Archives de catégorie : A classer

Courage divorçons et tant pis pour ce Royaume d’opérette !

Lu, ce jour, dans « Vers l’Avenir », sous la plume de Xavier Diskeuve.

Royaume d’opérette

Georges Lucas, créateur de la Star Wars aurait jadis déclaré, quand le support numérique a menacé la pellicule : « C’est triste mais si c’est inéluctable, alors allons-y tout de suite ! »

C’est ce qu’on aurait dû faire concernant la Belgique. Puisque la séparation du nord et du sud était inéluctable, il aurait fallu « splitter » de suite, il y a 20 ans, 30 ans. Avant que les choses s’enveniment, tant qu’on était encore entre gentlemen et que la « peste brune » restait confinée.

Au lieu de cela, les politiciens francophones se sont arc-boutés en perpétuels « demandeurs de rien », freinant chaque étape de la fédéralisation.

On nous a bercés avec le mythe d’une Belgique de papa, un royaume d’opérette avec son roi « au-dessus de la mêlée », sa belgitude, ses pralines et ses Diables rouges, ultime « ciment du pays ».

Et les frustrations flamingantes n’ont cessé d’enfler, générant des créatures politiques de plus en plus arrogantes et impatientes. Nous voilà comme un conjoint coincé avec un pervers narcissique, mais qui s’obstine à sauver le ménage.

Dimanche, c’était le scrutin « Belgique, phase terminale ». 47% d’indépendantistes enragés et un cordon sanitaire virtuellement rompu !

Que va-t-il se passer ? De colloques singuliers en coliques collectives, des négociations impossibles. Alors courage, divorçons ! Tant pis pour le royaume d’opérette. Les meilleurs Diables rouges étant quasi tous francophones, qu’est-ce qui nous retient vraiment ?

Le livre : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge »

David Coppi – « Le Soir », 29 mai 2019


C’est du Gheude, militant, acharné.

Pour l’ancien proche collaborateur et biographe de François Perin, la messe est dite et ça ne date pas d’hier, pas même du 26 mai. Lisez plutôt son ouvrage : La Wallonie demain – La solution de survie à l’incurable mal belge, édité chez Mols, en librairie depuis peu. Une profession de foi dans l’immanquable scission du pays. Un essai habité par la conviction du destin français de la Wallonie (et européen de Bruxelles), vouée à ce qu’il appelle un « régime d’intégration-autonomie » auprès de la République française.

Une démonstration après tant d’autres du même auteur qui, avant l’essai du jour, a publié, tenez-vous bien : Quand les Wallons s’éveilleront en 2009, Le Petit Guide de l’Après-Belgique en 2010, On l’appelait Belgique en 2011, Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique n 2013, Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes en 2016… Il y a un fil bleu, blanc, rouge.

Sans oublier, toujours signées Jules Gheude, la quantité de tribunes, cartes blanches et interviews, bon nombre dans la presse flamande, appelant elles aussi à mettre fin à la fiction belge-belge. Qui s’achève, on l’aura compris, selon l’auteur. Et dont nous vivons peut-être le dernier épisode depuis dimanche 26 mai et la poussée nationaliste-extrémiste au nord. Ce qui nous rapproche un peu plus encore du scénario catastrophe et décisif pour la cause défendue par Jules Gheude. Qui résume l’affaire en citant au passage notre confrère Pierre Bouillon et cette formule, en 2013, dans nos colonnes : « Que fait un séparatiste s’il bénéficie d’une légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Ça t’étonne, Yvonne ? »

En tout cas, ça n’étonne ni ne désespère Jules Gheude, qui a hâte de voir l’histoire en marche aller au but. En mesure-t-il les conséquences. Chacun jugera. C’est un autre livre.

Investissements : la France fait son entrée parmi les 5 pays les plus attractifs du monde

Investissements : la France fait son entrée parmi les 5 pays les plus attractifs du monde

« Les Echos », Raphaël Bloch, 13 mai 2019

La France intègre pour la première fois le « Top 5 » du classement annuel du cabinet de conseil américain A.T. Kearney. L’économie tricolore n’a pas été « affectée par le mouvement des ‘gilets jaunes’ », note-t-il. Les Etats-Unis, eux, dominent toujours largement le classement. 

Selon le cabinet A.T. Kearney, la France « reste compétitive » parmi

L’« effet Macron » continue visiblement de produire ses effets auprès des investisseurs étrangers . Selon A.T. Kearney, la France a progressé dans la hiérarchie des pays les plus attractifs de la planète, intégrant pour la première fois cette année le « Top 5 » du classement du cabinet américain. Elle était en 7e position en 2018.

La confiance dans l’économie française, qui « a fortement augmenté depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 », n’a pas été  « affectée par le mouvement des ‘gilets jaunes’ », note le cabinet de conseil. Selon lui, la France, qui double le Japon (6e), « reste compétitive » parmi les économies développées.

Les Etats-Unis, encore et toujours leaders

La France reste toutefois encore loin de la tête du classement, occupée pour la septième année consécutive par les Etats-Unis. La première économie mondiale bénéficie notamment de  « son vaste marché domestique » , de sa « fiscalité compétitive » et de ses « capacités technologiques », souligne A.T. Kearney.

Arrivent ensuite l’Allemagne, le Canada et  le Royaume-Uni , qui conserve sa quatrième place malgré la perspective du Brexit. La Chine, qui avait occupé la tête de ce classement entre 2002 et 2012, tombe pour sa part à la septième place. Soit son plus bas classement depuis la création de cet indice voilà 20 ans.

Parmi les explications avancées figurent le « ralentissement de la demande intérieure », le « recul des exportations », les « inquiétudes croissantes sur le niveau d’endettement des entreprises chinoises »et « l’impact de la guerre commerciale avec les Etats-Unis ».

Au total, « 22 des 25 premières places sont occupées par des pays développés », souligne A.T. Kearney. Une situation qui tient, selon le cabinet de conseil, à l’importance accordée par les investisseurs à la question « de la gouvernance et de la régulation ».

Sondage : le PS se

« Le Vif », 17 mai 2019

Le PS se renforce en tête des intentions de vote pour les élections fédérales dans la partie francophone du pays même s’il demeure en recul par rapport aux élections de 2014, selon un sondage réalisé pour Le Soir, RTL-TVI, VTM et Het Laatste Nieuws et publié vendredi soir.


© Belga

En perdition dans les derniers sondages, le MR se ressaisit en Wallonie, à la deuxième place. Ecolo poursuit son ascension, gardant la tête à Bruxelles, avec Groen.

En Flandre où la N-VA se maintient en tête avec 28,1% (32,4% en 2014), c’est le Vlaams Belang qui progresse le plus, devenant le troisième parti, avec 14,8%. En embuscade, le CD&V progresse à 17,1% pour se rapprocher de son score de 2014, à la deuxième place. L’Open Vld pâtit de la situation, repoussé à 11,2% des intentions de vote.

En Wallonie, le PS atteint 28,5%, un bond de 4,2% par rapport au précédent sondage, qui lui permet de renforcer sa première place. Il reste toutefois en-deçà de son score de 2014 (32%).

Derrière, le MR reprend des couleurs à la deuxième place (22,7%). Il progresse de 3,3% par rapport à février mais reste 3,1% en-dessous de son score de 2014. Sur le podium, Ecolo reste dans le sillage des réformateurs (19,1%) en progressant de 2,3% par rapport au sondage de février. Les écologistes font un bond de près de 11% par rapport à 2014.

Le cdH passe en-dessous de la barre des 10% mais se maintient à 9,7%. Le PTB perd des plumes à 9,2% mais reste 3,7% au-dessus de son score de 2014. DéFI n’atteint pas la barre des 5%, selon ce sondage.

A Bruxelles, la liste écologiste arrive de loin en tête (22,9%) devant la famille socialiste (17,3%), toutes les deux en progrès. Non loin de là, le MR se stabilise à la troisième place (15,5%), juste devant DéFI (13,7%).

Le PTB est à 7,9% alors que le cdH remonte de 4,3 à 6,5% par rapport au précédent sondage. Les Listes Destexhe et le PP n’atteignent pas la barre des 5%. En l’absence de Groen et du sp.a, dont les candidats figurent sur les listes francophones de leurs partis frères, la N-VA est premier parti avec 5,7%, devant le VB (2,7%).

Au contraire d’Ecolo qui poursuit sa progression, Groen est pointé en recul en Flandre à 12,1% alors que les écologistes flamands étaient à 15,6% en février. Cela reste toutefois meilleur que leur score de 2014 (8,6%). Le sp.a est à 11%. Le PTB continue à flirter avec les 5% en Flandre.

Paul Magnette (PS) est l’homme le plus populaire auprès des Wallons, devant le président du PS, Elio Di Rupo, et le chef de file du MR bruxellois, Didier Reynders. A Bruxelles, c’est le président de DéFI , Olivier Maingain, qui devance Paul Magnette et Didier Reynders. En Flandre, le président de la N-VA, Bart De Wever, figure sur la plus haute marche d’un podium complété par Hilde Crevits, figure de proue du CD&V qui détrône l’ancien secrétaire d’Etat fédéral Theo Francken (N-VA).

Le sondage a été réalisé du 6 au 14 mai, période d’agitation médiatique autour d’une vidéo du MR source de tensions avec Ecolo à qui les réformateurs avaient prêté l’intention de vouloir taxer la viande. L’enquête a en revanche été effectuée avant la mise au jour d’un tract malheureux de candidats Ecolo qui se sont vu reprocher des pratiques à visée communautaire. La marge d’erreur du sondage est de 3,1% en Wallonie et en Flandre et de 4,3% à Bruxelles.

Ce communautaire omniprésent

Le Vif 11/05/19 à 11:01

Jules Gheude,
Essayiste politique

Au lendemain des élections du 26 mai, on peut s’attendre à ce que les gouvernements régionaux flamand et wallon soient rapidement constitués, avec des configurations radicalement opposées, ce qui ne manquera pas de rendre extrêmement compliqué, voire impossible, la mise sur pied d’un gouvernement fédéral.

De Wever Di Rupo, mai 2014 © Belga Images

Du côté wallon, les résultats du dernier sondage devraient permettre, sans la moindre difficulté, à Elio Di Rupo de former la coalition progressiste qu’il appelle de ses voeux. Avec quels partenaires ? On sait que la FGTB s’est prononcée pour une alliance PS-Ecolo-PTB, qui, avec 61,5%, pourrait jouir d’une confortable majorité. PS et Ecolo totalisent, à eux seuls, 46,7%. Mais Paul Magnette songerait, de son côté, à tendre la main au CDH, crédité de 9,3%.

La rancune socialiste à l’égard des sociaux-chrétiens est vive, depuis que Benoît Lutgen a écarté le PS du pouvoir wallon à l’été 2017. Mais Benoît Lutgen a cédé la présidence du parti à Maxime Prévot, peut-être pour permettre à celui-ci de renouer le lien avec la mouvance socialiste.

Le CDH passe, sans trop d’état d’âme, d’une coalition de droite à une coalition de gauche. L’essentiel, pour lui, est de se retrouver au pouvoir. C’est, somme toute, le comportement du mercenaire…

Une chose est claire : le fossé idéologique entre le Nord et le Sud est plus présent que jamais

Du côté flamand, Bart De Wever, dont la formation reste la première force politique avec 27,9%, vient d’annoncer que sa préférence allait à un gouvernement à deux partenaires. On sait qu’il s’est allié, pour la gestion d’Anvers, à l’Open VLD et au SP.A. Mais ces deux partis sont crédités respectivement de 14,2% et 12,7%. Une alliance à deux ne pourrait, dès lors, pas compter sur une majorité. Par ailleurs, John Crombez, le président du SP.A, considère la chose comme quasi impossible.Dans les circonstances présentes, seule une reconduction de la tripartite actuelle (N-VA, CD&V, Open VLD) serait donc de nature, avec 56,8%, de permettre à Bart De Wever de poursuivre la politique qu’il souhaite.

Une chose est claire : le fossé idéologique entre le Nord et le Sud est plus présent que jamais.

Candidat au poste de Premier ministre, Jan Jambon a bien résumé la situation : La Belgique est la somme de deux démocraties qui ‘éloignent de plus en plus l’une de l’autre. C’est gênant, car la construction belge est faite de telle façon qu’il n’est possible de former un gouvernement fédéral qu’en mettant clairement hors-jeu l’un de ces démocraties. Sous Elio Di Rupo, la Flandre en fut victime, et sous Elio Di Rupo, la Wallonie.

La solution à ce problème, la N-VA ne la voit que dans l’instauration d’un système confédéral. Flandre et Wallonie déterminent ce qu’elles souhaitent encore gérer ensemble, tout le reste étant de leur compétence absolue. Reste la problématique bruxelloise. Le projet de la N-VA prévoit qu’en ce qui concerne, les matières personnalisables – l’impôt des personnes, la sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, la migration, l’intégration et le droit de vote pour le Parlement flamand ou wallon -, chaque Bruxellois, indépendamment de sa langue ou de son origine, aura la faculté de choisir entre la Flandre et la Wallonie

Mais, il faut le répéter ici, la N-VA n’est pas à l’origine du confédéralisme. Elle n’existait pas au début des années 90, lorsque le ministre-président flamand Luc Van den Brande – un démocrate-chrétien ! – en a lancé l’idée. Le concept fut ensuite adopté par le Parlement flamand en 1999. Interviewé en 2007 par le journal québécois « Le Devoir », Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, avait d’ailleurs déclaré : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

En janvier dernier, Pierre-Yves Dermagne, le chef de groupe PS au Parlement wallon, voyait dans ce confédéralisme l’expression d’un fantasme. Aujourd’hui, il déclare : Les résolutions du parlement flamand votées à l’unanimité en 1999 sous Luc Vanden Brande ont été leur feuille de route pour des années. Cela a été une erreur de la part des francophones – et c’est un euphémisme, je devrais même dire une faute politique… – de répéter que l’on n’était demandeurs de rien. Ou en tout cas de ne pas préparer suffisamment les négociations alors que l’on savait qu’ils allaient revenir à la charge.

Avec la sixième réforme de l’Etat, Elio Di Rupo se félicitait d’avoir sauvé la Belgique. Mais il est évident que le sort du pays reste incertain. Le CD&V a d’ailleurs fait part de sa volonté d’ouvrir un nouveau chantier institutionnel en 2024.

La N-VA peut-elle se permettre d’envisager cinq années supplémentaires de statu quo institutionnel ? C’est difficilement imaginable. Son chef de groupe à la Chambre, Peter De Roover, a d’ailleurs déclaré que bien des choses pouvaient se faire en dehors de la Constitution. Une chose est sûre : en soulignant la nécessité de revoir la loi de financement, le président du PS a ouvert une brèche dans laquelle les nationalistes flamands ne manqueront pas de s’engouffrer…

(1) Dernier ouvrage paru : La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge, préface de Pierre Verjans, Editions Mols, 2019.

L’avertissement du président du VOKA, l’organisation patronale flamande

Voir son interview dans « Knack », 8 mai 2019:https://www.knack.be/nieuws/belgie/voorzitter-voka-maakt-de-balans-op-van-de-regering-michel-we-zijn-nog-net-geen-ontwikkelingsland/article-longread-1460999.h

Le gouvernement Michel nous a écoutés « dans une certaine mesure », déclare le président de l’organisation patronale flamande Voka . Mais il aurait pu et dû faire « beaucoup plus ». Et si, après les élections en Wallonie, il y a une majorité de gauche, met en garde Wouter De Geest, la Flandre doit « prendre ses responsabilités ».

Pôles de compétitivité: Jeholet tire un trait sur le «jury de Marcourt»

Une décision qui fait grincer des dents.

« Le Soir », 7 mai 2019

Le gouvernement wallon a liquidé, jeudi, le jury international mis en place sous Marcourt pour juger les projets de développement économique des pôles de compétitivité.

Du côté des acteurs de ce dossier, c’est la surprise. D’abord de voir «l’actuel gouvernement, minoritaire, qui ne sera peut-être pas dans la future coalition, imposer au futur gouvernement son jury», nous dit l’un d’eux. Ensuite, du renouveau quasi intégral de ses membres. «Il n’y aura plus personne avec la connaissance des dossiers», poursuit un autre.

«Nous avons voulu apporter du sang neuf, justifie l’actuel ministre wallon de l’Economie. L’internationalisation du jury a été renforcée, on passe de trois membres internationaux sur onze à sept sur dix. On a aussi voulu renforcer la féminisation du jury. Avant, il n’y avait qu’une femme, maintenant il y en aura trois».

Les pôles de compétitivité, créés en 2005 par Jean-Claude Marcourt (PS) dans le cadre du plan Marshall, ont pour objectif de fédérer les différents acteurs de secteurs économiques clés identifiés en Wallonie (logistique, biotech…) et d’initier des projets innovants, avec, en toile de fond, la dynamisation de l’économie et la création d’emplois au sud du pays.

Comment le chômage achève la séparation entre la Flandre et la Wallonie

« La Libre Belgique », Belga, 6 mai 2019

Le chômage de longue durée a baissé lors de la dernière législature, de 4,3 à 2,9%, ressort-il de chiffres d’Eurostat, l’office statistique européen. 

Les différences régionales entre la Flandre et la Wallonie se sont elles accentuées. « Dans le Hainaut, le nombre de chômeurs de longue durée est six fois plus élevé qu’en Flandre orientale », pointe lundi l’économiste de l’Université de Gand (UGent) Stijn Baert. Le nombre de chômeurs de longue durée, soit qui cherchent un emploi depuis plus d’un an, a diminué dans toutes les provinces belges lors de la dernière législature, à part en province de Namur. Ils représentent dès lors 2,9% de la population active belge, contre 4,3% auparavant. En Flandre, la proportion a baissé de 1,9 à 1,2% tandis qu’en Wallonie, elle a diminué de 6,6% en 2014 à 4,8% en 2018.

Stijn Baert constate une augmentation des différences régionales. « La Wallonie a connu une croissance économique moins forte, le marché du travail fait de même. » Mais il existe également une « culture » différente sur le plan de la politique d’activation, selon l’économiste flamand. « Bruxelles et la Wallonie ont souscrit au modèle flamand mais nous ne verrons pas les fruits du changement avant des années », avance-t-il.

Selon M. Baert, « les personnes peu éduquées » sont fortement représentées parmi ces demandeurs d’emploi qui ne trouvent pas de travail, surtout pour les plus âgés. « Pour les plus jeunes, le niveau de formation est moins souvent un problème. »

Tant en Flandre qu’en Wallonie, le marché du travail n’accueille pas facilement les personnes âgées. C’est le Brabant wallon qui affiche le meilleur taux d’emploi des plus de 55 ans, avec 57,8% pour les 55-64 ans.

« Les francophones doivent se préparer »

« Le Vif/L’Express », 2 mai 2019

Le professeur de droit constitutionnel à Saint-Louis Bruxelles Mathias El Berhoumi estime que les francophones ne doivent pas s’opposer à la volonté flamande d’encore réformer l’Etat Belgique.


Mathias El Berhoumi, professeur de droit constitutionnel à l’université Saint-Louis Bruxelles. © dr

Le souhait d’Elio Di Rupo de revoir la loi de financement vous a-t-il surpris ?

Ce qui m’a surpris est que dans la même interview, il ne se prononce pas sur la volonté du CD&V de relancer une discussion institutionnelle en 2024. C’est contradictoire. Comme si sa déclaration au sujet de la révision de la loi de financement n’était pas préparée. Elle s’inscrit pourtant dans la continuité de ce qui s’est passé depuis l’adoption de la première loi de financement en 1989. Régulièrement, des demandes francophones ont été formulées pour revoir les équilibres.

Ne sont-ce pas chaque fois des demandes financières francophones qui ont précipité les réformes de l’Etat ?

Tout à fait. Rapidement, après 1989, les francophones se sont rendu compte que les critères choisis dans la loi de financement mettaient à mal la Communauté française (NDLR : qui allait devenir la Fédération Wallonie-Bruxelles), puis la Région bruxelloise. La réforme de l’Etat négociée en 2010-2011 va encore plus loin. Elle instaure une plus grande autonomie et une responsabilisation des Régions. La période transitoire de vingt ans s’écoulera très rapidement. Dès la fin de la prochaine législature, les francophones ressentiront les effets budgétaires et pourraient demander un rééquilibrage. Mais soyons clair : réclamer une telle adaptation signifierait entrer dans une discussion pour une nouvelle réforme de l’Etat.

Est-ce un tabou ?

De notre point de vue académique, nous ne l’avons jamais considéré comme tel. Nous ne pouvons d’ailleurs pas estimer que nous vivions dans un modèle fédéral idéal. La situation de la Région bruxelloise est trop complexe, par exemple, ce qui est loin d’être le must pour la faire fonctionner. Lorsque nous avons dressé l’évaluation de la sixième réforme de l’Etat, que ce soit à Saint-Louis ou dans d’autres universités, nous avons aussi pointé du doigt de nombreuses incohérences, susceptibles de rendre nos institutions inefficaces.

De nombreux constitutionnalistes ont aussi lancé un appel à moderniser la Constitution…

Absolument. La liste des articles à réviser que la Chambre a adoptée au début du mois d’avril offre des opportunités pour la mettre à jour, sur la question des droits fondamentaux ou celle du renouveau démocratique, notamment. On pourrait envisager des réformes comme la création d’une circonscription fédérale, le droit de vote à 16 ans, une partie du Sénat tiré au sort… Mais il reste encore au Sénat et surtout au gouvernement à se prononcer sur cette liste. On verra ce qu’il en restera, probablement moins que la proposition de la Chambre.

Les partis francophones sont-ils trop timides sur le plan institutionnel ?

La sixième réforme de l’Etat est encore assez récente. On a encore en mémoire l’instabilité des années Leterme et de la « crise des 541 jours « . Pour les partis francophones, évoquer ce sujet, a fortiori en période électorale, est délicat. Mais les indices qu’elle ne fonctionne pas de manière optimale ont été nombreux. Songeons seulement aux accusations d’Etat failli contre la Belgique ou à la difficulté de mener une action cohérente pour lutter contre le réchauffement climatique… Nous n’en sommes pas encore à évoquer une nouvelle réforme de l’Etat. Mais il y a des aspirations à avoir un modèle plus clair. Et face aux attentes flamandes, on doit bien constater que l’attitude francophone consistant à refuser de négocier est très mal vécue au nord du pays. Alors…

Les francophones devraient-ils se préparer à une prochaine réforme ?

Ce serait souhaitable. L’adoption à l’unanimité par le parlement flamand des résolutions de 1999 a eu une influence majeure pendant longtemps. Cela implique de faire le bilan de la sixième réforme de l’Etat. Il ne s’agit pas d’avoir une vision très idéologique de la question communautaire, mais bien de veiller à un meilleur fonctionnement du système.

Ne faut-il pas craindre le confédéralisme de la N-VA, qui transformerait l’Etat belge en coquille vide ?

Nous plaidons pour la création, le cas échéant, d’une nouvelle assemblée constituante composée d’élus et de citoyens pour se pencher sur la question du  » stop ou encore  » institutionnel, qu’il s’agisse d’un approfondissement de l’évaporation de l’Etat ou de sa reconstruction. Notre préoccupation est surtout de veiller à ce que cela se fasse dans un cadre démocratique, et pas lors de négociations obscures jusqu’au bout de la nuit…

Les mesures prioritaires pour sauver la Wallonie

Du Vif/L’Express du 02/05/2019

La prochaine législature sera décisive pour le redressement de la Région et, ce faisant, pour l’avenir du pays. Au diable les querelles, l’heure est venue de se retrousser les manches. Le Vif/L’Express a confronté les politiques aux mesures prioritaires à prendre. Avec, en vue, le bout du tunnel ?

Le ministre-président Willy Borsus (MR) à la tribune du parlement wallon. La législature s’est achevée comme elle avait commencé, dans le chaos, avec une majorité devenue minoritaire. © ERIC LALMAND/belgaimage

En Wallonie, les législatures se suivent et se ressemblent : désespérantes. Avant les élections 2014, tous les partis s’entendaient sur l’urgence de mobiliser les forces vives régionales afin redresser la Région. Résultat ? Le chaos. A peine le scrutin clos, PS et CDH renvoient sans ménagement le MR dans l’opposition, avec, en retour de bâton, la mise en place de la suédoise avec la N-VA au fédéral. Les années suivantes sont marquées par les querelles entre pouvoirs… et par les affaires, Publifin en tête. En 2017, le coup mal préparé de Benoît Lutgen, alors président du CDH, renverse la majorité wallonne, remplace le PS par le MR et… crée une asymétrie contreproductive avec la Fédération Wallonie-Bruxelles. La fin de législature n’est guère plus encourageante : la majorité devient minoritaire à la suite du départ de la députée Patricia Potigny du MR vers les Listes Destexhe. Cette période décisive fut, en réalité, une suite d’incidents.

Il n’y a pas assez de pressions des contres-pouvoirs pour réclamer l’obtention de résultats.

Même s’il est réducteur de dire que rien n’a été fait, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. On a beau mettre en avant certaines réussites, la seule vérité émane des données macro- économiques et elle n’est pas glorieuse, souligne Jean-Yves Huwart, ancien journaliste du magazine Trends-Tendances, fondateur d’une société de coworking et auteur d’un livre contant  » quinze années de vaines tentatives  » pour redresser la Région. J’avais déjà publié, en 2007, un premier livre, Le second déclin de la Wallonie, présentant une situation morose. Ce n’est guère mieux aujourd’hui : on a stabilisé la situation, au mieux, quand on ne décroche pas complètement. Seul le taux de chômage s’est légèrement amélioré. Et je n’ai pas dû rencontrer Gorge profonde dans les parkings du parlement wallon pour poser ce constat : tous les chiffres sont publics !


© BRUNO FAHY/belgaimage

Structurellement, la rupture n’a pas eu lieu, reconnaît Willy Borsus (MR), actuel ministre-président wallon. Nous n’avons pas grignoté le retard par rapport à la moyenne européenne. Seules deux régions font moins bien : le Nord-Pas-de-Calais et Bruxelles. Je ne suis pas pessimiste, mais un regard objectif s’impose si l’on veut prendre les bonnes décisions. On ne réussira pas en reproduisant des recettes du passé.

Il ne faut pas aborder le constat en noir et blanc, estime Stéphane Hazée, chef de groupe Ecolo, dans l’opposition. Des mesures ont été prises. La Wallonie, globalement, ne décroche plus. Mais il faut accélérer le mouvement car son redressement est un enjeu fondamental pour l’avenir du pays. Et nous sommes, en outre, face à un immense chantier écologique.

Il faut cesser de voir la Wallonie avec des lunettes défaitistes, insiste Maxime Prévot, président du CDH. Depuis dix ans, un redressement est perceptible, même s’il reste trop lent. Il y a des indices positifs en matière d’activités. L’enjeu est de savoir comment concrétiser l’essai. En profitant de la croissance de nos voisins et allemands, mais aussi en misant sur les atouts régionaux, constitués par une population jeune et un territoire plus vaste que la Flandre.

1. Un large consensus, pas une grand-messe

Pour y arriver, c’est le moment d’une mobilisation générale. Ce qui nous manque, c’est un consensus wallon sur des grands enjeux, avance Pierre-Yves Dermagne, chef de groupe du PS. C’est ce qui a fait la force de la Flandre pendant des décennies. C’est précisément ce que Paul Magnette avait initié avec le modèle mosan, en insistant sur le travail avec les partenaires sociaux. Je ne veux pas entrer dans le jeu politicien du « c’était mieux avec nous, c’était moins bien avec eux », mais il y a quand même un constat : tant au niveau fédéral que wallon, il y a eu une tendance de la part du MR à assurer le pouvoir de façon brutale, contre les corps constitués. Ce n’est pas la meilleure manière de générer un consensus et de mobiliser les forces vives. Ils ont fait l’inverse de ce qu’il fallait faire. Quand Willy Borsus a lancé son plan d’investissements – une idée certes tardive, mais que nous pouvions soutenir -, je regrette qu’il n’ait pas lancé une consultation plus large. Cela aurait pu être un moment mobilisateur.  » Une occasion manquée, selon le PS, qui se voulait pourtant constructif.

Tant les responsables d’eChange, avec qui Le Vif/L’Express organise ses débats préélectoraux, que les syndicats et les mutualités ou encore des responsables académiques plaident en faveur d’un pacte économique, social et environnemental. Il s’agirait d’un nouveau contrat social, pour remplacer celui, vieillissant, de 1944. Le mot pacte est à la mode et je l’aime bien, réagit Stéphane Hazée. C’est une démarche à laquelle nous souscrivons. Je ne pense toutefois pas que le gouvernement, quel qu’il soit, doive attendre que ces concertations aboutissent. Il doit fixer le cadre et les objectifs, puis mener la concertation. Que l’on appelle « pacte » le fruit des discussions à la fin du processus, pourquoi pas, mais il ne faut pas que ce soit un frein.

Il faut se retrouver autour d’une vision à long terme qui transcende les intérêts partisans, soutient Maxime Prévot, nouveau président du CDH. Nous devons faire ce que nous avons fait avec la réforme de la police et de la justice après l’affaire Dutroux ou la réforme de l’Etat après le blocage sur BHV. J’ai écrit en ce sens aux autres présidents de parti. Groen et le PS ont déjà dit oui.


© Thierry Monasse/photo news

Maxime Prévot (CDH) :  » Il faut cesser de voir la Wallonie avec des lunettes défaitistes. Depuis dix ans, un redressement est perceptible, même s’il reste trop lent.  »

Le dialogue doit être au rendez-vous. Pas la déresponsabilisation. Je ne crois pas en une grand-messe incantatoire, tacle Willy Borsus. D’ailleurs, ni les citoyens ni les entreprises ne nous demandent ça. Ils veulent des décisions, des mesures et, surtout, des résultats. C’est la perception que j’ai du rôle du gouvernant.

En Wallonie, on met souvent en place d’immense paquebots qui répondent à des constats pertinents, regrette Jean-Yves Huwart. Mais on en délègue la responsabilité aux acteurs de terrain : l’Union wallonne des entreprises (UWE) ou les syndicats en matière socio-économique, le Segec, les syndicats ou les associations de parents en matière scolaire… C’est à eux que l’on confie le crayon de l’architecte. On aboutit à une somme d’intérêts particuliers, en perdant de vue l’intérêt général. Le monde politique doit fixer le cap et demander aux acteurs de le concrétiser, en évaluant leur action.

Il s’agit, au fond, de retrouver des hommes d’Etat.

2. Pas d’union politique régionale, mais…

Avant le scrutin de 2014, il y avait un parfum de tripartite dans l’air, tant au fédéral qu’en Wallonie. PS, MR et CDH : l’union des trois familles traditionnelles pour aider à la mobilisation générale. Aujourd’hui, l’annonce d’une forte progression d’Ecolo dans les sondages a changé la donne. Paul Magnette, qui reste une figure de proue du Parti socialiste en dépit de tensions avec son président, Elio Di Rupo, plaide pour un olivier PS-CDH-Ecolo. Tous, à gauche, veulent la majorité  » la plus progressiste possible « .

Une union régionale ne serait-elle pourtant pas souhaitable ? Il me semble essentiel d’avoir de larges consensus sur des enjeux à long terme, tranche Stéphane Hazée (Ecolo). Je suis partisan d’un travail parlementaire pour obtenir un très large soutien sur des réformes structurelles, comme la suppression des Provinces ou la simplification des outils publics. Mais il doit y avoir un gouvernement et une opposition. Le risque d’une majorité obèse, c’est d’affaiblir le parlement dans son rôle de contrôle, de supprimer les contre-pouvoirs et freiner l’action du gouvernement en important les discussions en son sein. Lorsqu’en 2009-2014, nous étions à trois dans la majorité, la confiance était moins importante entre partenaires et les fuites étaient incessantes. A deux, la cohésion est plus forte…

Il y a peu, un membre de cabinet CDH nous lâchait au détour d’une conversation : La seule chose que l’on attend, c’est de savoir si une coalition à deux, PS-Ecolo, serait possible au soir des élections. Alors? Moi, j’attends le résultat des élections avec modestie, riposte Stéphane Hazée. Je n’oublie pas non plus que le gouvernement PS-CDH a passé son temps à détricoter ce qui avait été fait avec nous lors de la législature précédente, y compris des politiques fondamentales pour l’environnement. Ecolo prend bien soin de garder toutes les options ouvertes.

Au MR, malgré des sondages en berne, on espère toujours reconduire une formule avec le CDH. Aucune élection n’est décidée à l’avance et la cote de nos deux partis est toujours annoncée à la baisse dans les intentions de vote, dit Willy Borsus. Nous espérons toujours être le pilier fort de la prochaine majorité. Je n’exclus aucune hypothèse, ni par conviction, ni par analyse. Je ne fais pas d’exclusive à part le PTB, les Listes Destexhe et le PP. Je souhaite avant tout que la prochaine législature soit celle du basculement.

Une coalition à deux serait le plus simple pour tous, affirme Maxime Prévot. Mais au vu des prévisions, je ne pense pas que cela sera possible.


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Stéphane Hazée (Ecolo) :  » Je suis partisan d’un travail parlementaire pour obtenir un très large soutien sur des réformes structurelles.  »

Il y a un problème bien plus fondamental que la question des coalitions ou des changements de coalitions, balaie Jean-Yves Huwart. Le plan Marshall, par exemple, est un échec collectif. C’est la conséquence d’une incapacité à organiser les choses de façon cohérente et d’un manque évident de pilotage. C’est écrit noir sur blanc dans tous les rapports d’évaluation. On lance de grands plans sans obtenir les résultats souhaités. Il n’y a pas suffisamment de pressions de la part des contre-pouvoirs pour réclamer l’obtention de résultats, au- delà de la menace du confédéralisme.  Une union régionale s’impose, oui : dans les têtes avant tout.

3. Un nouveau projet économique mobilisateur

La plan Marshall est mort, ou presque. La nouvelle majorité MR-CDH a voulu tourner la page, faute de résultats convaincants. Il y a lieu d’en écrire une nouvelle. Et de fixer les priorités. Ce que je regrette, c’est que l’on n’ait plus de projet mobilisateur depuis cette décision, déclare Pierre-Yves Dermagne. Le plan Marshall a donné des résultats, sans doute pas assez rapides c’est vrai. On ne réoriente pas un tissu industriel d’un coup de cuillère à pot. Pour l’avenir, le dossier du logement me semble une des clés de voûte. Il permettrait de concilier des priorités que sont l’accès au logement, l’isolation des bâtiments et la création de filières d’emploi. Voilà un énorme chantier, prioritaire. Un beau programme pour un olivier ? Oui, mais d’autres, au MR, pourraient s’y retrouver aussi.

Nulle part en Europe, les cabinets ministériels ne sont plus obèses qu’en Wallonie.

« Il y a eu de belles choses dans le plan Marshall, tempère Willy Borsus. Ce qui a manqué, c’est le déploiement des efforts et des budgets vers la création d’emplois privés. On a besoin de l’emploi public, je ne le nie pas, mais je constate que la part de l’emploi privé ne représente que 54,7 % en Wallonie contre 64,6 % en Flandre. Ce différentiel de 8 %, à lui seul, illustre l’objectif wallon. Il faut investir davantage dans l’esprit d’entreprise en Wallonie. Je crois fortement, et c’est une priorité absolue, dans un investissement dans la formation et dans le capital humain. On doit amener les jeunes vers les filières du futur.

Le ministre-président sortant cite, notamment, les biotechnologies – Nous devons devenir un eldorado dans ce domaine !  -, l’aéronautique et le spatial, ou encore l’agro-alimentaire. Les Wallons doivent être en première ligne de la transition écologique, appuie-t-il. Quand on investit dans l’économie circulaire ou dans des projets de recherche pour le stockage de l’énergie, c’est très prometteur.

Le gouvernement sortant a pris certaines initiatives positives, juge Stéphane Hazée. Si je prends le guichet 1890 qui vise à simplifier l’accès aux différentes aides pour ceux qui veulent créer une entreprise, c’est un élément positif. Mais il reste des concurrences entre certains outils et beaucoup de travail pour améliorer l’affectation des ressources. Nous pensons par ailleurs que les enjeux écologiques constituent des opportunités d’emploi et de développement économique qui n’ont pas été assez saisies. Une de nos priorités, c’est de mettre ces enjeux écologiques au coeur du système et pas simplement en périphérie. C’est lié à la relocalisation des activités dans la Région. Ce sont les Wallons qui vont redresser la Wallonie !

Il faut être à la pointe des révolutions écologiques et numériques, approuve Maxime Prévot. J’ajoute la nécessité de faire face au choc démographique et d’accompagner le vieillissement de la population. Et il faut, pour y arriver, mener à bien le Pacte d’excellence pour faire de notre enseignement un atout majeur.


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Jean-Yves Huwart :  » En Wallonie, on manque d’une approche professionnelle comme dans le sport de haut niveau.  »

Le nouveau plan Marshall pourrait, pourquoi pas, prendre le nom d’un Diable Rouge. Le sport de haut niveau est un modèle à suivre, enchaîne Jean-Yves Huwart. On a instauré un véritable esprit collectif, et une culture commune du résultat, avec l’appui de regards neufs, indépendants, qui font autorité. En Wallonie, on manque d’une approche professionnelle. Il faut se donner les moyens d’atteindre un objectif comme Roberto Martinez l’a fait pour que les Diables Rouges s’installent dans le top 3 mondial du football. Voilà le chemin à suivre.

4. Une meilleure gouvernance publique

Pour y arriver, encore faut-il, aussi, remettre de l’ordre dans la gouvernance publique wallonne, au-delà des efforts déjà entrepris. Le management au sein de l’administration publique est un enjeu vital, note Stéphane Hazée. On a là un mal wallon qui persiste. Un ministre dit que c’est un problème et, la semaine suivante, on assiste à une série de parachutages de personnes venant de cabinets ministériels à la tête d’outils publics, par le fait du prince. Je ne vise pas les personnes, mais c’est problématique par rapport à l’accès entre les citoyens et cela pose des problèmes d’impartialité. Et c’est un enjeu pour l’image de la Wallonie : que pensent les Wallons de cette politique de privilèges ? Il faut relancer l’école d’administration qui avait été initiée et avoir des procédures de désignation publiques et impartiales. C’est un levier majeur pour la mise en oeuvre des politiques nécessaires pour sauver la Wallonie.

La pratique des cabinets ministériels constitue un problème majeur, acquiesce Jean-Yves Huwart. En Wallonie, les cabinets ministériels sont pléthoriques. Jusqu’à 80 personnes par ministre. Un record européen. Nulle part, les cabinets ministériels ne sont plus obèses. Dans de nombreux pays, 10 à 15 personnes maximum suffisent pour encadrer les ministres. Les cabinets ministériels tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui sont un anachronisme… Les organes du gouvernement wallon élaborent des stratégies permettant à l’économie régionale de répondre aux défis du XXIe siècle avec les concepts et outils de gestion des années 1980. Le plus ambitieux des pactes n’est qu’un bout de chiffon s’il n’est pas accompagné d’une stratégie orchestrée par des personnes aptes à manager et piloter les organisations. Il faut sans doute diminuer de 80 ou 90 % le nombre de membres de ces cabinets. « 

5. Une plus grande régionalisation

La Wallonie doit faire corps avec elle-même et développer son identité. Croire en elle-même pour se relever. Depuis quelques années, un courant politique fort, singulièrement au PS et au MR, s’est récréé au sud pour prôner une régionalisation de certaines compétences : enseignement technique et professionnel, culture… Avec la Flandre pour modèle.

Certains considèrent qu’être régionaliste wallon, c’est déforcer le projet francophone, mais je ne le pense pas, indique Pierre-Yves Dermagne, régionaliste convaincu. Certains ont sans doute manqué de finesse, mais cette crainte a pesé sur l’émergence d’un vrai projet régional wallon. Les résolutions du parlement flamand votées à l’unanimité en 1999 sous Luc Vanden Brande ont été leur feuille de route pour des années. Cela a été une erreur de la part des francophones – et c’est un euphémisme, je devrais même dire une faute politique… – de répéter que l’on n’était demandeurs de rien. Ou en tout cas de ne pas préparer suffisamment les négociations alors que l’on savait qu’ils allaient revenir à la charge.

La Flandre, ici son ministre-président Geert Bourgeois (N-VA), doit être une source d’inspiration pour le renouveau wallon.


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Si je continue à plaider pour le régionalisme, c’est aussi par souci pragmatique, poursuit le chef de groupe PS. Je n’écoute pas le Chant des Wallons tous les matins, je ne plaide pas pour une vision racrapotée. Mais on ne devrait pas dépendre systématiquement de la Flandre ou du fédéral. Quand on voit qu’en matière de mobilité, on a réussi à conclure un accord avec le Luxembourg pour établir une bande de covoiturage, mais que l’on n’y arrive pas vers Bruxelles parce que la Flandre met des bâtons dans les roues, c’est révélateur. Le moment venu, sans grande réforme de l’Etat, on pourrait déjà remettre de l’ordre dans notre fonctionnement interne.

Je suis favorable à une simplification des institutions francophones, signale Willy Borsus. Je suis favorable au modèle d’une Belgique à quatre. Ce qui peut être fait à l’intérieur de l’espace francophone pour simplifier les choses doit l’être le plus vite possible, en effet. Permettre à la Région de piloter l’enseignement technique et professionnel, ce serait cohérent. Je propose aussi, pour la prochaine législature, qu’il n’y ait plus de ministres spécifiquement communautaires. On a reculé dans ce domaine en rescindant les ministres-présidences. Il faut moins de ministres, avec des responsabilités plus larges.

La priorité, c’est de mener une politique efficace et on ne peut pas dire que la sixième réforme de l’Etat ait mené à un modèle fédéral performant, embraie Maxime Prévot. Le moment venu, oui, il faudra voir comment améliorer les choses.

Seuls les écologistes sont plus réticents. Nous ne pensons pas que la priorité soit là, expose Stéphane Hazée. Opérer des régionalisations pendant toute une législature aurait un impact trop important sur les acteurs concernés. Il y a une nécessité de plus grande cohésion, c’est indéniable. Mais on pourrait le faire de façon plus pragmatique, sans forcément régionaliser. Enfin, cette réforme serait bien institutionnelle, contrairement à ce que l’on nous laisse croire. C’est une prise de risque dans un Etat dont l’existence est contestée par le courant nationaliste au nord du pays. L’espace Wallonie-Bruxelles reste un lien fondamental.

Dans les méandres belges, la Wallonie devra pourtant se créer un destin.