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Se préparer à l’après-Belgique

Jules Gheude

La saga du RER, l’interminable débat sur les nuisances sonores de Brussels Airport, le rapport accablant de la Cour des Comptes concernant le pavillon belge de l’Exposition universelle de Milan et, last but not least, le dossier avorté du stade de Bruxelles : voilà qui illustre clairement la déliquescence de l’Etat belge.

Comment construire encore un stade « national », dès lors que la Belgique n’est plus (l’a-t-elle d’ailleurs jamais été ?) une nation ?

En revanche, la nation flamande existe bel et bien, ainsi que le précise le préambule de la « Charte pour la Flandre », adoptée en 2012.

Avec une N-VA et un Vlaams Belang, crédités respectivement de 29,5% et 10,4% d’intentions de vote (ces deux partis étant clairement séparatistes), il est évident que la survie de la Belgique est compromise à terme. C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle avait abouti le rapport de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française en 2011.

Face à cette évolution, il est urgent que les responsables francophones se préparent à l’après-Belgique.

Comme l’avait déclaré le sage Jean Rey : « Partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer. La sagesse est de s’en apercevoir à temps. »

Corse : les nationalistes décrochent la majorité absolue

Franceinfo, 11 décembre 2017

Avec plus de 56% des voix, les nationalistes réalisent le plus beau score de leur histoire. Ils dominent désormais le paysage politique corse. Dans la future assemblée qui verra le jour le 1er janvier prochain, ils auront la majorité absolue des sièges : 41 sur 63. Les listes concurrentes accusent un retard de près de 40 points.

Pas de réaction de l’exécutif

Les nationalistes ont donc les mains libres pour gouverner la Corse. Et une vraie légitimité pour demander l’ouverture de négociations avec l’État. Ils demandent un vrai statut d’autonomie d’ici trois ans, la libération des prisonniers politiques, le statut de résident corse et la reconnaissance de la co-officialité de la langue corse à égalité avec la langue française. Pour l’instant, ni Matignon ni l’Élysée n’ont encore réagi, conclut en direct de Bastia la journaliste de France 2 Hélène Hug.

 

Grand Baromètre Ipsos-Le Soir-RTL: le PTB quasi devant le PS en Wallonie, le cdH au plus bas

Sudinfo, Belga, 9 décembre 2017

Les résultats du dernier baromètre politique viennent de tomber. En Wallonie, le PS et le PTB sont au coude à coude, derrière le MR.

Le parti de Raoul Hedebouw pourrait bientôt rattraper celui d’Elio Di Rupo.

Même s’ils ne parviennent pas à retrouver leur score électoral de 2014, le MR et le PS se disputent la première place en Wallonie et à Bruxelles. Les libéraux occupent la tête du classement des intentions de vote au sud du pays avec 22,1 %, selon un sondage RTL-Le Soir réalisé par Ipsos. Les socialistes sont deuxièmes avec 19,5 % (contre 32 % au dernier scrutin) talonnés par le PTB à 18,9 %. À Bruxelles, la situation est inversée. Le PS se redresse un peu mais ne recueille plus que 17,6 % des intentions contre 16,5 % pour le MR.

Le cdH semble franchir une nouvelle étape dans son érosion. Les démocrates humanistes ne recueillent plus que 5 % des intentions à Bruxelles et 8,3 % en Wallonie. La nouvelle et très courte majorité qu’ils ont constituée avec le MR ne tiendrait déjà plus si des élections avaient lieu demain.

Les partis dits non traditionnels se portent mieux. DéFI talonne les libéraux à Bruxelles avec 15,8 % des intentions et progresse en Wallonie avec 6,5 %. À la troisième place, le PTB est dans la roue du PS en Wallonie tandis qu’Ecolo occupe une quatrième place plus modeste avec 11 %. La coalition de gauche rêvée par la FGTB serait à un fifrelin des 50 %. À Bruxelles, la situation est plus contrastée. Ecolo récolte 12,8 % des intentions et le PTB, 7,9 %.

En Flandre, la N-VA occupe toujours la première place loin derrière ses concurrents mais passe tout de même en dessous de 30 % des intentions avec 29,5 % des intentions. Le CD&V est deuxième avec 14,1 %. Groen progresse et décroche la troisième place avec 13,2 % suivi de l’Open Vld avec 12,2 %. Pour le sp.a, c’est la douche froide : les socialistes du nord ne recueillent plus que 10,9 % talonnés par le Vlaams Belang à 10,4 %. Le PTB franchit de justesse le seuil de 5 %.

Le sondage a été réalisé du 27 novembre au 4 décembre. La marge d’erreur maximale est de 3,1 % en Wallonie et en Flandre, et de 4,2 % à Bruxelles.

 

Exportations wallonnes

 

 

Si l’on consulte les chiffres de la BNB  du 1er trimestre des quatre dernières années, en ce qui concerne les exportations wallonnes, on obtient ce qui suit :

 

2017 : 10,974 Milliards €

2016 : 10,277

2015 : 10,953

2014 : 10,844

 

Il est clair qu’on ne décolle pas et que de nouvelles stratégies doivent être mises en place.

 

Les petits francophones, bons derniers de la classe européenne en lecture

« Le Vif », Belga, 5 décembre 2017

Les capacités de lecture des jeunes francophones de Belgique ont régressé au cours des cinq dernières années, plaçant la Fédération Wallonie-Bruxelles en dernière place de l’Union européenne et des pays développés, selon les résultats du Programme international d’évaluation des compétences en lecture (PIRLS 2016).

Marie-Martine Schyns. © Belga

Les jeunes francophones n’y engrangent qu’un résultat moyen de 497 points, en retrait de 9 points par rapport à une étude similaire réalisée en 2011.

La Fédération Wallonie-Bruxelles se classe ainsi bien en-dessous de la moyenne des pays de référence (542 points), et derrière la Flandre (525 points).

Dans un communiqué, la ministre de l’Education Marie-Marie Schyns a qualifié ces résultats, qui corroborent ceux livrés récemment par les études Pisa de l’OCDE, d' »insatisfaisants ».

Les chiffres pour la Fédération Wallonie-Bruxelles montrent une forte disparité de résultats entre petits francophones selon leur genre, leur retard scolaire et leur origine sociale.

Les garçons disposent ainsi d’une moins bonne capacité de lecture que les filles.

« La ministre Schyns a démissionné de tout responsabilité ministérielle »

L’opposition MR en Fédération Wallonie-Bruxelles a vertement dénoncé mardi l’attitude de la ministre de l’Education, Marie-Martine Schyns (cdH), face au piètre niveau de lecture des jeunes francophones révélé par une étude internationale (PIRLS 2016).

Au-delà des résultats « consternants » révélés par l’enquête, « le plus catastrophique est la façon dont la ministre s’en lave les mains! », dénoncent les réformateurs dans un communiqué.

« Cela fait déjà un certain temps que le groupe MR dénonce son abandon de gouvernance aux groupes de travail du Pacte d’excellence, mais cette fois, c’est le point de non-retour », tonne leur cheffe de file au Parlement de la Fédération, Françoise Bertieaux.

« Face à ces mauvais résultats, la ministre se tourne, une fois encore, vers les groupes de travail du Pacte pour +en tenir compte+, et à qui +ces analyses seront utiles+. On croit rêver! Sur une réforme aussi importante que le Pacte d’excellence, que l’on concerte les acteurs de terrain est normal, voire crucial. Mais ensuite, un ministre se doit de prendre ses responsabilités en prenant – parfois en tranchant – les mesures censées répondre aux lacunes observées. Il est clair que désormais Mme Schyns a démissionné de toute responsabilité ministérielle », juge Mme Bertieaux.

 

Face aux évolutions irréversibles, il ne sert à rien de mener des combats d’arrière-garde

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de ce texte a été publiée sur le site de Knack :

http://www.knack.be/nieuws/belgie/bij-onomkeerbare-ontwikkelingen-helpen-achterhoedegevechten-niet/article-opinion-934823.html

Feu Xavier Mabille, président du CRISP, était connu pour la pertinence de ses analyses politiques.

Evoquant l’avenir de la Belgique, il écrivait :

Au cas où s’accomplirait la scission de l’Etat (hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure), il m’apparaît clairement que le problème ne pourrait qu’acquérir alors une dimension européenne et internationale qui lui fait défaut jusqu’à cette date. (…) Les Etats voisins et les institutions internationales dont la Belgique est membre seraient contraints de sortir de la réserve que leur imposent actuellement leurs relations diplomatiques. Les rapports de force qui régissent actuellement le débat institutionnel en Belgique même cesseraient bien évidemment de s’imposer et laisseraient place à d’autres. (2)

Comment ne pas établir un parallèle  avec la crise que traverse en ce moment l’Espagne suite à la question catalane ?

Pour le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, la seule issue à cette crise, c’est le respect de la Constitution ; constitution dont l’article 2 stipule qu’elle a pour fondement l’unité indissociable de la Nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols.

L’Espagne étant indissociable et indivisible, il est logique que ses autorités ne peuvent que s’opposer à toute mouvance visant à compromettre l’intégrité du territoire.

Mais, dans le même temps, elles n’interdisent pas aux formations dites indépendantistes de se présenter aux élections. C’est ainsi que, de façon tout à fait démocratique, la Catalogne s’est prononcée en 2015, à 47,8%, pour la séparation d’avec l’Espagne et que ce score a permis aux indépendantistes de décrocher 72 des 135 sièges, soit la majorité absolue, au Parlement catalan.

En vertu du statut d’autonomie que le pouvoir madrilène a, conformément à la Constitution espagnole, octroyé à la Catalogne, celle-ci a donc toute latitude, via la légitimité de son propre Parlement, pour proclamer son indépendance.

 

Les autorités espagnoles auraient pu, à l’instar de ce que Londres a fait avec l’Ecosse, accepter la tenue du référendum sur l’indépendance, organisé le 1er octobre par le pouvoir catalan.

Il n’en a rien été et ce référendum s’est donc passé sur fond de violence, chacun ayant pu voir à la télévision la manière violente avec laquelle la Guardia civil est intervenue. Le Premier ministre belge, Charles Michel, s’en est d’ailleurs lui-même offusqué, et à juste titre.

On a vu ensuite le souverain espagnol intervenir pour condamner le référendum et les autorités espagnoles brandir l’article 155 de la Constitution leur permettant de reprendre la tutelle sur la Catalogne.

Face à cette évolution, le Parlement catalan n’avait d’autre choix que de prendre les devants en proclamant unilatéralement l’indépendance de la Région. Il faut souligner que cette proclamation est intervenue quelques heures avant que le Sénat espagnol ne vote l’application de l’article 155.

La chronologie est importante. Car dès l’instant où la Catalogne est devenue indépendante, et ce, rappelons-le, à la majorité absolue d’un Parlement élu de manière tout à fait démocratique, il est clair qu’elle s’affranchit de la Constitution et des lois espagnoles. En d’autres termes, Madrid aurait dû reprendre la tutelle avant le vote du Parlement catalan.

Devenue indépendante – peu importe qu’elle soit reconnue ou non -, il revenait à la Catalogne, par le biais de son gouvernement et de son Parlement légitimes,  de s’organiser immédiatement en Etat souverain, avec tout ce que cela implique.

En refusant la tenue du référendum et en destituant le pouvoir catalan en place, Madrid a clairement violé les dispositions du droit international.

Professeur de droit international et expert indépendant auprès des Nations unies, Alfred-Maurice de Zayas explique :

Dénier à un peuple le droit de s’exprimer lui-même sur le processus d’auto-détermination, dénier la légalité d’un référendum, recourir à la force pour empêcher la tenue d’un référendum, et annuler l’autonomie limitée d’un peuple en guise de punition, constitue une violation de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civiles et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

En attendant, les autorités espagnoles assument la gestion de la Catalogne et ont elles-mêmes convoqué la population aux urnes pour le 21 décembre. Quant aux autorités catalanes destituées, elles sont poursuivies pour rébellion et sédition, risquant ainsi une longue peine d’emprisonnement.

La situation est ubuesque. Si le scrutin du 21 décembre renforce la mouvance indépendantiste, il est clair que, comme le précisait Xavier Mabille, l’Europe sera bien forcée de sortir de sa réserve diplomatique.

Amener Madrid à la raison ne sera certes pas chose aisée. La Flandre en sait quelque chose, elle qui, acquise à la réforme calviniste au XVIe siècle, eut à subir la Reconquista féroce du très catholique roi d’Espagne Philippe II.

La Reconquête prit fin en 1582, avec la destruction d’Anvers, tandis que les provinces du Nord, sous la conduite de Guillaume le Taciturne, parvinrent à se libérer du joug espagnol pour constituer les Provinces-Unies, préfiguration des Pays-Bas actuels. Grâce à la traduction de la bible par les pasteurs, le néerlandais allait ainsi devenir une langue pure et châtiée.

En Flandre, le catholicisme fut réimposé par la fer et dans le sang, sans connaître l’émancipation linguistique. La population dut se contenter des dialectes locaux.

Une chose est sûre : sans le fanatisme de Philippe II, la Flandre n’aurait pas été arrachée à son environnement naturel. Anvers aurait pu devenir la capitale des Provinces-Unies.

Dans son opéra « Don Carlos », Verdi a fort bien décrit la misère des Flamands à cette époque.

Il ne faut surtout pas sacraliser les Etats-Nations. Au cours des siècles, les populations ont été ballotées d’un régime à l’autre, au gré des guerres et des mariages princiers. Comme l’a fort bien écrit Marguerite Yourcenar dans « L’Oeuvre au noir » : Les princes s’arrachent les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats.

Il est heureux qu’aujourd’hui, les populations puissent se faire entendre et choisir elles-mêmes, la voie de leur destin.

Rien ne dure éternellement. Tout change. L’URSS n’existe plus. L’Allemagne s’est réunifiée. La Tchécoslovaquie s’est scindée. La Fédération yougoslave s’est démantelée. Le Royaume-Uni est sorti de l’Union européenne. Aujourd’hui, la Catalogne. Demain, l’Ecosse et la Flandre.

Face aux évolutions irréversibles, il ne sert rien de mener des combats d’arrière-garde. La sagesse, comme le soulignait Jean Rey, est de s’en apercevoir à temps et de prendre conscience qu’elles n’entraîneront pas la fin du monde.

(1) Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface de Bart Maddens, politologue à la KU Leuven.

(2) Préface au livre de Jules Gheude « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin », Editions Mols, 2007.

 

Pavillon belge à Milan 2015: le rapport accablant de la Cour des comptes

« Le Vif », Belga, 5 décembre 2017

La Cour des comptes a formulé des observations pour le moins sévères à propos de la façon dont la participation belge à l’exposition universelle de Milan a été gérée: absence de pièces justificatives, manquements à la législation sur les marchés publics, accords verbaux… et 35.000 euros de chocolat impropres à la consommation en raison d’un problème de stockage.

Le Conseil des ministres a approuvé en 2013 la participation de la Belgique à l’exposition de Milan qui a eu lieu du 1er mai au 31 octobre 2015. Il a désigné l’ancien ministre Leo Delcroix (CD&V) au poste de commissaire général du pavillon belge.

Des manquements importants avaient déjà été constatés pour les expositions de Shanghaï (2010) et Yeosu (2012). Ils semblent se répéter, au moins partiellement. Le commissariat général n’a pas été en mesure de fournir les pièces justificatives pour les opérations réalisées depuis les comptes bancaires italiens, aucune comptabilité relative aux clients et fournisseurs n’a été tenue, des doubles paiements ont été constatés, les frais exposés à l’étranger par le personnel du commissariat n’étaient pas appuyés par des ordres de mission, etc.

La construction du pavillon -d’un montant de 6,5 millions- réclamait l’avis de l’Inspection des Finances puisqu’elle dépasse « largement » la somme de… 125.000 euros. Qui plus est, le recours à la procédure négociée avec publicité pour attribuer le marché n’était pas régulier, note encore la Cour.

Le cahier d’observations identifie divers problèmes avec les fournisseurs, dont un concerne le chocolat. « Une commande de chocolat est devenue impropre à la revente à cause d’un entreposage inadéquat par le logisticien imposé par la société organisatrice de l’exposition universelle. Un montant de 35.850 euros correspondant à la valeur convenue de ce stock a été payé par le Commissariat au fournisseur », explique la Cour.

La commissaire générale adjointe, Marie-Noëlle Higny, insiste dans sa réponse sur les « circonstances difficiles » qui ont présidé à la participation belge à l’exposition. Elle évoque les difficultés à concilier les législations belge et italienne, les délais et les directives de l’organisateur mais aussi une équipe réduite comparée à la masse de travail à fournir.

A propos des chocolats, elle souligne « le manque de compétence des consultants » désignés par l’industrie alimentaire belge, le non-respect par les chocolatiers de leurs engagements et le manque de professionnalisme du logisticien.

« Le commissariat a veillé à régler à l’amiable les différents contentieux, plutôt que de s’engager dans des actions en justice coûteuses, chronophages et aux résultats incertains », ajoute-t-elle.

La Cour épingle également l’absence de contrôle interne du SPF Economie. La mise en place d’une comptabilité séparée pour les expositions internationales a commencé au sein du SPF, a répondu mardi le ministre de l’Economie, Kris Peeters. De tels événements impliquent en effet une longue préparation et reposent sur des budgets pluriannuels. Une nouvelle équipe s’est mise en place et a commencé à travailler le 1er décembre. « Nous avons tourné une page », a souligné M. Peeters.

Quand François Perin voyait les Bruxellois valser comme les Viennois…

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de ce texte a été publiée sur le site de Doorbraak : https://doorbraak.be/francois-perin-zag-de-brusselaars-walsen-als-weners/

Les récentes émeutes à Bruxelles ont relancé, au sein des partis flamands, le débat sur la fusion des six zones de police bruxelloises. La N-VA en fait même un préalable incontournable pour la constitution du gouvernement de la Région bruxelloise en 2019.

Attention ! répondent les responsables francophones. Après, ils exigeront la fusion des 19 communes de façon à placer Bruxelles sous tutelle !

Seules la Flandre et la Wallonie furent concernées par la fusion des communes (leur nombre passa de 2400 à 600), mise sur pied, le 1er janvier 1977, à l’initiative du ministre de l’Intérieur Joseph Michel (PSC).

Celui-ci avait bien tenté de ramener Bruxelles à des proportions plus équilibrées, mais en vain :

C’est surtout l’ensemble des ministres qui étaient issus de Bruxelles et le principal opposant était Vanden Boeynants (à l’époque, ministre de la Défense nationale, PSC). J’ai présenté, quand j’étais ministre, 2 à 3 propositions de Bruxelles, et à chaque fois VDB, me disait : « Joseph, ton plan de fusion de Bruxelles est impeccable, il est concret mais le moment n’est pas encore venu. » Ça été son seul argument. Et le gouvernement ne voulait pas de difficultés.

Au sein du gouvernement Tindemans, François Perin était ministre de la Réforme des Institutions. A ce titre, il remit au Premier ministre, le 15 mars 1976, un « rapport politique », dans lequel il affirmait notamment sa volonté de rencontrer les grandes objections de la communauté flamande à l’égard des administrations communales bruxelloises actuelles.

Partant du principe que la région bruxelloise est une ville, François Perin proposait non seulement la suppression de l’agglomération et la fusion des 19 communes, mais il envisageait la mise en place d’un système de pondération permettant d’augmenter raisonnablement le nombre des échevins néerlandophones. Il s’agissait d’ajouter au nombre d’élus néerlandophones une pondération de 8%, équivalente à celle dont bénéficiaient les francophones au sein du Conseil des ministres.

François Perin se heurta à l’incompréhension de son propre parti, le Rassemblement wallon, mais subit également les foudres du parti-frère bruxellois, le FDF. Dans « 4 Millions 4 », le porte-parole de ce parti ne mâcha pas ses mots : Ce qui est grave, ce qui est triste, c’est que François Perin ait agi au mépris de l’intérêt du mouvement wallon (…). On est en droit de se demander quel service est-il encore capable de rendre à la Wallonie.

François Perin n’avait finalement agi qu’avec pragmatisme, en faisant abstraction de tout souci électoraliste, dans l’unique but de régler décemment un litige  qui traînait depuis si longtemps.

En fait, comme il l’expliqua lors d’une conférence organisée à Namur, le 15 mars 1979, François Perin avait été séduit par le modèle viennois :

A Vienne, 1.700.000 habitants, il y a un conseil municipal et un collège. Il n’y en a pas 19 ! Mais il y a 23 arrondissements. Il faudrait donc diviser Bruxelles en autant de districts que cela est nécessaire par la voie de la déconcentration administrative. Il est clair, en effet, qu’on ne peut pas envoyer tout le monde à l’état civil, Grand-Place !

Mais Vienne se trouve dans un Etat fédéral. Fédéralisme très modéré et provincial : 10 provinces. Vienne est en même temps un Land et possède, à ce titre, un gouvernement régional et une assemblée législative régionale ;

Quand je suis allé à Vienne, j’ai demandé à visiter les bâtiments publics. On m’a montré la présidence de la République, le siège du conseil municipal et celui du collège des bourgmestres et échevins. Et puis j’ai demandé à voir les sièges de l’assemblée législative et de l’exécutif du Land de Vienne.

Mais, m’a-t-on répondu, ce sont les mêmes. Les conseillers municipaux sont à la fois les conseillers du Land. Ils changent tout simplement de casquette suivant la convocation qu’ils reçoivent. Le bourgmestre, c’est le gouverneur. Quant au gouvernement du Land, c’est le collège échevinal. Voilà l’économie des moyens ! J’ai trouvé cela très ingénieux dans la ville de Mozart et de Strauss. Je voudrais bien que les Bruxellois valsent de la même façon !

Certes, Vienne ne connaît qu’une langue. Mais je crois que l’unité de la ville qui serait en même temps la région, l’agglomération et la province permettrait de dédoubler à parité toutes les matières  où les personnes sont concernées : écoles, affaires culturelles et personnalisables. Pourquoi cela troublerait-il les francophones de Bruxelles et en quoi cela lèserait-il les intérêts vitaux de la Wallonie ?

En fait, François Perin était loin d’être dupe. Il savait fort bien que la réticence venait de ses « amis » bruxellois qui avaient une écharpe sur le ventre : Et je les fusionne ! Je ne peux tout de même pas pousser la cruauté mentale jusqu’à demander leur assentiment et leur merci par surcroît !

Cette « économie des moyens, dont parlait François, elle sera appliquée par la Flandre qui réalisera d’emblée la fusion Communauté flamande-Région flamande (un seul Parlement et un seul gouvernement), tandis que les francophones maintiendront les institutions distinctes…

(1) Auteur notamment de « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015.