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Philippe Van Parijs est-il sérieux ?

Jules Gheude

Pour le philosophe Philippe Van Parijs, l’avenir de la Belgique passe par l’usage de la langue anglaise.

Il était présent au colloque « L’après-Belgique », organisé par le Cercle Condorcet de Liège, le 2 avril 2011, et je lui ai posé la question suivante : « Selon vous, la Flandre est-elle une nation ? ». Il m’a immédiatement répondu par l’affirmative.

Ce 11 juillet, à l’occasion de la Fête flamande, le ministre-président Geert Bourgeois a déclaré : « Aujourd’hui, nous sommes, nous les Flamands,  indubitablement un peuple. Aujourd’hui, nous sommes indéniablement une nation. (…) Notre langue, le néerlandais, est le cœur de notre identité flamande ».

Philippe Van Parijs mène clairement un combat d’arrière-garde, qui ne pourra empêcher la Flandre de devenir à terme un Etat souverain. En 1981, François Perin avait prédit que « le malheureux chef de l’Etat se mettrait un jour à courir après un gouvernement introuvable ».  En 2010, il fallut 541 jours pour sortir de l’impasse. Au lendemain des prochaines élections législatives, la N-VA, première force politique du pays, entend saper un peu plus les fondements de la maison Belgique en y injectant un produit confédéral. Les négociations à ce sujet nous mèneront bien loin de la ferveur suscitée par les Diables rouges. On n’a pas vu, sur les chaînes de télévision flamandes, un présentateur de JT en tenue noir-jaune-rouge ! Heureusement que le ridicule ne tue pas…

L’irrédentisme pro-français aussi vieux que la Belgique

Jules Gheude, essayiste politique (1)

L’irrédentisme s’est manifesté dès la création de la Belgique, certes de manière relativement marginale.

On a toutefois vu, en octobre 1945, le Congrès National Wallon de Liège se prononcer à la majorité simple, lors d’un premier vote dit « vote du cœur », en faveur du rattachement de la Wallonie à la France. A ce sujet, le général de Gaulle a apporté une précision importante : Il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France (2).

En 1903, il se produisit un événement assez significatif pour faire l’objet d’un article dans le « New York Times » du 1er mars, intitulé « Un Parti pro-français dans les Provinces wallonnes de Belgique ». Son auteur, un certain B.C.de W., explique :

Le sujet du jour est la démission du comte Albert du Bois, secrétaire de la Légation belge à Paris, du service diplomatique. Dans un ouvrage récent, intitulé « Belges ou Français ? », le comte du Bois a prôné l’annexion des provinces belges wallonnes à la France. S’ensuivit  le rappel immédiat du jeune diplomate – il n’a, en effet, que 31 ans – et le Moniteur Officiel a annoncé hier qu’il avait été mis à la retraite.

Neuf ans avant Jules Destrée et sa fameuse « Lettre au Roi », Albert du Bois dénonce le caractère totalement artificiel du Royaume de Belgique, né à Londres d’un trait de plume diplomatique pour permettre aux vainqueurs de Napoléon de se prémunir contre la France. Dans la préface de son ouvrage, il écrit :

Belges ! … Ceux qui habitent dans le cercle que le crayon distrait d’un Palmerston quelconque traçait à Londres, en 1831, sur une carte d’Europe, sont des « Belges » ! C’est ainsi que l’on crée un peuple ! C’est ainsi que l’on forme une nation ! C’est ainsi que l’on constitue un pays ! … Pour parquer les chiens dans les expositions canines, on fait au moins attention à leurs races et à leurs espèces ; mais pour parquer les peuples en troupeaux de « contribuables », on ne doit pas y regarder de si près. Il suffit de prendre trois millions d’individus d’une espèce et trois millions d’individus d’une autre espèce. On leur dit : « Tâchez de ne pas trop se dévorer entre vous. Vous êtes une même nation. On vous appellera des Belges » – et les pauvres bêtes répondent docilement au nom qu’on leur donne! 

Censé représenter le Royaume de Belgique à Paris, le comte Albert du Bois sait fort bien qu’il joue ainsi sa carrière de diplomate. Mais ses idées passent avant tout autre chose. Natif d’Ecaussine, il ne peut concevoir que sa terre hennuyère ne fasse pas partie de l’Hexagone. En 1908, dans « Poèmes impériaux », on peut lire ces lignes :

En effet, la frontière nord de la France actuelle divise en deux des provinces françaises, des terres françaises, des populations françaises qui constituèrent des unités politiques (…). Jusques à la fin du dix-septième siècle, Mons et ValenciennesAvesnes et Chimay faisaient partie du même comté de Hainaut et cette terre, exclusivement française, avait vécu depuis les temps les plus reculés, d’une existence autonome parallèle et connexe à celle de la terre de France tout entière. 

 De ce fait historique indéniable, découle un fait actuel et patent : cette terre de Hainaut, coupée en deux selon les exigences de vainqueurs étrangers et haineux, Allemands et Anglais, continue à être habitée des deux côtés de la ligne idéale de la frontière, par des populations entre lesquelles il est totalement impossible de découvrir la plus petite différence au point de vue le plus minime. C’est le même peuple, le même esprit, le même caractère, la même nation. C’est Paris coupé en deux, par une ligne tracée au cordeau du Lion de Belfort à la butte Montmartre. Imaginez-vous un vainqueur tudesque se livrant à une telle opération et disant aux habitants du Faubourg Saint-Honoré et à ceux du Faubourg Saint-Denis : « Vous allez désormais être l’un pour l’autre deux peuples étrangers ! Je vous défends de vous donner la main et de vous regarder à travers la Frontière que mon glaive et ma fantaisie viennent de tracer. Honoriens, et vous Denisiens, vous êtes désormais deux nations ! » Et imaginez-vous les Honoriens et les Denisiens acceptant cette décision placidement, béatement, avec une soumission niaise, une résignation imbécile, une inconscience qui n’est presque plus humaine.

Comme Jules Destrée, Albert du Bois constate l’irrésistible marche du Mouvement flamand et, toujours dans « Poèmes impériaux », il met en garde :

Ceux qui viennent jouer avec de la flamme autour de ce coin de terre, tout pétrit de poussière noire, ceux qui viennent y jongler avec les brandons de discorde, de patriotisme belge, de nationalité belge, de l’âme belge, ceux-là se trompent étrangement ! Ils s’apercevront, bientôt peut-être, qu’ils ont joué avec de la poudre et quand elle flambera soudainement en une explosion géante, ce sera pour jeter aux quatre coins de l’Europe, les débris de cet édifice de haine, de conquête et d’asservissements sur le fronton duquel on a sculpté ce nom mensonger : Royaume de Belgique.

Albert du Bois participera au premier Congrès Wallon de Liège en 1905 et  publiera à cette occasion un traité doctrinal intitulé « La République impériale – Des rapports nécessaires entre la France et les Pays-Bas français ».

Jusqu’en 1914, il mènera une activité de propagandiste, qui sera ensuite poursuivie par l’un de ses disciples, Raymond Colleye. Celui-ci assurera la rédaction du journal « L’Opinion wallonne, qui paraîtra à Paris durant le Première Guerre mondiale.

Albert du Bois laissera une œuvre dramatique et romanesque abondante. Ses pièces seront jouées dans les plus grands théâtres de Paris. « L’Hérodienne » sera inscrite au répertoire de la Comédie française en 1914 et connaîtra de nombreuses représentations jusqu’en 1932.

 

(1) Derniers livres : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

(2) Alain Peyrefitte, « C’était de Gaulle », tome III, Fallois/Fayard,

Le « testament politique » de M. Peumans

« Le Vif », Belga, 11 juillet 2018

Le président du Parlement flamand, Jan Peumans (N-VA), a plaidé mercredi, dans son discours officiel pour la Fête de la Communauté flamande à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, pour une révision des cinq résolutions que l’assemblée flamande avait lancées en 1999 en vue d’une réforme de l’État. Il demande aussi de doter la Flandre d’une Constitution propre d’ici 2021 et de faire du 11 juillet un jour férié.

Pour son dernier discours du 11 Juillet avant une probable retraite politique, M. Peumans (67 ans) n’a pas hésité à qualifier son allocution de « testament politique » de sa présidence de l’assemblée flamande, non sans l’agrémenter de plusieurs traits d’humour.

Devant les autorités du pays, il n’a toutefois pas lancé de proposition réellement neuve, lui qui s’était fait rabrouer dernièrement par son président de parti Bart De Wever pour avoir critiqué en public le secrétaire d’État Theo Francken et la dureté de ton de son parti sur l’asile et la migration.

Ses propositions – doter la Flandre d’un texte fondamental propre (comme le ministre-président flamand Geert Bourgeois l’avait réclamé l’an dernier) ou faire du 11 juillet un jour férié – constituent des demandes déjà entendues par le passé.

Pour Jan Peumans, il est temps de les concrétiser. C’est ainsi qu’il propose d’aboutir sur une Constitution flamande en 2021, année du cinquantenaire de l’institution du Conseil culturel de la Communauté culturelle néerlandaise, ancêtre du Parlement flamand.

Cette Constitution, souligne le nationaliste, doit entrer dans le cadre d’un fédéralisme de coopération, mais être placée sur un même pied que la Constitution belge, en vue d’une plus grande autonomie de la Flandre.

Quant au jour férié du 11 juillet, c’est une revendication que le Vlaams Belang a soutenue par une action menée peu avant la cérémonie à l’Hôtel de Ville de Bruxelles.

Interrogé, le ministre-président flamand Geert Bourgeois l’a aussi revendiquée au nom de son parti, la N-VA. Il a précisé qu’il ne s’agissait pas d’ajouter un jour de congé au calendrier, mais de remplacer un jour férié existant.

Dans les deux autres partis flamands au pouvoir, le CD&V et l’Open Vld, on y est aussi favorable. Le vice-Premier ministre CD&V Kris Peeters souligne toutefois la difficulté de trouver le jour férié qui passera à la trappe. La présidente de l’Open Vld Gwendolyn Rutten ne s’est pas opposée à l’idée.

Autre suggestion, le président du Parlement flamand est revenu sur les cinq résolutions de 1999 dans lesquelles l’assemblée balisait ses demandes pour une sixième réforme de l’État qui a fini par advenir. « Certaines (résolutions) ont été entièrement concrétisées, d’autres partiellement, d’autres encore sont désormais dépassées par les évolutions sociétales ou politiques », a constaté M. Peumans.

Pour le Limbourgeois, plusieurs parlements du pays (fédéral, flamand, bruxellois et francophone) devraient donc évaluer l’impact réel de ces résolutions « et leurs mérites ». Jan Peumans souhaite la constitution d’un groupe de travail au parlement flamand. Ces exercices devraient à ses yeux faire émerger de nouvelles perspectives, « qui pourraient servir de fondement à de nouvelles réformes de notre configuration étatique ».

De manière inattendue, le bourgmestre de Bruxelles a pour la première fois été invité à faire lui aussi une allocution durant la cérémonie, alors que la Ville n’y reçoit traditionnellement la parole que par la voix d’un échevin néerlandophone.

Philippe Close (PS) a ainsi reçu l’occasion de vanter à la fois le caractère international de Bruxelles et de souligner son caractère flamand parmi ses multiples identités, ainsi que la volonté de la Ville de renforcer ses liens avec la Flandre comme avec la Wallonie. Un discours salué jusque dans les rangs de la N-VA, notamment par Theo Francken sur Twitter.

 

Le Conseil d’Etat suspend l’exportation d’armes wallonnes vers l’Arabie saoudite

« La Libre Belgique », Belga, 30 juin 2018

Le Conseil d’Etat a suspendu vendredi une poignée de licences d’exportation d’armes de la FN Herstal vers l’Arabie saoudite, écrivent samedi L’Echo, Le Soir et La Libre Belgique.

Le Conseil d’Etat a estimé que le gouvernement wallon n’a pas examiné la question des droits fondamentaux. Quatre recours avaient été introduits fin 2017 par la Ligue des droits de l’homme et la Coordination nationale d’action pour la paix et la démocratie concernant du matériel militaire produit ou exporté par la FN Herstal.

Selon Le Soir, huit licences ont été suspendes par le Conseil d’Etat, tandis que L’Echo en dénombre six.

Dans son justificatif, le Conseil d’État estime que « la Région wallonne n’a pas démontré concrètement qu’elle avait procédé à un examen minutieux et prudent de certains des critères prévus par le décret du 21 juin 2012 relatif à l’importation, à l’exportation, au transit et au transfert d’armes civiles et de produits liés à la défense ».

D’autres recours sur une vingtaine d’autres licences d’exportation pour la FN Herstal et CMI n’ont pas été retenus par le Conseil d’Etat parce qu’elles avaient déjà été exécutées, relève Le Soir.

En 2017, l’Arabie saoudite était le premier client des entreprises wallonnes d’armement pour un montant total de 153 millions d’euros.

 

Rafale sur la coalition Michel

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Il faut être  sacrément naïf pour ne pas saisir que, dans l’affaire du remplacement des avions de combat de la Défense belge, les dés ont été pipés dès le départ, avec la volonté, du côté de la N-VA, d’écarter l’offre française du Rafale.

Va-t-on vivre un scénario semblable à celui de 1975, lorsque le président du Rassemblement wallon, Paul-Henry Gendebien, avait menacé de quitter le gouvernement de Léo Tindemans si ce dernier n’optait pas pour le Mirage français ?

Toujours est-il que le Premier ministre Charles Michel a dû recadrer, vendredi dernier, son ministre de la Défense, le N-VA Steven Vandeput, pour avoir déclaré à la presse qu’il ne pouvait envisager de retenir l’offre française.

Mais ce rappel à l’ordre n’a servi à rien puisque, ce dimanche, le président de la N-VA, Bart De Wever, a cru bon d’en remettre une couche lors de l’émission télévisée « De Zevende Dag » de la VRT. L’avion de combat français Rafale n’est pas un bon plan, il n’est pas suffisamment performant pour notre défense. La prolongation des F-16 est exclue également. 3,4 milliards pour un appareil qui permet de ne rien faire, cela n’a aucun sens, a-t-il lâché.

On sait ce que pense la N-VA de la Belgique. Pour les nationalistes flamands, ce non-pays, cette non-nation doit être exclue de la carte du monde. L’article 1 des statuts du parti sont ne peut plus clairs à ce sujet.

Depuis le docu-fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF de 2006, l’hypothèse d’une disparition de la Belgique n’est plus taboue.

On a vu, avec la crise de 2010-2011, à quel point les fondations de la maison Belgique étaient fissurées. Mandatés à l’époque par la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale françsie, deux parlementaires, l’un de la majorité, l’autre de l’opposition, étaient venus examiner le bâtiment. Selon eux, sa survie était des plus aléatoires.

Avec la 6ème réforme de l’Etat, Elio Di Rupo pensait avoir consolidé les murs, mais il s’avéra rapidement qu’il n’en était rien. Au gouvernement fédéral depuis 2014, la N-VA n’a pas renoncé à son projet de démantèlement. Et si les sondages la donnent tantôt en progrès, tantôt en recul, elle reste, et de loin, la première force politique du pays.

Au lendemain des prochaines élections législatives – lesquelles pourraient intervenir plus tôt que prévu ! – , ses leaders entendent bien se rendre à la table des négociations avec de nouveaux échafaudages et injecter du ciment confédéraliste. Il ne faudrait plus longtemps ensuite pour constater que la maison n’a plus la moindre utilité et qu’elle peut être démolie.

Dans son interview accordée à « La Libre » ce week-end, le ministre N-VA de l’Intérieur, Jan Jambon,  a lâché cette petite phrase : L’indépendance, ça peut aller vite. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer politiquement, tout peut s’emballer à un moment donné.

Pourquoi dès lors se précipiter avec le remplacement des avions de combat ?

On sait que, sur l’échiquier international, l’armée belge ne pèse guère. Si le Royaume n’a plus qu’une durée de vie éphémère, pourquoi devrait-on l’engager dans cette dépense colossale de 3,4 milliards d’euros ? Les F-16 actuels pourraient encore faire l’affaire le temps de 3-4 ans.

Les choses, comme l’a fort bien dit, Jan Jambon, peuvent aller très vite. En 1981, François Perin avait parlé du jour où le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable. Il n’est nullement fantaisiste de penser que ce jour pourrait arriver au lendemain des prochaines élections législatives, c’est-à-dire dans un an, au plus tard.

Elio Di Rupo n’a pas digéré l’éviction du PS du gouvernement wallon. Il rêve d’un retour des forces de gauche en Wallonie et le dernier baromètre politique indique que ce rêve pourrait devenir réalité : l’actuelle coalition MR-CDH n’est créditée que de 29%, tandis qu’une alliance PS-PTB-Ecolo totalise 49,4%.

Si cette alliance devait se concrétiser rapidement, elle ne manquerait pas de plomber les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement fédéral. Bart de Wever pense qu’une telle évolution pourrait contraindre le PS à accepter la réforme confédéraliste. Mais rien n’est moins sûr.

Dans ce cas, il n’y aurait plus qu’à se rendre à l’évidence : la Belgique est devenue totalement ingouvernable. Et qu’est-ce un Etat sans gouvernement,  si ce n’est un Etat qui n’existe plus !

Face à ce constat, le Parlement flamand pourrait fort bien procéder à une déclaration d’indépendance de la Flandre. La N-VA et le Vlaams Belang réunissent aujourd’hui 36,2% des intentions de vote. Le CD&V est, quant à lui, crédité de 15,3%. Mais, comme l’a fort justement fait remarquer l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Il ne fait aucun doute que l’ancien Premier ministre Yves Leterme garde la nostalgie de ce jour de 2004 où il porta le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux.

Bref, comme l’a rappelé Jan Jambon : tout peut s’emballer à un moment donné.

Une Flandre indépendante devrait se doter d’une armée. Libre alors à elle d’opter pour le F-35 américain. Devenue indépendante à son corps défendant, la Wallonie se trouverait, quant à elle, plongée dans une situation budgétaire intenable. Les économistes parlent d’une baisse des prestations sociales de l’ordre de 15 à 20%. Bref, un bain de sang social.

François Perin avait aussi annoncé cela : Les Wallons seraient contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée, devenant eux-mêmes débiteurs de leurs fameux droits acquis. Et d’ajouter : La seule nationalité à laquelle ils pourraient facilement s’assimiler après que la nationalité belge leur eût claqué dans la main, est la française.

Une Wallonie française, dans le ciel de laquelle on verrait alors voler les Rafale…

Non, vraiment, il n’y a pas de quoi se précipiter avec le renouvellement des F-16 !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

 

 

 

 

Trump, Salvini… Jusqu’où iront-ils ?

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Carte blanche – Le Soir – 21 juin 2018

http://plus.lesoir.be/163927/article/2018-06-21/trump-salvini-jusquou-iront-ils

Notre ami est né en 1946. Il porte le prénom de son oncle, officier décédé en captivité durant la Seconde Guerre. Et il garde en mémoire ce que lui a raconté son grand-père, lui aussi déporté durant le premier conflit mondial. Il se souvient fort bien de son père se rendant à Luxembourg pour des réunions de travail dans les années 50, lorsque le projet européen tentait laborieusement de se mettre en place. Un rêve se dessinait : celui d’unir ceux qui s’étaient si durement combattus. Il a été élevé dans ce contexte et, à bientôt 72 ans, il n’a jamais vécu la guerre. L’image du couple de Gaulle-Adenauer se donnant l’accolade, celle de François Mitterrand et de Helmut Kohl se tenant par la main restent gravées en lui. Il a versé des larmes en voyant à la télévision le mur de Berlin s’effondrer en 1989. L’humanité semblait enfin avoir compris.

Et patatras ! Depuis un an et demi, un homme s’échine à changer la donne. Donald Trump a accédé à la présidence des Etats-Unis et il applique à la lettre son programme. Cela donne froid dans le dos : par tweets interposés, il dénonce l’accord de Paris sur le climat, il se retire de celui sur le nucléaire iranien, il encourage les courants populistes qui s’emploient à diviser l’Europe et à rétablir les frontières d’antan. Chacun pour soi ! America first ! A son homologue français Emmanuel Macron, il va même jusqu’à affirmer que l’Union européenne est plus dangereuse que la Chine…

Donald Trump ne cesse de provoquer. Il modifie les règles géopolitiques.  Il fâche ses alliés en augmentant les droits de douane sur leurs exportations. Et, après avoir menacé la Corée du Nord de destruction totale, il se rend à Singapour pour serrer la main de Kim Jong-un. Un accord est scellé, dont les termes restent on ne peut plus flous.

Pour couronner le tout, Donald Trump déplace l’Ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, réduisant ainsi à néant l’espoir d’aboutir à une paix durable dans cette région si sensible. Il décide également de quitter le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU.

Notre ami est désespéré. Et il se pose moult questions.

Son rêve européen est en train de s’évaporer. L’Italie, qui figurait parmi les six pays signataires du Traité de Rome en 1957, est aujourd’hui dirigée par une coalition où les déclarations d’extrême-droite vont bon train.  D’autres pays, telles la Hongrie, la Pologne et l’Autriche, suivent un chemin identique.

Incapable, à 27 Etats-membres, de s’accorder sur la politique à mener face à cette immigration massive qui la frappe de plein fouet, l’Union européenne s’effrite. Le Royaume-Uni a décidé d’en sortir et les tentatives du couple Macron-Merkel pour sauver les meubles, paraissent bien vaines. La chancelière allemande se voit même contestée au sein de sa propre coalition.

Que faire ?

Donald Trump reste obsédé par la construction de son mur à la frontière avec le Mexique. Mais les milliards de dollars ne sont pas au rendez-vous et les autorités mexicaines n’ont nulle envie de mettre la main au portefeuille. Pendant ce temps, on procède à la séparation des enfants de migrants. En Italie, Matteo Salvini lance son projet de recensement des Roms.

Et notre ami voit des images défiler dans sa tête : le port de l’étoile jaune, la rafle du Vel d’Hiv, l’arrivée des trains dans les camps de concentration. « Jusqu’où iront-ils ? » se demande-t-il.

Il voit le conflit syrien s’enliser, tandis que les présidents russe et turc rêvent de reconstituer, l’un la Grande Russie, l’autre l’Empire ottoman. Et nul ne sait si le président de la République démocratique ( ?) du Congo ne finira pas par briguer un troisième mandat, avec le risque de plonger ainsi la région dans une dangereuse instabilité.

Personne, finalement, ne semble avoir retenu les leçons de l’Histoire. L’homme reste un loup pour l’homme.

« A chaque moment, se dit pourtant notre ami, il s’est trouvé des consciences pour s’élever contre l’oppression et l’exploitation. Je ne dois surtout pas laisser tomber les bras. »

Un jour, il a rejoint la franc-maçonnerie pour contribuer, avec ses modestes moyens, à l’émancipation de l’être humain. Depuis ce jour, à l’aide de son burin, il taille patiemment sa pierre. Il descend en lui à la quête de sa propre vérité, et il cherche à la confronter, par la pratique de la tolérance et de la fraternité, à celles des autres. Car il n’a pas perdu l’espoir de voir cette confrontation porter enfin ses fruits et venir à bout de la barbarie et des extrémismes mortifères.

Notre ami va à sa bibliothèque, en extrait l’ouvrage « Dieu », entretiens du philosophe-sociologue Frédéric Lenoir avec la journaliste Marie Drucker (Robert Laffont, 2011). Il l’ouvre au hasard et tombe sur cet extrait : « Un des principaux obstacles aux progrès de l’humanité et de la connaissance, ce n’est ni la foi, ni l’absence de foi, comme on l’a longtemps pensé au cours des siècles précédents : c’est la certitude dogmatique, de quelque nature qu’elle soit. Parce qu’elle finit par engendrer – de manière plus ou moins intense et explicite – le rejet de l’autre, l’intolérance, le fanatisme, l’obscurantisme. »

Il repose le livre et se tourne vers la fenêtre. Une pleine lune semble lui faire un clin d’œil.

 

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 20015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

Il y a toujours eu des consciences pour résister à l’inadmissible.

Jules Gheude, essayiste politique (1)

 

Débat très intéressant que celui que nous a offert l’émission télévisée « On n’est pas couché » du 9 juin.

Le présentateur Laurent Ruquier avait invité Christiane Taubira pour la sortie de son livre « Baroque sarabande », édité chez Philippe Rey. Un ouvrage par lequel l’ex-Garde des Sceaux de la République française souhaite nous faire partager les lectures qui ont contribué à la façonner.

Après avoir souligné les mérites de l’intéressée, le chroniqueur Yann Moix précise : J’ai été interpellé par les passages où vous dites que la littérature ne s’embarrasse pas de morale et que des ordures humaines peuvent être les plus grands génies et offrir des hommes d’une grande sensibilité. Mais il y a parfois des approximations qui m’ont particulièrement gêné. Ainsi, lorsque vous mettez sur le même pied Jules Romains, Joseph de Maistre et Drieu la Rochelle.

Et d’expliquer : Jules Romains est ici injustement traité. Certes, il a fait partie du comité France-Allemagne, mais il en a démissionné dès 1939. Après la guerre, il a d’ailleurs occupé le fauteuil du collaborationniste Abel Bonnard à l’Académie française. Preuve qu’on le jugeait tout à fait respectable ! Que lui reprochez-vous exactement ?

Réponse de Christiane Taubira : Non seulement, il s’est compromis, mais il a eu des déclarations assez malencontreuses sur la civilisation et sur la société africaine et coloniale, qui ne sont absolument pas défendables.

C’étaient les préjugés de l’époque, rétorque Yann Moix, qui cite « Tintin au Congo ».

Pour Christiane Taubira, ce point de vue n’excuse en rien le père du « Docteur Knock » : A toutes les époques, il y a toujours eu des consciences qui se sont élevées contre l’oppression et l’exploitation. Jules Romains paie pour ce qu’il a écrit !

Voilà qui n’est pas sans nous rappeler cette polémique entretenue autour de Jules Destrée, l’une des figures marquantes de l’histoire de la Wallonie.

Dans le livre « Les grands mythes de l’histoire de Belgique », publié en 1995 (Editions Vie Ouvrière), Jean-Philippe Schreiber épingle certains aspects de la personnalité de celui dont le principal institut de recherche sur l’histoire du Mouvement wallon porte le nom.

Né en 1863 et décédé en 1936, Jules Destrée vécut à une époque où les préjugés contre les Juifs fleurissaient. Mais, comme le dit fort justement Christiane Taubira, certaines « consciences » veillèrent à s’en écarter.

Tel ne fut pas manifestement pas le cas de Jules Destrée. Il est vrai qu’il avait été à bonne école comme avocat stagiaire auprès d’Edmond Picard.

Jean-Philippe Schreiber raconte : Destrée a toujours admiré, jusqu’à la vénération, celui qui fut son maître (…). Mais Picard, en plus d’être le père de la doctrine juridique belge, est le théoricien d’un antisémitisme forcené, qui n’a rien à envier aux Drumont et autres Stoecker. Allant plus loin que l’antisémitisme traditionnel du mouvement ouvrier, que Vandervelde et Demblon sont quasi les seuls,  du moins jusqu’à l’affaire Dreyfus, à ne pas partager, il élabore une théorie raciale d’inspiration vitaliste et nietzchéenne que Destrée, qui est lui-même lecteur de Vacher de Lapouge, ne reniera pas.

Dans sa fameuse « Lettre au Roi » de 1912, voici en quels termes Jules Destrée décrit les Bruxellois : Une seconde espèce de Belges s’est formée dans le pays, et principalement à Bruxelles. Mais elle est vraiment peu intéressante. Elle semble avoir additionné les défauts des deux races.

Jules Destrée utilise bien ici le terme « race ».

Mais ce qui interpelle davantage, c’est son attitude dans l’affaire Dreyfus.

Emile Zola est convaincu de l’innocence du capitaine juif, accusé de trahison. Son article « J’accuse », publié dans « L’Aurore » du 13 janvier 1898 va l’amener à comparaître devant les Assises de Seine. En Belgique, le poète et écrivain symboliste Charles van Lerberghe invite plusieurs intellectuels, dont Jules Destrée, à protester contre ce procès. Destrée refuse et se justifie de façon non ambiguë : Je suis antisémite, résolument. Emile Vandervelde – qui, comme Destrée, avait été élu député du Parti Ouvrier Belge en 1894 –  avait stigmatisera cette attitude, parlant de chauvinisme abject et de fanatisme étroit et stupide.

Lorsqu’il se proclame ouvertement antisémite, Jules Destrée n’est pas un adolescent immature. Il a 35 ans ! Il connaît donc bien la portée exacte de ses propos.

Christiane Taubira a donc raison : Zola, Van Lerberghe et Vandervelde figuraient à l’époque parmi ces « consciences » qui s’opposaient.

Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, a écrit, le 17 décembre 1995, un article dans lequel il réplique au point de vue exprimé par Jean-Philippe Schreiber. Christiane Taubira pourrait lui répondre : L’attitude de Jules Destrée n’est pas défendable. Comme Jules Romains, il paie pour ce qu’il a écrit !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités  dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

La géopolitique est en train de se modifier.

Mutation géopolitique

Une réaction de Jules Gheude dans le « Courrier des lecteurs » de « Vers l’Avenir », 15 juin 2018

 

Le président Donald Trump se fâche avec ses alliés (Canada, Union européenne), alors qu’il tend la main à  son homologue nord-coréen, Kim Jong-un.

Pour le remplacement de ses avions de combat, la Belgique a le choix : le F-35 américain ou le Rafale français. Etant donné la stratégie protectionniste adoptée par Donald Trump, le choix du second appareil ne paraît-il pas s’imposer ? D’autant qu’il semble être le plus performant et le moins coûteux.

Ne mettons pas de gants à l’égard de ceux qui ont décidé de ne pas en porter !

Le cancer des Belges, c’est la Belgique elle-même !

Une opinion de Jules Gheude, « Le Vif », 11 juin 2018

https://www.levif.be/actualite/belgique/le-cancer-des-belges-c-est-la-belgique-elle-meme/article-opinion-851469.html

Selon Thierry Fiorilli, le rédacteur en chef du  » Vif « , la N-VA est le cancer des Belges. Je lui propose ici de revenir à la source même des choses, c’est-à-dire en 1830, lorsque le Royaume indépendant de Belgique vit le jour.

Naissance douloureuse, au forceps, issue de la volonté des grandes puissances de l’époque, notamment l’Angleterre, afin de se prémunir contre la France. Quinze ans après la défaite de Waterloo, le spectre de Napoléon rôdait toujours…

Avant 1830, nos populations n’avaient jamais été soudées par un quelconque sentiment national. Ballotées d’un régime étranger à un autre (Duché de Bourgogne, Espagne, Autriche, France, Pays-Bas), elles n’eurent jamais voix au chapitre. Comme l’écrit Marguerite Yourcenar dans « LOeuvre au noir » : Les princes s’arrachent les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats.

Il faut également rappeler ici le statut particulier de la Principauté de Liège, qui perdurera jusqu’à 1794, et qui contrariait la théorie de la prédestination belge, chère à Henri Pirenne.

On connaît la fascination que ce dernier éprouvait pour les ducs de Bourgogne, mais il dut toutefois reconnaître qu’ils n’ont pas eu d’idéal national ; ils n’ont agi que pour la grandeur de leur maison. Leur politique s’explique exclusivement par leurs intérêts dynastiques.

Son collègue Godefroid Kurth, quant à lui, considérait le catholicisme comme le fil conducteur de notre histoire. Mais un élément de taille venait contredire son raisonnement : l’évolution de la Flandre sous la tutelle espagnole.

La Flandre se compose alors du comté de Flandre et du duché de Brabant, tous deux largement acquis à réforme calviniste. Il s’agit donc, pour le très catholique roi d’Espagne Philippe II, de ramener ces hérétiques à la raison. La reconquista sera d’une extrême cruauté. Elle s’achèvera en 1582, avec la destruction d’Anvers, tandis que les provinces du Nord, sous la conduite de Guillaume le Taciturne, se libèrent du joug espagnol pour constituer les Princes-Unies, préfiguration des Pays-Bas actuels. Grâce à la traduction de la Bible par les pasteurs, le néerlandais deviendra vite une langue pure et châtiée.

En Flandre, le catholicisme sera réimposé par la violence. Ici, pas question de traduction de la Bible. La population ne connaît que les dialectes.

Il est clair que sans le fanatisme de Philippe II, la Flandre n’aurait pas été coupée de son élément naturel, les Pays-Bas, dont Anvers aurait pu être la capitale.

Ce drame vécu par la Flandre au XVIe siècle, Verdi le relate fort bien dans son opéré « Don Carlos.

Mais revenons à 1830. Le Royaume indépendant de Belgique voit le jour en dehors de toute volonté populaire. Le Congrès National Belge est élu par à peine 2% de la population, ceux qui pouvaient payer le cens. Quant au choix du souverain, il nous sera imposé par Londres.

On se souvient de l’interview accordée par l’ex-Premier ministre Yves Leterme au journal français « Libération » en 2006 et dans laquelle il qualifie la Belgique d’accident de l’histoire. Peut-on lui donner tort ?

Talleyrand, dont on connaît les talents de diplomate, ne croyait pas aux chances de viabilité de ce nouveau royaume. En 1832, il déclara à la princesse de Lievin : Les Belges, ils ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation. Deux cents protocoles n’en feront jamais une nation ; cette Belgique ne sera jamais un pays ; cela ne peut tenir.

En fait, dès le départ, la Belgique sera atteinte d’un cancer. Et la N-VA, créée en… 2001, n’y est strictement pour rien.

Comment, en effet, un tel Etat pouvait-il connaître une évolution sereine, lorsqu’on lit cette lettre adressée par Charles Rogier à Jean Raikem : Les premiers principes d’une bonne administration sont basés sur l’emploi exclusif d’une langue et il est évident que la seule langue des Belges doit être le français. Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que toutes les fonctions civiles et militaires soient confiées à des Wallons et Luxembourgeois. De cette manière, les Flamands, privés temporairement des avantages attachés à ces emplois, seront contraints d’apprendre le français, et l’on détruira ainsi peu à peu l’élément germanique en Belgique.

Un génocide linguistique, donc. C’est précisément pour le contrecarrer qu’un Mouvement flamand va se constituer assez vite. De nature culturelle au départ, il finira par acquérir une dimension sociale et politique.

La grande majorité des francophones ignore aujourd’hui à quel point ce mouvement a dû lutter pour arracher les premières lois linguistiques et faire en sorte que la Flandre puisse se faire entendre dans l’hémicycle politique. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours de l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue française. A ses yeux, le flamand n’était que la langue des servantes et des valets.

Tout cela laissera bien évidemment des traces durables et contribuera à engendrer un fort sentiment national flamand. Pauvre Henri Pirenne, contraint, en 1930, de quitter l’Université de Gand, suite à la flamandisation de l’institution !

Persuadée que l’occupant allemand serait compréhensif à l’égard de ses revendications, le Mouvement flamand se mit à son service. La libération rapide des prisonniers de guerre flamands, dès le 6 juin 1940, fut douloureusement ressentie par les francophones.

Durant près de 130 ans, la Wallonie s’était révélée étonnamment prospère. Composé en 1900, le « Chant des Wallons » exprime bien le dynamisme économique que connaissait la région : Au premier rang brille son industrie.

Mais le visage belge se mit subitement à changer, au bénéfice de la Flandre. L’économiste Michel Quévit explique : En Wallonie, les aides de l’Etat sont destinées à affronter les problèmes soulevés par le désinvestissement du privé qui se désintéresse des secteurs traditionnels : rationalisation de l’outil industriel vieilli, avec pour conséquence les fermetures d’entreprises, et, pour effet collatéral, le gonflement du chômage régional. Dans le même temps, en Flandre, les aides servent à des investissements dans des secteurs inducteurs de croissance économique, créateurs d’emplois, d’innovation, de diversification et de développement des activités et cela dans toutes les provinces flamandes à cette époque.

Après des décennies de luttes pour trouver sa juste place sur l’échiquier politique belge, la Flandre avait ainsi fini par renverser la vapeur et se rendre maître du jeu économique. La N-VA n’existait toujours pas, mais l’Etat-CVP veillait aux intérêts du Nord.

Avec la fixation définitive de la frontière linguistique, en 1962, la Flandre était devenue un Etat dans l’Etat et n’aspirait plus qu’à l’autonomie culturelle pour constituer une véritable nation : un peuple, un territoire, une langue.

Ce sera chose faite avec la révision de la Constitution de 1970, qui, outre les conseils culturels, consacra l’existence des régions wallonne, flamande et bruxelloise.

La Flandre s’empressa de concrétiser le premier volet, mais, opposée à la mise sur pied d’une région bruxelloise à part entière, elle fit tout pour freiner l’application du second. La régionalisation définitive pour la Wallonie et la Flandre n’intervint qu’en 1980. Bruxelles dut patienter jusqu’en 1989. Pour qu’elle devienne région à part entière, les francophones sacrifièrent José Happart et sa cause fouronnaise.

Après la Seconde Guerre Mondiale, le fossé n’avait cessé de se creuser entre le Nord et le Sud. La Question royale, la guerre scolaire, la Grande Grève de 60-61, la fixation de la frontière linguistique avaient révélé des oppositions très nettes entre Flamands et Wallons. Sans parler de l’affaire du « Walen buiten » à l’Université de Louvain en 1968, qui engendra la scission du Parti social-chrétien en deux ailes linguistiques distinctes et amena les responsables politiques à entreprendre enfin la réforme de l’Etat.

Dès 1961, le syndicaliste liégeois André Renard avait prôné l’instauration du fédéralisme et exigé des réformes de structures. Mais l’action de son Mouvement Populaire Wallon rencontra l’opposition du Parti socialiste qui n’entendait pas renoncer à son organisation unitaire.

En 1974, le ministre de la Réforme des Institutions François Perin mit sur pied la régionalisation préparatoire, que les socialistes, alors dans l’opposition, s’empressèrent de boycotter. Ce n’est qu’en 1976 que le PSB se scinda à son tour – le Parti libéral l’avait fait en 1972 – et que les socialistes francophones présentèrent un projet de régionalisation définitive, lequel, comme je l’ai rappelé, ne se concrétisa qu’en 1980 au seul profit de la Flandre et de la Wallonie.

Soucieuse d’encadrer fortement sa minorité bruxelloise, la Flandre opta dès le départ pour la fusion Région-Communauté. Du côté francophone, les libéraux-réformateurs souhaitaient faire de même, mais ils se heurtèrent au veto du parti socialiste, qui craignait de voir son pouvoir se diluer et préférait garder la mainmise sur la Wallonie.

Depuis 1980, cela fait 38 ans ! la Région wallonne dispose donc d’outils propres pour assurer sa politique, et ces outils n’ont cessé de s’amplifier au fil des diverses réformes de l’Etat. L’argument consistant à porter la responsabilité sur l’Etat belge ne peut dès lors plus être retenu.

De 1980 à 2017, la ministre-présidence de la Région wallonne fut confiée, à deux exceptions près (le libéral André Damseaux en 1982 et le social-chrétien Melchior Wathelet de 1985 à 1988), au PS. Difficile, dans ces conditions, de nier l’influence déterminante que ce parti a pu avoir sur la gestion des affaires.

Et l’honnêteté nous oblige à reconnaître que cette gestion est loin d’avoir été concluante. Fin 2015, Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, le reconnaissait lui-même : La Wallonie n’a toujours pas décollé. La part de son industrie dans le PIB ne représente plus que 14,2%.

Le fossé entre la Flandre et la Wallonie est béant. Si le chômage wallon commence à baisser légèrement, il représente toujours plus du double de celui de la Flandre. Entre 1983 et 2015, le taux de chômage flamand a été réduit de moitié, passant de 10,7 à 5,2%. Les exportations flamandes ont connu en 2016 une hausse de 10,6%, avec un montant de 205,7 milliards d’euros, contre 42,6 milliards pour la Wallonie.

Et le député CD&V Hendrik Bogaert d’exprimer son incompréhension : Les Wallons ne peuvent tout de même pas invoquer éternellement la fermeture des charbonnages, intervenue il y a plus d’un demi-siècle.

Dès le début des années 1990, le ministre-président flamand démocrate-chrétien Luc Van den Brande proposa de passer au confédéralisme, une idée qui fut adoptée en 1999 par le Parlement flamand. La N-VA n’existait toujours pas !

Il est clair que la Flandre n’entend plus se montrer financièrement solidaire d’une région qui, à ses yeux, est mal gérée et ne fournit pas les efforts nécessaires. En 2002, c’est le ministre-président flamand libéral Patrick Dewael qui déclarait : Chaque Flamand paie 815 euros pour son compatriote du Sud. Soit huit fois plus qu’un citoyen ouest-allemand débourse pour son voisin est-allemand. Amis wallons, attention !

Quant à l’actuel président du CD&V Wouter Beke, voici ce qu’il lâchait en 2007 : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

On le voit, la fibre nationaliste dépasse largement les limites de la seule N-VA ! N’est-ce pas le démocrate-chrétien Yves Leterme qui, en 2004, a porté le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux ?

Thierry Fiorilli voue Bart De Wever aux gémonies. Mais, comme le précisait François Perin dans son interview-testament en 2011 : D’étape en étape, le Mouvement flamand a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une nation. (…) Bart De Wever est dans la ligne et, logiquement, il dit « Nous voulons un Etat flamand indépendant ».

On peut certes ne pas partager le point de vue de Bart De Wever. Mais on ne peut lui reprocher d’être inconstant. L’ancien président du PS Guy Spitaels l’avait d’ailleurs lui-même reconnu : Il n’est pas « toursiveux », il dit clairement et brutalement ce qu’il veut. Je préfère cela aux « raminagrobis » qui disent « mais non, cela ne fera pas mal ». Ce De Wever ne me déplaît pas du tout !

Si la coalition Michel parvient à tenir – rien n’est moins sûr… -, les prochaines élections législatives et régionales auront lieu dans un an. Les derniers sondages indiquent qu’une coalition de gauche pourrait voir le jour en Wallonie. PS, PTB et Ecolo sont, en effet, crédités ensemble de 51,3% d’intentions de vote.

De quoi encourager Bart De Wever à mettre le projet confédéraliste sur la table des négociations, Car, avec 32,4% d’intentions de vote, la N-VA reste de loin la première force politique du pays.

Depuis 1830, le cancer n’a cessé de ronger la Belgique. Il pourrait connaître sous peu sa phase ultime. Talleyrand l’avait prédit dès 1830. Et Bart De Wever n’a vu le jour qu’en 1970…

Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dangereuses », Mon Petit Editeur, 2016.

 

La réponse du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds (Mutuelle flandre et neutre) à la proposition de la ministre Maggie De Block de refédéraliser la Sécurité sociale

 

 

 

 

La politique actuelle de santé est opaque, morcelée et inefficace. C’est tout à fait exact. Comment pourrait-il en être autrement avec 8 ministres et responsables différents dans ce pays!, constate le VNZ.

Mais au lieu de plaider pour la refédéralisation, le VNZ pense qu’il vaudrait mieux opérer le transfert complet de l’assuranbce maladie-invalidité vers les entités fédérées.

Des études récentes montrent que subsistent encore des différences significatives entre le Nord et le Sud.

Et le VNZ de préciser :

En bien des domaines, la frontière linguistique se révèle être aussi une frontière de soins. En outre, la constitution stipule que les compétences personnalisables relèvent des Communautés. Y a-t-il quelque chose de plus personnel que les soins de santé ou la sécurité sociale?

Le VNZ  fait observer qu’en Wallonie, 21,16% de la population bénéficie des indemnités majorées (32,19% à Bruxelles et 15,31%  en Flandre). Une situation inacceptable, lorsqu’on sait que la solidarité de la Flandre envers la Wallonie et Bruxelles se traduit annuellement par plus de 12 milliards d’euros.