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« Jackpot » pour les parlementaires wallons sortants: jusqu’à 100 000 euros de prime de départ

Han Renard, « Knack », 30 octobre 2018

En Wallonie, les indemnités de départ parlementaires, un effet secondaire des nouvelles règles sur le cumul des fonctions politiques, provoquent quelques remous.

Plus d’un million et demi d’euros : c’est ce que coûtera au Parlement wallon le nouveau règlement limitant le cumul des fonctions politiques. Désormais, en Wallonie, seul un quart des parlementaires d’un même groupe politique pourront exercer en même temps une fonction exécutive communale telle que celle de président du CPAS, échevin ou bourgmestre. En conséquence, 15 députés wallons (sur 75) devraient quitter l’hémisphère wallon d’ici le 1er décembre. Selon le greffier du Parlement, cela coûtera au Parlement wallon maximum 100 000 euros par député sortant, les indemnités de départ pour les assistants parlementaires comprises.

Il s’agit de dépenses supplémentaires importantes pour le Parlement wallon qui, selon les opposants, auraient pu être évitées si le règlement parlementaire avait considéré le choix d’une fonction politique locale comme un départ volontaire, et non comme un cas de force majeure, comme c’est le cas actuellement.

L’indemnité de départ, qui existe sous différentes formes dans tous les parlements belges, a été introduite parce que les parlementaires n’ont pas droit aux allocations de chômage après leur mandat. Les politiciens qui doivent quitter le Parlement avant la fin de leur mandat en raison d’un cas de force majeure ont également droit à cette indemnisation. Mais la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si les hommes politiques wallons qui ont tout mis en oeuvre pour devenir bourgmestre peuvent sérieusement soutenir qu’ils quittent le parlement indépendamment de leur volonté.

Certains leaders d’opinion francophones en parlent comme d’une honte, et il y a beaucoup de réactions de colère de la part de lecteurs de journaux. Certains estiment que ce « jackpot » auto-organisé alimente le populisme tant méprisé. Car même pour une mesure noble à première vue telle que l’interdiction d’accumuler les emplois politiques, les hommes politiques wallons n’oublient manifestement pas de prendre soin d’eux-mêmes.

C’est là que le bât blesse, d’autant plus que les députés wallons sortants optent pour la sécurité d’un nouveau mandat politique de six ans à peine quelques mois avant les élections régionales, dont l’issue est incertaine. Un seul député wallon a déjà annoncé, en vertu de la décence élémentaire, qu’il refuserait sa prime de départ.

 

François Perin et l’armée belge

Voici ce qu’écrivait François Perin à propos de l’armée belge, dans « Germes et bois morts dans la société politique contemporaine » (Editions Rossel, 1981) :

Les armées nationales des petits pays sont, à cet égard, dérisoires et finalement dangereuses par leur faiblesse congénitale. L’armée belge serait-elle la mieux équipée du monde, elle manque totalement de force psychologique. Le laisser-aller, l’impéritie, le sentiment d’impuissance, sinon de ridicule, dominent fatalement les esprits. C’est l’inévitable résultat de la conscience de n’être rien. Intégrés dans une armée européenne, soldats et gradés éprouveraient le sentiment réconfortant d’appartenir à une collectivité qui aurait enfin cessé d’être dérisoire à l’échelle du monde. (…)

 

L’armée belge n’a plus aucun sens. La Belgique n’était qu’une pièce sur l’échiquier diplomatique européen du XIXe siècle, où s’affrontaient nos trois voisins : Grande-Bretagne, Allemagne, France. Elle jouait le rôle d’Etat-tampon.

 

Cette conception est périmée depuis 1914, en dépit d’une illusoire et catastrophique tentative de restauration de la neutralité en 1936 au beau temps d’Hitler ! Mais par la force de l’habitude et de l’inertie, subsiste une séquelle historique sous l’aspect du néant diplomatique et militaire qu’est la Belgique. Elle est une des failles à travers lesquelles s’engouffrent toutes les catastrophes qui se sont abattues sur la France.

 

A quoi sert un Etat-tampon entre Etats qui, par la force des choses ne sont plus rivaux ?

 

Voilà qui fait réfléchir quand on entend aujourd’hui dire que la décision du gouvernement fédéral à propos du F-35 permet à la Belgique de continuer à tenir son rang et à jouer son rôle d’allié et de partenaire crédible et loyal au sein de l’Alliance atlantique….

 

F 35 : la Belgique ne volera pas européen

Jean Quatremer, « Libération », 30 octobre 2018

La Belgique a-t-elle porté un coup mortel à l’Europe de la défense ? À tout le moins, elle l’a affaibli politiquement en annonçant jeudi sa décision de remplacer, à partir de 2023, ses 54 vieux chasseurs bombardiers F16, construits par l’américain Loockeed Martin, par 34 F-35 flambant neufs, des avions dits de la « cinquième génération » du même constructeur, au détriment du Rafale français et de l’Européen Typhoon Eurofighter (Airbus, BAE et Finmeccanica). Le lendemain, de Brastislava où il se trouvait, Emmanuel Macron, le chef de l’État français, a dit « regretter le choix fait » qui « stratégiquement va a contrario des intérêts européens ». Dassault a renchéri en jugeant que « le choix du F35 est un mauvais signal pour la construction de l’Europe de la défense. Une fois encore, nous constatons une préférence américaine en Europe ».

Pourquoi autant d’émotion autour de ce contrat, certes important à l’échelle belge (3,6 milliards d’euros à l’achat, mais 15 milliards d’euros sur les 40 ans de vie des appareils, sans doute beaucoup plus vu les déboires de l’appareil américain), mais insignifiant au regard des enjeux d’une défense européenne ? Après tout, le Royaume-Uni, le Danemark, les Pays-Bas et l’Italie ont déjà commandé des F35 sans qu’on en parle. Tout simplement parce que ces pays se sont associés dès les années 2000 à ce programme dont l’un objectif était de siphonner une partie des efforts de recherches et de développement militaire des pays européens en les embarquant, sous contrôle total des Américains, il va de soi, à bord de cette aventure industrielle. La Belgique, alors dirigée par le libéral flamand Guy Verhostadt, qui s’était opposé aux côtés de l’Allemagne et de la France à la guerre en Irak, a refusé de tomber dans ce piège. Autrement dit, le choix belge est hautement symbolique puisqu’il était totalement libre d’en faire un autre, les retombées industrielles du F35 étant particulièrement limitées.

Au-delà des critiques sur un appareil qui n’a guère tenu ses promesses après 17 ans de développement, selon le Pentagone lui-même, dont les coûts dérapent sans cesse, ce qui a provoqué un mémorable coup de gueule de Donald Trump à peine élu, et se révèle peu fiable pour ses équipages, la flotte américaine ayant connu plusieurs incidents graves, le F35 est une option qui se justifie uniquement si l’appareil est destiné à agir dans le cadre américain ou otanien : isolé, l’appareil a des capacités d’action infiniment moindre que celles du Rafale, du Typhoon ou du F16, car il dépend de l’accès aux informations que les Américains voudront bien lui donner. Même chose pour ses évolutions logicielles futures. Le F35, comme l’écrit la revue Défense et Sécurité internationale, « d’un maillon au sein d’un réseau de vecteurs que d’un effecteur à part entière ». Autrement dit, la Belgique a fait le choix de la dépendance aux États-Unis à l’heure où Donald Trump se révèle un allié peu fiable et surtout extrêmement critique de l’Otan. Charles Michel, le Premier ministre belge, s’est défendu en rappelant qu’il « ne restera pas président des États-Unis pour quarante ans », comme si la présidence Trump n’était qu’une parenthèse, ce qui reste à démontrer.

Mais les indépendantistes flamands de la N-VA, qui détiennent les clefs du pouvoir, tout comme l’armée, dominée par les Flamands, ne voulaient en aucun cas d’un avion français et avaient dès le départ opté pour le F35. De ce point de vue, la procédure d’appel d’offres a été une farce : « à toutes les questions, la seule réponse possible était F 35 », résume un diplomate français. C’est pour cela que Boeing et Dassault s’en sont retirés, tout comme le Grippen suédois. La France a fait le choix, en septembre 2017, d’offrir un « partenariat stratégique » à la Belgique avec de fortes retombées industrielles et surtout un accès au nuage d’informations recueillis par les Rafales français, ce qui impliquait une forte intégration à l’armée hexagonale. Ce dont ne voulaient en aucun cas les Flamands de la N-VA.

Le partenariat proposé par la France impliquait aussi l’intégration de la Belgique au programme franco-allemand de système aérien de combat du futur, le SCAF (avion et drone). Car les grandes manœuvres dans l’industrie de l’aviation de combat de demain ont commencé et les Européens ont d’excellentes cartes à jouer, surtout dans le nouveau monde que dessine Trump : alors que les États-Unis veulent toujours rester maitre du matériel qu’ils vendent, les Européens, eux, n’hésitent pas à offrir aux pays tiers une vraie souveraineté. Les Belges ont donc offert une belle victoire au président américain en s’interdisant de participer pour longtemps à l’Europe de la défense. Mais, au fond, est-ce une mauvaise chose ? En matière d’armement, il est prouvé, comme l’a montré l’A 400-M, qu’il faut mieux limiter les pays participants pour éviter les demandes contradictoires avec l’explosion des coûts qui va avec. La Belgique vient simplement de confirmer que la défense européenne sera à la carte. Et qu’elle ne sera pas dans cette carte.

N.B.: version longue de mon article paru dans Libération du 29 octobre

 

Le projet Thunder Power a 99 chances sur 100 de capoter

« La Libre Belgique », 26 octobre 2018

Une opinion de Jean-Yves Huwart, journaliste, entrepreneur et auteur de Le Second Déclin de la Wallonie, ed. Racine (2007).

La décision wallonne d’investir dans Thunder Power repose clairement sur des motivations politiques, à savoir réaliser une opération autour d’un objectif symbolique : remplir le site laissé vacant par Caterpillar.

 

Ils affichaient un large sourire, vendredi dernier, le bourgmestre de Charleroi et le ministre wallon de l’Économie, côte à côte dans leur voiture chinoise en plastique qui ne roule pas… Aucun média ne manquait à l’appel pour immortaliser la reprise en main de l’ancien site Caterpillar de Gosselies par l’opérateur chinois Thunder Power. Derrière les flonflons, disons-le, peu de place fut laissée à l’analyse critique. Rien d’étonnant : en Wallonie, l’optimisme est depuis longtemps devenu obligatoire. Personne n’a intérêt à gâcher la fête. Le collège communal de Charleroi était aux anges, enchanté de pouvoir annoncer la reprise « si rapide » de la halle industrielle. L’exécutif régional ne l’était pas moins, heureux, avec cette annonce commune, de glisser une plume à son chapeau. Les syndicats se sont logiquement montrés satisfaits de la création d’emplois nouveaux. Quant à l’opposition, aurait-elle osé mettre en question le projet d’un site d’assemblage d’un futur modèle de voiture électrique propre ? Personne, donc, pour émettre le moindre doute sur la nature du montage financier.

Chances de réussite : 1 % ?

Il y a pourtant de quoi s’interroger. Car la facture pour le citoyen wallon est salée. Qui est Thunder Power ? À dire vrai, difficile de le dire, tant l’entreprise est peu visible…

De l’aveu même du président de la Sogepa, la Société wallonne de participations, l’un des principaux bras financiers de la Wallonie, Thunder Power est une « start-up ». Autrement dit, il s’agit d’une très jeune entreprise dont le modèle d’affaires n’est pas encore passé à l’épreuve du marché.

La Sogepa a pourtant signé un chèque de 50 millions d’euros pour acheter sa venue en bord de Sambre. L’investissement initial de 150 millions d’euros sera finalement étalé.

Fameux coup de pouce pour un constructeur qui ne dispose à ce jour encore d’aucun véhicule en ordre de marche.

Dans la liste des nombreux constructeurs chinois qui se sont lancés dans le créneau très prometteur des futures petites voitures électriques citadines, Thunder Power n’apparaît même pas dans le « Top 10 ».

Thunder Power avait annoncé au Salon de Francfort de 2015 un premier véhicule électrique en 2017. Les premiers véhicules de l’entreprise basée à Hong Kong sont maintenant promis en… 2020.

On ne parle plus désormais d’une berline moyenne, comme dévoilé il y a trois ans, mais d’une microcitadine baptisée opportunément du patronyme francophone Chloé.

C’est la carrosserie de la Chloé que Thunder Power a présentée à Charleroi devant les flashs et caméras.

La firme chinoise n’est qu’une parmi des dizaines (certains parlent de centaines) d’entreprises à travers le monde qui tentent de saisir une part de cet Eldorado des voitures électriques citadines.

Selon un article du magazine Bloomberg , daté du mois d’août dernier, citant un fonds d’investissement spécialisé, à peine 1 % des start-up chinoises actives dans le développement de véhicules électriques ont aujourd’hui une chance de survie.

Comment la Sogepa, qui ne dispose a priori d’aucune expertise internationale dans le domaine des véhicules électriques urbains, s’est-elle assurée du fait que les chances de voir Thunder Power finir dans les 99 % restants ne sont pas trop élevées ? La Sogepa évoque les promesses du marché mondial, mais ne parle quasiment pas des qualités intrinsèques de la firme de Hong Kong…

Spéculer avec de l’argent public

50 millions d’euros pour une start-up, voire 150 millions d’euros comme évoqué… La somme est gigantesque… En théorie, ce type de transaction à haut risque ne se fait quasiment jamais sans un tour de table réunissant d’autres investisseurs spécialisés. La décision wallonne d’investir dans Thunder Power ne repose clairement pas sur des considérations économiques. À Namur et Charleroi, les motivations sont politiques, à savoir réaliser une opération de communication autour d’un objectif symbolique : remplir le site laissé vacant par Caterpillar. Visiblement, à n’importe quel prix et quelle que soit la solidité du dossier… C’est pourtant peu dire que la forme de l’opération pose question. Investir dans une entreprise (via un paradis fiscal des Caraïbes) pour ramener ensuite l’argent dans les installations wallonnes… Cela frise le carrousel financier. On ne peut s’empêcher d’y voir les réminiscences des années 70 et de leur cortège de décisions économiques ruineuses, absurdes et sans lendemain pour la Wallonie. Le nombre d’emplois garantis par Thunder Power est dérisoire en regard des sommes en jeu. Un peu plus de 300 emplois dans la première phase. Peut-être 600 en 2023… si les ventes progressent. Il faudra d’abord que le produit existe. Certes, les voix s’élèvent pour clamer qu’ »il faut savoir prendre des risques en économie » ou que « Thunder Power est quand même peut-être le Tesla de demain ? » Qui peut le dire, en effet… Néanmoins, on l’a vu, ce scénario est extrêmement spéculatif ! Surtout, ce n’est pas le rôle des fonctionnaires ni celui des responsables politiques régionaux de jouer au casino avec l’argent du contribuable wallon…

Sous-localisme et duplication des outils ?

Cette histoire semble, hélas, révéler un exécutif régional en panne d’idées pour remettre en selle les fondamentaux de l’économie wallonne. Les autorités en charge de l’économie recyclent les recettes de jadis, misant tout sur un acteur unique, dont le pedigree apparaît, en outre, très discutable. Faire la Une des journaux télévisés aura été une bien maigre consolation si le projet s’effondre demain faute de crédibilité. Derrière cet épisode, c’est aussi le choix de confier à une nouvelle cellule locale ad hoc, Catch, la tâche de remplir un site, qui pose question. Cette dernière concurrence les services régionaux existants, comme l’Awex, dont les équipes sont compétentes et qui disposent d’un portefeuille de sites beaucoup plus étendu, potentiellement mieux adapté aux besoins des opérateurs rencontrés à travers le monde. La cellule entretient ainsi, malgré elle, le sous-localisme et les stratégies individuelles des bassins wallons. L’approche prive également les instances politiques d’une réflexion plus approfondie, à l’échelle régionale, sur la réaffectation potentielle de l’entièreté du site, et pas seulement d’une partie de celui-ci, vers autre chose, peut-être moins flamboyante, mais plus durable et inscrite sur une véritable stratégie endogène d’ancrage local…

 

Le mauvais choix

Pour l’essayiste politique wallon Jules Gheude, le choix du F-35 américain est un mauvais choix, tant pour l’Union européenne que pour la Wallonie.

Ce jeudi 25 octobre, à la Chambre, plusieurs intervenants francophones ont souhaité bonne chance au Premier ministre pour ses relations futures avec son « cher ami Emmanuel Macron », après le choix du gouvernement belge pour le F-35 américain. Tel fut notamment le cas du président de DéFi, Olivier Maingain, qui s’est vu rétorquer par le député MR Richard Miller : Si la France avait été tellement européenne, pourquoi n’a-t-elle pas répondu à l’appel d’offres de l’Etat belge ? L’argument a été repris, le soir même, par Charles Michel, sur le plateau du RTL-TVI.

S’il est exact que la proposition française en faveur du Rafale de Dassault Aviation s’est faite en dehors de l’appel d’offres lancé par le gouvernement belge,  il n’en demeure pas moins que, sur le plan juridique, rien ne pouvait l’empêcher d’être prise en considération.

Le paragraphe 9 de l’appel d’offres précisait, en effet : The issuance of this RfGP is not to be construed in any way as a commitment by the Belgian Government to conclude an agreement or a contract. En d’autres termes, l’appel d’offres ne pouvait être invoqué comme un obstacle à l’introduction d’une autre proposition.

Mais, dès le départ, la N-VA avait fait son choix. Face au vingt milliards de compensations proposés par la France, le ministre de la Défense, Steven Vandeput, se contenta de répondre : C’est trop beau pour être vrai ! Et Bart De Wever ferma ensuite définitivement la porte : L’avion de combat français Rafale n’est pas un bon plan, il n’est pas suffisamment performant pour notre défense. 3,4 milliards pour un appareil qui permet de ne rien faire, cela n’a aucun sens.

Bref, c’était le F-35 ou la chute du gouvernement. Tel est le critère qui a prévalu pour Charles Michel.

Ce qui est cocasse, c’est de voir la N-VA engager la Belgique pour quarante ans, lorsqu’on sait que l’article 1er de ses statuts vise la disparition de cette Belgique et l’émergence d’une République flamande.

Ce qui est cocasse, c’est de voir le Premier ministre agir comme si la Belgique était pérenne, alors que, dans sept moins, au lendemain des élections législatives et régionales du 26 mai 2019, le Royaume risque de devenir ingouvernable. Les récentes élections communales et provinciales ont, en effet, confirmé le constat de Bart De Wever, selon lequel Flamands et Wallons vivent sur deux planètes distinctes et constituent deux démocraties.

Lorsqu’on lui fait observer que, derrière le F-35 américain, il y a Donald Trump et son aversion clairement affichée pour l’Union européenne, Charles Michel répond : C’est un achat pour quarante ans. Donald Trump ne restera pas quarante ans président des Etats-Unis.  Et la Belgique, sera-t-elle encore là dans sept ans ? Souvenons-nous des propos tenus, en janvier 2016, par Liesbeth Homans, la ministre flamande de l’Intérieur (N-VA) : Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc, je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose : la scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que la Belgique n’existera plus en 2025.

Quand on sait que le F-35 ne sera livré qu’à partir de 2023…

Pour ce qui concerne les fameux « retours sociétaux », il convient de rappeler l’avertissement qu’avait lancé Claude-France Arnould, l’ambassadrice de France à Bruxelles, par le biais du journal flamand « De Standaard » : Si l’on pense qu’il est possible d’acheter le F-35 tout en développant le SCAF (Système de Combat Aérien futur), je dois souligner que cette idée relève d’un malentendu.

On sait que Charles Michel n’avait pas apprécié et qu’il avait chargé son conseiller diplomatique de rappeler l’intéressée à l’ordre… En attendant, ses beaux discours en faveur de la construction européenne ont perdu en crédibilité. Comme l’a déclaré le président français, la décision du gouvernement belge va stratégiquement a contrario des intérêts européens.

Une chose est sûre : si, à court terme, les Wallons se retrouvent assez bêtement belges tout seuls , pour reprendre l’expression de François Perin, ils réaliseront très vite leur cauchemar. Alors, ils se souviendront des propos du général de Gaulle : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Voilà un critère qui en valait bien d’autres. Comme l’avait d’ailleurs déclaré le père de notre Premier ministre au « Figaro », en 1996 : Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016

 

L’achat de F-35 par la Belgique « va a contrario des intérêts européens » (Macron)

« Le Vif », Belga, 26 octobre 2018

Le président français Emmanuel Macron « regrette » la décision du gouvernement belge d’acheter des avions de chasse F-35 américains « plutôt qu’une offre européenne », une décision qui « stratégiquement va a contrario des intérêts européens », a-t-il déclaré vendredi devant la presse à Bratislava.

 

Un train relie Liège à la Chine

RTBF-Info, 24 octobre 2018

Une liaison ferroviaire directe entre Liège et la Chine centrale pour transporter des marchandises. Le premier train de 29 wagons et trente-sept conteneurs a démarré cet après-midi de la plateforme multimodale rail-route de Bierset pour Zhengzou. Ce train de marchandises roulera 12 jours pour traverser le continent en passant par la Russie avant de rejoindre la Chine explique Nicolas Limbioul, le patron de Liège Logistics Intermodal, l’entreprise qui exploite la plate-forme rail-route d’où démarre ce train : « C’est le premier train vers le centre de la Chine. Il n’y a pas de rupture de charge. C’est un direct. »

Au départ de Liège, le train est déjà chargé de marchandises. Essentiellement des produits mécaniques en acier. Il doit revenir le premier novembre, une opportunité pour l’e-commerce chinois. « On compte déjà onze mille trains chinois à destination de l’Europe » explique Michel Kempeneers, de l’Awex. « Principalement des trains à destination de l’Allemagne et des Pays-Bas. Et dans le cadre du jumelage de la Région wallonne avec la Province chinoise de Henan, nous avons pu obtenir ce beau succès, faire partir le premier train chinois de Wallonie, au départ de Liège. On attend à l’horizon 2019 deux ou trois trains par semaine à destination ou en provenance de Chine. Il s’agit d’alimenter les pays européens en produits chinois et aussi de pouvoir exporter là-bas les marchandises produites en Europe et en Wallonie. »   

Le train qui a démarré de Bierset ce mercredi après-midi était tiré par une locomotive privée allemande. A la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, les conteneurs seront transbordés sur d’autres wagons adaptés à l’écartement différent des voies ferroviaires russes. La même opération sera répétée à la frontière russo-chinoise. Au total, le train de marchandises au départ de Liège va parcourir onze mille kilomètres avant de rejoindre la Chine centrale.

 

Diplomatie belge : Ollé !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Ce qui se passe entre la Flandre et l’Espagne constitue une nouvelle illustration du caractère surréaliste de notre Royaume.

Lorsque les Commissariats aux Relations internationales des Communautés française et flamande se sont créés en 1983, certains ambassadeurs étrangers ont exprimé une certaine incompréhension, voire de la réticence, à l’égard de cette évolution institutionnelle qui permettait aux Communautés d’exercer également leurs compétences au niveau internationale. On leur expliqua que tout cela était constitutionnel et que ces Commissariats étaient, en quelques sorte, les ministères des Affaires étrangères desdites Communautés.

Les accords culturels, qui n’impliquaient jusqu’ici que l’Etat belge, allaient ainsi être désormais gérés par les Communautés, chacune de leur côté. Et, par sa signature, un représentant de l’Etat belge avaliserait le résultat des négociations à l’issue des Commissions mixtes, chargées de mettre régulièrement au point les échanges culturels.

Les Régions sont ensuite entrées dans la danse, au niveau de leurs propres compétences, et les entités fédérées ont fini par ouvrir des délégations dans un certain nombre de pays, les délégués désignés jouissant du statut diplomatique et de conditions identiques à celles des ambassadeurs belges.

C’est ainsi que la Flandre dispose aujourd’hui d’un représentant à Madrid. Mais celui-ci vient de se voir lever, par les autorités espagnoles, son statut diplomatique.

Madrid n’a, en effet, pas apprécié les déclarations de Jan Peumans, le président du Parlement flamand, à propos de la situation catalane.

Lors d’une visite à l’ex-présidente du Parlement catalan actuellement en détention, M. Peumans lui a remis une lettre dans laquelle il qualifie les violences policières perpétrées lors du référendum d’autodétermination du 1er octobre 2017 d’action scandaleusement anti-démocratique. Et d’ajouter : Maintenir les politiques en détention pendant des mois l’est encore davantage et constitue une preuve que le gouvernement central en Espagne est incapable de remplir les conditions d’une Union européenne démocratique et moderne.

Propos qui n’ont rien de surprenant, lorsque l’on connaît les liens étroits qui unissent les indépendantistes catalans aux nationalistes flamands.

Il convient de rappeler ici que le Premier ministre Charles Michel fut le premier chef de gouvernement de l’Union européenne à avoir condamné la violence qui avait marqué le déroulement du référendum catalan : Nous condamnons toutes les formes de violence et réaffirmons notre appel au dialogue politique.

Ne faisons pas les hypocrites : la violence ayant été essentiellement le fait de la Guardia civil, la réprobation de Charles Michel ne pouvait viser que Madrid.

Interrogé aujourd’hui quant au différend qui oppose l’Espagne à la Flandre, Charles Michel déclare : Il n’y a pas de conflit diplomatique entre le gouvernement fédéral belge et l’Espagne. Chose curieuse, lorsque l’on sait que la N-VA, dont Jan Peumans est membre, fait partie du gouvernement fédéral.

Mais, pour le Premier ministre, c’est d’abord une responsabilité de l’Espagne et du gouvernement flamand de régler leur différend. Et de rappeler ici l’existence d’une certaine autonomie des entités fédérées en Belgique, et donc des autorités flamandes, sur le plan des relations internationales.

On sait à quel point la Flandre tient à cette autonomie. Lorsqu’il était ministre-président flamand, Kris Peeters se comportait d’ailleurs en véritable chef d’Etat, n’hésitant pas, lors d’une mission économique au Vietnam, emmenée par le prince Philippe en 2012, à se rendre au Myanmar pour y rencontrer Aung San Suu Kyi.

Aussi est-il assez paradoxal de voir aujourd’hui le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA), demander au ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, de convoquer l’Ambassadeur d’Espagne pour le rappeler à l’ordre. Car, explique M. Bourgeois, la Flandre est une partie de la Belgique interfédérale et nous menons ensemble la politique étrangère.

Certes, on l’aura compris, l’intention de Geert Bourgeois est d’amener le gouvernement belge à s’immiscer directement dans le dossier catalan. D’autant que le Parlement flamand a unanimement exprimé son soutien à Jan Peumans.

Didier Reynders n’entend pas tomber dans le piège. Il ne lèvera donc pas le petit doigt. Tout au plus accepte-t-il que son ministère serve de boîte aux lettres entre l’Espagne et la Flandre.

Mais il n’en reste pas moins que l’affaire vient handicaper sérieusement les relations diplomatiques entre la Belgique et l’Espagne.

Pour ce qui est du dossier catalan, on ne peut toutefois que donner raison à Jan Peumans. La réaction de Madrid lors du référendum de 2017 constitue, comme l’a fort bien expliqué Alfred-Maurice de Zayas, professeur de Droit international et expert indépendant auprès des Nations unies,  une violation flagrante de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l’article 1 stipule : Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

Cette disposition est capitale, car elle implique la notion du « standstill », qui permet aux juges de mieux protéger les droits fondamentaux en limitant les possibilités de recul. En d’autres termes, Madrid ne pouvait revenir en arrière après avoir octroyé l’autonomie à la Catalogne.

Sur ce point, Alfred-Maurice de Sayaz est formel : Dénier a un peuple le droit de s’exprimer lui-même sur le processus d’auto-détermination, dénier la légalité d’un référendum, recourir à la force pour empêcher la tenue d’un référendum, et annuler l’autonomie limitée d’un peuple en guise de punition, constitue une violation de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Pour le reste, l’incarcération de responsables politiques démocratiquement élus et qui n’ont fait que respecter leurs engagements, ne peut que susciter l’indignation.

(1) Derniers ouvrages parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

La reprise de Caterpillar Gosselies par les Chinois de Thunder Power a été actée

RTBF-Info, 19 octobre 2018

https://www.rtbf.be/info/regions/detail_la-reprise-de-caterpillar-gosselies-par-les-chinois-de-thunder-power-actee-ce-vendredi?id=10050578

Ce vendredi après-midi, la Sogepa, la Région wallonne et Thunder Power Electric Vehicle, ont officiellement scellé l’accord pour la reprise du site de Caterpillar Gosselies. Le projet vise à développer une chaîne de production de petites voitures électriques destinées au marché européen.

Thunder Power a profité de la signature de l’accord pour dévoiler son modèle de voiture citadine baptisée « Chloe », une voiture d’entrée de gamme. Avec une autonomie de 350km, la nouvelle venue cible les grandes villes européennes.

« Un grand jour pour la région wallonne »

Le groupe chinois évoque la construction de 30.000 autos par an à partir du dernier trimestre 2020. Des chiffres optimistes qui prévoient également l’embauche de 350 personnes au démarrage de l’activité, et un développement progressif espéré de 4000 emplois si l’aventure atteint le plein régime. « C’est un beau jour, un grand jour pour la Région wallone et la région de Charleroi« , s’est réjoui le ministre wallon de l’économie Pierre-Yves Jeholet.  « Personne n’a oublié celles et ceux qui ont travaillé ici, sur le site de Caterpillar. C’est un signe d’espoir que ce site ait rapidement retrouvé une activité industrielle« .

Un investissement risqué et assumé

Rappelons que cet été, les autorités wallonnes ont versé 50 millions d’euros dans un paradis fiscal offshore, situé aux Iles Vierges, pour garantir le lancement de l’opération. Un procédé pour le moins « atypique »… En échange, les Chinois ont accepté de payer les taxes de leurs bénéfices belges… en Belgique. « J’assume complètement cet investissement« , affirme Jean-Yves Jeholet. « Les iles vierges ne sont pas une zone noire, c’est une zone grise. On avait le choix.  Beaucoup d’autres autour de moi assument cette décision« . C’est le cas de la SOGEPA, qui assume aussi le risque financier du projet. « C’est clair qu’il y a une crainte« , confie Renaud Witmer, Président de la SOGEPA.  « A mes yeux, Thunder Power est presque une start-up. Il y a zéro modèle qui roule, zéro modèle homologué. Tout est à faire. Donc, oui, c’est clairement risqué. Mais il faut prendre les opportunités quand elles se présentent ».  

Retour des anciens travailleurs de Caterpillar?

Les anciens travailleurs de Caterpillar seront-ils prioritaires pour travailler sur ce site? « C’est une discussion qui devra avoir lieu avec les organisations syndicales« , explique Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi. « On est dans un type de production qui est assez similaire à l’activité de Caterpillar. Les anciens ouvriers de Caterpillar ont des hautes qualifications et ont toutes les chances de retrouver un travail dans cette filière ».

Cette signature n’est que le début d’un long processus: les partenaires doivent encore finaliser l’investissement et constituer Thunder Power Belgique. Ensuite, la construction de la chaine de production pourra commencer. La première voiture devrait être construite fin 2020.

 

 

Oui, Monsieur Michel, anticipons !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

François Perin et Jean Gol : le choix de la France.13

 

Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre a souligné l’importance d’anticiper.

C’est ce qu’avait fait François Perin en 1983, en publiant un long article intitulé « Et si les Flamands proclamaient leur indépendance ? ». En conclusion, il écrivait : Utopie ? Au train où vont les choses, le pire est de rester (…) sans voix, sans réplique, livrés au chaos, si l’événement se produit… sans demander notre permission. Un peuple sans imagination, sans capacité d’adaptation, sans solution de rechange est un peuple perdu !

35 ans après cet avertissement, force est de constater qu’il n’a pas eu le moindre effet sur la classe politique francophone, aveugle face à une évolution qui a fait de la Flandre une nation désireuse d’être maîtresse de son destin.

Les responsables francophones restent scotchés au fédéralisme, alors que le Parlement flamand a clairement annoncé, en 1999, son intention de passer au confédéralisme.

Ce confédéralisme, Bart De Wever est bien décidé à le mettre sur la table des négociations au lendemain des élections de mai 2019. Adepte du processus « évolutif », il entend ainsi poser le dernier jalon avant d’atteindre l’objectif final : l’émergence d’une République flamande, telle qu’annoncée par l’article 1er des statuts de la N-VA.

Les responsables francophones se présenteront, une fois de plus, en « demandeurs de rien » et, une fois de plus, ils finiront par céder. Il ne faudra alors plus longtemps avant que la Belgique, vidée de toute substance, soit  jugée superflue et disparaisse de la carte.

Car si les leaders francophones se disent soucieux du « bien-être de nos concitoyens », la vérité est qu’ils n’ont que ne sont guidés que par leurs propres ambitions.

Ivre de pouvoir, Elio Di Rupo veut le récupérer. Mais qu’en a fait le PS au cours de près de 35 ans de gestion ininterrompue de la Wallonie ? La Flandre connaît la réponse. Aussi ne souhaite-t-elle plus être solidaire d’un tel système. Que chacun assume financièrement ses choix politiques! La fin des transferts est d’ores et déjà programmée sur dix ans.

La Flandre n’a jamais avalé non plus le concept de « Bruxelles, région à part entière ». Afin que Bruxelles, dont elle a  déjà fait sa capitale, tombe définitivement dans son escarcelle, elle propose que chaque Bruxellois choisisse entre la Flandre et la Wallonie  pour ce qui est des compétences « personnalisables » : impôt des personnes, sécurité sociale,… Nous achèterons Bruxelles !, avait un jour lâché l’ancien ministre-président flamand, Gaston Geens.

Elio Di Rupo raille aujourd’hui Charles Michel pour avoir accepté de s’allier avec la N-VA. On verra ce que vaudront ses propres engagements au lendemain des élections de 2019. N’avait-il pas, lui aussi, promis de ne jamais scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension territoriale de Bruxelles ?

Et si, pour reprendre le propos de Charles Michel, on anticipait ? Livrée à elle-même, la Wallonie ne sera pas en mesure de garantir la prospérité de sa population. Elle ne pourra compenser la perte des 7 milliards de transferts que par une réduction drastique de ses dépenses publiques. Et cette situation sera pire encore le jour où elle devra assumer sa part de la dette belge. Car, du confédéralisme au séparatisme, il n’y a qu’un pas à franchir !

Ayant lu le papier de François Perin évoqué plus haut, Jean Gol, alors Vice-Premier ministre, lui avait adressé le mot manuscrit suivant : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long : je ne suis pas fonctionnellement en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie digne, raisonnable et dans l’ordre.

Jean Gol nous a malheureusement quittés trop tôt, au grand dam de François Perin qui savait que le cœur de son ancien compagnon de route battait pour la France : Il était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de dislocation de la Belgique. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !

Aujourd’hui que l’échéance est à notre porte, la « réponse de survie », pour la Wallonie, se situe clairement en France, comme l’avait d’ailleurs pressenti le général de Gaulle : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois ou quatre millions de Wallons.

Lorsqu’on les interroge, la grande majorité des Bruxellois disent opter pour un statut autonome en cas de disparition du pays. Voilà qui met à mal ce « WalloBrux » souhaité par 61% des Wallons.

Lors de l’élection à la présidence du MR en 2011, Charles Michel avait titillé son challenger Daniel Bacquelaine à propos de son penchant réunioniste : Je ne souhaite pas subirla tutelle d’un préfet corse ou breton ! Pourtant n’est-ce pas son père Louis qui, en 1996, alors qu’il était président du PRL, déclara au « Figaro » : Je n’oserais plus dire que le rattachisme soit une idée folle. (…)  Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

L’argument de Charles Michel ne tient d’ailleurs pas la route. Car, comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus, il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie » dans la Constitution française. La Wallonie pourrait ainsi conserver ses acquis Quant à l’ex-droit fédéral belge, il serait maintenu, sauf exceptions, et placé sous la responsabilité du législateur français.

Cette intégration-autonomie offrirait, en outre, un double avantage : la Wallonie resterait dans l’Union européenne et c’est la France qui négocierait, pour elle, les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette.

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.