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Fossé Flandre-Wallonie

Jules Gheude

Conscient que l’hypertrophie politico-administrative constitue l’un des maux majeurs de la Région, le gouvernement wallon MR-CDH prend des mesures pour y remédier. Il a ainsi diminué de 10% la composition des cabinets ministériels. Ces derniers restent toutefois les plus fournis du pays.

On peut  s’interroger sur la différence sensible qui existe toujours entre le Nord et le Sud. Pourquoi un ministre wallon a-t-il besoin de 47 conseillers, alors que son homologue flamand se satisfait de 29 ?

Surtout lorsque l’on sait qu’en termes de performance économique, il n’y a pas photo entre les deux Régions : selon les statistiques de la Banque nationale, les exportations flamandes pour 2017 s’élèvent à 217,2 milliards d’euros, contre 45,5 milliards pour la Wallonie. Rappelons que ces statistiques sont établies au départ des entreprises. Elles ne prennent donc pas le port d’Anvers et l’aéroport de Zaventem comme critères. Même si le secteur diamantaire représente quelque 55% des exportations flamandes, le fossé reste béant entre le Nord et le Sud.

 

La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée

Jules Gheude, Essayiste politique, OPINION

Le Vif 25/08/18 à 11:16 – Mise à jour à 11:22

La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée

La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée. Ce n’est pas nous qui le disons, mais Luc Van der Kelen, l’ancien éditorialiste de  » Het Laatste Nieuws « , dans une opinion publiée sur Knack.

Bien qu’il soit aujourd’hui conseiller politique de B-Plus, cette association dont on connaît l’attachement à la Belgique, Luc Van der Kelen est conscient que la situation belge est extrêmement précaire : « Le problème en Belgique est en effet que la stabilité semble exister, mais qu’à chaque moment elle peut disparaître. En général, nous réglons cela avec une réforme de l’Etat, mais même cette merveilleuse méthode belge a ses limites. À un moment donné, il n’y aura en effet plus rien à réformer, parce que tout paraîtra avoir déjà été réformé. Nous approchons de ce stade à grands pas. »

En 2010, la crise politique belge a duré 541 jours. Ceux qui se présentaient alors comme « demandeurs de rien » ont finalement accepté une sixième réforme de l’Etat, qui n’a fait que rendre le processus de décision plus complexe, voire, dans certains cas, impossible. Le 28 avril 2016, Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal « Libération », constatait que « cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et le détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. »

A l’Open VLD, au MR et au CDH, des voix s’élèvent aujourd’hui pour souhaiter la refédéralisation de certaines compétences, dans un but de plus grande efficacité. Mais Luc Van der Kelen est formel : « Aujourd’hui, la chance est faible pour de grandes réformes administratives. Même pour la refédéralisation de certaines compétences, comme le commerce extérieur, ou pour l’introduction d’une circonscription électorale fédérale, ce qu’une organisation comme B-Plus continue de défendre. En Flandre, les partis flamingants, du Vlaams Belang à la N-VA en passant par le CD&V, n’y sont pas favorables. On trouve juste quelques voix positives chez les Jeunes CD&V. »

Telle est, en effet, la réalité ! Aussi est-il vain de mener des combats d’arrière-garde, comme le fait, par exemple, Philippe Van Parijs (lui aussi membre de B-Plus) en proposant de diviser la Belgique en quatre régions (une flamande, une wallonne, une bruxelloise et une germanophone), avec l’usage de l’anglais comme trait d’union.

Luc Van der Kelen parle des partis flamingants. Il n’ignore pas que ceux-ci éprouvent une aversion profonde pour Bruxelles, région à part entière.

Luc Van der Kelen souligne aussi la position forte de la N-VA. Pour son président, Bart de Wever, Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties. Aussi veut-il que cet état de fait se reflète dans un projet confédéral : un niveau belge réduit à sa plus simple expression, avec deux Etats – la Flandre et la Wallonie – entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir pour ce qui concerne les matières dites communautaires: impôt des personnes, système de sécurité sociale,… Bref, une Belgique transformée en coquille vide et qui ne manquerait pas d’apparaître très vite comme superflue.

Le projet confédéral de Bart de Wever: une Belgique transformée en coquille vide et qui ne manquerait pas d’apparaître très vite comme superflue.

N’oublions jamais que l’idée confédéraliste a été lancée, au début des années 90, par le ministre-président flamand Luc Van den Brande (un démocrate-chrétien) et qu’elle a été approuvée par le Parlement flamand en 1999. Comment le président du CD&V, Wouter Beke, pourrait-il aujourd’hui ne pas appuyer cette réforme, lui qui, le 22 septembre 2007, avait déclaré au journal québécois « Le Devoir » : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. »Voilà qui a le mérite de la clarté !

Luc Van der Kelen aborde alors le point crucial. Si les négociations aboutissent à une impasse, s’il y a peu d’alternatives, Bart De Wever peut mettre le confédéralisme sur la table. Le PS bloquera-t-il à nouveau ?

Aujourd’hui, Elio Di Rupo ne veut rien savoir de ce confédéralisme. Mais il était aussi contre la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, sans extension de Bruxelles. On sait ce qu’il en est advenu.

S’il analyse les sondages, Elio Di Rupo sait que le PS a de grandes chances de revenir au pouvoir wallon au lendemain des élections de l’an prochain. Luc Van der Kelen semble, lui aussi, convaincu de la chose : Si le MR (…) ne parvient pas à capitaliser sur sa position exceptionnelle, alors la coalition fédérale ne pourra conserver sa majorité et le gouvernement wallon risque de prendre la forme d’une coalition de gauche. (…) Pour Magnette, Di Rupo et consorts (…) le niveau fédéral arrive à une place secondaire. Gouverner dans sa propre région est primordial.

Mais Elio Di Rupo sait aussi que la Wallonie devra tirer son plan toute seule. L’extinction progressive des transferts financiers en provenance de Flandre – quelque 7 milliards d’euros – est, en effet, programmée. Une situation qui deviendra vite intenable pour la Wallonie et qui l’amènera à se serrer la ceinture.

En 1981, François Perin avait prédit cette évolution : Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant, contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée.

Dans l’esprit de la N-VA, le confédéralisme devrait être la dernière étape avant le séparatisme. L’article 1er de ses statuts évoque clairement l’émergence d’une République flamande souveraine.

Tenter de maintenir la Belgique par de nouvelles discussions interminables, serait donc insensé. Puisque la mort du royaume est programmée, passons directement à la phase finale! François Perin se plaisait à répéter : Le mort est mort et bien mort, mais on ne veut pas voir qu’il est mort !

Nous avons déjà eu l’occasion d’expliquer comment nous envisagions l’avenir de la Wallonie. Comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus, il serait parfaitement possible d’insérer dans la Constitution française un statut particulier d’intégration-autonomie, qui permettrait de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur.

(1) Derniers ouvrages parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015 et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

Les artistes francophones n’existent-ils pas ?

Opinion publiée dans « La Libre » du 22 août 2018

OPINION

La Fédération Wallonie-Bruxelles et la ministre Greoli ont sélectionné et envoyé un duo de plasticiens flamands pour la biennale de Venise. Une discrimination et un déni des talents francophones.

Une opinion d’Albert Baronian, Michel Baudson, Carine Bienfait, Guillaume Bijl, Jean-Michel Botquin, Laurent Busine… Artistes, galeristes, directrices (eurs) de centres d’art, critiques, curatrices… (voir le liste complète ci-dessous)

En Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), les modalités de sélection des artistes pour la biennale de Venise, à chaque fois différentes mais toujours annoncées très tardivement, ont souvent suscité une certaine perplexité. Pour l’édition 2019, l’appel à candidatures, publié en mai dernier, stipulait qu’ »en écho à l’accord de coopération pour la Culture, établi entre la Communauté flamande et la Communauté française depuis 2013, le projet sélectionné sera le fruit de collaborations témoignant de la vivacité de la création et des synergies en Belgique« .

Fort bien. Cette clause a évidemment été respectée par les 13 candidats, en faisant par exemple appel à un commissaire du Nord du pays. Elle est apparue, pour quelques artistes néerlandophones, comme une invitation à participer à ce concours, alors que traditionnellement le pavillon belge est occupé par l’alternance des deux communautés – un des cas de partage équitable d’une institution nationale qui fonctionnait parfaitement bien, et sans exclure des collaborations de la FWB avec la Flandre.

Un choix discutable

Des questionnements et même la consternation ont suivi l’annonce du choix, avalisé par la ministre Alda Greoli, d’un duo de plasticiens flamands (qui ont choisi de vivre à Bruxelles) et de leur commissaire Anne-Claire Schmitz, directrice de La Loge, une ASBL dont les seules subventions publiques proviennent de Flanders State of the Art et de la Vlaamse Gemeenschapscommissie. Une représentation de la FWB par des artistes néerlandophones pouvait être une option de départ, politique ou diplomatique, quoique discutable et nous allons expliquer pourquoi; mais alors pourquoi ne pas l’annoncer clairement ? Cela afin d’éviter aux créateurs francophones de concevoir un ensemble d’œuvres spécifique, ce n’est pas rien, qui n’aura pas la possibilité d’une réalisation, et une perte de temps aux commissaires bien souvent à la tête d’institutions, auxquels un bulletin de type scolaire, avec pourcentage, a été envoyé.

Il est hors de question dans notre esprit d’incriminer le travail des lauréats, Jos de Gruyter et d’Harald Thys. Mais que la ministre choisisse d’octroyer à des artistes de la Communauté flamande 450 000 euros, la seule subvention importante, quadriennale donc, en FWB, a de quoi surprendre. L’espoir révélé d’une réciprocité, dans deux ans, reste bien évidemment hypothétique, semble même tenir de l’irréalisme politique. La FWB pourrait bien être absente pendant huit ans de la plus prestigieuse des manifestations internationales !

Loin de vouloir refuser des synergies avec la Flandre, nous nous réjouissons que dans le domaine artistique elles existent bel et bien et que s’exprime une réelle résistance aux désirs de régionalisation. Le souhait exprimé par Alda Greoli (LLB 18/07/2018), « additionner les expériences, par-delà les communautés« , se voyait, aussi, exaucé dans tous les projets proposés.

Il s’inscrit dans une lignée manifeste depuis quelques années dans certains pavillons à Venise, celle de considérer comme obsolète la représentation d’une identité nationale, pas d’étonnement donc au dépassement d’une frontière linguistique, qui aura fort peu de chance d’être remarqué. Mais cette tendance ne signifie pas l’absence de soutien aux artistes d’une nation, d’une région, ou le refus de leur donner la possibilité d’une visibilité mondiale. Le choix de la ministre pourrait même être entendu comme un aveu, celui qu’il n’y aurait pas en FWB d’artistes capables de soutenir l’enjeu de la biennale de Venise, qui est aussi, faut-il le rappeler, une compétition internationale. Jan Hoet ne déclarait-il pas, avec moins d’ironie qu’on ne pourrait le croire, que les artistes wallons n’existent pas ? Alda Greoli semble lui emboîter le pas. Tirons-en alors toutes les conséquences : en Communauté française, il n’y a pas d’artistes, les institutions culturelles et leurs responsables ne valent rien; les écoles d’art sont inutiles; les critiques et commissaires ne servent à rien; les journalistes culturels écrivent dans le vide; les galeristes vendent du vent à des collectionneurs naïfs ! Est-ce bien cela le message qu’adresse la ministre ?

Pas de méritocratie

Il y a pourtant, de manière incontestable, dans la belge francophonie (qui n’est décidément pas sans relation avec la Cacanie de Robert Musil, où « on se bornait à tenir les génies pour des paltoquets« ), quelques plasticiens dont la qualité du travail est largement reconnue et valorisée au-delà de nos frontières, parmi lesquels plusieurs ont soumis un dossier.

A titre d’exemple, il y a aussi une candidate au parcours international des plus prestigieux, à un moment très favorable de sa carrière, qui depuis toujours entretient des « synergies » nourries, non pas occasionnelles ou opportunistes, avec la Flandre, et qui a soumis une proposition basée sur des collaborations nationales et extra-nationales, soutenue par le Mac’s du Grand-Hornu et par le Smak de Gand. Selon l’un des membres du jury consultatif, « on ne fonctionne pas à la méritocratie« .

Et pourquoi pas, en l’absence de critères objectifs ? En fait c’est la procédure, celle d’un marché public, qui nous paraît inadéquate en matière d’art. De plus, dans un jury, il y a forcément des voix plus fortes, des affects, des amitiés et des inimitiés… La ministre a-t-elle seulement pris connaissance des dossiers les mieux défendus ? Elle n’a en tout cas pas pris la peine de rencontrer les participants les mieux notés. Cela signifierait-il que le choix final allait dans le sens qu’elle s’était fixé dès le départ ? Si elle a pris le temps pour rendre publique sa décision, c’est, procédé habituel en nos contrées, pour qu’elle soit annoncée en période de vacances et ainsi réduire les possibles protestations.

Si la FWB ne fonctionne pas « à la méritocratie« , c’est parce qu’elle considère sa participation à la biennale de Venise comme un « one shot » épisodique, et non comme la pierre angulaire d’une politique culturelle cohérente.

Pourquoi cette biennale ne pourrait-elle pas être une étape importante dans le parcours des artistes belges francophones, qu’il s’agisse d’une impulsion décisive ou d’une consécration ? Pourquoi privilégier un projet théorique au détriment d’un parcours artistique ? Pourquoi les critiques ne peuvent-ils pas mettre leur plume au service des projets éditoriaux menés à ces occasions ? Pourquoi les opérateurs culturels francophones (que la FWB subsidie pourtant et à qui elle impose légitimement des « quotas » d’artistes francophones) ne sont-ils jamais sollicités pour produire les projets vénitiens ?

Créer des rancœurs

La dernière fois, c’était au siècle passé… Pourtant, Venise est aussi une opportunité exceptionnelle pour les institutions d’accroître leur visibilité internationale et d’étoffer leurs réseaux professionnels – conditions importantes à l’exécution de leurs missions. La plupart des pays confient la production des expositions vénitiennes à une de leurs institutions, la Flandre aussi; seule la FWB s’obstine à faire le contraire… Venise devrait être l’occasion de fédérer tous les acteurs de la FWB, pas de les exclure comme le choix de la ministre le laisse croire ! Nous pensons qu’il s’agit d’une forme de discrimination, pire, d’un déni des talents en FWB, qui s’ajoute au manque de soutien à la création et à l’absence d’une véritable politique artistique (telle qu’elle existe en Flandre), et même d’une violence faite aux artistes actifs en Communauté française, ainsi qu’à tous ceux qui les soutiennent. Une occasion perdue, encore, et l’on se souviendra qu’en son temps, Marcel Broodthaers n’a pas été convié dans le pavillon belge… Conscients du risque que « l’ouverture à la Flandre » pourrait entraîner, celui de créer des rancœurs entre les communautés et les artistes, nous voulons aussi, par cette initiative nationale, clairement l’écarter.

Cette réflexion est également publiée dans « De Morgen ». Titre et sous-titres sont de la rédaction.

Signataires et fonctions: Albert Baronian (Galeriste), Michel Baudson (Curateur et critique), Carine Bienfait (Directrice JAP), Guillaume Bijl (Artiste. « Depuis 55 ans, je veux une sélection belge pour notre Biennale de Venise, maintenant et certainement à l’avenir. Je trouve la procédure actuelle ennuyeuse. J’aimerais aussi souhaiter à Jos et Harald beaucoup de succès à Venise. »), Jean-Michel Botquin (Critique), Laurent Busine (Curateur et critique), Catherine de Braekeleer (Directrice Centre de la Gravure et de l’Image imprimée), Herman Daled, Alain Declercq (Plasticien, fondateur et directeur artistique de la Space Collection), Sonia Dermience (Curatrice, fondatrice de Komplot), Hans De Wolf (Professeur VUB et curateur), Carine Fol (Directrice artistique Centrale for Contemporary Art), Denis Gielen (Directeur MAC’s), Luk Lambrecht (Beeldende kunst cc Strombeek & Museumcultuur Strombeek/Gent), Anaël Lejeune (Critique), Stella Lohaus (Directrice LLS Paleis), Catherine Mayeur (Professeur et critique), Lino Polegato (Fluxnews), Pierre-Olivier Rollin (Directeur BPS22), Dirk Snauwaert (Directeur Wiels), Philippe Van Cauteren (Directeur SMAK), Daniel Vander Gucht (Sociologue de l’art ULB et éditeur), Nadja Vilenne (Galeriste), Maïté Vissaux (Curatrice). 

 

Baisse des effectifs des cabinets ministériels wallons sous le gouvernement MR-CDH

« Le Vif », Belga, 22 août 2018

Le gouvernement MR-CDH a tenu sa promesse de réduire de 10% les cabinets ministériels, qui restent cependant les plus imposants du pays.

Willy Borsus © Reuters

 

344 équivalents temps plein ont été déclarés par les sept ministres wallons MR-­CDH, contre 426 aux huit ministres de la précédente majorité PS­-CDH. Soit une diminution de plus 23%, en matière d’équivalents temps plein, par rapport à juillet dernier selon La Libre Belgique.

« Ce gouvernement a réduit le coût total des cabinets de 10% ainsi que celui des équivalents temps plein au niveau global. L’effort est considérable au regard de la masse de travail », a répondu Willy Borsus (MR), à une interpellation de la députée wallonne Anne Lambelin (PS) qui souhaitait savoir si le gouvernement avait tenu ses promesses à cet égard.

La diminution du personnel ne doit cependant pas faire oublier que les cabinets wallons restent les plus fournis du pays. Selon des données de 2017, seule Bruxelles approche le total wallon avec 47 conseillers par ministre. Le fédéral compte à peine 36 collaborateurs par membre du gouvernement, et 29 en Flandre.

La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée.

L’on trouvera ici la traduction de l’opinion de Luc Van der Kelen, ancien éditorialiste de « Het Laatste Nieuws » et conseiller politique de B-Plus, publiée sur le site de « Knack » (http://www.knack.be/nieuws/belgie/de-volgende-regeringsvorming-wordt-kantje-boord/article-opinion-1185923.html).

Voilà quatre ans que notre pays jouit d’une apparente stabilité politique. Hormis quelques chamailleries, nous n’avons même pas connu un « parfum de crise » en Flandre depuis 2014. Je fais une exception pour la Belgique francophone, où il s’est produit un changement de régime en Wallonie. Mais même alors, cela n’a pas agité les eaux fédérales.

C’est surprenant, lorsque l’on compare la situation avec les pays qui nous entourent. L’Allemagne a connu l’une des plus longues crises politiques depuis la guerre. En France, Macron a perpétré un coup d’Etat et le Royaume-Uni connaît la crise la plus grave depuis les Falklands.

J’écris intentionnellement “apparente”, car le problème en Belgique est en effet que la stabilité semble exister, mais qu’à chaque moment elle peut disparaître. En général, nous réglons cela avec une réforme de l’Etat, mais même cette merveilleuse méthode belge a ses limites. À un moment donné, il n’y aura en effet plus rien à réformer, parce que tout paraîtra avoir déjà été réformé. Nous approchons de ce stade à grands pas.

Un moment charnière

Le plus étonnant, c’est qu’après une longue période avec deux élections sur des thèmes communautaires, un gouvernement a vu le jour, dominé par un parti communautaire, mais sans le moindre thème communautaire dans l’accord gouvernemental. La manière dont la N-VA a amorcé son « virage de Bracke », fut le moment charnière le plus étrange des dix dernières années.

Reste à savoir si cela va durer. Quand nos regards se tournent vers 2019, il n’est absolument pas certain qu’un nouveau gouvernement fédéral sera constitué avant la fin de l’année. Cela dépend tout simplement des éventualités. Il suffit parfois d’un seul siège pour que le pays bascule de nouveau à gauche.

Il est toujours dangereux d’utiliser les sondages comme instrument pour des prévisions politiques. Mais mettons de côté nos réserves à l’égard des sondages. Quand nous transposons les résultats en sièges parlementaires, au niveau fédéral et régional, il n’y a qu’une conclusion : la formation du prochain gouvernement sera très serrée.

Le gouvernement-bisbilles Michel I est parvenu, en effet, à faire s’écailler dans les derniers sondages la majorité relativement large sur laquelle elle pouvait s’appuyer. En Flandre, la droite reste dominante ; chez les francophones, c’est la gauche. Ici l’inversion est en cours : un seul parti francophone au gouvernement fédéral offre une portée politique trop restreinte. Si le plus grand parti francophone perd des plumes, cela n’engendre pas un renforcement des forces de centre-droit, mais une poussée de l’extrême-gauche. La perte du PS ne va donc pas au MR ou au CDH, mais plutôt au PTB.

La N-VA à son apogée ?

En Flandre, la vague de droite semble avoir atteint son apogée. C’est notamment le cas pour la N-VA, qui est confrontée à une sorte de « mouvement yoyo ». Il n’y a plus de croissance. Le parti s’érode régulièrement, vers les 25%, (…) L’Open VLD peut peut-être se maintenir, mais le CD&V a trop de concurrence à droite et à gauche. Tout cela peut-il se terminer autrement que par une déception ?

Cela ne présage rien de bon pour la coalition suédoise, parce qu’elle repose en grande partie sur les partis flamands de droite, comme la N-VA, le CD&V et l’Open VLD. Si le MR, en tant que seul parti francophone de la majorité, ne parvient pas non plus à capitaliser sur sa position particulière, alors la coalition gouvernementale ne pourra maintenir sa majorité et le gouvernement wallon risque de retrouver une coalition de gauche. Celui qui suit un peu les rapports politiques en Belgique, sait sur quoi cela peut déboucher : Michel II, un rêve éveillé.

Saisir la chance ?

Un stratège politique comme Bart De Wever sait que, dans ce cas, il doit attendre sa chance et la saisir si l’occasion se présente. Car l’impasse politique peut évidemment durer longtemps, mais il faudra bien finir par prendre une décision. S’il y a peu d’alternatives, De Wever peut mettre le confédéralisme sur la table. Le PS bloquera-t-il à nouveau ? Pour Magnette, Di Rupo et consorts, le pouvoir en Belgique francophone est trop crucial pour cela. Le niveau fédéral vient pour eux à une place secondaire. Gouverner dans sa propre région l’emporte.

En attendant, nous sommes proches des premières élections du diptyque 2018/2019. En Flandre, la lutte pour le titre de plus grand parti populaire sera menée entre le CD&V et la N-VA. En Wallonie, PS et MR se répartiront les villes et communes, comme auparavant.

L’élément communautaire sera très peu présent ici. Seulement à Bruxelles et dans les environs, cela peut faire débat, surtout avec DéFi. La capitale a besoin d’un rafraîchissement administratif après les scandales des dernières années. Une réforme interne de Bruxelles est une chance que les trop nombreux politiques de la capitale doivent saisir. Les habitants peuvent y trouver leur avantage.

Malgré la position forte de la N-VA, une réforme de l’Etat est n’est pas si vraisemblable en 2019, à moins que la politique ne se bloque complètement. Mais il y a encore naturellement des joueurs qui peuvent contribuer à bâtir une coalition. Les Verts, par exemple, pour une réédition de l’arc-en-ciel. Et qui dit que nous connaissons déjà tous les joueurs ? Il n’est pas exclu qu’un nouveau parti populiste voie le jour, à l’extrême-gauche ou à l’extrême-droite, qui pourrait connaître le succès, comme le parti de Thierry Baudet aux Pays-Bas.

Circonscription électorale fédérale

Aujourd’hui, la chance est faible pour de grandes réformes administratives. Même pour la refédéralisation de certaines compétences, comme le commerce extérieur, ou pour l’introduction d’une circonscription électorale fédérale, ce qu’une organisation comme B-Plus continue de défendre.

En Flandre, les partis flamingants, du Vlaams Belang à la N-VA en passant par le CD&V, n’y sont pas favorables. On trouve juste quelques voix positives chez les Jeunes CD&V. Reste aussi à savoir comment les parlementaires fédéraux pourront trouver leur chemin au Parlement. Adhèreront-ils à la droite ou à la gauche ? Ou chacun choisira-t-il selon sa préférence ? Dans son exécution pratique, la circonscription électorale fédérale n’est pas encore à terme.

 

Paul Magnette en France

L’opinion de Jules Gheude

En août 2011, alors candidat aux primaires du PS en vue de l’élection présidentielle, François Hollande effectua une visite éclair à Bruxelles. A cette occasion, il accorda une interview au « Soir : Quand je vois les voix socialistes qui s’expriment en Wallonie… Toutes ces voix… Qui nous ont parfois manqué… Nous pourrions les prendre là…

Sept ans plus tard, le PS français est en état de décomposition et propose à Paul Magnette d’être tête de liste pour les élections européennes de 2019. Faut-il considérer cela comme un premier pas officiel vers l’intégration de la Wallonie en France ? Toujours est-il que le fait est significatif.

Le PS français n’a pas oublié l’entêtement avec lequel Paul Magnette a combattu le CETA en 2016. Le nom du « petit Gaulois » fit ainsi le tour du monde.

Mais pour Paul Magnette, cette invitation française est quelque peu gênante. En 2010, il reçut le surnom d’Allemagnette après avoir tenu ces propos dans « La Libre » : Quand je vois la situation  en France, je comprends qu’il n’y ait plus que trois tattachistes en Wallonie. Etre rattaché à un pays qui a une culture aux antipodes de la nôtre, c’est ridicule. (…) Il y a une rupture culturelle avec les Français. Si on doit se rattacher un jour, ce sera plutôt à l’Allemagne. C’est plus l’intérêt industriel de la Wallonie.

En 1958, André Renard, le syndicaliste socialiste liégeois, futur fondateur du « Mouvement Populaire Wallon », tenait un tout autre discours. A l’occasion de la Fête nationale française, il qualifiait la France de grand flambeau, de grande lumière de culture. Et il ajoutait : Notre cœur reste attaché à la France. Nous avons foi dans cette France qui, pour nous, est éternelle.

Paul Magnette doit relire d’urgence son catéchisme wallon. Dans « La Wallonie, terre mosane » (Institut Jules Destrée, 1960), voici ce qu’écrit l’historien namurois Félix Rousseau : Pourquoi les Wallons parlent-ils français depuis des siècles, pourquoi ont-ils adopté la culture française, alors que – au point de vue politique – pendant plus d’un millénaire (à part Tournai et le Tournaisis) l’ensemble des terres wallonnes n’ont été françaises que pendant vingt années, exactement de 1794 à 1814 ? (…) Et cependant, dès le XIIIe siècle, c’est le français qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

Vous réciterez cela chaque soir avant de vous endormir…

Dans la mouvance française de gauche, Jean-Luc Mélenchon, le leader de « La France insoumise », joue un rôle non négligeable. En 2010, il écrivait sur son blog : On a compris que suis un « rattachiste », comme on dit. Si les Flamands s’en vont, si la Belgique « s’évapore », alors que les Wallons viennent avec nous. Ce serait la conclusion d’une pente prise il y a des siècles et maintenue sans désemparer dans les sentiments populaires des Wallons comme des Français.

Il y a quelques années, Paul Magnette se disait surpris de l’irrésistible ascension du nationalisme flamand : On pensait que tout cela n’était que du folklore !

François Perin, lui, avait très vite saisi les choses. Dans son livre « La Belgique au défi, », publié en… 1962, il lançait cette mise en garde : Le nationalisme flamand n’est pas la création de l’incivisme de deux occupations étrangères ; c’est le résultat de la poussée irrésistible du peuple flamand. Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégués des gouvernements  wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs (…). Les trois parties  gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Une confédération centrifuge. N’est-ce pas précisément ce dont il est question aujourd’hui ? Sauf que, dans l’esprit de Bart De Wever, il n’y aurait plus que deux Etats, la Flandre et la Wallonie, entre lesquels cha-que Bruxellois devrait choisir pour ce qui concerne les compétences communautaires : impôt des personnes, système de sécurité sociale, aide sociale, immigration et intégration.

Il ne fait aucun doute que, réduite à l’état de coquille vide, la Belgique serait vite considérée comme superflue.

Les Wallons réaliseront alors très vite où se situent vraiment leurs intérêts.

Comme l’avait confié le général de Gaulle au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.

 

 

 

La Wallonie perdrait 11% de ses aides européennes après 2020

« Le Vif », Belga, 27 juillet 2018

La Wallonie perdrait 11% de ses aides européennes après 2020, selon le budget proposé par la Commission européenne, rapporte L’Echo vendredi, qui a consulté une note de l’administration wallonne.

Dans sa proposition, la Commission européenne réduit globalement les aides régionales de 10% pour la période 2021-2027 dans l’UE. Mais l’enveloppe allouée à la Belgique est équivalente à celle de la programmation financière en cours, soit 2 milliards 443 millions d’euros en tenant compte de l’inflation.

Mais en analysant de plus près les chiffres et la méthodologie proposés, la région Wallonne constate un recul de 10,8% du soutien européen, selon une note de l’administration. « L’élément de satisfaction est que suivant la projection actuelle, nous restons bénéficiaires, reconnus comme Région en transition, nous pouvons compter sur un soutien pour la période concernée estimé à 1 milliard 218 millions d’euros », souligne le ministre-président Willy Borsus.

La Belgique fait partie des six pays qui subissent une nouvelle règle que propose la Commission: dès lors que leur PIB est supérieur à 120% de la moyenne européenne, leur enveloppe ne peut pas augmenter. « Si nous n’étions pas repris dans ce plafonnement, nous gagnerions 67 millions d’euros sur la période concernée », souligne Willy Borsus. « C’est technique, mais ça vaut son pesant de millions d’euros ».

L’Echo invite toutefois à la prudence, car la proposition de la Commission européenne va encore évoluer au fil des négociations dans les prochains mois. En outre la marge de négociations intrabelge n’est pas négligeable.

 

Wallonie: le bilan du gouvernement MR-CDH à la mi-temps

Eric Deffet, « Le Soir », 26 juillet 2018

Le 26 juillet 2017, les futurs partenaires déposaient une motion de méfiance au parlement. Il leur reste moins d’un an avant le coup de sifflet final.

 

Le grouvernement wallon a un an. Nous résumons les buts marqués par la majorité.

1 L’équipe

Les sélectionneurs s’appellent Benoît Lutgen (CDH) et Olivier Chastel (MR). Entre le 16 juin et le 25 juillet 2017, ils ont beaucoup parlé tactique, mais n’ont jamais perdu de vue la composition de l’équipe appelée à prendre le relais de l’attelage PS-CDH en bout de course. La philosophie : avec 18 mois de travail utile, pas de fioritures ou de surprise du chef.

Côté humaniste, le président a carrément fait dans la continuité après l’annonce du retrait, à ce niveau, de Maxime Prévot, le capitaine de l’aile centriste, si l’on ose dire. Carlo Di Antonio, René Collin et Alda Greoli, qui a un pied dans deux équipes (le règlement francophone le permet) : c’est du solide, de l’expérimenté, des vieux grognards de la pratique gouvernementale.

Sur l’aile droite, Olivier Chastel a opté pour l’artillerie lourde. Les noms des sélectionnés se sont imposés : Willy Borsus, transféré du fédéral, Pierre-Yves Jeholet, déjà chef de groupe, Jean-Luc Crucke, un poids lourd qui ne s’en laissera pas compter par l’adversaire et Valérie De Bue, spécialiste utile des pouvoirs locaux.

Les libéraux ont dû apprendre vite alors que les équipiers du CDH jouaient à domicile depuis de longues années. Mais l’actualité (Publifin) ou les promesses à tenir (réforme fiscale) ont limité l’échauffement à la portion congrue. Dans le vestiaire de l’Elysette, les tiraillements ont parfois existé : ton assurance autonomie contre ma réforme fiscale. Mais le capitaine Willy Borsus a réussi à maintenir l’unité de l’équipe.

Le ministre-président s’est moulé dans la fonction avec aisance. C’est comme s’il avait toujours été là (il faut dire qu’il en a longtemps rêvé). La bonne surprise de ce casting se nomme Jean-Luc Crucke : le bouledogue parlementaire s’est mué en homme de dossiers infatigable et performant. Un marathonien.

2 La tactique

La tactique mise au point par le MR et le CDH et appliquée sur le terrain wallon par le gouvernement Borsus-Greoli est simple voire simpliste : on fonce ! Le temps presse (une demi-législature, et encore…) et rien ne permet de dire que le public donnera son feu vert à des prolongations.

Les nouveaux partenaires n’avaient pas toujours le choix, il est vrai : sur les questions de gouvernance, le rythme a été imposé par l’affaire Publifin-Nethys et les recommandations de la commission d’enquête. Ailleurs, la coalition s’est imposé une course d’obstacles à travers sa déclaration de politique régionale. Avec une obsession : il faut marquer les esprits.

Et tant pis pour les amateurs de beau jeu (sous-entendu : on a vu ce que cela donnait avec les sélections précédentes) ! Depuis un an, MR et CDH ont d’abord voulu faire dans l’efficace. Ils ont essayé en tout cas, en multipliant les annonces, les plans, les réformes, les projets dans une cacophonie qui a parfois donné le tournis aux observateurs. Pour la transformation de l’essai, il faudra parfois se montrer patient.

Les avis officiels rendus sur des dossiers sensibles n’ont pas toujours été tendres. L’opposition en a parfois bavé, on songe à ce décret-programme façon assommoir. Parfois, la quête de performance a été omniprésente.

Vitesse se confondait avec précipitation : c’était l’impression donnée par la réforme des points APE, jusqu’au revirement de ce mercredi.

3 Les adversaires

Face au bloc dominant (à une voix près ; du coup, le VAR est consulté en permanence), l’opposition n’a pas saboté la partie. A la moindre absence, elle aurait pu pratiquer l’antijeu, elle ne l’a pas fait, à cette exception notoire : la sortie de séance pour le vote du décret-programme, mais l’ambiance était devenue insupportable sur l’aire de jeu parlementaire. Pour le reste, MR et CDH ont joué sur du velours.

Depuis un an, les socialistes ont dû apprendre à ne plus monopoliser le ballon. En Pierre-Yves Dermagne, ils ont trouvé un meneur de jeu brillant et constructif : le bilan du PS dans l’opposition, insiste-t-il à l’heure de la pause, ce sont d’abord 25 propositions constructives importantes (précarité énergétique, insertion, garantie locative…) qui prouvent que le fond de jeu est bien là.

Chez Ecolo, la tactique n’évolue guère : malgré un effectif réduit, on est sur toutes les balles ! En soulignant les avancées gouvernementales en matière d’écologie, mais en regrettant que la pelouse wallonne ne soit pas systématiquement d’un vert plus éclatant. Un acharnement qui suscite le respect.

4 Les résultats

Un an de travail, c’est la mi-temps pour le gouvernement wallon. L’occasion de respirer un coup et de dresser un premier bilan. Dans un communiqué diffusé ce mercredi, Willy Borsus, le capitaine d’équipe, évoque « quarante réformes et une détermination intacte ». La détermination ? On verra bien si elle résiste aux pressions nées de deux échéances électorales successives. Quant aux réformes, ne mélangeons pas tout…

La disparition de la télé-redevance, d’accord : un joli tir dans la lucarne, personne n’a bronché, chapeau ! Mais la réforme des aides à l’emploi, l’assurance autonomie ou le plan wallon d’investissement feront connaître leurs effets réels dans des délais assez longs. Et c’est bien connu : l’amateur de beau jeu qui ne voit rien venir a vite tendance à s’agacer dans les tribunes populaires ou au café du commerce.

Sans compter avec ces promesses d’une équipe virevoltante qui dribble comme Dries Mertens (le service garanti dans les TEC), qui contourne l’adversaire comme Kevin De Bruyne (la fin des objets en plastique à usage unique) ou qui efface le défenseur grâce à un grand pont comme Eden Hazard (12.000 places dans les maisons de repos)… C’est bien beau, mais il ne faut pas oublier que le spectateur neutre attend surtout du concret : des buts.

La plupart d’entre eux pourraient bien tomber lors du match retour, après les élections de 2019. Borsus, Greoli et les autres espèrent être toujours dans la sélection, histoire de gonfler leur palmarès.

5 Les perspectives

La politique façon TGV laisse des traces. La tactique du rouleau-compresseur aussi. C’est bien beau d’étouffer l’interlocuteur ou l’adversaire sur le terrain de jeu, mais les excès de domination ne sont pas toujours appréciés. C’est bien connu : dans l’arène politico-médiatico-électorale, le plus grand nombre se tourne souvent vers le petit, le sans-grade, la victime…

A qui songe-t-on ? Aux partenaires sociaux qui se plaignent du manque de fair-play de la majorité sur des dossiers symboliques comme l’emploi, à travers la gestion du Forem, ou la concertation à travers les instances officielles que l’exécutif précédent avait institué en force de propositions. A l’opposition politique aussi, qui a été bien mal payée en fin de session avec cette histoire de décret-programme obèse, alors qu’elle a évité de donner des coups sous la ceinture à une majorité rikiki qui peinait parfois à être en nombre, et frôlait l’exclusion (ce qui finit par arriver).

Songeons enfin aux citoyens, ces amateurs de la politique wallonne qui observent les gesticulations des pros de l’Elysette ! La fiscalité reste stable, c’est une chose. Mais il faudra un jour payer l’assurance autonomie. Les emplois financés par les aides APE ne sont plus assurés à 100 %, et les services qu’ils rendent à la population non plus. Les pouvoirs locaux et la proximité qu’ils incarnent au profit de tous sont aux abois. Gare à l’envahissement de terrain au coup de sifflet final de l’arbitre !

 

Diables rouges: vous avez dit belgitude?

LE SOIR MIS EN LIGNE LE 26/07/2018 À 11:34

 JULES GHEUDE, ESSAYISTE POLITIQUE (1)

La « belgitude » mise en avant lors de l’épopée russe des Diables n’est qu’une occasion de plus pour l’establishment francophone de se mettre la tête dans le sable pour ne pas voir la réalité belge, estime l’essayiste Jules Gheude dans une carte blanche.

L’enthousiasme populaire suscité par les prestations des Diables Rouges lors de la Coupe du monde de football pourrait laisser penser que la Belgique constitue une nation forte et soudée. Lors de son allocation du 21 juillet, le roi Philippe n’a d’ailleurs pas manqué d’y voir la preuve de la pertinence de la devise nationale « L’union fait la force ».

Les médias francophones ont également vu, dans l’équipe nationale, l’incarnation de la fibre patriotique. Le présentateur du JT de RTL-TVI n’a même pas hésité à revêtir une tenue aux couleurs tricolores. Quant à sa collègue de la RTBF, commentant le défilé militaire, elle n’a pas tari d’éloges pour la « belgitude ».

Il y a un an, je fus invité à participer à une émission de RTL-TVI sur le thème « Quel avenir pour la Belgique ? ». La présentatrice commença par projeter une interview de Brel où celui-ci déclarait qu’il fallait être fier d’être Belge. Le problème, c’est que le Grand Jacques fut obligé d’aller chercher la reconnaissance à… Paris ! Georges Simenon quitta également Liège, à l’âge de 17 ans, pour se rendre dans la capitale française où il connut, en l’espace de quelques années, un succès retentissant. Et l’on pourrait multiplier les exemples, de Félicien Rops à Henri Michaux, lequel opta d’ailleurs pour la nationalité française.

Ceux qui, à l’instar de l’Antillais Aimé Césaire ou du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, ont défendu le concept de « négritude », entendaient montrer la spécificité bien réelle des peuples noirs.

Le contexte belge est bien différent.

En 1903, soit neuf ans avant la fameuse « Lettre au Roi » de Jules Destrée », le comte Albert du Bois était exclu du circuit diplomatique belge pour avoir osé souligner le caractère artificiel du Royaume et prôné le rattachement des provinces wallonnes à la France : Belges !… Ceux qui habitent dans le cercle que le crayon distrait d’un Palmerston (Ndlr : ancien Premier ministre britannique) quelconque traçait à Londres en 1831, sur une carte d’Europe, sont des « Belges » ! C’est ainsi que l’on crée un peuple ! C’est ainsi que l’on forme une nation ! C’est ainsi que l’on constitue un pays !… Pour parquer les chiens dans les expositions canines, on fait au moins attention à leurs races et à leurs espèces ; mais pour parquer les peuples en troupeaux de « contribuables », on ne doit pas y regarder de si près. Il suffit de prendre trois millions d’individus d’une espèce et trois millions d’individus d’une autre espèce. On leur dit : « Tâchez de ne pas trop vous dévorer entre vous. Vous êtes une même nation. On vous appellera des « Belges » – et les pauvres bêtes répondent docilement au nom qu’on leur donne ! »

Amalgame

65 ans plus tard, Flamands et Wallons vont se déchirer sur l’affaire de Louvain.

Paraît alors « Le Divorce belge » de Lucien Outers, dans lequel l’auteur écrit : « Ma colère, je la réserve à ceux qui, par aveuglement ou par intérêt, veulent nier ce qui fait l’originalité de nos deux peuples, leurs richesses propres et leurs virtualités profondes, dans un amalgame informe qu’ils appellent la patrie. »

Pour tenter de rendre l’amalgame moins informe, les responsables politiques entreprirent de lui donner un visage fédéral. De 1970 à ce jour, six réformes institutionnelles furent ainsi opérées. Non seulement, elles n’ont pas apporté l’apaisement escompté, mais elles ont rendu le processus de décision politique extrêmement compliqué. Et Jean Quatremer, le correspondant du journal français « Libération » à Bruxelles de constater la déliquescence de l’Etat, miné par les luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone.

A l’occasion de la Fête nationale flamande, le 11 juillet, le ministre-président flamand Geert Bourgeois a tenu à mettre les points sur les i : Aujourd’hui, nous sommes indéniablement une nation. (…) Notre langue, le néerlandais, est le cœur de notre identité flamande.

Voilà bien où se situe le cœur du problème. En Flandre, on regarde la VRT, la VLAAMSE Radio en Televisie. Les francophones, eux, regardent la RTBF, la Radio et Télévision BELGE francophone.

Nation flamande, collectivité francophone

La Belgique est finalement constituée d’une nation flamande, d’une collectivité wallonne qui, selon les sondages, se sent avant tout belge, et d’une Région bruxelloise mélangée. C’est au sein de cette dernière que la notion de « belgitude » pourrait à la limite s’appliquer. Et il convient de ne pas oublier la communauté germanophone, attachée à la fois à son identité culturelle et à l’Etat belge.

La réalité wallonne, l’historien namurois Félix Rousseau l’a fort bien cernée : dès le XIIIe siècle, c’est le français qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

Comme chaque région de France, la Wallonie a ses spécificités : dialectes, traditions folkloriques, spécialités culinaires… Mais, comme chaque région de France, elle peut aussi s’enorgueillir de relever d’un cadre général qu’André Renard, le leader du Mouvement Populaire Wallon, qualifiait de grand flambeau, de grande lumière de culture. Et il ajoutait : Nous avons foi dans cette France qui, pour nous, est éternelle.

L’establishment francophone se met la tête dans le sable pour ne pas voir la réalité : déjà nation, la Flandre pourrait, à terme, devenir un Etat souverain. Première force politique du pays, la N-VA a d’ores et déjà annoncé que le confédéralisme serait sur la table des négociations au lendemain des élections législatives de l’an prochain : une Belgique réduite à l’état de coquille vide et qui, très vite, serait jugée superflue.

Les adeptes de la « belgitude » n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer, autour d’un barbecue avec l’indispensable sôôôce andalouse…

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

Que Charles Michel ne se trompe pas de cible !

Alors que le choix du gouvernement belge concernant le remplacement des F16 devrait tomber prochainement, Claude-France Arnould, l’ambassadrice de France à Bruxelles, a tenu à s’exprimer dans le journal flamand « De Standaard ». Selon elle, si l’option devait se porter sur le F 35 américain, il est clair que la Belgique ne pourrait pas collaborer        au projet du nouvel avion de combat franco-allemand : Si l’on pense qu’il est possible d’acheter le F35 tout en développant le SCAF (Système de Combat Aérien futur), je dois souligner que cette idée relève d’un malentendu.

Cette déclaration a déplu au Premier ministre Charles Michel, qui y voit une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures belges et qui a chargé son conseiller diplomatique de rappeler l’ambassadrice à l’ordre.

Il est clair que cette situation est de nature à détériorer nos relations avec la France. Ceci alors que les commentaires peu amènes des supporters des Diables Rouges à l’égard de la France ne cessent de se répandre après la victoire des Bleus en Coupe du Monde.

Dans ce délicat dossier du remplacement de nos avions de chasse, seuls l’Eurofighter britannique et le F 35 américain restent officiellement en lice, la proposition française du Rafale ayant été faite en dehors de la procédure de l’appel d’offres. Ce qui ne signifie nullement qu’elle ne peut être prise en considération. Mais la N-VA a clairement fait savoir qu’elle ne voulait pas la soutenir.

Alors que le Royaume-Uni s’est prononcé pour le Brexit et que le président américain Donald Trump n’est pas enclin à faire le moindre cadeau à l’Union européenne, le choix du Rafale ne devrait-il pas tout naturellement s’imposer ? D’autant que, comme l’a rappelé l’ancien patron de la base de Florennes, le colonel Luc Gennart : Notre coopération avec les armées françaises est depuis plus de deux décennies parmi les plus intenses que nous puissions avoir avec des partenaires européens. Le groupe Dassault Aviation est déjà fortement implanté en Belgique depuis plus de 50 ans dans un réseau de 800 entreprises partenaires.

Dans moins d’un an se tiendront chez nous des élections législatives qui pourraient faire bien déboucher sur l’impossibilité de constituer un gouvernement. En cas d’implosion du pays, les Wallons se trouveraient dans une situation budgétaire intenable, qui engendrerait une baisse sensible des prestations sociales. Le seul pays sur lequel ils pourraient alors compter serait la France, dont ils n’ont été écartés que par les hasards de l’Histoire. Souvenons-nous des propos tenus par le général de Gaulle à son ministre Alain Peyrefitte, en 1967 : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines. Toutes ces choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment plus.

Que Charles Michel ne se trompe surtout pas de cible et qu’il n’oublie pas ce qu’avaient déclaré naguère François Perin et Jean Gol ! Jean Gol dont le Centre d’études du MR porte d’ailleurs le nom…

Jules Gheude