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Et si Willy Borsus incarnait l’héritage de Jean Gol ?

Jules Gheude, essayiste politique (1)

A  sept mois des élections législatives et régionales, un think task ne devrait-il p as déjà être à la manœuvre pour préparer une échéance qui apparaît de plus en plus inéluctable : celle où la Belgique se retrouve dans une voie sans issue ?

Depuis le vote par son Parlement en 1999 des fameuses résolutions, la Flandre a clairement fait savoir qu’elle considérait le fédéralisme comme dépassé. Les responsables francophones n’ont pas saisi ou plutôt n’ont pas voulu saisir l’importance de cette évolution.  Car ils savent que, sans la solidarité interrégionale, l’avenir du pays, et par le fait même le leur,  est bel et bien compromis.

« Demandeurs de rien », ils ont finalement dû se résoudre à accepter de nouvelles avancées institutionnelles, qui n’ont fait que compliquer, voire rendre impossible, le processus de décision politique. Aujourd’hui, d’aucuns proposent de rectifier le tir en refédéralisant certaines compétences. Mais  pour le CD&V et la N-VA, il ne peut être question de faire marche arrière.

Il apparaît  qu’un nouveau gouvernement belge ne pourra voir le jour sans une négociation aboutie sur le confédéralisme, dont il convient de rappeler en quoi il consiste : la maison Belgique se voit privée de l’essentiel de ses meubles, lesquels vont à la Flandre et à la Wallonie, chaque Bruxellois étant invité à choisir, entre celles-ci, la manière dont il entend être traité pour la gestion des compétences « personnalisables » : impôt des personnes, sécurité sociale, aide sociale, immigration et intégration.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la Flandre ne tarderait pas à considérer la coquille vide belge comme totalement superflue. Bye bye Belgium !

Avec la disparition programmée des transferts financiers en provenance de la Flandre (quelque 7 milliards d’euros), il est clair que la Wallonie connaîtra une situation budgétaire intenable. Une situation qui s’aggraverait encore si la dette publique belge devait être partagée. Jules Gazon, professeur émérite d’Economie de l’Université de Liège, prédit un climat quasi révolutionnaire : Une diminution de 25% s’imposerait. Cela signifie qu’on devrait lourdement élaguer dans les allocations et les salaires de la fonction publique. Cela affaiblirait la demande intérieure et rendrait une relance économique encore plus difficile.

Bruxellois avant tout, le président de DéFi, Olivier Maingain, ne veut pas entendre parler d’une réforme qui aboutirait à la cogestion de la Région-Capitale. Mais sa volonté de sauvegarder à tout prix  la Belgique se heurte à ce qu’écrivait son mentor, Lucien Outers, dans une « Lettre ouverte au Roi », publiée dans les années 80 : A défaut de cette volonté de dialogue, la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Constat lucide. Comme était lucide également François Perin lorsqu’il décrivait, en 1983, dans un article du « Pourquoi Pas ? », la manière dont la Flandre s’y prendrait pour proclamer unilatéralement son indépendance. Jean Gol, alors Vice-Premier ministre, lui avait adressé le petit mot manuscrit suivant : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie, digne, raisonnable et dans l’ordre.

Pas plus qu’une Wallonie indépendante, un WalloBrux ne tiendrait  la route. Interrogés à ce sujet, 68% des Bruxellois déclarent d’ailleurs -préférer un statut autonome.

A plusieurs reprises, Jean Gol m’a confié que son cœur battait en direction de l’Hexagone. François Perin le savait également. C’est pourquoi il craqua littéralement lors de l’éloge funèbre qu’il rendit à son ancien « compagnon de route », en septembre 1995 : Il était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de dislocation de la Belgique. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !

Le Centre d’études du MR porte aujourd’hui le nom de Jean Gol. Mais que reste-t-il vraiment de son message ? Réaliste, François Perin avait lâché : Jean Gol est mort, hélas ! Et le testament des morts, vous savez, on s’assied dessus.

A l’instar du général de Gaulle, Jean Gol était convaincu que l’avenir wallon ne pouvait se situer qu’en France. Il rencontra un jour à Paris Paul-Henry Gendebien, qui était alors Délégué général de la Communauté française en France et qui raconte : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la anation belge ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il ajouta, et ceci compta, ce que j’avais déjà deviné sans difficulté, à savoir que notre avenir (…) serait français. (…) En manipulant (…) un certain nombre d’hypothèses, nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. Sa férocité se déchaîna quand nous évoquâmes ceux de ses amis politiques qu’il faudrait recaser à l’Assemblée nationale. « De toute manière, ajouta-t-til, ils seront fiers de porter l’écharpe tricolore, et quelques décorations feront le reste… ». Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt. Dans la semaine qui suivit, j’appris de bonne source que Jean Gol avait eu – ce jour-là et le lendemain – des rencontres qui n’étaient pas pour rien dans la politique française.

Lors du débat pour l’élection à la présidence du MR en 2011, Charles Michel titilla son challenger, Danier Bacquelaine, à propos de son penchant réunioniste : Je ne tiens pas à dépendre d’un préfet corse ou breton !

Mais, contrairement à ce que beaucoup pensent ou craignent, les Wallons ne devraient pas se mettre nus devant Marianne pour revêtir l’uniforme français. Comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie » dans la Constitution française. La Wallonie pourrait ainsi conserver ses acquis (organes d’auto-administration et compétences, lesquelles pourraient même être élargies puisque la Communauté française aurait de facto cessé d’exister). Quant à l’ex-droit fédéral belge, il serait maintenu, sauf exceptions, et placé sous la responsabilité du législateur français. Le système de sécurité sociale serait ainsi adossé au système français.

Par ailleurs, cette intégration-autonomie offrirait le double avantage suivant : la Wallonie continuerait à faire partie de l’Union européenne et c’est la France qui, en son nom, négocierait les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette publique.

Tout cela se fera d’une manière absolument démocratique, via un référendum organisé tant en France qu’en Wallonie. Rien ne sera donc imposé.

S’adressant à son ministre Alain Peyrefitte en 1967, le président Charles de Gaulle avait déclaré : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Lors des Fêtes de Wallonie, le ministre-président Willy Borsus a évoqué une Wallonie nouvelle. Pourquoi n’incarnerait-il pas l’héritage de Jean Gol en prenant, dès à présent, l’initiative d’un groupe de travail wallo-français pour baliser une route qui s’avèrera de toute façon incontournable ?

(1) Derniers livres parus : « François Perin –Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes, Mon Petit Editeur, 2016.

 

 

 

 

Jean Gol, Lucien Outers… Des testaments oubliés

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jean Gol et Lucien Outers ont tous deux joué un rôle essentiel au sein de leurs formations respectives, le MR et le FDF.  Le Centre d’études du MR porte d’ailleurs le nom de Jean Gol.

Mais que reste-t-il vraiment de l’héritage des deux hommes ?

Lors du débat pour la présidence du MR en 2011, Charles Michel titilla son challenger Daniel Bacquelaine à propos de son penchant rattachiste, un penchant que partageait pourtant Jean Gol.

Celui-ci connaissait les liens étroits que j’avais avec François Perin et, à de multiples reprises, il me posa la question : « Que pense en ce moment le maître ? ».

Je possède le petit mot manuscrit qu’il adressa à François Perin en 1983, suite à l’article que ce dernier avait écrit pour « Pourquoi Pas ? » et dans lequel, 23 ans avant le « Bye bye Belgium » de la RTBF, il décrivait par le menu la manière dont la Flandre finirait par proclamer son indépendance : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement – il était alors Vice-Premier ministre – en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance (…).

François Perin savait que Jean Gol avait le cœur tourné vers la France. C’est la raison pour laquelle il craqua littéralement en prononçant son éloge funèbre au cimetière de Robermont. Il expliqua plus tard : Il était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de la dislocation de la Belgique. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !

Il savait aussi que le parti réformateur ne poursuivrait pas dans cette voie : Jean Gol est mort, hélas ! Et le testament des morts, vous savez, on s’assied dessus…

Intéressant également est le témoignage apporté par Paul-Henry Gendebien à propos de l’entrevue qu’il eut avec Jean Gol à Paris, alors qu’il était Délégué général de la Communauté française de Belgique : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il ajouta, et ceci compta, ce que j’avais déjà deviné sans difficulté : à savoir que notre avenir (…) serait français. (…) En manipulant (…) un certain nombre d’hypothèses, nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. (…) Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt. Dans la semaine qui suivit, j’appris de bonne source que Jean Gol avait eu – ce jour-là et le lendemain – des rencontres qui n’étaient pas rien dans la politique française.

Lucien Outers laissa, lui aussi, un testament politique sous la forme d’une « Lettre ouverte au Roi », dans laquelle il prônait une discussion pour établir entre les composantes une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun. A défaut de cette volonté de dialogue la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Olivier Maingain a été profondément marqué par Lucien Outers, dont il partage l’élocution élégante, voire un peu précieuse. Mais incarne-t-il bien aujourd’hui l’héritage de son mentor ?

Dans son discours des Fêtes de Wallonie, le ministre-président Willy Borsus a évoqué une Wallonie nouvelle.

Ce n’est ni dans une structure confédérale ni avec un scénario indépendant, que cette Wallonie nouvelle verra le jour, mais bien au sein de la France, via un statut propre, tel que le décrit le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région.

 

Les organes d’auto-administration de la Wallonie pourraient ainsi subsister,  de même que ses compétences, qui seraient même élargies, puisque la Communauté française aurait cessé d’exister. Quant à l’ex-droit fédéral belge, il continuerait, sauf exceptions, à être d’application sous la responsabilité du législateur français.

 

Le délai, écrivait Jean Gol en 1983, est sans doute un peu plus long. Au lendemain des élections de mai 2019, l’échéance risque d’être au-rendez-vous !

 

Il est donc temps que les responsables politiques wallon ôtent leurs œillères. Car il y va, non pas de leurs ambitions personnelles, mais bien de la prospérité des Wallons. Des Wallons qui, comme l’a déclaré Charles de Gaulle en 1967, retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

 

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

L’avenir de la Wallonie n’est ni dans l’indépendance ni dans un confédéralisme belge

On trouvera ici la version française de l’article de Jules Gheude publié sur le site de « Knack » :

https://www.knack.be/nieuws/belgie/toekomst-van-wallonie-ligt-niet-in-onafhankelijkheid-of-een-belgisch-confederalisme/article-opinion-1198725.html

En 2011, Elio Di Rupo exprimait sa satisfaction. Il avait dénoué la plus longue crise belge et ainsi, pensait-il, sauvé le pays.

Pour parvenir à ce résultat, il avait dû renier sa promesse – qui était aussi celle des autres présidents de parti francophones : BHV était scindé… sans extension territoriale de Bruxelles.

La sixième réforme de l’Etat n’a fait que complexifier le processus de décision belge. Pour Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal français « Libération », le constat est sans appel : Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons (…) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. Récemment, le chef de la diplomatie, Stef Blok, a également reconnu que la Belgique était invivable.

Certaines personnalités de l’Open VLD, du MR et du CDH plaident aujourd’hui en faveur d’une refédéralisation de certaines compétences. Mais les partis flamingants – du Vlaams Belans à la N-VA en passant par le CD&V – se sont empressés de fermer la porte : pas question de faire marche arrière.

Tout indique que la gauche retrouvera le pouvoir en Wallonie au lendemain des élections du 26 mai 2019. C’est ce qu’attend Bart De Wever, le président de la N-VA, pour mettre son projet confédéral sur la table.

Si les francophones le rejettent, la formation d’un nouveau gouverenement belge sera impossible. Or, qu’est-ce qu’un pays sans gouvernement, si ce n’est un pays qui n’existe pas…

François Perin avait annoncé ce scénario dès 1981 : Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver. Après d’interminables négociations, le malheureux chef de l’Etat se mettre à courir après un gouvernement introuvable. Le pays peut imploser. Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclmaer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons seront alors contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée.

Dans une structure confédérale, la Wallonie devra aussi tirer son plan toute seule. Comme vient de la rappeler Olivier Chastel : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie

Si la Wallonie se voit retirer les quelque 7 milliards que la Flandre lui verse chaque année, elle se trouvera dans une situation budgétaire intenable qui l’obligera à se serrer douloureusement la ceinture. Cela pourra engendrer un climat quasi révolutionnaire, prévient Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Mais le confédéralisme ne sauverait la Belgique que pour peu de temps, car la coquille belge vide apparaîtrait très vite comme superflue.

En fait, Elio Di Rupo n’a que faire de la survie du royaume. Seul le pouvoir importe pour lui. Mais cette fois, il est confronté à un défi crucial, car ses ambitions politiques pourraient conduire à un bain de sang social.

Feu Lucien Outers, qui a joué un grand rôle dans l’histoire du FDF et qui a fortement influencé Olivier Maingain, a écrit, dans les années quatre-vingts, une « Lettre ouverte au Roi ». Il y plaide en faveur d’une discussion pour établir entre les composantes une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun. A défaut de cette volonté de dialogue ; la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vue d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Olivier Maingain doit relire ce passage, lui qui s’accroche désespérément à un fédéralisme que la Flandre a jugé dépassé depuis longtemps (voir les résolutions confédérales adoptées par le Parlement flamand en 1999).

La prospérité de la population wallonne ne viendra ni d’un confédéralisme belge ni d’un statut indépendant. Le président de Gaulle en était intimement convaincu : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation. La fierté de leur langue et de leur culture. Le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humanitaires.

Ce scénario présente encore deux avantages non négligeables. Une Wallonie intégrée en France resterait de facto dans l’Union européenne. Et c’est à la France qu’il reviendrait de négocier avec la Flandre et Bruxelles les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette.

Certes, cela aurait un impact financier pour la France. Mais pas de quoi inquiéter Bercy. La reprise des transferts flamands coûterait moins cher que la suppression de la taxe d’habitation. A cet égard, Jaques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, avait écrit sur son blog, le 9 septembre 2009 : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait.

Le jour où la classe politique wallonne ôtera ses œillères, un avenir prometteur s’offrira à la Wallonie.

 

Certificats verts: le mécanisme sera maintenu, sans nouvelle taxe ou hausse de factures

« Le Vif », Belga, 17 septembre 2018

Le gouvernement wallon s’est finalement accordé, lundi matin, en première lecture, sur le maintien du mécanisme des certificats verts pour les anciens et les nouveaux projets, sans nouvelle taxe ni augmentation de factures mais avec une modification du taux et de la durée d’octroi.

C’est par ailleurs BNP Paribas Fortis qui assurera le financement de la dette liée au système, a annoncé le ministre wallon de l’Energie, Jean-Luc Crucke (MR).

Parallèlement, une proposition de transaction à l’amiable va être proposée aux 11.000 ‘prosumers’ ayant introduit un recours au civil contre la Région wallonne en raison de certificats verts limités à 10 ans, le retour aux 15 ans n’étant, lui, pas à l’ordre du jour.

« Pour avancer vers une solution à l’amiable, il faut une suspension de l’agenda judiciaire. On ne négocie pas avec des kalachnikovs sur la table », a indiqué à ce propos Jean-Luc Crucke en se félicitant par ailleurs de la réponse « simple, juste, globale et définitive » apportée au dossier des certificats verts.

Des visionnaires et des autres

Jules Gheude

Lucien Outers

François Perin

 

 

 

 

 

 

Feu Lucien Outers a compté beaucoup dans l’existence du FDF. Admirateur de Racine, du cardinal de Retz et de Chateaubriand, il mettait un point d’honneur à s’exprimer dans un français élégant, souvent précieux. Nul doute qu’il a exercé une forte influence sur Olivier Maingain.

Mais ce dernier tient à la Belgique, alors que son modèle, dans « Le Divorce belge », publié en 1968, tenait un tout autre discour

s : Ma colère, je la réserve  à ceux  qui, par aveuglement ou par intérêt, veulent nier ce qui fait l’originalité de nos deux peuples, leurs richesses propres et leurs virtualités profondes, dans un amalgame interne qu’ils appellent la patrie.

Wallon d’origine (il était né à Barchon), Lucien Outers avait le cœur tourné vers la Franc

e. Ce n’est pas pour rien qu’il se retrouva en 1985 à Paris, en qualité de Délégué général de la Communauté française de Belgique.

Qui se souvient encore de cette « Lettre ouverte » qu’il adressa au Roi Baudouin et dans laquelle il explique que si, entre les composantes belges, il ne s’établit pas une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (…) la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

François Perin avait tenu un discours identique dans son essai « La Belgique au défi », publié en… 1962 :

Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions  centrales très simples (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Comme Lucien Outers, François Perin envisageait, à terme, une Wallonie devenue graduellement une région de France et soulignait la vocation internationale de Bruxelles.

Olivier Maingain est loin de tout cela. Pour lui, il s’agit de maintenir la structure fédérale de l’Etat, une structure dont le Parlement flamand s’est distancié dès 1999, en adoptant les fameuses résolutions d’inspiration confédérale, défendues principalement à l’époque par le parti démocrate-chrétien.

Aujourd’hui, la N-VA est devenue la première force politique du pays et son président, Bart De Wever, entend bien mettre ce projet confédéral sur la table des négociations au lendemain des prochaines élections législatives.

Dans sa « Lettre ouverte au Roi », Lucien Outers évoquait la nécessité de pouvoir discuter. Mais Olivier Maingain ne veut pas entendre parler de la N-VA, ni de ce confédéralisme qui reviendrait à placer Bruxelles sous la tutelle de la Flandre et de la Wallonie.

La Flandre, comme on le sait, a toujours été réticente au concept de « Bruxelles, région à part entière » et elle n’a pas abandonné l’espoir de la voir tomber à terme dans son escarcelle.

Nous achèterons Bruxelles ! avait lâché un jour le ministre-président flamand CVP Gaston Geens. Pour y parvenir, Bart De Wever, propose que chaque habitant de Bruxelles choisisse librement, indépendamment de sa langue ou de son origine, entre la Flandre et la Wallonie pour ce qui concerne les matières dites communautaires : l’impôt des personnes, le système de sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, l’immigration et l’intégration.

Mais la menace n’existe pas que pour Bruxelles.  Comme vient de le rappeler Olivier Chastel, le président du MR : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie.

Privée des quelque 7 milliards d’euros que la Flandre lui transfère chaque année, la Wallonie ne manquerait pas d’être confrontée à une situation budgétaire intenable, qui l’obligerait à se serrer douloureusement la ceinture. Cela déboucherait sur un climat quasi révolutionnaire, avertit Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Pourtant, Olivier Chastel souhaite la reconduction de la coalition suédoise. Cela suppose donc qu’il est disposé à négocier avec la N-VA la mise sur pied de ce système confédéral.

Le président du PS, Elio Di Rupo, appelle de ses vœux la formation d’une coalition avec Ecolo et Défi. Exit le PTB qui, à ses yeux, n’est pas prêt à prendre ses responsabilités. Mais il reste prudent, en ajoutant : Cela dépendra du choix des citoyens.

Si l’on se base sur les résultats du dernier Baromètre politique, une coalition PS-PTB-Ecolo serait créditée de 49,4%, contre 42,5% pour une coalition PS-Ecolo-DéFi. La différence est sensible !

En portant son choix sur DéFi, Elio Di Rupo inscrit donc ce parti dans la mouvance de gauche, dite progressiste. Olivier Maingain préfère, quant à lui, parler de libéralisme social.

Olivier Maingain ne s’est pas privé de dénoncer les affaires qui ont secoué le monde politique ces derniers temps, et qui ont principalement touché le PS. Il n’ignore pas non plus que la situation difficile de la Wallonie est due en grande partie à la mainmise socialiste. De 1985 à 2017, la ministre-présidence de la Région a en effet été confiée, de façon  quasi ininterrompue, au PS.

Voilà les divers choix qui se présentent à Olivier Maingain, tant au niveau fédéral que régional.

Mais il doit prendre conscience que la détermination qu’il affiche aujourd’hui n’empêchera pas la Nation Flandre de poursuivre la route qu’elle s’est fixée.  Comme l’a rappelé François Perin dans son interview-testament, en 2011 : D’étape en étape, le mouvement a gagné sur toute la ligne.

Une chose est sûre : au lendemain du 26 mai 2019, la formation d’un nouveau gouvernement belge relèvera de la quadrature du cercle. Informateurs, médiateurs, démineurs se succèderont dans un ballet infernal. Au final, le roi pourrait se retrouver nu.

 

 

Les candidats aux élections communales profiteront des Fêtes de Wallonie pour se faire voir et vendre leur marchandise

RTBF-Info, 28 août 2018

Jules Gheude – © RTBF

Les candidats aux élections communales profiteront des Fêtes de Wallonie pour se faire voir et vendre leur marchandise. Le ministre-président wallon et le président du Parlement wallon saisiront l’occasion pour mettre en avant les changements opérés depuis un an par la nouvelle majorité et en appeler à la fierté collective. Le Chant des Wallons sera entonné à pleins poumons, le péket coulera à flots et l’on rira de bon cœur aux vannes du curé distillées lors de la traditionnelle messe en wallon, avant de se séparer sur l’air du Bia bouquet.

Il est vrai que l’humour du curé lui permet aussi d’asséner quelques vérités brutales et de dénoncer les travers d’une société trop souvent égoïste et aveugle.

Mes d’jins, si vous saviez !

Il paraît, selon les analyses de l’Iweps (Institut wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique), que les Wallons se sentent avant tout belges et que 93% d’entre eux sont farouchement opposés à la séparation du pays.

Présent dans l’assemblée, à titre d’invité officiel, le ministre-président flamand N-VA ne peut s’empêcher d’afficher un léger sourire. Il sait, lui, que ses six millions de concitoyens constituent une véritable nation, qui verse chaque année à la Wallonie quelque 7 milliards d’euros. Et il se dit en lui-même : Profitez-en bien, les petits, car l’extinction de ces transferts est programmée. Comme est aussi programmée, pour la N-VA, l’émergence d’une République flamande souveraine (article 1er des statuts).

Les responsables politiques francophones se gardent bien d’aborder le sujet. En 1999, lorsque le Parlement flamand a approuvé les fameuses résolutions d’inspiration confédérale, ils n’ont d’ailleurs pas saisi l’importance de l’événement. Tout se passe, dans leur esprit, comme si la Belgique fédérale était vouée à l’éternité. D’aucuns proposent même aujourd’hui de ramener certaines compétences dans le giron de l’Etat central. Ils appellent cela refédéraliser. Car il est vrai que les six réformes de la Constitution opérées depuis 1970 ont rendu le mille-feuille institutionnel indigeste, voire immangeable.

Mes d’jins ! Savez-vous exactement ce qu’est le confédéralisme ? Non, ce n’est pas le fédéralisme des cons, comme l’a un jour défini Francis Delpérée. C’est une manière d’aller au séparatisme en toute légèreté. Pas de révolution, mais un processus évolutif, pour reprendre les termes de Bart De Wever, le président de la N-VA.

On ne va pas démolir directement la baraque belge. On va d’abord la dépouiller de l’essentiel de ses meubles pour les confier à deux propriétaires, Monsieur Flandre et Madame Wallonie, entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir le régime qu’il souhaite pour ses formalités « personnalisables » : impôt des personnes, régime de sécurité sociale, etc.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre la suite : la baraque belge ne servant plus à rien, autant la dynamiter !

En prononçant son discours aux Fêtes de Wallonie, Willy Borsus, le ministre-président wallon ne pourra s’empêcher de songer à l’an prochain. Car si les sondages actuels se confirment, il y a de fortes chances pour que le discours 2019 soit confié à un(e) socialiste !

Au lendemain des élections du 26 mai 2019, Elio Di Rupo s’empressera de constituer une coalition de gauche avec le PTB et Ecolo (peut-être même avec DéFi…), tandis qu’informateurs, médiateurs, conciliateurs et autre démineurs se succéderont en un ballet sans fin. En 2010, le cirque a duré 541 jours !

La mise sur pied d’une coalition de gauche en Wallonie sera du pain bénit pour Bart De Wever. Elle reflètera, en effet, sa définition de la Belgique : Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties. Aussi, en fin stratège qu’il est, attendra-t-il patiemment que les négociations s’embourbent pour mettre le dossier du confédéralisme sur la table. Pour ce faire, il pourra compter sur le soutien du CD&V, dont le président Wouter Beke a confié, en 2007, au journal québécois « Le Devoir » : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Toute la question est là : le PS finira-t-il par lâcher du lest ? Si l’on en juge par les épisodes précédents (le lâchage de José Happart et le maintien des Fourons en Flandre en 1988 ; les concessions que l’on se refusait d’envisager et que l’on finit par faire en 2001 en échange d’un maigre refinancement de la Communauté française ; la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension territoriale de Bruxelles en 2012), la chose n’est pas à exclure.

Comme l’a fort justement écrit Paul-Henry Gendebien dans son livre « Belgique – Le dernier quart d’heure » en 2006 : « On n’entendit plus les matamores se proclamant ‘non-demandeurs’. (…) La barricade francophone était en papier mâché. »

Elio Di Rupo, Paul Magnette et consorts n’ignorent toutefois pas que, privée des transferts financiers en provenance de Flandre, la Wallonie serait confrontée à une situation budgétaire intenable, qui l’obligerait à se serrer drastiquement la ceinture.

Professeur d’économie émérite de l’Université de Liège, Jules Gazon s’est penché sur le cas d’une Wallonie livrée à elle-même. Son constat est sans appel :  La seule solution serait une diminution drastique des dépenses publiques wallonnes. Une diminution de 25% s’imposerait. Cela signifie qu’on devrait lourdement élaguer dans les allocations et les salaires de la fonction publique. Dans un tel cas de figure, un climat quasi révolutionnaire naîtrait en Wallonie. Des allocations et des salaires plus bas pour le personnel de l’Etat affaibliraient la demande intérieure wallonne, ce qui rendrait une relance économique encore plus difficile. 

Mes d’jins, si vous saviez !

Pour sauver, de façon éphémère, la cadre belge et revenir quelque temps au pouvoir, Elio Di Rupo prendra-t-il ce risque ? Ou, se souvenant des propos tenus jadis par le général de Gaulle – J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons – , estimera-t-il que le moment est enfin venu de prendre langue avec les autorités françaises pour négocier un statut d’intégration-autonomie ?

Jules Gheude est essayiste politique. Depuis 2010, il anime le Gewif (Centre d’étude pour la Wallonie intégrée à la France).

Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes » (Mon Petit Editeur, Paris, 2016). La version néerlandaise de ce livre est parue chez « Doorbraak.Boeken » : « Waals Testament – Ongemakkelijke waarheden over de toekomst van België » avec une préface de Bart Maddens (KU Leuven).

 

Fossé Flandre-Wallonie

Jules Gheude

Conscient que l’hypertrophie politico-administrative constitue l’un des maux majeurs de la Région, le gouvernement wallon MR-CDH prend des mesures pour y remédier. Il a ainsi diminué de 10% la composition des cabinets ministériels. Ces derniers restent toutefois les plus fournis du pays.

On peut  s’interroger sur la différence sensible qui existe toujours entre le Nord et le Sud. Pourquoi un ministre wallon a-t-il besoin de 47 conseillers, alors que son homologue flamand se satisfait de 29 ?

Surtout lorsque l’on sait qu’en termes de performance économique, il n’y a pas photo entre les deux Régions : selon les statistiques de la Banque nationale, les exportations flamandes pour 2017 s’élèvent à 217,2 milliards d’euros, contre 45,5 milliards pour la Wallonie. Rappelons que ces statistiques sont établies au départ des entreprises. Elles ne prennent donc pas le port d’Anvers et l’aéroport de Zaventem comme critères. Même si le secteur diamantaire représente quelque 55% des exportations flamandes, le fossé reste béant entre le Nord et le Sud.

 

La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée

Jules Gheude, Essayiste politique, OPINION

Le Vif 25/08/18 à 11:16 – Mise à jour à 11:22

La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée

La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée. Ce n’est pas nous qui le disons, mais Luc Van der Kelen, l’ancien éditorialiste de  » Het Laatste Nieuws « , dans une opinion publiée sur Knack.

Bien qu’il soit aujourd’hui conseiller politique de B-Plus, cette association dont on connaît l’attachement à la Belgique, Luc Van der Kelen est conscient que la situation belge est extrêmement précaire : « Le problème en Belgique est en effet que la stabilité semble exister, mais qu’à chaque moment elle peut disparaître. En général, nous réglons cela avec une réforme de l’Etat, mais même cette merveilleuse méthode belge a ses limites. À un moment donné, il n’y aura en effet plus rien à réformer, parce que tout paraîtra avoir déjà été réformé. Nous approchons de ce stade à grands pas. »

En 2010, la crise politique belge a duré 541 jours. Ceux qui se présentaient alors comme « demandeurs de rien » ont finalement accepté une sixième réforme de l’Etat, qui n’a fait que rendre le processus de décision plus complexe, voire, dans certains cas, impossible. Le 28 avril 2016, Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal « Libération », constatait que « cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et le détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. »

A l’Open VLD, au MR et au CDH, des voix s’élèvent aujourd’hui pour souhaiter la refédéralisation de certaines compétences, dans un but de plus grande efficacité. Mais Luc Van der Kelen est formel : « Aujourd’hui, la chance est faible pour de grandes réformes administratives. Même pour la refédéralisation de certaines compétences, comme le commerce extérieur, ou pour l’introduction d’une circonscription électorale fédérale, ce qu’une organisation comme B-Plus continue de défendre. En Flandre, les partis flamingants, du Vlaams Belang à la N-VA en passant par le CD&V, n’y sont pas favorables. On trouve juste quelques voix positives chez les Jeunes CD&V. »

Telle est, en effet, la réalité ! Aussi est-il vain de mener des combats d’arrière-garde, comme le fait, par exemple, Philippe Van Parijs (lui aussi membre de B-Plus) en proposant de diviser la Belgique en quatre régions (une flamande, une wallonne, une bruxelloise et une germanophone), avec l’usage de l’anglais comme trait d’union.

Luc Van der Kelen parle des partis flamingants. Il n’ignore pas que ceux-ci éprouvent une aversion profonde pour Bruxelles, région à part entière.

Luc Van der Kelen souligne aussi la position forte de la N-VA. Pour son président, Bart de Wever, Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties. Aussi veut-il que cet état de fait se reflète dans un projet confédéral : un niveau belge réduit à sa plus simple expression, avec deux Etats – la Flandre et la Wallonie – entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir pour ce qui concerne les matières dites communautaires: impôt des personnes, système de sécurité sociale,… Bref, une Belgique transformée en coquille vide et qui ne manquerait pas d’apparaître très vite comme superflue.

Le projet confédéral de Bart de Wever: une Belgique transformée en coquille vide et qui ne manquerait pas d’apparaître très vite comme superflue.

N’oublions jamais que l’idée confédéraliste a été lancée, au début des années 90, par le ministre-président flamand Luc Van den Brande (un démocrate-chrétien) et qu’elle a été approuvée par le Parlement flamand en 1999. Comment le président du CD&V, Wouter Beke, pourrait-il aujourd’hui ne pas appuyer cette réforme, lui qui, le 22 septembre 2007, avait déclaré au journal québécois « Le Devoir » : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. »Voilà qui a le mérite de la clarté !

Luc Van der Kelen aborde alors le point crucial. Si les négociations aboutissent à une impasse, s’il y a peu d’alternatives, Bart De Wever peut mettre le confédéralisme sur la table. Le PS bloquera-t-il à nouveau ?

Aujourd’hui, Elio Di Rupo ne veut rien savoir de ce confédéralisme. Mais il était aussi contre la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, sans extension de Bruxelles. On sait ce qu’il en est advenu.

S’il analyse les sondages, Elio Di Rupo sait que le PS a de grandes chances de revenir au pouvoir wallon au lendemain des élections de l’an prochain. Luc Van der Kelen semble, lui aussi, convaincu de la chose : Si le MR (…) ne parvient pas à capitaliser sur sa position exceptionnelle, alors la coalition fédérale ne pourra conserver sa majorité et le gouvernement wallon risque de prendre la forme d’une coalition de gauche. (…) Pour Magnette, Di Rupo et consorts (…) le niveau fédéral arrive à une place secondaire. Gouverner dans sa propre région est primordial.

Mais Elio Di Rupo sait aussi que la Wallonie devra tirer son plan toute seule. L’extinction progressive des transferts financiers en provenance de Flandre – quelque 7 milliards d’euros – est, en effet, programmée. Une situation qui deviendra vite intenable pour la Wallonie et qui l’amènera à se serrer la ceinture.

En 1981, François Perin avait prédit cette évolution : Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant, contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée.

Dans l’esprit de la N-VA, le confédéralisme devrait être la dernière étape avant le séparatisme. L’article 1er de ses statuts évoque clairement l’émergence d’une République flamande souveraine.

Tenter de maintenir la Belgique par de nouvelles discussions interminables, serait donc insensé. Puisque la mort du royaume est programmée, passons directement à la phase finale! François Perin se plaisait à répéter : Le mort est mort et bien mort, mais on ne veut pas voir qu’il est mort !

Nous avons déjà eu l’occasion d’expliquer comment nous envisagions l’avenir de la Wallonie. Comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus, il serait parfaitement possible d’insérer dans la Constitution française un statut particulier d’intégration-autonomie, qui permettrait de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur.

(1) Derniers ouvrages parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015 et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

Les artistes francophones n’existent-ils pas ?

Opinion publiée dans « La Libre » du 22 août 2018

OPINION

La Fédération Wallonie-Bruxelles et la ministre Greoli ont sélectionné et envoyé un duo de plasticiens flamands pour la biennale de Venise. Une discrimination et un déni des talents francophones.

Une opinion d’Albert Baronian, Michel Baudson, Carine Bienfait, Guillaume Bijl, Jean-Michel Botquin, Laurent Busine… Artistes, galeristes, directrices (eurs) de centres d’art, critiques, curatrices… (voir le liste complète ci-dessous)

En Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), les modalités de sélection des artistes pour la biennale de Venise, à chaque fois différentes mais toujours annoncées très tardivement, ont souvent suscité une certaine perplexité. Pour l’édition 2019, l’appel à candidatures, publié en mai dernier, stipulait qu’ »en écho à l’accord de coopération pour la Culture, établi entre la Communauté flamande et la Communauté française depuis 2013, le projet sélectionné sera le fruit de collaborations témoignant de la vivacité de la création et des synergies en Belgique« .

Fort bien. Cette clause a évidemment été respectée par les 13 candidats, en faisant par exemple appel à un commissaire du Nord du pays. Elle est apparue, pour quelques artistes néerlandophones, comme une invitation à participer à ce concours, alors que traditionnellement le pavillon belge est occupé par l’alternance des deux communautés – un des cas de partage équitable d’une institution nationale qui fonctionnait parfaitement bien, et sans exclure des collaborations de la FWB avec la Flandre.

Un choix discutable

Des questionnements et même la consternation ont suivi l’annonce du choix, avalisé par la ministre Alda Greoli, d’un duo de plasticiens flamands (qui ont choisi de vivre à Bruxelles) et de leur commissaire Anne-Claire Schmitz, directrice de La Loge, une ASBL dont les seules subventions publiques proviennent de Flanders State of the Art et de la Vlaamse Gemeenschapscommissie. Une représentation de la FWB par des artistes néerlandophones pouvait être une option de départ, politique ou diplomatique, quoique discutable et nous allons expliquer pourquoi; mais alors pourquoi ne pas l’annoncer clairement ? Cela afin d’éviter aux créateurs francophones de concevoir un ensemble d’œuvres spécifique, ce n’est pas rien, qui n’aura pas la possibilité d’une réalisation, et une perte de temps aux commissaires bien souvent à la tête d’institutions, auxquels un bulletin de type scolaire, avec pourcentage, a été envoyé.

Il est hors de question dans notre esprit d’incriminer le travail des lauréats, Jos de Gruyter et d’Harald Thys. Mais que la ministre choisisse d’octroyer à des artistes de la Communauté flamande 450 000 euros, la seule subvention importante, quadriennale donc, en FWB, a de quoi surprendre. L’espoir révélé d’une réciprocité, dans deux ans, reste bien évidemment hypothétique, semble même tenir de l’irréalisme politique. La FWB pourrait bien être absente pendant huit ans de la plus prestigieuse des manifestations internationales !

Loin de vouloir refuser des synergies avec la Flandre, nous nous réjouissons que dans le domaine artistique elles existent bel et bien et que s’exprime une réelle résistance aux désirs de régionalisation. Le souhait exprimé par Alda Greoli (LLB 18/07/2018), « additionner les expériences, par-delà les communautés« , se voyait, aussi, exaucé dans tous les projets proposés.

Il s’inscrit dans une lignée manifeste depuis quelques années dans certains pavillons à Venise, celle de considérer comme obsolète la représentation d’une identité nationale, pas d’étonnement donc au dépassement d’une frontière linguistique, qui aura fort peu de chance d’être remarqué. Mais cette tendance ne signifie pas l’absence de soutien aux artistes d’une nation, d’une région, ou le refus de leur donner la possibilité d’une visibilité mondiale. Le choix de la ministre pourrait même être entendu comme un aveu, celui qu’il n’y aurait pas en FWB d’artistes capables de soutenir l’enjeu de la biennale de Venise, qui est aussi, faut-il le rappeler, une compétition internationale. Jan Hoet ne déclarait-il pas, avec moins d’ironie qu’on ne pourrait le croire, que les artistes wallons n’existent pas ? Alda Greoli semble lui emboîter le pas. Tirons-en alors toutes les conséquences : en Communauté française, il n’y a pas d’artistes, les institutions culturelles et leurs responsables ne valent rien; les écoles d’art sont inutiles; les critiques et commissaires ne servent à rien; les journalistes culturels écrivent dans le vide; les galeristes vendent du vent à des collectionneurs naïfs ! Est-ce bien cela le message qu’adresse la ministre ?

Pas de méritocratie

Il y a pourtant, de manière incontestable, dans la belge francophonie (qui n’est décidément pas sans relation avec la Cacanie de Robert Musil, où « on se bornait à tenir les génies pour des paltoquets« ), quelques plasticiens dont la qualité du travail est largement reconnue et valorisée au-delà de nos frontières, parmi lesquels plusieurs ont soumis un dossier.

A titre d’exemple, il y a aussi une candidate au parcours international des plus prestigieux, à un moment très favorable de sa carrière, qui depuis toujours entretient des « synergies » nourries, non pas occasionnelles ou opportunistes, avec la Flandre, et qui a soumis une proposition basée sur des collaborations nationales et extra-nationales, soutenue par le Mac’s du Grand-Hornu et par le Smak de Gand. Selon l’un des membres du jury consultatif, « on ne fonctionne pas à la méritocratie« .

Et pourquoi pas, en l’absence de critères objectifs ? En fait c’est la procédure, celle d’un marché public, qui nous paraît inadéquate en matière d’art. De plus, dans un jury, il y a forcément des voix plus fortes, des affects, des amitiés et des inimitiés… La ministre a-t-elle seulement pris connaissance des dossiers les mieux défendus ? Elle n’a en tout cas pas pris la peine de rencontrer les participants les mieux notés. Cela signifierait-il que le choix final allait dans le sens qu’elle s’était fixé dès le départ ? Si elle a pris le temps pour rendre publique sa décision, c’est, procédé habituel en nos contrées, pour qu’elle soit annoncée en période de vacances et ainsi réduire les possibles protestations.

Si la FWB ne fonctionne pas « à la méritocratie« , c’est parce qu’elle considère sa participation à la biennale de Venise comme un « one shot » épisodique, et non comme la pierre angulaire d’une politique culturelle cohérente.

Pourquoi cette biennale ne pourrait-elle pas être une étape importante dans le parcours des artistes belges francophones, qu’il s’agisse d’une impulsion décisive ou d’une consécration ? Pourquoi privilégier un projet théorique au détriment d’un parcours artistique ? Pourquoi les critiques ne peuvent-ils pas mettre leur plume au service des projets éditoriaux menés à ces occasions ? Pourquoi les opérateurs culturels francophones (que la FWB subsidie pourtant et à qui elle impose légitimement des « quotas » d’artistes francophones) ne sont-ils jamais sollicités pour produire les projets vénitiens ?

Créer des rancœurs

La dernière fois, c’était au siècle passé… Pourtant, Venise est aussi une opportunité exceptionnelle pour les institutions d’accroître leur visibilité internationale et d’étoffer leurs réseaux professionnels – conditions importantes à l’exécution de leurs missions. La plupart des pays confient la production des expositions vénitiennes à une de leurs institutions, la Flandre aussi; seule la FWB s’obstine à faire le contraire… Venise devrait être l’occasion de fédérer tous les acteurs de la FWB, pas de les exclure comme le choix de la ministre le laisse croire ! Nous pensons qu’il s’agit d’une forme de discrimination, pire, d’un déni des talents en FWB, qui s’ajoute au manque de soutien à la création et à l’absence d’une véritable politique artistique (telle qu’elle existe en Flandre), et même d’une violence faite aux artistes actifs en Communauté française, ainsi qu’à tous ceux qui les soutiennent. Une occasion perdue, encore, et l’on se souviendra qu’en son temps, Marcel Broodthaers n’a pas été convié dans le pavillon belge… Conscients du risque que « l’ouverture à la Flandre » pourrait entraîner, celui de créer des rancœurs entre les communautés et les artistes, nous voulons aussi, par cette initiative nationale, clairement l’écarter.

Cette réflexion est également publiée dans « De Morgen ». Titre et sous-titres sont de la rédaction.

Signataires et fonctions: Albert Baronian (Galeriste), Michel Baudson (Curateur et critique), Carine Bienfait (Directrice JAP), Guillaume Bijl (Artiste. « Depuis 55 ans, je veux une sélection belge pour notre Biennale de Venise, maintenant et certainement à l’avenir. Je trouve la procédure actuelle ennuyeuse. J’aimerais aussi souhaiter à Jos et Harald beaucoup de succès à Venise. »), Jean-Michel Botquin (Critique), Laurent Busine (Curateur et critique), Catherine de Braekeleer (Directrice Centre de la Gravure et de l’Image imprimée), Herman Daled, Alain Declercq (Plasticien, fondateur et directeur artistique de la Space Collection), Sonia Dermience (Curatrice, fondatrice de Komplot), Hans De Wolf (Professeur VUB et curateur), Carine Fol (Directrice artistique Centrale for Contemporary Art), Denis Gielen (Directeur MAC’s), Luk Lambrecht (Beeldende kunst cc Strombeek & Museumcultuur Strombeek/Gent), Anaël Lejeune (Critique), Stella Lohaus (Directrice LLS Paleis), Catherine Mayeur (Professeur et critique), Lino Polegato (Fluxnews), Pierre-Olivier Rollin (Directeur BPS22), Dirk Snauwaert (Directeur Wiels), Philippe Van Cauteren (Directeur SMAK), Daniel Vander Gucht (Sociologue de l’art ULB et éditeur), Nadja Vilenne (Galeriste), Maïté Vissaux (Curatrice).