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A quel jeu jouent vraiment les libéraux flamands?

On trouvera ici la carte blanche de Jules Gheude, publiée ce 10 janvier 2019 dans « Le Soir »

https://plus.lesoir.be/199577/article/2019-01-09/quel-jeu-jouent-vraiment-les-liberaux-flamands

Tantôt unitaristes, tantôt séparatistes, les mandataires Open VLD tiennent un discours ambigu dont les racines remontent à plusieurs décennies.

Lors d’un entretien à la chaîne flamande VTM en 2002, alors qu’il était président des libéraux flamands, Karel De Gucht avait déclaré : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre ». – EPA.

Réagissant à mon opinion « Une Flandre indépendante en 2019 n’est certes pas une chimère », publiée sur le site de « Knack », Tim Vandenput, bourgmestre de Hoeilaart et député fédéral Open VLD, m’écrit ceci : « (…) une fois de plus, vous oubliez de reprendre des faits importants dans votre article. Par exemple, 80 % des Flamands ne veulent pas une Flandre indépendante ! Ce n’est pas parce que des gens votent momentanément pour les menteurs de la N-VA que ces mêmes votants veulent aussi une Flandre indépendante. De cette façon, vous rendez votre article non crédible et il en devient même ridicule, comme toujours. Dommage ! Dans les dix ans qui viennent, on verra naître un mouvement pour une Belgique plus forte et une Europe fédérale. Des structures de l’Etat où la coopération sera centrale, au lieu de la volonté de scission d’une petite minorité. On en reparlera dans dix ans. »

Avant d’utiliser le terme « menteurs », il convient de bien réfléchir. Qui ment ? Qui est ici « non crédible » et « ridicule » ?

Des faits marquants dès 1967

On se souvient encore de la manière dont les partis traditionnels – qui avaient une structure unitaire – se sont opposés énergiquement à la mise sur pied du fédéralisme. Au congrès de Knokke des 29-30 septembre et 1er octobre 1967, les libéraux estimaient qu’une telle réforme conduirait le pays au séparatisme, à l’aventure économique et au déclin de son bien-être.

François Perin s’était empressé de fustiger l’attitude de ces conservateurs aveugles, précisant que les combats d’arrière-garde étaient vains face aux évolutions irréversibles.

La progression des formations communautaires

Le 7 février 1968, le gouvernement Vanden Boeynants tomba sur l’affaire de Louvain. Le parti libéral se présenta aux élections du 31 mars avec le slogan « Mon parti, c’est mon pays ! », assorti des couleurs tricolores. Mais il n’empêcha pas les formations dites communautaires (Volksunie, Rassemblement wallon et FDF) de progresser de manière significative.

On vit ensuite les partis unitaires se scinder l’un après l’autre : le parti catholique dans la foulée du « Walen buiten », le parti libéral en 1972 et le parti socialiste en 1978. Le visage de la Belgique, quant à lui, allait être profondément transformé.

Cette réforme de l’Etat sur une base fédérale ne se fit pas sans peine, avec la question bruxelloise comme pierre d’achoppement.

Après l’échec du Pacte d’Egmont en 1978, François Perin s’efforça d’accorder libéraux flamands et francophones autour d’un projet institutionnel commun. Mais face à l’intransigeance des premiers, il démissionna spectaculairement du Sénat, le 26 mars 1980 : « Après avoir vu, échec après échec, tous les événements de ces dernières années, je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat », déclara-t-il.

« La Belgique est bien morte ! »

Il est intéressant d’apprendre comment les libéraux flamands s’étaient comportés à l’époque. Dans ses notes personnelles, François Perin dévoile : « Un curieux dîner libéral eut lieu à Lierre, chez Vanderpoorten, le 13 octobre 1978. (…) Vanderpoorten affirma qu’il ne concevait pas de concéder quoi que ce soit aux Bruxellois. (…) Le ton monta et des propos aigres et pessimistes furent tenus sur la viabilité de la Belgique. (…) Jeudi 6 mars 1980 : groupe parlementaire commun PRL Chambre et Sénat. Belle révélation par Jean Gol pour la journée commune du 16 mars 1980 avec le PVV. Contre l’accord précédent, Bascour est imposé comme président au lieu de De Greef. En outre, De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Grootjans) ! La Belgique est bien morte ! »

Lorsque Paul-Henry Gendebien était Délégué général de la Communauté française à Paris (de 1988 à 1996), il eut l’occasion de recevoir Jean Gol, chef de file des libéraux francophones. Dans son livre Splendeurs de la liberté, il raconte : « Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) surtout, il avait été ulcéré par les “avancées” du nationalisme chez les libéraux flamands auxquels s’était d’ailleurs ralliée l’une des ailes marchantes de la Volksunie. Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand.

Des libéraux à géométrie variable

Aujourd’hui, Tim Vandenput prêche pour une Belgique plus forte. Aurait-il oublié ce que déclara Karel De Gucht, alors président de l’Open VLD, sur le plateau de VTM, le 6 novembre 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. » Deux mois plus tard, Patrick Dewael, ministre-président flamand (Open VLD !) présentait ses priorités pour une future réforme de l’Etat. Il s’agissait, pour lui, de transférer un maximum de compétences à la Flandre, sur le plan de l’emploi, des soins de santé, de la mobilité et de la fiscalité.

Et que dire d’Alexander De Croo, président de l’Open VLD, qui retira en 2010 la prise du gouvernement Leterme II, plongeant ainsi la Belgique dans la plus longue crise politique de son histoire : 541 jours sans gouvernement de plein exercice !

Tels sont les faits. Ils sont, dit-on, plus forts qu’un lord-maire. Que sont en réalité les libéraux ? Quel jeu jouent-ils vraiment ? Tantôt ils se comportent en purs nationalistes flamands, tantôt ils affichent leur sensibilité belge.

Un vote flamand émis en connaissance de cause

Tim Vandenput accuse la N-VA de mensonge. L’article 1er des statuts de ce parti est pourtant clair. Il y est question de la République indépendante de Flandre, Etat membre d’une Union européenne démocratique. Le Vlaams Belang, quant à lui, défend sans ambiguïté une vision séparatiste. Ensemble, les deux formations totalisent 40,2 % des intentions de vote, selon le dernier sondage réalisé par Het Nieuwsblad. Tim Vandenput affirme que seule une faible minorité des Flamands est acquise au séparatisme. Mais chacun n’est-il pas censé voter en connaissance de cause ? Les 40,2 % de personnes qui soutiennent la N-VA ou le Vlaams Belang, sont censées soutenir aussi l’option séparatiste.

Le Parlement flamand est l’émanation du peuple flamand. Il dispose de la légitimité démocratique. Le jour où une majorité appropriée existera, rien ne pourra l’empêcher de proclamer l’indépendance de la Flandre. Pas besoin de référendum pour cela !

Faute tactique

Tim Vandenput évoque des structures de l’Etat où la coopération sera centrale. C’est aussi ce que souhaite le ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot (MR). Mais son plan pour une nouvelle agence destinée à coordonner la politique des régions vient d’être rejeté par le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA), ainsi que par son collègue bruxellois, Pascal Smet (SP.A). Pour ce dernier, ce n’est pas très malin, de la part de Bellot, d’avancer cette solution. Cela ressemble à la Belgique de papa qui dit aux régions ce qu’elles doivent faire. Une faute tactique.

Voyez aussi comment le plaidoyer de Maggie de Block (Open VLD) en faveur d’une refédéralisation de la politique de santé a été accueilli par le président du CD&V, Wouter Beke : « Le passé a montré qu’une politique fédérale unique n’était pas la réponse. Il ne peut dès lors être question de refédéraliser. »

Tim Vandenput est convaincu qu’on fera marche arrière et il me fixe rendez-vous dans dix ans. J’aurai alors 82 ans. Si je vis encore, je serai heureux de le recevoir à Namur. Et j’espère que la Wallonie sera alors une région française !

Tantôt unitaristes, tantôt séparatistes, les mandataires Open VLD tiennent un discours ambigu dont les racines remontent à plusieurs décennies.

Lors d’un entretien à la chaîne flamande VTM en 2002, alors qu’il était président des libéraux flamands, Karel De Gucht avait déclaré : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre ». – EPA.

Réagissant à mon opinion « Une Flandre indépendante en 2019 n’est certes pas une chimère », publiée sur le site de « Knack », Tim Vandenput, bourgmestre de Hoeilaart et député fédéral Open VLD, m’écrit ceci : « (…) une fois de plus, vous oubliez de reprendre des faits importants dans votre article. Par exemple, 80 % des Flamands ne veulent pas une Flandre indépendante ! Ce n’est pas parce que des gens votent momentanément pour les menteurs de la N-VA que ces mêmes votants veulent aussi une Flandre indépendante. De cette façon, vous rendez votre article non crédible et il en devient même ridicule, comme toujours. Dommage ! Dans les dix ans qui viennent, on verra naître un mouvement pour une Belgique plus forte et une Europe fédérale. Des structures de l’Etat où la coopération sera centrale, au lieu de la volonté de scission d’une petite minorité. On en reparlera dans dix ans. »

Avant d’utiliser le terme « menteurs », il convient de bien réfléchir. Qui ment ? Qui est ici « non crédible » et « ridicule » ?

Des faits marquants dès 1967

On se souvient encore de la manière dont les partis traditionnels – qui avaient une structure unitaire – se sont opposés énergiquement à la mise sur pied du fédéralisme. Au congrès de Knokke des 29-30 septembre et 1er octobre 1967, les libéraux estimaient qu’une telle réforme conduirait le pays au séparatisme, à l’aventure économique et au déclin de son bien-être.

François Perin s’était empressé de fustiger l’attitude de ces conservateurs aveugles, précisant que les combats d’arrière-garde étaient vains face aux évolutions irréversibles.

La progression des formations communautaires

Le 7 février 1968, le gouvernement Vanden Boeynants tomba sur l’affaire de Louvain. Le parti libéral se présenta aux élections du 31 mars avec le slogan « Mon parti, c’est mon pays ! », assorti des couleurs tricolores. Mais il n’empêcha pas les formations dites communautaires (Volksunie, Rassemblement wallon et FDF) de progresser de manière significative.

On vit ensuite les partis unitaires se scinder l’un après l’autre : le parti catholique dans la foulée du « Walen buiten », le parti libéral en 1972 et le parti socialiste en 1978. Le visage de la Belgique, quant à lui, allait être profondément transformé.

Cette réforme de l’Etat sur une base fédérale ne se fit pas sans peine, avec la question bruxelloise comme pierre d’achoppement.

Après l’échec du Pacte d’Egmont en 1978, François Perin s’efforça d’accorder libéraux flamands et francophones autour d’un projet institutionnel commun. Mais face à l’intransigeance des premiers, il démissionna spectaculairement du Sénat, le 26 mars 1980 : « Après avoir vu, échec après échec, tous les événements de ces dernières années, je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat », déclara-t-il.

« La Belgique est bien morte ! »

Il est intéressant d’apprendre comment les libéraux flamands s’étaient comportés à l’époque. Dans ses notes personnelles, François Perin dévoile : « Un curieux dîner libéral eut lieu à Lierre, chez Vanderpoorten, le 13 octobre 1978. (…) Vanderpoorten affirma qu’il ne concevait pas de concéder quoi que ce soit aux Bruxellois. (…) Le ton monta et des propos aigres et pessimistes furent tenus sur la viabilité de la Belgique. (…) Jeudi 6 mars 1980 : groupe parlementaire commun PRL Chambre et Sénat. Belle révélation par Jean Gol pour la journée commune du 16 mars 1980 avec le PVV. Contre l’accord précédent, Bascour est imposé comme président au lieu de De Greef. En outre, De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Grootjans) ! La Belgique est bien morte ! »

Lorsque Paul-Henry Gendebien était Délégué général de la Communauté française à Paris (de 1988 à 1996), il eut l’occasion de recevoir Jean Gol, chef de file des libéraux francophones. Dans son livre Splendeurs de la liberté, il raconte : « Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) surtout, il avait été ulcéré par les “avancées” du nationalisme chez les libéraux flamands auxquels s’était d’ailleurs ralliée l’une des ailes marchantes de la Volksunie. Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand.

Des libéraux à géométrie variable

Aujourd’hui, Tim Vandenput prêche pour une Belgique plus forte. Aurait-il oublié ce que déclara Karel De Gucht, alors président de l’Open VLD, sur le plateau de VTM, le 6 novembre 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. » Deux mois plus tard, Patrick Dewael, ministre-président flamand (Open VLD !) présentait ses priorités pour une future réforme de l’Etat. Il s’agissait, pour lui, de transférer un maximum de compétences à la Flandre, sur le plan de l’emploi, des soins de santé, de la mobilité et de la fiscalité.

Et que dire d’Alexander De Croo, président de l’Open VLD, qui retira en 2010 la prise du gouvernement Leterme II, plongeant ainsi la Belgique dans la plus longue crise politique de son histoire : 541 jours sans gouvernement de plein exercice !

Tels sont les faits. Ils sont, dit-on, plus forts qu’un lord-maire. Que sont en réalité les libéraux ? Quel jeu jouent-ils vraiment ? Tantôt ils se comportent en purs nationalistes flamands, tantôt ils affichent leur sensibilité belge.

Un vote flamand émis en connaissance de cause

Tim Vandenput accuse la N-VA de mensonge. L’article 1er des statuts de ce parti est pourtant clair. Il y est question de la République indépendante de Flandre, Etat membre d’une Union européenne démocratique. Le Vlaams Belang, quant à lui, défend sans ambiguïté une vision séparatiste. Ensemble, les deux formations totalisent 40,2 % des intentions de vote, selon le dernier sondage réalisé par Het Nieuwsblad. Tim Vandenput affirme que seule une faible minorité des Flamands est acquise au séparatisme. Mais chacun n’est-il pas censé voter en connaissance de cause ? Les 40,2 % de personnes qui soutiennent la N-VA ou le Vlaams Belang, sont censées soutenir aussi l’option séparatiste.

Le Parlement flamand est l’émanation du peuple flamand. Il dispose de la légitimité démocratique. Le jour où une majorité appropriée existera, rien ne pourra l’empêcher de proclamer l’indépendance de la Flandre. Pas besoin de référendum pour cela !

Faute tactique

Tim Vandenput évoque des structures de l’Etat où la coopération sera centrale. C’est aussi ce que souhaite le ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot (MR). Mais son plan pour une nouvelle agence destinée à coordonner la politique des régions vient d’être rejeté par le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA), ainsi que par son collègue bruxellois, Pascal Smet (SP.A). Pour ce dernier, ce n’est pas très malin, de la part de Bellot, d’avancer cette solution. Cela ressemble à la Belgique de papa qui dit aux régions ce qu’elles doivent faire. Une faute tactique.

Voyez aussi comment le plaidoyer de Maggie de Block (Open VLD) en faveur d’une refédéralisation de la politique de santé a été accueilli par le président du CD&V, Wouter Beke : « Le passé a montré qu’une politique fédérale unique n’était pas la réponse. Il ne peut dès lors être question de refédéraliser. »

Tim Vandenput est convaincu qu’on fera marche arrière et il me fixe rendez-vous dans dix ans. J’aurai alors 82 ans. Si je vis encore, je serai heureux de le recevoir à Namur. Et j’espère que la Wallonie sera alors une région française !

La nation flamande existe bel et bien

On trouvera ici l’opinion de Jules Gheude, publiée ce 5 janvier 2019, sur le site du « Vif » : https://www.levif.be/actualite/belgique/la-nation-flamande-existe-bel-et-bien/article-opinion-1074841.html

L’analyse a été remaniée en néerlandais et publiée sur le site de « Knack » sous le titre « Une Flandre indépendante en 2019 n’est sûrement pas une chimère. Elle a été très largement partagée : https://www.knack.be/nieuws/belgie/een-onafhankelijk-vlaanderen-in-2019-is-zeker-geen-hersenschim/article-opinion-1413023.html

Dimanche 23 décembre 2018. Sur le plateau de l’émission de RTL-TVI C’est pas tous les jours dimanche/Italique, le chroniqueur Michel Henrion lâche : « Je ne suis pas Flamand, Dieu m’en garde,… » Réaction immédiate du présentateur, Christophe Deborsu: « Pas cela, Michel, c’est choquant ! »

Confronté à une vague de commentaires indignés sur les réseaux sociaux, l’intéressé s’est expliqué: « La phrase sur ma fiche disait en substance : Si j’étais nationaliste flamand, que Dieu m’en garde, je serais furax. A l’antenne, ma langue, dans sa lancée, a malencontreusement fourché et gommé un seul mot, mais de ceux qui changent redoutablement tout à l’audition. Celui de « nationaliste ». Ce qui a donné ce couac aussi évident que regrettable. »

Dès le départ, en fait, le vert était dans le fruit.

Si Michel Henrion a approfondi l’histoire de ce pays, il n’ignore pas que sa constitution, en 1830, s’est faite d’un trait de plume diplomatique, sans que les populations concernées aient eu voix au chapitre. Même le choix du monarque nous fut imposé par Londres. Talleyrand, le négociateur français, s’était d’ailleurs montré sceptique quant aux chances de viabilité de cette construction artificielle, fruit des circonstances de l’époque: « Deux cents protocoles n’en feront jamais une nation. Cela ne peut tenir. »

Dès le départ, en fait, le vert était dans le fruit. Il suffit de relire ce que Charles Rogier déclarait : « Il est évident que la seule langue des Belges doit être le français. Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que toutes les fonctions civiles et militaires soient confiées à des Wallons et Luxembourgeois. De cette manière, les Flamands, privés temporairement des avantages attachés à ces emplois, seront contraints d’apprendre le français, et l’on détruira peu à peu l’élément germanique en Belgique. »

La grande majorité des francophones ignore à quel point ce mouvement a dû lutter pour arracher les premières lois linguistiques et faire en sorte que la Flandre puisse se faire entendre sur l’échiquier politique.

Un génocide linguistique, donc. C’est précisément pour le contrecarrer qu’un Mouvement flamand se constitua assez vite. De nature romantico-culturelle au départ, il finit par acquérir une dimension sociale et politique.

La grande majorité des francophones ignore à quel point ce mouvement a dû lutter pour arracher les premières lois linguistiques et faire en sorte que la Flandre puisse se faire entendre sur l’échiquier politique. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours de « l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue française. »A ses yeux, le flamand était la langue des servantes et des valets.

Tout cela laissera des traces durables et contribuera à engendrer un fort sentiment national flamand. L’identité flamande passera au premier plan. En 1973, Manu Ruys sous-titrait son livre « Les Flamands »: « Un peuple en mouvement, une nation en devenir. »

Aujourd’hui, cette nation existe bel et bien, comme le stipule d’ailleurs le préambule de la « Charte pour la Flandre », présentée en 2012 par le Gouvernement flamand.

Il n’y a pas d’équivalent chez les Wallons qui, majoritairement, se sentent Belges avant tout.

Tel est le drame auquel est confronté ce Royaume et que François Perin a parfaitement résumé : « Il n’y a pas place, dans ce petit pays pour deux nations : la belge, si tant est qu’elle ait jamais existé, et la flamande. »

Force est aujourd’hui de constater que les six réformes institutionnelles qui ont été effectuées depuis 1970, n’ont pas contribué à engendrer la cohabitation sereine et paisible des deux grandes communautés. Chaque dossier (survol de Bruxelles, construction d’un stade national, immigration,…) est sujet à controverses et palabres sans fin. S’ajoute à cela le fossé béant entre la Flandre et la Wallonie sur le plan économique.

Michel Henrion souligne l’intérêt qu’il porte à sa région, la Wallonie. Mais lui qui fut le porte-parole de Guy Spitaels, n’ignore pas que, depuis la mise sur pied officielle de la régionalisation en 1980, la ministre-présidence wallonne fut confiée, de façon quasi ininterrompue, au PS. Difficile, donc, de nier l’influence prépondérante que ce parti a eue sur la gestion des affaires. Et force est de constater que cette gestion ne s’est pas révélée efficace. La Flandre, en revanche, doit sa prospérité à une politique marquée clairement à droite. Grâce au dynamisme de ses PME, elle parvient ainsi à réaliser plus de 80% des exportations belges.

Les résultats des dernières élections communales et provinciales n’ont fait que confirmer le diagnostic de Bart De Wever : « La Flandre et la Wallonie constituent deux démocraties. Le confédéralisme s’impose donc, afin que chacun puisse être financièrement responsable de ses propres choix politiques. »

On peut comprendre ce raisonnement après avoir pris connaissance du dernier classement Eurostat concernant le PIB des régions de l’Union européenne. On constate, en effet, que la Flandre se situe à 120, l’indice de comparaison étant fixé à 100. Pour la Wallonie, par contre, la situation reste inquiétante, avec un indice de 85.

Jusqu’ici la Wallonie a pu bénéficier des transferts financiers en provenance de Flandre, soit quelque 7 milliards d’euros par an, mais on sait que ceux-ci sont amenés à s’éteindre progressivement.

L’actuelle coalition wallonne MR-CDH, en place depuis un an et demi, s’efforce de remédier à une gestion qui, durant près de 35 ans, a consisté à vivre largement au-dessus de ses moyens. Un an et demi, cela ne suffit évidemment pas pour renverser la situation. Mais une chose est sûre : si la Wallonie, livrée à elle-même, devait être gouvernée, au lendemain des élections régionale du 26 mai 2019, par la coalition « progressiste » qu’Elio Di Rupo appelle de ses voeux, on n’ose imagine dans quel pétrin budgétaire elle se trouverait ! Et cette évolution ne manquerait évidemment pas de compliquer, voire de rendre impossible, la formation d’un nouveau gouvernement belge.

En 2019, la Belgique pourrait donc, très rapidement, être mise échec et mat.

Michel Henrion s’en prend violemment aux nationalistes flamands. Mais le nationalisme flamand ne concerne pas que la N-VA et le Vlaams Belang, crédités ensemble de 40,2% d’intentions de vote, selon le dernier sondage « Nieuwsblad ». Comme l’a bien précisé l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : « Il y a toujours eu, en Flandre, deux forts courants : la démocratie chrétienne et le nationalisme flamand démocratique. Ensemble, ils représentent un sentiment très majoritaire en Flandre. Ils sont complémentaires. »

Il convient d’ailleurs de rappeler ici que c’est le ministre-président flamand CVP Luc Van den Brande, qui lança, au début des années 90, l’idée confédéraliste, expliquant : « Mais collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. » Et le Parlement flamand se prononça dans ce sens en 1999.

C’est aussi l’actuel président du CD&V, Wouter Beke, qui, en 2007, déclara au journal québécois « Le Devoir » : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. » On ne peut être plus clair !

Bart De Wever ne fait donc que s’inscrire logiquement dans la ligne du Mouvement flamand, qui, au fil des décennies, a gagné sur toute la ligne, les « demandeurs de rien » francophones finissant toujours par céder.

En 2019, la Belgique pourrait donc, très rapidement, être mise échec et mat.

Quant à Michel Henrion, il devrait relire l’interview-testament de son mentor Guy Spitaels : « Il (Bart De Wever) m’intéresse. Parce qu’il est intelligent et rusé. Son discours – que les francophones ne veulent pas entendre – est très clair. C’est un superbe manoeuvrier. (…) Très, très habile. Il est très fort intellectuellement et l’ennemi des bobos ! »

(1) Derniers livres parus : François Perin – Biographie, Editions Le Cri, 2015, et Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes, Mon Petit Editeur, 2016

La vision interfédérale de la mobilité du ministre Bellot rejetée par les régions

« Le Vif », 5 janvier 2019

L’idée d’une agence interfédérale de la Mobilité censée coordonner les régions, suggérée par le ministre François Bellot, a été écartée par les ministres régionaux Pascal Smet (Bruxelles) et Ben Weyts (Flandre), rapporte samedi De Morgen.

Le ministre fédéral a annoncé vendredi qu’il allait déposer un plan sur la table le 14 janvier. Celui-ci a notamment pour objectif de s’attaquer à la congestion du trafic et à renforcer la popularité des transports publics. M. Bellot constate qu’actuellement, « chacun travaille sur son île ».

La Flandre élargit le ring de Bruxelles alors que la Région-capitale veut réduire le nombre de bandes de circulation, souligne le ministre. Dans le même temps, la Wallonie plaide pour une vignette automobile tandis que la Flandre est favorable à une taxe kilométrique, ajoute-t-il. Les ministres régionaux bruxellois et flamand sont dubitatifs.

Pour Pascal Smet, cette proposition « charge les régions de ce qu’elles doivent faire » et s’assimile à la « Belgique de papa ». « Une erreur tactique », commente-t-il.

Philippe Destatte, directeur de l’Institut Jules Destrée « Si la Wallonie n’est plus en déclin, elle ne se redresse pas »

Article signé François-Xavier Lefèvre  dans « L’Echo » 29 décembre 2018

Entre les zakouski servis lors du cocktail célébrant l’arrivée du géant chinois de l’e-commerce Alibaba à Liège début décembre et les paillettes du Nouvel An, le constat que nous sert Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, un centre d’études et de prospective en Wallonie, sur l’état du sud du pays a un côté indigeste.

Installé dans son bureau à côté du Parlement et en face de l’Elysette qui se trouve de l’autre côté de la Meuse, il est aux premières loges pour observer la vie régionale. Ce matin, Philippe Destatte nous met sur la table une série d’indicateurs. PIB, pauvreté, chômage chez les jeunes… « La Wallonie ne se redresse pas. Il faut sortir de cette idée de redressement. Tous les indicateurs montrent depuis des années que malgré les efforts extraordinaires – affirmés -, le PIB par habitant sur la longue durée est un encéphalogramme plat. En 1995, on est à 73,5 (la Belgique égale 100) et on arrive à 72,7 en 2006. Les contrats d’avenir successifs lancés par les gouvernements wallons, les plans Marshall et les 12 milliards versés par les fonds structurels européens n’ont pas permis à la Wallonie de se redresser. Il n’y a pas de décollage. À aucun moment. La première fois que j’ai tenu ce discours en 1997, le contrat d’avenir représentait moins de 5% du budget régional. Comment voulez-vous activer un redressement avec moins de 5% du budget régional. Le constat tient toujours partiellement. »

À travers sa fenêtre, il pointe le bureau de Willy Borsus, le ministre-président libéral du gouvernement régional, qui se trouve face au sien sur l’autre rive . « En face, il y a au moins un changement, c’est qu’on voit qu’on travaille. Les lumières sont allumées le soir. Cela n’a pas toujours été le cas », lâche-t-il. Pluraliste, Philippe Destatte reconnaît que le changement de locataire à l’Elysette a eu le mérite d’enfin partager son constat sur l’état de la Wallonie. « Il y a un changement de mentalité. Willy Borsus est présent sur le terrain et aborde les problèmes concrets comme la pauvreté ou le chômage. Jusqu’ici, on a trop souvent observé une sorte de déni alors que les indicateurs montraient qu’on ne se redressait pas. C’est un déni qui a été partagé par une large part des acteurs et qui consistait à dire que cela va mieux pour que cela aille mieux. C’était un refus de regarder la réalité en face. Le nombre de jeunes sans emploi ni formation, les fameux NEETS, sont à des niveaux affolants. On est à 9,9% de la population au niveau belge, 11,6% au niveau européen et 12,2% au niveau de la Wallonie. Les différents plans successifs ont probablement permis de stabiliser la Wallonie et de faire en sorte que l’idée du déclin wallon soit terminé depuis la fin des années 1990. Mais si la Wallonie n’est plus en déclin, elle ne se redresse pas. On doit essayer de trouver d’autres solutions. »

C’est justement ce qu’on a envie de lui demander. Quelles solutions doit adopter la Wallonie? « Elles sont connues par un certain nombre d’économistes mais elles ne sont pas mises en évidence. Le levier budgétaire du plan Marshall pour relancer la Wallonie a toujours été insuffisant. De 5%, on est passé à 3% du budget de la Région. Le problème majeur de la Wallonie est son incapacité à créer autant de valeur qu’elle ne devrait pour se redresser. Le professeur Giuseppe Pagano (de l’Université de Mons, NDLR) l’a bien mis en évidence dans un ouvrage ‘Où va la Wallonie’. C’est indispensable de dégager des marges suffisantes pour soutenir de nouvelles politiques. La Wallonie est plombée par son tissu socio-économique. Il y a un déficit de 100.000 emplois dans la sphère de l’entreprenariat alors que la sphère plus sociétale, comme le non-marchand et la fonction publique qui sont nécessaires, ne crée pas de valeur. La sphère créatrice de valeur (qui paie de la TVA) est trop petite. Il y a également un problème de productivité des travailleurs et des machines parce qu’elles sont bien souvent moins innovantes que celles que l’on trouve ailleurs. On en revient au même problème. On n’a pas les marges de manoeuvre suffisantes. »

En finir avec la logique d’assistanat

Tout en pointant le plan d’investissement lancé par le gouvernement, Philippe Destatte estime que pour s’en sortir, la Wallonie doit frapper plus fort. « Si on pense dans une logique de réinvestissement et de décollage, il faut aller beaucoup plus loin. Il faut compter sur nousmême. Il faut s’atteler au déséquilibre majeur entre la sphère créatrice de valeur et la sphère sociétale qui ne crée pas de valeur. »

En guise de plat de résistance, il met sur la table la réforme des points APE. Ces aides à l’emploi pèsent plus d’un milliard d’euros et donnent du travail à 60.000 personnes en Wallonie. À ses yeux, la réforme du gouvernement ne va pas assez loin. « Ces aides sont au centre de ce déséquilibre. Cela soulève la question du périmètre de l’Etat et de quoi il doit s’occuper. Mon interrogation est de se demander comment on peut redéfinir ce périmètre de l’Etat en Wallonie de telle sorte que l’on crée de la valeur suffisante. Les gens sous statut APE sont placés dans des trajectoires qui ne sont pas bénéfiques pour eux car les emplois sont souvent précaires et non statutaires. De plus, ces emplois ne créent pas de valeur pour la Wallonie. Je comprends évidemment qu’à 5 mois des élections, la réforme du gouvernement doit rester prudente mais il faut encourager les jeunes qui sont à la recherche d’emploi à entrer dans le monde des entreprises. »

À la place de subsidier des emplois APE à travers les CPAS, comme les livreurs de repas, Philippe Destatte plaide pour une logique de marché. « Il faut des passerelles pour que l’on crée des emplois indépendants tout en donnant un ticket aux gens pour qu’ils continuent à recevoir ce service. Il faut encourager des services à domicile qui s’inscrivent dans la logique du marché, et donc dans la concurrence, et pas uniquement dans une logique sociale d’un assistanat qui se trouve à l’intérieur de communes. L’enveloppe APE doit servir aux bénéficiaires. Il faut donner aux personnes en difficultés les moyens financiers pour qu’elles disposent de ce service qui créera de la valeur. Je le dis d’une façon non idéologique. »

Si son discours risque de braquer le monde syndical, Philippe Destatte y voit une logique durable. « Oui, cela s’appelle du développement durable. Le rapport Brundtland qui fonde le développement durable en 1987 dit qu’il s’agit d’un système économique capable de dégager des excédents et de créer des compétences techniques sur une base soutenue et autonome. C’est une logique d’autosuffisance. En France, on ne se pose pas le problème de savoir si la Champagne est autonome sur le plan budgétaire. Mais nous, on se pose cette question puisqu’on vit dans une région où la solidarité dans le pays ne fonctionne plus comme elle devrait. Les transferts des Flamands ne vont plus se poursuivre et les transferts de l’Europe vont probablement diminuer. En plus, les Wallons ne vivent pas bien. Lorsque l’on compare les dépenses annuelles des ménages entre la Flandre et la Wallonie, il y a environ 15% de différence. Sur les vêtements et chaussures, sur les meubles, sur la culture et les temps libres, la formation, par habitant, la Wallonie est à chaque fois derrière la Flandre en matière de dépenses. Le seul point sur lequel le Wallon dépense plus, c’est sur le tabac et l’alcool. Ce qui nous permet de maintenir un certain équilibre, c’est l’argent qui vient de l’Europe et de Flandre et le fait que l’on se serre la ceinture. Le fait de dire que la Wallonie doit se redresser comme le fait l’actuel gouvernement est un discours responsable. »

Willy Borsus, le successeur d’André Renard?

Enivré par les indicateurs, il en vient à parler d’André Renard, le fondateur de la FGTB et des prochaines échéances électorales de 2019 et 2024. « Lorsque André Renard appelle au fédéralisme en 1950, il va devant un congrès wallon et dit qu’il apportera l’appui de la FGTB pour autant que l’on crée une région où le chômage est banni. Voilà la motivation du fédéralisme. Aujourd’hui, le chômage en Wallonie reste une plaie chez les jeunes. Deux choses alors, ou bien c’est la faillite du fédéralisme ou celle des acteurs wallons qui doivent mettre en place des réformes de structure. Il faut dire ce qui est. Ces réformes de structure ne sont pas faites. Pourquoi toute la Wallonie n’est-elle pas au niveau du Brabant wallon? »

Il encourage ainsi Willy Borsus à poursuivre l’oeuvre entamée par André Renard. « Willy Borsus a plaidé début décembre, lors du congrès de l’Institut Destrée, pour un transfert intrafrancophone des compétences de l’enseignement technique et professionnel de la Communauté française vers la Région wallonne. Mais il y a d’autres réformes de structure à faire comme au niveau de la recherche et du développement. Nous sommes dans un des maux wallons, celui de la fragmentation. Vous avez des centres de recherche microscopiques un peu partout. Il faut les associer et en faire des centres de niveau européen. On peut dire la même chose pour les universités. Avoir une grande école d’ingénieur en Wallonie aurait du sens. Le gouvernement wallon doit aussi réinvestir massivement, 150 millions dans la recherche et le développement. »

Reste l’addition finale. C’est classique, en Wallonie, on en revient toujours au problème financier. « On ne fera pas l’économie d’une analyse de l’ensemble des dépenses. Je parlais des APE mais on peut aussi parler du monde des entreprises. Il y aurait moyen d’avoir un accord avec le monde des entreprises pour dire que tous les dispositifs d’aides aux entreprises rentrent dans une phase d’extinction si, parallèlement, on diminue la fiscalité des entreprises de manière proportionnelle. Il faut en finir avec tous les phénomènes d’aubaine et les mécanismes de contrôle qui génèrent une importante bureaucratie », conclut-il.

On vérifiera l’année prochaine si ses voeux sont exaucés! D’ici là, bon réveillon.

La Flandre prête à lâcher Bruxelles ?

Les médias francophones se sont empressés de rapporter les propos tenus par Herman De Bode, l’ancien chef de cabinet de l’ex-ministre de l’Intérieur Jan Jambon : J’espère que le pays sera ingouvernable. (…) La seule manière d’échapper à ces divisions politiques sera un modèle confédéral. Et cela arrivera plus vite qu’on ne le pense. Pas parce que la N-VA va soudainement engranger 50% des voix mais parce que c’est la seule solution possible pour sortir du chaos.

Il est toutefois une phrase qui n’a pas été soulignée et qui concerne Bruxelles : elle « ne fait, à mes yeux, plus partie de la Flandre. C’est devenu une tout autre ville depuis bien longtemps, avec une autre dynamique, d’autres défis, une répartition différente de la population. Bruxelles a une autre finalité. Elle doit enfin remplir son rôle de capitale de l’Europe.

Il s’agit d’un retournement majeur !

Jules Gheude

Ma langue a fourché !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Dimanche 23 décembre. Sur le plateau de l’émission de RTL-TVI « C’est pas tous les jours dimanche », le chroniqueur Michel Henrion lâche : Je ne suis pas Flamand, Dieu m’en garde,… »  Réaction immédiate du présentateur, Christophe Deborsu : Pas cela, Michel, c’est choquant !

Confronté à une vague de commentaires indignés sur les réseaux sociaux, l’intéressé s’est expliqué : La phrase sur ma fiche disait en substance : Si j’étais nationaliste flamand, que Dieu m’en garde, je serais furax. A l’antenne, ma langue, dans sa lancée, a malencontreusement fourché et gommé un seul mot, mais de ceux qui changent redoutablement tout à l’audition. Celui de « nationaliste ». Ce qui a donné ce couac aussi évident que regrettable.

Si Michel Henrion a approfondi l’histoire de ce pays, il n’ignore pas que sa constitution, en 1830, s’est faite d’un trait de plume diplomatique, sans que les populations concernées aient eu voix au chapitre. Même le choix du monarque nous fut imposé par Londres. Talleyrand, le négociateur français, s’était d’ailleurs montré sceptique quant aux chances de viabilité de cette construction artificielle, fruit des circonstances de l’époque : Deux cents protocoles n’en feront jamais une nation. Cela ne peut tenir.

Dès le départ, en fait, le vert était dans le fruit. Il suffit de relire ce que Charles Rogier déclarait : Il est évident que la seule langue des Belges doit être le français. Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que toutes les fonctions civiles et militaires soient confiées à des Wallons et Luxembourgeois. De cette manière, les Flamands, privés temporairement des avantages attachés à ces emplois, seront contraints d’apprendre le français, et l’on détruira peu à peu l’élément germanique en Belgique.

Un génocide linguistique, donc. C’est précisément pour le contrecarrer qu’un Mouvement flamand se constitua assez vite. De nature romantico-culturelle au départ, il finit par acquérir une dimension sociale et politique.

La grande majorité des francophones ignore à quel point ce mouvement  a dû lutter pour arracher les premières lois linguistiques et faire en sorte que la Flandre puisse se faire entendre sur l’échiquier politique. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours de l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue français. A ses yeux, le flamand était la langue des servantes et des valets.

Tout cela laissera des traces durables et contribuera à engendrer un fort sentiment national flamand. L’identité flamande passera au premier plan. En 1973, Manu Ruys sous-titrait son livre « Les Flamands » : Un peuple en mouvement, une nation en devenir.

Aujourd’hui, cette nation existe bel et bien, comme le stipule d’ailleurs le préambule de la « Charte pour la Flandre », présentée en 2012 par le Gouvernement flamand.

Il n’y a pas d’équivalent chez les Wallons qui, majoritairement, se sentent Belges avant tout.

Tel est le drame auquel est confronté ce Royaume et que François Perin a parfaitement résumé : Il n’y a pas place, dans ce petit pays pour deux nations : la belge, si tant est qu’elle ait jamais existé, et la flamande.

Force est aujourd’hui de constater que les six réformes institutionnelles qui ont été effectuées depuis 1970, n’ont pas contribué à engendrer la cohabitation sereine et paisible des deux grandes communautés. Chaque dossier (survol de Bruxelles, construction d’un stade national, immigration,…) est sujet à controverses et palabres sans fin. S’ajoute à cela le fossé béant entre la Flandre et la Wallonie sur le plan de la économique.

Michel Henrion souligne l’intérêt qu’il porte à sa région, la Wallonie. Mais lui qui fut le porte-parole de Guy Spitaels, n’ignore pas que, depuis la mise sur pied officielle de la régionalisation en 1980, la ministre-présidence wallonne fut confiée, de façon quasi ininterrompue, au PS. Difficile, donc, de nier l’influence prépondérante que ce parti a eue sur la gestion des affaires. Et force est de constater que cette gestion ne s’est pas révélée efficace. La Flandre, en revanche, doit sa prospérité à une politique marquée clairement à droite. Grâce au dynamisme de ses PME, elle parvient ainsi à réaliser plus de 80% des exportations belges.

Les résultats des dernières élections communales et provinciales n’ont fait que confirmer le diagnostic de Bart De Wever : La Flandre et la Wallonie constituent deux démocraties. Le confédéralisme s’impose donc, afin que chacun puisse être financièrement responsable de ses propres choix politiques.

On peut comprendre ce raisonnement après avoir pris connaissance du dernier classement Eurostat concernant le PIB des régions de l’Union européenne. On constate, en effet, que la Flandre se situe à 120, l’indice de comparaison étant fixé à 100. Pour la Wallonie, par contre, la situation reste inquiétante, avec un indice de 85.

Jusqu’ici la Wallonie a pu bénéficier des transferts financiers en provenance de Flandre, soit quelque 7 milliards d’euros par an, mais on sait que ceux-ci sont amenés à s’éteindre progressivement.

L’actuelle coalition wallonne MR-CDH, en place depuis un an et demi, s’efforce de remédier à une gestion qui, durant près de 35 ans, a consisté à vivre largement au-dessus de ses moyens. Un an et demi, cela ne suffit évidemment pas pour renverser la situation. Mais une chose est sûre : si la Wallonie, livrée à elle-même, devait être gouvernée, au lendemain des élections régionale du 26 mai 2019, par la coalition « progressiste » qu’Elio Di Rupo appelle de ses vœux, on n’ose imagine dans quel pétrin budgétaire elle se trouverait ! Et cette évolution ne manquerait évidemment pas de compliquer, voire de rendre impossible, la formation d’un nouveau gouvernement belge.

Michel Henrion s’en prend violemment aux nationalistes flamands. Mais le nationalisme flamand ne concerne pas que la N-VA et le Vlaams Belang, crédités ensemble de 40,2% d’intentions de vote, selon le dernier sondage « Nieuwsblad ». Comme l’a bien précisé l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : Il y a toujours eu, en Flandre, deux forts courants : la démocratie chrétienne et le nationalisme flamand démocratique. Ensemble, ils représentent un sentiment très majoritaire en Flandre. Ils sont complémentaires.

Il convient d’ailleurs de rappeler ici que c’est le ministre-président flamand  CVP Luc Van den Brande, qui lança, au début des années 90, l’idée confédéraliste, expliquant : Mais collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. Et le Parlement flamand se prononça dans ce sens en 1999.

C’est aussi l’actuel président du CD&V, Wouter Beke, qui, en 2007, déclara au journal québécois « Le Devoir » : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. On ne peut être plus clair !

Bart De Wever ne fait donc que s’inscrire logiquement dans la ligne du Mouvement flamand, qui, au fil des décennies, a gagné sur toute la ligne, les « demandeurs de rien » francophones finissant toujours par céder.

En 2019, la Belgique pourrait donc, très rapidement, être mise échec et mat.

Quant à Michel Henrion, il devrait relire l’interview-testament de son mentor Guy Spitaels : Il (Bart De Wever) m’intéresse. Parce qu’il est intelligent et rusé. Son discours – que les francophones ne veulent pas entendre – est très clair. C’est un superbe manœuvrier. (…) Très, très habile. Il est très fort intellectuellement et l’ennemi des bobos !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016

Quand Jules Gheude suscite l’intérêt en Flandre…

La version néerlandaise de l’opinion de Jules Gheude « Bart De Wever : un fin stratège », publiée sur le site de « Knack », a suscité l’intérêt avec plus de 3600 partages.

La rédaction de Knack en avait modifié le titre : « Lentement mais sûrement, Bart De Wever met la Belgique échec et mat et travaille à l’avènement d’une république flamande ». 

https://www.knack.be/nieuws/belgie/langzaam-maar-zeker-zet-bart-de-wever-belgie-schaakmat-en-werkt-hij-aan-een-vlaamse-republiek/article-opinion-1407743.html

Jules Gheude

Politiek essayist en stichtend voorzitter van de Staten Generaal van Wallonië, dat pleit voor de aanhechting van Wallonië bij Frankrijk mocht België uit elkaar vallen.

‘Langzaam maar zeker zet Bart De Wever België schaakmat en werkt hij aan een Vlaamse republiek’

Jules Gheude, pleitbezorger voor de aanhechting van Wallonië bij Frankrijk, analyseert de politieke zetten van ‘briljant strateeg’ en N-VA-voorzitter Bart De Wever.

« J’espère que le pays sera ingouvernable », lance l’ancien chef de cabinet de Jan Jambon

« Le Vif », Belga, 22 décembre 2018

« J’espère que le pays sera ingouvernable. C’est la seule manière de changer profondément les choses », a lancé Herman De Bode, l’ancien chef de cabinet du précédent ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA), lors d’une interview accordée au quotidien De Tijd.

« Cela fera mal à court terme et coûtera de l’argent. Mais si par conséquent on économise dix ans de misère et de galère, alors une telle crise en vaut certainement la peine », a renchéri M. De Bode.

L’ancien chef de cabinet et homme de confiance du président de parti Bart De Wever voit le modèle confédéral « plus proche que jamais ».

A ses yeux, le pays sera ingouvernable, avec une Wallonie qui va à nouveau opérer un virage à gauche et le MR qui, selon lui, ne va plus entrer dans un gouvernement où il est le seul parti francophone.

« Le modèle confédéral, seule solution pour sortir du chaos »

« La seule manière d’échapper à ces divisions politiques sera un modèle confédéral. Et cela arrivera plus vite qu’on ne le pense. Pas parce que la N-VA va soudainement engranger 50% des voix mais parce que c’est la seule solution possible pour sortir du chaos », a-t-il expliqué.

Quant à Bruxelles, elle « ne fait, à mes yeux, plus partie de la Flandre. C’est devenu une tout autre ville depuis bien longtemps, avec une autre dynamique, d’autres défis, une répartition différente de la population. Bruxelles a une autre finalité. Elle doit enfin remplir son rôle de capitale de l’Europe. »

Ceci n’est pas un pays !

« La Libre Belgique »

Publié le mercredi 19 décembre 2018 à 11h03 Mis à jour le mercredi 19 décembre 2018 à 13h57.  http://www.lalibre.be/debats/opinions/ceci-n-est-pas-un-pays-5c1a1285cd70e3d2f7555627

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique (1) et militant rattachiste.

Charles Michel II en affaires courantes pendant quelques mois : pas de quoi en faire un foin ! Lorsque Alexander De Croo, le président de l’Open VLD, décida de débrancher la prise de Leterme II, le 22 avril 2010, celui-ci poursuivit en affaires courantes durant 541 jours, et d’aucuns firent observer que les choses n’allaient pas plus mal.Car, ne l’oublions pas, nous sommes au pays de René Magritte. Et ceci n’est pas un pays !

Ce pays, la N-VA entend d’ailleurs bien le faire disparaître, comme le précise l’article 1er de ses statuts, qui évoque l’avènement d’une République flamande.

Quand ? Bart De Wever a choisi la stratégie »évolutive ». Celle qui consiste à passer par une avant-dernière case- le confédéralisme – en vue de dépiauter la Belgique au profit de de la Flandre et de la Wallonie. Ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que ce sera en 2025, a précisé Liesbeth Homans, la ministre de l’Intérieur (N-VA) au sein du gouvernement flamand.

En entrant dans la « suédoise », la N-VA s’était engagée à ranger le communautaire au frigo durant la législature. Maison sait qu’en Belgique, le communautaire est présent dans chaque dossier : le survol de Bruxelles, la construction d’un stade national, la manière deconce voir la politique d’asile,… C’est d’ailleurs sur ce dernier point que vient de chuter le Premier ministre, la N-VA s’étant opposée au pacte migratoire de l’ONU.

La manière dont Charles Michel s’est efforcé d’éviter la crise fut, il faut le dire, pitoyable. Comment a-t-il pu penser qu’en poursuivant avec une coalition remaniée et ultra-minoritaire, il pourrait, en pleine sphère électorale, compter sur l’appui de l’opposition ?  L’image qu’il a donnée, ce 18 décembre, les bras tendus et suppliants, était  tout simplement pathétique.

La Belgique peut-elle survivre à cette crise ?

Laurette Onkelinx l’a annoncé et Paul Magnette l’a confirmé : Celui qui, au PS, proposerait une alliance avec la N-VA se ferait ramasser ! Quant à Charles Michel, il a déjà lancé un appel aux responsables francophones pour contrer le projet confédéraliste.

Examinons le dernier baromètre politique.

En Flandre, la N-VA demeure le premier parti, avec 28,3%. Suivent le CD&V (18,7), l’Open VLD (17,5), Groen (16) la SP.A (9,2),le Vlaams Belang (7,6) et le PVDA (2,5). Le Nord, comme on peut le constater,se situe majoritairement à droite.

En Wallonie, c’est la PS qui domine, avec 25,4%, suivi par le MR (19,9), Ecolo (19,7), le PTB (14), le CDH (10,4) et le Parti populaire (5,1). Le Sud, on le voit, vote majoritairement à gauche.

Ceci ne fait que confirmer le constat de Bart De Wever : La Flandre et la Wallonie constituent deux démocraties. Le confédéralisme s’impose donc, afin que chacun puisse être financièrement responsable de ses propres choix politiques.

On peut comprendre ce raisonnement après avoir pris connaissance du dernier classement Eurostat concernant le PIB des régions de l’Union européenne pour 2016.

On constate, en effet, que la Flandre se situe à 120, l’indice de comparaison étant fixé à 100. Seule, la province du Limburg est en-dessous, avec 97.

Pour la Wallonie, en revanche, la situation reste inquiétante, avec un indice de 85. Seul le Brabant wallon, qui profite du dynamisme économique de la Région bruxelloise, dépasse la moyenne européenne,avec 133. Les provinces de Liège, de Namur, du Hainaut et de Luxembourg affichent respectivement 85, 81, 76 et 75.

Jusqu’ici la Wallonie a pu bénéficier des transferts financiers en provenance de Flandre, soit quelque 7 milliards d’euros par an, mais on sait que ceux-ci sont amenés à s’éteindre progressivement.

L’actuelle coalition wallonne MR-CDH, en place depuis un an et demi, s’efforce de remédier à une gestion qui, durant près de 35 ans, a consisté à vivre largement au-dessus de ses moyens.

Un an et demi, cela ne suffit évidemment pas pour renverser la situation. Mais une chose est sûre : si la Wallonie, livrée à elle-même, devait être gouvernée par la coalition « progressiste » qu’Elio Di Rupo appelle de ses vœux, on n’ose imaginer dans quel pétrin budgétaire elle se trouverait ! Et cette évolution ne manquerait évidemment pas de compliquer, voire de rendre impossible, la formation d’un nouveau gouvernement fédéral.

Jusqu’ici, on a toujours vu les francophones, « demandeurs de rien », finir par ployer. 

Qu’en sera-t-il au lendemain des prochaines élections ?

Le confédéralisme, il faut le rappeler, n’est pas l’affaire de la seule N-VA. Elle n’existait pas lorsque l’idée en fut lancée,au début des années 90, par le ministre-président flamand Luc Van den Brande,un démocrate chrétien, qui précisait : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. Et le Parlement flamand avalisa la chose en 1999.

En s’opposant aujourd’hui à la N-VA, le CD&V adopte une attitude assez lamentable. Car c’est tout de même l’un des siens,Yves Leterme, qui porta en 2004 le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux.

C’est aussi l’actuel président du CD&V, Wouter Beke, qui, dans une interview accordée au journal québécois « Le Devoir » en 2007, déclara : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix quel’indépendance.

Il y a donc aujourd’hui, dans le chef du CD&V,une grande hypocrisie, qui s’explique uniquement par le fait que ce parti est largement distancé par la N-VA.

Les responsables francophones feraient, en tout cas, bien de méditer ces propos tenus par l’ancien ministre CD&V Stefaan DeClerck : Il y a toujours eu, en Flandre, deux forts courants : la démocratie chrétienne et le nationalisme flamand démocratique. Ensemble, ils représentent un sentiment très majoritaire en Flandre. Ils sont complémentaires.

La Belgique pourrait, très rapidement, être mise échec et mat !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Éditeur, 2016.