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Réfléchir à l’après-Belgique

« Le Vif » 07/08/17 à 11:22 – Mise à jour à 11:21

http://www.levif.be/actualite/belgique/reflechir-a-l-apres-belgique/article-opinion-702883.html

Xavier Mabille, qui fut président du CRISP et dont le jugement sage était unanimement reconnu, écrivait en 2006, à propos de l’hypothèse de la disparition de la Belgique: hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure.

© Reuters

Lors de la longue crise politique qu’a connue la Belgique en 2010-2011 (541 jours sans gouvernement de plein exercice), la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a chargé deux de ses membres d’une mission afin d’étudier la question belge. La conclusion de leur rapport est claire : la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable : Ce qui apparaît aujourd’hui est que le thème de la séparation est devenu une hypothèse de travail crédible pour les ‘acteurs’ de la vie politique.

Présentée par le gouvernement flamand en 2012, la « Charte pour la Flandre » (Handvest voor Vlaanderen) précise, dans son préambule, que la Flandre forme une nation. Une nation dont la N-VA, la première force politique du pays, entend bien faire un Etat souverain au sein de l’Union européenne.

Evolution semblable en Ecosse et en Catalogne. Cette dernière organisera, le 1er octobre prochain, un référendum sur l’indépendance. Si celui-ci devait s’avérer positif, la N-VA serait la première à applaudir. Mais comment réagirait officiellement le gouvernement Michel ? Affaire à suivre…

Le fossé entre le Nord et le Sud est béant, conséquence d’orientations politiques diamétralement opposées. Et bien que le nouveau gouvernement wallon MR-CDH soit susceptible de modifier la donne, il ne dispose que de très peu de temps pour engranger des résultats significatifs. Si l’irrésistible ascension du PTB en Wallonie (24,9% !) devait se confirmer lors des élections législatives et régionales de 2019, elle ne faciliterait certes pas les choses.

Olivier Maingain, le président de DéFI, déclarait récemment : La Belgique sera fédérale ou ne sera pas. Il semble perdre de vue que pour la Flandre, le fédéralisme est dépassé depuis longtemps. Voilà 18 ans -la N-VA n’existait pas encore ! – que le Parlement flamand a adopté ces fameuses résolutions d’inspiration nettement confédéraliste.

C’est d’ailleurs sur ces résolutions que repose le projet de réforme institutionnelle que Bart De Wever souhaite mettre sur la table dans deux ans : le noyau central est réduit à sa plus simple expression, avec seulement quatre compétences : la défense, les affaires étrangères, la sécurité et les finances. Tout le reste est du ressort des Etats Flandre et Wallonie. Pour ce qui est des matières dites « personnalisables », chaque habitant de la Région de Bruxelles-Capitale, indépendamment de sa langue et de son origine, devrait choisir entre le paquet flamand et le paquet wallon. Cela concerne notamment l’impôt des personnes et le système de sécurité sociale.

Si les francophones devaient s’opposer au projet confédéral en 2019, le Royaume pourrait être dans l’impossibilité d’obtenir un nouveau gouvernement. Prenant acte de ce blocage, la Flandre pourrait alors user de la légitimité démocratique de son parlement, pour décréter unilatéralement l’indépendance.

L’avenir post-belge de la Wallonie

Dans leur grosse majorité, les Wallons se sentent avant tout Belges, comme l’a indiqué un récent rapport de l’Iweps. On ne décèle, en effet, aucun sentiment national wallon.

Mais s’ils se voyaient largués par la Flandre, à leur corps défendant, ils devraient bien se déterminer quant à leur avenir

Le WalloBrux

Un sondage réalisé par « RTL-Ipsos-Le Soir  » en 2013 indique que 61% d’entre eux souhaitent s’associer à Bruxelles pour former une Belgique résiduelle. Mais ce WalloBrux apparaît comme une illusion lorsqu’on apprend que 68% des Bruxellois se prononcent clairement pour une Région bruxelloise indépendante.

Les Bruxellois tiennent clairement à sauvegarder leur spécificité. Ils pourraient donc s’organiser en Ville-Etat, siège des institutions européennes et internationales.

Un Etat wallon indépendant

On a procédé, au départ des chiffres de 2012, au partage de la dette publique belge entre les Régions au prorata du Produit Intérieur Brut. Le constat, pour la Wallonie, est alarmant : elle présente un déficit public par rapport au PIB supérieur à celui de la Grèce en 2009. On n’ose imaginer les mesures draconiennes qui devraient être prises. Elles seraient d’une telle ampleur qu’il en résulterait un bain de sang social.

L’union-intégration à la France

Ne reste plus alors que l’option française. Non pas une assimilation, qui serait impossible, du moins dans un premier temps.

Les activités du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net), fondé en 2010, reposent sur une union-intégration de la Wallonie à la France, avec un statut particulier. La Constitution française autorise, en effet, des cadres institutionnels divers pour les collectivités territoriales qui présentent une réelle spécificité. On pourrait ainsi combiner le maintien des outils d’auto-administration de la Wallonie et de l’héritage juridique belge avec la solidarité nationale française, garante des systèmes sociaux et des services publics.

Le constitutionnaliste français Didier Maus a reconnu la faisabilité d’un tel projet.

Les Français seraient-ils d’accord ?

Le général de Gaulle s’était dit convaincu que seule leur prise en charge par la France peut assurer un avenir à votre trois à quatre millions de Wallons (propos tenus à Robert Liénard, à la fin des années 60).

Depuis lors, de nombreuses personnalités françaises, de tous bords, se sont exprimées de manière positive sur ce sujet.

Pour Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait (voir son blog du 9 septembre 2008).

Avec la Wallonie, la France gagnerait – de manière tout à fait pacifique – un accroissement territorial et démographique, qui lui permettrait de réduire sensiblement le différentiel avec l’Allemagne. Cela aurait aussi une incidence positive au niveau des votes à l’Union européenne. La Wallonie occupe, en outre, une position géographique stratégique. Ses ressources naturelles, ses voies navigables, ainsi que ses infrastructures autoroutière, ferroviaire et aéroportuaire constituent des atouts importants. Sans oublier la richesse de sa création culturelle et artistique, ses entreprises de pointe, sa main-d’oeuvre qualifiée, ses chercheurs, ses universités et hautes écoles… La mariée, comme on dit, ne viendrait pas les mains vides !

A propos de la reprise de la dette wallonne par la France, Jules Gazon, professeur émérite d’Economie de l’ULg, explique : Le PIB de la France « augmentée » de la Wallonie serait égal à 24 fois le PIB wallon. L’amplitude des effets en termes de déficit public et de dette publique par rapport au PIB serait divisée par 24. Elle serait marginale.

Il va de soi qu’un double référendum (un en France, l’autre en Wallonie) devrait être tenu sur la question.

Selon un sondage « Ifop / France-Soir » réalisé en 2010, 66% des Français (75% dans les régions frontalières) avaient répondu positivement.

Un autre sondage réalisé en 2008, conjointement par « Le Soir » et « La Voix du Nord » avait fait apparaître qu’en cas de disparition de la Belgique, 49% des Wallons feraient le choix de la France. Mais, comme nous l’avons vu plus haut, la situation économique précaire de la Wallonie devrait faire pencher définitivement la balance au nom de la raison.

Et les germanophones ?

Aujourd’hui, ils font partie intégrante de la Région wallonne, mais ils affirment de plus en plus distinctement leur identité. En cas de disparition de la Belgique, ils devraient donc avoir la possibilité de se prononcer à part.

Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les Vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est parue chez « Doorbraak Boeken », avec une préface du politologie Bart Maddens de la KU Leuven.

 

Nouvelle baisse du chômage en Wallonie

Benoit July, « Le Soir », 4 août 2017

À Bruxelles comme en Wallonie, les mois de baisse du chômage s’enchaînent, grâce à une conjoncture favorable et des mesures incitatives.

© Coralie Cardon

Depuis près de trois ans, les chiffres du chômage sont très encourageants en Belgique francophone. Selon les informations du Soir, la Wallonie enregistre en juillet son 37e mois de baisse du chômage. À Bruxelles, la tendance est comparable avec 33 mois de baisse continue.

Ce sont bel et bien les effets de l’embellie économique générale qui se font sentir, mais aussi de la réglementation plus restrictive relative au chômage. Une partie des personnes ayant perdu leur droit aux allocations ne se sont pas réinscrites au Forem, disparaissant ainsi des radars. D’autres mesures ont également amélioré l’employabilité des candidats (comme un meilleur accompagnement, la multiplication de contrats d’insertion ou encore des cellules de reconversion pour les travailleurs frappés par les restructurations). Le tax shift instauré par le gouvernement fédéral a rassuré certains employeurs craintifs.

Les jeunes, premiers en tout

En période de crise, les jeunes sont les premiers à souffrir des coupes franches dans la masse salariale. Mais «  en période de reprise, ils sont parmi les premiers à en bénéficier », commente Jean-Marc Manfron, responsable des analystes de marché au Forem. À Bruxelles, le chômage des jeunes diminue depuis 50 mois déjà. « À chaque nouvelle baisse du taux de chômage, on reste étonné », se réjouit le directeur général d’Actiris, Grégor Chapelle.

Mais malgré les bonnes nouvelles, Bruxelles et la Wallonie restent toujours largement en deçà des performances de l’emploi en Flandre.

Bruxelles : 16,9% ; Wallonie : 10,6% ; Flandre : 4,9%

Pour une opposition constructive

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de ce texte a été publiée par https://doorbraak.be/steriel-oppositiespel/, sous le titre « Au sujet de l’opposition stérile ».

Tout n’est pas blanc ou noir. Il faut rompre avec le manichéisme politique, qui consiste à penser que l’on détient seul la vérité absolue.

Dans une remarquable « Lettre aux membres du Rassemblement Wallon », rédigée en 1971, François Perin avait tenu à souligner cette triple tradition qui a fait notre civilisation. Le christianisme, le libéralisme et le socialisme ont, chacun, contribué à améliorer la condition de l’Homme.  Mais il est vrai aussi que chaque idéologie, poussée à l’extrême, a engendré les pires horreurs.

Une approche plus sage et plus adulte s’impose aujourd’hui. Que de temps perdu en raison de l’opposition stérile dans laquelle les uns comme les autres se sont, à un moment donné, enfermés !

En 1974, après des années d’immobilisme politique, une régionalisation préparatoire fut mise sur les rails. Des régionalistes wallons convaincus, tel le socialiste Jean-Maurice Dehousse, auraient dû la soutenir. Mais le PS était alors dans l’opposition et l’opération fut boycottée. Ce fut la pratique de la chaise vide au Parlement wallon jusqu’en 1976. De retour au pouvoir en 1977, le PS s’empressa de supprimer les mesures adoptées et il a fallu attendre 1980 pour que la régionalisation définitive voie enfin le jour en Wallonie et en Flandre.

Dans l’opposition, les libéraux se montrèrent, eux aussi, intraitables. François Perin raconte : Gol était assez déplaisant, arrogant même. Il fallait faire tomber le gouvernement par n’importe quel moyen, donc voter non, systématiquement, pour faire sauter avec les rebelles du CVP le quorum des deux tiers et provoquer la crise.

Dégoûté par une telle intransigeance, François Perin démissionna du Sénat, le 26 mars 1980, en fustigeant une particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse au respect de la parole donnée et de la signature mais très douée pour la boulimie avec laquelle elle investit l’Etat en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public.

Aujourd’hui, le PS critique systématiquement les mesures socio-économiques prises par le gouvernement Michel. Rien n’est bon à ses yeux.

Mais en quoi cette mesure visant à exempter les patrons de charges sociales sur le premier travailleur engagé serait-elle nocive ? Ancien administrateur général de l’Awex et ex-chef de cabinet d’Elio Di Rupo, Philippe Suinen reconnaît lui-même que c’est l’une des meilleures décisions prises depuis longtemps (interview accordée à « La Libre Belgique », le 25 juin 2016). Et l’intéressé de plaider pour un unionisme wallon où tous les partis politiques démocrates et les partenaires sociaux se mettraient d’accord sur une trajectoire qui irait, par exemple, jusqu’en 2030.

C’est en adoptant une telle attitude réformiste et constructive que le PS peut se refonder. Faute de l’avoir fait, son homologue français se trouve aujourd’hui laminé.

Les élections législatives françaises ont largement donné le feu vert à Emmanuel Macron. Avant son élection, celui-ci avait clairement détaillé les mesures qu’il comptait prendre, en ce compris celle visant à modifier par ordonnances le Code du travail. Au nom de quelle légitimité, Jean-Luc Mélenchon entend-il aujourd’hui susciter l’agitation dans la rue ?  C’est au sein même de l’Assemblée nationale où il a été élu qu’il doit mener son combat ! Lorsqu’il invite son groupe à quitter l’hémicycle, il contribue à saper les fondements de la démocratie à laquelle, par ailleurs, il se dit attaché.

De nombreux militants socialistes sont d’avis qu’Elio Di Rupo doit renoncer à la présidence du parti. Force est de reconnaître qu’il n’a pas su (voulu) mettre fin aux comportements déviants qui s’étaient manifestés en 2005, avec les affaires carolorégiennes. Trente ans de pouvoir discontinu en Wallonie ont amené le PS à considérer la Région comme « sa » chose. Tous les niveaux de pouvoir ont été systématiquement envahis. On peut en mesurer aujourd’hui les effets néfastes.

Le fait qu’une collectivité mette autant de temps à se redresser est le signe d’une gestion inadaptée. Adopté en 2005, le Plan Marshall, dont il serait malhonnête de contester le bien-fondé, en est à sa quatrième version. Et d’éminents économistes, tels Guiseppe Pagano (Université de Mons) et Didier Paquot (UWE) constatent qu’il n’a pas produit les résultats escomptés. Si le chômage wallon commence à régresser, son taux reste deux fois supérieur à celui de la Flandre. Et la part de l’industrie dans le PIB wallon ne représente que 14,2%.

L’application du Plan Marshall doit donc être repensée. C’est ce à quoi va s’employer le nouveau gouvernement wallon MR-CDH, dont la politique s’articule autour de quatre axes : l’éthique, la rationalisation dans les services publics, la rigueur budgétaire et l’entrepreneuriat.

Plutôt que de s’enfermer dans la rancœur, le PS se grandirait en apportant sa contribution aux réformes susceptibles de faire enfin décoller la Wallonie. Les invectives ne sont plus de mise. La furie idéologique doit s’effacer au nom de l’intérêt général.

Pour le CDH aussi, les choses ne sont pas simples. A présent qu’il est l’allié du MR en Wallonie, ne devrait-il pas revoir sa  stratégie d’opposition au niveau fédéral ?

Dans une récente tribune publiée sur le site de « Knack », l’ancien éditorialiste de « Het Laatste Nieuws », Luc Van der Kelen, par ailleurs membre du mouvement B Plus, se réjouit de voir le rapport de forces politiques se modifier : Une nouvelle unité de centre-droit prend de l’ampleur dans le pays. (…) Cela ouvre la voie à un gouvernement Michel II.

Le pari est toutefois loin d’être gagné. Le temps dont dispose le nouveau gouvernement wallon jusqu’aux prochaines élections régionales est très limité. Suffira-t-il à modifier sensiblement les intentions de vote des électeurs ? Aujourd’hui, rappelons-le, le PTB se retrouve sur la première marche du podium, avec 24,2%.

Le fait est qu’une amélioration sensible de la situation wallonne pourrait amener la Flandre à nous considérer d’un œil différent. Quand elle voit comment l’argent a jusqu’ici été jeté par les fenêtres, on peut comprendre sa réticence à maintenir les transferts financiers (7 milliards d’euro, selon la dernière étude de la KU Leuven)…

(1) Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

 

Bon vent à la Wallonie !

Le Vif 30/07/17 à 08:30 – Mise à jour à 13:04

http://www.levif.be/actualite/belgique/bon-vent-a-la-wallonie/article-opinion-699721.html

Trois décennies d’une gestion imprégnée d’interventionnisme socialiste ont freiné le redressement économique de la Wallonie.

Si l’on ne peut douter de la pertinence du Plan Marshall, force est de reconnaître que, douze ans après son adoption, les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous.

« Un bilan médiocre », titrait le journaliste Benoit July, dans « Le Soir » du 16 février 2017, suite à l’analyse décevante de Guiseppe Pagano, économiste à l’Université de Mons, et de Didier Paquot, directeur du Département « Economie – R&D » de l’Union wallonne des Entreprises. Et le journaliste de préciser : Les principaux indicateurs wallons n’ont pas évolué depuis 2003, époque à laquelle ils avaient initié un sentiment d’urgence et justifié le lancement du plan Marshall dédié au redressement de la Wallonie.

Cette évolution a contribué à altérer les relations avec une Flandre dont le dynamisme et la prospérité sont le fruit d’un esprit entrepreneurial particulièrement développe. En 2016, le Nord a vu ainsi ses exportations croître de 10,6%, avec un chiffre d’affaires de 205,7 milliards d’euros, tandis que le Sud, pour la troisième année consécutive, affichait une baisse (-0,5%), avec un montant de 42,6 milliards d’euros.

Et si le chômage commence timidement à régresser en Wallonie, son taux représente toujours plus du double de celui de la Flandre.

C’est cette situation qui a amené Bart De Wever, le président de la N-VA, a parlé de deux démocraties en Belgique.

Et le député CD&V Hendrik Bogaert de constater : Les Wallons ne peuvent tout de même pas invoquer éternellement la fermeture des charbonnages, intervenue il y a plus d’un demi-siècle.

La solidarité n’est pas un problème pour la Flandre, à condition qu’elle serve vraiment à améliorer les choses. Bart De Wever explique : Les transferts – qui représentent aujourd’hui 7 milliards d’euros, selon le récent rapport de la KU Leuven – doivent être transparents, avoir un but précis et inciter à l’amélioration. Ce n’est pas le cas en Belgique. Ils sont opaques, complexes et ils ne stimulent pas une région à mieux faire sur le plan économique. La bonne gouvernance n’est pas récompensée, mais sanctionnée.

C’est la raison pour laquelle le projet confédéral que la N-VA entend mettre sur la table des négociations en 2019, prévoit, comme c’est le cas en Allemagne, un mécanisme de solidarité objectivement mesurable et qui amène chacun à être vraiment responsable.

Les derniers scandales, dont celui de Publifin, auront été la goutte qui a fait déborder le vase. Mais en provoquant un tsunami politique au niveau des institutions francophones, ils se sont également révélés bénéfiques. Car les choses ne seront plus jamais comme avant.

La décision de Benoît Lutgen de retirer la prise au niveau des gouvernements wallon, bruxellois et de la Communauté française ne fut certes pas dépourvue d’arrière-pensées. Mais elle aura permis, au niveau de la Wallonie, d’envisager enfin une orientation nouvelle.

On ne peut que saluer la volonté de la coalition MR-CDH de s’attaquer à l’hypertophie politico-administrative, résultat d’un clientélisme que le PS a littéralement érigé en système. De même, le souci de faire passer la Wallonie de l’assistanat à l’entrepreneuriat est une excellente chose.

D’aucuns s’indignent. Ils crient au déni de démocratie. Mais le PS s’est-il soucié de la volonté de l’électeur en s’empressant d’écarter le MR du gouvernement wallon en 2014, alors que ce parti avait été le seul à progresser nettement (6 sièges de plus au Parlement) ?

Avec un PTB crédité aujourd’hui de 24,2% d’intentions de vote, l’ancien ministre Jean-Claude Marcourt dit redouter une « République soviétique de Wallonie ». Mais le PS ne porte-t-il pas une lourde responsabilité dans cette évolution ? Les pratiques déviantes n’ont-elles pas contribué à accentuer la méfiance du citoyen envers le politique et à gonfler les voilesde l’embarcation populiste ?

Il n’y a pas de fatalité. En l’espace de quatre ans, Gerhard Schröder est parvenu à relancer l’Allemagne.

La plus grande difficulté consiste à savoir s’imposer face aux forces conservatrices. Bien peu de gens aiment vraiment la vie ; l’horreur du changement en est preuve, écrit André Gide dans son « Journal ».

Et le changement implique une forte dose de détermination, de courage politique.

A trop vouloir sauvegarder les fameux « droits acquis », le parti socialiste s’est révélé incapable de se transformer en profondeur pour s’adapter aux défis d’un monde en pleine mutation. Il paie aujourd’hui le prix fort, comme son homologue français.

La majorité dont dispose le nouveau gouvernement wallon est étroite. L’application de certaines mesures nécessitera l’apport de voix extérieures. Ce sera le cas pour concrétiser l’indispensable réforme des provinces. Plutôt que d’adopter une stratégie d’obstruction systématique, l’opposition se grandirait en se montrant adulte et responsable.

Trop de temps a été perdu. Pour opérer véritablement son redressement, pour décoller enfin, la Wallonie besoin de l’engagement de chacun.

Si des résultats significatifs peuvent être rapidement engrangés, ils permettront aussi de modifier la vision que la Flandre a de nous.

Une chance inespérée s’offre à la Wallonie. Ne la laissons pas passer !

1) Dernier ouvrage paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface de Bart Maddens, politologue à la KU Leuven.

 

Un gouvernement wallon de quinquas sans représentant fort des grandes villes

Eric Deffet, « Le Vif », 26 juillet 2017

L’équipe MR-CDH qui va diriger la Wallonie est composée de politiques d’expérience. Aucune surprise du chef cette fois. A l’exception d’Alda Greoli qui cherche à s’implanter à Liège, tous les ministres sont des « ruraux ».

Olivier Chastel et Benoît Lutgen ont présenté ce midi à Namur le nouveau gouvernement wallon MR-CDH. Un constat : aucune surprise du chef ! Tous les noms attendus figurent au casting. Les paquets de compétences qui valaient pour la coalition PS-CDH sont globalement confirmés. Le nouvel exécutif compte deux femmes (pour une précédemment) et sept ministres plutôt que huit.

Côté MR. Comme attendu, le ministre fédéral Willy Borsus hérite de la ministre-présidence.

A ses côtés, avec le titre de vice-Premier, il retrouvera Pierre-Yves Jeholet, actuel chef de groupe. Ses compétences sont l’économie, l’emploi et la formation. Il reprend au passage le plan Marshall. Son complice Jean-Luc Crucke trouve des dossiers qui lui iront comme un gant : budget et finances, énergie et aéroports (cette dernière compétence était gérée par le CDH). Enfin la Nivelloise Valérie De Bue devient ministre des Pouvoirs locaux, du logement et des infrastructures, ce qu’était avant elle le socialiste Pierre-Yves Dermagne.

Côté CDH. Le départ de Maxime Prévot vers Namur a libéré une place au conseil des ministres. Elle échoit à Alda Greoli qui conserve ses compétences à la Fédération Wallonie-Bruxelles. En Wallonie, elle hérite des dossiers « sociaux » que gérait déjà celui dont elle fut cheffe de cabinet : affaires sociales et santé, allocations familiales. Elle gérera aussi la fonction publique jusqu’alors dans les mains du PS. La Spadoise a rang de vice-Première.

Carlo Di Antonio et René Collin conservent leurs postes et leurs compétences. Le premier hérite toutefois des travaux publics gérés jusqu’alors par Maxime Prévot et le second reprend à son compte le patrimoine qui était aussi dans les mains du Namurois. Enfin, sans surprise là encore, André Antoine conserve le pupitre présidentiel du parlement régional où il n’aura plus à se préoccuper des critiques souvent acerbes du MR qui en avait fait son « meilleur ennemi ».

Une équipe de quinquas. A 48 ans, Pierre-Yves Jeholet fait presque figure de perdreau de l’année dans cette nouvelle équipe qui ne rassemble pour le reste que des quinquas solidement ancrés dans la vie politique. La formation d’un gouvernement donne d’habitude lieu à l’une ou l’autre surprise du chef. Où sont les Dimitri Fourny ou les Georges-Louis Bouchez ? On cherchera en vain la révolution ici aussi, comme si les deux présidents avaient opté pour une forme de sécurité alors que le gouvernement ne dispose que de dix-huit mois utiles pour engranger des résultats. Les changements seront peut-être pour 2019.

L’heure est à la stabilité jusqu’au parlement qui conserve son président. Même si tous les deux héritent de leur premier mandat à ce niveau, le duo Jeholet-Crucke semble armé pour imprimer la touche libérale dans cet exécutif inédit.

Un gouvernement très rural. Un changement plus important qu’il n’y paraît : les représentants des grandes villes wallonnes sont absents de l’équipe. Depuis une vingtaine d’années, ils occupaient l’Elysette sans discontinuer : Di Rupo, Van Cau, Demotte, Magnette… Avec Willy Borsus, l’heure de la Wallonie des champs semble avoir sonné.

Et la remarque vaut aussi pour le reste des ministres. Le gouvernement sortant comptait en ses rangs le Carolo Magnette, le Liégeois Marcourt, les Namurois Prévot et Tillieux. Aujourd’hui, le ministre-président vient de Somme-Leuze, son vice-Premier libéral est bourgmestre de Herve, Jean-Luc Crucke occupe la même fonction à Frasnes-lez-Anvaing. Au CDH, Di Antonio et Collin proviennent de Dour et de Marche. Bien sûr Alda Greoli est occupée à s’implanter à Liège mais à ce stade, il est prématuré de considérer qu’elle incarne déjà la Cité ardente.

Les principaux points de l’accord de gouvernement MR-cdH

« Le Vif », Belga, 25 juillet 2017

Le MR et le cdH sont parvenus à un accord pour former un nouveau gouvernement wallon. Les présidents des deux formations, Olivier Chastel et Benoît Lutgen, ont présenté à la presse leur accord de gouvernement mardi en fin d’après-midi.

Le gouvernement wallon MR-cdH mettra en oeuvre le projet de décret issu du scandale Publifin et intégrera 62 mesures de gouvernance négociées par les deux partis avec Ecolo.

Se disant soucieux de réduire les dépenses publiques et d’améliorer l’efficacité publique, MR et cdH ont également annoncé que leur gouvernement supprimerait une vingtaine d’organes publics, quelque 200 postes d’administrateurs, et générera une réduction de 10% des coûts de cabinets, ainsi que des salaires des ministres.

Les organes publics seront davantage rationalisés tout en protégeant l’emploi, ce qui libérera des moyens pour supprimer en 2018 la redevance télé, dans le cadre d’une réforme fiscale globale (droits d’enregistrement pour l’accès à la propriété, de donation, de succession, fiscalité automobile, etc).

Les deux partis tenteront d’avancer vers une réforme des provinces par des transferts de compétences vers la Région et les communes (ou des organes supracommunaux), mais ils ont besoin pour aller plus loin d’une majorité des deux tiers.

Les formations seront réorientées vers des métiers porteurs d’emploi, et notamment ceux en pénurie.

En matière d’environnement, MR et cdH lanceront un emprunt obligataire durable pour soutenir les entreprises et les PME vers les circuits courts et les réductions de CO2. Ils veulent initier des mesures pour une « Wallonie sans diesel en 2030. »

L’accord de gouvernement MR-cdH compte une trentaine de pages, sans beaucoup d’objectifs chiffrés. MM Chastel et Lutgen assurent toutefois y avoir été très attentifs. « On n’a pas inscrit dans l’épure budgétaire de mesures dont on n’est pas sûr qu’elles pourront rentrer en vigueur dans les 24 mois. On n’a pas joué aux apprentis sorciers, l’épure est rigoureuse pour ne pas aggraver l’endettement de la Wallonie », a commenté M. Chastel.

L’État n’est pas là pour tout régler à la place des entreprises, des citoyens et du monde associatif. Il fixe des objectifs, soutient, régule. On veut passer d’une Wallonie de l’assistanat à une Wallonie plus entreprenante, a lancé Benoît Lutgen.

Les deux formations finalisaient depuis plusieurs jours un accord de gouvernement pour la Wallonie. MR et cdH disposent à deux d’une courte majorité (38 sièges sur 75, soit le strict nécessaire).

Le 19 juin dernier, le président du cdH, Benoît Lutgen, avait appelé à former de nouvelles majorités sans le PS en Wallonie, en Fédération Wallonie-Bruxelles et à Bruxelles, rompant une alliance de près de 13 ans.

Le cdH disait considérer le PS infréquentable à la suite des scandales Publifin et Samusocial, et le jugeait trop enclin à courir derrière le PTB, qui caracole dans les sondages. Le PS dénonçait de son côté une trahison du cdH, plus soucieux de sauver son avenir que de l’intérêt général.

Sous l’impulsion de M. Lutgen, des pourparlers avaient alors débuté, le MR répondant présent dès le début. Mais les réticences de DéFI et d’Ecolo, qui ont fait d’un accord sur la gouvernance un préalable à toute négociation pour la formation de gouvernements, avaient progressivement refermé la porte à Bruxelles et en Fédération, où MR et cdH ne disposent pas d’une majorité.

Les deux partis avaient alors accéléré le pas pour la Wallonie il y a dix jours, tandis que le cdH confirmait qu’il ne souhaitait plus gouverner avec le PS à Bruxelles et en Fédération.

Carte blanche: l’avenir incertain des Wallons, englués dans la crise politique

Le Soir Mis en ligne le 17/07/2017 à 16:22

Jules Gheude, essayiste politique*

Une carte blanche de Jules Gheude, essayiste politique, partisan du rattachement de la Wallonie à la France.

©Jules Gheude

La décision qu’a prise Benoît Lutgen de rompre avec le PS n’est certes pas dépourvue d’arrière-pensées. Il sait fort bien que son parti est aujourd’hui en dessous de la barre des 10 %. Il avance l’argument éthique, alors que le CDH n’a pas eu un parcours irréprochable ces derniers temps : l’affaire Milquet, le dossier Drion… C’est aussi le cas pour le MR. Cela étant, il est grand temps de tourner la page de 30 ans de mainmise socialiste, qui ont gangrené la Wallonie.

Ce qui m’irrite aujourd’hui, c’est de voir Défi et Ecolo se livrer à une surenchère en matière de bonne gouvernance. Cette bonne gouvernance, je l’ai maintes fois rappelé, est certes indispensable. Mais il ne faut pas chercher à laver plus blanc que blanc. Souvenons-nous de la manière calamiteuse dont Ecolo a géré le photovoltaïque en Wallonie. Est-ce éthique de modifier les règles du jeu en cours de partie ? Plusieurs entreprises de panneaux ont fait faillite et les clients se sont retrouvés floués. Ce qui importe aujourd’hui, c’est l’opportunité qui s’offre enfin de changer radicalement de cap.

Voilà 30 ans que, de manière ininterrompue, le PS exerce la ministre-présidence de la Région. Difficile donc de nier l’influence prépondérante qu’il a eue au niveau de la gestion. La pieuvre rouge a infiltré ses tentacules partout. Elle a érigé le clientélisme en un système qui a engendré une hypertrophie politico-administrative, ruineuse et paralysante.

Une dose de courage politique

Certes, il y a eu le plan Marshall dont la pertinence ne peut être mise en doute. Adopté en 2005, il en est à sa 4e version. Mais force est de constater que son application ne s’est pas révélée efficace. Aujourd’hui, la part de l’industrie dans le PIB ne représente que 14,2 %. Or, c’est l’industrie qui crée les services. En octobre 2015, Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, reconnaissait lui-même que la Wallonie n’avait toujours pas décollé. Ce n’est pas normal. Gerhard Schröder n’a eu besoin que de quatre ans pour remettre l’Allemagne sur les rails. Il faut donc revoir impérativement notre façon d’opérer. Cela exige une bonne dose de courage politique.

Rien n’est jamais parfait. Mais sans discipline budgétaire et sans le dynamisme des petites et moyennes entreprises qui créent l’emploi, la prospérité n’est pas possible. C’est ce à quoi s’emploie le gouvernement Macron en France. C’est ce que nous devons faire en Wallonie. En 2016, nous avons connu, pour la troisième année consécutive, une baisse de nos exportations : – 0,5 %, avec un chiffre de 42,6 milliards d’euros. La Flandre, elle, est en hausse de 10,6 %, avec un chiffre de 205,7 %. Même si l’on retire les quelque 42 % qui proviennent des pierres précieuses, notamment le diamant, il n’y a pas photo !

La Flandre n’est évidemment pas exemple de dérapages en matière d’éthique. Mais d’une manière générale, on peut dire qu’elle est gérée de manière rigoureuse et efficace. Ces dernières années, elle est à l’équilibre budgétaire. Et entre 1983 et 2015, elle est parvenue à faire baisser son taux de chômage de 10,7 à 5,2 %, alors que nous sommes toujours autour des 13 %. La récente étude européenne portant sur l’attractivité de 263 régions montre que les provinces flamandes se situent dans la fourchette 21-58, loin devant les wallonnes qui se placent entre 121-142.

Il est clair que les scandales à répétition contribuent à accroître la méfiance du citoyen envers le politique et apportent de l’eau au moulin populiste. Le PTB est aujourd’hui crédité de 24,2 % d’intentions de vote. Une évolution qui ne peut que crisper davantage les relations avec le Nord. On peut imaginer la réaction de Bart De Wever face à l’émergence d’une Wallonie socialo-communiste…

De Wever et l’indépendance de la Flandre

Une 7e réforme de l’Etat verra-t-elle le jour ? Il faudra pour cela que les prochaines Chambres soient déclarées constituantes, c’est-à-dire aptes à réviser la Constitution avec la majorité des deux tiers. Bart De Wever est en tout cas bien décidé à imposer le confédéralisme. Une idée qui, il faut le rappeler, a été lancée au début des années 90 par le CVP Luc Van den Brande et qui a fait l’objet d’un vote favorable au Parlement flamand en 1999. Aujourd’hui, le député CD&V Hendrik Bogaert invite son parti à se radicaliser. Les démocrates-chrétiens, qui sont en perte de vitesse dans les sondages, n’ont certes pas intérêt à faire preuve de tiédeur dans la défense des intérêts flamands.

L’hypothèse d’une implosion de la Belgique ne doit pas être exclue, déclarait feu Xavier Mabille, le président du Crisp, dont la sagesse était unanimement reconnue.

La constitution d’un gouvernement pourrait, en effet, s’avérer impossible, obligeant la coalition Michel à poursuivre en affaires courantes. Nous avons connu ce scénario en 2010-2011. Mais une telle situation ne peut durer indéfiniment. Un Etat qui ne parvient plus à former un gouvernement de plein exercice, est tout simplement un Etat qui n’existe plus… En cas de blocage total, le Parlement flamand pourrait, au départ de sa légitimité démocratique, proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, a déjà fait savoir que si son parti avait la majorité absolue avec le Vlaams Belang, il demanderait cette indépendance.

La stratégie de Bart De Wever est bien connue. Il entend utiliser au maximum la prépondérance flamande au sein du gouvernement Michel pour accentuer une politique socio-économique de droite, afin d’amener les responsables wallons à quémander eux-mêmes une nouvelle réforme de l’Etat. Son projet confédéral repose sur deux Etats, Flandre et Wallonie, disposant de quasi toutes les compétences et entièrement responsables de leurs choix de gestion respectifs. Quand la Flandre voit comment la Wallonie jette l’argent par les affaires, elle n’est plus encline à poursuivre ses transferts financiers qui, aujourd’hui, selon une étude la KUL, s’élèvent à 7 milliards d’euros et devraient encore représenter 6,56 milliards en 2020. Cela étant, la Wallonie serait bien en peine de gérer un secteur tel que la sécurité sociale.

Quant à l’échelon central, réduit à sa plus simple expression (4 compétences), on peut imaginer que la Flandre ne manquerait pas d’en souligner rapidement le caractère superflu.

Le plan B WallonBrux, pure chimère

Le fait est que la Flandre est une Nation et qu’elle a tout naturellement vocation à devenir un Etat souverain. C’est ce que prévoit l’article 1er des statuts de la N-VA.

Le nationalisme ne concerne d’ailleurs pas que la N-VA et le Vlaams Belang. Comme l’a bien souligné l’ancien ministre Stefaan De Clerck : la relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Au Nord, on semble persuadé de l’existence, dans les tiroirs de l’Elysette, d’un Plan B, le fameux WalloBrux. Une pure chimère, car il faut être deux pour danser le tango. Plusieurs sondages ont révélé que les Bruxellois se prononçaient majoritairement pour l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. A 68 % selon l’enquête RTL-Le Soir de 2013.

Quant à une Wallonie indépendante, elle se trouverait dans une situation financière intenable. Sur base des chiffres de 2012, Jules Gazon, professeur émérite de l’ULg, a partagé la dette publique belge entre les régions en prenant le PIB comme critère. On constate que la Wallonie affiche un déficit public supérieur à celui de la Grèce en 2009 ! Nous connaîtrions très vite un climat insurrectionnel.

Le général de Gaulle avait déclaré : « Je suis convaincu que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer un avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. » Nous avons étudié ce scénario. Une assimilation ne serait pas possible, mais bien une intégration de la Wallonie, avec un statut particulier qui lui permettrait de sauvegarder sa spécificité et ses acquis. La chose est tout à fait possible, comme l’a déclaré le constitutionnaliste français Didier Maus. Les responsables wallons ne seraient-ils pas bien inspirés s’ils prenaient langue dès à présent avec les autorités françaises ?

*Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version flamande est sortie chez Doorbraak Boeken.

 

Et si la Catalogne devenait indépendante ?

Jules Gheude

A l’occasion de la Fête flamande, le ministre-président Geert Bourgeois a plaidé pour une nouvelle réforme de l’Etat en 2019, s’inscrivant dans le cadre confédéral.

Celle-ci serait axée sur deux Etats,Flandre et Wallonie, disposant de quasi toutes les compétences, notamment la sécurité sociale et l’impôt des personnes physiques. Réduite à sa plus simple expression (4 compétences), l’échelon central ne tarderait pas à apparaître rapidement comme superflu. Quant aux Bruxellois, il devraient opter entre le Nord et le Sud pour les matières dites « personnalisables ».

La Flandre, qui est une Nation, entend donc bien devenir à terme un Etat souverain au sein de l’Europe. Tel est aussi le cas de la Catalogne, qui organisera, le 1er octobre, un référendum à ce sujet.

Si ce référendum devait s’avérer positif, il sera intéressant de voir la réaction du gouvernement belge, au sein duquel l’influence de la N-VA est prépondérante. Car le parti de Bart De Wever sera le premier à vouloir reconnaître une Catalogne indépendante.

Affaire à suivre…

 

Une République soviétique de Wallonie

Avec l’ascension du PTB, le ministre Marcourt redoute une « République soviétique de Wallonie ».

Mais qu’ont apporté 30 ans de mainmise du PS sur la Région ?  Un taux de chômage qui reste autour des 13% (il était de 5,2% en Flandre en 2015). Des exportations insuffisantes, en baisse depuis trois ans (42,6 milliards d’euros en 2016 contre 205,7 milliards en Flandre).

Sur les 263 régions d’Europe, en termes d’attractivité, nos provinces se situent dans la fourchette 121-142 (21-58 pour les flamandes).

Le plan Marshall, adopté en 2015, en est à sa 4e version, mais la part de l’industrie n’occupe que 14,2% du PIB wallon. Or, c’est l’industrie qui crée les services.

Une étude de la KUL concernant les transferts Nord-Sud révèle  qu’il représentent chaque année 7 milliards et qu’il seront encore de 6,56 milliards en 2020. Cela alors que les récents scandales au sein des intercommunales montrent comment l’argent est jeté par les fenêtres.

En matière de sécurité sociale, le rapport du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds indique que le fossé subsiste entre la Flandre et la Wallonie. En 2016 , celle-ci a dépensé 3,85% de plus en soins de santé, ce qui représente une différence de 84,26 euros par personne. 22,82% des ayants-droits wallons bénéficient d’une indemnité majorée (12,13% en Flandre). Il y a dix ans, la différence des jours d’incapacité de travail / invalidité représentait 1,8 jour. En 2016, elle a grimpé à 5,4 jours. En Flandre, 3 personnes sur 4 recourent au Dossier Médical Global (on n’atteins pas la moitié de la population en Wallonie).  Enfin, pour ce qui est des contributions à la sécurité sociale, elles s’élevaient en 2015 à 8.755,29 euros par titulaire flamand, contre 6.573,65 euros par titulaire wallon.

On comprend mieux, à la lecture de ces chiffres, pourquoi la Flandre entend rendre chaque Région financièrement responsable de ses choix de gestion.

On n’ose imaginer ce que deviendrait la Wallonie avec le PTB aux commandes. Même la Chine a fini par s’écarter du communisme.

JGh

Le PS valide la réforme des allocations familiales

« Le Vif », Belga, 13 juillet 2017

Le gouvernement wallon a approuvé jeudi en première lecture l’avant-projet de décret du ministre Maxime Prévot (cdH) qui doit instaurer, au 1er janvier 2019, le nouveau système de versement des allocations familiales.

 

PS et cdH s’étaient accordés sur un modèle en février dernier, mais leur divorce annoncé depuis par les centristes laissait planer la menace d’un blocage au moment de transposer cet accord en décret.

« Nous avons le sens des responsabilités », a affirmé le ministre-président Paul Magnette (PS) à la sortie de la réunion hebdomadaire du gouvernement, à l’Elysette (Namur). Cette réunion aura duré une heure et quart, pour l’examen des 124 points à l’ordre du jour. Une cinquantaine de ces points ont été bloqués par le cdH.

Mr Prévot a fait état d’un climat « serein et courtois » où chacun a « pris ses responsabilités ». « Il n’y avait pas de raison de revenir sur notre parole, vu les avancées qui avaient été obtenues au profit des plus défavorisés, des orphelins ou des personnes handicapées », a commenté de son côté le ministre du Budget Christophe Lacroix (PS). Il n’était pas non plus question à ses yeux de « monnayer » un accord sur la suppression de la redevance TV – un point que le cdH a à nouveau bloqué – contre un feu vert sur les allocations familiales, a-t-il ajouté. Des incertitudes demeuraient au regard de la soutenabilité financière du nouveau modèle, même si les deux formations politiques avaient convenu en février d’assumer le déficit. On parle d’un surcoût de 9 millions d’euros en 2019 à 45 millions en 2023, selon M. Magnette. « Ce sera au prochain gouvernement de l’assumer ».

Le MR, que l’exclusive du cdH sur le PS a rendu mathématiquement incontournable en Wallonie pour la formation d’un gouvernement majoritaire, avait déjà fait savoir qu’il soutiendrait « le projet du ministre Prévot ». Paul Magnette se prévaut toutefois d’avoir pu arracher en dernière minute l’automatisation des droits aux allocations familiales pour les jeunes de 18 à 21 ans.

Le gouvernement wallon reste ainsi en ordre de marche pour passer au nouveau modèle dès 2019 comme en Flandre, alors que le gouvernement bruxellois est toujours à la recherche de son propre modèle.

Le système wallon prévoit que, pour chaque enfant né à partir du 1er janvier 2019, la famille recevra une allocation de base de 155 euros jusqu’aux 18 ans de l’enfant et 165 euros de ses 18 à 24 ans (des suppléments sont prévus pour les familles les plus fragiles et pour les enfants atteints d’une affection ou les orphelins).

Sa caractéristique première est d’octroyer un montant égal quel que soit le rang de l’enfant dans la famille (aîné ou puinés), au contraire du système actuel, où les montants progressent avec le nombre d’enfants. Ce système nataliste s’éteindra au fur et à mesure que celui prévu à partir de 2019 montera en puissance, de sorte qu’il n’y ait aucune diminution de montant pour les familles actuelles.

Au cas où le gouvernement ne parviendrait pas à respecter l’échéance du 1er janvier 2019 en raison de contraintes législatives ou organisationnelles, un régime de transition sera mis en oeuvre, ce qui garantit le versement des allocations.

Ce dossier constitue l’un des enjeux primordiaux de la législature: le financement des allocations familiales pèsera plus de 2,25 milliards d’euros en 2019, soit environ 17% du budget wallon, au bénéfice de plus de 900.000 enfants.