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Macron nomme son premier gouvernement ouvert et paritaire

« Le Vif », Afp, 17 mai 2017

Le président français Emmanuel Macron a composé mercredi son premier gouvernement, une équipe de 22 membres, 18 ministres et quatre secrétaires d’Etat dont la moitié provient de la société civile, relativement resserrée et à l’image de la recomposition promise avec des ministres issus de la droite, comme de la gauche et du centre.

 

Le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler en a annoncé la composition à 15H00 précises, selon l’horaire prévu, sur le perron de l’Elysée et selon les canons du genre. Les attributions précises des membres du gouvernement, dont la moyenne d’âge est de 54 ans, devraient être fixées par décret « dans les 48 heures après le premier Conseil des ministres » qui se tiendra jeudi à 11H00, selon l’Elysée.

« L’engagement d’un gouvernement très resserré est totalement tenu » avec « une recomposition sans précédent » de l’exécutif, souligne-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron qui précise qu’au lendemain des législatives des 11 et 18 juin, « il n’est pas impossible qu’on ait un petit réajustement ».

La parité est également parfaitement respectée, avec onze femmes et onze hommes et autant de ministres de plein exercice de l’un comme de l’autre sexe. « Emmanuel Macron voulait que les femmes occupent des ministères de premier plan et ne soient pas reléguées à des portefeuilles qui leur sont traditionnellement dévolus ou moins importants », fait-on également remarquer dans l’entourage du nouveau président.

Les quatre ministères régaliens ont été dévolus à deux socialistes – Jean-Yves Le Drian, l’un des deux rescapés du quinquennat de François Hollande, qui passe de la Défense à l’Europe et aux Affaires étrangères, et Gérard Collomb, « marcheur » de la première heure, qui prend l’Intérieur – et à deux centristes – François Bayrou à la Justice, et Sylvie Goulard aux Armées.

Nicolas Hulot occupe une place de choix dans l’organigramme. Deuxième des ministres dans l’ordre protocolaire, il entre pour la première fois dans un gouvernement après avoir été candidat malheureux à la primaire des Verts pour la présidentielle de 2012. L’ancien animateur d’Ushuaïa avait déjà été pressenti pour rejoindre un gouvernement Hollande en janvier 2016 après avoir été l’un des artisans de la COP21.

S’il est resserré, ce premier gouvernement de l’ère Macron compte cependant davantage de ministres que le premier gouvernement Fillon qui avait battu un record sous la Ve République en la matière avec seulement 15 ministres, quatre secrétaires d’Etat et un Haut-Commissaire.

Parmi les ministres figurent quatre socialistes (dont deux avaient rejoint En Marche!) deux radicaux de gauche, trois centristes, deux LR, les autres provenant de la société civile.

Avec Bruno Le Maire à l’Economie et Gérald Darmanin à l’Action et aux Comptes publics, Emmanuel Macron débauche dans les rangs des Républicains et donne Bercy à la droite, toujours plus fractionnée. « A titre personnel », François Baroin, chef de file des Républicains pour les législatives, a regretté ces ralliements, estimant qu’il ne s’agissait pas d’une « recomposition » mais d’un « dynamitage » politique.

Le secrétaire général du parti Les Républicains, Bernard Accoyer, a ensuite précisé par communiqué que les « membres de LR » qui ont « rejoint » le gouvernement « ne font plus partie des Républicains ». « Ils font le choix personnel de faire campagne avec le Premier ministre en faveur des candidats d’En Marche contre nos candidats LR-UDI ».

Les nombreux socialistes entrés dans ce nouveau gouvernement achèvent aussi d’affaiblir le PS. « Cautions de gauche mais Matignon et Bercy à droite », a tweeté le premier secrétaire du parti Jean-Christophe Cambadélis dans une première réaction.

Outre Jean-Yves Le Drian, Annick Girardin est donc la seconde rescapée de l’ère Hollande, nommée aux Outre-Mer.

Désireux d’éviter un couac majeur, M. Macron a temporisé, annonçant la composition avec une journée de retard, afin que la situation fiscale de chacun et l’absence de conflits d’intérêt soient rigoureusement contrôlées.

Le souvenir de Thomas Thévenoud, l’éphémère secrétaire d’Etat qui avait oublié de déclarer ses revenus au fisc, est encore dans tous les esprits.

La première étape de la formation du nouvel exécutif avait été franchie lundi avec la nomination d’un Premier ministre venu du parti Les Républicains, Edouard Philippe, qui avait eu pour effet de semer un peu plus la zizanie à droite. Depuis lundi, 120 élus de la droite et du centre ont signé un appel à « répondre à la main tendue » par le nouveau président. « Une gifle » pour les candidats LR, selon le député Eric Ciotti.

Parmi les signataires de l’appel, des figures de la droite modérée comme Thierry Solère, Benoist Apparu ou Nathalie Kosciusko-Morizet, ainsi que le centriste Jean-Louis Borloo, dont aucun ne figure toutefois dans le premier gouvernement Philippe.

En riposte, sous l’égide de François Baroin, Les Républicains ont lancé un contre-appel des 577 candidats de la droite et du centre aux législatives à défendre leurs « convictions » et à gagner ces élections pour imposer une cohabitation.

Quand François Perin rêvait de… macronisme

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Avec l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence, nous assistons à une recomposition en profondeur du paysage politique français.

En créant son mouvement « En Marche ! », l’intéressé a bouleversé les codes traditionnels et mis un terme à la bipolarisation sur laquelle s’articulait jusqu’ici le fonctionnement de la Ve République.

Dans un monde en pleine mutation, bien des paramètres se sont modifiés et le traditionnel clivage gauche-droite apparaît clairement comme une entrave à la résolution des grandes questions qui se posent à notre société.

Attitude stérile que celle qui consiste, parce que l’on se trouve dans l’opposition, à critiquer systématiquement tout ce qu’entreprend la majorité. Car personne ne détient la Vérité absolue. Et l’Histoire nous a appris à quelles perversités pouvait mener l’intransigeance poussée à son paroxysme.

Les débats parlementaires, avec ces visages déformés par la hargne de l’invective,  sont à mille lieues de l’humanisme tolérant. Les mots peuvent constituer le pire des pièges.

François Perin avait cette faculté d’anticiper les choses. Dans son essai « La Démocratie enrayée », paru en 1960, il s’en prend violemment à la particratie qui empêche le bon fonctionnement des institutions et paralyse le système.

Durant la guerre, il avait adhéré au parti socialiste par haine du fascisme. Mais l’idéal de l’intellectuel de gauche allait être déçu par l’évolution des événements : La Tchécoslovaquie, ça été décisif pour moi. La première grande déception. La seconde fut que le système amenait une médiocratisation, non un changement de civilisation. (…) Il y a un complexe de gauche selon quoi tout ce qui est de droite est mauvais par définition. C’est un indice d’intolérance. Si la gauche  ne se bat plus pour la tolérance, à qui se fier ? (…) Les socialistes se basent sur la contestation du régime capitaliste, avec la propriété privée, le droit de succession, etc. Je pense qu’il faut trouver une troisième voie, comme J.-J.Servan-Schreiber. Il faut trouver une autre formule qu’une révolution profitant à l’Etat, sortir du manichéisme de la lutte des classes, donner des responsabilités de gestion aux travailleurs. C’est là qu’est le pouvoir d’ailleurs, dans la gestion, pas dans le capital qui est le plus souvent absent (« Pourquoi Pas ? », 31 août 1978).

François Perin concevait les partis comme des instruments d’action en raison du but qu’on poursuit et non des tribus auxquelles il faut être fidèle jusqu’à la mort et de génération en génération. Tous les démocrates devraient d’ailleurs prendre les partis comme des instruments d’action et non comme des religions (Annales parlementaires – Sénat, 9 novembre 1978).

C’est au départ de cette philosophie qu’il créa, en 1968, le Rassemblement Wallon. Démarche pluraliste qui permettait à des gens venus d’horizons divers de s’unir pour promouvoir le fédéralisme.

Il faut relire cette admirable « Lettre ouverte aux membres du Rassemblement Wallon », que François Perin écrit à la veille du congrès des 20 et 21 mars 1971 et dans laquelle il se situe par rapport à la triple tradition qui a fait notre civilisation (le christianisme, le libéralisme, le socialisme) : Puisant à nos bonnes sources morales, celles des chrétiens et aussi celles de leurs vieux antagonistes du siècle passé, nous prenons conscience que notre combat est d’abord un combat contre nous-mêmes. Combat dont l’issue devrait déboucher sur le socialisme libéral ou le libéralisme social.

Ni l’Etat ni l’argent ne doit être objet d’idolâtrie. Il faut quitter cette vision binaire, étriquée, qui entraîne le déséquilibre perpétuel. Une gestion saine, respectueuse de l’intérêt général, devrait, comme l’écrit encore François Perin dans « Germes et bois morts dans la société politique contemporaine » (Rossel, 1981), reposer sur le postulat suivant : Le pouvoir doit prendre assez de hauteur pour être respecté, les libertés publiques assez de vigueur pour l’empêcher d’être tyrannique.

Et d’ajouter :

La seule politique acceptable est celle qui concilierait les deux idéologies tenues, à tort, jusqu’ici pour antagonistes. (…) Le capitalisme prédateur et le socialisme autoritaire, ces deux monstruosités du siècle, ont assez démontré la capacité de folie suicidaire des hommes, pour que l’on tente partout d’ouvrir des voies à un comportement plus équilibré, plus serein et plus sage. Furia ideologica delenda est.

Rassembler par-delà les divergences. C’est à cet exercice subtil, difficile, qu’entend aujourd’hui s’atteler Emmanuel Macron.

Beaucoup d’électeurs ont voté pour lui pour faire barrage au Front national. Mais l’on voit déjà la « France insoumise » de Jean-Luc Mélenchon prête à monter aux barricades pour empêcher la réalisation du programme présidentiel. Attitude inconséquente dans la mesure où la paralysie et le statu quo ne feraient qu’apporter de l’eau aux visées extrêmes. Ce n’est certes pas en mobilisant la rue que la France se réformera. Une telle stratégie ne peut qu’entraîner la ruine collective.

Les citoyens français sont donc placés devant un choix majeur en ce qui concerne le renouvellement de l’Assemblée nationale. Avec sa jeunesse, son esprit d’ouverture et sa détermination, Emmanuel Macron est susceptible de relever les défis immenses qui attendent le pays ; moraliser la vie politique, renforcer l’axe franco-allemand pour redonner un souffle nouveau à l’Europe, réduire la dette, relancer l’emploi en assurant la compétitivité des entreprises, garantir la sécurité de la population en luttant contre l’islamisme radical, améliorer le système éducatif et la formation, réussir la transformation écologique et numérique, maintenir la paix dans un monde de plus en plus incertain….

Puisse cette petite histoire, racontée par François Perin dans « Le Vif » du 10 mars 1989, aider l’électeur français à faire le bon choix :

A l’Ouest, le libéral, qui a dû accepter l’hérésie de l’économie distributive au nom de la solidarité sociale, se dit : « suis-je un traître ? ». Il doute (il n’y a plus que Guy Verhofstadt qui lise encore Friedman). Comment surmonter l’angoisse ?

Le socialiste, qui a dû se rendre à l’évidence de l’efficacité de l’initiative privée et du mécanisme de marché, sous réserve de l’organisation de la solidarité sociale, se dit-il encore : suis-je un « social-traître » ? L’angoisse le guette-t-il ?

Finalement, l’un et l’autre surmontent l’angoisse en éclatant de rire : « Nos doctrines ? Quelles absurdités pisse-vinaigre ! Nous avons perdu la foi, vive l’humour, quelle délivrance ! Et si on fêtait cela joyeusement ensemble ?

(1) Auteur de « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015.

Le président de l’Union wallonne des entreprises: «36 heures de travail, ce n’est pas pénible»

Jacques Crémers, « Le Soir », 6 mai 2017

Président de l’Union wallonne des entreprises, administrateur délégué et directeur général de Safran Aero Boosters, Yves Prete est ce samedi 6 mai l’invité du Grand Oral RTBF-Le Soir sur La Première.

Interrogé d’abord sur les discours du 1er mai, Yves Prete – qui est un ancien joueur de rugby – plaque au sol le PTB : « C’est un parti qui n’aime pas les entreprises. C’est aussi un parti qui se nourrit du malheur. Ils ont besoin que ça aille mal », précise le président de l’UWE.

A propos des revendications entendues ci et là le 1er mai, Yves Prete réagit : « Moi, je ne crois pas que le travail soit quelque chose de pénible. Travailler, c’est créer de la richesse. Ceux qui parlaient étaient des distributeurs de choses qui n’existent pas. Trente-six heures par semaine, ce n’est pas pénible. Nous sommes un des pays où on travaille le moins ».

Et le burn out ?

« Je ne sais pas ce que c’est le burn out », affirme Yves Prete. « C’est vrai qu’il y a des gens qui sont entre guillemets en burn out. Mais commencer à faire la distinction entre la cause principale du burn out de tel ou tel individu, c’est très compliqué car le burn out peut venir des conditions de travail, de relations entre collègues ou de relations familiales, de beaucoup d’autres choses… Maintenant il y a des points à améliorer et on le fait tous les jours », précise-t-il encore.

L’état de la Wallonie

Autre point abordé au cours de cette interview, le discours de Paul Magnette sur l’état de la Wallonie. « Dans une équipe de rugby, on y arrive seulement si on travaille tous ensemble », explique Yves Prete. « Mais les Wallons ne vont pas dans le même sens ».

« Je suis globalement d’accord avec le discours de Paul Magnette », poursuit-il. « Mais nous n’avons pas terminé les restructurations qui masquent les effets positifs des mesures qui ont été prises. Je crois qu’on est arrivé au bout de ces restructurations et que nous allons pleinement profiter des actions qui ont été prises. Il faut continuer à travailler ».

Et la gouvernance ?

L’état de la Wallonie, c’est aussi sa gouvernance. Yves Prete commente : « Premièrement, il faut ramener l’affaire Publifin à sa juste place. A l’étranger, l’image de la Belgique n’a pas été ternie. Je ne dis pas que ce n’est pas grave mais ça n’a pas eu d’impact sur l’économie wallonne. Mais je suis triste car ça donne une image catastrophique de Liège et ça masque de belles choses. C’est le signe d’un estompement de la norme ».

Et à propos de la réaction des partis politiques ? « Moi je ne suis pas pour les commissions d’enquête », poursuit Yves Prete. « Ça ne m’intéresse pas du tout. On regarde dans le passé. On essaie de montrer que tout le monde est mouillé. Il n’y a pas besoin de commission d’enquête pour prendre des mesures », estime le président de l’Union wallonne des entreprises.

Stéphane Moreau légitime

Tout en reconnaissant qu’il ne connait pas bien le groupe Publifin, Yves Prete estime tout de même « qu’il faut clarifier les choses. Le groupe devrait être restructuré », dit-il. Et l’avenir de Stéphane Moreau ? « Je considère qu’il a l’air d’avoir bien géré sa société. Il a la légitimité industrielle. Il l’a dit lui-même, son handicap c’est d’avoir été membre d’un parti. Les raisonnements politiques ne sont pas les mêmes que les raisonnements industriels. C’est donc difficile de mélanger les deux », conclut Yves Prete.

Macron peut redonner un nouveau souffle à l’Europe

« Le Soir », 5 mai 2017

http://plus.lesoir.be/92676/article/2017-05-05/macron-peut-redonner-un-nouveau-souffle-leurope#_ga=2.252671820.451474974.1493986564-1577512.1493051089

CARTE BLANCHE  PAR JULES GHEUDE, ESSAYISTE POLITIQUE (1)

Le candidat à la présidence française propose de retoucher le tableau européen pour le rendre plus attirant. Son projet est bien plus engageant que celui de Marine Le Pen, qui rêve d’une France repliée sur elle-même.

 

J’ai toujours été un chaud partisan de l’intégration européenne. C’est la raison pour laquelle j’ai répondu favorablement à la proposition d’Antoinette Spaak de figurer à la 3e place sur la liste ERE-FDF (Europe, Régions, Environnement de François Roelants du Vivier) pour les élections européennes de 1989.

Cette liste fut présentée officiellement, le 28 mai 1989, lors d’un Congrès organisé à l’Arsenal de Namur, en présence de François Perin, qui profita de l’occasion pour répondre à l’accusation de francolâtrie chauvine, portée contre lui, quelques semaines plus tôt, par José Happart :

J’ai soutenu la juste cause fouronnaise de José Happart, mais ne puis cautionner ses positions ultra-régionalistes. La culture française, à travers les siècles, n’a jamais été fermée, puisqu’elle a participé à l’interaction, à l’interdépendance et à la fécondité réciproque des éléments de culture européenne émanant des nations et s’exprimant dans leurs langues diverses. Les chauvinismes nationaux n’ont pas réussi à dresser des barrières.

C’est exactement le discours que tient aujourd’hui Emmanuel Macron.

Les exemples abondent, qui démontrent l’ouverture de la France aux autres cultures.

François Ier ne recourut-il pas aux plus grands artistes italiens pour les résidences royales ? L’Italie et l’Egypte n’inspirèrent-t-elle pas la France de Napoléon ?

Racine puise abondamment dans l’antiquité gréco-romaine et Molière, dans la commedia dell’arte. Louis XIV ne jure que par Lully. Montesquieu écrit ses « Lettres persanes », Voltaire fréquente Fréderic II de Prusse et Catherine II de Russie, le XIXe siècle français est imprégné d’orientalisme (Chateaubriand, Flaubert, Lamartine, Nerval,…).   Plus près de nous, citons encore l’inclination-rupture de Debussy à l’égard de Wagner – Debussy faisant le pèlerinage à Bayreuth – et la relation Sartre-Heidegger, dans la filiation de Husserl. Quant à Albert Camus, il se sent le cœur grec.

Contrairement à Marine Le Pen, Emmanuel Macron n’entend pas isoler la France. Il sait fort bien ce que celle-ci doit, en termes de renommée, à ces personnalités issues de l’immigration et qui ont nom Emile Zola, Guillaume Apollinaire, Marie Curie, Pablo Picasso, Samuel Beckett, Emmanuel Levinas ou Pierre Cardin (voir à ce sujet « Le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France », sous la direction de Pascal Ory, Robert Laffont, 2013).

Je partage donc son souci de redonner un souffle nouveau à l’Europe. Seule une Europe forte sera capable de nous aider à affronter les défis d’un monde en pleine mutation et de nous offrir la sécurité nécessaire, notamment pour lutter contre l’intégrisme islamique.

Pour la première fois, un sondage paru dans le quotidien « The Times » indique qu’une majorité de Britanniques regrettent le résultat du référendum du 23 juin 2016 en faveur de la sortie de l’Union européenne.

Les marins-pêcheurs que Marine Le Pen a tenu à rencontrer récemment mesurent bien, eux, les conséquences néfastes de ne plus pouvoir s’aventurer dans les eaux territoriales anglaises.

Le rétablissement d’un franc français ne manquerait pas de se traduire par une forte hausse des taux d’intérêt, qui ne ferait qu’alourdir la dette. Celle-ci pourrait atteindre rapidement 115% du PIB. Les tenants du Frexit parlent de déprécier la monnaie, de façon à doper les exportations. Mais ils oublient de dire que le pouvoir d’achat des Français sera fortement impacté. Bref, on ne pourrait éviter une austérité renforcée.

Repliée sur elle-même, la France pèserait bien peu face aux grands blocs, tels que la Russie (145 millions d’habitants), les Etats-Unis (320 millions d’habitants), la Chine ou l’Inde (1,3 milliard d’habitants). Comment, dans ces conditions, agir efficacement sur le commerce international, le changement climatique ou encore la régulation financière ?

Outre la question européenne, Emmanuel Macron offre une recomposition de l’échiquier politique, rompant avec les tabous idéologiques qui n’ont engendré que palabres stériles et paralysants.

Sa « troisième voie » n’est autre celle que prônait François Perin il y a 36 ans. Dans « Germes et bois morts dans la société politique contemporaine » (Editions Rossel), publié en 1981, n’écrivait-ils pas :

Le socialisme libéral et le libéralisme social peuvent donc s’associer au lieu de se combattre en tombant dans le piège des mots. Ils seraient comme les deux bouts d’un balancier : souplesse, équilibre, mouvement, adaptation. Le capitalisme prédateur et le socialisme autoritaire, ces deux monstruosités du siècle, ont assez démontré la capacité de folie suicidaire des hommes, pour que l’on tente partout d’ouvrir des voies à un comportement plus équilibré, plus serein et plus sage. Furia ideologica delenda est !

Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan se réfèrent volontiers à Charles de Gaulle. Mais qu’ont-ils en commun avec lui ?

De Gaulle avait fait le choix de la résistance, non celui de l’extrême droite collaborationniste.

Le général avait aussi compris la nécessité de bâtir l’Europe au départ de l’axe franco-allemand. Le chancelier Konrad Adenauer avait été reçu à Colombey-les-Deux-Eglises. Marine Le Pen, elle, ne cesse de dire pis que pendre d’Angela Merkel.

Les Etats-Nations sont des monstres froids nés de la violence. L’Histoire nous a appris à nous méfier des égoïsmes souverainistes.

Amener les Européens à évoluer dans une sphère pacifiée après avoir vécu, en l’espace de 22 ans, deux tragédies atroces, tel était le pari des pères de la construction européenne. Pari réussi. J’ai 70 ans et n’ai pas connu la guerre.

Certes, la porte a été ouverte à des pays qui n’étaient pas suffisamment prêts pour se lancer dans l’aventure. Il eût fallu davantage tenir compte de la réalité concentrique de l’Europe. Face à un noyau central fort, la périphérie affichait un caractère plus hétérogène, qui impliquait des statuts propres.

L’Europe ne peut pas non plus fonctionner correctement avec des Conseils des Ministres qui ne représentent que les intérêts des Etats jaloux et paralysent la Commission, censée, elle, décider  au nom de l’Europe.

Marine Le Pen veut jeter le bébé avec l’eau du bain. Emmanuel Macron propose de retoucher le tableau pour le rendre plus attirant. Entre ces deux options, mon choix est fait. Je me suis toujours méfié des apprentis-sorciers.

(1) Dernier livre paru : « Un testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016.

 

Malgré Publifin, la Wallonie reste aux prises avec ses vieux démons

Eric Deffet, « Le Soir », 4 mai 2017

44Situation économique ou gouvernance, le débat régional ne réussit toujours pas à être à la hauteur des enjeux. La preuve cette semaine devant le parlement de Wallonie.

La séquence était prometteuse. Jeudi dernier : présentation par le gouvernement wallon d’une batterie de mesures de gouvernance en réponse à l’émotion suscitée par le scandale Publifin. Ces mardi et mercredi : débat en séance plénière sur l’état de la Wallonie. L’occasion était belle de montrer l’image d’une Région adulte qui travaille à un avenir meilleur. Le résultat est très mitigé. La Wallonie a décidément du mal à se défaire de ses vieux démons : positionnements politiques stériles et largesses prises avec l’esprit des règles.

 

Communiqué de presse du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds

(VNZ – Mutuelle flamande et neutre) – 4 mai 2017

« Malgré les milliards de transferts venant de Flandre, plus d’un Wallon sur cinq vit dans la pauvreté ; à Bruxelles, environ un habitant sur 31. »

Le VNZ plaide pour la responsabilisation dans les soins de santé et analyse chaque année les différences en matière de dépenses et de revenus entre la Flandre et la Wallonie sur base des données de la Fédération nationale des Mutuelles neutres, représentant plus d’un demi-million d’habitants.

Le VNZ constate que les différences de consommation – en dépit du vieillissement croissant de la Flandre – restent toujours significatives en 2016, mais qu’elles diminuent par rapports aux cinq dernières années.

La différence entre les coûts de santé moyens pour un Flamand (2.188,49 euros) et un Wallon (2.2272,75 euros) représente encore 84,26 euros par personne en 2016.

Dépenses en soins de santé 2016 :

Flandre (224.859 ayants-droit)    395.151.160    2.188,49  p/p

Wallonie (253.827 ayants-droit)  467.445.243    2.272,75  p/p

Bruxelles (48.416 ayants-droit)      80.833.175    2.100,71 p/p

En Wallonie, on a dépensé 3,85% de plus par tête en soins de santé

Le VNZ constate également une différence sensible en ce qui concerne le traitement préférentiel ou les indemnités majorées.

Nombre de dossiers d’indemnités majorées :

Flandre      27.273       12,13% (pourcentage de membres)

Wallonie     57.917       22,82%

Bruxelles      9.859       20,36%

En Wallonie, plus d’un Wallon sur cinq bénéficie du droit aux indemnités majorées. Les chiffres de Bruxelles sont également alarmants, avec plus de 20% de la population. A noter que les mutuelles neutres sont moins représentatives à Bruxelles.

Si l’on compara ces chiffres avec l’ensemble des mutuelles, on constate que près d’un tiers de la population bruxelloise vit sous le seuil de pauvreté. Ces pourcentages augment même chaque année malgré l’énorme solidarité – plus de 12 milliards d’euros venant de Flandre. De  cette manière, les transferts annuels ne diminueront jamais et la Flandre dispose de moins de manœuvre pour réduire sa propre pauvreté

Nombre de dossiers d’indemnités majorées (ensemble mutuelles)

Flandre      967.766      15,14%

Wallonie    727.811      20,99%

Bruxelles    345.665     31,62%

Etranger       10.141       4,60%  

Sur base des contributions à la sécurité sociale en 2015 (dernière année connue), le VNZ constate qu’un titulaire flamand au sein des mutuelles neutres paie chaque année 8.756 euros à la sécurité sociale, contre seulement 6.574 euros pour un francophone, soit une différence de 2.182 euros.

Contributions à la sécurité sociale pour 2015

Flandre (151.687 titulaires)          8.755,79   p/p

Wallonie (168.025 titulaires)        6.573, 65  p/p

Bruxelles (32.456 titulaires)         7.074,56  p/p

Le Dossier Médical Global (DMG) a vu sa popularité croître en 2016. Près de 60% de la population y a souscrit chez le médecin traitant. On const      ate toutefois une différence de culture entre les trois régions. En Flandre, 3 personnes sur 4 ont un DMG. En Wallonie, on n’atteint pas encore la moitié de la population.

Nombre de Dossiers Médicaux Globaux (DMG)

Flandre        165.201       73,47%

Wallonie    123.565         48,68%

Bruxelles        19.190      39,64%

Le nombre de jours d’hospitalisation tend plus ou moins à s’équilibrer en 2016

Nombre de jours d’hospitalisation en 2016

Flandre        673.302        2,99 p/p

Wallonie      764.531         3,01 p/p

Bruxelles     150.945         3,12 p/p

La différence reste sensible en ce qui concerne le nombre de jours d’indemnisation pour incapacité de travail ou invalidité. Alors qu’il y a dix ans, elle n’était que de 1,8 jour entre la Flandre et la Wallonie, elle représente aujourd’hui 5,4 jours.

Nombre de jours d’incapacité de travail et d’invalidité

Flandre            20,43 jours/ayant droit

Wallonie          25,86

Bruxelles         18,41

Ceci est une raison supplémentaire de plaider pour une responsabilisation accrue et pour une communautarisation totale de l’assurance maladie-invalidité.

Rappelons que les Mutuelles neutres représentent 4,7% de la population belge (527.102 assurés). On compte 2 mutuelles en Flandre, 4 et Wallonie et 1 à Bruxelles.

On trouvera, ci-dessous, le communiqué en néerlkandais du VNZ :

            

Persmededeling

4 mei 2017

 

“Ondanks miljardentransferten uit Vlaanderen: meer dan één vijfde van de Waalse bevolking in armoede; in Brussel bijna 1 op 3!”

Het Vlaams & Neutraal Ziekenfonds (VNZ) pleit voor responsabilisering in de gezondheidszorg en onderzoekt jaarlijks de uitgaven- en inkomstenverschillen tussen Vlaanderen en Wallonië op basis van de gegevens van de Landsbond van de Neutrale Ziekenfondsen, goed voor meer dan een half miljoen inwoners. 

Het VNZ stelt vast dat de consumptieverschillen – niettegenstaande de toenemende vergrijzing in Vlaanderen – voor 2016 nog steeds significant zijn, maar wel afnemen ten opzichte van de laatste 5 jaren.

Het verschil tussen de gemiddelde ziektekosten voor een Vlaming (€ 2.188,49) en een Waal (€ 2.272,75) bedroeg in 2016 nog 84,26 euro per persoon.

Uitgaven gezondheidszorgen 2016:

In Wallonië werd er in 2016 per hoofd 3,85 % meer uitgegeven aan gezondheidszorg.

Een opmerkelijk verschil stelt het VNZ vast bij de voorkeurregeling of verhoogde tegemoetkoming.

Aantal dossiers verhoogde tegemoetkoming (VT – LNZ):

In Wallonië ‘geniet’ meer dan één vijfde van de bevolking van het recht op verhoogde verzekeringstegemoetkoming. Ook de cijfers van Brussel zijn vrij alarmerend met meer dan 20 % van de bevolking, al zijn de aantallen voor de Neutrale koepel voor het hoofdstedelijk gewest minder representatief.

 

Wanneer deze cijfers vergeleken worden met alle ziekenfondsen kan enkel maar onthutst vastgesteld worden dat in Brussel bijna één derde van de bevolking in armoede leeft. Deze percentages nemen jaarlijks zelfs nog toe ondanks de enorme solidariteit – ruim 12 miljard euro – vanuit Vlaanderen met Wallonië en Brussel.

Op deze wijze zal de jaarlijkse geldstroom nooit afnemen en is er ook minder ruimte om de armoede in Vlaanderen zelf terug te dringen.

Aantal dossiers verhoogde tegemoetkoming (VT – alle ziekenfondsen):

Op basis van de bijdragen voor sociale zekerheid in 2015 (= laatste bekende jaar) stelt het VNZ verder vast dat een Vlaamse titularis binnen de Neutrale landsbond jaarlijks 8.756 euro aan sociale zekerheidsbijdragen betaalt, tegenover een Franstalige ‘slechts’ 6.574, of een verschil van 2.182 euro!

Bijdragen aan de sociale zekerheid (voor het jaar 2015):

Het Globaal Medisch Dossier (GMD) steeg in 2016 aan populariteit. Bijna 60 % van de bevolking sloot een GMD af bij zijn of haar huisarts. De automatische en elektronische verlengingen zullen dit effect zeker in de hand gewerkt hebben. Niettemin gaapt er een medische cultuurkloof tussen de 3 gewesten. In Vlaanderen heeft bijna 3 op 4 een GMD, in Wallonië nog niet de helft.

Aantal Globaal Medisch Dossiers (GMD):

Het aantal hospitalisatiedagen groeide in 2016 dan weer naar elkaar toe.

Aantal hospitalisatiedagen in 2016:

Frappant blijft het verschil in aantal uitkeringsdagen. Waar dat tussen Vlaanderen en Wallonië tien jaren geleden nog 1,8 dagen bedroeg, is dit intussen opgelopen tot 5,4 dagen méér uitkeringen voor arbeidsongeschiktheid of invaliditeit per titularis.

Aantal dagen arbeidsongeschiktheid en invaliditeit:

Ook dit is een reden om te pleiten voor meer responsabilisering en voor de volledige communautarisering van de ziekte- én invaliditeitsverzekering.

+++ Einde persbericht +++

 

Trois raison de douter de la stratégie de De Wever

 

Analyse du professeur Bart Maddens de la KU Leuven, « Doorbraak », 2 mai 2017. Traduction de Jules Gheude

La N-VA semble à nouveau s’agiter sur le plan communautaire. La semaine dernière, « Objectief Vlaanderen » est sorti de sa léthargie hivernale. En juin, trois journées d’étude seront organisées autour de thèmes communautaires.

Par ailleurs, la N-VA offre à ses cadres un exemplaire du livre « Onvoltooid Vlaanderen » (Flandre inachevée). L’historien Frank Seberechts y décrit l’histoire de la formation de la Nation flamande. Et, comme le titre l’indique, celle-ci n’est pas terminée.

 Rien de neuf ?

Le fait que Bart De Wever conclue le livre par un plaidoyer en faveur du confédéralisme est aujourd’hui en soi une grande nouvelle.

Il répète quasi littéralement ce qu’il avait écrit en septembre dernier aux membres de la N-VA. Il voulait alors rassurer les militants de base après la crise survenue lors de la démission de Vuye et Wouters : Nous devons faire sortir les francophones de leur trou. Töt ou tard, cela arrivera. Peut-être pas aujourd’hui ni demain. Mais rapîdement. La politique actuelle est n’est pas assez à droite pour amener la Wallonie de gauche à opérer le revirement vers le séparatisme.

De Wevar avait déjà laissé entendre auparavant que sa stratégie s’inscrivait dans le long terme. Pour l’instant, rien n’indique que le PS effectuera un virage à 180° en direction du confédéralisme. Mais cela peut changer si la N-VA réussit à nouveau en 2019 à mettre la majorité de gauche en Wallonie hors jeu. Et la même chose en 2024. Alors les Wallons pourraient réagir de manière aussi séparatiste que les Ecossais après plus d’une décennie de politique néo-libérale sous Thatcher.

C’est en effet quelque chose de plausible. Mais la possibilité reste toutefois fort mince. Le CD&V et le MR appuient trop sur le frein.

Rien ne dit non plus que ces deux partis voudront encore s’embarquer dans l’aventure kamikaze du gouvernement Michel, même si la chose serait mathématiquement possible.

Jusqu’à quel point la N-VA est-elle encore rebelle ?

La stratégie à long terme comporte encore un autre risque. Les partis évoluent sans cesse. La N-VA d’aujourd’hui est nettement moins rebelle que celle de 2010. Le parti est devenu plus convenable et fait partie du système.

Les nationalistes flamands radicaux, comme Hendrik Vue et Veerle Wouters, sont dès lors rejetés, tandis que l’on attire davantage des politiciens libéraux et bourgeois. Si cette évolution se poursuit dans les dix prochaines années, la N-VA ne ressemblera plus guère au parti nationaliste qu’il fut jadis. Tout au plus aura-t-elle encore des accents régionalistes, comme la CSU bavaroise.

Long terme ?

Imaginons que, dans un avenir lointain, après avoir trinqué quine ans sous une politique flamande de droite, le PS vire finalement de bord et supplie pour adopter le confédéralisme, la N-VA (si le parti porte encore ce nom) pourrait se montrer fort surprise. Mais enfin, les garçons, avec quoi venez-vous maintenant ?  diront-ils alors. Quand les partis commencent à parler du long terme, une petite sonnette d’alarme finit toujours par retentir chez le citoyen critique. Le long terme est le cimetière des idéaux de parti.

L’Open VLD n’a jamais formellement renié les idées radicales de Verhofstadt. C’était seulement quelque chose « pour le long terme ».

D’un autre côté, les récentes démarches de la N-VA contredisent cette vision d’avenir sombre (du point de vue flamingant). Avec le livre de Franks Seberechts, le parti semble vouloir donner à la base le signal que  le parti conserve toujours ses racines nationalistes, en dépit de tous les signes contraires.

La N-VA estime toujours que sa tâche consiste à achever la formation de la Nation flamande. Les colloques de juin peuvent servir de levier pour remettre le thème communautaire à l’agenda politique, en vue des élections futures.

Ce ne serait pas la première fois que les flamingants seraient trompés par le parti. La question est de savoir si ces quelques oiseaux annoncent vraiment un printemps nationaliste flamand.

On se souvient de l’annonce spectaculaire du « virage de Vuye » au début de l’année dernière. Ce ne fut finalement qu’une illusion, un pétard mouillé.

A moins que les remplaçants Sander Loones et Matthias Diependaele n’aient profité de cette longue période de calme pour transformer « Objectief V 2.0 » en une centrale d’énergie nationaliste flamande susceptible de provoquer un choc communautaire lors des campagnes de 2018 et 2019.

C’est possible. Mais nous devons le voir pour le croire.

La Wallonie, bientôt une macro-région ?

« Le Vif », Belga, 2 mai 2017

Le ministre-président wallon Paul Magnette a affirmé mardi, lors de son discours annuel sur l’état de la Wallonie, son intention de développer une stratégie macro-régionale européenne associant les Pays-Bas, des régions d’Allemagne et de France et le Luxembourg.

L’an dernier, le chef de l’exécutif wallon avait constaté que la Wallonie ne récoltait pas suffisamment d’effets indirects des investissements sur son territoire et avait donc lancé le plan Acheter Wallon, à destination des particuliers et des entreprises.

Cette année, M. Magnette a cité l’économiste gantois Luc Soete. A l’occasion des dix ans du Plan Marshall wallon, ce dernier avait souligné que le programme de redressement de la Wallonie avait bien eu un effet de levier sur les investissements privés, mais que la Région restait encore trop peu ouverte sur les régions voisines.

Des stratégies similaires au Plan Marshall existant en France et aux Pays-Bas, M. Magnette a annoncé son intention de renforcer la dynamique de la Grande Région (Wallonie, nord-est de la France, nord-ouest de l’Allemagne, Luxembourg) en proposant de développer une stratégie macro-régionale européenne avec les Pays-Bas et des régions voisines en Allemagne et en France, Belgique, Luxembourg. Actuellement, l’Europe reconnaît quatre macro-Régions (pour la mer Baltique, le Danube, les mers Adriatique et ionienne, et pour les Alpes). La Flandre, elle, serait plutôt demandeuse d’une macro-Région mer du Nord, a noté Paul Magnette.

On peut avancer dans des stratégies de spécialisation intelligente, par exemple dans le secteur de la logistique. Le but est d’intensifier l’internationalisation avec nos voisins, a-t-il commenté. La stratégie macrorégionale est décidée par le Conseil européen. Son principal intérêt réside dans une meilleure articulation entre, d’une part, les fonds structurels européens existants, et d’autre part, les financements nationaux et régionaux de politiques transversales et transfrontalières.

Poursuivant son diagnostic annuel de l’état de la Wallonie, M. Magnette a invité à ne pas céder au discours décliniste qui fait le jeu des simplifications abusives, tout en reconnaissant que tout n’est pas parfait. Ainsi, si le produit intérieur brut (PIB) de la Wallonie n’aura pas été du meilleur cru en 2015, affichant un piètre 0,9% de croissance, le recul permet de constater que les trois régions ont évolué à peu près au même rythme depuis une quinzaine d’années. On est dans un rythme de rattrapage équivalent voire meilleur aux régions du nord de la France ou d’Allemagne qui ont des caractéristiques socio-économiques similaires.

2016, année tournant pour le chômage

En termes de chômage, 2016 pourrait s’avérer être une année tournant: la baisse du taux de chômage constatée depuis 2014 se confirme sans qu’elle ne doive plus être partiellement liée aux effets de la suppression des allocations d’insertion, et elle s’accompagne désormais d’un taux d’emploi lui aussi en croissance. M. Magnette considère dès lors probable que, sur les cinq prochaines années, le chômage diminue naturellement de quelque 50.000 unités. Il note que la baisse est plus rapide encore chez les profils les plus difficiles à activer (moins de 25 ans, plus de 40 ans).

Le chef du gouvernement wallon note aussi la forte augmentation du nombre de Wallons acceptant une offre d’emploi en Flandre: +24% de 2014 à 2016, soit quelque 4.000 unités. Il souligne la progression des exportations sur les destinations lointaines – une transformation culturelle est en cours chez les entrepreneurs wallons -, la force de l’investissement en recherche et innovation (la Région frôle l’objectif européen des 3% du PIB, devançant Bruxelles et la Flandre), mais concède qu’une famille sur douze en Wallonie vit encore en déprivation sévère, même si la Région s’affiche dans la bonne moyenne européenne à cet égard. En termes de lutte contre les inégalités, l’écart salarial femme-homme en Wallonie est passé de 15 points de pourcentage à 4 entre 1999 et 2014.

La décrue du nombre de demandeurs d’emploi inoccupés est plus accentuée chez les femmes que chez les hommes. Sur le plan de l’environnement, Paul Magnette constate que la Wallonie a réduit d’un tiers ses émissions de gaz à effet de serre depuis 1990 et se montre ainsi le bon élève de la classe Belgique. Cette baisse n’est pas due aux seules fermetures d’usines, mais bien à une reconversion plus profonde du tissu industriel vers des secteurs moins carbonés, comme le prouve à ses yeux le fait que le PIB wallon a augmenté de 20% sur la même période.

Tout n’est pas formidable, mais on peut pas dire que tout va mal et nourrir ainsi des discours sur le déclin et une incapacité de la Wallonie à se redresser. La prospérité wallonne continue de progresser, les fondamentaux sont bons, mais il reste beaucoup de défis: diversifier les exportations, renforcer les investissements publics, mieux identifier les secteurs porteurs de croissance économique et d’emploi. Le ministre-président n’a pas évoqué la bonne gouvernance ni l’affaire Publifin, un volet qu’il avait abordé devant la presse jeudi dernier en présentant une batterie de mesures, et qui ne doit pas faire selon lui l’objet du discours sur l’état de la Wallonie. Il a invité l’opposition à ne pas s’engager dans un discours décliniste, meilleur terreau à ses yeux de toutes les simplifications et les rejets. Les députés répondront mercredi matin à ce discours sur l’état de la Wallonie.