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«Vers une Wallonie française»

LE SOIR, MIS EN LIGNE LE 16/09/2019 À 14:43

https://plus.lesoir.be/247896/article/2019-09-16/vers-une-wallonie-francaise

 PAR JULES GHEUDE, ESSAYISTE POLITIQUE (1)

En cas de séparatisme, d’aucuns rêvent du rattachement du sud du pays à l’Hexagone. Mais plus qu’un rêve, il pourrait surtout s’agir d’une condition sine qua non de sa survie.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le démantèlement du Royaume de Belgique est un processus inéluctable.

Au fil des décennies, le Mouvement flamand est parvenu à faire de la Flandre une véritable nation. Le terme figure expressément dans le préambule de la « Handvest voor Vlaanderen », la Charte pour la Flandre, adoptée en 2012. Et il est plusieurs fois cité dans le projet de gouvernement flamand, actuellement négocié par la N-VA, le CD&V et l’Open VLD.

Si d’aucuns, en Flandre, persistent à affirmer que la mouvance séparatiste ne dépasse pas les 5 à 10 %, force est toutefois de constater qu’il ne manque que 5 sièges à la N-VA et au Vlaams Belang, formations ouvertement indépendantistes, pour détenir ensemble la majorité absolue au Parlement flamand.

Autre fait majeur : en 1999, le Parlement flamand s’est prononcé, à une forte majorité, en faveur d’un système confédéral, basé sur deux Etats, la Flandre et la Wallonie, ceux-ci étant amenés à cogérer Bruxelles.

La faiblesse francophone

En d’autres termes, il s’agit de dépiauter au maximum l’Etat belge, avant de le considérer comme totalement superflu. Les responsables francophones s’opposent à ce projet, qu’ils qualifient, à juste titre, d’« antichambre du séparatisme ».

Mais l’on sait aussi que ces responsables francophones, éternels « demandeurs de rien », ont toujours fini par céder. Dernier épisode en date, la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, assurant l’homogénéité linguistique de la Flandre, et la scission des allocations familiales.

L’argument utilisé par la Flandre (pas seulement par la seule N-VA !) est bien connu : la Flandre et la Wallonie ont des visions socio-économiques diamétralement opposées. La première doit sa prospérité économique à une gestion basée sur l’esprit d’entreprise. Elle représente, à elle seule, 80 % des exportations belges. La seconde peine à se redresser car, depuis la mise en place de la régionalisation en 1980, elle a subi, de façon quasi-ininterrompue, l’influence néfaste du Parti Socialiste. Libre à la Wallonie de faire les choix politiques qu’elle souhaite, à condition d’en assumer pleinement la responsabilité financière. D’où la décision de supprimer progressivement les transferts financiers en provenance de Flandre, qui constituent quelque 7 milliards d’euros par an.

Bart incontournable

Le nouveau gouvernement wallon (PS-MR-Ecolo) s’engage à ne pas lever de nouveaux impôts, mais son programme ne prévoit le retour à l’équilibre budgétaire qu’en 2024. On va donc laisse filer la dette, dont certains annoncent déjà qu’elle explosera à 20 milliards d’euros.

Le président du PS et nouveau ministre-président wallon, Elio Di Rupo, est bien conscient de cette situation, puisqu’il a d’ores et déjà annoncé qu’il faudrait revoir la loi de financement.

Bien qu’il se soit engagé à ne jamais gouverner avec la N-VA, il semble cependant qu’il ne pourra éviter de négocier avec Bart De Wever. Davantage de moyens financiers pour la Wallonie et la Communauté française contre un énième dépeçage de l’Etat, comme ce fut le cas en 2001 pour refinancer la Communauté française, laquelle, aujourd’hui est à nouveau exsangue.

Une étude de l’Institut wallon pour l’évaluation, la prospective et la statistique (Iweps) révèle que les Wallons, à 92 %, sont contre la dislocation de la Belgique. Il n’empêche que la question de l’avenir post-belge de la Wallonie n’a rien de fantaisiste. Feu Xavier Mabille, l’ancien directeur du Crisp dont la sagesse était unanimement reconnue, disait d’ailleurs à propos de l’hypothèse de la disparition du Royaume : « hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure ».

Une échéance inéluctable

C’est pour préparer les esprits wallons à cette échéance qui nous paraît incontournable, que nous avons tenu, en mars 2009, les Etats généraux de Wallonie à l’Université de Liège.

Il est apparu, à l’analyse, qu’une Wallonie indépendante et un WalloBrux représentaient des options irréalistes et non viables, et que seul le scénario de la réunion à la France était de nature à offrir un avenir pérenne et crédible.

Présent lors de ces Etats généraux, Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, commenta l’étude qu’il avait faite à ce sujet et dans laquelle il proposait d’accorder à la Wallonie un statut particulier, qualifié d’« intégration-autonomie ». « Les Wallons ne doivent pas bazarder tout ce qui fait leur spécificité et se présenter nus devant Marianne pour revêtir l’uniforme français », déclara-t-il. Et de rappeler que la Constitution française est suffisamment souple pour reconnaître à certaines collectivités des statuts sur mesure. L’article 1er de la Constitution française précise d’ailleurs que l’organisation de la République française « est décentralisée ».

Tout à y gagner

Pour Jacques Lenain, il s’agit donc de concilier une intégration étatique à la France avec une forte autonomie au sein de celle-ci, tout en garantissant, par l’exercice de la solidarité financière nationale, l’équivalence des services publics et des systèmes sociaux. Entité régionale maintenue, la Wallonie conserverait ainsi ses organes d’auto-administration actuels. Ses compétences seraient maintenues et même élargies à celles exercées actuellement par la Communauté française, qui aurait de facto cessé d’exister. Quant au droit ex-fédéral belge, conservé, sauf exceptions, il se trouverait placé sous la responsabilité du législateur français.

Des acquis garantis

Certes, il faudrait bien rendre des comptes à l’État central français, qui s’arroge en particulier le pilotage et le contrôle des dépenses sociales et qui veille à un traitement équitable des populations tant en matière de prestations reçues que d’impôts et cotisations prélevés. On peut donc présager que l’État français poserait comme préalable à l’effort pérenne de solidarité nationale l’engagement des responsables wallons sur des réformes susceptibles d’aboutir à une diminution progressive ou, à tout le moins, à une stabilisation des concours financiers en cause. Pour autant, cette exigence légitime de rigueur, qui devrait satisfaire les Wallons qui attendent plus d’efficacité de la part de leurs institutions, ne remettrait jamais en cause l’existence même des services publics et des prises en charge sociales en Wallonie, ainsi que leur équivalence avec les services et prestations assurés sur le reste du territoire français. Loin de perdre leurs acquis, représentatifs de ce qu’ils sont et résultat de leur histoire et de leurs luttes, les Wallons pourraient donc les conserver et mieux les faire fructifier au sein de l’État français.

Aucun parallèle avec le Brexit

Comment, pratiquement, les choses pourraient-elles se concrétiser ?

Lorsqu’il sera devenu pour tout le monde évident que les carottes belges sont cuites, les autorités wallonnes – après avoir écarté les options jugées irréalistes et financièrement non viables – négocieront avec Paris un cadre d’intégration, basé sur une grande autonomie. Une fois que les parties concernées se seront mises d’accord sur un projet, celui-ci sera soumis à un référendum, tant en France qu’en Wallonie. Rien ne sera donc imposé.

Une fois que les populations auront accepté cette « intégration-autonomie », c’est à la France qu’il reviendra de négocier avec la Flandre les modalités de la partition (partage de la dette belge, désenclavement de Bruxelles, etc.). « Une France souveraine depuis mille ans face à un État flamand naissant, dix fois plus petit qu’elle : on est loin ici, en termes de rapports de force, d’un Brexit », explique Jacques Lenain.

Peu d’impact financier

Qu’en serait-il du volet financier ?

Aujourd’hui, nous l’avons dit, la Wallonie coûte chaque année quelque 7 milliards d’euros à la Flandre. Mais le maintien du cadre belge est aussi fondé sur l’extinction progressive de ces transferts, alors que le cadre français garantira toujours aux Wallons le maintien, à parité égale, des services publics et des prestations sociales avec ceux de la République.

« Certes, poursuit Jacques Lenain, il y aura un impact financier, mais pas de quoi inquiéter Bercy : cela coûtera moins cher que la suppression de la taxe d’habitation. Et, en termes de puissance économique, la France vaut neuf fois la Flandre ».

Jacques Lenain a soumis son projet (2) au constitutionnaliste français Ddier Maus, qui en a confirmé la faisabilité : « Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial “De la Wallonie” qui contiendrait une mini-Constitution sur mesure pour cette région. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-Constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. Ce ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisqu’il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme en Outre- mer). »

Les élites wallonnes seraient bien inspirées en approfondissant dès à présent cette option d’« intégration-autonomie ». Comme l’avait déclaré le général de Gaulle au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain : « Si, un jour, une autorité politique représentative de la Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. (…) J’ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. » (3)

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain », préface de Pierre Verjans, Editions Mols, 2019.

(2) On peut en prendre connaissance via le site : http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/jacques-lenain

(3) Cité par Claude de Groulart dans son livre « De Gaulle : Vous avez dit Belgique ? », Editions Pierre-Marcel Favre, 1984.

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française

« Le Vif », 10 septembre 2019

https://www.levif.be/actualite/belgique/lettre-ouverte-a-monsieur-le-president-de-la-republique-francaise/article-opinion-1188327.html

Jules Gheude

Jules GHEUDE, essayiste politique

Monsieur le Président, par le biais de trois ouvrages intitulés  » C’était de Gaulle  » (Editions de Fallois/Fayard), Alain Peyrefitte nous a restitué les nombreux entretiens qu’il eut avec le Président Charles de Gaulle. Alors que, pour la seconde fois depuis 2010, le Royaume de Belgique est confronté à une crise politique qui menace sa survie même, il n’est pas sans intérêt de relire ce que votre illustre prédécesseur disait à ce sujet.

Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. (…) Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai résisté à la tentation.

Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie.

J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme cela que ça finira.

La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un État. Ils demandent à être intégrés au sein de la République, dont ils ont déjà fait partie. (…)

Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. Pour les besoins de l’unité de la Belgique, on a raboté ce qu’ils avaient de différent. Ils en sont frustrés.

Il y a un malaise belge (…). Il ne faut pas exclure qu’il aboutisse à une crise, surtout au cas où l’équilibre entre les deux fractions viendrait à se rompre.

Tenus le 29 juillet 1967, ces propos témoignent d’une extrême clairvoyance. Le constat du général de Gaulle se voit corroboré par l’évolution que connaît aujourd’hui la Belgique.

En 2010-2011, le Royaume a traversé sa plus longue crise politique, avec 541 jours sans gouvernement de plein exercice. La situation était telle que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres – Robert Lecou (UMP) et Jean-Pierre Kucheida (PS) – d’une mission d’information sur le sujet.

Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés soulignait que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables compromettait dangereusement sa survie.

Le problème majeur réside dans le fait que la Flandre est parvenue, au terme d’un long combat, à s’ériger en Nation. Le terme figure expressément dans le préambule de la « Charte pour la Flandre », qui a été adoptée en 2012.

Comme l’a fort bien perçu le général de Gaulle, on ne trouve pas un phénomène équivalent en Wallonie.

La mouvance nationaliste flamande n’a cessé, ces dernières années, de s’affirmer. Elle est aujourd’hui incarnée par la N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), première force politique du pays avec près de 30%.

L’article 1er des statuts de cette formation vise à faire de la Flandre une République souveraine au sein de l’Europe.

Indépendantiste, lui aussi, mais situé à l’extrême-droite, le Vlaams Belang a également progressé de manière significative lors des élections législatives et régionales du 26 mai dernier.

Il ne manque, en fait, que 5 sièges à la N-VA et au Vlaams Belang pour détenir ensemble la majorité absolue au Parlement flamand.

Depuis 1970, la Belgique a connu six réformes institutionnelles, au fil desquelles elle n’a cessé de s’alléger au profit des régions et des communautés.

Un fait majeur s’est produit en 1999, lorsque le Parlement flamand s’est clairement prononcé en faveur d’un système confédéral, basé sur deux États, Flandre et Wallonie, avec une cogestion par ceux-ci de Bruxelles.

C’est ce confédéralisme que la N-VA entend aujourd’hui mettre sur la table des négociations. Son constat est simple : Flamands et Wallons vivent sur deux planètes distinctes et constituent deux démocraties différentes. Le fossé économique qui les sépare est béant. Alors que la Flandre opte pour une vision de droite, axée sur l’esprit d’initiative et l’innovation (elle réalise à elle seule 80% des exportations belges !), la Wallonie penche plutôt vers le salariat, de préférence dans le secteur public. Vu ce contexte, il convient de mettre un terme aux transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie, qui représentent quelque 7 milliards d’euros par an. Libre à la Wallonie de faire les choix politiques qu’elle souhaite, à condition d’en assumer pleinement la responsabilité financière !

Pas question, pour les partis wallons, et notamment le PS qui arrive en tête, de s’engager dans ce confédéralisme, qui impliquerait la scission de la sécurité sociale et aboutirait finalement à la disparition du pays.

Depuis plus de trois mois, deux informateurs royaux s’efforcent de débroussailler le terrain, mais la tâche relève de la quadrature du cercle.

Impossible de mettre autour de la table la N-VA et le PS qui sont comme chien et chat sur le plan socio-économique et ont des visions diamétralement opposées quant à l’avenir du pays.

Monsieur le Président,

L’hypothèse d’une implosion du Royaume de Belgique ne relève nullement de la chimère. Elle doit être envisagée sérieusement par l’Union européenne.

Si la Flandre devait proclamer unilatéralement son indépendance, on voit mal comment la France pourrait ne pas la reconnaître. Feu François Perin, ce brillant constitutionnaliste liégeois qui joua un rôle politique majeur durant le seconde moitié du 20e siècle, confiait au journal « Le Soir », en août 2011 :

Le mouvement flamand, d’étape en étape, a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une nation, avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une conscience nationale. Bart De Wever – le leader de la N-VA – est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un État flamand indépendant ». Et vous avez aurez noté que pour expliquer ça, il va d’abord à Londres, chez Cameron, il y a quelques mois. Il connaît l’histoire, De Wever. L’Angleterre – la France n’y verra pas d’inconvénient -sera le premier État à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée. (…) Le nationalisme flamand est bien ancré. (…) Il ne s’arrête pas, il ne s’arrête jamais.

Les responsables wallons refusent de voir la réalité en face. Ils s’accrochent, de manière suicidaire, à une Belgique dont le démantèlement est devenu inéluctable.

Mais rien n’est pire que de se retrouver un jour le nez sur le poteau, contraints de réagir dans la précipitation.

C’est la raison pour laquelle je m’adresse aujourd’hui à vous, en tant que Wallon soucieux de l’avenir de sa région.

Si la Wallonie devait se retrouver seule à son corps défendant, elle serait confrontée à une situation intenable. Elle ne pourrait compter sur Bruxelles, dont les habitants, à plus de 70%, déclarent souhaiter un statut autonome en cas de disparition du pays.

L’amitié qui vous lie à Charles Michel, notre actuel Premier ministre et futur Président du Conseil européen, est bien connue Voici ce que déclarait son père, Louis, le 28 octobre 1996 – il était alors président du Parti réformateur – au journal « Le Figaro » :

Entre un État wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France.

Voilà plus de dix ans que je m’efforce, par le biais de mes essais, chroniques de presse et conférences, de préparer les esprits wallons à cette échéance.

Outre le général de Gaulle, diverses personnalités politiques françaises se sont déclarées prêtes à accueillir les Wallons le jour où ils en exprimeraient clairement le désir.

Comme l’a écrit l’historien namurois Félix Rousseau :

Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

C’est au nom de ces liens indéfectibles que je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, mes très respectueuses salutations.

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française

Monsieur le Président,

Par le biais de trois ouvrages intitulés « C’était de Gaulle » (Editions de Fallois/Fayard), Alain Peyrefitte nous a restitué les nombreux entretiens qu’il eut avec le Président Charles de Gaulle.

Alors que, pour la seconde fois depuis 2010, le Royaume de Belgique est confronté à une crise politique qui menace sa survie même, il n’est pas sans intérêt de relire ce que votre illustre prédécesseur disait à ce sujet.

Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. (…) Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai résisté à la tentation.

Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie.

J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme cela que ça finira.

La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un État. Ils demandent à être intégrés au sein de la République, dont ils ont déjà fait partie. (…)

Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. Pour les besoins de l’unité de la Belgique, on a raboté ce qu’ils avaient de différent. Ils en sont frustrés.

Il y a un malaise belge (…). Il ne faut pas exclure qu’il aboutisse à une crise, surtout au cas où l’équilibre entre les deux fractions viendrait à se rompre.

Tenus le 29 juillet 1967, ces propos témoignent d’une extrême clairvoyance. Le constat du général de Gaulle se voit corroboré par l’évolution que connaît aujourd’hui la Belgique.

En 2010-2011, le Royaume a traversé sa plus longue crise politique, avec 541 jours sans gouvernement de plein exercice. La situation était telle que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres – Robert Lecou (UMP) et Jean-Pierre Kucheida (PS) – d’une mission d’information sur le sujet.

Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés soulignait que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables compromettait dangereusement sa survie.

Le problème majeur réside dans le fait que la Flandre est parvenue, au terme d’un long combat, à s’ériger en Nation. Le terme figure expressément dans le préambule de la « Charte pour la Flandre », qui a été adoptée en 2012.

Comme l’a fort bien perçu le général de Gaulle, on ne trouve pas un phénomène équivalent en Wallonie.

La mouvance nationaliste flamande n’a cessé, ces dernières années, de s’affirmer. Elle est aujourd’hui incarnée par la N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), première force politique du pays avec près de 30%.

L’article 1er des statuts de cette formation vise à faire de la Flandre une République souveraine au sein de l’Europe.

Indépendantiste, lui aussi, mais situé à l’extrême-droite, le Vlaams Belang a également progressé de manière significative lors des élections législatives et régionales du 26 mai dernier.

Il ne manque, en fait, que 5 sièges à la N-VA et au Vlaams Belang pour détenir ensemble la majorité absolue au Parlement flamand.

Depuis 1970, la Belgique a connu six réformes institutionnelles, au fil desquelles elle n’a cessé de s’alléger au profit des régions et des communautés.

Un fait majeur s’est produit en 1999, lorsque le Parlement flamand s’est clairement prononcé en faveur d’un système confédéral, basé sur deux États, Flandre et Wallonie, avec une cogestion par ceux-ci de Bruxelles.

C’est ce confédéralisme que la N-VA entend aujourd’hui mettre sur la table des négociations. Son constat est simple : Flamands et Wallons vivent sur deux planètes distinctes et constituent deux démocraties différentes. Le fossé économique qui les sépare est béant. Alors que la Flandre opte pour une vision de droite, axée sur l’esprit d’initiative et l’innovation (elle réalise à elle seule 80% des exportations belges !), la Wallonie penche plutôt vers le salariat, de préférence dans le secteur public. Vu ce contexte, il convient de mettre un terme aux transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie, qui représentent quelque 7 milliards d’euros par an. Libre à la Wallonie de faire les choix politiques qu’elle souhaite, à condition d’en assumer pleinement la responsabilité financière !

Pas question, pour les partis wallons, et notamment le PS qui arrive en tête, de s’engager dans ce confédéralisme, qui impliquerait la scission de la sécurité sociale et aboutirait finalement à la disparition du pays.

Depuis plus de trois mois, deux informateurs royaux s’efforcent de débroussailler le terrain, mais la tâche relève de la quadrature du cercle.

Impossible de mettre autour de la table la N-VA et le PS qui sont comme chien et chat sur le plan socio-économique et ont des visions diamétralement opposées quant à l’avenir du pays.

Monsieur le Président,

L’hypothèse d’une implosion du Royaume de Belgique ne relève nullement de la chimère. Elle doit être envisagée sérieusement par l’Union européenne.

Si la Flandre devait proclamer unilatéralement son indépendance, on voit mal comment la France pourrait ne pas la reconnaître. Feu François Perin, ce brillant constitutionnaliste liégeois qui joua un rôle politique majeur durant le seconde moitié du 20e siècle, confiait au journal « Le Soir », en août 2011 :

Le mouvement flamand, d’étape en étape, a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une nation, avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une conscience nationale. Bart De Wever – le leader de la N-VA – est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un État flamand indépendant ». Et vous avez aurez noté que pour expliquer ça, il va d’abord à Londres, chez Cameron, il y a quelques mois. Il connaît l’histoire, De Wever. L’Angleterre – la France n’y verra pas d’inconvénient -sera le premier État à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée. (…) Le nationalisme flamand est bien ancré. (…) Il ne s’arrête pas, il ne s’arrête jamais.

Les responsables wallons refusent de voir la réalité en face. Ils s’accrochent, de manière suicidaire, à une Belgique dont le démantèlement est devenu inéluctable.

Mais rien n’est pire que de se retrouver un jour le nez sur le poteau, contraints de réagir dans la précipitation.

C’est la raison pour laquelle je m’adresse aujourd’hui à vous, en tant que Wallon soucieux de l’avenir de sa région.

Si la Wallonie devait se retrouver seule à son corps défendant, elle se trouverait dans une situation intenable. Elle ne pourrait compter sur Bruxelles, dont les habitants, à plus de 70%, déclarent souhaiter un statut autonome en cas de disparition du pays.

Les liens d’amitié qui vous lient à Charles Michel, notre actuel Premier ministre et futur Président du Conseil de l’Europe, sont bien connus Voici ce que déclarait son père, Louis, le 28 octobre 1996 – il était alors président du Parti réformateur – au journal « Le Figaro » :

Entre un État wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France.

Voilà plus de dix ans que je m’efforce, par le biais de mes essais, chroniques de presse et conférences, de préparer les esprits wallons à cette échéance.

Outre le général de Gaulle, diverses personnalités politiques françaises se sont déclarées prêtes à accueillir les Wallons le jour où ils en exprimeraient clairement le désir.

Comme l’a écrit l’historien namurois Félix Rousseau :

Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

C’est au nom de ces liens indéfectibles que je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, mes très respectueuses salutations.

Jules Gheude

https://blogs.mediapart.fr/gheude-jules/blog/070919/lettre-ouverte-monsieur-le-president-de-la-republique-francaise

Les idées-phares de François Perin

Il y aura six ans, le 26 septembre prochain, que François Perin nous a quittés.

Pour marquer cet évènement, Jules Gheude, son biographe, a rassemblé ses idées-phares dans un petit ouvrage intitulé «  Dictionnaire de l’imagination créatrice ».

Une série de thèmes y sont abordés par ordre alphabétique.


François Perin et Jules Gheude en 2007

« Les francophones méconnaissent la réalité flamande »

Jules Gheude

 « Le Vif », 14 août 2019

https://www.levif.be/actualite/belgique/les-francophones-meconnaissent-la-realite-flamande/article-opinion-1176975.html

Les francophones méconnaissent la réalité flamande. Ils s’imaginent que la mouvance nationaliste ne concerne que la seule N-VA.


Bart De Wever et Elio Di Rupo

Le président du SP.A, John Crombez, avait reçu le feu vert de ses instances pour discuter avec la N-VA de la formation d’un gouvernement flamand.

Voilà qui montre bien à quel point les socialistes flamands se distinguent de leurs « camarades » wallons. Non seulement par leur conception du socialisme, nettement social-démocrate, mais aussi par leur approche plus pragmatique.

Lorsque le démocrate-chrétien Luc Van den Brande, alors ministre-président du gouvernement flamand, avait lancé l’idée du confédéralisme au début des années 90, il avait d’ailleurs déclaré : « Mes collègues de l’exécutif flamand, SOCIALISTES COMPRIS, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. »

Et le 18 juillet 2008, dans une interview accordée à « Knack, l’ancien ministre socialiste flamand Luc Van den Bossche – le père de Freya -, s’était empressé de préciser : J’ai toujours été un confédéraliste. En effet, j’ai toujours trouvé que les entités fédérées devraient finalement conclure un accord sur ce qu’elles souhaitent encore gérer en commun au niveau fédéral. Si l’on compare cela avec les années 50 du siècle dernier, c’est une révolution copernicienne, mais quand vous voyez les pas que nous avons déjà faits dans cette direction, je n’appellerais plus cela copernicienne. C’est un grand pas, mais un pas logique. »

Voilà qui nous situe bien loin de la stratégie adoptée par Elio Di Rupo : « Le PS ne négociera pas le confédéralisme. »

Le fossé idéologique entre socialistes du Nord et du Sud était encore apparu en 2017, à l’occasion de la sortie du livre d’Elio Di Rupo Nouvelles conquêtes. À gauche pour un monde plus juste. John Crombez lui avait réservé un accueil glacial : « La société que je désire est très différente de celle d’Elio Di Rupo. »

Les francophones méconnaissent la réalité flamande. Ils s’imaginent que la mouvance nationaliste ne concerne que la seule N-VA.

Ont-ils oublié l’attitude radicale adoptée, durant des décennies, par la démocratie-chrétienne flamande ? Ont-ils oublié toutes ces années durant lesquelles « l’Etat CVP » a oeuvré ? L’intervention musclée de Wilfried Martens contre le pavillon français lors de l’Expo 58 ; la façon dont Jan Verroken est venu à bout du gouvernement Vanden Boeynants sur le « Walen buiten » de Louvain en 1968 ; le torpillage du pacte d’Egmont par Léo Tindemans en 1978 ; l’aversion manifestée par Eric Van Rompuy envers le FDF en 1979 (« A l’automne, nous devrons déployer une tactique pour congédier le FDF. ») ; la charge contre José Happart (appelé Mijnheer H. par Luc Van den Brande) et sa cause fouronnaise ; la manière dont le Premier ministre Jean-Luc Dehaene a floué, avec l’aide de ses « Toshiba Boys », les francophones avec la loi de financement en 1988 ; le cartel CD&V/N-VA porté par Yves Leterme sur les fonts baptismaux en 2004 ; l’interview accordée par Wouter Beke au journal québécois « Le Devoir » en 2007 (« Nous sommes pour une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. »)

Le même Wouter Beke qui a annoncé que le CD&V demanderait une nouvelle réforme de l’Etat en 2024 et qui s’est farouchement opposé à toute tentative visant à refédéraliser certaines compétences, dont les soins de santé.

La réalité, c’est qu’il n’y a pas l’épaisseur d’un papier de cigarette entre le CD&V et la N-VA. S’il y a parfois rivalité, elle ne s’explique que par la compétition électorale.

Les libéraux flamands ne sont pas en reste en ce qui concerne la défense des intérêts fondamentaux de la Flandre. On l’a vu le 7 janvier 2003, lorsque Patrick Dewael, alors ministre-président flamand, a présenté au Parlement flamand ses priorités pour une nouvelle réforme de l’Etat. Le cahier de revendications visait à scinder quasi tout l’éventail des compétences restées fédérales : scission des soins de santé et des allocations familiales, régionalisation partielle de la SNCB, flamandisation totale de Bruxelles-National, autonomie accrue pour l’impôt des personnes physiques, régionalisation partielle de l’impôt des sociétés, fixation par la Flandre de ses salaires et des sanctions de ses chômeurs…

En fait, la volonté affichée aujourd’hui par Bart De Wever de mettre le confédéralisme sur la table de négociation s’inscrit dans une logique qui a été initiée avec l’adoption, en 1999, des fameuses résolutions par le Parlement flamand.

En 1973, Manu Ruys, l’influent éditorialiste du journal « De Standaard », – lequel reprenait fièrement le slogan AVV/VVK (« Alles voor Vlaanderen en Vlaanderen voor Kristus » – Tout pour la Flandre et la Flandre pour le Christ) à côté de son titre -, avait sous-titré son ouvrage « Les Flamands » : Un peuple en mouvement, une nation en devenir.

Cette nation flamande est aujourd’hui une réalité, comme le stipule le préambule de la « Charte pour la Flandre » (Handvest voor Vlaanderen), présentée par le gouvernement flamand en 2012.

Et c’est bien là que se situe le drame du Royaume de Belgique. Comme le dit un proverbe africain : il n’y a pas de place pour deux sur la peau du léopard.

Il aura fallu au Mouvement flamand des décennies de lutte acharnée pour faire en sorte que l’identité linguistico-culturelle et politique de la Flandre s’affirme au sein de ce Royaume, créé artificiellement pour des raisons diplomatiques et dont les leviers de commande se trouvaient aux mains de la haute bourgeoise francophone.

Aujourd’hui, la nation Flandre a tout naturellement vocation à devenir un Etat souverain. José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du « Monde » à Bruxelles, a bien perçu les choses, lui qui, en 2009, dans son livre « La Belgique est morte, vive la Belgique ! » (Fayard) s’était permis de donner au roi Albert II le conseil suivant : « Si, (…) vous la jouiez plus finement ? En admettant, comme nous le ferons tous tôt ou tard, que rien ne pourra arrêter la marche de la Flandre vers on indépendance, et en accompagnant celle-ci au lieu de la tenter en pure perte de la stopper ? ».

En Flandre, les négociations viennent de démarrer en vue de reconduire une coalition suédoise. Voilà qui rend la constitution d’un nouveau gouvernement fédéral plus difficile que jamais. Les journaux télévisés de la RTBF et de RTL de ce 12 août ont tous deux conclu que le pays devenait ingouvernable. Danielle Welter (RTBF) précise : Pas de problème pour Bart De Wever. Ce sera le confédéralisme, donc la fin de la Belgique.

Pour Elio Di Rupo, les choses se compliquent singulièrement.

Au niveau wallon, Ecolo a durci ses revendications. Le PS pourrait se retrouver finalement seul avec le MR. Bye bye la coalition ultra-progressiste souhaitée par Elio Di Rupo et… la FGTB. On imagine déjà la charge de cette dernière !

Par ailleurs, Charles Picqué déclare aujourd’hui qu’il n’est pas impossible que le PS et la N-VA négocient ensemble la formation d’un gouvernement fédéral.

Jamais avec la N-VA, avait pourtant lancé Elio Di Rupo.

Si tout cela se réalise, raclée assurée pour le PS aux prochaines élections !

La Belgique en voie d’implosion : quand le général de Gaulle avait bien perçu les choses…

Jules Gheude, essayiste politique belge (1)

https://blogs.mediapart.fr/gheude-jules/blog/100819/la-belgique-en-voie-dimplosion


Lion flamand et coq wallon

Les autorités écossaises et irlandaises ont prévenu le Premier ministre britannique Boris Johnson : un Brexit dur pourrait entraîner la dislocation du Royaume Uni.

Mais il est une autre question qui devrait préoccuper les instances européennes : l’évolution de la situation politique belge.

En 2010-2011, alors que le Royaume de Belgique traversait la plus longue crise de son histoire – 541 jours sans gouvernement de plein exercice -, la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres d’une mission d’information sur le sujet.

Le rapport des intéressés relève notamment le fait que la Belgique présente deux sociétés différentes :

C’est peut-être l’image la plus forte qu’ont laissée les premières heures passées en compagnie des interlocuteurs de la mission (…). Certains ont mis en valeur des domaines précis où cette différence trouverait à s’exprimer. Ainsi, M. Rik Torfs, sénateur, estimait que l’écart entre les cultures économiques des Flamands et des Wallons était très important, les premiers étant plus enclins à l’esprit d’entreprise et à l’innovation, les seconds penchant plutôt vers le salariat, de préférence dans le secteur public ; (…)

Le fait est qu’effectivement, les liens se distendent entre les deux parties du pays. S’agissant des médias, la barrière de la langue conduit à ce qu’une très faible partie de la population accède aux médias de l’autre communauté. (…) Cette coupure est si franche qu’il a été rapporté à la mission que, lorsque la chaîne publique francophone, la RTBF, a diffusé, en décembre 2006, un pseudo-reportage annonçant l’indépendance de la Flandre et la fin de la Belgique, quasiment aucun téléspectateur francophone n’a songé à basculer sur la chaîne publique flamande, la VRT, pour vérifier l’information et voir comment réagissait la partie flamande du pays.

Deux sociétés différentes. Le leader de la N-VA (formation nationaliste flamande) Bart De Wever, évoque, lui, deux démocraties distinctes. Et les résultats élections législatives et régionales du 26 mai dernier ne peuvent certes pas le démentir : Flandre et Wallonie empruntent des chemins  radicalement opposés. La première vers la droite et l’extrême-droite, la seconde vers la gauche et l’extrême gauche. En Flandre, il ne manque que 5 sièges aux séparatistes (N-VA et Vlaams Belang) pour détenir la majorité absolue au Parlement Flamand.

Adoptée en 2012, la « Charte pour la Flandre » précise, dans son préambule, que la Flandre forme une nation. Et c’est bien là que se situe le problème belge. Car cette nation flamande a tout naturellement vocation à devenir un Etat souverain.

Cette évolution rend plus actuelles que jamais ces questions posées par les deux élus français dans leur rapport : La Belgique serait donc condamnée, État si faible que toute crise politique serait l’occasion de poser la question de sa survie, État si artificiel qu’il devrait se briser à l’inéluctable envol de la nation flamande. La devise nationale (« L’union fait la force ») n’aura-t-elle donc été qu’une incantation ?

Au niveau fédéral, la mission d’information dont le Roi a chargé Didier Reynders (réformateur-libéral francophone) et Johan Vande Lanotte (socialiste flamand) se poursuit depuis plus de deux mois, mais on voit mal comment elle pourrait dégager des pistes positives, tant les points de vue divergent. La mission relève de la quadrature du cercle.

Le rapport français cité plus haut rappelait le docu-fiction « Bye bye Belgium », réalisé par la RTBF en 2006. Et si la réalité était sur le point de remplacer la fiction ?

Ce qui nous ramène à une question qui avait fort préoccupé le général de Gaulle. Lors d’un entretien avec son ministre Alain Peyrefitte, le 29 juillet 1967, l’homme de Colombey s’était largement épanché sur le sort de la Wallonie : Il y a un malaise belge (…) Il ne faut pas exclure qu’il aboutisse à une crise, surtout au cas où l’équation entre les deux fractions viendrait à se rompre. (…) Ils (les Wallons) retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture. Le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines. Toutes choses qu’ils ont perdues sans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. (…) Je leur ai dit (à une délégation de Wallons venus le rencontrer) que le jour où la Wallonie, par la voie de ses représentants légitimes, ou de préférence par référendum, déciderait d’être rattachée à la France, nous leur ouvririons les bras de grand cœur. (2)

En fait, la solution de survie des Wallons à l’incurable mal belge se trouve à portée de main. Il suffit de vouloir la saisir.

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », préface de Pierre Verjans (ULg), Editions Mols, 2019.

(2) Alain Peyrefitte, « C’était de Gaulle », tome III, Editions de Fallois/Fayard, 2000.

Quand socialistes flamands et wallons divergent

Jules Gheude

Ainsi donc, le président du SP.A, John Crombez, a reçu le feu vert de ses instances pour discuter avec la N-VA de la formation d’un gouvernement flamand.

Voilà qui montre bien à quel point les socialistes flamands se distinguent de leurs « camarades » wallons. Non seulement par leur conception du socialisme, nettement social-démocrate, mais aussi par leur approche plus pragmatique.

Lorsque le démocrate-chrétien Luc Van den Brande, alors ministre-président du gouvernement flamand, avait lancé l’idée du confédéralisme  au début des années 90, il avait d’ailleurs déclaré : « Mes collègues de l’exécutif flamand, SOCIALISTES COMPRIS, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. »

Et le 18 juillet 2008, dans une interview accordée à « Knack, l’ancien ministre socialiste flamand Luc Van den Bossche – le père de Freya -, s’était empressé de préciser : J’ai toujours été un confédéraliste. En effet, j’ai toujours trouvé que les entités fédérées devraient finalement conclure un accord sur ce qu’elles souhaitent encore gérer en commun au niveau fédéral. Si l’on compare cela avec les années 50 du siècle dernier, c’est une révolution copernicienne, mais quand vous voyez les pas que nous avons déjà faits dans cette direction, je n’appellerais plus cela copernicienne. C’est un grand pas, mais un pas logique. »

Voilà qui nous situe bien loin de la stratégie adoptée aujourd’hui par Elio Di Rupo : « Le PS ne négociera pas le confédéralisme. »

Le fossé idéologique entre socialistes du Nord et du Sud était encore apparu en 2017, à l’occasion de la sortie du livre d’Elio Di Rupo Nouvelles conquêtes. À gauche pour un monde plus juste. John Crombez lui avait réservé un accueil glacial : « La société que je désire est très différente de celle d’Elio Di Rupo. »

La Belgique respire de plus en plus mal

« Le Vif », 27 juillet 2019

Jules Gheude, Essayiste politique

https://www.levif.be/actualite/belgique/la-belgique-respire-de-plus-en-plus-mal/article-opinion-1170401.html

Elisabeth effectuant sa première visite officielle en Afrique avec sa mère. Elisabeth assistant à l’enregistrement du discours prononcé par son père à l’occasion de la Fête nationale. Elisabeth avec sa robe en mousseline Nathan réussissant l’épreuve des hauts talons sur les méchants pavés de la Place Royale…


Visite de Mathilde et Elisabeth chez les Massai, le 27 juin 2019

Elisabeth va avoir 18 ans et il convient donc de la préparer sérieusement à son destin : monter sur le trône de Belgique.

Sauf qu’elle pourrait n’en avoir jamais l’occasion. Car le roi Philippe se trouve aujourd’hui confronté à une situation alarmante : le pays respire de plus en plus mal. Non pas en raison de la canicule, mais parce que les résultats des élections législatives et régionales du 26 mai dernier l’ont rendu proprement ingouvernable. Voilà deux mois que les informateurs royaux, Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (SP.A), s’arrachent les cheveux pour résoudre la quadrature du cercle.

Avec un gouvernement en affaires courantes depuis le 21 décembre 2018, la Belgique doit aujourd’hui faire face à un déficit budgétaire de près de 10 milliards d’euros. Et nul ne perçoit l’horizon d’un nouveau gouvernement de plein exercice.

Le paysage politique apparaît lui-même totalement chamboulé. Constatant les tiraillements au sein du SP.A, de l’Open VLD et du CD&V, Walter Pauli, journaliste à « Knack », pose carrément la question : « N’est-ce pas le prélude d’un drame qui pourrait survenir dans les prochaines années : la désintégration des trois partis classiques ? ».

Des lignes de fracture sont aussi visibles dans les formations francophones traditionnelles, qui ne savent plus trop bien sur quel pied danser.

Au niveau régional wallon, Elio Di Rupo a d’ores et déjà perdu son pari de mettre sur pied une majorité ultra-progressiste. Avec Ecolo seul, il n’atteint pas la majorité. Après le désistement du PTB et du CDH, le voilà donc forcé de négocier avec le MR. Un MR qui, après avoir été écarté du gouvernement bruxellois, entend bien faire monter les enchères. Si Ecolo retire ses billes, il est clair qu’une coalition PS-MR peut s’attendre à une fronde sans précédent de la part de la FGTB. Tout cela au détriment du redressement wallon.

« Jamais avec la N-VA », avait également affirmé Elio Di Rupo. Mais après le message royal du 21 juillet, le ton a quelque peu changé : « Les informateurs royaux semblent vouloir organiser des tables de discussion. Si tel est le cas, nous irons discuter ».

Mis en présence de Bart De Wever, Elio Di Rupo ne pourra toutefois éviter le sujet du confédéralisme. Car, pour les nationalistes flamands, première force politique du pays, il ne peut plus être question de se montrer financièrement solidaires d’une région qui, sous l’influence prépondérante du PS, s’est engagée depuis 1980 sur une piste qui ne lui permet pas de décoller. « Libre à la Wallonie de faire les choix politiques qu’elle souhaite, à condition d’en assumer pleinement le coût financier ! ».

La discussion fera long feu. Car le confédéralisme de Bart De Wever implique notamment la scission de la sécurité sociale, fonds de commerce du PS !

Cette revendication est toutefois largement partagée en Flandre. En 2002, alors qu’il était président du VLD, Karel De Gucht avait déclaré : « Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie ». On se souvient également de la réaction du président du CD&V, Wouter Beke, à la proposition de la ministre de la Santé, Maggie de Block, visant à refédéraliser cette compétence : « Le passé nous a montrés qu’une politique fédérale unifiée n’était pas une réponse. D’une refédéralisation, il ne peut donc être question. D’autres réformes suivront, de nouveaux pas en matière de soins de santé devront être posés « .

Avec la 6e réforme de l’Etat, Elio Di Rupo s’était félicité d’avoir sauvé la Belgique. On constate aujourd’hui qu’il n’en est rien et que l’avenir du pays est plus que jamais menacé. Conscient des difficultés budgétaires qui attendent aussi la Wallonie, le président du PS a d’ailleurs évoqué la nécessité de revoir la loi de financement.

La réalité, que les responsables francophones se refusent à voir, est pourtant claire. Elle se retrouve en toutes lettres dans le préambule de la « Charte pour la Flandre » (Handvest voor Vlaanderen), adoptée en 2012 par le gouvernement flamand : « Vlaanderen vormt een natie » (La Flandre forme une nation).

Dans leur rapport final, les informateurs royaux seraient bien inspirés de rappeler cette évidence. Et de reprendre également le conseil que José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du journal « Le Monde » à Bruxelles, s’était permis de donner au roi Albert II, dans son livre « La Belgique est morte, vive la Belgique ! » (Editions Fayard) : « Si, au lieu de ce baroud d’honneur qui risque de mal tourner (…), vous la jouiez plus finement ? En admettant, comme nous le ferons tous tôt ou tard, que rien ne pourra arrêter la marche de la Flandre vers son indépendance, et en accompagnant celle-ci au lieu de tenter en pure perte de la stopper ».

Nous étions alors en 2009. Aujourd’hui, il ne manque que 5 sièges à la N-VA et au Vlaams Belang pour détenir ensemble la majorité absolue au Parlement flamand. Et comme l’écrivait le journaliste Pierre Bouillon du « Soir », le 23 mars 2013 : « Que fait un séparatiste, s’il bénéficie d’une légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Ça t’étonne, Yvonne ? ».

Jules Gheude, essayiste politique

Dernier livre paru : »La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », préface de Pierre Verjans (ULg), Editions Mols, 2019.

Charles Michel et Emmanuel Macron

Opinion de Jules Gheude sur le site du « Vif », 9 juillet 2019.

https://www.levif.be/actualite/belgique/charles-michel-et-emmanuel-macron/article-opinion-1163647.html

Charles Michel est incontestablement un Européen convaincu. Il entretient d’excellentes relations personnelles avec le président français Emmanuel Macron et ces deux raisons ont amené ce dernier à soutenir résolument sa candidature à la fonction de président du Conseil européen.


Emmanuel Macron et Charles Michel

Mais Emmanuel Macron n’ignore pas les difficultés politiques majeures que son « protégé » traverse depuis que la N-VA s’est opposée à la signature du pacte de Marrakech sur l’immigration, plaçant ainsi le gouvernement belge dans une position minoritaire. Singulièrement aussi depuis que les élections législatives et régionales du 26 mai dernier ont plongé le pays dans une crise qui s’avère de plus en plus inextricable.

La République s’était déjà inquiétée de l’enlisement dans lequel la Belgique s’était retrouvée en 2010-2011, au point que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale avait chargé deux de ses membres d’une mission d’information sur le sujet.

Le rapport des intéressés relève notamment le fait que la Belgique présente deux sociétés différentes :

C’est peut-être l’image la plus forte qu’ont laissée les premières heures passées en compagnie des interlocuteurs de la mission (…). Certains ont mis en valeur des domaines précis où cette différence trouverait à s’exprimer. Ainsi, M. Rik Torfs, sénateur, estimait que l’écart entre les cultures économiques des Flamands et des Wallons était très important, les premiers étant plus enclins à l’esprit d’entreprise et à l’innovation, les seconds penchant plutôt vers le salariat, de préférence dans le secteur public ; de même, les autorités flamandes chercheraient plutôt à favoriser l’entreprise privée et à libérer les initiatives alors que les autorités wallonnes seraient très interventionnistes et chercheraient à conserver un secteur public puissant. Mme Béatrice Delvaux, éditorialiste au Soir, évoquait un rapport différent au besoin d’évolution de la société, avec des Wallons plus « transis » et des Flamands plus « allants » et désireux de changements ; elle affirmait ainsi à la mission que « les francophones ont souvent le bâton dans le dos ; les Flamands sont un révélateur de ce que les Wallons ne veulent pas faire spontanément ». (…)

Le fait est qu’effectivement, les liens se distendent entre les deux parties du pays. S’agissant des médias, la barrière de la langue conduit à ce qu’une très faible partie de la population accède aux médias de l’autre communauté. En conséquence, lorsqu’ils veulent élargir leur horizon médiatique, les Flamands s’orientent vers les médias anglo-saxons et les Wallons vers les médias français. Cette coupure est si franche qu’il a été rapporté à la mission que, lorsque la chaîne publique francophone, la RTBF, a diffusé, en décembre 2006, un pseudo-reportage annonçant l’indépendance de la Flandre et la fin de la Belgique, quasiment aucun téléspectateur francophone n’a songé à basculer sur la chaîne publique flamande, la VRT, pour vérifier l’information et voir comment réagissait la partie flamande du pays.

Deux sociétés différentes. Le leader de la N-VA, Bart De Wever, évoque, lui, deux démocraties distinctes. Et les résultats des dernières élections législatives et régionales ne peuvent certes pas le démentir.

Toujours est-il que l’évolution des choses rend plus actuelles que jamais ces questions posées par les deux élus français dans leur analyse : La Belgique serait donc condamnée, État si faible que toute crise politique serait l’occasion de poser la question de sa survie, État si artificiel qu’il devrait se briser à l’inéluctable envol de la nation flamande. La devise nationale (« L’union fait la force ») n’aura-t-elle donc été qu’une incantation ?

Au niveau fédéral, Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (SP.A) ont été chargés par le Roi d’une mission d’information qui devrait s’achever le 29 juillet. Elle aura donc duré deux mois. Le PS, première force politique en Wallonie, et la N-VA, formation qui a la main en Flandre, ne peuvent se sentir. Pas question, en outre, pour la Flandre d’une coalition où elle se retrouverait minoritaire. Bref, l’opération présente tous les aspects de la mission impossible.

Au niveau régional wallon, le PS souhaite mettre sur pied une coalition la plus progressiste possible, mais il ne parvient pas à séduire au-delà d’Ecolo. Une coalition « coquelicot » à laquelle manqueraient donc trois voix pour être majoritaire. Mais ni le PTB), ni le MR ne souhaitent s’embarquer dans l’aventure. Reste à voir si le CDH, qui a décidé de se mettre en retrait à tous les niveaux de pouvoir, pourra apporter l’appoint nécessaire.

Une chose est sûre, en tout cas : ce n’est pas avec une vision de gauche radicale que la Wallonie parviendra à opérer son redressement économique. De 1980 à 2017, le PS a exercé, de façon quasi ininterrompue, la ministre-présidence de la Région.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le dernier classement Eurostat relatif au PIB des régions de l’Union européenne place la Wallonie à 85, pour un indice moyen fixé à 100. La Flandre, par contre, se situe à 120 et son esprit entrepreneurial lui permet de réaliser plus de 80% des exportations belges (217,2 milliards d’euros en 2017, contre 45,5 milliards pour la Wallonie).

L’un des principaux maux de la Wallonie, c’est la grève. Un Courrier hebdomadaire du CRISP révèle qu’en 2017, les Wallons ont totalisé 110 jours de grève contre 39 pour les Flamands. Et la FGTB a d’ores et déjà mis le PS sous pression : pas question de mettre de l’eau dans le vin !

Le rapport français cité plus haut rappelait le docu-fiction « Bye bye Belgium », réalisé par la RTBF en 2006. Et si la réalité était sur le point de remplacer la fiction ?

Charles Michel a-t-il confié à Emmanuel Macron ce que son père Louis, alors président du Parti Réformateur Libéral, avait déclaré au « Figaro », le 28 octobre 1996 : Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie, c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

Ce qui nous ramène à une question qui avait fort préoccupé le général de Gaulle. Lors d’un entretien avec son ministre Alain Peyrefitte, le 29 juillet 1967, l’homme de Colombey s’était largement épanché sur le sort de la Wallonie : Il y a un malaise belge (…) Il ne faut pas exclure qu’il aboutisse à une crise, surtout au cas où l’équation entre les deux fractions viendrait à se rompre. (…) Ils (les Wallons) retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture. Le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines. Toutes choses qu’ils ont perdues sans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. (…) Je leur ai dit (à une délégation de Wallons venus le rencontrer) que le jour où la Wallonie, par la voie de ses représentants légitimes, ou de préférence par référendum, déciderait d’être rattachée à la France, nous leur ouvririons les bras de grand coeur. (2)

En fait, la solution de survie à l’incurable mal belge se trouve à portée de main. Il suffit de vouloir la saisir.

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge.

(2) Alain Peyrefitte, « C’était de Gaulle », tome III, Editions de Fallois/Fayard, 2000.

La solidarité des Flamands envers Wallons et Bruxellois s’élève à 968 euros par an

« Le Vif », Belga, 2 juillet 2019

En moyenne, les habitants de Flandre sont contributeurs nets, à raison de 968 euros par personne et par an, en faveur des autres régions du pays, ressort-il d’une étude de l’économiste Eric Dor diffusée lundi soir. En observant les chiffres par province, le Brabant wallon arrive 2e contributeur net, derrière le Brabant flamand et devant la province d’Anvers.

La contribution des ménages à la production de richesse (valeur ajoutée) du pays est mesurée par leurs revenus primaires, c’est-à-dire la rémunération totale du travail et du capital, avant impôts et charges sociales. En prélevant des impôts et des cotisations sociales, l’Etat redistribue ces revenus primaires entre les ménages, par le biais d’allocations sociales, remboursement de frais de soins de santé, etc.

Cette redistribution implique des flux de solidarité interpersonnelle entre les ménages, qu’ Eric Dor a mesurée pour l’année 2016. Il définit la solidarité interpersonnelle comme « la différence entre le revenu disponible observé des ménages de son territoire, et ce qu’il serait si le revenu disponible total des ménages du pays était réparti entre les entités proportionnellement à leur revenu primaire ». Résultat: 6,290 milliards d’euros vont de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles, qui reçoivent respectivement 5,221 milliards d’euros et 1,068 milliard d’euros.

En moyenne, les habitants de Flandre sont contributeurs nets, à raison de 968 euros par personne et par an, en faveur des autres régions du pays. Les régions bénéficiaires sont la Wallonie et Bruxelles, avec des gains de 1.447 euros et 898 euros par personne et par an, respectivement.

En observant les différences par province, on remarque toutefois que le Brabant wallon est le 2e contributeur net à la solidarité, après le Brabant flamand et avant la province d’Anvers. Les populations de toutes les autres provinces et de Bruxelles sont bénéficiaires nets, en moyenne toujours.