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Crise catalane: Bart De Wever a raison…

Carte blanche de Giuseppe Pagano, Vice-recteur au Développement institutionnel et régional de l’Umons

« Le Soir », 14 novembre 2017

La N-VA a largement soutenu les personnalités qui réclament l’indépendance de la Catalogne. La position des nationalistes flamands se fonde sur des arguments de poids.

Il ne faut pas laisser le débat catalan dans les mains des seuls nationalistes flamands, même si, en l’occurrence, ils semblent avoir raison plus souvent qu’à leur tour. – Belga.

Face aux événements récents en Espagne, il est souhaitable que les citoyens s’expriment. Le risque est réel, en effet, de faire d’un débat fondamental sur les droits démocratiques une lutte « privée » entre les nationalistes flamands, enclins à soutenir les indépendantistes catalans, et le PPE, soucieux de soutenir le Premier Ministre Rajoy.

Un débat pour tous les démocrates

La vue d’une police anti-émeute tabassant des enfants ou des vieilles dames qui ne se livrent à aucune activité criminelle est choquante : comme le dit Jan Jambon (N-VA) : « Lorsque la police espagnole est allée frapper des gens, on peut quand même se poser des questions. »De même, la destitution, par un pouvoir national, d’un gouvernement régional légitimement élu pose question. Enfin, l’emprisonnement de ministres ou de parlementaires en fonction est extrêmement inquiétant. Cette fois, c’est Bart De Wever, président de la N-VA, qui le dit : « On n’enferme pas des gens parce qu’ils exercent simplement leurs droits démocratiques ». Par contraste, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, membre du PPE affirme : « Je ne trouve pas que l’Espagne viole l’Etat de droit ». Ainsi posé, le débat revient curieusement à opposer les droits démocratiques à l’ordre constitutionnel, alors que le second sert précisément à garantir les premiers.

L’Etat de droit

Un premier élément du débat tient à l’Etat de droit que les Catalans auraient enfreint. C’est le sens de l’accusation de rébellion. La rébellion n’existe pas dans l’arsenal juridique belge lorsqu’il s’agit d’opinions politiques. A juste raison, car la « rébellion » pacifique est inhérente à toute action politique. C’est le désaccord sur les options fondamentales du fonctionnement d’une société qui justifie l’existence de partis politiques qui recherchent le soutien de l’électeur. Faut-il assimiler l’opposition politique à une « rébellion » ? Certainement, si le mot est pris dans le sens d’opposition intellectuelle, nullement si on veut lui donner un caractère violent. Les indépendantistes catalans sont en désaccord avec le gouvernement de Madrid, c’est un choix qu’ils peuvent proposer aux électeurs, c’est un désaccord ou une « rébellion » intellectuelle mais non violente, et elle ne justifie aucun emprisonnement.

L’action des indépendantistes est aussi contraire à la constitution espagnole. Celle-ci ne prévoit pas le droit, pour une région, de se séparer de l’Etat. A la vérité, peu de constitutions prévoient explicitement ce droit. La constitution belge ne le prévoit pas non plus. Cela pose un problème logique : si les Catalans doivent respecter la constitution espagnole, ils ne pourront jamais revendiquer l’indépendance, même si ce choix est majoritaire au sein de leur population. Dans ce cas, faire de l’Etat de droit espagnol le seul critère d’appréciation revient à fixer le score avant même que le match soit joué.

La séparation des pouvoirs

Un autre élément du débat tient à la séparation des pouvoirs. Pour Wouter Beke, Président du CD&V, c’est un juge qui, en vertu de la séparation des pouvoirs, a décidé l’emprisonnement des ministres catalans. Mais, ce qui inquiète alors, c’est qu’un juge puisse prendre une telle décision. Car si un juge peut faire emprisonner des ministres en raison de leurs choix politiques, c’est que la loi le permet. On est alors en présence de prisonniers politiques, au premier sens du terme.

Pour garantir la séparation des pouvoirs, des dispositifs légaux prévoient généralement l’immunité des parlementaires. Ceux-ci ne peuvent être traduits devant les tribunaux sans le consentement de leur parlement. Aucune disposition de ce type ne semble avoir été appliquée en l’occurrence. En Belgique, les parlementaires sont protégés et personne n’envisage qu’un juge indépendant emprisonne Jan Peumans (N-VA), le président du Parlement flamand, aux motifs qu’il est ouvertement républicain et partisan de l’indépendance, à terme, de la Flandre.

La crédibilité de l’Union et la Cour européenne des Droits de l’homme

L’argument de la séparation des pouvoirs pour justifier les emprisonnements catalans ouvre la voie à tous les débordements, pour autant qu’ils soient exécutés par un juge « indépendant », minant ainsi la crédibilité de l’Union européenne. Comment celle-ci peut-elle critiquer la politique de Viktor Orban si elle soutient ce qui se produit en Catalogne ? Comment condamner les répressions musclées, les emprisonnements ou même les exécutions dans les nombreuses dictatures qui, hélas, existent sur la planète ? En général, ce n’est pas le gouvernement qui décide des emprisonnements ou des exécutions, mais des juges « indépendants » qui appliquent des « lois conformes à la constitution »…

Des paragraphes qui précèdent, ressort le besoin manifeste d’un arbitrage neutre pour mieux définir les limites de l’action répressive, pour les questions politiques. En particulier, la Cour européenne des Droits de l’homme pourrait utilement être sollicitée.

En tout état de cause, la question mérite d’être suivie avec attention, et il ne faut pas laisser ce débat dans les mains des seuls nationalistes flamands, même si, en l’occurrence, ils semblent avoir raison plus souvent qu’à leur tour.

 

Il est vain de mener des barouds d’honneur contre des processus irréversibles.

Jules Gheude

La version néerlandaise de cette opinion a été publiée sur le site de Doorbraak : https://doorbraak.be/onomkeerbare-ontwikkelingen-helpen-achterhoedegevechten/

Les droits civils et politiques figurent parmi les valeurs que nous défendons. Cette défense doit être totale et ne peut souffrir des approches à géométrie variable.

Comment l’Union européenne peut-elle ne pas réagir face à l’oppression – car c’est bien de cela qu’il s’agit – dont sont aujourd’hui victimes les dirigeants catalans ?

Ainsi, en 2017, dans un pays qui se revendique de la démocratie, on « embastille » des personnes élues légitimement, au seul motif d’avoir appliqué leur programme.

Ne savait-on pas, au moment où on leur a permis de se présenter aux élections, que l’indépendance qu’elles revendiquaient était incompatible avec la Constitution espagnole ?

Le fait est qu’avec 47,8% des suffrages exprimés, les formations indépendantistes disposent de la majorité absolue au Parlement régional. Qualifier de sédition le fait que cette majorité ait proclamé l’indépendance de la Catalogne constitue dès lors une violation flagrante du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui souligne le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

On peut également s’interroger sur la validité de la décision de la Cour constitutionnelle de Madrid de s’opposer à l’organisation du référendum du 1er octobre, de même que sur la violence dont a fait preuve Madrid pour entraver la tenue de cette consultation. Londres, on s’en souvient,  avait autorisé le référendum écossais sur l’indépendance.

En Belgique, le Roi a fait le serment de maintenir l’intégrité du territoire. Cela ne l’a pas empêché d’accepter la présence de la N-VA au gouvernement, alors que l’article 1er des statuts de ce parti prône une République flamande au sein de l’Europe.

Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, n’a-t-il pas déclaré, en octobre 2016 : Si la N-VA et le Vlaams Belang obtiennent la majorité absolue, nous exigerons l’indépendance.

Et si la chose se produisait ? Si une majorité absolue se dégageait au Parlement flamand pour proclamer l’indépendance de la Flandre ? Si la fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF devenait réalité ?

Le Roi et les autorités belges auraient beau pousser des cris d’orfraie, que pourraient-ils donc faire ?

On imagine mal le Parquet général procéder à des arrestations. Dans « La Meuse » du 28 avril 1981, l’éminent constitutionnaliste François Perin  avait écrit : Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future nationalité. (…) Jamais l’Europe, ni l’OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ?

Ne sacralisons surtout pas les Etats-Nations ! Car ils se sont constitués au gré des guerres et des mariages princiers, sans le moindre égard pour les populations concernées. Que celles-ci se fassent entendre aujourd’hui pour définir la façon dont elles entendent vivre, ne peut être que salué !

Rien ne dure éternellement. Tout change.

L’URSS n’existe plus. L’Allemagne s’est réunifiée. La Tchécoslovaquie s’est scindée. La Fédération yougoslave s’est démantelée. Le Royaume uni est sorti de l’Union européenne.

Aujourd’hui la Catalogne. Demain l’Ecosse et la Flandre. Il est vain de mener des barouds d’honneur contre des évolutions irréversibles.

La sagesse consiste à les reconnaître en se disant qu’elles n’entraîneront jamais l’apocalypse.

 

Un Etat catalan n’aurait rien d’apocalyptique

« Le Soir », 11 novembre 2015

http://plus.lesoir.be/123821/article/2017-11-11/carte-blanche-un-etat-catalan-naurait-rien-dapocalyptique

Une république catalane de 7,5 millions d’habitants, avec le port de Barcelone d’une importance majeure, ne perturberait en rien l’équilibre européen. La carte blanche de Jules Gheude, essayiste politique (1).

La question catalane a pris une coloration belge

Jules Gheude

La version néerlandaise est parue sur le site de Doorbraak : https://doorbraak.be/catalonie-belgie-politieke-crisis/

 

Il y a une crise politique en Espagne, pas en Belgique,  a déclaré le Premier ministre Charles Michel à la Chambre.

 

La N-VA fait partie de la coalition gouvernementale. Les ministres Theo Francken, Jan Jambon et Johan Vanhovertveldt ont clairement critiqué l’attitude de Madrid à l’égard de la Catalogne. A l’occasion de la présence à Bruxelles de 200 maires catalans venus lui apporter son soutien, Carles Puigdemont a tenu à remercier mes amis de la N-VA.

 

N’en déplaise à Charles Michel, l’affaire a donc pris une coloration belge.

Si une décision d’extradition doit tomber à l’encontre des ministres catalans, il ne fait aucun doute que la N-VA se manifestera à nouveau. Et elle aura raison.

Pour le professeur de Droit international, Alfred-Maurice de Zayas, expert indépendant auprès des Nations unies,  Madrid agit en violation flagrante de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l’alinéa 1 stipule : Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

Cette disposition est capitale, car elle implique la notion juridique du « standstill », qui permet de protéger les droits fondamentaux en limitant les possibilités de recul. En d’autres termes, Madrid a octroyé l’autonomie à la Catalogne. Elle ne peut revenir ainsi en arrière.

Alfred-Maurice de Zayas explique : Dénier a un peuple le droit de s’exprimer lui-même sur le processus d’auto-détermination, dénier la légalité d’un référendum, recourir à la force pour empêcher la tenue d’un référendum, et annuler l’autonomie limitée d’un peuple en guise de punition, constitue une violation de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=22295).

 

La crise catalane, une épreuve aussi pour le gouvernement belge

« Le Vif », Afp, 7 novembre 2017

L’exil bruxellois de Carles Puigdemont met à l’épreuve la coalition au pouvoir en Belgique, dont la forte composante nationaliste flamande (N-VA) fait bruyamment entendre sa sympathie pro-catalane, au risque de gêner le chef du gouvernement Charles Michel, en plus de fâcher Madrid.

Ne pas jeter d’huile sur le feu: tel était le mot d’ordre du Premier ministre, lorsqu’au lendemain de la destitution du président catalan, un de ses ministres de l’Alliance néo-flamande (N-VA, nationaliste) a évoqué la possibilité d’offrir l’asile à M. Puigdemont en Belgique.

Dix jours plus tard, alors que certains ex-ministres catalans sont en prison en Espagne et que d’autres ont fui en Belgique pour y échapper, force est de constater que Charles Michel a du mal à se faire respecter, soulignent des analystes interrogés par l’AFP.

Il y a un contraste saisissant entre les déclarations intempestives de la N-VA et ce silence radio du Premier ministre, résume le chercheur belge Paul Dermine, spécialisé en droit public.

Dimanche, le ministre (N-VA) de l’Intérieur Jan Jambon s’est publiquement interrogé sur le fait qu’un Etat membre de l’Union européenne peut aller aussi loin qu’incarcérer les membres d’un gouvernement démocratiquement élu et a déploré le silence assourdissant des principaux dirigeants de l’UE.

Le patron du parti nationaliste flamand Bart De Wever mais aussi un ex-Premier ministre socialiste, Elio Di Rupo, ont brandi le passé « franquiste » de l’Espagne.

« Une épine dans le pied »

Le chef de la diplomatie belge Didier Reynders, un libéral francophone comme le Premier ministre, a dû rappeler que c’est un dossier qui concerne avant tout l’Espagne, regrettant que des politiques belges s’en mêlent.

A l’évidence, la crise catalane est une épine dans le pied de Charles Michel, apparu en octobre comme celui qui a isolé la Belgique dans le concert européen » relève Pascal Delwit, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles (ULB).

Le 1er octobre, jour du référendum interdit en Catalogne marqué par des violences, le Premier ministre belge avait été un des rares dirigeants européens à les condamner, soucieux de ménager des partenaires flamands sensibles.

Aujourd’hui, les nationalistes de la N-VA se font beaucoup entendre sur le sujet.

Et la « gêne » occasionnée pour Charles Michel, autant que les frictions entre Bruxelles et Madrid, pourraient durer plusieurs mois, le temps que la justice belge se prononce sur le mandat d’arrêt européen visant Carles Puigdemont et quatre ex-conseillers.

Si la justice prenait une décision allant à l’encontre de la demande espagnole, là on aurait une crise, prédit Emilie Van Haute, autre politologue de l’ULB.

Pour autant le « ‘mariage de raison » entre les forces politiques au pouvoir depuis 2014 ne semble pas menacé, d’après les analystes, car personne — pas plus les nationalistes que les libéraux ou les démocrates-chrétiens flamands — n’aurait intérêt à faire chuter l’édifice à moins de deux ans des élections législatives.

« Se faire hara-kiri »

L’électorat flamand ne comprendrait pas que la N-VA claque la porte, ce qui reviendrait à se faire hara-kiri, selon Bruno Yammine, expert du mouvement flamand.

Le noyau dur nationaliste en Flandre c’est 10-15% de la population, ça ne va pas devenir 40% maintenant à cause de la Catalogne, ajoute cet historien.

La N-VA prône, comme le stipule l’article premier de ses statuts, la création d’une République indépendante de Flandre, dans le nord néerlandophone de la Belgique.

Mais le parti a mis cette revendication entre parenthèses depuis qu’il est associé au pouvoir.

Aux yeux de beaucoup, l’Alliance néo-flamande est désormais un parti conservateur classique, mettant en avant des thèmes populaires comme la sécurité et la lutte contre l’immigration illégale.

Pour Paul Dermine, les Flamands n’expriment pas le besoin d’indépendantisme et ce qui se passe en Catalogne n’a aucune chance de se passer en Belgique.

La N-VA veut une Flandre forte qui domine l’Etat belge et c’est tout à fait le cas pour le moment, poursuit le chercheur, ils ont les clés du camion, et c’est très bien de leur point de vue.

 

Willy Borsus annonce un nouveau plan d’investissement pour la Wallonie

« Le Soir », T.Dne, 7 novembre 2017

Le ministre-président estime le montant à plusieurs milliards d’euros d’investissements publics et privés.

Alors que son ministre de l’Economie Pierre-Yves Jeholet (MR) préfaçait il y a quelques jours la fin du plan Marshall wallon, le ministre-président de la Région a annoncé ce mardi sur Bel RTL la mise en place d’un nouveau plan d’investissement, «  l’un des plus importants qu’ait connu la Wallonie dans son histoire  ». Les détails en sont encore flous. «  Il s’agira de répondre aux besoins des concitoyens  », assure Willy Borsus (MR), qui annonce la présentation de toutes ses modalités pour «  début décembre  ». Le ministre-président estime le montant à plusieurs milliards d’euros d’investissements publics et privés.

La honte !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

 

Il faut le clamer haut et fort : ce qui se passe  avec Carles Puigdemont et les membres de son gouvernement est une honte !

La brutalité avec laquelle la Guardia civil espagnole était intervenue lors du référendum catalan du 1er octobre avait déjà réveillé un pénible souvenir : celui du bruit des bottes dans les régimes totalitaires. Le Premier ministre belge s’en était d’ailleurs inquiété.

La justice espagnole n’a jamais empêché les indépendantistes catalans de se présenter aux élections. Mais dès lors que ceux-ci détiennent la majorité absolue au Parlement régional et l’utilisent pour proclamer l’indépendance, ils se voient poursuivis pour rébellion et sédition, encourant une peine d’emprisonnement aussi longue que celle réservée aux criminels et aux terroristes.

Le crime de Carles Puigdemont et de ses amis est donc d’avoir fait ce pourquoi ils ont été légitimement élus.

Chez nous, le roi a accepté la N-VA au gouvernement fédéral, tout en sachant que l’article 1er des statuts de ce parti prône une République flamande au sein de l’Europe. On peut donc s’attendre à ce que, le jour où ils seront majoritaires au Parlement flamand, les nationalistes larguent les amarres d’avec l’Etat belge. Y aura-t-il alors de quoi s’étonner ?

Le leader catalan a décidé d’assumer sa défense au départ de la Belgique, tout en se défendant de vouloir « belgicaniser » l’affaire. Mais il est clair que la situation ne peut qu’embarrasser le gouvernement belge.

 

On connaît, en effet, les sympathies des indépendantistes flamands avec leurs homologues catalans. Charles Michel a d’ailleurs déjà dû recadrer son secrétaire d’Etat à l’Immigration, Théo Franken (N-VA), pour avoir évoqué le droit à l’asile politique.

Ce dimanche, alors que Carles Puigdemont et quatre de ses ministres s’étaient rendus spontanément dans les locaux de la police judiciaire à Bruxelles, le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), n’a pas hésité à dénoncer le comportement de Madrid, et ce sans s’être concerté avec le Premier ministre : Je me pose des questions. (…) Qu’ont-ils fait de mal? Simplement appliquer le mandat qu’ils ont reçu de leurs électeurs. Et de stigmatiser le silence de l’Europe…

Son de cloche identique chez le ministre-président flamand, Geert Bourgeois.

Aujourd’hui, Carles Puigdemont et ses amis sont placés sous mandat d’arrêt, tout en ayant été libérés sous conditions. Mais il ne fait aucun doute qu’une décision d’extradition amènerait la N-VA à faire entendre sa voix. Au risque de faire tomber le gouvernement ? Rien ne peut être exclu.

 

Examinons la question d’un point de vue strictement juridique. Sur le plan du droit international, tout d’abord.

On sait que le Sénat espagnol, à la demande du Premier ministre, Mariano Rajoy, a mis en application l’article 155 de la Constitution espagnole permettant à Madrid de reprendre la tutelle sur Barcelone.

Pour le professeur de Droit international, Alfred-Maurice de Zayas, expert indépendant auprès des Nations unies, il s’agit là d’une violation flagrante de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l’alinéa 1 stipule : Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

Cette disposition est capitale, car elle implique la notion du « standstill », qui peut permettre aux juges de mieux protéger les droits fondamentaux en limitant les possibilités de recul. En d’autres termes, Madrid a octroyé l’autonomie à la Catalogne. Elle ne peut revenir ainsi en arrière.

Sur ce point, Alfred-Maurice de Sayaz est formel : Dénier a un peuple le droit de s’exprimer lui-même sur le processus d’auto-détermination, dénier la légalité d’un référendum, recourir à la force pour empêcher la tenue d’un référendum, et annuler l’autonomie limitée d’un peuple en guise de punition, constitue une violation de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Un autre point doit nous interpeller.

La proclamation d’indépendance du Parlement catalan est intervenue avant que le Sénat espagnol n’adopte l’application de l’article 155 de la Constitution mettant la région sous tutelle.

Au moment où le Sénat se prononce, la région de Catalogne n’existe donc plus. Elle est devenue un Etat souverain, affranchi de la Constitution et des lois espagnoles. Elle seule peut désormais décider de son organisation interne, notamment de la tenue de nouvelles élections.

De même, le Président catalan Carles Puigdemont a toute légitimité pour se maintenir en place. La destitution dont il est frappé par Madrid n’a aucune valeur légale dès lors qu’elle est intervenue après que la Catalogne ait été déclarée indépendante.

Un fait est sûr : en tentant le coup de force, les autorités espagnoles ne peuvent qu’engendrer tension et violence. Ce qui s’est passé lors du démantèlement de l’Ex-Fédération yougoslave  est encore dans toutes les mémoires.

Rien ne dure éternellement Tout change.

L’URSS s’est démantelée, l’Allemagne s’est réunifiée, la Tchécoslovaquie n’existe plus, tout comme la Fédération yougoslave. Le Royaume-Uni est sorti de l’Union européenne… Aujourd’hui, la Catalogne. Demain, l’Ecosse et la Flandre. Certains processus se révèlent irréversibles.

Dans son livre « La Belgique est morte, vive la Belgique ! », paru en 2009, José-Alain Fralon, l’ex-correspondant du « Monde » à Bruxelles, constatait : Si les civilisations sont mortelles, pourquoi un pays de dix millions d’habitants ne le serait-il pas ?

Et, s’adressant au souverain belge dans son « Epilogue », il écrivait : Si, au lieu de ce baroud d’honneur qui risque de mal tourner (…), vous la jouiez plus finement ? En admettant, comme nous le ferons tous tôt ou tard, que rien ne pourra arrêter la marche de la Flandre vers son indépendance, et en accompagnant celle-ci au lieu de tenter en pure perte de la stopper ?

Un conseil sage, que les autorités espagnoles feraient bien de méditer…

(1) Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface de Bart Maddens, politologue à la KU Leuven.

Droit international, Nous partageons totalement ce point de vue de Jean-Sébastien Jamart

NON à l’exécution d’un mandat d’arrêt international (espagnol) contre le président catalan réfugié à Bruxelles !

Si le président catalan est poursuivi en Espagne et fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, c’est uniquement vu son comportement politique à la tête de la Catalogne. Les reproches qui lui sont faits n’existent d’ailleurs pas en droit belge. Pourrait-on imaginer un homme politique flamand ou wallon qui serait poursuivi par tous les tribunaux parce qu’il souhaiterait que la Flandre ou la Wallonie devienne indépendante ?

Un mandat d’arrêt international vise essentiellement les comportements terroristes et criminels et ne peut s’appliquer à des comportements politiques. Il est regrettable qu’une partie de la classe politique francophone appuyée par quelques pénalistes du régime ne soit pas plus critique sur le fonctionnement de ce mandat et considère qu’il doit être exécuté purement et simplement.

La Belgique est une terre d’accueil et elle doit regarder à deux fois avant de satisfaire les demandes obsessionnelles d’un Etat qui perd le sens de la mesure.

Pendant son séjour en Belgique, le président Puigdemont ne doit donc être ni arrêté ni remis aux « autorités » espagnoles.
Que cela ne plaise pas à l’Europe ou à l’Espagne n’est pas le problème !

 

Jan Jambon met en cause le comportement de Madrid

« Le Vif », Belga, 5 novembre 2017

Le vice-premier ministre N-VA, Jan Jambon, a exprimé dimanche de lourdes interrogations à propos de la façon dont le gouvernement espagnol se comportait dans le dossier de la crise catalane. Il attend de l’Union européenne qu’elle se prononce à ce sujet, a-t-il expliqué sur le plateau de VTM.

Lorsque la police est allée frapper des gens, on peut quand même se poser des questions. Lorsque l’Etat espagnol a enfermé deux leaders d’opinion, je me pose des questions. Et maintenant le gouvernement espagnol qui va agir à la place d’un gouvernement élu démocratiquement, des membres d’un gouvernement qui sont mis en prison… Qu’ont-ils fait de mal? Simplement appliquer le mandat qu’ils ont reçu de leurs électeurs. Je me pose donc des questions, a-t-il déclaré.

Le ministre s’interroge aussi sur l’attitude de l’Union européenne face aux événements en Catalogne, suggérant une forme de partialité dans le chef de celle-ci. Ce sont des choses qui se passent dans un Etat européen et je remarque que l’on se tait de tout côté. Je me demande ce que l’Europe attend pour se prononcer. La même chose se produirait en Pologne ou en Hongrie, je pense qu’il y aurait d’autres réactions, a-t-il poursuivi.

La communauté internationale doit veiller à ce que les dirigeants catalans poursuivis par la justice espagnole bénéficient d’un procès équitable, demande encore le nationaliste flamand. Il y a le droit espagnol mais aussi le droit international, la Convention européenne des droits de l’homme et d’autres choses encore. Et tout cela se trouve au-dessus du droit d’un Etat membre, a-t-il dit.

Le ministre ne s’est pas concerté avec le Premier ministre avant de s’exprimer, a-t-il précisé.