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Diplomatie belge : Ollé !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Ce qui se passe entre la Flandre et l’Espagne constitue une nouvelle illustration du caractère surréaliste de notre Royaume.

Lorsque les Commissariats aux Relations internationales des Communautés française et flamande se sont créés en 1983, certains ambassadeurs étrangers ont exprimé une certaine incompréhension, voire de la réticence, à l’égard de cette évolution institutionnelle qui permettait aux Communautés d’exercer également leurs compétences au niveau internationale. On leur expliqua que tout cela était constitutionnel et que ces Commissariats étaient, en quelques sorte, les ministères des Affaires étrangères desdites Communautés.

Les accords culturels, qui n’impliquaient jusqu’ici que l’Etat belge, allaient ainsi être désormais gérés par les Communautés, chacune de leur côté. Et, par sa signature, un représentant de l’Etat belge avaliserait le résultat des négociations à l’issue des Commissions mixtes, chargées de mettre régulièrement au point les échanges culturels.

Les Régions sont ensuite entrées dans la danse, au niveau de leurs propres compétences, et les entités fédérées ont fini par ouvrir des délégations dans un certain nombre de pays, les délégués désignés jouissant du statut diplomatique et de conditions identiques à celles des ambassadeurs belges.

C’est ainsi que la Flandre dispose aujourd’hui d’un représentant à Madrid. Mais celui-ci vient de se voir lever, par les autorités espagnoles, son statut diplomatique.

Madrid n’a, en effet, pas apprécié les déclarations de Jan Peumans, le président du Parlement flamand, à propos de la situation catalane.

Lors d’une visite à l’ex-présidente du Parlement catalan actuellement en détention, M. Peumans lui a remis une lettre dans laquelle il qualifie les violences policières perpétrées lors du référendum d’autodétermination du 1er octobre 2017 d’action scandaleusement anti-démocratique. Et d’ajouter : Maintenir les politiques en détention pendant des mois l’est encore davantage et constitue une preuve que le gouvernement central en Espagne est incapable de remplir les conditions d’une Union européenne démocratique et moderne.

Propos qui n’ont rien de surprenant, lorsque l’on connaît les liens étroits qui unissent les indépendantistes catalans aux nationalistes flamands.

Il convient de rappeler ici que le Premier ministre Charles Michel fut le premier chef de gouvernement de l’Union européenne à avoir condamné la violence qui avait marqué le déroulement du référendum catalan : Nous condamnons toutes les formes de violence et réaffirmons notre appel au dialogue politique.

Ne faisons pas les hypocrites : la violence ayant été essentiellement le fait de la Guardia civil, la réprobation de Charles Michel ne pouvait viser que Madrid.

Interrogé aujourd’hui quant au différend qui oppose l’Espagne à la Flandre, Charles Michel déclare : Il n’y a pas de conflit diplomatique entre le gouvernement fédéral belge et l’Espagne. Chose curieuse, lorsque l’on sait que la N-VA, dont Jan Peumans est membre, fait partie du gouvernement fédéral.

Mais, pour le Premier ministre, c’est d’abord une responsabilité de l’Espagne et du gouvernement flamand de régler leur différend. Et de rappeler ici l’existence d’une certaine autonomie des entités fédérées en Belgique, et donc des autorités flamandes, sur le plan des relations internationales.

On sait à quel point la Flandre tient à cette autonomie. Lorsqu’il était ministre-président flamand, Kris Peeters se comportait d’ailleurs en véritable chef d’Etat, n’hésitant pas, lors d’une mission économique au Vietnam, emmenée par le prince Philippe en 2012, à se rendre au Myanmar pour y rencontrer Aung San Suu Kyi.

Aussi est-il assez paradoxal de voir aujourd’hui le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA), demander au ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, de convoquer l’Ambassadeur d’Espagne pour le rappeler à l’ordre. Car, explique M. Bourgeois, la Flandre est une partie de la Belgique interfédérale et nous menons ensemble la politique étrangère.

Certes, on l’aura compris, l’intention de Geert Bourgeois est d’amener le gouvernement belge à s’immiscer directement dans le dossier catalan. D’autant que le Parlement flamand a unanimement exprimé son soutien à Jan Peumans.

Didier Reynders n’entend pas tomber dans le piège. Il ne lèvera donc pas le petit doigt. Tout au plus accepte-t-il que son ministère serve de boîte aux lettres entre l’Espagne et la Flandre.

Mais il n’en reste pas moins que l’affaire vient handicaper sérieusement les relations diplomatiques entre la Belgique et l’Espagne.

Pour ce qui est du dossier catalan, on ne peut toutefois que donner raison à Jan Peumans. La réaction de Madrid lors du référendum de 2017 constitue, comme l’a fort bien expliqué Alfred-Maurice de Zayas, professeur de Droit international et expert indépendant auprès des Nations unies,  une violation flagrante de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l’article 1 stipule : Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

Cette disposition est capitale, car elle implique la notion du « standstill », qui permet aux juges de mieux protéger les droits fondamentaux en limitant les possibilités de recul. En d’autres termes, Madrid ne pouvait revenir en arrière après avoir octroyé l’autonomie à la Catalogne.

Sur ce point, Alfred-Maurice de Sayaz est formel : Dénier a un peuple le droit de s’exprimer lui-même sur le processus d’auto-détermination, dénier la légalité d’un référendum, recourir à la force pour empêcher la tenue d’un référendum, et annuler l’autonomie limitée d’un peuple en guise de punition, constitue une violation de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Pour le reste, l’incarcération de responsables politiques démocratiquement élus et qui n’ont fait que respecter leurs engagements, ne peut que susciter l’indignation.

(1) Derniers ouvrages parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

La reprise de Caterpillar Gosselies par les Chinois de Thunder Power a été actée

RTBF-Info, 19 octobre 2018

https://www.rtbf.be/info/regions/detail_la-reprise-de-caterpillar-gosselies-par-les-chinois-de-thunder-power-actee-ce-vendredi?id=10050578

Ce vendredi après-midi, la Sogepa, la Région wallonne et Thunder Power Electric Vehicle, ont officiellement scellé l’accord pour la reprise du site de Caterpillar Gosselies. Le projet vise à développer une chaîne de production de petites voitures électriques destinées au marché européen.

Thunder Power a profité de la signature de l’accord pour dévoiler son modèle de voiture citadine baptisée « Chloe », une voiture d’entrée de gamme. Avec une autonomie de 350km, la nouvelle venue cible les grandes villes européennes.

« Un grand jour pour la région wallonne »

Le groupe chinois évoque la construction de 30.000 autos par an à partir du dernier trimestre 2020. Des chiffres optimistes qui prévoient également l’embauche de 350 personnes au démarrage de l’activité, et un développement progressif espéré de 4000 emplois si l’aventure atteint le plein régime. « C’est un beau jour, un grand jour pour la Région wallone et la région de Charleroi« , s’est réjoui le ministre wallon de l’économie Pierre-Yves Jeholet.  « Personne n’a oublié celles et ceux qui ont travaillé ici, sur le site de Caterpillar. C’est un signe d’espoir que ce site ait rapidement retrouvé une activité industrielle« .

Un investissement risqué et assumé

Rappelons que cet été, les autorités wallonnes ont versé 50 millions d’euros dans un paradis fiscal offshore, situé aux Iles Vierges, pour garantir le lancement de l’opération. Un procédé pour le moins « atypique »… En échange, les Chinois ont accepté de payer les taxes de leurs bénéfices belges… en Belgique. « J’assume complètement cet investissement« , affirme Jean-Yves Jeholet. « Les iles vierges ne sont pas une zone noire, c’est une zone grise. On avait le choix.  Beaucoup d’autres autour de moi assument cette décision« . C’est le cas de la SOGEPA, qui assume aussi le risque financier du projet. « C’est clair qu’il y a une crainte« , confie Renaud Witmer, Président de la SOGEPA.  « A mes yeux, Thunder Power est presque une start-up. Il y a zéro modèle qui roule, zéro modèle homologué. Tout est à faire. Donc, oui, c’est clairement risqué. Mais il faut prendre les opportunités quand elles se présentent ».  

Retour des anciens travailleurs de Caterpillar?

Les anciens travailleurs de Caterpillar seront-ils prioritaires pour travailler sur ce site? « C’est une discussion qui devra avoir lieu avec les organisations syndicales« , explique Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi. « On est dans un type de production qui est assez similaire à l’activité de Caterpillar. Les anciens ouvriers de Caterpillar ont des hautes qualifications et ont toutes les chances de retrouver un travail dans cette filière ».

Cette signature n’est que le début d’un long processus: les partenaires doivent encore finaliser l’investissement et constituer Thunder Power Belgique. Ensuite, la construction de la chaine de production pourra commencer. La première voiture devrait être construite fin 2020.

 

 

Oui, Monsieur Michel, anticipons !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

François Perin et Jean Gol : le choix de la France.13

 

Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre a souligné l’importance d’anticiper.

C’est ce qu’avait fait François Perin en 1983, en publiant un long article intitulé « Et si les Flamands proclamaient leur indépendance ? ». En conclusion, il écrivait : Utopie ? Au train où vont les choses, le pire est de rester (…) sans voix, sans réplique, livrés au chaos, si l’événement se produit… sans demander notre permission. Un peuple sans imagination, sans capacité d’adaptation, sans solution de rechange est un peuple perdu !

35 ans après cet avertissement, force est de constater qu’il n’a pas eu le moindre effet sur la classe politique francophone, aveugle face à une évolution qui a fait de la Flandre une nation désireuse d’être maîtresse de son destin.

Les responsables francophones restent scotchés au fédéralisme, alors que le Parlement flamand a clairement annoncé, en 1999, son intention de passer au confédéralisme.

Ce confédéralisme, Bart De Wever est bien décidé à le mettre sur la table des négociations au lendemain des élections de mai 2019. Adepte du processus « évolutif », il entend ainsi poser le dernier jalon avant d’atteindre l’objectif final : l’émergence d’une République flamande, telle qu’annoncée par l’article 1er des statuts de la N-VA.

Les responsables francophones se présenteront, une fois de plus, en « demandeurs de rien » et, une fois de plus, ils finiront par céder. Il ne faudra alors plus longtemps avant que la Belgique, vidée de toute substance, soit  jugée superflue et disparaisse de la carte.

Car si les leaders francophones se disent soucieux du « bien-être de nos concitoyens », la vérité est qu’ils n’ont que ne sont guidés que par leurs propres ambitions.

Ivre de pouvoir, Elio Di Rupo veut le récupérer. Mais qu’en a fait le PS au cours de près de 35 ans de gestion ininterrompue de la Wallonie ? La Flandre connaît la réponse. Aussi ne souhaite-t-elle plus être solidaire d’un tel système. Que chacun assume financièrement ses choix politiques! La fin des transferts est d’ores et déjà programmée sur dix ans.

La Flandre n’a jamais avalé non plus le concept de « Bruxelles, région à part entière ». Afin que Bruxelles, dont elle a  déjà fait sa capitale, tombe définitivement dans son escarcelle, elle propose que chaque Bruxellois choisisse entre la Flandre et la Wallonie  pour ce qui est des compétences « personnalisables » : impôt des personnes, sécurité sociale,… Nous achèterons Bruxelles !, avait un jour lâché l’ancien ministre-président flamand, Gaston Geens.

Elio Di Rupo raille aujourd’hui Charles Michel pour avoir accepté de s’allier avec la N-VA. On verra ce que vaudront ses propres engagements au lendemain des élections de 2019. N’avait-il pas, lui aussi, promis de ne jamais scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension territoriale de Bruxelles ?

Et si, pour reprendre le propos de Charles Michel, on anticipait ? Livrée à elle-même, la Wallonie ne sera pas en mesure de garantir la prospérité de sa population. Elle ne pourra compenser la perte des 7 milliards de transferts que par une réduction drastique de ses dépenses publiques. Et cette situation sera pire encore le jour où elle devra assumer sa part de la dette belge. Car, du confédéralisme au séparatisme, il n’y a qu’un pas à franchir !

Ayant lu le papier de François Perin évoqué plus haut, Jean Gol, alors Vice-Premier ministre, lui avait adressé le mot manuscrit suivant : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long : je ne suis pas fonctionnellement en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie digne, raisonnable et dans l’ordre.

Jean Gol nous a malheureusement quittés trop tôt, au grand dam de François Perin qui savait que le cœur de son ancien compagnon de route battait pour la France : Il était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de dislocation de la Belgique. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !

Aujourd’hui que l’échéance est à notre porte, la « réponse de survie », pour la Wallonie, se situe clairement en France, comme l’avait d’ailleurs pressenti le général de Gaulle : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois ou quatre millions de Wallons.

Lorsqu’on les interroge, la grande majorité des Bruxellois disent opter pour un statut autonome en cas de disparition du pays. Voilà qui met à mal ce « WalloBrux » souhaité par 61% des Wallons.

Lors de l’élection à la présidence du MR en 2011, Charles Michel avait titillé son challenger Daniel Bacquelaine à propos de son penchant réunioniste : Je ne souhaite pas subirla tutelle d’un préfet corse ou breton ! Pourtant n’est-ce pas son père Louis qui, en 1996, alors qu’il était président du PRL, déclara au « Figaro » : Je n’oserais plus dire que le rattachisme soit une idée folle. (…)  Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

L’argument de Charles Michel ne tient d’ailleurs pas la route. Car, comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus, il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie » dans la Constitution française. La Wallonie pourrait ainsi conserver ses acquis Quant à l’ex-droit fédéral belge, il serait maintenu, sauf exceptions, et placé sous la responsabilité du législateur français.

Cette intégration-autonomie offrirait, en outre, un double avantage : la Wallonie resterait dans l’Union européenne et c’est la France qui négocierait, pour elle, les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette.

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

Le coq wallon chantera-t-il pour la cinquième fois ?

« Le Vif »,  30 septembre 2018

De 1988 à nos jours, aucun engagement francophone n’a été tenu, constate l’essayiste politique Jules Gheude (1). Et de poser la question :  » Qu’en sera-t-il lors des élections de l’an prochain ?  »

Les francophones ne laisseront jamais tomber les Fourons. José Happart en est le bourgmestre légitime. Les élections du 13 décembre 1983 permirent au PS de s’envoler, tandis que le CVP s’affaissait. Comme le constata un quotidien francophone, l’effet Happart a dominé l’effet Martens.

Les tractations pour la formation du gouvernement furent laborieuses. Martens VIII – socialistes et sociaux-chrétiens – entra finalement en piste. Et José Happart dut faire l’amer constat : Pour la deuxième fois, on a foulé les Fouronnais aux pieds.

Les dispositions prises pour Fourons et les communes à facilités s’inscrivaient dans la cadre d’une avancée significative du fédéralisme, par le biais d’un accroissement des compétences régionales et communautaires et l’instauration tant attendue de la Région bruxelloise.

Et le coq chanta pour la première fois

Lors d’une entrevue privée, José Happart nous raconta comment Guy Spitaels, le président du PS, l’avait sacrifié : Je lui avais fait savoir que je ne pouvais marquer mon accord sur un projet qui maintenait les Fourons en Flandre et qui prévoyait que, pour les bourgmestres et présidents de CPAS, la présomption de la connaissance de la langue pourrait être renversée à la requête respective d’un membre du conseil communal ou d’un membre du CPAS. Exception faite toutefois pour ceux qui avaient exercé ces fonctions entre le 1er janvier 1983 et le 1er janvier 1989, pendant au moins trois ans consécutifs, ce qui n’était pas mon cas… La réponse de Guy Spitaels fut cinglante : « Je ne te demande pas si tu es d’accord ou non ! ».

En 1992, le Premier ministre CVP Jean-Luc Dehaene parvint, de nouveau au prix de discussions pénibles, à un accord institutionnel qui faisait définitivement de la Belgique un Etat fédéral. Ce fut l’accord de la Saint-Michel. Mais François Perin avait bien flairé le piège : Je ne suis pas sûr que la Flandre ne poursuive pas le but d’asphyxier les écoles francophones.

Et la coq chanta pour la seconde fois

« Demandeurs de rien », les responsables francophones n’entendaient plus poursuivre la réforme de l’Etat. Ils furent toutefois contraints, devant les difficultés budgétaires de la Communauté française, notamment en matière d’enseignement – Perin avait vu juste ! -, de faire de nouvelles concessions en 2001, avec la signature des accords du Lambermont, du Lombard et de la Saint-Polycarpe.

Paul-Henry Gendebien, président du « Rassemblement Wallonie-France », raconte : Les négociateurs francophones avaient marchandé des principes contre de l’argent. On n’entendit plus les matamores se proclamant « non demandeurs ». (…) Furent ainsi concédés en finale des avantages profitables que l’on refusait d’envisager trois mois plus tôt : surreprésentation forfaitaire abusive pour la minorité flamande au Parlement bruxellois ; présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les collèges communaux ; régionalisation de la loi communale en vue d’offrir à la Flandre des moyens plus vigoureux pour mettre au pas les Francophones de la périphérie.

Et le coq chanta pour la troisième fois

En 2010, la Belgique connut sa plus longue crise politique. Et le cirque recommença. Pour sortir de l’impasse, les Francophones cédèrent une fois de plus. « Madame Non » dut avaler la scission des allocations familiales et Bruxelles-Hal-Vilvorde fut scindé… sans extension territoriale de Bruxelles.

Et le coq chanta pour la quatrième fois

Lors de la campagne pour les élections de 2014, tous les présidents de parti francophones avaient juré de ne jamais s’allier à la N-VA. Mais pour devenir Premier ministre, Charles Michel changea d’avis.

Invité récemment sur le plateau d’une chaîne française, le philosophe Frédéric Lenoir a regretté que les responsables politiques soient davantage animés par leur carrière que par le bien commun.

Bart De Wever le sait déjà. Lorsqu’il mettra le confédéralisme sur la table des négociations après les élections de mai 2019, il finira par trouver un soutien francophone. Soit du MR pour rester au pouvoir, soit du PS pour revenir aux affaires. Le coq wallon chantera pour la cinquième fois.

Avec le confédéralisme, la Wallonie sera contrainte de prendre son destin en mains. Comme vient de le rappeler le président du MR, Olivier Chastel : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie.

L’attrait du pouvoir va donc plonger la Wallonie dans une situation extrêmement difficile. Privés des transferts flamands – quelque 7 milliards d’euros ! – , les Wallons n’auront d’autre choix que de se serrer douloureusement la ceinture.

Une solution : la France

Nous avons eu avec feu Jean Gol, dont le Centre d’études du MR porte le nom, de nombreuses discussions. Nous pouvons attester ici qu’il voyait l’avenir de la Wallonie en France. Paul-Henry Gendebien a également rapporté ce que Jean Gol lui avait confié lors d’une rencontre à Paris : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge, ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il m’avoua (…) qu’il pensait que notre avenir (…) serait français. (…) Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt.

Et si, plutôt que d’imposer un bain de sang social à la Wallonie, le ministre-président MR, Willy Borsus, appliquait le testament de Jean Gol en prenant dès maintenant l’initiative d’un think tank transfrontalier pour baliser une route qui, de toute façon, comme l’avait dit le général de Gaulle, s’avèrera incontournable ?

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

Le gouvernement wallon dégage un budget 2019 « à l’équilibre »

« Le Vif », Belga, 29 septembre 2019

Le gouvernement wallon est parvenu à un accord sur le budget 2019 dans la nuit de vendredi à samedi, annonce samedi matin le cabinet du ministre-président Willy Borsus.

© BELGA

Le gouvernement wallon a présenté, samedi matin, un budget 2019 « à l’équilibre », basé sur une diminution des dépenses publiques « sans porter atteinte aux politiques prioritaires » et sur des recettes « qui n’impactent pas le pouvoir d’achat » des Wallons, s’est réjoui le ministre wallon du Budget, Jean-Luc Crucke (MR).

Entamé jeudi après-midi, le conclave budgétaire a atterri dans la nuit de vendredi à samedi. « Ce retour à l’équilibre dès 2019, sans nouvelle taxe, va au-delà de nos engagements », a de son côté souligné le ministre-président wallon, Willy Borsus.

En chiffres, l’exécutif régional fait état d’une évolution réelle des recettes de 327 millions d’euros par rapport au budget initial 2018 et de 354 millions par rapport à l’ajustement 2018. Au total, les recettes s’élèvent à 13,819 milliards d’euros.

Les dépenses, elles, se montent à 15,078 milliards pour un solde brut à financer de 1,259 milliard.

Pour y parvenir et permettre un retour à l’équilibre, les travaux budgétaires ont notamment porté sur le financement des UAP (unités d’administration publique) et du SPW (service public de Wallonie) tant en termes de fonctionnement (-3%) que de rémunérations (-1%), sur la gestion du parc immobilier, sur une réduction des subventions facultatives et sur la gestion de la dette. Un monitoring plus précis des besoins a également été réalisé, permettant de dégager quelque 50 millions d’euros.

 

Et si Willy Borsus incarnait l’héritage de Jean Gol ?

Jules Gheude, essayiste politique (1)

A  sept mois des élections législatives et régionales, un think task ne devrait-il p as déjà être à la manœuvre pour préparer une échéance qui apparaît de plus en plus inéluctable : celle où la Belgique se retrouve dans une voie sans issue ?

Depuis le vote par son Parlement en 1999 des fameuses résolutions, la Flandre a clairement fait savoir qu’elle considérait le fédéralisme comme dépassé. Les responsables francophones n’ont pas saisi ou plutôt n’ont pas voulu saisir l’importance de cette évolution.  Car ils savent que, sans la solidarité interrégionale, l’avenir du pays, et par le fait même le leur,  est bel et bien compromis.

« Demandeurs de rien », ils ont finalement dû se résoudre à accepter de nouvelles avancées institutionnelles, qui n’ont fait que compliquer, voire rendre impossible, le processus de décision politique. Aujourd’hui, d’aucuns proposent de rectifier le tir en refédéralisant certaines compétences. Mais  pour le CD&V et la N-VA, il ne peut être question de faire marche arrière.

Il apparaît  qu’un nouveau gouvernement belge ne pourra voir le jour sans une négociation aboutie sur le confédéralisme, dont il convient de rappeler en quoi il consiste : la maison Belgique se voit privée de l’essentiel de ses meubles, lesquels vont à la Flandre et à la Wallonie, chaque Bruxellois étant invité à choisir, entre celles-ci, la manière dont il entend être traité pour la gestion des compétences « personnalisables » : impôt des personnes, sécurité sociale, aide sociale, immigration et intégration.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la Flandre ne tarderait pas à considérer la coquille vide belge comme totalement superflue. Bye bye Belgium !

Avec la disparition programmée des transferts financiers en provenance de la Flandre (quelque 7 milliards d’euros), il est clair que la Wallonie connaîtra une situation budgétaire intenable. Une situation qui s’aggraverait encore si la dette publique belge devait être partagée. Jules Gazon, professeur émérite d’Economie de l’Université de Liège, prédit un climat quasi révolutionnaire : Une diminution de 25% s’imposerait. Cela signifie qu’on devrait lourdement élaguer dans les allocations et les salaires de la fonction publique. Cela affaiblirait la demande intérieure et rendrait une relance économique encore plus difficile.

Bruxellois avant tout, le président de DéFi, Olivier Maingain, ne veut pas entendre parler d’une réforme qui aboutirait à la cogestion de la Région-Capitale. Mais sa volonté de sauvegarder à tout prix  la Belgique se heurte à ce qu’écrivait son mentor, Lucien Outers, dans une « Lettre ouverte au Roi », publiée dans les années 80 : A défaut de cette volonté de dialogue, la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Constat lucide. Comme était lucide également François Perin lorsqu’il décrivait, en 1983, dans un article du « Pourquoi Pas ? », la manière dont la Flandre s’y prendrait pour proclamer unilatéralement son indépendance. Jean Gol, alors Vice-Premier ministre, lui avait adressé le petit mot manuscrit suivant : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie, digne, raisonnable et dans l’ordre.

Pas plus qu’une Wallonie indépendante, un WalloBrux ne tiendrait  la route. Interrogés à ce sujet, 68% des Bruxellois déclarent d’ailleurs -préférer un statut autonome.

A plusieurs reprises, Jean Gol m’a confié que son cœur battait en direction de l’Hexagone. François Perin le savait également. C’est pourquoi il craqua littéralement lors de l’éloge funèbre qu’il rendit à son ancien « compagnon de route », en septembre 1995 : Il était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de dislocation de la Belgique. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !

Le Centre d’études du MR porte aujourd’hui le nom de Jean Gol. Mais que reste-t-il vraiment de son message ? Réaliste, François Perin avait lâché : Jean Gol est mort, hélas ! Et le testament des morts, vous savez, on s’assied dessus.

A l’instar du général de Gaulle, Jean Gol était convaincu que l’avenir wallon ne pouvait se situer qu’en France. Il rencontra un jour à Paris Paul-Henry Gendebien, qui était alors Délégué général de la Communauté française en France et qui raconte : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la anation belge ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il ajouta, et ceci compta, ce que j’avais déjà deviné sans difficulté, à savoir que notre avenir (…) serait français. (…) En manipulant (…) un certain nombre d’hypothèses, nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. Sa férocité se déchaîna quand nous évoquâmes ceux de ses amis politiques qu’il faudrait recaser à l’Assemblée nationale. « De toute manière, ajouta-t-til, ils seront fiers de porter l’écharpe tricolore, et quelques décorations feront le reste… ». Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt. Dans la semaine qui suivit, j’appris de bonne source que Jean Gol avait eu – ce jour-là et le lendemain – des rencontres qui n’étaient pas pour rien dans la politique française.

Lors du débat pour l’élection à la présidence du MR en 2011, Charles Michel titilla son challenger, Danier Bacquelaine, à propos de son penchant réunioniste : Je ne tiens pas à dépendre d’un préfet corse ou breton !

Mais, contrairement à ce que beaucoup pensent ou craignent, les Wallons ne devraient pas se mettre nus devant Marianne pour revêtir l’uniforme français. Comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie » dans la Constitution française. La Wallonie pourrait ainsi conserver ses acquis (organes d’auto-administration et compétences, lesquelles pourraient même être élargies puisque la Communauté française aurait de facto cessé d’exister). Quant à l’ex-droit fédéral belge, il serait maintenu, sauf exceptions, et placé sous la responsabilité du législateur français. Le système de sécurité sociale serait ainsi adossé au système français.

Par ailleurs, cette intégration-autonomie offrirait le double avantage suivant : la Wallonie continuerait à faire partie de l’Union européenne et c’est la France qui, en son nom, négocierait les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette publique.

Tout cela se fera d’une manière absolument démocratique, via un référendum organisé tant en France qu’en Wallonie. Rien ne sera donc imposé.

S’adressant à son ministre Alain Peyrefitte en 1967, le président Charles de Gaulle avait déclaré : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Lors des Fêtes de Wallonie, le ministre-président Willy Borsus a évoqué une Wallonie nouvelle. Pourquoi n’incarnerait-il pas l’héritage de Jean Gol en prenant, dès à présent, l’initiative d’un groupe de travail wallo-français pour baliser une route qui s’avèrera de toute façon incontournable ?

(1) Derniers livres parus : « François Perin –Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes, Mon Petit Editeur, 2016.

 

 

 

 

Jean Gol, Lucien Outers… Des testaments oubliés

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jean Gol et Lucien Outers ont tous deux joué un rôle essentiel au sein de leurs formations respectives, le MR et le FDF.  Le Centre d’études du MR porte d’ailleurs le nom de Jean Gol.

Mais que reste-t-il vraiment de l’héritage des deux hommes ?

Lors du débat pour la présidence du MR en 2011, Charles Michel titilla son challenger Daniel Bacquelaine à propos de son penchant rattachiste, un penchant que partageait pourtant Jean Gol.

Celui-ci connaissait les liens étroits que j’avais avec François Perin et, à de multiples reprises, il me posa la question : « Que pense en ce moment le maître ? ».

Je possède le petit mot manuscrit qu’il adressa à François Perin en 1983, suite à l’article que ce dernier avait écrit pour « Pourquoi Pas ? » et dans lequel, 23 ans avant le « Bye bye Belgium » de la RTBF, il décrivait par le menu la manière dont la Flandre finirait par proclamer son indépendance : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement – il était alors Vice-Premier ministre – en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance (…).

François Perin savait que Jean Gol avait le cœur tourné vers la France. C’est la raison pour laquelle il craqua littéralement en prononçant son éloge funèbre au cimetière de Robermont. Il expliqua plus tard : Il était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de la dislocation de la Belgique. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !

Il savait aussi que le parti réformateur ne poursuivrait pas dans cette voie : Jean Gol est mort, hélas ! Et le testament des morts, vous savez, on s’assied dessus…

Intéressant également est le témoignage apporté par Paul-Henry Gendebien à propos de l’entrevue qu’il eut avec Jean Gol à Paris, alors qu’il était Délégué général de la Communauté française de Belgique : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il ajouta, et ceci compta, ce que j’avais déjà deviné sans difficulté : à savoir que notre avenir (…) serait français. (…) En manipulant (…) un certain nombre d’hypothèses, nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. (…) Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt. Dans la semaine qui suivit, j’appris de bonne source que Jean Gol avait eu – ce jour-là et le lendemain – des rencontres qui n’étaient pas rien dans la politique française.

Lucien Outers laissa, lui aussi, un testament politique sous la forme d’une « Lettre ouverte au Roi », dans laquelle il prônait une discussion pour établir entre les composantes une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun. A défaut de cette volonté de dialogue la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Olivier Maingain a été profondément marqué par Lucien Outers, dont il partage l’élocution élégante, voire un peu précieuse. Mais incarne-t-il bien aujourd’hui l’héritage de son mentor ?

Dans son discours des Fêtes de Wallonie, le ministre-président Willy Borsus a évoqué une Wallonie nouvelle.

Ce n’est ni dans une structure confédérale ni avec un scénario indépendant, que cette Wallonie nouvelle verra le jour, mais bien au sein de la France, via un statut propre, tel que le décrit le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région.

 

Les organes d’auto-administration de la Wallonie pourraient ainsi subsister,  de même que ses compétences, qui seraient même élargies, puisque la Communauté française aurait cessé d’exister. Quant à l’ex-droit fédéral belge, il continuerait, sauf exceptions, à être d’application sous la responsabilité du législateur français.

 

Le délai, écrivait Jean Gol en 1983, est sans doute un peu plus long. Au lendemain des élections de mai 2019, l’échéance risque d’être au-rendez-vous !

 

Il est donc temps que les responsables politiques wallon ôtent leurs œillères. Car il y va, non pas de leurs ambitions personnelles, mais bien de la prospérité des Wallons. Des Wallons qui, comme l’a déclaré Charles de Gaulle en 1967, retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

 

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

L’avenir de la Wallonie n’est ni dans l’indépendance ni dans un confédéralisme belge

On trouvera ici la version française de l’article de Jules Gheude publié sur le site de « Knack » :

https://www.knack.be/nieuws/belgie/toekomst-van-wallonie-ligt-niet-in-onafhankelijkheid-of-een-belgisch-confederalisme/article-opinion-1198725.html

En 2011, Elio Di Rupo exprimait sa satisfaction. Il avait dénoué la plus longue crise belge et ainsi, pensait-il, sauvé le pays.

Pour parvenir à ce résultat, il avait dû renier sa promesse – qui était aussi celle des autres présidents de parti francophones : BHV était scindé… sans extension territoriale de Bruxelles.

La sixième réforme de l’Etat n’a fait que complexifier le processus de décision belge. Pour Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal français « Libération », le constat est sans appel : Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons (…) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. Récemment, le chef de la diplomatie, Stef Blok, a également reconnu que la Belgique était invivable.

Certaines personnalités de l’Open VLD, du MR et du CDH plaident aujourd’hui en faveur d’une refédéralisation de certaines compétences. Mais les partis flamingants – du Vlaams Belans à la N-VA en passant par le CD&V – se sont empressés de fermer la porte : pas question de faire marche arrière.

Tout indique que la gauche retrouvera le pouvoir en Wallonie au lendemain des élections du 26 mai 2019. C’est ce qu’attend Bart De Wever, le président de la N-VA, pour mettre son projet confédéral sur la table.

Si les francophones le rejettent, la formation d’un nouveau gouverenement belge sera impossible. Or, qu’est-ce qu’un pays sans gouvernement, si ce n’est un pays qui n’existe pas…

François Perin avait annoncé ce scénario dès 1981 : Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver. Après d’interminables négociations, le malheureux chef de l’Etat se mettre à courir après un gouvernement introuvable. Le pays peut imploser. Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclmaer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons seront alors contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée.

Dans une structure confédérale, la Wallonie devra aussi tirer son plan toute seule. Comme vient de la rappeler Olivier Chastel : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie

Si la Wallonie se voit retirer les quelque 7 milliards que la Flandre lui verse chaque année, elle se trouvera dans une situation budgétaire intenable qui l’obligera à se serrer douloureusement la ceinture. Cela pourra engendrer un climat quasi révolutionnaire, prévient Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Mais le confédéralisme ne sauverait la Belgique que pour peu de temps, car la coquille belge vide apparaîtrait très vite comme superflue.

En fait, Elio Di Rupo n’a que faire de la survie du royaume. Seul le pouvoir importe pour lui. Mais cette fois, il est confronté à un défi crucial, car ses ambitions politiques pourraient conduire à un bain de sang social.

Feu Lucien Outers, qui a joué un grand rôle dans l’histoire du FDF et qui a fortement influencé Olivier Maingain, a écrit, dans les années quatre-vingts, une « Lettre ouverte au Roi ». Il y plaide en faveur d’une discussion pour établir entre les composantes une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun. A défaut de cette volonté de dialogue ; la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vue d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Olivier Maingain doit relire ce passage, lui qui s’accroche désespérément à un fédéralisme que la Flandre a jugé dépassé depuis longtemps (voir les résolutions confédérales adoptées par le Parlement flamand en 1999).

La prospérité de la population wallonne ne viendra ni d’un confédéralisme belge ni d’un statut indépendant. Le président de Gaulle en était intimement convaincu : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation. La fierté de leur langue et de leur culture. Le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humanitaires.

Ce scénario présente encore deux avantages non négligeables. Une Wallonie intégrée en France resterait de facto dans l’Union européenne. Et c’est à la France qu’il reviendrait de négocier avec la Flandre et Bruxelles les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette.

Certes, cela aurait un impact financier pour la France. Mais pas de quoi inquiéter Bercy. La reprise des transferts flamands coûterait moins cher que la suppression de la taxe d’habitation. A cet égard, Jaques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, avait écrit sur son blog, le 9 septembre 2009 : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait.

Le jour où la classe politique wallonne ôtera ses œillères, un avenir prometteur s’offrira à la Wallonie.

 

Certificats verts: le mécanisme sera maintenu, sans nouvelle taxe ou hausse de factures

« Le Vif », Belga, 17 septembre 2018

Le gouvernement wallon s’est finalement accordé, lundi matin, en première lecture, sur le maintien du mécanisme des certificats verts pour les anciens et les nouveaux projets, sans nouvelle taxe ni augmentation de factures mais avec une modification du taux et de la durée d’octroi.

C’est par ailleurs BNP Paribas Fortis qui assurera le financement de la dette liée au système, a annoncé le ministre wallon de l’Energie, Jean-Luc Crucke (MR).

Parallèlement, une proposition de transaction à l’amiable va être proposée aux 11.000 ‘prosumers’ ayant introduit un recours au civil contre la Région wallonne en raison de certificats verts limités à 10 ans, le retour aux 15 ans n’étant, lui, pas à l’ordre du jour.

« Pour avancer vers une solution à l’amiable, il faut une suspension de l’agenda judiciaire. On ne négocie pas avec des kalachnikovs sur la table », a indiqué à ce propos Jean-Luc Crucke en se félicitant par ailleurs de la réponse « simple, juste, globale et définitive » apportée au dossier des certificats verts.

Des visionnaires et des autres

Jules Gheude

Lucien Outers

François Perin

 

 

 

 

 

 

Feu Lucien Outers a compté beaucoup dans l’existence du FDF. Admirateur de Racine, du cardinal de Retz et de Chateaubriand, il mettait un point d’honneur à s’exprimer dans un français élégant, souvent précieux. Nul doute qu’il a exercé une forte influence sur Olivier Maingain.

Mais ce dernier tient à la Belgique, alors que son modèle, dans « Le Divorce belge », publié en 1968, tenait un tout autre discour

s : Ma colère, je la réserve  à ceux  qui, par aveuglement ou par intérêt, veulent nier ce qui fait l’originalité de nos deux peuples, leurs richesses propres et leurs virtualités profondes, dans un amalgame interne qu’ils appellent la patrie.

Wallon d’origine (il était né à Barchon), Lucien Outers avait le cœur tourné vers la Franc

e. Ce n’est pas pour rien qu’il se retrouva en 1985 à Paris, en qualité de Délégué général de la Communauté française de Belgique.

Qui se souvient encore de cette « Lettre ouverte » qu’il adressa au Roi Baudouin et dans laquelle il explique que si, entre les composantes belges, il ne s’établit pas une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (…) la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

François Perin avait tenu un discours identique dans son essai « La Belgique au défi », publié en… 1962 :

Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions  centrales très simples (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Comme Lucien Outers, François Perin envisageait, à terme, une Wallonie devenue graduellement une région de France et soulignait la vocation internationale de Bruxelles.

Olivier Maingain est loin de tout cela. Pour lui, il s’agit de maintenir la structure fédérale de l’Etat, une structure dont le Parlement flamand s’est distancié dès 1999, en adoptant les fameuses résolutions d’inspiration confédérale, défendues principalement à l’époque par le parti démocrate-chrétien.

Aujourd’hui, la N-VA est devenue la première force politique du pays et son président, Bart De Wever, entend bien mettre ce projet confédéral sur la table des négociations au lendemain des prochaines élections législatives.

Dans sa « Lettre ouverte au Roi », Lucien Outers évoquait la nécessité de pouvoir discuter. Mais Olivier Maingain ne veut pas entendre parler de la N-VA, ni de ce confédéralisme qui reviendrait à placer Bruxelles sous la tutelle de la Flandre et de la Wallonie.

La Flandre, comme on le sait, a toujours été réticente au concept de « Bruxelles, région à part entière » et elle n’a pas abandonné l’espoir de la voir tomber à terme dans son escarcelle.

Nous achèterons Bruxelles ! avait lâché un jour le ministre-président flamand CVP Gaston Geens. Pour y parvenir, Bart De Wever, propose que chaque habitant de Bruxelles choisisse librement, indépendamment de sa langue ou de son origine, entre la Flandre et la Wallonie pour ce qui concerne les matières dites communautaires : l’impôt des personnes, le système de sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, l’immigration et l’intégration.

Mais la menace n’existe pas que pour Bruxelles.  Comme vient de le rappeler Olivier Chastel, le président du MR : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie.

Privée des quelque 7 milliards d’euros que la Flandre lui transfère chaque année, la Wallonie ne manquerait pas d’être confrontée à une situation budgétaire intenable, qui l’obligerait à se serrer douloureusement la ceinture. Cela déboucherait sur un climat quasi révolutionnaire, avertit Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Pourtant, Olivier Chastel souhaite la reconduction de la coalition suédoise. Cela suppose donc qu’il est disposé à négocier avec la N-VA la mise sur pied de ce système confédéral.

Le président du PS, Elio Di Rupo, appelle de ses vœux la formation d’une coalition avec Ecolo et Défi. Exit le PTB qui, à ses yeux, n’est pas prêt à prendre ses responsabilités. Mais il reste prudent, en ajoutant : Cela dépendra du choix des citoyens.

Si l’on se base sur les résultats du dernier Baromètre politique, une coalition PS-PTB-Ecolo serait créditée de 49,4%, contre 42,5% pour une coalition PS-Ecolo-DéFi. La différence est sensible !

En portant son choix sur DéFi, Elio Di Rupo inscrit donc ce parti dans la mouvance de gauche, dite progressiste. Olivier Maingain préfère, quant à lui, parler de libéralisme social.

Olivier Maingain ne s’est pas privé de dénoncer les affaires qui ont secoué le monde politique ces derniers temps, et qui ont principalement touché le PS. Il n’ignore pas non plus que la situation difficile de la Wallonie est due en grande partie à la mainmise socialiste. De 1985 à 2017, la ministre-présidence de la Région a en effet été confiée, de façon  quasi ininterrompue, au PS.

Voilà les divers choix qui se présentent à Olivier Maingain, tant au niveau fédéral que régional.

Mais il doit prendre conscience que la détermination qu’il affiche aujourd’hui n’empêchera pas la Nation Flandre de poursuivre la route qu’elle s’est fixée.  Comme l’a rappelé François Perin dans son interview-testament, en 2011 : D’étape en étape, le mouvement a gagné sur toute la ligne.

Une chose est sûre : au lendemain du 26 mai 2019, la formation d’un nouveau gouvernement belge relèvera de la quadrature du cercle. Informateurs, médiateurs, démineurs se succèderont dans un ballet infernal. Au final, le roi pourrait se retrouver nu.