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Frank Vandenbroucke : « Un quart des enfants wallons vit sous le seuil de pauvreté. »

Frank Vandenbroucke

Frank Vandenbroucke

 

Dans le « Soir » du 22 juin 2013, l’ancien ministre SP.A, spécialiste de la Sécu, analyse les défis du modèle belge. Il est interrogé par Véronique Lamquin.

 

 

Par rapport aux défis futurs, nous n’apportons qu’une réponse vraiment médiocre. Singulièrement par rapport au risque de pauvreté chez les enfants. (…)

En Wallonie, un enfant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire qu’il grandit dans un ménage dont le revenu est inférieur au revenu considéré comme nécessaire pour éviter la pauvreté. C’est énorme, ce sont des chiffres qu’on retrouve en Grèce, en Italie… En Flandre, c’est 11%. Si l’on prend les seuils régionaux, on est à 20% pour les enfants wallons, et 14% pour les flamands. En clair, la Flandre a aussi un problème, et il s’aggrave. La situation en Wallonie est très alarmante, les responsables politiques francophones devraient se mobiliser. Le terrain sur lequel nous semons pour l’avenir n’est pas bon.

Le salut wallon passe par la créativité

Creative Wallonia

Article de Laurent Lambrecht, «La Libre Belgique», 1er juin 2013

 

Une importante délégation du ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, s’est rendue au Québec et notamment au salon C2-MTL de Montréal. Ce rendez-vous international a pour ambition de devenir le « Davos de la créativité ». Parmi les conférenciers figurait notamment Richard Branson, le fondateur de Virgin.

La Wallonie a lancé, en 2010, un programme pour booster l’économie créative. Creative Wallonia est jusqu’à présent doté d’un budget modeste de 8 millions d’euros que Jean-Claude Marcourt aimerait augmenter.

La Commission européenne a donné un petit coup de pouce à l’initiative en choisissant la Région wallonne, aux côtés de la Toscane, comme district européen créatif parmi quarante-quatre candidats.

L’économie créative consiste à faire travailler ensemble des professionnels d’horizons différents afin de faire germer des projets innovants. Le credo du salon C2 de Montréal est que les entreprises occidentales doivent miser sur leur différenciation et leur créativité pour être concurrentielles.

Le programme Creative Wallonia s’appuie sur plusieurs initiatives. ID Campus, qui dépend de l’Université de Liège, est une formation pour les diplômés de l’enseignement supérieur de type long. Par le biais de projets et de cours, les étudiants apprennent à développer et à gérer la créativité.

L’année dernière, un chocolatier a, par exemple, demandé à ID Campus de travailler sur le packaging de ses produits afin de le rendre moins coûteux et plus simple. La solution développée par un ingénieur, un designer et un commercial a été utilisée gratuitement par ce chocolatier.

L’initiative Boost-Up est, elle, une bourse, comprise entre 40 000 et 140 000 euros, destinée à soutenir des projets innovants portés par des indépendants ou des PME. Huit espaces de coworking ont aussi été créés pour amener des entrepreneurs à se rencontrer.

Selon Jean-Claude Marcourt, la Wallonie retire un gros avantage de sa collaboration avec le Québec. Les politiques publiques ont été plus innovantes en Wallonie qu’au Québec au niveau de la créativité, nuance le ministre de l’Economie. Cependant, le terreau économique est plus fertile ici avec des entreprises comme le Cirque du Soleil ou Ubisoft ?

Si les entreprises wallonnes présentes au Québec étaient dans l’ensemble enthousiastes quant au programme Creative Wallonie, il est aujourd’hui impossible de mesurer son efficacité. Tout le monde veut des résultats immédiats alors qu’on sait que ça prend du temps, répond Jean-Claude Marcourt. Le programme a été lancé en 2010, il est donc irréaliste d’évaluer ses résultats maintenant. Je note simplement l’enthousiasme du secteur.

Du côté de l’Union des classes moyennes (UCM), on est globalement satisfait du soutien de la Wallonie en faveur de la créativité. Jusqu’il y a peu, la Région wallonne s’était focalisée sur l’innovation technologique dans ses programmes d’aide, explique Jonathan Lesceux, conseiller au service d’étude de de l’UCM. Le plan Creative wallonia soutien davantage la créativité dans son ensemble. Celui-ci profite donc aux PME exclues des grands programmes de soutien à la recherche scientifique ou technologique. La R&D pure s’étale sur une durée trop longue pour intéresser les PME, note Jonathan Lesceux. Les projets développés par les PME sont généralement mis sur pied en moins d’un an.

L’UCM regrette néanmoins que la mise en œuvre du plan Creative Wallonia ne soit pas complète. Il y a beaucoup de communication autour du projet mais il faudrait être plus concret, note Jonathan Lesceux. A ce stade, environ la moitié des mesures annoncées en 2010 ont été mises en œuvre. Il conviendrait également d’augmenter le budget qui reste modeste.

Selon l’UCM, il ne faut néanmoins pas attendre des résultats concretsen termes de créations d’emplois ou d’entreprises. C’est avant tout un programme qui change les mentalités, note Jonathan Lesceux. On met l’accent sur les réussites de la Wallonie plutôt que sur ses échecs.

Et selon l’UCM, la Wallonie se situe bien par rapport aux autres pays européens au niveau de la créativité. Une enquête européenne (CIS) a montré que le taux d’entreprises innovantes en Wallonie était passé de 52 à 57 % entre 2008 à 2010. Et en 2011, le Regional innovation scoreboard a placé la Wallonie dans les meilleurs de la deuxième des quatre catégories mais derrière la Flandre et Bruxelles.

Accord global sur le photovoltaïque au gouvernement wallon

photovoltaïque « Vers l’Avenir », 30 mai 2013

Le gouvernement a traduit juridiquement sa solution du 28 mars pour faire dégonfler la bulle des certificats verts sans impacter la facture électrique de tous les Wallons. Pour les propriétaires de panneaux, en voici les implications pratiques…

1. Si vous avez commandé vos panneaux après le 1er décembre 2011

Rien ne changera pour vous : le nombre de certificats verts dont vous bénéficierez reste inchangé, tout comme leur prix minimum de rachat (65 euros). La durée d’octroi (10 ans) reste également identique.

2. Si vous avez commandé avant le 1er décembre 2011

 La situation reste inchangée… pour les 10 premières années (nombre et prix garanti des certificats). En revanche, pour les 5 années qui suivent (au cours desquelles vous deviez continuer à bénéficier des mêmes conditions même si votre installation était remboursée), les certificats verts disparaissent. La rentabilité de votre installation continuera cependant à être garantie par le fait que votre compteur tourne à l’envers. Le but, dit le gouvernement, est de maintenir une rentabilité mais éviter la surrentabilité spéculative.

3. Cas individuels 

 Si, pour diverses raisons (mauvaise exposition, orientation, etc), votre installation n’était pas remboursée après 10 ans, les textes prévoient une analyse individuelle du dossier de 6 à 18 mois avant la fin de la période de 10 ans). S’il est effectivement prouvé que vous n’êtes pas rentré dans vos frais, vous pourrez encore toucher des certificats verts au-delà de cette période, le temps de finir le remboursement.

4.Rétroactivité ou pas? 

Ceux qui ont commandé leurs panneaux avant novembre 2011 vont crier au scandale, arguant du fait qu’on leur avait promis quinze ans de certificats et qu’ils n’en toucheront que dix. Ils invoqueront la rétroactivité illégale de la mesure.

Réponse de Jean-Marc Nollet, ministre de l’Energie : il estime que la décision du gouvernement est bétonnée juridiquement et qu’il ne s’agit pas de rétroactivité. Une conviction qui se fonde sur un passage du décret de 2007, celui ayant posé les bases du plan Solwatt.

«Dix ans après l’obtention du premier certificat vert, le nombre de certificats verts octroyés pour la période restant à courir est réduit par application d’un «facteur K» à déterminer par le Ministre», lit-on dans le décret. Un facteur calculé, notamment, en fonction du surcoût d’exploitation.

En clair : vos certificats n’étaient pas garantis pour 15 ans… mais pour 10, plus 5 ans éventuellement. Le gouvernement s’appuie donc sur ce point pour réduire, durant les 5 dernières années, vos certificats à zéro. Pas de rétroactivité, donc, assure Nollet, puisque cette décision était prévue dans l’arrêté gouvernemental.

Nollet promet également que, malgré la suppression des certificats verts les 5 dernières années, l’installation restera rentable à hauteur, au moins de 7 %. Et ce en dépit du futur tarif d’injection prévu par les GRD.

5. Régime transitoire 

En attendant la mise sur pied du nouveau système Qualiwatt dans quelques mois, le régime transitoire (qui a démarré au 1er avril 2013) sera d’application : si vous avez commandé des panneaux après cette date, vous obtiendrez 1,5 certificat par mégawatt pour les 5 premiers mégawatts produits et 1 certificat pour les 5 suivants. Selon l’analyse de la Cwape, ce système reste malgré tout rentable.

Entreprenants, les jeunes Wallons

aseBelga, 24 mai 2013

Un Wallon âgé de 17 à 30 ans sur deux envisage de créer sa propre entreprise, mais le manque de confiance en soi et de liquidités sont des freins à ses projets, selon l’Agence de stimulation économique (ASE), qui a fait réaliser une enquête sur la vision qu’ont les jeunes de l’esprit d’entreprendre et de la création d’activité. L’Europe a un esprit d’entreprise moins poussé que les Etats-Unis : le taux d’entrepreneuriat en Belgique est faible, explique Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l’Économie. Cette enquête nous permet d’avoir une visibilité de la manière dont la cible de l’entrepreneuriat, les jeunes, voit l’entrepreneuriat. Elle met en exergue deux éléments négatifs: le manque de confiance en soi et de liquidités.

Plus de 600 jeunes Wallons âgés de 17 à 30 ans, étudiants et diplômés, ont été interrogés par Ipsos via questionnaires en ligne et entretiens durant le premier trimestre 2013.

L’ASE constate que huit jeunes sur dix ont entendu parler de l’esprit d’entreprendre et qu’un sur quatre a déjà créé ou va créer son entreprise dans les trois ans, mais que les répondants estiment manquer de confiance en eux, manquer de formation et avoir besoin d’un accompagnement.

Si un jeune sur deux envisage de créer sa propre entreprise, l’enquête révèle que l’envie d’être son propre patron diminue avec l’âge et que les femmes sont plus nombreuses à vouloir être salariées. La recherche de sécurité, le manque de confiance en soi et le manque d’expérience en sont les principales raisons.

Selon l’enquête, le système éducatif sensibilise peu à l’esprit d’entreprendre et la sensibilisation à l’entrepreneuriat est trop théorique. Elle révèle également un manque d’information sur les dispositifs d’aide à la création d’entreprise.

Philippe Henry incendié sur sa gestion

Philippe Henry (Ecolo)

Philippe Henry (Ecolo)

Article de Frédéric Chardon dans « La Libre Belgique » du 17 mai 2013

Nouveau coup dur pour les troupes écologistes au sein du gouvernement wallon : un dossier incendiaire d’ »Incidences – La Lettre de l’Environnement » contre le bilan et les méthodes de Philippe Henry (Ecolo), ministre wallon en charge de l’Environnement entre autres. Un vrai brûlot.

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« Incidences » est une revue belge d’information spécialisée, consacrée aux aspects économiques, politiques et stratégiques des marchés de l’environnement. Gérée par des journalistes professionnels, elle s’adresse aux entreprises, aux décideurs, aux groupes de pressions du secteur.

En résumé, l’article paru le 29 avril dernier stigmatise le dysfonctionnement majeur de la gestion de l’Environnement en Wallonie. Tout d’abord, Philippe Henry est présenté comme « un ministre maladroit, lent, peu mobilisateur, sans visibilité. (…) Ce ministre aura passé plus de temps à se défendre, à courir d’un incendie à l’autre, qu’à bâtir et à imprimer un « souffle » pour un véritable projet à long terme. (…) Le fonctionnement du cabinet pose question et demeure fort peu transparent. »

Administration en rade

Dans les 5 longues et cruelles pages du dossier d’ »Incidences », toutes les carences dénoncées par le média sont passées au crible concrètement. Par exemple, le fait que l’administration wallonne de l’Environnement serait court-circuitée par son propre ministre : après le départ de son dirigeant (Claude Delbeuck) vers le top de tous les ministères régionaux, ce département « n’a donc plus de patron. Qui va le remplacer ? Dans combien de temps ? Mystère  » Sous-entendu : la responsabilité de Philippe Henry dans le manque de leadership au sein de son administration.

A côté de l’administration au sens strict, la Région dispose d’une série d’organismes publics (Spaque, SPGE, Issep, Sriw Environnement ) qui ne fonctionneraient pas mieux : « L’action de ces organismes est régulièrement entravée par un manque de réflexion en profondeur, par un manque de coordination, par des interférences malheureuses ou par des « absences » politiques qui entravent leur fonctionnement.  » « Incidences » cite notamment les révélations de « La Libre » en ce qui concerne la Spaque (LLB du 26 avril).

Pas plus de compliments pour le ministre Ecolo au niveau purement politique : les questions des parlementaires wallons seraient négligées par le ministre. « Si Philippe Henry est le plus sollicité des ministres, sa réactivité n’est pas du tout satisfaisante et la qualité de ses réponses laisse souvent à désirer. Les réponses arrivent beaucoup trop souvent hors délai. De nombreuses questions restent même à jamais sans réponse, ce qui est impensable. (…) »

Parmi les thèmes parlementaires qui n’obtiennent pas de réponse : le fonctionnement des stations d’épuration. « Nous pensons qu’il y a eu à plusieurs reprises des audits externes sur le fonctionnement des stations. L’administration conserve ces rapports sous le boisseau. Cette absence de transparence et plus généralement la non mise à disposition du public des études ressortant du domaine de l’environnement financées grâce à l’argent des contribuables, n’est pas admissible. »

La liste des manquements dénoncés par « La Lettre de l’Environnement » est encore longue, impossible de tout mentionner ici. Mais qu’en pense Philippe Henry, au fait ? « Cet article a été rédigé sans que le service communication du cabinet n’ait été interrogé, s’indigne Pierre Castelain, porte-parole du ministre Ecolo. On y trouve beaucoup de rumeurs et d’on-dit. Les informations sont partiales et pas recoupées. C’est le phénomène de mode actuel de charger gratuitement tout ce qui ressemble à du vert Les résultats de Philippe Henry sont là : la plus grande réalisation de cette législature, c’est la réforme du code de l’Aménagement du territoire par exemple. Nous sommes très à l’aise si on regarde qui a fait quoi dans ce gouvernement.« 

La Wallonie dépassera la Flandre en 2087

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Article de Frédéric Chardon dans « La Libre Belgique » du 16 mai 2013

Les statistiques économiques sont souvent impitoyables pour la Wallonie. D’autant plus que son économie est condamnée à être jugée en permanence face au miroir flamand, bien plus doré. On a beaucoup parlé ces derniers jours de la relative réussite des politiques initiées par le gouvernement wallon pour redresser le sud du pays : 1er plan Marshall, plan Marshall 2. vert, pôles de compétitivité, etc.

Mais, au fait, combien de temps faudra-t-il à la Wallonie pour rattraper la Flandre ? Si c’est possible en tout cas « La Libre » a fait réaliser le calcul par un économiste spécialisé : on prend la croissance économique flamande et wallonne de ces dix dernières années sur la base du PIB (produit intérieur brut), on en établit la moyenne (4 % pour le nord, 4,4 % pour le sud, inflation comprise) et on la projette dans l’avenir. Stupeur : il faudra 75 ans (calcul à partir de 2012) pour que le PIB/habitant wallon dépasse le PIB/habitant flamand. Autrement dit, le basculement est prévu pour 2087. Dur à avaler. Les jours wallons qui chantent, ce n’est pas pour tout de suite.

Alors, on ferme boutique ? L’Union wallonne des entreprises ne le pense pas, même si son département « Economie » confirme que le calcul est juste et que, toutes choses restant égales, l’estimation des 75 ans est tout à fait crédible. « Même si c’est un exercice très mécanique, il n’en est pas moins juste. Il traduit un état de fait , analyse en effet Didier Paquot, le directeur du département « Economie » de l’UWE. L’Union wallonne des entreprises a toutefois deux réserves : tout d’abord, on préfère la bouteille à moitié pleine que la bouteille à moitié vide. On préfère regarder l’avenir et dire qu’il faut une croissance d’autant et une création d’emplois d’autant pour revenir à un niveau de plein-emploi plutôt que de partir des chiffres du passé ».

Seconde nuance de l’UWE : arrêtons de mesurer la Wallonie à la Flandre. « Le but du redressement wallon n’est pas d’arriver au même niveau que la Flandre. Le but est le plein-emploi, le retour à la prospérité et d’assumer l’autonomie qui sera la nôtre dans les prochaines années.« 

Si on calcule le taux de croissance moyen non pas sur les dix dernières années mais à partir de 2008, moment où les premiers effets du plan Marshall ont commencé à se faire sentir, l’exercice est plus favorable, note-t-on encore à l’UWE. « Il ne faudrait plus que 30 ans pour que le PIB wallon rattrape le PIB flamand. Mais c’est quand même énorme en soi. Cela prouve une chose en tout cas : il y a une grande urgence. On ne peut plus se contenter de la situation actuelle. Il faut accélérer les politiques, les restructurations, se doter d’une politique industrielle plus ambitieuse, un marché du travail plus efficace qui permette de lutter contre les pénuries dans la main-d’œuvre qualifiée et même non qualifiée« , ajoute Didier Paquot.

Pourtant, les plans de redressement économique ne manquent pas en Wallonie Toutes ces politiques sont déjà prises en compte par le gouvernement wallon. « Oui, les plans en eux-mêmes sont bons mais c’est une question de mise en œuvre et d’amplitude. Il faut y aller plus fort, plus vite, être plus efficace. Par exemple, l’accompagnement des chômeurs doit encore être beaucoup plus systématique et beaucoup plus porté sur les résultats. »

Question : quelle devrait être, idéalement, la croissance économique wallonne ? « D’ici 2022, il faudrait créer en Wallonie environ 30 000 emplois par an. Actuellement, on en crée 10 000. En termes de taux de croissance du PIB, il faudrait entre 3 à 3,5 % de croissance par an en termes réels (sans l’inflation, Ndlr).C’est plausible mais pas réalisable si on ne s’attaque pas aux défis que j’ai mentionnés. Ces taux ne seront pas atteints dans ce cas. Quoi qu’il en soit, il n’y a plus une minute à perdre « 

Au fait, ici, on raisonne sur la base de la notion de PIB. Or, le gouvernement wallon vient de se doter de nouveaux indicateurs du développement (bien-être, environnement), présentés comme complémentaires au PIB. Un cache-sexe pour les difficultés économiques du sud du pays ? « Pour la Wallonie, le PIB reste un bon indicateur car il faudra de la croissance pour résoudre le chômage et la pauvreté. Ces nouveaux critères, c’est très bien. Mais la première urgence pour la Wallonie, c’est d’augmenter son PIB, d’accroître son activité économique.« 

Thierry Bodson: «Le gouvernement wallon ne fonctionne plus!»

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Thierry Bodson

Dans la « Libre Belgique » du 30 mars 2013, le dirigeant de la FGTB wallonne répond aux questions de Frédéric Chardon.

Saint-Gobain, Caterpillar, ArcelorMittal… Contrairement aux propos rassurants que l’on peut entendre sur le redressement de la Wallonie, on licencie à tour de bras…

C’est seulement maintenant que le ressac économique de la crise de 2008 nous tombe dessus. En Wallonie, pour toute une série de raisons, on a connu ce ressac avec retard par rapport aux régions avoisinantes. Mais il n’y avait pas de raison qu’on y échappe Saint-Gobain est malheureusement un très bon exemple de ce qui est en train de se passer : c’est la crise et les gens n’ont plus confiance, ils ne veulent plus acheter de voitures ou n’en sont plus capables. Et cela frappe de plein fouet Saint-Gobain qui produit des pare-brise.

Il y a la crise, d’accord. Mais le pouvoir politique n’a-t-il pas aussi sa part de responsabilité ?

Tout à fait. A côté des restructurations, on a un gouvernement fédéral qui est toujours embringué dans des discussions budgétaires. Finalement, à part des budgets, que font-ils au fédéral ? Ils ne font plus que cela, courir après l’équilibre ! Avec toute la grogne sociale que cela provoque, la grogne des patrons, etc. On passe de budgets en contrôles budgétaires en permanence, mais c’est le serpent qui se mord la queue. Il faudra bien sortir de là à un moment donné. Je vois encore une autre faille du pouvoir politique : la sixième réforme de l’Etat arrive avec ses transferts massifs de compétences. Mais ces nouvelles responsabilités viennent se plaquer sur un gouvernement wallon qui ne fonctionne plus et qui ne se prépare pas à les accueillir. Croire que ce gouvernement est encore une équipe, franchement, il faut vraiment venir de la planète Mars !

Bref, la FGTB est d’accord avec le MR : l’Olivier wallon a échoué…

En l’occurrence, objectivement, je suis d’accord avec le MR, oui. Mais ce qu’il y a de dommage, c’est que, individuellement, certains ministres wallons fonctionnent plus ou moins bien. Je ne vais pas vous étonner en vous disant que je trouve que Jean-Claude Marcourt travaille bien; je pense aussi que Jean-Marc Nollet, par exemple, est à fond sur ses dossiers. Il n’a pas pris les bonnes décisions en matière de photovoltaïque, c’est vrai, mais c’est quelqu’un qui travaille. Mais puisque le gouvernement wallon n’est pas une équipe, on tombe dans la cacophonie qu’on a connue avec le dossier du photovoltaïque

Quand vous dites que l’Olivier ne se prépare pas à recevoir les compétences du fédéral, est-ce que vous n’exagérez pas ? Il y a des groupes de travail qui planchent sur la question, tout de même.

La seule question que se pose le monde politique, c’est de savoir comment on va organiser administrativement les transferts. Ils n’ont pas de vision. Alors que des questions fondamentales se posent. Pour les allocations familiales, par exemple, doit-on se focaliser en Wallonie sur une politique nataliste, oui ou non ? Autrement dit, le rang de l’enfant doit-il encore avoir une importance dans le montant de l’allocation familiale ? Personnellement, je pense que non, il faudrait le même montant pour tous les enfants.

Ce genre de questions ne se règle pas non plus en un jour…

Ça fait maintenant plus d’un an qu’on sait quelles sont les matières régionalisées, qu’on sait en gros quels volumes financiers cela représente. Mais il n’y a rigoureusement rien qui se fait à l’intérieur de l’Olivier ! Rien de rien Que fait-on pour le moment en Wallonie ? On invite les gens du fédéral sur les transferts, on les écoute et puis on dit : « Houlà ! C’est compliqué  » Là, je commence à en avoir vraiment soupé : il faut que la Wallonie se prépare, qu’elle se dote d’une vision de société. Les transferts vont augmenter de 30 à 40 % les champs de compétences des Régions. Qu’on arrête de dire « on ne les voulait pas, ces transferts de compétences », et qu’on essaie d’en faire la meilleure opportunité.

Vous pouvez donner un exemple ?

En ce qui concerne le marché du travail, on a le transfert des aides à l’emploi : pourquoi ne pas s’arranger pour que ces systèmes servent mieux les Régions et la Wallonie en l’occurrence ? Par exemple, on pourrait conditionner les aides à l’emploi au respect de critères par les entreprises elles-mêmes. Il ne suffirait plus d’engager telle personne qui respecte telle condition. Les Régions pourraient introduire, comme condition supplémentaire préalable aux aides à l’emploi, le fait que l’entreprise mette un certain pourcentage de son chiffre d’affaires en recherche et développement. Et qu’elle respecte certains ratios : par exemple, seules auraient des aides à l’emploi les entreprises qui créent beaucoup de jobs. On calcule cela en divisant les rémunérations au sein de l’entreprise par son chiffre d’affaires.

Bref, ces transferts de compétences, c’est aussi l’occasion de définir une politique industrielle plus cohérente pour la Région wallonne ?

J’essaie de faire comprendre qu’il y a une opportunité historique pour la Wallonie. Mais, pour l’instant, il n’y a que Jean-Claude Marcourt qui le comprend Il y a une autre menace qui pourrait empêcher la mise en place d’une vraie politique industrielle : le futur traité budgétaire européen et son carcan d’austérité. Si on ne fait rien, l’ensemble des parlements en Belgique vont très certainement voter le traité budgétaire européen. Or, voter ce traité et affirmer qu’on veut une politique industrielle, c’est dire une chose et son contraire. Ce texte va couler en force de loi, voire de constitution, le fait d’imposer une discipline budgétaire d’une extrême rigueur aux Etats avec 0,5 % maximum de déficit public annuel ! Et, si on dépasse ce seuil, on recevra une amende de l’ordre de 0,2 % du PIB Donc, 750 millions dans le cas de la Belgique. La seconde partie du traité, c’est la coordination économique : une série d’indicateurs vont permettre de comparer la compétitivité des différents pays. A nouveau, en cas de dépassement des limites, on recevra une amende de 0,1 % du PIB cette fois. L’endettement d’un pays ne pourra pas non plus rester trop longtemps au-dessus de 60 % du PIB. On va donc vers de grandes difficultés pour mener des politiques de relance.

Pensez-vous que les députés, en Belgique, pourraient rejeter le traité pour ces raisons ? Vous les avez sensibilisés à la question ?

Pour rappel, un seul parlement qui ne ratifie pas peut tout bloquer On a donc écrit aux parlementaires mais, jusqu’à présent, on ne nous répond pas. Ah, si, j’ai quand même eu un accusé de réception Si les parlementaires croient que je vais me contenter d’être auditionné trois jours avant leur vote le doigt sur la couture du pantalon, ils se trompent ! Ça ne me convient absolument pas. Ça mérite un débat public au niveau fédéral et régional. On a le temps : la ratification ne doit être faite que pour la fin de cette année. Ce n’est pas une course à l’échalote. Si on pouvait faire un débat devant l’opinion publique, je suis sûr qu’il y aurait un virage à 90°. Si pas plus

Comment expliquer cette inertie politique que vous dénoncez ici ? Un complot néolibéral ?

C’est plutôt le problème de l’Europe telle qu’elle se construit : cet endroit de décision est de plus en plus éloigné et de moins en moins surveillé par les contre-pouvoirs et par les politiques qui comptent, c’est-à-dire ceux qui sont au niveau national.

La Wallonie et les Pays-Bas vont intensifier leurs collaborations

2013-06-30_190609Belga, 11 mars 2013

Les autorités liégeoises et wallonnes ont accueilli lundi le ministre des Affaires étrangères néerlandais, Frans Timmermans, à Liège, dans le but d’intensifier les relations entre la Wallonie et les Pays-Bas. La délégation néerlandaise a été reçue par Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l’Economie et du Commerce extérieur, Philippe Suinen, administrateur général de l’Awex, Agence wallonne à l’exportation, et Willy Demeyer, bourgmestre de Liège.

C’est la première fois qu’un ministre néerlandais se déplace exclusivement en Wallonie dans le cadre d’une rencontre bilatérale avec un ministre wallon, révélant un intérêt mutuel à augmenter les échanges entre les deux régions. Les différents intervenants se sont engagés à coopérer davantage en matière de logistique, de technologie et d’innovation.

Ils ont notamment évoqué la situation du Port autonome de Liège et de son homologue de Rotterdam. Notre institution est désireuse de poursuivre les collaborations avec le Port de Rotterdam, a déclaré Willy Demeyer, bourgmestre de Liège et président du Port autonome de Liège. Notre ambition est de devenir un acteur incontournable des ports logistiques.

Le ministre Timmermans est venu accompagné de Hans Biesheuvel, président de l’Association nationale des PME néerlandaise – MKB Nederland, et d’une délégation d’une trentaine d’entrepreneurs spécialisées dans le transport, la logistique ou l’agroalimentaire.

La Belgique est le deuxième partenaire commercial des Pays-Bas.