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Ma langue a fourché !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Dimanche 23 décembre. Sur le plateau de l’émission de RTL-TVI « C’est pas tous les jours dimanche », le chroniqueur Michel Henrion lâche : Je ne suis pas Flamand, Dieu m’en garde,… »  Réaction immédiate du présentateur, Christophe Deborsu : Pas cela, Michel, c’est choquant !

Confronté à une vague de commentaires indignés sur les réseaux sociaux, l’intéressé s’est expliqué : La phrase sur ma fiche disait en substance : Si j’étais nationaliste flamand, que Dieu m’en garde, je serais furax. A l’antenne, ma langue, dans sa lancée, a malencontreusement fourché et gommé un seul mot, mais de ceux qui changent redoutablement tout à l’audition. Celui de « nationaliste ». Ce qui a donné ce couac aussi évident que regrettable.

Si Michel Henrion a approfondi l’histoire de ce pays, il n’ignore pas que sa constitution, en 1830, s’est faite d’un trait de plume diplomatique, sans que les populations concernées aient eu voix au chapitre. Même le choix du monarque nous fut imposé par Londres. Talleyrand, le négociateur français, s’était d’ailleurs montré sceptique quant aux chances de viabilité de cette construction artificielle, fruit des circonstances de l’époque : Deux cents protocoles n’en feront jamais une nation. Cela ne peut tenir.

Dès le départ, en fait, le vert était dans le fruit. Il suffit de relire ce que Charles Rogier déclarait : Il est évident que la seule langue des Belges doit être le français. Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que toutes les fonctions civiles et militaires soient confiées à des Wallons et Luxembourgeois. De cette manière, les Flamands, privés temporairement des avantages attachés à ces emplois, seront contraints d’apprendre le français, et l’on détruira peu à peu l’élément germanique en Belgique.

Un génocide linguistique, donc. C’est précisément pour le contrecarrer qu’un Mouvement flamand se constitua assez vite. De nature romantico-culturelle au départ, il finit par acquérir une dimension sociale et politique.

La grande majorité des francophones ignore à quel point ce mouvement  a dû lutter pour arracher les premières lois linguistiques et faire en sorte que la Flandre puisse se faire entendre sur l’échiquier politique. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours de l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue français. A ses yeux, le flamand était la langue des servantes et des valets.

Tout cela laissera des traces durables et contribuera à engendrer un fort sentiment national flamand. L’identité flamande passera au premier plan. En 1973, Manu Ruys sous-titrait son livre « Les Flamands » : Un peuple en mouvement, une nation en devenir.

Aujourd’hui, cette nation existe bel et bien, comme le stipule d’ailleurs le préambule de la « Charte pour la Flandre », présentée en 2012 par le Gouvernement flamand.

Il n’y a pas d’équivalent chez les Wallons qui, majoritairement, se sentent Belges avant tout.

Tel est le drame auquel est confronté ce Royaume et que François Perin a parfaitement résumé : Il n’y a pas place, dans ce petit pays pour deux nations : la belge, si tant est qu’elle ait jamais existé, et la flamande.

Force est aujourd’hui de constater que les six réformes institutionnelles qui ont été effectuées depuis 1970, n’ont pas contribué à engendrer la cohabitation sereine et paisible des deux grandes communautés. Chaque dossier (survol de Bruxelles, construction d’un stade national, immigration,…) est sujet à controverses et palabres sans fin. S’ajoute à cela le fossé béant entre la Flandre et la Wallonie sur le plan de la économique.

Michel Henrion souligne l’intérêt qu’il porte à sa région, la Wallonie. Mais lui qui fut le porte-parole de Guy Spitaels, n’ignore pas que, depuis la mise sur pied officielle de la régionalisation en 1980, la ministre-présidence wallonne fut confiée, de façon quasi ininterrompue, au PS. Difficile, donc, de nier l’influence prépondérante que ce parti a eue sur la gestion des affaires. Et force est de constater que cette gestion ne s’est pas révélée efficace. La Flandre, en revanche, doit sa prospérité à une politique marquée clairement à droite. Grâce au dynamisme de ses PME, elle parvient ainsi à réaliser plus de 80% des exportations belges.

Les résultats des dernières élections communales et provinciales n’ont fait que confirmer le diagnostic de Bart De Wever : La Flandre et la Wallonie constituent deux démocraties. Le confédéralisme s’impose donc, afin que chacun puisse être financièrement responsable de ses propres choix politiques.

On peut comprendre ce raisonnement après avoir pris connaissance du dernier classement Eurostat concernant le PIB des régions de l’Union européenne. On constate, en effet, que la Flandre se situe à 120, l’indice de comparaison étant fixé à 100. Pour la Wallonie, par contre, la situation reste inquiétante, avec un indice de 85.

Jusqu’ici la Wallonie a pu bénéficier des transferts financiers en provenance de Flandre, soit quelque 7 milliards d’euros par an, mais on sait que ceux-ci sont amenés à s’éteindre progressivement.

L’actuelle coalition wallonne MR-CDH, en place depuis un an et demi, s’efforce de remédier à une gestion qui, durant près de 35 ans, a consisté à vivre largement au-dessus de ses moyens. Un an et demi, cela ne suffit évidemment pas pour renverser la situation. Mais une chose est sûre : si la Wallonie, livrée à elle-même, devait être gouvernée, au lendemain des élections régionale du 26 mai 2019, par la coalition « progressiste » qu’Elio Di Rupo appelle de ses vœux, on n’ose imagine dans quel pétrin budgétaire elle se trouverait ! Et cette évolution ne manquerait évidemment pas de compliquer, voire de rendre impossible, la formation d’un nouveau gouvernement belge.

Michel Henrion s’en prend violemment aux nationalistes flamands. Mais le nationalisme flamand ne concerne pas que la N-VA et le Vlaams Belang, crédités ensemble de 40,2% d’intentions de vote, selon le dernier sondage « Nieuwsblad ». Comme l’a bien précisé l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : Il y a toujours eu, en Flandre, deux forts courants : la démocratie chrétienne et le nationalisme flamand démocratique. Ensemble, ils représentent un sentiment très majoritaire en Flandre. Ils sont complémentaires.

Il convient d’ailleurs de rappeler ici que c’est le ministre-président flamand  CVP Luc Van den Brande, qui lança, au début des années 90, l’idée confédéraliste, expliquant : Mais collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. Et le Parlement flamand se prononça dans ce sens en 1999.

C’est aussi l’actuel président du CD&V, Wouter Beke, qui, en 2007, déclara au journal québécois « Le Devoir » : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. On ne peut être plus clair !

Bart De Wever ne fait donc que s’inscrire logiquement dans la ligne du Mouvement flamand, qui, au fil des décennies, a gagné sur toute la ligne, les « demandeurs de rien » francophones finissant toujours par céder.

En 2019, la Belgique pourrait donc, très rapidement, être mise échec et mat.

Quant à Michel Henrion, il devrait relire l’interview-testament de son mentor Guy Spitaels : Il (Bart De Wever) m’intéresse. Parce qu’il est intelligent et rusé. Son discours – que les francophones ne veulent pas entendre – est très clair. C’est un superbe manœuvrier. (…) Très, très habile. Il est très fort intellectuellement et l’ennemi des bobos !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016

Quand Jules Gheude suscite l’intérêt en Flandre…

La version néerlandaise de l’opinion de Jules Gheude « Bart De Wever : un fin stratège », publiée sur le site de « Knack », a suscité l’intérêt avec plus de 3600 partages.

La rédaction de Knack en avait modifié le titre : « Lentement mais sûrement, Bart De Wever met la Belgique échec et mat et travaille à l’avènement d’une république flamande ». 

https://www.knack.be/nieuws/belgie/langzaam-maar-zeker-zet-bart-de-wever-belgie-schaakmat-en-werkt-hij-aan-een-vlaamse-republiek/article-opinion-1407743.html

Jules Gheude

Politiek essayist en stichtend voorzitter van de Staten Generaal van Wallonië, dat pleit voor de aanhechting van Wallonië bij Frankrijk mocht België uit elkaar vallen.

‘Langzaam maar zeker zet Bart De Wever België schaakmat en werkt hij aan een Vlaamse republiek’

Jules Gheude, pleitbezorger voor de aanhechting van Wallonië bij Frankrijk, analyseert de politieke zetten van ‘briljant strateeg’ en N-VA-voorzitter Bart De Wever.

« J’espère que le pays sera ingouvernable », lance l’ancien chef de cabinet de Jan Jambon

« Le Vif », Belga, 22 décembre 2018

« J’espère que le pays sera ingouvernable. C’est la seule manière de changer profondément les choses », a lancé Herman De Bode, l’ancien chef de cabinet du précédent ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA), lors d’une interview accordée au quotidien De Tijd.

« Cela fera mal à court terme et coûtera de l’argent. Mais si par conséquent on économise dix ans de misère et de galère, alors une telle crise en vaut certainement la peine », a renchéri M. De Bode.

L’ancien chef de cabinet et homme de confiance du président de parti Bart De Wever voit le modèle confédéral « plus proche que jamais ».

A ses yeux, le pays sera ingouvernable, avec une Wallonie qui va à nouveau opérer un virage à gauche et le MR qui, selon lui, ne va plus entrer dans un gouvernement où il est le seul parti francophone.

« Le modèle confédéral, seule solution pour sortir du chaos »

« La seule manière d’échapper à ces divisions politiques sera un modèle confédéral. Et cela arrivera plus vite qu’on ne le pense. Pas parce que la N-VA va soudainement engranger 50% des voix mais parce que c’est la seule solution possible pour sortir du chaos », a-t-il expliqué.

Quant à Bruxelles, elle « ne fait, à mes yeux, plus partie de la Flandre. C’est devenu une tout autre ville depuis bien longtemps, avec une autre dynamique, d’autres défis, une répartition différente de la population. Bruxelles a une autre finalité. Elle doit enfin remplir son rôle de capitale de l’Europe. »

Ceci n’est pas un pays !

« La Libre Belgique »

Publié le mercredi 19 décembre 2018 à 11h03 Mis à jour le mercredi 19 décembre 2018 à 13h57.  http://www.lalibre.be/debats/opinions/ceci-n-est-pas-un-pays-5c1a1285cd70e3d2f7555627

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique (1) et militant rattachiste.

Charles Michel II en affaires courantes pendant quelques mois : pas de quoi en faire un foin ! Lorsque Alexander De Croo, le président de l’Open VLD, décida de débrancher la prise de Leterme II, le 22 avril 2010, celui-ci poursuivit en affaires courantes durant 541 jours, et d’aucuns firent observer que les choses n’allaient pas plus mal.Car, ne l’oublions pas, nous sommes au pays de René Magritte. Et ceci n’est pas un pays !

Ce pays, la N-VA entend d’ailleurs bien le faire disparaître, comme le précise l’article 1er de ses statuts, qui évoque l’avènement d’une République flamande.

Quand ? Bart De Wever a choisi la stratégie »évolutive ». Celle qui consiste à passer par une avant-dernière case- le confédéralisme – en vue de dépiauter la Belgique au profit de de la Flandre et de la Wallonie. Ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que ce sera en 2025, a précisé Liesbeth Homans, la ministre de l’Intérieur (N-VA) au sein du gouvernement flamand.

En entrant dans la « suédoise », la N-VA s’était engagée à ranger le communautaire au frigo durant la législature. Maison sait qu’en Belgique, le communautaire est présent dans chaque dossier : le survol de Bruxelles, la construction d’un stade national, la manière deconce voir la politique d’asile,… C’est d’ailleurs sur ce dernier point que vient de chuter le Premier ministre, la N-VA s’étant opposée au pacte migratoire de l’ONU.

La manière dont Charles Michel s’est efforcé d’éviter la crise fut, il faut le dire, pitoyable. Comment a-t-il pu penser qu’en poursuivant avec une coalition remaniée et ultra-minoritaire, il pourrait, en pleine sphère électorale, compter sur l’appui de l’opposition ?  L’image qu’il a donnée, ce 18 décembre, les bras tendus et suppliants, était  tout simplement pathétique.

La Belgique peut-elle survivre à cette crise ?

Laurette Onkelinx l’a annoncé et Paul Magnette l’a confirmé : Celui qui, au PS, proposerait une alliance avec la N-VA se ferait ramasser ! Quant à Charles Michel, il a déjà lancé un appel aux responsables francophones pour contrer le projet confédéraliste.

Examinons le dernier baromètre politique.

En Flandre, la N-VA demeure le premier parti, avec 28,3%. Suivent le CD&V (18,7), l’Open VLD (17,5), Groen (16) la SP.A (9,2),le Vlaams Belang (7,6) et le PVDA (2,5). Le Nord, comme on peut le constater,se situe majoritairement à droite.

En Wallonie, c’est la PS qui domine, avec 25,4%, suivi par le MR (19,9), Ecolo (19,7), le PTB (14), le CDH (10,4) et le Parti populaire (5,1). Le Sud, on le voit, vote majoritairement à gauche.

Ceci ne fait que confirmer le constat de Bart De Wever : La Flandre et la Wallonie constituent deux démocraties. Le confédéralisme s’impose donc, afin que chacun puisse être financièrement responsable de ses propres choix politiques.

On peut comprendre ce raisonnement après avoir pris connaissance du dernier classement Eurostat concernant le PIB des régions de l’Union européenne pour 2016.

On constate, en effet, que la Flandre se situe à 120, l’indice de comparaison étant fixé à 100. Seule, la province du Limburg est en-dessous, avec 97.

Pour la Wallonie, en revanche, la situation reste inquiétante, avec un indice de 85. Seul le Brabant wallon, qui profite du dynamisme économique de la Région bruxelloise, dépasse la moyenne européenne,avec 133. Les provinces de Liège, de Namur, du Hainaut et de Luxembourg affichent respectivement 85, 81, 76 et 75.

Jusqu’ici la Wallonie a pu bénéficier des transferts financiers en provenance de Flandre, soit quelque 7 milliards d’euros par an, mais on sait que ceux-ci sont amenés à s’éteindre progressivement.

L’actuelle coalition wallonne MR-CDH, en place depuis un an et demi, s’efforce de remédier à une gestion qui, durant près de 35 ans, a consisté à vivre largement au-dessus de ses moyens.

Un an et demi, cela ne suffit évidemment pas pour renverser la situation. Mais une chose est sûre : si la Wallonie, livrée à elle-même, devait être gouvernée par la coalition « progressiste » qu’Elio Di Rupo appelle de ses vœux, on n’ose imaginer dans quel pétrin budgétaire elle se trouverait ! Et cette évolution ne manquerait évidemment pas de compliquer, voire de rendre impossible, la formation d’un nouveau gouvernement fédéral.

Jusqu’ici, on a toujours vu les francophones, « demandeurs de rien », finir par ployer. 

Qu’en sera-t-il au lendemain des prochaines élections ?

Le confédéralisme, il faut le rappeler, n’est pas l’affaire de la seule N-VA. Elle n’existait pas lorsque l’idée en fut lancée,au début des années 90, par le ministre-président flamand Luc Van den Brande,un démocrate chrétien, qui précisait : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. Et le Parlement flamand avalisa la chose en 1999.

En s’opposant aujourd’hui à la N-VA, le CD&V adopte une attitude assez lamentable. Car c’est tout de même l’un des siens,Yves Leterme, qui porta en 2004 le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux.

C’est aussi l’actuel président du CD&V, Wouter Beke, qui, dans une interview accordée au journal québécois « Le Devoir » en 2007, déclara : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix quel’indépendance.

Il y a donc aujourd’hui, dans le chef du CD&V,une grande hypocrisie, qui s’explique uniquement par le fait que ce parti est largement distancé par la N-VA.

Les responsables francophones feraient, en tout cas, bien de méditer ces propos tenus par l’ancien ministre CD&V Stefaan DeClerck : Il y a toujours eu, en Flandre, deux forts courants : la démocratie chrétienne et le nationalisme flamand démocratique. Ensemble, ils représentent un sentiment très majoritaire en Flandre. Ils sont complémentaires.

La Belgique pourrait, très rapidement, être mise échec et mat !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Éditeur, 2016.

Bart De Wever, fin stratège

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La N-VA avait tout orchestré, constate aujourd’hui Olivier Chastel, le président du MR, après avoir pris connaissance des propos de son homologue Bart De Wever appelant à des élections anticipées.

En fait, Bart De Wever vient de démontrer, une fois de plus, ses qualités de fin stratège. Après avoir contraint le Premier ministre à opter pour le F-35 américain – si Charles Michel avait fait le choix du Rafale français en raison des liens d’amitié qui le lie au président Emmanuel Macron, le gouvernement tombait ! -, il souhaite à présent que les citoyens se rendent sans délai aux urnes.

Les dernières élections communales et provinciales ayant débouché sur un recul de son parti au profit du Vlaams Belang, le président des nationalistes flamands entend reconquérir le terrain perdu. Pour ce faire, il choisit le thème de l’immigration/sécurité,auquel, il le sait, la Flandre est extrêmement réceptive. Il s’oppose donc au Pacte migratoire de l’ONU.

Dans un premier temps,Charles Michel donne l’impression de bien placer ses pions et d’avoir l’avantage.Déterminé à se rendre à Marrakech, le 10 décembre, afin d’exprimer le soutien de la Belgique à ce pacte, il fait appel au Parlement, lequel, à une très large majorité, lui délivre en effet le feu vert au nom des valeurs que la Belgique a toujours défendues. 

Suite à cela, les ministres N-VA démissionnent et c’est à la tête d’une coalition remaniée et largement minoritaire (elle ne dispose plus que de 52 sièges sur 150 à la Chambre !) que le Premier ministre arrive au Maroc pour déclarer, sous les applaudissements,qu’il est fier de se ranger du bon côté de l’Histoire.

Cinq mois nous séparent des élections législatives et fédérales et Charles Michel entend les mettre à profit pour régler trois dossiers majeurs à ses yeux : l’économie, la sécurité et le climat. Pour ce faire, il compte sur le sens des responsabilités de l’opposition afin d’obtenir, au cas par cas, le soutien requis. Il parie notamment sur le fait que la N-VA ne pourra s’opposer à l’exécution des mesures qu’elle a déjà approuvées lors qu’elle faisait partie de la« suédoise ».

Pour le Premier ministre, la coalition remaniée s’inscrit dans la continuité de la précédente et il n’estime dès lors pas nécessaire, comme c’est pourtant la coutume, de faire une déclaration de politique générale et de solliciter la confiance de la Chambre.

Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu. Une motion de confiance est déposée par le PS et signée par le SP-A, Ecolo, Groen, le CDH et… la N-VA. Pour ces partis, il est indispensable que Charles Michel vienne leur préciser les axes d’action de son nouveau gouvernement.  Vous étiez assis jusqu’ici sur une chaise. Une chaise a quatre pieds. A présent,vous vous retrouvez sur un tabouret à trois pieds. Une chaise n’est pas un tabouret et un tabouret n’est pas une chaise ! lâche Francis Delpérée (CDH) du haut de la tribune. 

Le Premier ministre a beau afficher un sourire et répliquer que c’est normalement le gouvernement qui dépose une motion de confiance, il se retrouve coincé. Car s’il s’obstine dans sa stratégie, il se verra confronté à une motion de défiance, qui le contraindra à se rendre chez le Roi pour remettre la démission de son gouvernement. Dans ce cas, des élections anticipées ne pourront être évitées.

Le dernier baromètre politique a révélé que la N-VA demeurait la première force politique du pays, avec 28% d’intentions de vote (+3%). Pour une fois, cette progression ne se fait pas au détriment du Vlaams Belang, qui, lui, passe de 11,2 à 11,7%. Quant à Théo Francken, l’ex-secrétaire d’Etat N-VA à l’Asile et à l’Immigration, il apparaît comme l’homme le plus populaire de Flandre (60% !).  Si Le PS devait reconquérir le pouvoir en Wallonie à la tête d’une coalition progressiste, la Belgique deviendrait proprement ingouvernable.

En attendant, le gouvernement flamand, dirigé par le N-VA Geert Bourgeois, vient d’infliger un nouveau camouflet à Charles Michel en refusant de signer, à la Cop-24 de Katowice, une déclaration proposée par un groupe de pays se voulant à la pointe de l’ambition climatique.

Calmement mais sûrement, Bart De Wever poursuit la partie qui doit l’amener à mettre la Belgique échec et mat et à faire émerger une République flamande souveraine.

Peut-être Charles Michel se souviendra-t-il alors des propos tenus par son père en 1996 : Je n’oserais plus dire que le rattachisme soit une idée folle. (…) Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

Les faits, dit-on, sont plus forts qu’un lord-maire.  Eurostat vient de publier son dernier classement concernant le PIB par région dans l’Union européenne pour l’année 2016 (indice= 100).  Il apparaît que la Flandre se situe à 120 (- 1 par rapport à 2015) et qu’elle conserve ses 35 points d’avance sur la Wallonie, dont la majeure partie se place derrière les régions françaises (la France perd 2 points, se retrouvant à 104). 

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, et« Un Testament wallon – Les vérités dangereuses », Mon Petit Editeur,2016.

Fini la comédie !

Dans « Le Vif » de cette semaine :                                                              

Après la démission des ministres N-VA, Charles Michel entend poursuivre, jusqu’aux élections législatives du 26 mai 2019, avec une coalition ultra-minoritaire (52 sièges sur 150 au Parlement), en comptant sur la « bonne volonté » de l’opposition pour soutenir, au cas par cas, les projets qu’il souhaite mener à bien (économie, sécurité, climat). Comment peut-il imaginer qu’en pleine sphère électorale, les Di Rupo, Nollet et consorts seront disposés à lui venir en aide ! Quant à la N-VA, dont l’objectif final reste la disparition de la Belgique, le contexte lui est on ne peut plus favorable pour démontrer que ce Royaume n’a plus ni queue ni tête.

La seule solution réaliste consiste à appeler dès maintenant les citoyens aux urnes. Le fossé, une fois de plus, apparaîtra béant entre le Nord et le Sud, et l’impasse sera totale quant à la formation d’un nouveau gouvernement.

Fin de la comédie belge !

Jules Gheude

Belgique : rien ne va plus !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de cette opinion a été publiée, ce 14 décembre 2018, sur le site de« Doorbraak » : https://doorbraak.be/dolle-week/

Les événements de ces derniers jours sont-ils de nature à réconcilier le citoyen avec le politique ? Rien n’est moins sûr.

L’impression qu’ils laissent, est celle d’un grand magouillage : réticente à la signature du pacte de l’ONU sur la migration, la N-VA quitte la « suédoise », mais le Premier ministre évite la crise en poursuivant à la tête du gouvernement amputé et devenu minoritaire (il ne dispose plus que de 52 sièges sur 150 à la Chambre).  En deux coups de cuillère à pot, l’équilibre linguistique est rétabli et les compétences sont redistribuées. Tenu à l’écart des tractations, le Roi n’a plus qu’à signer les arrêtés requis.

Sur les plateaux de télévision, les ministres N-VA démissionnaires apparaissent sereins et réagissent de façon relativement calme. Du côté du MR, on les remercie pour la collaboration qu’ils ont apportée depuis 2014. Le président Olivier Chastel va même jusqu’à déclarer : Je n’exclus pas de toujours gouverner avec la N-VA.

Charles Michel entend profiter des cinq mois qui le séparent des élections législatives pour prendre des mesures tangibles en ce qui concerne l’économie, la sécurité et le climat.Il compte sur le sens des responsabilités de l’opposition pour des soutiens au cas par cas. Il n’imagine pas que la N-VA puisse entraver la bonne fin de projets qu’elle a soutenus jusqu’ici.

Des engagements ont-ils été pris entre Charles Michel et Bart De Wever ? La chose n’est pas à exclure, encore que l’on voit mal les nationalistes flamands ne pas se radicaliser sur le plan communautaire en vue du prochain scrutin. Si l’immigration/sécurité constitue l’un de leurs thèmes privilégiés, il ne faut pas perdre de vue que l’article 1er des statuts de la N-VA prévoit l’émergence d’une République flamande souveraine.

Une chose, en tout cas,est sûre : Bart De Wever ne peut se permettre quatre ans supplémentaires de frigo communautaire. Jan Jambon a d’ailleurs rappelé que la mise en place d’un système confédéral restait la priorité.

Pour réaliser cette mutation institutionnelle d’envergure, il est nécessaire qu’une déclaration derévision de la Constitution intervienne avant la fin de la législature. La N-VAaurait-elle reçu des assurances à ce sujet, en échange d’appuis sporadiques àl’actuelle coalition orange-bleue ? La question mérite d’être posée.

Bart De Wever a toujours dit qu’il n’envisageait pas un processus révolutionnaire, mais évolutif. Le confédéralisme participe de cette logique : on commence par vider l’Etat de toute substance avant de le considérer comme totalement superflu.

Il y a un autre argument dont Bart De Wever a dû tenir compte : la N-VA est proche du milieu patronal flamand, lequel a clairement fait savoir qu’une chute du gouvernement entraînerait des conséquences désastreuses pour le monde entrepreneurial.

Le dernier baromètre politique a révélé que la N-VA restait le premier parti du pays, avec 28% d’intentions de vote (+3). Pour la première fois, cette progression ne se fait pas au détriment du Vlaams Belang, qui passe 11,3 à 11,7%.

Ce baromètre confirme, une fois de plus, que le Nord et le Sud constituent deux démocraties opposées, qui pourraient rendre la Belgique totalement ingouvernable.

Lors de la crise de 2010 – 541 jours sans gouvernement de plein exercice -, un rapport de la Commission de l’Intérieur de l’Assemblée nationale française avait d’ailleurs conclu que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins certaine.

On a vu, lors du débat à la Chambre, le chef de groupe de la N-VA, Peter De Roover, se montrer d’une très grande fermeté. Lors d’une soirée-débat du Vlaamse Volksbeweging, le 14 octobre 2016, il avait déclaré : Si la N-VA et le Vlaams Belang obtiennent la majorité, ils réclameront l’indépendance de la Flandre. On se souvient aussi des propos tenus, en janvier 2016, par Liesbeth Homans, la ministre de l’Intérieur (N-VA) au sein du gouvernement flamand : Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose. La scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère qu’elle n’existera plus en 2025 !

Dans la mesure où il considère que la coalition remaniée s’inscrit dans la continuité de la précédente, Charles Michel ne voit pas l’utilité de suivre la coutume qui veut qu’en pareille circonstance, un vote de confiance intervienne à la Chambre. Mais il se trouve face à la motion de confiance que l’opposition tout entière – N-VA comprise – a déposée. Qu’en sera-t-il vraiment ? Pour Théo Francken, l’homme le plus populaire de Flandre, les choses sont en tout cas claires : Gouverner encore avec le MR ? Oui, à condition de sortir du pacte migratoire. Un pacte dont la signature doit intervenir à New-York le 18 décembre…

Elections anticipées ou non, le Royaume de Belgique apparaît bel et bien en sursis. Pour le sauver, les responsables francophones ont toujours fini par quitter leur posture de « demandeurs de rien ». Cèderont-ils à nouveau ?

Du côté socialiste, Elio Di Rupo est bien déterminé à reprendre la main en Wallonie, à la tête d’une coalition dite « progressiste ». Un scénario qui ne pourrait qu’amener de l’eau au moulin des nationalistes flamands.

Le MR sera-t-il disposé à entamer des négociations sur le projet confédéral ? Un projet qui, il convient de le rappeler, a été porté au début des années 90 par le ministre-président flamand (CVP), Luc Van den Brande, et adopté en 1999 par le Parlement flamand. Interrogé, en 2007, par le journal québécois « Le De Devoir, Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, avait d’ailleurs précisé : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

En termes de flamingantisme, les démocrates-chrétiens flamands ont suffisamment montré qu’ils n’avaient rien à envier à la N-VA. Souvenons-nous de Jan Verroken lors de l’affaire de Louvain, d’Eric Van Rompuy à l’égard du FDF dans le gouvernement Martens, de Luc Van den Brande et de son méprisant «Mijnheer H » lors de la crise fouronnaise… N’est-ce pas aussi Yves Leterme qui porta, en 2004, le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux ?

Les options d’avenir ne sont pas légion. Soit la Belgique devient confédérale et, réduite à l’état de coquille vide, est très vite considérée comme inutile, soit elle devient ingouvernable et disparaît.

Dans un cas comme dans l’autre, la Wallonie se retrouvera livrée à elle-même, financièrement responsable de ses choix politiques. Une situation qui deviendra très vite intenable et entraînera une baisse drastique des prestations sociales.

L’enjeu, on le voit, est de taille !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

Echanges de vues entre Herman De Croo, ancien président de la Chambre et député flamand, et Jules Gheude

Le courriel d’Herman De Croo, 13 décembre 2018

Objet : opinion Le Vif HDC/md

Cher monsieur,

Je lis avec intérêt votre mail du 6 décembre 2018 et surtout l’annexe (votre contribution dans Le Vif).

Je ne veux pas engager une discussion en la matière.

Bruxelles est la capitale du monde, avec le plus grand nombre d’ambassades (plus de 305 ambassades étrangères), un tiers de plus qu’à Washington. Bruxelles est le siège d’institutions extraordinairement importantes, comme celle de l’Union Européenne, celle de  l’OTAN, passant par des dizaines de sièges d’organisations étatiques, paraétatiques ou privées importantes.

Il s’y tient – statistiquement parlant – plus de 120 réunions internationales par jour ouvrable : une réunion internationale étant définie par la participation de délégations d’au moins 10 pays étrangers.

À titre d’exemple, nous possédons les trois plus grandes écluses du monde, nous produisons près de 20% des vaccins de la terre, notre pays seul peut produire jusqu’à 50% des isotopes qui sont fabriqués dans le monde.  Le centre de recherche nucléaire, utilisation pacifique, de Mol est unique. Le Musée d’Afrique Central et son centre d’études à Tervuren l’est également.

Et je pourrais ainsi poursuivre durant des dizaines de pages.

Ce n’est pas la contraction d’une opposition entre ceux qui sont internationalistes européens et se rendent compte des grandes modifications dans les proportions des populations du monde  – bientôt 2 milliards de peuple à couleur noir, avec un âge moyen de 19 ans d’une part et d’autre part, moins d’un demi-milliard de peuple à couleur plus ou moins blanche, âge moyen de 51 ans.

Si nous ne faisons pas les efforts très importants, notre prime de civilisation ne tiendra pas.

On a beaucoup d’autres problèmes sur notre petite parcelle de terre : nous sommes la 557ème partie de la superficie de la Russie, mais nous sommes plus d’un tiers de son produit national brut.

Nous possédons un impact important sur le monde par notre économie, notre inventivité, notre science, nos découvertes, le progrès et tant de choses uniques, que nous représentons. Malgré la petite s géographique et deux tiers du pays en fait, sont peuplé, l’autre tiers aussi charmant qu’il le soit, l’est à peine.

Un bulletin du temps à la télévision permet de voir comme nous sommes petits mais d’un impact remarquable sur les structures mondiales, la recherche, l’activité économique et notre apport de civilisation.

Je ne suis pas du tout pessimiste et la théorie d’arriver à une sorte de séparation flamande de la Wallonie, sans tenir compte de Bruxelles et de près de 2 millions de concitoyens belges – récent ou en voie de le devenir – nous protègera d’une série d’atavismes. D’ailleurs le petit groupe auquel vous référez  – les vrais séparatistes  républicains, autonomistes et flamands – et je respecte leur opinion s’ils sont élus correctement et démocratiquement –  n’a jamais varié qu’entre 8 et 12% et cela depuis des décennies, plus d’un siècle durant.

Ma réponse n’est qu’une petite réaction à votre propos mais peut-être voulez-vous faire réussir une des prophéties souvent entendues, à laquelle  je n’ai ni le droit ni aucune raison de croire : la balkanisation de l’Europe, allant dans le sens contraire de son histoire.

Avec mes sentiments les meilleurs,

Herman DE CROO

Ministre d’Etat

Ancien Président de la Chambre

Député

La réponse de Jules Gheude, 14 décembre 2018

Cher Monsieur De Croo,

Je vous remercie pour vos remarques, qui ont retenu toute mon attention.

Ayant été à l’école de François Perin, je constate que tout ce qu’il avait annoncé est en train de se produire. Il faut relire « La Belgique au défi », qu’il fit publier en 1962.

Vous êtes convaincu que ce royaume est voué à l’éternité et je respecte votre opinion. Mais, comme l’a fort bien écrit José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du journal « Le Monde » en Belgique : Si les civilisations sont mortelles, pourquoi un pays de dix millions d’habitants ne le serait-il pas ?

N’est-ce pas votre coréligionnaire  Karel De Guchr qui, lorsqu’il présidait le VLD, a déclaré : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre ?

N’est-ce pas aussi le ministre-président Patrick Dewael qui, le 7 janvier 2003, présenta au Parlement flamand ses priorités pour une future réforme de l’Etat ? Le cahier de revendications visait à scinder quasi tout l’éventail des compétences restées fédérales : scission des soins de santé et des allocations familiales, régionalisation partielle de la SNCB, flamandisation totale de Bruxelles-National, autonomie accrue pour l’impôt des personnes physiques, régionaliation partielle de l’impôt des sociétés, fixation par la Flandre de ses salaires et des sanctions de ses chômeurs ? Bref, l’option confédéraliste approuvée par le Parlement flamand dès 1999…

Quant à votre prédécesseur à la présidence de la Chambre, le libéral francophone Jean Defraigne, il déclara en 1996 : Les Wallons doivent préparer leur dossier pour faire l’inventaire et dire ce qui leur revient au moment de la séparation. Car, quand les Flamands auront les poches pleines d’euros, ils nous largueront.

Dans l’article ci-joint, que je consacre aux derniers développements politiques, je rappelle également les propos radicaux tenus par des personnalités démocrates-chrétiennes flamandes (Jan Verroken, Eric Van Rompuy, Luc Van den Brande, Yves Leterme, Wouter Beke, Hendrik Bogaert,… ) et qui démontrent bien que la fibre nationaliste ne passe pas uniquement par la N-VA et le Vlaams Belang.

Je constate d’ailleurs que, selon le dernier  Baromètre politique, la N-VA reste de loin la première force politique du pays. Elle augmente de 3 points (28%), tandis que le Vlaams Belang est également en progression. Ensemble, ces deux formations totalisent 39,3% des intentions de vote !

Quant aux Bruxellois, ils sont, selon divers sondages, plus de 65% à se prononcer pour un statut autonome en cas de disparition du pays. François Perin a toujours souligné la vocation internationale de la ville. Son hétérogénéité constitue un atout sérieux pour continuer à abriter le siège des grandes organisations internationales.

Cher Monsieur De Croo,

Nous ne parviendrons évidemment pas à nous convaincre mutuellement. Je ne suis, pour ma part, habité par aucun pessimisme. Je reste persuadé que l’implosion du royaume ne constituerait en rien l’apocalypse. Mais les Wallons doivent quitter leurs œillères pour préparer leur avenir post-belge. C’est ce à quoi j’emploie depuis plus de dix ans, par mes livres, mes cartes blanches et mes conférences. Car rien ne me paraît pire que de se retrouver un jour devant le fait accompli, contraint de réagir dans la précipation et l’improvisation.

Bien cordialement,

Jules Gheude

Publifin refuse de transmettre les rémunérations de ses dirigeants

« La Libre Belgique », Belga, 11 décembre 2018

Publifin refuse de transmettre les rémunérations de ses dirigeants,ressort-il d’un rapport de délégués spéciaux au sein de l’intercommunale liégeoise que Le Soir a consulté. Sur 45 recommandations de la commission parlementaire, 12 n’ont pas été traitées, observe le quotidien mardi. Au plus fort de la crise autour de l’intercommunale, le gouvernement wallon avait chargé deux universitaires – Alexia Autenne (UCLouvain) et Laurent Gheeraert (ULB) – de garder un œil sur ses actions.

Parmi les recommandations qui n’ont pas été traitées, on retrouve la nomination d’administrateurs indépendants au sein du conseil d’administration ou le renouvellement du comité de direction de Nethys, toute-puissante filiale de Publifin pilotée par Stéphane Moreau.

Les universitaires soulignent aussi certaines avancées. Notamment »l’organisation du remboursement des sommes perçues par les membres des comités de secteur ». Ou le lancement des opérations pour scinder le gestionnaire de réseau Resa (gaz et électricité) du reste du groupe.

Reste que le volet « rémunération des dirigeants » pose toujours  question, selon les experts. Publifin doit rédiger un rapport annuel qui contient les rémunérations et tout autre éventuel avantage des fonctions dirigeantes. Mais ce rapport, qui a été transmis à la ministre de tutelle Valérie De Bue (MR), est incomplet.

Réflexions sur une folle semaine

Jules Gheude, essayiste politique (1)R

Lundi 10 décembre 2018

La folle semaine que nous venons de vivre, est-elle de nature à réconcilier le citoyen avec le politique ? Rien n’est moins sûr.

L’impression que l’on en garde est celle d’un grand magouillage : réticente à la signature du pacte de l’ONU sur la migration, la N-VA quitte la « suédoise », mais le Premier ministre évite la crise en poursuivant à la tête du gouvernement amputé et devenu minoritaire (il ne dispose plus que de 52 sièges sur 150 à la Chambre).En deux coups de cuillère à pot, l’équilibre linguistique est rétabli et les compétences sont redistribuées. Tenu à l’écart des tractations, le Roi n’a plus qu’à signer les arrêtés requis.

Sur les plateaux de télévision, les ministres N-VA démissionnaires apparaissent sereins et réagissent de façon relativement calme. Du côté du MR, on les remercie pour la collaboration qu’ils ont apportée depuis 2014. Le président Olivier Chastel va même jusqu’à déclarer : Je n’exclus pas de toujours gouverner avec la N-VA.

Charles Michel entend profiter des cinq mois qui le séparent des élections législatives pour prendre des mesures tangibles en ce qui concerne l’économie, la sécurité et le climat.Il compte sur le sens des responsabilités de l’opposition pour des soutiens au cas par cas. Il n’imagine pas que la N-VA puisse entraver la bonne fin de projets qu’elle a soutenus jusqu’ici.

Des engagements ont-ils été pris entre Charles Michel et Bart De Wever ? La chose n’est pas à exclure, encore que l’on voit mal les nationalistes flamands ne pas sera dicaliser sur le plan communautaire en vue du prochain scrutin. Sil’immigration/sécurité constitue l’un de leurs thèmes privilégiés, il ne faut pas perdre de vue que l’article 1er des statuts de la N-VA prévoit l’émergence d’une République flamande souveraine.

Une chose, en tout cas,est sûre : Bart De Wever ne peut se permettre quatre ans supplémentaires de frigo communautaire. Jan Jambon a d’ailleurs rappelé que la mise en place d’un système confédéral restait la priorité.

Pour réaliser cette mutation institutionnelle d’envergure, il est nécessaire qu’une déclaration de révision de la Constitution intervienne avant la fin de la législature.  La N-VA aurait-elle reçu des assurances à ce sujet, en échange d’appuis sporadiques à l’actuelle coalition orange-bleue ? La question mérite d’être posée.

Bart De Wever a toujours dit qu’il n’envisageait pas un processus révolutionnaire, mais évolutif. Le confédéralisme participe de cette logique : on commence par vider l’Etat de toute substance avant de le considérer comme totalement superflu.

Il y a un autre argument dont Bart De Wever a dû tenir compte : la N-VA est proche du milieu patronal flamand, lequel a clairement fait savoir qu’une chute du gouvernement entraînerait des conséquences désastreuses pour le monde entrepreneurial.

Le dernier baromètre politique a révélé que la N-VA restait le premier parti du pays, avec 28%d’intentions de vote (+3). Pour la première fois, cette progression ne se fait pas au détriment du Vlaams Belang, qui passe 11,3 à 11,7%.

Ce baromètre confirme, une fois de plus, que le Nord et le Sud constituent deux démocraties opposées, qui pourraient rendre la Belgique totalement ingouvernable.

Lors de la crise de 2010- 541 jours sans gouvernement de plein exercice -, un rapport de la Commission de l’Intérieur de l’Assemblée nationale française avait d’ailleurs conclu que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins certaine.

On a vu, lors du débat à la Chambre, le chef de groupe de la N-VA, Peter De Roover, se montrer d’une très grande fermeté. Lors d’une soirée-débat du Vlaamse Volksbeweging, le 14 octobre 2016, il avait déclaré : Si la N-VA et le Vlaams Belang obtiennent la majorité, ils réclamer ont l’indépendance de la Flandre. On se souvient aussi des propos tenus, en janvier 2016, par Liesbeth Homans, la ministre de l’Intérieur (N-VA) au sein du gouvernement flamand : Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose. La scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère qu’elle n’existera plus en 2025 !

Le Royaume de Belgique apparaît bel et bien en sursis. Pour le sauver, les responsables francophones ont toujours fini par quitter leur posture de « demandeurs de rien ».En sera-t-il de même à l’issue des élections législatives et régionales du 26 mai prochain ?

Du côté socialiste, Elio Di Rupo est bien déterminé à reprendre la main en Wallonie, à la tête d’une coalition dite « progressiste ». Un scénario qui ne pourrait qu’amener de l’eau au moulin des nationalistes flamands.

Le MR sera-t-il disposé à entamer des négociations sur le projet confédéral ? Un projet qui, il convient de le rappeler, a été porté au début des années 90 par le ministre-président flamand (CVP), Luc Van den Brande, et adopté en 1999 par le Parlement flamand. Interrogé, en 2007, par le journal québécois « Le De Devoir, Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, avait d’ailleurs précisé : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix quel’indépendance.

En termes de flamingantisme, les démocrates-chrétiens flamands ont suffisamment montré qu’ils n’avaient rien à envier à la N-VA. Souvenons-nous de Jan Verroken lors de l’affaire de Louvain, d’Eric Van Rompuy à l’égard du FDF dans le gouvernement Martens, de Luc Van den Brande et de son méprisant «Mijnheer H » lors de la crise fouronnaise… N’est-ce pas aussi Yves Leterme qui porta, en 2004, le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux ?

Les options d’avenir ne sont pas légion. Soit la Belgique devient confédérale et, réduite à l’état de coquille vide, est très vite considérée comme inutile, soit elle devient ingouvernable et disparaît.

Dans un cas comme dans l’autre, la Wallonie se retrouvera livrée à elle-même, financièrement responsable de ses choix politiques. Une situation qui deviendra très vite intenable et entraînera une baisse drastique des prestations sociales.

L’enjeu, on le voit, est de taille !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015,et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Éditeur, 2016.