Archives de catégorie : A classer

La Belgique respire de plus en plus mal

« Le Vif », 27 juillet 2019

Jules Gheude, Essayiste politique

https://www.levif.be/actualite/belgique/la-belgique-respire-de-plus-en-plus-mal/article-opinion-1170401.html

Elisabeth effectuant sa première visite officielle en Afrique avec sa mère. Elisabeth assistant à l’enregistrement du discours prononcé par son père à l’occasion de la Fête nationale. Elisabeth avec sa robe en mousseline Nathan réussissant l’épreuve des hauts talons sur les méchants pavés de la Place Royale…


Visite de Mathilde et Elisabeth chez les Massai, le 27 juin 2019

Elisabeth va avoir 18 ans et il convient donc de la préparer sérieusement à son destin : monter sur le trône de Belgique.

Sauf qu’elle pourrait n’en avoir jamais l’occasion. Car le roi Philippe se trouve aujourd’hui confronté à une situation alarmante : le pays respire de plus en plus mal. Non pas en raison de la canicule, mais parce que les résultats des élections législatives et régionales du 26 mai dernier l’ont rendu proprement ingouvernable. Voilà deux mois que les informateurs royaux, Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (SP.A), s’arrachent les cheveux pour résoudre la quadrature du cercle.

Avec un gouvernement en affaires courantes depuis le 21 décembre 2018, la Belgique doit aujourd’hui faire face à un déficit budgétaire de près de 10 milliards d’euros. Et nul ne perçoit l’horizon d’un nouveau gouvernement de plein exercice.

Le paysage politique apparaît lui-même totalement chamboulé. Constatant les tiraillements au sein du SP.A, de l’Open VLD et du CD&V, Walter Pauli, journaliste à « Knack », pose carrément la question : « N’est-ce pas le prélude d’un drame qui pourrait survenir dans les prochaines années : la désintégration des trois partis classiques ? ».

Des lignes de fracture sont aussi visibles dans les formations francophones traditionnelles, qui ne savent plus trop bien sur quel pied danser.

Au niveau régional wallon, Elio Di Rupo a d’ores et déjà perdu son pari de mettre sur pied une majorité ultra-progressiste. Avec Ecolo seul, il n’atteint pas la majorité. Après le désistement du PTB et du CDH, le voilà donc forcé de négocier avec le MR. Un MR qui, après avoir été écarté du gouvernement bruxellois, entend bien faire monter les enchères. Si Ecolo retire ses billes, il est clair qu’une coalition PS-MR peut s’attendre à une fronde sans précédent de la part de la FGTB. Tout cela au détriment du redressement wallon.

« Jamais avec la N-VA », avait également affirmé Elio Di Rupo. Mais après le message royal du 21 juillet, le ton a quelque peu changé : « Les informateurs royaux semblent vouloir organiser des tables de discussion. Si tel est le cas, nous irons discuter ».

Mis en présence de Bart De Wever, Elio Di Rupo ne pourra toutefois éviter le sujet du confédéralisme. Car, pour les nationalistes flamands, première force politique du pays, il ne peut plus être question de se montrer financièrement solidaires d’une région qui, sous l’influence prépondérante du PS, s’est engagée depuis 1980 sur une piste qui ne lui permet pas de décoller. « Libre à la Wallonie de faire les choix politiques qu’elle souhaite, à condition d’en assumer pleinement le coût financier ! ».

La discussion fera long feu. Car le confédéralisme de Bart De Wever implique notamment la scission de la sécurité sociale, fonds de commerce du PS !

Cette revendication est toutefois largement partagée en Flandre. En 2002, alors qu’il était président du VLD, Karel De Gucht avait déclaré : « Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie ». On se souvient également de la réaction du président du CD&V, Wouter Beke, à la proposition de la ministre de la Santé, Maggie de Block, visant à refédéraliser cette compétence : « Le passé nous a montrés qu’une politique fédérale unifiée n’était pas une réponse. D’une refédéralisation, il ne peut donc être question. D’autres réformes suivront, de nouveaux pas en matière de soins de santé devront être posés « .

Avec la 6e réforme de l’Etat, Elio Di Rupo s’était félicité d’avoir sauvé la Belgique. On constate aujourd’hui qu’il n’en est rien et que l’avenir du pays est plus que jamais menacé. Conscient des difficultés budgétaires qui attendent aussi la Wallonie, le président du PS a d’ailleurs évoqué la nécessité de revoir la loi de financement.

La réalité, que les responsables francophones se refusent à voir, est pourtant claire. Elle se retrouve en toutes lettres dans le préambule de la « Charte pour la Flandre » (Handvest voor Vlaanderen), adoptée en 2012 par le gouvernement flamand : « Vlaanderen vormt een natie » (La Flandre forme une nation).

Dans leur rapport final, les informateurs royaux seraient bien inspirés de rappeler cette évidence. Et de reprendre également le conseil que José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du journal « Le Monde » à Bruxelles, s’était permis de donner au roi Albert II, dans son livre « La Belgique est morte, vive la Belgique ! » (Editions Fayard) : « Si, au lieu de ce baroud d’honneur qui risque de mal tourner (…), vous la jouiez plus finement ? En admettant, comme nous le ferons tous tôt ou tard, que rien ne pourra arrêter la marche de la Flandre vers son indépendance, et en accompagnant celle-ci au lieu de tenter en pure perte de la stopper ».

Nous étions alors en 2009. Aujourd’hui, il ne manque que 5 sièges à la N-VA et au Vlaams Belang pour détenir ensemble la majorité absolue au Parlement flamand. Et comme l’écrivait le journaliste Pierre Bouillon du « Soir », le 23 mars 2013 : « Que fait un séparatiste, s’il bénéficie d’une légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Ça t’étonne, Yvonne ? ».

Jules Gheude, essayiste politique

Dernier livre paru : »La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », préface de Pierre Verjans (ULg), Editions Mols, 2019.

Charles Michel et Emmanuel Macron

Opinion de Jules Gheude sur le site du « Vif », 9 juillet 2019.

https://www.levif.be/actualite/belgique/charles-michel-et-emmanuel-macron/article-opinion-1163647.html

Charles Michel est incontestablement un Européen convaincu. Il entretient d’excellentes relations personnelles avec le président français Emmanuel Macron et ces deux raisons ont amené ce dernier à soutenir résolument sa candidature à la fonction de président du Conseil européen.


Emmanuel Macron et Charles Michel

Mais Emmanuel Macron n’ignore pas les difficultés politiques majeures que son « protégé » traverse depuis que la N-VA s’est opposée à la signature du pacte de Marrakech sur l’immigration, plaçant ainsi le gouvernement belge dans une position minoritaire. Singulièrement aussi depuis que les élections législatives et régionales du 26 mai dernier ont plongé le pays dans une crise qui s’avère de plus en plus inextricable.

La République s’était déjà inquiétée de l’enlisement dans lequel la Belgique s’était retrouvée en 2010-2011, au point que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale avait chargé deux de ses membres d’une mission d’information sur le sujet.

Le rapport des intéressés relève notamment le fait que la Belgique présente deux sociétés différentes :

C’est peut-être l’image la plus forte qu’ont laissée les premières heures passées en compagnie des interlocuteurs de la mission (…). Certains ont mis en valeur des domaines précis où cette différence trouverait à s’exprimer. Ainsi, M. Rik Torfs, sénateur, estimait que l’écart entre les cultures économiques des Flamands et des Wallons était très important, les premiers étant plus enclins à l’esprit d’entreprise et à l’innovation, les seconds penchant plutôt vers le salariat, de préférence dans le secteur public ; de même, les autorités flamandes chercheraient plutôt à favoriser l’entreprise privée et à libérer les initiatives alors que les autorités wallonnes seraient très interventionnistes et chercheraient à conserver un secteur public puissant. Mme Béatrice Delvaux, éditorialiste au Soir, évoquait un rapport différent au besoin d’évolution de la société, avec des Wallons plus « transis » et des Flamands plus « allants » et désireux de changements ; elle affirmait ainsi à la mission que « les francophones ont souvent le bâton dans le dos ; les Flamands sont un révélateur de ce que les Wallons ne veulent pas faire spontanément ». (…)

Le fait est qu’effectivement, les liens se distendent entre les deux parties du pays. S’agissant des médias, la barrière de la langue conduit à ce qu’une très faible partie de la population accède aux médias de l’autre communauté. En conséquence, lorsqu’ils veulent élargir leur horizon médiatique, les Flamands s’orientent vers les médias anglo-saxons et les Wallons vers les médias français. Cette coupure est si franche qu’il a été rapporté à la mission que, lorsque la chaîne publique francophone, la RTBF, a diffusé, en décembre 2006, un pseudo-reportage annonçant l’indépendance de la Flandre et la fin de la Belgique, quasiment aucun téléspectateur francophone n’a songé à basculer sur la chaîne publique flamande, la VRT, pour vérifier l’information et voir comment réagissait la partie flamande du pays.

Deux sociétés différentes. Le leader de la N-VA, Bart De Wever, évoque, lui, deux démocraties distinctes. Et les résultats des dernières élections législatives et régionales ne peuvent certes pas le démentir.

Toujours est-il que l’évolution des choses rend plus actuelles que jamais ces questions posées par les deux élus français dans leur analyse : La Belgique serait donc condamnée, État si faible que toute crise politique serait l’occasion de poser la question de sa survie, État si artificiel qu’il devrait se briser à l’inéluctable envol de la nation flamande. La devise nationale (« L’union fait la force ») n’aura-t-elle donc été qu’une incantation ?

Au niveau fédéral, Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (SP.A) ont été chargés par le Roi d’une mission d’information qui devrait s’achever le 29 juillet. Elle aura donc duré deux mois. Le PS, première force politique en Wallonie, et la N-VA, formation qui a la main en Flandre, ne peuvent se sentir. Pas question, en outre, pour la Flandre d’une coalition où elle se retrouverait minoritaire. Bref, l’opération présente tous les aspects de la mission impossible.

Au niveau régional wallon, le PS souhaite mettre sur pied une coalition la plus progressiste possible, mais il ne parvient pas à séduire au-delà d’Ecolo. Une coalition « coquelicot » à laquelle manqueraient donc trois voix pour être majoritaire. Mais ni le PTB), ni le MR ne souhaitent s’embarquer dans l’aventure. Reste à voir si le CDH, qui a décidé de se mettre en retrait à tous les niveaux de pouvoir, pourra apporter l’appoint nécessaire.

Une chose est sûre, en tout cas : ce n’est pas avec une vision de gauche radicale que la Wallonie parviendra à opérer son redressement économique. De 1980 à 2017, le PS a exercé, de façon quasi ininterrompue, la ministre-présidence de la Région.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le dernier classement Eurostat relatif au PIB des régions de l’Union européenne place la Wallonie à 85, pour un indice moyen fixé à 100. La Flandre, par contre, se situe à 120 et son esprit entrepreneurial lui permet de réaliser plus de 80% des exportations belges (217,2 milliards d’euros en 2017, contre 45,5 milliards pour la Wallonie).

L’un des principaux maux de la Wallonie, c’est la grève. Un Courrier hebdomadaire du CRISP révèle qu’en 2017, les Wallons ont totalisé 110 jours de grève contre 39 pour les Flamands. Et la FGTB a d’ores et déjà mis le PS sous pression : pas question de mettre de l’eau dans le vin !

Le rapport français cité plus haut rappelait le docu-fiction « Bye bye Belgium », réalisé par la RTBF en 2006. Et si la réalité était sur le point de remplacer la fiction ?

Charles Michel a-t-il confié à Emmanuel Macron ce que son père Louis, alors président du Parti Réformateur Libéral, avait déclaré au « Figaro », le 28 octobre 1996 : Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie, c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

Ce qui nous ramène à une question qui avait fort préoccupé le général de Gaulle. Lors d’un entretien avec son ministre Alain Peyrefitte, le 29 juillet 1967, l’homme de Colombey s’était largement épanché sur le sort de la Wallonie : Il y a un malaise belge (…) Il ne faut pas exclure qu’il aboutisse à une crise, surtout au cas où l’équation entre les deux fractions viendrait à se rompre. (…) Ils (les Wallons) retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture. Le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines. Toutes choses qu’ils ont perdues sans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. (…) Je leur ai dit (à une délégation de Wallons venus le rencontrer) que le jour où la Wallonie, par la voie de ses représentants légitimes, ou de préférence par référendum, déciderait d’être rattachée à la France, nous leur ouvririons les bras de grand coeur. (2)

En fait, la solution de survie à l’incurable mal belge se trouve à portée de main. Il suffit de vouloir la saisir.

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge.

(2) Alain Peyrefitte, « C’était de Gaulle », tome III, Editions de Fallois/Fayard, 2000.

La solidarité des Flamands envers Wallons et Bruxellois s’élève à 968 euros par an

« Le Vif », Belga, 2 juillet 2019

En moyenne, les habitants de Flandre sont contributeurs nets, à raison de 968 euros par personne et par an, en faveur des autres régions du pays, ressort-il d’une étude de l’économiste Eric Dor diffusée lundi soir. En observant les chiffres par province, le Brabant wallon arrive 2e contributeur net, derrière le Brabant flamand et devant la province d’Anvers.

La contribution des ménages à la production de richesse (valeur ajoutée) du pays est mesurée par leurs revenus primaires, c’est-à-dire la rémunération totale du travail et du capital, avant impôts et charges sociales. En prélevant des impôts et des cotisations sociales, l’Etat redistribue ces revenus primaires entre les ménages, par le biais d’allocations sociales, remboursement de frais de soins de santé, etc.

Cette redistribution implique des flux de solidarité interpersonnelle entre les ménages, qu’ Eric Dor a mesurée pour l’année 2016. Il définit la solidarité interpersonnelle comme « la différence entre le revenu disponible observé des ménages de son territoire, et ce qu’il serait si le revenu disponible total des ménages du pays était réparti entre les entités proportionnellement à leur revenu primaire ». Résultat: 6,290 milliards d’euros vont de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles, qui reçoivent respectivement 5,221 milliards d’euros et 1,068 milliard d’euros.

En moyenne, les habitants de Flandre sont contributeurs nets, à raison de 968 euros par personne et par an, en faveur des autres régions du pays. Les régions bénéficiaires sont la Wallonie et Bruxelles, avec des gains de 1.447 euros et 898 euros par personne et par an, respectivement.

En observant les différences par province, on remarque toutefois que le Brabant wallon est le 2e contributeur net à la solidarité, après le Brabant flamand et avant la province d’Anvers. Les populations de toutes les autres provinces et de Bruxelles sont bénéficiaires nets, en moyenne toujours.

Huit milliards d’euros: la dette de la Communauté française explose

« Le Soir », 18 juin 2019

De 3 milliards en 1999 à près de 12 milliards dans cinq ans : les chiffres montrent une situation délicate.

Les dépenses évoluent largement au-dessus des recettes, notamment à cause du Pacte d’excellence. – Bruno D’Alimonte.

Trois milliards en 1999. Huit milliards aujourd’hui. Près de douze milliards dans cinq ans… Ces chiffres qui donnent le tournis détaillent les fluctuations passées et l’évolution (très) probable de la dette de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est le Cerpe – le Centre de recherches en économie régionale et politique économique de l’UNamur – qui, dans une publication récente (1), met au jour les perspectives budgétaires de la Communauté française.

Pour assurer un avenir budgétaire serein, il est logique que la croissance des dépenses doit suivre celle des recettes. Premier constat : les perspectives mettent en évidence une hausse des recettes de 886 millions d’ici à 2024. Quant aux dépenses, elles devraient évoluer largement au-dessus des recettes, à 1.459 millions d’euros. La faute au Pacte d’excellence et la réforme de la formation initiale des enseignants.

Le Conseil d’Etat annule les licences d’exportations d’armes wallonnes en Arabie saoudite

Le Vif, 14 juin 2019

Saisi, fin 2017, par la Coordination nationale d’action pour la paix et la démocratie (CNAPD) et par la Ligue des Droits humains sur la question des licences d’exportation d’armes wallonnes vers l’Arabie saoudite, le Conseil d’Etat a décidé, vendredi, d’annuler une série de licences d’exportation octroyées à la FN Herstal et à CMI, faute notamment d’un examen minutieux de la question des droits fondamentaux au royaume wahhabite.


© belga

Ces licences avaient déjà été suspendues en juin 2018. A l’époque, le Conseil d’Etat avait estimé que la Région wallonne n’avait « pas démontré concrètement qu’elle avait procédé à un examen minutieux et prudent de certains des critères prévus par le décret du 21 juin 2012 relatif à l’importation, à l’exportation, au transit et au transfert d’armes civiles et de produits liés à la défense ».

Sont notamment concernées par cette annulation les licences d’exportation octroyées à la FN Herstal pour ses munitions et explosifs de réglages de fusées ainsi que pour ses armes à canon lisse et ses armes automatiques d’un calibre inférieur à 12,7 mm et leurs accessoires.

Parallèlement, les licences d’exportations des tourelles à canons de CMI Defence, qui sont assemblées au Canada pour ensuite équiper les blindés légers destinés aux forces de sécurité saoudiennes, ont elles aussi été annulées.

« Les 5 arrêts rendus ce vendredi sont une suite logique des suspensions prononcées le 30 juin 2018. Le Conseil d’Etat est allé au bout de sa logique » en réaffirmant que les licences d’exportation d’armes doivent faire l’objet de justifications et de motivations suffisantes, a commenté Manuel Lambert, le conseiller juridique de la Ligue des Droits humains.

Amnesty International protestait en mars 2018 contre la vente d’armes aux pays qui violent les droits humains.

« C’est un rappel pour le gouvernement wallon qui doit arrêter de délivrer des licences d’exportation à destination de l’Arabie saoudite », a-t-il ajouté en pointant à nouveau « l’opacité totale du système d’octroi de ces licences ».

Fin mai, la Ligue des Droits humains avait déjà obtenu gain de cause devant la Cour d’appel de Liège. Celle-ci avait confirmé que l’absence de motivation formelle pour les licences d’exportation d’armes constitue une faute et avait octroyé une indemnisation à la Ligue.

Cette victoire judiciaire s’inscrit dans le cadre d’une série de suspensions et d’annulations de décisions d’octroi de licences prononcées depuis 2009 par le Conseil d’Etat, dont la dernière ce vendredi.

Entre-temps, malgré ces décisions, des licences ont continué à être octroyées, avec à la clé des exportations d’armes vers la Libye, le gouvernement régional ayant organisé l’octroi de ces licences par voie décrétale.

« Un système d’une opacité totale et une question dont devra absolument se saisir la prochaine majorité », a conclu Manuel Lambert.

Geert Bourgeois reçu par le pape François, « un couronnement pour la Flandre »

Le ministre-président flamand sortant Geert Bourgeois a été reçu mercredi en audience par le pape François. Le chef du gouvernement flamand a qualifié l’entretien d' »ouvert et très direct« , y voyant un « couronnement pour la Flandre« .

C’est la première fois qu’un pape recevait en audience le ministre-président d’une entité fédérée en Belgique. Pour Geert Bourgeois, cet entretien est le fruit de « contacts fructueux » que la Flandre a entretenu avec le Vatican. Se retranchant derrière le colloque singulier, le ministre-président flamand n’a pas commenté le contenu de l’entretien qu’il a eu avec le pape.

Geert Bourgeois a dit avoir transmis au souverain pontife un « message de paix de la Flandre« .

La Belgique peut disparaître par implosion


La Belgique peut disparaître par implosion – © Tous droits réservés

RTBF-Info, 6 juin 2019 – https://www.rtbf.be/info/opinions/detail_la-belgique-peut-disparaitre-par-implosion?id=10240352

1993. La Constitution belge reconnaît officiellement que la Belgique est un Etat fédéral. Mais, du côté flamand, le confédéralisme est déjà dans l’air. Le 13 janvier de cette année, le démocrate-chrétien Luc Vanden Brande, alors ministre-président flamand, déclare : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme.

Le fédéralisme est donc à peine mis sur les rails que le Nord passe à la vitesse supérieure. Le 3 mars 1999, le Parlement flamand adopte une  » proposition de résolution concernant les lignes de force de la Flandre en matière de réforme de l’Etat « . Soutenue par le CVP, le VLD et la Volksunie (le SP, Agalev et le Vlaams Blok s’abstiendront), ce programme de revendications institutionnelles en cinq points s’engage résolument sur la voie confédérale.

Ainsi, outre une autonomie fiscale et financière accrue, il est question de régionaliser les lois communale et provinciale, les soins de santé et les allocations familiales, l’emploi, la recherche scientifique et technologique, le commerce extérieur, les télécommunications, le transport et la mobilité, les statistiques, la coopération au développement, l’économie et l’énergie, l’infrastructure ferroviaire, l’agriculture, l’horticulture et la pêche. L’on parle aussi de  » paquets de compétences cohérents « . Tout cela dans une structure reposant sur deux Etats, la Flandre et la Wallonie, avec un statut spécifique pour Bruxelles, qui se retrouverait cogérée paritairement.

Les responsables politiques francophones n’ont pas pris l’exacte mesure de cette évolution. Surtout, ils n’ont pas compris qu’au fil du temps, une Nation flamande avait vu le jour.

Tout cela était en fait inscrit dans les astres. La manière dont on a été conçu le Royaume de Belgique portait en soi les germes de la crise. La grande majorité des francophones ignore à quel point le Mouvement flamand a dû se battre pour que l’identité flamande soit reconnue. Tout cela a laissé des traces durables et contribué à engendrer un sentiment très fort d’appartenance collective.

Lors de la crise politique de 2010-2011 (541 jours sans gouvernement de plein exercice), la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres – l’un de la majorité, l’autre de l’opposition- d’une mission d’information sur la situation intérieure belge. Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable.

Les résultats des élections du 26 mai dernier ne font que corroborer cette analyse. Former un gouvernement belge relève aujourd’hui de la quadrature du cercle.

François Perin avait bien anticipé les choses. Dans  » La Meuse du 28 avril 1981 – 25 ans avant le docufiction « Bye Bye Belgium » de la RTBF -, il écrivait : Les Wallons ont beau prouvé par les récents sondages […] qu’ils sont avant tout Belges et même en majorité  » unitaires  » ; qu’importe puisque la majorité des Flamands n’ont aucune envie d’en être solidaires ! Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver : […] Après d’éventuelles élections […], le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable. : la Belgique peut disparaître par  » implosion « . Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité.

Avec les Etats généraux de Wallonie, organisés à l’Université de Liège le 9 mai 2009, nous avons voulu préparer les esprits wallons à cette échéance inéluctable.

Livrée à elle-même, la Wallonie connaîtrait une situation budgétaire intenable – l’économiste liégeois Jules Gazon évoque un  » scénario à la grecque ! – et devrait se serrer considérablement la ceinture. Quant à la perspective de s’unir à Bruxelles pour perpétuer une  » Belgique résiduelle « , elle s’avère être une chimère dans la mesure où les Bruxellois, de façon largement majoritaire, préfèrent envisager leur avenir de façon autonome. Cette Belgique seconde serait d’ailleurs si différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Ne reste alors que le scénario d’un statut particulier d’intégration-autonomie à la France. Comme l’a expliqué le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel et pour une durée à déterminer, le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits connexes, des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La Région wallonne conserverait les compétences qui sont les siennes, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur.

Cette formule offrirait, en outre, un double avantage : la Wallonie resterait de facto dans l’Union européenne et c’est la France qui négocierait, en son nom, les modalités de la scission belge.

Rien ne serait imposé, puisqu’un double référendum – en France et en Wallonie – devrait être organisé.

L’ancien député CD & V Eric Van Rompuy vient de déclarer : Après quatre mois de stagnation, il faudra recourir à de nouvelles élections. Tel est aussi l’avis du constitutionnaliste Marc Uyttendaele. Mais il ne fait aucun doute que de nouvelles élections accentueraient encore le poussée séparatiste au Nord du pays. Aujourd’hui, la N-VA et le Vlaams Belang détiennent ensemble 58 des 124 sièges au Parlement flamand !

Le général de Gaulle ne croyait pas à la Belgique éternelle. Ce qu’il avait déclaré, dans les années soixante, au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain, prend aujourd’hui tout son sens : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.

Jules Gheude, essayiste politique


Dernier livre paru : La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge, préface de Pierre Verjans, professeur de Science politique à l’ULg, Editions Mols.

Belgique : tout cela était écrit dans les astres.

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Laisser des formations se présenter aux élections pour les entourer ensuite d’un cordon sanitaire relève du déni démocratique.

De même, il est choquant que des leaders indépendantistes catalans soient aujourd’hui incarcérés pour avoir proclamé, au départ d’une majorité absolue acquise légitimement, l’indépendance de leur région. Lorsqu’on permet à un parti séparatiste de prendre part aux élections, on doit aussi en assumer pleinement toutes les conséquences.

En Flandre, le Vlaams Belang est sorti nettement renforce des élections, avec 18,50% des suffrages. Ce message ne peut être ignoré. Un sondage effectué par Het Laatste Nieuws/VTM Nieuws au lendemain du scrutin révèle d’ailleurs que 65% de la population flamande estime qu’il faut rompre ce cordon sanitaire mis en place par les partis dits démocratiques lors de la percée de l’extrême-droite en 1991.

Les partis dits démocratiques devraient d’ailleurs comprendre que les « affaires » qui les ont tous entachés ces dernières années ont contribué  à alimenter la méfiance du citoyen à leur égard. Ils ont leur part de responsabilité dans le populisme ambiant.

Si elle est en baisse, la N-VA reste néanmoins la plus grande force politique au nord du pays. Si l’on ajoute à ses 35 sièges, les 23 acquis par la Vlaams Belang, on est proche de la majorité absolue au Parlement flamand (124 sièges). Les deux formations ont en commun la volonté de mettre sur pied un Etat flamand souverain.

On comprend que les responsables politiques francophones soient inquiets. La perspective de ne pas pouvoir former un gouvernement fédéral est bien réelle. Pour Bart De Wever, en tout cas, le moment est venu de passer au confédéralisme, faute de quoi la Belgique ne survivra pas.

En fin stratège qu’il est, le leader nationaliste a balisé le terrain des négociations : pas question de s’engager avec le PS et Ecolo, ni d’envisager une coalition où, comme sous Elio Di Rupo, la Flandre serait minoritaire. La marge de manœuvre du souverain est donc extrêmement réduite. « Le pauvre, je le plains ! Il aura besoin de Dafalgan Forte », a lâché Bart De Wever.

On se retrouve en fait dans la situation qu’avait annoncée le lucide François Perin en 1981 : « Les Wallons ont beau prouvé par les récents sondages (…) qu’ils sont avant tout Belges et même en majorité « unitaires » ; qu’importe puisque la majorité des Flamands n’ont aucune envie d’en être solidaires ! Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver : (…) Après d’éventuelles élections (…), le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable. : la Belgique peut disparaître par « implosion ». Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. »

Les présidents des partis francophones rejettent l’idée d’une nouvelle aventure institutionnelle. On sait que la dernière a duré 541 jours. Mais s’ils campent sur leurs positions, ils mènent la Belgique, à laquelle ils se disent si attachés, à une mort immédiate.

Elio Di Rupo va entreprendre les négociations en vue de mettre sur pied une majorité « progressiste » en Wallonie. Mais il sait que la situation budgétaire de la Région est extrêmement précaire et que la fin de la solidarité en provenance de Flandre est programmée.  D’où le souhait qu’il a exprimé, durant la campagne électorale, de revoir la loi de financement.

Bart De Wever reste bien le maître du jeu. Une fois que le confédéralisme aura été introduit – voilà maintenant 20 ans que le Parlement flamand s’est prononcé pour cette réforme ! -, il ne faudra plus longtemps à la Flandre pour considérer que la Belgique est devenue superflue.

Comme l’avait déclaré Karel De Gucht, le président des libéraux flamands, en 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer. »

Tout cela était en fait inscrit dans les astres. La manière dont on a été conçu le Royaume de Belgique portait en soi les germes de la crise. La grande majorité des francophones ignore à quel point le Mouvement flamand a dû se battre pour que l’identité flamande soit reconnue. Tout cela a laissé des traces durables et contribué à engendrer un sentiment très fort d’appartenance collective. Une nation flamande existe aujourd’hui et rien ne pourra l’empêcher de s’ériger en Etat.

Avec les Etats généraux de Wallonie, organisés à l’Université de Liège le 9 mai 2009, nous avons voulu préparer les esprits wallons à cette échéance inéluctable.

Livrée à elle-même, la Wallonie connaîtrait une situation comparable à celle de la Grèce en 2009 et devrait se serrer considérablement la ceinture. Quant à la perspective de s’unir à Bruxelles pour perpétuer une « Belgique résiduelle », elle s’avère être une chimère dans la mesure où les Bruxellois, de façon largement majoritaire, préfèrent envisager leur avenir de façon autonome. Cette Belgique seconde serait d’ailleurs si différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Ne reste alors que le scénario d’un statut particulier d’intégration-autonomie à la France. Comme l’a expliqué le constitutionnaliste français Didier Maus : « Il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel et pour une durée à déterminer, le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits connexes, des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La Région wallonne conserverait les compétences qui sont les siennes, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. »

Cette formule offrirait, en outre, un double avantage : la Wallonie resterait de facto dans l’Union européenne et c’est la France qui négocierait, en son nom, les modalités de la scission belge.

Rien ne serait imposé, puisqu’un double référendum – en France et en Wallonie – devrait être organisé.

Charles de Gaulle avait bien anticipé la chose : « J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. »

La France, qui vient d’intégrer le top 5 des pays les plus attractifs au monde !

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », préface de Pierre Verjans, professeur de Science politique à l’ULg, Editions Mols.

La scission du pays n’est plus un scénario totalement improbable: les experts craignent un cauchemar à la grecque pour la Wallonie

Sudinfo, Didier Swysen, 1er juin 2019

L’hypothèse d’une scission de la Belgique devient moins improbable au rythme des voix supplémentaires que les séparatistes flamands engrangent à chaque élection (N-VA et Vlaams Belang sont à une voix de la majorité à la Chambre et à cinq voix de la majorité au gouvernement flamand).

Se rapproche-t-on du scénario du faux documentaire « Bye Bye Belgium », de la RTBF en 2006 qui avait fait hurler politiques et citoyens ? Les politiques flamands hésiteront-ils une seconde à actionner le « bouton scission » dès qu’ils seront majoritaires ? Les Wallons ont-ils intérêt à prendre leur destin en main dès aujourd’hui et à préparer un « plan B » qui les rendra moins passifs face à une Flandre offensive ?

Deux choses paraissent évidentes : primo, évoquer le scénario est très sulfureux. Plusieurs experts (de renom) contactés ce vendredi n’ont pas souhaité nous répondre ou l’ont fait de manière anonyme (« C’est déjà compliqué d’avoir des chiffres pour le Brexit. Alors, imaginez les conséquences financières d’une scission de la Belgique… »).

Deuzio, l’horloge tourne. On sait que les transferts financiers Nord-Sud deviendront dégressifs dès 2026 (de 500 millions) pour se tarir définitivement dix ans plus tard.

Cauchemar à la grecque ?

Les prémices d’un scénario cauchemardesque à la grecque pour la Wallonie ? C’est la crainte que partagent la plupart des experts, surtout si Bruxelles refuse de former, avec elle, une « Belgique à deux ». Les plus optimistes ? Ceux qui voient le salut de la Wallonie dans une alliance avec la France.

Que Bruxelles choisisse un destin de ville-Etat, cela semble probable à un expert comme l’économiste Etienne de Callataÿ, qui nous explique, par ailleurs, à quel point le partage de la dette s’avère explosif et pas que pour la Wallonie.

Une dette qui reste, curieusement, l’un des ciments les plus forts de notre pays. « En 1989, lors de la régionalisation, Flamands et Wallons se sont mis d’accord sur leur dos », dit-il. « Les Bruxellois admettraient-ils d’être gérés par deux nouveaux Etats, flamand et wallon, sans rien avoir à dire ? D’autant plus qu’être un petit Etat n’est pas synonyme de mauvaise santé. Regardez le Luxembourg… Cela dit indépendamment de la manière peu idéale dont Bruxelles est gérée aujourd’hui. »

Les sondages effectués ces dernières années (exemple : RTL-Ipsos-Le Soir en 2013) voyaient l’illusion d’un Etat Wallonie-Bruxelles se crasher sur la volonté de près de 70% des Bruxellois de la jouer perso en cas de scission.

Alors, si une « Belgique à deux » est impossible, si y aller en solo fait craindre aux experts un « cauchemar à la grecque », vu le poids de la dette qu’on lui attacherait au pied (« l’effort imposé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel », disait, en 2016, l’économiste Jules Gazon), que reste-t-il comme solution à la Wallonie ? Un rattachement à la France ?

De Gaulle y pensait

Au début du printemps, l’écrivain belge et militant wallon Jules Gheude, ardent défenseur du rattachisme, le remettait sur le tapis. La seule option réaliste, selon lui. Le général de Gaulle était déjà convaincu et le conseiller de l’ancien président français Mitterrand, Jacques Attali, disait que « le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait ». De rares sondages montrent que les Français sont plutôt ouverts à la solution. Resterait à en convaincre les Wallons : Jules Gheude rapporte cette anecdote tirée de l’un de ses exposés, une dame clamant « qu’elle préférait encore vivre dans la pauvreté qu’être française ».

De toute manière, la complexité belge exigerait des années de négociations pour entériner une scission. « Il a fallu 36.000 pages de traités à la Tchéquie et à la Slovaquie, alors qu’il n’y avait pas un nœud comme l’est Bruxelles chez nous et quasiment rien à partager d’un point de vue économique », concluent les experts.