Tous les démocrates devraient d’ailleurs prendre les partis comme des instruments d’action et non comme des religions (Annales parlementaires – Sénat, 9 novembre 1978).

C’est au départ de cette philosophie qu’il créa, en 1968, le Rassemblement Wallon. Démarche pluraliste qui permettait à des gens venus d’horizons divers de s’unir pour promouvoir le fédéralisme.

Il faut relire cette admirable « Lettre ouverte aux membres du Rassemblement Wallon », que François Perin écrit à la veille du congrès des 20 et 21 mars 1971 et dans laquelle il se situe par rapport à la triple tradition qui a fait notre civilisation (le christianisme, le libéralisme, le socialisme) : Puisant à nos bonnes sources morales, celles des chrétiens et aussi celles de leurs vieux antagonistes du siècle passé, nous prenons conscience que notre combat est d’abord un combat contre nous-mêmes. Combat dont l’issue devrait déboucher sur le socialisme libéral ou le libéralisme social.

Ni l’Etat ni l’argent ne doit être objet d’idolâtrie. Il faut quitter cette vision binaire, étriquée, qui entraîne le déséquilibre perpétuel. Une gestion saine, respectueuse de l’intérêt général, devrait, comme l’écrit encore François Perin dans « Germes et bois morts dans la société politique contemporaine » (Rossel, 1981), reposer sur le postulat suivant : Le pouvoir doit prendre assez de hauteur pour être respecté, les libertés publiques assez de vigueur pour l’empêcher d’être tyrannique.

Et d’ajouter :

La seule politique acceptable est celle qui concilierait les deux idéologies tenues, à tort, jusqu’ici pour antagonistes. (…) Le capitalisme prédateur et le socialisme autoritaire, ces deux monstruosités du siècle, ont assez démontré la capacité de folie suicidaire des hommes, pour que l’on tente partout d’ouvrir des voies à un comportement plus équilibré, plus serein et plus sage. Furia ideologica delenda est.

Rassembler par-delà les divergences. C’est à cet exercice subtil, difficile, qu’entend aujourd’hui s’atteler Emmanuel Macron.

Beaucoup d’électeurs ont voté pour lui pour faire barrage au Front national. Mais l’on voit déjà la « France insoumise » de Jean-Luc Mélenchon prête à monter aux barricades pour empêcher la réalisation du programme présidentiel. Attitude inconséquente dans la mesure où la paralysie et le statu quo ne feraient qu’apporter de l’eau aux visées extrêmes. Ce n’est certes pas en mobilisant la rue que la France se réformera. Une telle stratégie ne peut qu’entraîner la ruine collective.

Les citoyens français sont donc placés devant un choix majeur en ce qui concerne le renouvellement de l’Assemblée nationale. Avec sa jeunesse, son esprit d’ouverture et sa détermination, Emmanuel Macron est susceptible de relever les défis immenses qui attendent le pays ; moraliser la vie politique, renforcer l’axe franco-allemand pour redonner un souffle nouveau à l’Europe, réduire la dette, relancer l’emploi en assurant la compétitivité des entreprises, garantir la sécurité de la population en luttant contre l’islamisme radical, améliorer le système éducatif et la formation, réussir la transformation écologique et numérique, maintenir la paix dans un monde de plus en plus incertain….

Puisse cette petite histoire, racontée par François Perin dans « Le Vif » du 10 mars 1989, aider l’électeur français à faire le bon choix :

A l’Ouest, le libéral, qui a dû accepter l’hérésie de l’économie distributive au nom de la solidarité sociale, se dit : « suis-je un traître ? ». Il doute (il n’y a plus que Guy Verhofstadt qui lise encore Friedman). Comment surmonter l’angoisse ?

Le socialiste, qui a dû se rendre à l’évidence de l’efficacité de l’initiative privée et du mécanisme de marché, sous réserve de l’organisation de la solidarité sociale, se dit-il encore : suis-je un « social-traître » ? L’angoisse le guette-t-il ?

Finalement, l’un et l’autre surmontent l’angoisse en éclatant de rire : « Nos doctrines ? Quelles absurdités pisse-vinaigre ! Nous avons perdu la foi, vive l’humour, quelle délivrance ! Et si on fêtait cela joyeusement ensemble ?

(1) Auteur de « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015.

Le président de l’Union wallonne des entreprises: «36 heures de travail, ce n’est pas pénible»

Jacques Crémers, « Le Soir », 6 mai 2017

Président de l’Union wallonne des entreprises, administrateur délégué et directeur général de Safran Aero Boosters, Yves Prete est ce samedi 6 mai l’invité du Grand Oral RTBF-Le Soir sur La Première.

Interrogé d’abord sur les discours du 1er mai, Yves Prete – qui est un ancien joueur de rugby – plaque au sol le PTB : « C’est un parti qui n’aime pas les entreprises. C’est aussi un parti qui se nourrit du malheur. Ils ont besoin que ça aille mal », précise le président de l’UWE.

A propos des revendications entendues ci et là le 1er mai, Yves Prete réagit : « Moi, je ne crois pas que le travail soit quelque chose de pénible. Travailler, c’est créer de la richesse. Ceux qui parlaient étaient des distributeurs de choses qui n’existent pas. Trente-six heures par semaine, ce n’est pas pénible. Nous sommes un des pays où on travaille le moins ».

Et le burn out ?

« Je ne sais pas ce que c’est le burn out », affirme Yves Prete. « C’est vrai qu’il y a des gens qui sont entre guillemets en burn out. Mais commencer à faire la distinction entre la cause principale du burn out de tel ou tel individu, c’est très compliqué car le burn out peut venir des conditions de travail, de relations entre collègues ou de relations familiales, de beaucoup d’autres choses… Maintenant il y a des points à améliorer et on le fait tous les jours », précise-t-il encore.

L’état de la Wallonie

Autre point abordé au cours de cette interview, le discours de Paul Magnette sur l’état de la Wallonie. « Dans une équipe de rugby, on y arrive seulement si on travaille tous ensemble », explique Yves Prete. « Mais les Wallons ne vont pas dans le même sens ».

« Je suis globalement d’accord avec le discours de Paul Magnette », poursuit-il. « Mais nous n’avons pas terminé les restructurations qui masquent les effets positifs des mesures qui ont été prises. Je crois qu’on est arrivé au bout de ces restructurations et que nous allons pleinement profiter des actions qui ont été prises. Il faut continuer à travailler ».

Et la gouvernance ?

L’état de la Wallonie, c’est aussi sa gouvernance. Yves Prete commente : « Premièrement, il faut ramener l’affaire Publifin à sa juste place. A l’étranger, l’image de la Belgique n’a pas été ternie. Je ne dis pas que ce n’est pas grave mais ça n’a pas eu d’impact sur l’économie wallonne. Mais je suis triste car ça donne une image catastrophique de Liège et ça masque de belles choses. C’est le signe d’un estompement de la norme ».

Et à propos de la réaction des partis politiques ? « Moi je ne suis pas pour les commissions d’enquête », poursuit Yves Prete. « Ça ne m’intéresse pas du tout. On regarde dans le passé. On essaie de montrer que tout le monde est mouillé. Il n’y a pas besoin de commission d’enquête pour prendre des mesures », estime le président de l’Union wallonne des entreprises.

Stéphane Moreau légitime

Tout en reconnaissant qu’il ne connait pas bien le groupe Publifin, Yves Prete estime tout de même « qu’il faut clarifier les choses. Le groupe devrait être restructuré », dit-il. Et l’avenir de Stéphane Moreau ? « Je considère qu’il a l’air d’avoir bien géré sa société. Il a la légitimité industrielle. Il l’a dit lui-même, son handicap c’est d’avoir été membre d’un parti. Les raisonnements politiques ne sont pas les mêmes que les raisonnements industriels. C’est donc difficile de mélanger les deux », conclut Yves Prete.

Macron peut redonner un nouveau souffle à l’Europe

« Le Soir », 5 mai 2017

http://plus.lesoir.be/92676/article/2017-05-05/macron-peut-redonner-un-nouveau-souffle-leurope#_ga=2.252671820.451474974.1493986564-1577512.1493051089

CARTE BLANCHE  PAR JULES GHEUDE, ESSAYISTE POLITIQUE (1)

Le candidat à la présidence française propose de retoucher le tableau européen pour le rendre plus attirant. Son projet est bien plus engageant que celui de Marine Le Pen, qui rêve d’une France repliée sur elle-même.

 

J’ai toujours été un chaud partisan de l’intégration européenne. C’est la raison pour laquelle j’ai répondu favorablement à la proposition d’Antoinette Spaak de figurer à la 3e place sur la liste ERE-FDF (Europe, Régions, Environnement de François Roelants du Vivier) pour les élections européennes de 1989.

Cette liste fut présentée officiellement, le 28 mai 1989, lors d’un Congrès organisé à l’Arsenal de Namur, en présence de François Perin, qui profita de l’occasion pour répondre à l’accusation de francolâtrie chauvine, portée contre lui, quelques semaines plus tôt, par José Happart :

J’ai soutenu la juste cause fouronnaise de José Happart, mais ne puis cautionner ses positions ultra-régionalistes. La culture française, à travers les siècles, n’a jamais été fermée, puisqu’elle a participé à l’interaction, à l’interdépendance et à la fécondité réciproque des éléments de culture européenne émanant des nations et s’exprimant dans leurs langues diverses. Les chauvinismes nationaux n’ont pas réussi à dresser des barrières.

C’est exactement le discours que tient aujourd’hui Emmanuel Macron.

Les exemples abondent, qui démontrent l’ouverture de la France aux autres cultures.

François Ier ne recourut-il pas aux plus grands artistes italiens pour les résidences royales ? L’Italie et l’Egypte n’inspirèrent-t-elle pas la France de Napoléon ?

Racine puise abondamment dans l’antiquité gréco-romaine et Molière, dans la commedia dell’arte. Louis XIV ne jure que par Lully. Montesquieu écrit ses « Lettres persanes », Voltaire fréquente Fréderic II de Prusse et Catherine II de Russie, le XIXe siècle français est imprégné d’orientalisme (Chateaubriand, Flaubert, Lamartine, Nerval,…).   Plus près de nous, citons encore l’inclination-rupture de Debussy à l’égard de Wagner – Debussy faisant le pèlerinage à Bayreuth – et la relation Sartre-Heidegger, dans la filiation de Husserl. Quant à Albert Camus, il se sent le cœur grec.

Contrairement à Marine Le Pen, Emmanuel Macron n’entend pas isoler la France. Il sait fort bien ce que celle-ci doit, en termes de renommée, à ces personnalités issues de l’immigration et qui ont nom Emile Zola, Guillaume Apollinaire, Marie Curie, Pablo Picasso, Samuel Beckett, Emmanuel Levinas ou Pierre Cardin (voir à ce sujet « Le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France », sous la direction de Pascal Ory, Robert Laffont, 2013).

Je partage donc son souci de redonner un souffle nouveau à l’Europe. Seule une Europe forte sera capable de nous aider à affronter les défis d’un monde en pleine mutation et de nous offrir la sécurité nécessaire, notamment pour lutter contre l’intégrisme islamique.

Pour la première fois, un sondage paru dans le quotidien « The Times » indique qu’une majorité de Britanniques regrettent le résultat du référendum du 23 juin 2016 en faveur de la sortie de l’Union européenne.

Les marins-pêcheurs que Marine Le Pen a tenu à rencontrer récemment mesurent bien, eux, les conséquences néfastes de ne plus pouvoir s’aventurer dans les eaux territoriales anglaises.

Le rétablissement d’un franc français ne manquerait pas de se traduire par une forte hausse des taux d’intérêt, qui ne ferait qu’alourdir la dette. Celle-ci pourrait atteindre rapidement 115% du PIB. Les tenants du Frexit parlent de déprécier la monnaie, de façon à doper les exportations. Mais ils oublient de dire que le pouvoir d’achat des Français sera fortement impacté. Bref, on ne pourrait éviter une austérité renforcée.

Repliée sur elle-même, la France pèserait bien peu face aux grands blocs, tels que la Russie (145 millions d’habitants), les Etats-Unis (320 millions d’habitants), la Chine ou l’Inde (1,3 milliard d’habitants). Comment, dans ces conditions, agir efficacement sur le commerce international, le changement climatique ou encore la régulation financière ?

Outre la question européenne, Emmanuel Macron offre une recomposition de l’échiquier politique, rompant avec les tabous idéologiques qui n’ont engendré que palabres stériles et paralysants.

Sa « troisième voie » n’est autre celle que prônait François Perin il y a 36 ans. Dans « Germes et bois morts dans la société politique contemporaine » (Editions Rossel), publié en 1981, n’écrivait-ils pas :

Le socialisme libéral et le libéralisme social peuvent donc s’associer au lieu de se combattre en tombant dans le piège des mots. Ils seraient comme les deux bouts d’un balancier : souplesse, équilibre, mouvement, adaptation. Le capitalisme prédateur et le socialisme autoritaire, ces deux monstruosités du siècle, ont assez démontré la capacité de folie suicidaire des hommes, pour que l’on tente partout d’ouvrir des voies à un comportement plus équilibré, plus serein et plus sage. Furia ideologica delenda est !

Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan se réfèrent volontiers à Charles de Gaulle. Mais qu’ont-ils en commun avec lui ?

De Gaulle avait fait le choix de la résistance, non celui de l’extrême droite collaborationniste.

Le général avait aussi compris la nécessité de bâtir l’Europe au départ de l’axe franco-allemand. Le chancelier Konrad Adenauer avait été reçu à Colombey-les-Deux-Eglises. Marine Le Pen, elle, ne cesse de dire pis que pendre d’Angela Merkel.

Les Etats-Nations sont des monstres froids nés de la violence. L’Histoire nous a appris à nous méfier des égoïsmes souverainistes.

Amener les Européens à évoluer dans une sphère pacifiée après avoir vécu, en l’espace de 22 ans, deux tragédies atroces, tel était le pari des pères de la construction européenne. Pari réussi. J’ai 70 ans et n’ai pas connu la guerre.

Certes, la porte a été ouverte à des pays qui n’étaient pas suffisamment prêts pour se lancer dans l’aventure. Il eût fallu davantage tenir compte de la réalité concentrique de l’Europe. Face à un noyau central fort, la périphérie affichait un caractère plus hétérogène, qui impliquait des statuts propres.

L’Europe ne peut pas non plus fonctionner correctement avec des Conseils des Ministres qui ne représentent que les intérêts des Etats jaloux et paralysent la Commission, censée, elle, décider  au nom de l’Europe.

Marine Le Pen veut jeter le bébé avec l’eau du bain. Emmanuel Macron propose de retoucher le tableau pour le rendre plus attirant. Entre ces deux options, mon choix est fait. Je me suis toujours méfié des apprentis-sorciers.

(1) Dernier livre paru : « Un testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016.