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La Belgique peut disparaître par implosion


La Belgique peut disparaître par implosion – © Tous droits réservés

RTBF-Info, 6 juin 2019 – https://www.rtbf.be/info/opinions/detail_la-belgique-peut-disparaitre-par-implosion?id=10240352

1993. La Constitution belge reconnaît officiellement que la Belgique est un Etat fédéral. Mais, du côté flamand, le confédéralisme est déjà dans l’air. Le 13 janvier de cette année, le démocrate-chrétien Luc Vanden Brande, alors ministre-président flamand, déclare : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme.

Le fédéralisme est donc à peine mis sur les rails que le Nord passe à la vitesse supérieure. Le 3 mars 1999, le Parlement flamand adopte une  » proposition de résolution concernant les lignes de force de la Flandre en matière de réforme de l’Etat « . Soutenue par le CVP, le VLD et la Volksunie (le SP, Agalev et le Vlaams Blok s’abstiendront), ce programme de revendications institutionnelles en cinq points s’engage résolument sur la voie confédérale.

Ainsi, outre une autonomie fiscale et financière accrue, il est question de régionaliser les lois communale et provinciale, les soins de santé et les allocations familiales, l’emploi, la recherche scientifique et technologique, le commerce extérieur, les télécommunications, le transport et la mobilité, les statistiques, la coopération au développement, l’économie et l’énergie, l’infrastructure ferroviaire, l’agriculture, l’horticulture et la pêche. L’on parle aussi de  » paquets de compétences cohérents « . Tout cela dans une structure reposant sur deux Etats, la Flandre et la Wallonie, avec un statut spécifique pour Bruxelles, qui se retrouverait cogérée paritairement.

Les responsables politiques francophones n’ont pas pris l’exacte mesure de cette évolution. Surtout, ils n’ont pas compris qu’au fil du temps, une Nation flamande avait vu le jour.

Tout cela était en fait inscrit dans les astres. La manière dont on a été conçu le Royaume de Belgique portait en soi les germes de la crise. La grande majorité des francophones ignore à quel point le Mouvement flamand a dû se battre pour que l’identité flamande soit reconnue. Tout cela a laissé des traces durables et contribué à engendrer un sentiment très fort d’appartenance collective.

Lors de la crise politique de 2010-2011 (541 jours sans gouvernement de plein exercice), la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres – l’un de la majorité, l’autre de l’opposition- d’une mission d’information sur la situation intérieure belge. Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable.

Les résultats des élections du 26 mai dernier ne font que corroborer cette analyse. Former un gouvernement belge relève aujourd’hui de la quadrature du cercle.

François Perin avait bien anticipé les choses. Dans  » La Meuse du 28 avril 1981 – 25 ans avant le docufiction « Bye Bye Belgium » de la RTBF -, il écrivait : Les Wallons ont beau prouvé par les récents sondages […] qu’ils sont avant tout Belges et même en majorité  » unitaires  » ; qu’importe puisque la majorité des Flamands n’ont aucune envie d’en être solidaires ! Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver : […] Après d’éventuelles élections […], le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable. : la Belgique peut disparaître par  » implosion « . Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité.

Avec les Etats généraux de Wallonie, organisés à l’Université de Liège le 9 mai 2009, nous avons voulu préparer les esprits wallons à cette échéance inéluctable.

Livrée à elle-même, la Wallonie connaîtrait une situation budgétaire intenable – l’économiste liégeois Jules Gazon évoque un  » scénario à la grecque ! – et devrait se serrer considérablement la ceinture. Quant à la perspective de s’unir à Bruxelles pour perpétuer une  » Belgique résiduelle « , elle s’avère être une chimère dans la mesure où les Bruxellois, de façon largement majoritaire, préfèrent envisager leur avenir de façon autonome. Cette Belgique seconde serait d’ailleurs si différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Ne reste alors que le scénario d’un statut particulier d’intégration-autonomie à la France. Comme l’a expliqué le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel et pour une durée à déterminer, le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits connexes, des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La Région wallonne conserverait les compétences qui sont les siennes, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur.

Cette formule offrirait, en outre, un double avantage : la Wallonie resterait de facto dans l’Union européenne et c’est la France qui négocierait, en son nom, les modalités de la scission belge.

Rien ne serait imposé, puisqu’un double référendum – en France et en Wallonie – devrait être organisé.

L’ancien député CD & V Eric Van Rompuy vient de déclarer : Après quatre mois de stagnation, il faudra recourir à de nouvelles élections. Tel est aussi l’avis du constitutionnaliste Marc Uyttendaele. Mais il ne fait aucun doute que de nouvelles élections accentueraient encore le poussée séparatiste au Nord du pays. Aujourd’hui, la N-VA et le Vlaams Belang détiennent ensemble 58 des 124 sièges au Parlement flamand !

Le général de Gaulle ne croyait pas à la Belgique éternelle. Ce qu’il avait déclaré, dans les années soixante, au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain, prend aujourd’hui tout son sens : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.

Jules Gheude, essayiste politique


Dernier livre paru : La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge, préface de Pierre Verjans, professeur de Science politique à l’ULg, Editions Mols.

Belgique : tout cela était écrit dans les astres.

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Laisser des formations se présenter aux élections pour les entourer ensuite d’un cordon sanitaire relève du déni démocratique.

De même, il est choquant que des leaders indépendantistes catalans soient aujourd’hui incarcérés pour avoir proclamé, au départ d’une majorité absolue acquise légitimement, l’indépendance de leur région. Lorsqu’on permet à un parti séparatiste de prendre part aux élections, on doit aussi en assumer pleinement toutes les conséquences.

En Flandre, le Vlaams Belang est sorti nettement renforce des élections, avec 18,50% des suffrages. Ce message ne peut être ignoré. Un sondage effectué par Het Laatste Nieuws/VTM Nieuws au lendemain du scrutin révèle d’ailleurs que 65% de la population flamande estime qu’il faut rompre ce cordon sanitaire mis en place par les partis dits démocratiques lors de la percée de l’extrême-droite en 1991.

Les partis dits démocratiques devraient d’ailleurs comprendre que les « affaires » qui les ont tous entachés ces dernières années ont contribué  à alimenter la méfiance du citoyen à leur égard. Ils ont leur part de responsabilité dans le populisme ambiant.

Si elle est en baisse, la N-VA reste néanmoins la plus grande force politique au nord du pays. Si l’on ajoute à ses 35 sièges, les 23 acquis par la Vlaams Belang, on est proche de la majorité absolue au Parlement flamand (124 sièges). Les deux formations ont en commun la volonté de mettre sur pied un Etat flamand souverain.

On comprend que les responsables politiques francophones soient inquiets. La perspective de ne pas pouvoir former un gouvernement fédéral est bien réelle. Pour Bart De Wever, en tout cas, le moment est venu de passer au confédéralisme, faute de quoi la Belgique ne survivra pas.

En fin stratège qu’il est, le leader nationaliste a balisé le terrain des négociations : pas question de s’engager avec le PS et Ecolo, ni d’envisager une coalition où, comme sous Elio Di Rupo, la Flandre serait minoritaire. La marge de manœuvre du souverain est donc extrêmement réduite. « Le pauvre, je le plains ! Il aura besoin de Dafalgan Forte », a lâché Bart De Wever.

On se retrouve en fait dans la situation qu’avait annoncée le lucide François Perin en 1981 : « Les Wallons ont beau prouvé par les récents sondages (…) qu’ils sont avant tout Belges et même en majorité « unitaires » ; qu’importe puisque la majorité des Flamands n’ont aucune envie d’en être solidaires ! Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver : (…) Après d’éventuelles élections (…), le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable. : la Belgique peut disparaître par « implosion ». Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. »

Les présidents des partis francophones rejettent l’idée d’une nouvelle aventure institutionnelle. On sait que la dernière a duré 541 jours. Mais s’ils campent sur leurs positions, ils mènent la Belgique, à laquelle ils se disent si attachés, à une mort immédiate.

Elio Di Rupo va entreprendre les négociations en vue de mettre sur pied une majorité « progressiste » en Wallonie. Mais il sait que la situation budgétaire de la Région est extrêmement précaire et que la fin de la solidarité en provenance de Flandre est programmée.  D’où le souhait qu’il a exprimé, durant la campagne électorale, de revoir la loi de financement.

Bart De Wever reste bien le maître du jeu. Une fois que le confédéralisme aura été introduit – voilà maintenant 20 ans que le Parlement flamand s’est prononcé pour cette réforme ! -, il ne faudra plus longtemps à la Flandre pour considérer que la Belgique est devenue superflue.

Comme l’avait déclaré Karel De Gucht, le président des libéraux flamands, en 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer. »

Tout cela était en fait inscrit dans les astres. La manière dont on a été conçu le Royaume de Belgique portait en soi les germes de la crise. La grande majorité des francophones ignore à quel point le Mouvement flamand a dû se battre pour que l’identité flamande soit reconnue. Tout cela a laissé des traces durables et contribué à engendrer un sentiment très fort d’appartenance collective. Une nation flamande existe aujourd’hui et rien ne pourra l’empêcher de s’ériger en Etat.

Avec les Etats généraux de Wallonie, organisés à l’Université de Liège le 9 mai 2009, nous avons voulu préparer les esprits wallons à cette échéance inéluctable.

Livrée à elle-même, la Wallonie connaîtrait une situation comparable à celle de la Grèce en 2009 et devrait se serrer considérablement la ceinture. Quant à la perspective de s’unir à Bruxelles pour perpétuer une « Belgique résiduelle », elle s’avère être une chimère dans la mesure où les Bruxellois, de façon largement majoritaire, préfèrent envisager leur avenir de façon autonome. Cette Belgique seconde serait d’ailleurs si différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Ne reste alors que le scénario d’un statut particulier d’intégration-autonomie à la France. Comme l’a expliqué le constitutionnaliste français Didier Maus : « Il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel et pour une durée à déterminer, le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits connexes, des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La Région wallonne conserverait les compétences qui sont les siennes, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. »

Cette formule offrirait, en outre, un double avantage : la Wallonie resterait de facto dans l’Union européenne et c’est la France qui négocierait, en son nom, les modalités de la scission belge.

Rien ne serait imposé, puisqu’un double référendum – en France et en Wallonie – devrait être organisé.

Charles de Gaulle avait bien anticipé la chose : « J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. »

La France, qui vient d’intégrer le top 5 des pays les plus attractifs au monde !

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », préface de Pierre Verjans, professeur de Science politique à l’ULg, Editions Mols.

La scission du pays n’est plus un scénario totalement improbable: les experts craignent un cauchemar à la grecque pour la Wallonie

Sudinfo, Didier Swysen, 1er juin 2019

L’hypothèse d’une scission de la Belgique devient moins improbable au rythme des voix supplémentaires que les séparatistes flamands engrangent à chaque élection (N-VA et Vlaams Belang sont à une voix de la majorité à la Chambre et à cinq voix de la majorité au gouvernement flamand).

Se rapproche-t-on du scénario du faux documentaire « Bye Bye Belgium », de la RTBF en 2006 qui avait fait hurler politiques et citoyens ? Les politiques flamands hésiteront-ils une seconde à actionner le « bouton scission » dès qu’ils seront majoritaires ? Les Wallons ont-ils intérêt à prendre leur destin en main dès aujourd’hui et à préparer un « plan B » qui les rendra moins passifs face à une Flandre offensive ?

Deux choses paraissent évidentes : primo, évoquer le scénario est très sulfureux. Plusieurs experts (de renom) contactés ce vendredi n’ont pas souhaité nous répondre ou l’ont fait de manière anonyme (« C’est déjà compliqué d’avoir des chiffres pour le Brexit. Alors, imaginez les conséquences financières d’une scission de la Belgique… »).

Deuzio, l’horloge tourne. On sait que les transferts financiers Nord-Sud deviendront dégressifs dès 2026 (de 500 millions) pour se tarir définitivement dix ans plus tard.

Cauchemar à la grecque ?

Les prémices d’un scénario cauchemardesque à la grecque pour la Wallonie ? C’est la crainte que partagent la plupart des experts, surtout si Bruxelles refuse de former, avec elle, une « Belgique à deux ». Les plus optimistes ? Ceux qui voient le salut de la Wallonie dans une alliance avec la France.

Que Bruxelles choisisse un destin de ville-Etat, cela semble probable à un expert comme l’économiste Etienne de Callataÿ, qui nous explique, par ailleurs, à quel point le partage de la dette s’avère explosif et pas que pour la Wallonie.

Une dette qui reste, curieusement, l’un des ciments les plus forts de notre pays. « En 1989, lors de la régionalisation, Flamands et Wallons se sont mis d’accord sur leur dos », dit-il. « Les Bruxellois admettraient-ils d’être gérés par deux nouveaux Etats, flamand et wallon, sans rien avoir à dire ? D’autant plus qu’être un petit Etat n’est pas synonyme de mauvaise santé. Regardez le Luxembourg… Cela dit indépendamment de la manière peu idéale dont Bruxelles est gérée aujourd’hui. »

Les sondages effectués ces dernières années (exemple : RTL-Ipsos-Le Soir en 2013) voyaient l’illusion d’un Etat Wallonie-Bruxelles se crasher sur la volonté de près de 70% des Bruxellois de la jouer perso en cas de scission.

Alors, si une « Belgique à deux » est impossible, si y aller en solo fait craindre aux experts un « cauchemar à la grecque », vu le poids de la dette qu’on lui attacherait au pied (« l’effort imposé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel », disait, en 2016, l’économiste Jules Gazon), que reste-t-il comme solution à la Wallonie ? Un rattachement à la France ?

De Gaulle y pensait

Au début du printemps, l’écrivain belge et militant wallon Jules Gheude, ardent défenseur du rattachisme, le remettait sur le tapis. La seule option réaliste, selon lui. Le général de Gaulle était déjà convaincu et le conseiller de l’ancien président français Mitterrand, Jacques Attali, disait que « le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait ». De rares sondages montrent que les Français sont plutôt ouverts à la solution. Resterait à en convaincre les Wallons : Jules Gheude rapporte cette anecdote tirée de l’un de ses exposés, une dame clamant « qu’elle préférait encore vivre dans la pauvreté qu’être française ».

De toute manière, la complexité belge exigerait des années de négociations pour entériner une scission. « Il a fallu 36.000 pages de traités à la Tchéquie et à la Slovaquie, alors qu’il n’y avait pas un nœud comme l’est Bruxelles chez nous et quasiment rien à partager d’un point de vue économique », concluent les experts.

Le pronostic de Kristof Calvo en 2016

« Etre flamingant, bientôt ce sera ringard », déclarait Kristof Calvo (Groen), le 9 juillet 2016, dans « La Libre Belgique ».

Trois ans plus tard, la N-VA et le Vlaams Belang décrochent ensemble 58 des 124 sièges du Parlement flamand. Il ne leur manque que 5 sièges pour détenir la majorité absolue!

Courage divorçons et tant pis pour ce Royaume d’opérette !

Lu, ce jour, dans « Vers l’Avenir », sous la plume de Xavier Diskeuve.

Royaume d’opérette

Georges Lucas, créateur de la Star Wars aurait jadis déclaré, quand le support numérique a menacé la pellicule : « C’est triste mais si c’est inéluctable, alors allons-y tout de suite ! »

C’est ce qu’on aurait dû faire concernant la Belgique. Puisque la séparation du nord et du sud était inéluctable, il aurait fallu « splitter » de suite, il y a 20 ans, 30 ans. Avant que les choses s’enveniment, tant qu’on était encore entre gentlemen et que la « peste brune » restait confinée.

Au lieu de cela, les politiciens francophones se sont arc-boutés en perpétuels « demandeurs de rien », freinant chaque étape de la fédéralisation.

On nous a bercés avec le mythe d’une Belgique de papa, un royaume d’opérette avec son roi « au-dessus de la mêlée », sa belgitude, ses pralines et ses Diables rouges, ultime « ciment du pays ».

Et les frustrations flamingantes n’ont cessé d’enfler, générant des créatures politiques de plus en plus arrogantes et impatientes. Nous voilà comme un conjoint coincé avec un pervers narcissique, mais qui s’obstine à sauver le ménage.

Dimanche, c’était le scrutin « Belgique, phase terminale ». 47% d’indépendantistes enragés et un cordon sanitaire virtuellement rompu !

Que va-t-il se passer ? De colloques singuliers en coliques collectives, des négociations impossibles. Alors courage, divorçons ! Tant pis pour le royaume d’opérette. Les meilleurs Diables rouges étant quasi tous francophones, qu’est-ce qui nous retient vraiment ?

Seul un aveugle peut nier à quel point ce pays est au bord de l’abîme

« Le Vif », source Knack, 30 mai 2019

Bert Bultinck, Rédacteur en chef de Knack

Les deux partis séparatistes n’ont pas obtenu de majorité, et aucun autre parti ne veut aider ces deux partis à obtenir une majorité. Seul un aveugle peut nier à quel point ce pays est au bord de l’abîme.

Bart De Wever sait gagner une élection. Dimanche dernier, on a découvert qu’il savait également perdre une élection. Après avoir « clairement » établi que son parti avait perdu, le président de la N-VA a immédiatement félicité le grand vainqueur, le Vlaams Belang. Dans les derniers jours qui ont précédé le 26 mai, De Wever a qualifié Groen de « parti à la noix » et a même laissé tomber le mot « merde » dans l’attaque contre le Vlaams Belang. Mais dimanche, il s’est soudain montré tout aussi élégant dans la défaite que Tom Van Grieken, président du VB, l’a été dans la victoire. Le président de la N-VA est maître dans l’art d’attirer et de repousser, en parfaite harmonie avec les résultats bipolaires flamands : les extrêmes ont gagné, le centre a perdu.

La victoire écrasante du Vlaams Belang, la courtoisie retrouvée à l’extrême droite du paysage politique et l’annonce de Bart De Wever qu’il allait parler à tout le monde de la formation de la coalition flamande : tout cela a embrasé les spéculations sur la rupture du cordon. Les deux partis séparatistes n’ont pas obtenu de majorité, et aucun autre parti ne veut les aider à obtenir une majorité. Seul un aveugle peut nier à quel point ce pays est au bord de l’abîme

Pour le Vlaams Belang, la participation du gouvernement ne semble pas imminente, mais c’est un débat indispensable dans les années à venir. Beaucoup de Flamands, dont beaucoup de jeunes, ne sont plus impressionnés par le noyau moral du cordon contre le Vlaams Belang : le respect de l’autre, même quand il a une couleur de peau différente. C’est lié au style de Van Grieken qui ,ces dernières années, a arrondi les angles. Comme le président du VB n’a pas eu beaucoup de propos racistes, un cordon sanitaire semble moins nécessaire.

Malgré tous les efforts, le vert, le rouge et le rouge foncé réunis ne rassemblent qu’un quart des votes flamands – en dépit de toutes les crises bancaires et les marches climatiques. Groen progresse, mais déçoit quand même. Le sp.a s’enfonce encore un peu plus. Le PVDA connaît une forte croissance, mais reste modeste. Et l’extrême droite revient comme un boomerang.

Et cela s’est fait en partie aux dépens de la N-VA. De Wever a cherché des explications à sa propre défaite à l’étranger. En France, le parti de Marine Le Pen a gagné. En Italie, la Lega de Matteo Salvini a marqué des points. De Wever a passé sous silence la victoire des écologistes en Allemagne et en Finlande, entre autres, et n’a pas mentionné le résultat décevant de l’extrême droite Vox en Espagne. Mais sa déclaration reste vraie : le Vlaams Belang a profité de la vague d’anti-migration qui séduit les électeurs de toute l’Europe. En Flandre et en Europe, l’incertitude s’étend. Dans les pays où le talent politique est le moteur de ce malaise, cela conduit automatiquement à des gains substantiels pour l’extrême droite. Cela peut être une stratégie perverse, mais bonne pour l’extrême droite elle-même. Mais si vous avez déplacé votre parti au centre, ce n’est pas une bonne idée de continuer à polariser pour des raisons évidentes : les pôles sont occupés par d’autres partis.

Lors du débat sur la migration de Knack il y a quelques semaines, Theo Francken a continué à répéter une question à Tom Van Grieken : « Quelles sont vos solutions ? Quelles sont vos solutions ? » C’est la question posée par un parti qui a eu le courage de participer à cette politique, adressée à un parti qui peut continuer à bâtir des châteaux en Espagne.. En attendant, le pays est en piteux état. Telle est l’amère leçon du 26 mai.

Courage divorçons et tant pis pour ce Royaume d’opérette !

Lu, ce jour, dans « Vers l’Avenir », sous la plume de Xavier Diskeuve.

Royaume d’opérette

Georges Lucas, créateur de la Star Wars aurait jadis déclaré, quand le support numérique a menacé la pellicule : « C’est triste mais si c’est inéluctable, alors allons-y tout de suite ! »

C’est ce qu’on aurait dû faire concernant la Belgique. Puisque la séparation du nord et du sud était inéluctable, il aurait fallu « splitter » de suite, il y a 20 ans, 30 ans. Avant que les choses s’enveniment, tant qu’on était encore entre gentlemen et que la « peste brune » restait confinée.

Au lieu de cela, les politiciens francophones se sont arc-boutés en perpétuels « demandeurs de rien », freinant chaque étape de la fédéralisation.

On nous a bercés avec le mythe d’une Belgique de papa, un royaume d’opérette avec son roi « au-dessus de la mêlée », sa belgitude, ses pralines et ses Diables rouges, ultime « ciment du pays ».

Et les frustrations flamingantes n’ont cessé d’enfler, générant des créatures politiques de plus en plus arrogantes et impatientes. Nous voilà comme un conjoint coincé avec un pervers narcissique, mais qui s’obstine à sauver le ménage.

Dimanche, c’était le scrutin « Belgique, phase terminale ». 47% d’indépendantistes enragés et un cordon sanitaire virtuellement rompu !

Que va-t-il se passer ? De colloques singuliers en coliques collectives, des négociations impossibles. Alors courage, divorçons ! Tant pis pour le royaume d’opérette. Les meilleurs Diables rouges étant quasi tous francophones, qu’est-ce qui nous retient vraiment ?

Le livre : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge »

David Coppi – « Le Soir », 29 mai 2019


C’est du Gheude, militant, acharné.

Pour l’ancien proche collaborateur et biographe de François Perin, la messe est dite et ça ne date pas d’hier, pas même du 26 mai. Lisez plutôt son ouvrage : La Wallonie demain – La solution de survie à l’incurable mal belge, édité chez Mols, en librairie depuis peu. Une profession de foi dans l’immanquable scission du pays. Un essai habité par la conviction du destin français de la Wallonie (et européen de Bruxelles), vouée à ce qu’il appelle un « régime d’intégration-autonomie » auprès de la République française.

Une démonstration après tant d’autres du même auteur qui, avant l’essai du jour, a publié, tenez-vous bien : Quand les Wallons s’éveilleront en 2009, Le Petit Guide de l’Après-Belgique en 2010, On l’appelait Belgique en 2011, Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique n 2013, Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes en 2016… Il y a un fil bleu, blanc, rouge.

Sans oublier, toujours signées Jules Gheude, la quantité de tribunes, cartes blanches et interviews, bon nombre dans la presse flamande, appelant elles aussi à mettre fin à la fiction belge-belge. Qui s’achève, on l’aura compris, selon l’auteur. Et dont nous vivons peut-être le dernier épisode depuis dimanche 26 mai et la poussée nationaliste-extrémiste au nord. Ce qui nous rapproche un peu plus encore du scénario catastrophe et décisif pour la cause défendue par Jules Gheude. Qui résume l’affaire en citant au passage notre confrère Pierre Bouillon et cette formule, en 2013, dans nos colonnes : « Que fait un séparatiste s’il bénéficie d’une légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Ça t’étonne, Yvonne ? »

En tout cas, ça n’étonne ni ne désespère Jules Gheude, qui a hâte de voir l’histoire en marche aller au but. En mesure-t-il les conséquences. Chacun jugera. C’est un autre livre.

Investissements : la France fait son entrée parmi les 5 pays les plus attractifs du monde

Investissements : la France fait son entrée parmi les 5 pays les plus attractifs du monde

« Les Echos », Raphaël Bloch, 13 mai 2019

La France intègre pour la première fois le « Top 5 » du classement annuel du cabinet de conseil américain A.T. Kearney. L’économie tricolore n’a pas été « affectée par le mouvement des ‘gilets jaunes’ », note-t-il. Les Etats-Unis, eux, dominent toujours largement le classement. 

Selon le cabinet A.T. Kearney, la France « reste compétitive » parmi

L’« effet Macron » continue visiblement de produire ses effets auprès des investisseurs étrangers . Selon A.T. Kearney, la France a progressé dans la hiérarchie des pays les plus attractifs de la planète, intégrant pour la première fois cette année le « Top 5 » du classement du cabinet américain. Elle était en 7e position en 2018.

La confiance dans l’économie française, qui « a fortement augmenté depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 », n’a pas été  « affectée par le mouvement des ‘gilets jaunes’ », note le cabinet de conseil. Selon lui, la France, qui double le Japon (6e), « reste compétitive » parmi les économies développées.

Les Etats-Unis, encore et toujours leaders

La France reste toutefois encore loin de la tête du classement, occupée pour la septième année consécutive par les Etats-Unis. La première économie mondiale bénéficie notamment de  « son vaste marché domestique » , de sa « fiscalité compétitive » et de ses « capacités technologiques », souligne A.T. Kearney.

Arrivent ensuite l’Allemagne, le Canada et  le Royaume-Uni , qui conserve sa quatrième place malgré la perspective du Brexit. La Chine, qui avait occupé la tête de ce classement entre 2002 et 2012, tombe pour sa part à la septième place. Soit son plus bas classement depuis la création de cet indice voilà 20 ans.

Parmi les explications avancées figurent le « ralentissement de la demande intérieure », le « recul des exportations », les « inquiétudes croissantes sur le niveau d’endettement des entreprises chinoises »et « l’impact de la guerre commerciale avec les Etats-Unis ».

Au total, « 22 des 25 premières places sont occupées par des pays développés », souligne A.T. Kearney. Une situation qui tient, selon le cabinet de conseil, à l’importance accordée par les investisseurs à la question « de la gouvernance et de la régulation ».

Sondage : le PS se

« Le Vif », 17 mai 2019

Le PS se renforce en tête des intentions de vote pour les élections fédérales dans la partie francophone du pays même s’il demeure en recul par rapport aux élections de 2014, selon un sondage réalisé pour Le Soir, RTL-TVI, VTM et Het Laatste Nieuws et publié vendredi soir.


© Belga

En perdition dans les derniers sondages, le MR se ressaisit en Wallonie, à la deuxième place. Ecolo poursuit son ascension, gardant la tête à Bruxelles, avec Groen.

En Flandre où la N-VA se maintient en tête avec 28,1% (32,4% en 2014), c’est le Vlaams Belang qui progresse le plus, devenant le troisième parti, avec 14,8%. En embuscade, le CD&V progresse à 17,1% pour se rapprocher de son score de 2014, à la deuxième place. L’Open Vld pâtit de la situation, repoussé à 11,2% des intentions de vote.

En Wallonie, le PS atteint 28,5%, un bond de 4,2% par rapport au précédent sondage, qui lui permet de renforcer sa première place. Il reste toutefois en-deçà de son score de 2014 (32%).

Derrière, le MR reprend des couleurs à la deuxième place (22,7%). Il progresse de 3,3% par rapport à février mais reste 3,1% en-dessous de son score de 2014. Sur le podium, Ecolo reste dans le sillage des réformateurs (19,1%) en progressant de 2,3% par rapport au sondage de février. Les écologistes font un bond de près de 11% par rapport à 2014.

Le cdH passe en-dessous de la barre des 10% mais se maintient à 9,7%. Le PTB perd des plumes à 9,2% mais reste 3,7% au-dessus de son score de 2014. DéFI n’atteint pas la barre des 5%, selon ce sondage.

A Bruxelles, la liste écologiste arrive de loin en tête (22,9%) devant la famille socialiste (17,3%), toutes les deux en progrès. Non loin de là, le MR se stabilise à la troisième place (15,5%), juste devant DéFI (13,7%).

Le PTB est à 7,9% alors que le cdH remonte de 4,3 à 6,5% par rapport au précédent sondage. Les Listes Destexhe et le PP n’atteignent pas la barre des 5%. En l’absence de Groen et du sp.a, dont les candidats figurent sur les listes francophones de leurs partis frères, la N-VA est premier parti avec 5,7%, devant le VB (2,7%).

Au contraire d’Ecolo qui poursuit sa progression, Groen est pointé en recul en Flandre à 12,1% alors que les écologistes flamands étaient à 15,6% en février. Cela reste toutefois meilleur que leur score de 2014 (8,6%). Le sp.a est à 11%. Le PTB continue à flirter avec les 5% en Flandre.

Paul Magnette (PS) est l’homme le plus populaire auprès des Wallons, devant le président du PS, Elio Di Rupo, et le chef de file du MR bruxellois, Didier Reynders. A Bruxelles, c’est le président de DéFI , Olivier Maingain, qui devance Paul Magnette et Didier Reynders. En Flandre, le président de la N-VA, Bart De Wever, figure sur la plus haute marche d’un podium complété par Hilde Crevits, figure de proue du CD&V qui détrône l’ancien secrétaire d’Etat fédéral Theo Francken (N-VA).

Le sondage a été réalisé du 6 au 14 mai, période d’agitation médiatique autour d’une vidéo du MR source de tensions avec Ecolo à qui les réformateurs avaient prêté l’intention de vouloir taxer la viande. L’enquête a en revanche été effectuée avant la mise au jour d’un tract malheureux de candidats Ecolo qui se sont vu reprocher des pratiques à visée communautaire. La marge d’erreur du sondage est de 3,1% en Wallonie et en Flandre et de 4,3% à Bruxelles.