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Theo Francken (N-VA) et Pierre-Yves Jeholet (MR) veulent mettre les demandeurs d’asile à l’emploi

L.V., « La Libre Belgique », 30 août 2017

 

Les deux ministres ont signé mardi un accord de collaboration entre l’instance fédérale d’accueil Fedasil et le Forem.

Le secrétaire d’Etat à l’Asile Theo Francken (N-VA) et le nouveau ministre wallon de l’Emploi Pierre-Yves Jeholet (MR) ont signé mardi un accord de collaboration pour favoriser l’insertion socio-professionnelle des demandeurs d’asile. L’accord signé par les deux hommes au centre d’accueil de Rixensart a pour objectif de renforcer la présence du Forem dans les centres Fedasil en Wallonie. Des séances d’informations seront notamment organisées pour les demandeurs d’asile. Le Forem apportera également son expertise en matière d’accompagnement sur le marché de l’emploi.

Les demandeurs d’asile peuvent aujourd’hui demander un permis de travail quatre mois après avoir introduit leur dossier de demande d’asile. Leur permis de travail est alors valable jusqu’à la décision de l’Office des étrangers. Si la personne est reconnue réfugiée, elle peut continuer à travailler au même titre qu’un citoyen belge.

Un accord qui existe depuis un an en Flandre

Les deux ministres compétents se sont inspirés de la collaboration qui avait été initiée en octobre 2016 en Flandre entre Fédasil et l’agence flamande de l’emploi, le VDAB. Ce dispositif a permis d’offrir un trajet d’accompagnement – composé de formations professionnelles ou de coaching – à 656 demandeurs d’asile.

Après un an, a indiqué Theo Francken, les chiffres de l’orientation vers le marché de l’emploi sont en hausse. Avec notre collègue wallon, le ministre Jeholet et le Forem, nous voulons aujourd’hui rééditer cette heureuse expérience (…) L’objectif est de rapprocher les demandeurs d’asile qui ne trouvent pas d’emploi et les postes qui ne trouvent pas le profil adéquat. Je reçois beaucoup d’email de réfugiés qui occupent des postes pour lesquels ils sont surqualifiés”,

Des efforts sont à fournir

Aujourd’hui, environ 20% des demandeurs d’asile de plus de 18 ans présents dans les centres d’accueil Fedasil et qui sont en procédure depuis plus de quatre mois travaillent ou ont travaillé. C’est bien mieux qu’en 2016, lorsque les résultats d’un contrôle aléatoire avaient démontré que seuls 12,45% de ces demandeurs d’asile travaillaient ou avaient travaillé. Mais, pour les deux responsables, ce pourcentage peut être plus élevé encore.

La mise à l’emploi est d’autant plus cruciale qu’elle fait partie des conditions nécessaires à l’intégration du réfugié dans la société. Le permis de séjour est en effet limité dans le temps, à cinq ans. Si le réfugié ne démontre pas assez sa volonté à vouloir s’intégrer, notamment en apprenant la langue ou en cherchant un emploi, il peut se voir retirer son titre de séjour.

Ces nouvelles aides mises en place ne concernent cependant que les demandeurs d’asile bénéficiant d’un taux de reconnaissance élevé, comme c’est le cas des Syriens, qui ont un taux de reconnaissance actuel de 98%.

Collaboration MR / N-VA

Par cette signature, il s’agit aussi d’envoyer un message politique visant à démontrer quie désormais le fédéral et la Région wallonne pouvaient collaborer. “Il y aura d’autres synergies entre le fédéral et la Wallonie”, a pour sa part affirmé Pierre-Yves Jeholet. “Nous poursuivons les mêmes objectifs en termes d’intégration et d’emploi. La première chose à faire est de renforcer les collaborations.

Le secrétaire d’Etat Francken espère également que le changement de majorité permettra à son projet de déclaration des primo-arrivants de voir le jour. Il s’agit de mettre en place une déclaration que le candidat réfugié devra signer et dans laquelle il s’engage à comprendre les droits, obligations, valeurs et libertés de la société belge et agir en conformité avec ceux-ci.

 

Pierre-Yves Jeholet: « Je veux mettre fin à la culture de l’excuse du Forem »

RTBF-Info, 28 août 2017

Si le chômage diminue en Wallonie, c’est notamment grâce aux mesures prises par le gouvernement fédéral, estime Pierre-Yves Jeholet (MR), ministre wallon de l’Economie et de l’Emploi.

« Mais on ne peut pas se contenter d’avoir un taux de chômage qui est le double de celui de la Flandre, et qui est beaucoup plus élevé que beaucoup d’autres régions d’Europe. Il faut encourager toutes les entreprises à créer de l’activité et de l’emploi, et faire en sorte qu’elles exportent davantage et qu’elles investissent. A côté de cela, on a un opérateur, le Forem, qui est trop tourné sur lui-même, et pas assez sur l’emploi. Dans certaines régions, il y a près de 20% de jeunes qui ne sont pas dans un parcours scolaire, ni dans un parcours de formation et qui n’ont pas d’emploi. Moi je veux leur tendre la main, les responsabiliser et leur dire qu’ils suivent une formation qui va mener à un emploi. On a beaucoup de métiers en pénurie de main-d’œuvre, faisons en sorte que le marché de l’offre et la demande soient plus proches l’un de l’autre« .

« Je veux mettre fin à la culture de l’excuse du Forem »

Pour le ministre, « le Forem est trop tourné sur la structure et pas sur les missions. Il faut des indicateurs de résultat, des indicateurs de progrès. Je n’ai pas besoin de chiffres qui me donnent bonne conscience » en détaillant le nombre d’heures de formation données.

« Les résultats, c’est de savoir si, grâce au Forem, on a remis une série de personnes sur le marché du travail. Je veux mettre fin à la culture de l’excuse du Forem. A un moment donné on est dans de l’assistance sociale, plutôt que dans un vrai accompagnement« .

Pour Pierre-Yves Jeholet, « près de 430 personnes occupent des fonctions de management au Forem, c’est-à-dire plus de 10%, c’est trop. Je veux plus de personnes en contact direct avec les demandeurs d’emploi« . Mais il se défend de vouloir faire des coupes dans le personnel de l’organisme: « Quand on voit la pyramide des âges du Forem, il y a beaucoup de personnes qui arrivent en fin de carrière, on peut évidemment travailler sur un non-remplacement de ces personnes. Il s’agit de faire en sorte que l’on fasse mieux avec moins demain au Forem« .

« Une faillite socialiste »

Le ministre veut délivrer « un message de confiance et de loyauté » à la patronne du Forem Marie-Kristine Vanbockestal (étiquetée socialiste) et à tous les responsables des structures et des opérateurs dont il a la tutelle, mais il exige la même confiance et la même loyauté de leur part.

« Si on doit se priver de tous les responsables socialistes dans les structures, on n’aura plus beaucoup d’interlocuteurs. Je ne veux pas de chasse aux sorcières« .

Si le Forem n’a jusqu’ici pas atteint ses objectifs, « il y a une responsabilité politique majeure d’Éliane Tillieux qui était en poste avant moi, mais aussi des socialistes depuis des années. C’est une faillite socialiste. Quand les politiques changent, ils prennent des réformes et mettent en place des nouvelles mesures. A l’administratrice générale de les appliquer« .

APE: « Le fait du prince »

Pierre-Yves Jeholet n’exclut pas de « toucher au plan Marshall« , tout en reconnaissant qu’il y a des « mesures positives » dans ce plan, et il cite les pôles de compétitivité. « Mais je constate quand même qu’il y a encore beaucoup de saupoudrage en Wallonie dans l’économie, la recherche et les investissements. Je veux y travailler« .

En matière d’emplois subsidiés, le ministre veut réformer le système de « points APE (Aide à la promotion de l’emploi): c’est un 1,1 milliard d’euros par année, et à un moment donné c’est le fait du prince. Il n’y a pas d’objectivation suffisante » des critères d’aide. « Je veux la transparence totale et faire en sorte que l’argent public que l’on dépense dans ce secteur soit le mieux utilisé possible« .

 

La curieuse stratégie d’Olivier Maingain

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Ainsi donc, Olivier Maingain, le président de DéFi, est prêt à dénouer la crise politique que traverse la Communauté française, mais pas à n’importe quel prix.

Selon lui, le fait que Benoît Lutgen ait débranché la prise n’empêche nullement le gouvernement actuel de fonctionner : C’est la logique dans les entités fédérées : il n’y a pas de gouvernement en affaires courantes, sauf si tous les ministres démissionnent.

Sauf que suite au retrait du cdH, le gouvernement actuel ne dispose plus d’une majorité parlementaire.

Situation proprement surréaliste donc que celle d’un gouvernement qui n’est pas en affaires courantes, mais qui se trouve dans l’incapacité de prendre des mesures d’envergure. Les ultra-régionalistes wallons peuvent se frotter les mains, eux qui ont toujours contesté l’utilité de l’institution communautaire !

OIivier Maingain explique encore : Nous voulons fortifier la Communauté française et nous demandons un engagement solennel de tous les partis francophones pour pérenniser la Communauté française. Nous sommes opposés à tout transfert de compétence vers les Régions car c’est une perte de temps, et préjudiciable aux francophones.

S’il souhaite vraiment sauver la Communauté française, Olivier Maingain n’a toutefois d’autre choix que de constituer, avec le MR et le cdH, une majorité de rechange. Et le plus tôt sera le mieux. Car les manœuvres politiciennes constituent, elles aussi, une perte de temps préjudiciable.

Est-ce à dire que l’institution ne doit subir aucune adaptation ? Nous sommes ici d’un avis différent.

 

La Communauté française a toujours été handicapée par la question de son financement.

C’est pour tenter de la régler que PS, PSC et Ecolo ont conclu, le 31 octobre 1992, l’accord dit « de la Saint-Quentin » organisant le transfert partiel ou total de certaines compétences vers la Région wallonne et la Commission communautaire française, sans transférer la totalité des budgets qui leur étaient liés, le solde restant à la disposition de la Communauté française. L’opération visait donc à alléger les finances de celle-ci.

Les compétences totalement ou partiellement transférées concernaient des matières culturelles (les infrastructures sportives, le tourisme, la promotion sociale), des matières personnalisables (une partie de la politique de santé, une partie de la politique familiale, la politique d’aide sociale, la politique d’accueil et d’intégration des immigrés, la politique des handicapés et la politique du troisième âge), ainsi que quelques éléments de la politique d’enseignement (le transport scolaire et la gestion, avec la Communauté française, de six sociétés d’administration des bâtiments scolaires).

Il s’agit donc, pour la Région wallonne et pour la Cocof, d’une implication budgétaire qui est loin d’être négligeable.

Ce type de transfert avait été rendu possible après le vote de la révision de la Constitution prévue par l’accord dit « de la Saint-Michel ».

Le nouvel article 138 de la Constitution stipule en effet :

Le Parlement de la Communauté française, d’une part, et le Parlement de la Région wallonne et le groupe linguistique français du Parlement de de la Région de Bruxelles-Capitale, d’autre part, peuvent décider d’un commun accord et chacun par décret que le Parlement et le Gouvernement de la Région wallonne dans la région de langue française et le groupe linguistique français du Conseil de la Région de Bruxelles-Capitale et son Collège dans la région bilingue de Bruxelles-Capîtale exercent, en tout ou en partie, des compétences de la Communauté française.

Ces décrets sont adoptés à la majorité des deux-tiers des suffrages exprimés au sein du Parlement de la Communauté française et à la majorité absolue des suffrages exprimés au sein du Parlement de la Région wallonne et du groupe linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, à condition que la majorité des membres du Parlement ou du groupe linguistique concernés soit présente. Ils peuvent régler le financement des compétences qu’ils désignent, ainsi que le transfert du personnel, des biens, droits et obligations qui les concernent.

Ces compétences sont exercées, selon le cas, par voie de décrets, d’arrêtés ou de règlements.

Pourquoi, à l’instar de ce qu’a fait la Flandre, ne pourrions-nous pas opérer la fusion Région-Communauté ? Depuis 1988, la Région bruxelloise existe et, au fil du temps, elle n’a cessé de s’affirmer. Une enquête réalisée en 2013 par Rudi Janssens de la VUB a révélé que 73,9% des Bruxellois optaient pour l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. Seuls 4% se tourneraient vers la Flandre et 4,6% vers la Wallonie.

Le risque de voir Bruxelles tomber dans l’escarcelle flamande s’est donc sensiblement estompé.

Rappelons-nous également que, lors de l’éclatement de la Fédération yougoslave, il fut tenu compte des frontières administratives internes (rapport de la Commission Badinter en 1992), alors que la règle de droit international « uti possidetis iuris » (tu posséderas comme tu as possédé) ne s’appliquait jusqu’alors qu’aux frontières extérieures d’un Etat disparu.

Cela peut donc faire jurisprudence. En Belgique, seules les Régions wallonne, flamande et bruxelloise, ainsi que la Communauté germanophone, peuvent être délimitées géographiquement. Ce sont donc ces frontières qui seraient prises en considération si l’Etat belge était amené à disparaître.

Feu Xavier Mabille, l’ancien président du CRISP, a d’ailleurs tenu à mettre la Flandre en garde : Pour tenter de l’exprimer dans les termes les plus clairs, la Flandre – ou du moins  une majorité parmi les personnes et les institutions qui en assurent l’expression politique – pourrait décider de son autodétermination. Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin  de la Wallonie ni de celui de Bruxelles.

La fusion Région-Communauté n’implique qu’une volonté politique intra-francophone, sans la moindre implication flamande. Il ne faut pas être un comptable expérimenté pour saisir le type d’économies qu’elle permettrait de réaliser.

Pour ce qui est de la population germanophone, ce fut une erreur de l’avoir intégrée à la Région wallonne. Communauté à part entière, elle devrait pouvoir compter aussi sur des outils régionaux propres.

(1) Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

 

Communauté française de Belgique: « Et si la solution passait par la fusion Communauté-Région ? »

Une opinion de Jules Gheude

« Le Vif » 17/08/17 à 09:51 – Mise à jour à 09:51

http://www.levif.be/actualite/belgique/communaute-francaise-de-belgique-et-si-la-solution-passait-par-la-fusion-communaute-region/article-opinion-707553.html

De manière récurrente depuis 35 ans, des voix wallonnes s’élèvent pour réclamer la suppression de la Communauté française de Belgique.

De son côté, la Flandre n’a nulle intention de toucher à cette Communauté flamande qui lui permet d’encadrer sa minorité bruxelloise d’une manière efficace, du berceau jusqu’à la tombe, comme disait François Perin.

Dès le départ, la Flandre a d’ailleurs choisi de conférer à la Communauté l’exercice des compétences dévolues à la Région. Le Parlement flamand légifère donc à la fois dans les matières communautaires et régionales. Installé à Bruxelles, il compte 124 députés élus au suffrage universel direct : 118 en Région flamande et 6 en Région de Bruxelles-Capitale.

Quant au gouvernement flamand, lui aussi installé à Bruxelles, il se compose de 9 ministres.

Les francophones auraient, eux aussi, pu opter pour cette fusion Communauté-Région. Le parti réformateur-libéral y était d’ailleurs favorable, mais il se heurta à la réticence du PS, lequel craignait de voir sa prépondérance wallonne se diluer dans un cadre plus large.

On dédoubla donc les institutions, les unes (Région) installées à Namur, les autres (Communauté) à Bruxelles. Le gouvernement wallon compte aujourd’hui 7 membres, comme celui de la Communauté française (2 de ceux-ci étant aussi membres du gouvernement wallon).

Le Parlement wallon se compose de 75 membres, élus au suffrage universel direct. Le Parlement de la Communauté française comprend, lui, 94 membres : les 75 élus du Parlement wallon et 19 élus appartenant au groupe linguistique français de la Région de Bruxelles-Capitale.

Nul n’est besoin d’être un comptable expérimenté pour saisir le type d’économies que la Flandre peut ainsi réaliser chaque année.

François Perin raconte : « Gol était un esprit cultivé, convaincu que nous ne sommes rien sans la culture française. Une idéologie culturelle régionaliste wallonne, c’était pour lui le comble de la médiocrité. Dès 1979, le PRL a préconisé la fusion Communauté-Région pour ne pas abandonner Bruxelles. Je me souviens de sa terrible colère au bureau du parti quand André Damseaux et Jacqueline Mayence ont basculé en faveur de l’implantation de la capitale wallonne à Namur. « Il n’y a que deux capitales possibles », déclara-t-il. « Si ce n’est pas Bruxelles, j’en connais une autre autrement prestigieuse ». Il n’a pas prononcé le nom de Paris mais… »

Alors que la Flandre freinait de toutes ses forces la mise sur pied d’une Région bruxelloise à part entière, la position de Jean Gol était largement compréhensible. Il fallait éviter à tout prix que Bruxelles ne tombât à terme dans l’escarcelle flamande.

La Région bruxelloise finit par accoucher en 1988. En guise de compensation à la Flandre, le PS avait choisi de sacrifier José Happart sur l’autel fouronnais. L’ultra-régionaliste wallon, à qui les Bruxellois francophones reprochaient son manque de solidarité, pouvait à présent répondre : « Moi, pas solidaire ? Mais c’est grâce à moi que la Région bruxelloise a pu voir le jour ! »

Non seulement la Région bruxelloise était née, mais elle fut même la première des Régions à voir son Parlement élu au suffrage universel en 1989.

Dès cet instant, les choses prenaient une tournure différente. Bien qu’enclavée en territoire flamand, la Région de Bruxelles-Capitale pouvait désormais faire valoir ses propres frontières pour contrecarrer toute tentative d’appropriation par la Flandre.

Il est intéressant de constater que, lors de l’éclatement de la Fédération yougoslave, il fut tenu compte des frontières administratives internes (rapport de la Commission Badinter en 1992), alors que la règle de droit international « uti possidetis iuris » (tu posséderas comme tu as possédé) ne s’appliquait jusqu’alors qu’aux frontières extérieures d’un Etat disparu.

Cela peut donc faire jurisprudence. En Belgique, seules les Régions wallonne, flamande et bruxelloise, ainsi que la Communauté germanophone, peuvent être délimitées géographiquement. Ce sont donc ces frontières qui seraient prises en considération si l’Etat belge était amené à disparaître.

Feu Xavier Mabille, l’ancien président du CRISP, a d’ailleurs tenu à mettre la Flandre en garde : Pour tenter de l’exprimer dans les termes les plus clairs, la Flandre – ou du moins une majorité parmi les personnes et les institutions qui en assurent l’expression politique – pourrait décider de son autodétermination. Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin de la Wallonie ni de celui de Bruxelles.

Aujourd’hui, force est de constater que les Bruxellois dans leur ensemble affirment de plus en plus distinctement leur spécificité. Selon l’enquête réalisée par Rudy Janssens de la VUB en 2013, 73,9% d’entre eux optaient pour l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. Seuls 4% seraient prêts à se tourner vers la Flandre, et 4,6% vers la Wallonie !

Pour en revenir à la Communauté française de Belgique (seule appellation autorisée par la Constitution), son avenir est aujourd’hui menacé par l’absence de gouvernement de plein exercice, suite à la décision de Benoît Lutgen, de mettre un terme à l’alliance avec le PS.

Olivier Maingain, le président de DéFi, vient de déclarer qu’il était disposé à jouer le rôle de sauveur, mais pas à n’importe quel prix.

Et si la solution passait finalement par la fusion Communauté-Région, le tout installé à Namur?

Et si la solution passait finalement par la fusion Communauté-Région, le tout installé à Namur ? On n’aurait plus qu’un seul gouvernement et il suffirait, chaque fois que des matières communautaires sont à l’ordre du jour, que les 19 membres bruxellois francophones se déplacent dans la capitale wallonne. Cela s’appelle l’économie des moyens.

Dans la mesure où la Communauté française ne peut être supprimée (cela exigerait une modification de l’article 2 de la Constitution, à laquelle, jamais, la Flandre ne consentira), la formule préconisée ici présente l’avantage de l’efficacité au moindre coût. Elle n’affecterait en rien les liens de solidarité entre Bruxelles et la Wallonie.

Les francophones peuvent aisément la concrétiser seuls, en rassemblant les majorités prévues à cet effet par la Constitution (au Parlement de la Communauté française, au Parlement wallon et au sein du groupe linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale). C’est, somme toute, une question de cuisine interne, sans implication de la Flandre.

Reste à savoir si les bisbilles partisanes sont aujourd’hui susceptibles de s’effacer au nom de la raison et au profit de l’intérêt général…

Pour ce qui est de la population germanophone, ce fut une erreur de l’avoir intégrée à la Région wallonne. Communauté à part entière, elle devrait pouvoir compter aussi sur des outils régionaux propres.

Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

 

L’Afsca est-elle un obstacle pour produire et consommer wallon?

« Le Vif », Belga, 14 août 2017

Les règles actuelles de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) sont un obstacle à la réussite d’une transition écologique alimentaire en Wallonie, estime le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique Carlo Di Antonio (cdH) dans les colonnes du Soir lundi.

 

Le centriste appelle à généraliser les productions raisonnées, respectueuses des consommateurs, des agriculteurs, de l’environnement et des animaux. Mais l’Afsca reste, à ses yeux, un gros problème.

Pour Carlo Di Antonio, il est indispensable d’avoir des règles spécifiques (et non pas une simple adaptation des règles générales) pour les artisans producteurs et transformateurs, les petits éleveurs ou encore les cantines scolaires.

Rappelez-vous les épisodes de la tarte au riz ou du fromage de Herve. L’Afsca met la pression sur un secteur qui n’a jamais posé de problème majeur à l’exception d’une indigestion de temps en temps. Les règles génèrent une obligation de moyens qui rendent l’équation économique impossible : quand on doit investir 25.000 euros pour transformer un peu de lait en yaourt ou fromage, ça ne va pas, dit-il.

D’après le ministre, les exigences surfaites, appliquées de façon tatillonne, ont amené la disparition de nombreux artisans et l’Afsca est une entrave au développement de projets agro-alimentaires de petite et moyenne ampleur.

Réfléchir à l’après-Belgique

« Le Vif » 07/08/17 à 11:22 – Mise à jour à 11:21

http://www.levif.be/actualite/belgique/reflechir-a-l-apres-belgique/article-opinion-702883.html

Xavier Mabille, qui fut président du CRISP et dont le jugement sage était unanimement reconnu, écrivait en 2006, à propos de l’hypothèse de la disparition de la Belgique: hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure.

© Reuters

Lors de la longue crise politique qu’a connue la Belgique en 2010-2011 (541 jours sans gouvernement de plein exercice), la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a chargé deux de ses membres d’une mission afin d’étudier la question belge. La conclusion de leur rapport est claire : la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable : Ce qui apparaît aujourd’hui est que le thème de la séparation est devenu une hypothèse de travail crédible pour les ‘acteurs’ de la vie politique.

Présentée par le gouvernement flamand en 2012, la « Charte pour la Flandre » (Handvest voor Vlaanderen) précise, dans son préambule, que la Flandre forme une nation. Une nation dont la N-VA, la première force politique du pays, entend bien faire un Etat souverain au sein de l’Union européenne.

Evolution semblable en Ecosse et en Catalogne. Cette dernière organisera, le 1er octobre prochain, un référendum sur l’indépendance. Si celui-ci devait s’avérer positif, la N-VA serait la première à applaudir. Mais comment réagirait officiellement le gouvernement Michel ? Affaire à suivre…

Le fossé entre le Nord et le Sud est béant, conséquence d’orientations politiques diamétralement opposées. Et bien que le nouveau gouvernement wallon MR-CDH soit susceptible de modifier la donne, il ne dispose que de très peu de temps pour engranger des résultats significatifs. Si l’irrésistible ascension du PTB en Wallonie (24,9% !) devait se confirmer lors des élections législatives et régionales de 2019, elle ne faciliterait certes pas les choses.

Olivier Maingain, le président de DéFI, déclarait récemment : La Belgique sera fédérale ou ne sera pas. Il semble perdre de vue que pour la Flandre, le fédéralisme est dépassé depuis longtemps. Voilà 18 ans -la N-VA n’existait pas encore ! – que le Parlement flamand a adopté ces fameuses résolutions d’inspiration nettement confédéraliste.

C’est d’ailleurs sur ces résolutions que repose le projet de réforme institutionnelle que Bart De Wever souhaite mettre sur la table dans deux ans : le noyau central est réduit à sa plus simple expression, avec seulement quatre compétences : la défense, les affaires étrangères, la sécurité et les finances. Tout le reste est du ressort des Etats Flandre et Wallonie. Pour ce qui est des matières dites « personnalisables », chaque habitant de la Région de Bruxelles-Capitale, indépendamment de sa langue et de son origine, devrait choisir entre le paquet flamand et le paquet wallon. Cela concerne notamment l’impôt des personnes et le système de sécurité sociale.

Si les francophones devaient s’opposer au projet confédéral en 2019, le Royaume pourrait être dans l’impossibilité d’obtenir un nouveau gouvernement. Prenant acte de ce blocage, la Flandre pourrait alors user de la légitimité démocratique de son parlement, pour décréter unilatéralement l’indépendance.

L’avenir post-belge de la Wallonie

Dans leur grosse majorité, les Wallons se sentent avant tout Belges, comme l’a indiqué un récent rapport de l’Iweps. On ne décèle, en effet, aucun sentiment national wallon.

Mais s’ils se voyaient largués par la Flandre, à leur corps défendant, ils devraient bien se déterminer quant à leur avenir

Le WalloBrux

Un sondage réalisé par « RTL-Ipsos-Le Soir  » en 2013 indique que 61% d’entre eux souhaitent s’associer à Bruxelles pour former une Belgique résiduelle. Mais ce WalloBrux apparaît comme une illusion lorsqu’on apprend que 68% des Bruxellois se prononcent clairement pour une Région bruxelloise indépendante.

Les Bruxellois tiennent clairement à sauvegarder leur spécificité. Ils pourraient donc s’organiser en Ville-Etat, siège des institutions européennes et internationales.

Un Etat wallon indépendant

On a procédé, au départ des chiffres de 2012, au partage de la dette publique belge entre les Régions au prorata du Produit Intérieur Brut. Le constat, pour la Wallonie, est alarmant : elle présente un déficit public par rapport au PIB supérieur à celui de la Grèce en 2009. On n’ose imaginer les mesures draconiennes qui devraient être prises. Elles seraient d’une telle ampleur qu’il en résulterait un bain de sang social.

L’union-intégration à la France

Ne reste plus alors que l’option française. Non pas une assimilation, qui serait impossible, du moins dans un premier temps.

Les activités du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net), fondé en 2010, reposent sur une union-intégration de la Wallonie à la France, avec un statut particulier. La Constitution française autorise, en effet, des cadres institutionnels divers pour les collectivités territoriales qui présentent une réelle spécificité. On pourrait ainsi combiner le maintien des outils d’auto-administration de la Wallonie et de l’héritage juridique belge avec la solidarité nationale française, garante des systèmes sociaux et des services publics.

Le constitutionnaliste français Didier Maus a reconnu la faisabilité d’un tel projet.

Les Français seraient-ils d’accord ?

Le général de Gaulle s’était dit convaincu que seule leur prise en charge par la France peut assurer un avenir à votre trois à quatre millions de Wallons (propos tenus à Robert Liénard, à la fin des années 60).

Depuis lors, de nombreuses personnalités françaises, de tous bords, se sont exprimées de manière positive sur ce sujet.

Pour Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait (voir son blog du 9 septembre 2008).

Avec la Wallonie, la France gagnerait – de manière tout à fait pacifique – un accroissement territorial et démographique, qui lui permettrait de réduire sensiblement le différentiel avec l’Allemagne. Cela aurait aussi une incidence positive au niveau des votes à l’Union européenne. La Wallonie occupe, en outre, une position géographique stratégique. Ses ressources naturelles, ses voies navigables, ainsi que ses infrastructures autoroutière, ferroviaire et aéroportuaire constituent des atouts importants. Sans oublier la richesse de sa création culturelle et artistique, ses entreprises de pointe, sa main-d’oeuvre qualifiée, ses chercheurs, ses universités et hautes écoles… La mariée, comme on dit, ne viendrait pas les mains vides !

A propos de la reprise de la dette wallonne par la France, Jules Gazon, professeur émérite d’Economie de l’ULg, explique : Le PIB de la France « augmentée » de la Wallonie serait égal à 24 fois le PIB wallon. L’amplitude des effets en termes de déficit public et de dette publique par rapport au PIB serait divisée par 24. Elle serait marginale.

Il va de soi qu’un double référendum (un en France, l’autre en Wallonie) devrait être tenu sur la question.

Selon un sondage « Ifop / France-Soir » réalisé en 2010, 66% des Français (75% dans les régions frontalières) avaient répondu positivement.

Un autre sondage réalisé en 2008, conjointement par « Le Soir » et « La Voix du Nord » avait fait apparaître qu’en cas de disparition de la Belgique, 49% des Wallons feraient le choix de la France. Mais, comme nous l’avons vu plus haut, la situation économique précaire de la Wallonie devrait faire pencher définitivement la balance au nom de la raison.

Et les germanophones ?

Aujourd’hui, ils font partie intégrante de la Région wallonne, mais ils affirment de plus en plus distinctement leur identité. En cas de disparition de la Belgique, ils devraient donc avoir la possibilité de se prononcer à part.

Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les Vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est parue chez « Doorbraak Boeken », avec une préface du politologie Bart Maddens de la KU Leuven.

 

Nouvelle baisse du chômage en Wallonie

Benoit July, « Le Soir », 4 août 2017

À Bruxelles comme en Wallonie, les mois de baisse du chômage s’enchaînent, grâce à une conjoncture favorable et des mesures incitatives.

© Coralie Cardon

Depuis près de trois ans, les chiffres du chômage sont très encourageants en Belgique francophone. Selon les informations du Soir, la Wallonie enregistre en juillet son 37e mois de baisse du chômage. À Bruxelles, la tendance est comparable avec 33 mois de baisse continue.

Ce sont bel et bien les effets de l’embellie économique générale qui se font sentir, mais aussi de la réglementation plus restrictive relative au chômage. Une partie des personnes ayant perdu leur droit aux allocations ne se sont pas réinscrites au Forem, disparaissant ainsi des radars. D’autres mesures ont également amélioré l’employabilité des candidats (comme un meilleur accompagnement, la multiplication de contrats d’insertion ou encore des cellules de reconversion pour les travailleurs frappés par les restructurations). Le tax shift instauré par le gouvernement fédéral a rassuré certains employeurs craintifs.

Les jeunes, premiers en tout

En période de crise, les jeunes sont les premiers à souffrir des coupes franches dans la masse salariale. Mais «  en période de reprise, ils sont parmi les premiers à en bénéficier », commente Jean-Marc Manfron, responsable des analystes de marché au Forem. À Bruxelles, le chômage des jeunes diminue depuis 50 mois déjà. « À chaque nouvelle baisse du taux de chômage, on reste étonné », se réjouit le directeur général d’Actiris, Grégor Chapelle.

Mais malgré les bonnes nouvelles, Bruxelles et la Wallonie restent toujours largement en deçà des performances de l’emploi en Flandre.

Bruxelles : 16,9% ; Wallonie : 10,6% ; Flandre : 4,9%

Pour une opposition constructive

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de ce texte a été publiée par https://doorbraak.be/steriel-oppositiespel/, sous le titre « Au sujet de l’opposition stérile ».

Tout n’est pas blanc ou noir. Il faut rompre avec le manichéisme politique, qui consiste à penser que l’on détient seul la vérité absolue.

Dans une remarquable « Lettre aux membres du Rassemblement Wallon », rédigée en 1971, François Perin avait tenu à souligner cette triple tradition qui a fait notre civilisation. Le christianisme, le libéralisme et le socialisme ont, chacun, contribué à améliorer la condition de l’Homme.  Mais il est vrai aussi que chaque idéologie, poussée à l’extrême, a engendré les pires horreurs.

Une approche plus sage et plus adulte s’impose aujourd’hui. Que de temps perdu en raison de l’opposition stérile dans laquelle les uns comme les autres se sont, à un moment donné, enfermés !

En 1974, après des années d’immobilisme politique, une régionalisation préparatoire fut mise sur les rails. Des régionalistes wallons convaincus, tel le socialiste Jean-Maurice Dehousse, auraient dû la soutenir. Mais le PS était alors dans l’opposition et l’opération fut boycottée. Ce fut la pratique de la chaise vide au Parlement wallon jusqu’en 1976. De retour au pouvoir en 1977, le PS s’empressa de supprimer les mesures adoptées et il a fallu attendre 1980 pour que la régionalisation définitive voie enfin le jour en Wallonie et en Flandre.

Dans l’opposition, les libéraux se montrèrent, eux aussi, intraitables. François Perin raconte : Gol était assez déplaisant, arrogant même. Il fallait faire tomber le gouvernement par n’importe quel moyen, donc voter non, systématiquement, pour faire sauter avec les rebelles du CVP le quorum des deux tiers et provoquer la crise.

Dégoûté par une telle intransigeance, François Perin démissionna du Sénat, le 26 mars 1980, en fustigeant une particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse au respect de la parole donnée et de la signature mais très douée pour la boulimie avec laquelle elle investit l’Etat en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public.

Aujourd’hui, le PS critique systématiquement les mesures socio-économiques prises par le gouvernement Michel. Rien n’est bon à ses yeux.

Mais en quoi cette mesure visant à exempter les patrons de charges sociales sur le premier travailleur engagé serait-elle nocive ? Ancien administrateur général de l’Awex et ex-chef de cabinet d’Elio Di Rupo, Philippe Suinen reconnaît lui-même que c’est l’une des meilleures décisions prises depuis longtemps (interview accordée à « La Libre Belgique », le 25 juin 2016). Et l’intéressé de plaider pour un unionisme wallon où tous les partis politiques démocrates et les partenaires sociaux se mettraient d’accord sur une trajectoire qui irait, par exemple, jusqu’en 2030.

C’est en adoptant une telle attitude réformiste et constructive que le PS peut se refonder. Faute de l’avoir fait, son homologue français se trouve aujourd’hui laminé.

Les élections législatives françaises ont largement donné le feu vert à Emmanuel Macron. Avant son élection, celui-ci avait clairement détaillé les mesures qu’il comptait prendre, en ce compris celle visant à modifier par ordonnances le Code du travail. Au nom de quelle légitimité, Jean-Luc Mélenchon entend-il aujourd’hui susciter l’agitation dans la rue ?  C’est au sein même de l’Assemblée nationale où il a été élu qu’il doit mener son combat ! Lorsqu’il invite son groupe à quitter l’hémicycle, il contribue à saper les fondements de la démocratie à laquelle, par ailleurs, il se dit attaché.

De nombreux militants socialistes sont d’avis qu’Elio Di Rupo doit renoncer à la présidence du parti. Force est de reconnaître qu’il n’a pas su (voulu) mettre fin aux comportements déviants qui s’étaient manifestés en 2005, avec les affaires carolorégiennes. Trente ans de pouvoir discontinu en Wallonie ont amené le PS à considérer la Région comme « sa » chose. Tous les niveaux de pouvoir ont été systématiquement envahis. On peut en mesurer aujourd’hui les effets néfastes.

Le fait qu’une collectivité mette autant de temps à se redresser est le signe d’une gestion inadaptée. Adopté en 2005, le Plan Marshall, dont il serait malhonnête de contester le bien-fondé, en est à sa quatrième version. Et d’éminents économistes, tels Guiseppe Pagano (Université de Mons) et Didier Paquot (UWE) constatent qu’il n’a pas produit les résultats escomptés. Si le chômage wallon commence à régresser, son taux reste deux fois supérieur à celui de la Flandre. Et la part de l’industrie dans le PIB wallon ne représente que 14,2%.

L’application du Plan Marshall doit donc être repensée. C’est ce à quoi va s’employer le nouveau gouvernement wallon MR-CDH, dont la politique s’articule autour de quatre axes : l’éthique, la rationalisation dans les services publics, la rigueur budgétaire et l’entrepreneuriat.

Plutôt que de s’enfermer dans la rancœur, le PS se grandirait en apportant sa contribution aux réformes susceptibles de faire enfin décoller la Wallonie. Les invectives ne sont plus de mise. La furie idéologique doit s’effacer au nom de l’intérêt général.

Pour le CDH aussi, les choses ne sont pas simples. A présent qu’il est l’allié du MR en Wallonie, ne devrait-il pas revoir sa  stratégie d’opposition au niveau fédéral ?

Dans une récente tribune publiée sur le site de « Knack », l’ancien éditorialiste de « Het Laatste Nieuws », Luc Van der Kelen, par ailleurs membre du mouvement B Plus, se réjouit de voir le rapport de forces politiques se modifier : Une nouvelle unité de centre-droit prend de l’ampleur dans le pays. (…) Cela ouvre la voie à un gouvernement Michel II.

Le pari est toutefois loin d’être gagné. Le temps dont dispose le nouveau gouvernement wallon jusqu’aux prochaines élections régionales est très limité. Suffira-t-il à modifier sensiblement les intentions de vote des électeurs ? Aujourd’hui, rappelons-le, le PTB se retrouve sur la première marche du podium, avec 24,2%.

Le fait est qu’une amélioration sensible de la situation wallonne pourrait amener la Flandre à nous considérer d’un œil différent. Quand elle voit comment l’argent a jusqu’ici été jeté par les fenêtres, on peut comprendre sa réticence à maintenir les transferts financiers (7 milliards d’euro, selon la dernière étude de la KU Leuven)…

(1) Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

 

Bon vent à la Wallonie !

Le Vif 30/07/17 à 08:30 – Mise à jour à 13:04

http://www.levif.be/actualite/belgique/bon-vent-a-la-wallonie/article-opinion-699721.html

Trois décennies d’une gestion imprégnée d’interventionnisme socialiste ont freiné le redressement économique de la Wallonie.

Si l’on ne peut douter de la pertinence du Plan Marshall, force est de reconnaître que, douze ans après son adoption, les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous.

« Un bilan médiocre », titrait le journaliste Benoit July, dans « Le Soir » du 16 février 2017, suite à l’analyse décevante de Guiseppe Pagano, économiste à l’Université de Mons, et de Didier Paquot, directeur du Département « Economie – R&D » de l’Union wallonne des Entreprises. Et le journaliste de préciser : Les principaux indicateurs wallons n’ont pas évolué depuis 2003, époque à laquelle ils avaient initié un sentiment d’urgence et justifié le lancement du plan Marshall dédié au redressement de la Wallonie.

Cette évolution a contribué à altérer les relations avec une Flandre dont le dynamisme et la prospérité sont le fruit d’un esprit entrepreneurial particulièrement développe. En 2016, le Nord a vu ainsi ses exportations croître de 10,6%, avec un chiffre d’affaires de 205,7 milliards d’euros, tandis que le Sud, pour la troisième année consécutive, affichait une baisse (-0,5%), avec un montant de 42,6 milliards d’euros.

Et si le chômage commence timidement à régresser en Wallonie, son taux représente toujours plus du double de celui de la Flandre.

C’est cette situation qui a amené Bart De Wever, le président de la N-VA, a parlé de deux démocraties en Belgique.

Et le député CD&V Hendrik Bogaert de constater : Les Wallons ne peuvent tout de même pas invoquer éternellement la fermeture des charbonnages, intervenue il y a plus d’un demi-siècle.

La solidarité n’est pas un problème pour la Flandre, à condition qu’elle serve vraiment à améliorer les choses. Bart De Wever explique : Les transferts – qui représentent aujourd’hui 7 milliards d’euros, selon le récent rapport de la KU Leuven – doivent être transparents, avoir un but précis et inciter à l’amélioration. Ce n’est pas le cas en Belgique. Ils sont opaques, complexes et ils ne stimulent pas une région à mieux faire sur le plan économique. La bonne gouvernance n’est pas récompensée, mais sanctionnée.

C’est la raison pour laquelle le projet confédéral que la N-VA entend mettre sur la table des négociations en 2019, prévoit, comme c’est le cas en Allemagne, un mécanisme de solidarité objectivement mesurable et qui amène chacun à être vraiment responsable.

Les derniers scandales, dont celui de Publifin, auront été la goutte qui a fait déborder le vase. Mais en provoquant un tsunami politique au niveau des institutions francophones, ils se sont également révélés bénéfiques. Car les choses ne seront plus jamais comme avant.

La décision de Benoît Lutgen de retirer la prise au niveau des gouvernements wallon, bruxellois et de la Communauté française ne fut certes pas dépourvue d’arrière-pensées. Mais elle aura permis, au niveau de la Wallonie, d’envisager enfin une orientation nouvelle.

On ne peut que saluer la volonté de la coalition MR-CDH de s’attaquer à l’hypertophie politico-administrative, résultat d’un clientélisme que le PS a littéralement érigé en système. De même, le souci de faire passer la Wallonie de l’assistanat à l’entrepreneuriat est une excellente chose.

D’aucuns s’indignent. Ils crient au déni de démocratie. Mais le PS s’est-il soucié de la volonté de l’électeur en s’empressant d’écarter le MR du gouvernement wallon en 2014, alors que ce parti avait été le seul à progresser nettement (6 sièges de plus au Parlement) ?

Avec un PTB crédité aujourd’hui de 24,2% d’intentions de vote, l’ancien ministre Jean-Claude Marcourt dit redouter une « République soviétique de Wallonie ». Mais le PS ne porte-t-il pas une lourde responsabilité dans cette évolution ? Les pratiques déviantes n’ont-elles pas contribué à accentuer la méfiance du citoyen envers le politique et à gonfler les voilesde l’embarcation populiste ?

Il n’y a pas de fatalité. En l’espace de quatre ans, Gerhard Schröder est parvenu à relancer l’Allemagne.

La plus grande difficulté consiste à savoir s’imposer face aux forces conservatrices. Bien peu de gens aiment vraiment la vie ; l’horreur du changement en est preuve, écrit André Gide dans son « Journal ».

Et le changement implique une forte dose de détermination, de courage politique.

A trop vouloir sauvegarder les fameux « droits acquis », le parti socialiste s’est révélé incapable de se transformer en profondeur pour s’adapter aux défis d’un monde en pleine mutation. Il paie aujourd’hui le prix fort, comme son homologue français.

La majorité dont dispose le nouveau gouvernement wallon est étroite. L’application de certaines mesures nécessitera l’apport de voix extérieures. Ce sera le cas pour concrétiser l’indispensable réforme des provinces. Plutôt que d’adopter une stratégie d’obstruction systématique, l’opposition se grandirait en se montrant adulte et responsable.

Trop de temps a été perdu. Pour opérer véritablement son redressement, pour décoller enfin, la Wallonie besoin de l’engagement de chacun.

Si des résultats significatifs peuvent être rapidement engrangés, ils permettront aussi de modifier la vision que la Flandre a de nous.

Une chance inespérée s’offre à la Wallonie. Ne la laissons pas passer !

1) Dernier ouvrage paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface de Bart Maddens, politologue à la KU Leuven.