L’utopie de Claude Demelenne


Jules Gheude, essayiste politique (1) Jacques Lenain, ancien haut fonctionnaire français (2)

Dans sa tribune intitulée « La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ? », Claude Demelenne écrit : Dans un avenir prévisible, la Belgique ne va pas être scindée en deux Etats indépendants. L’exemple de la Catalogne a montré que l’Union européenne mettrait son veto. 

L’exemple catalan est mal choisi. La Catalogne, comme Etat, ne peut devenir membre de l’Union européenne sans l’accord de Madrid, une capitale espagnole qui existera toujours, avec un gouvernement espagnol qui existera toujours, pour une Espagne qui existera toujours, même avec la perte de la Catalogne.

Pour la Belgique, il en ira tout autrement. En cas d’impossibilité, devenue insurmontable, de constituer un gouvernement belge, il n’y aura plus de pouvoir à Bruxelles pour s’opposer à la fin de l’Etat belge, ni de capitale belge pour contester la reconnaissance de la Flandre. L’Union européenne se contentera de constater la fin de l’Etat belge, du fait du divorce belge, et d’intégrer un nouveau membre (ou deux, ou trois).

D’autre part, Claude Demelenne estime qu’il ne faut pas craindre le confédéralisme.  Tout, absolument tout, peut être scindé. La Justice, la Police, l’Asile, la Politique migratoire, la SNCB, la Poste, les établissements culturels et scientifiques fédéraux, la Santé publique dans son entièreté, le nucléaire… Pas de tabou. Même la sécurité sociale ? Oui, même la sécurité sociale. Il ajoute toutefois que, en cas de scission sèche, la région la moins riche, la Wallonie, sera à la peine. Des nouveaux mécanismes de solidarité seront à prévoir.

On peut donc satisfaire la Flandre en scindant presque tout, y compris, la sécurité sociale (fonds de commerce du PS !), mais en conservant la solidarité financière.

Pourquoi donc la Flandre continuerait-elle à financer durablement la Wallonie une fois qu’il n’y aurait plus d’institutions régaliennes et/ou sociales belges « communes » à financer ? Sauf, éventuellement, pour une courte période transitoire, en échange de l’abandon de Bruxelles à la Flandre. Et là, par contre, la Flandre pourrait continuer à financer Bruxelles, si celle-ci acceptait de soumettre à elle.

Un troisième point doit nous interpeller. Comment agiraient la Wallonie et la Flandre, au plan international et européen, alors que l’Etat belge n’existerait plus que fictivement ? Là aussi, au mieux, ce ne pourrait être qu’un montage de courte durée. Avec qui négocieraient et traiteraient les instances internationales et européennes, ainsi que les Etats souverains ? Ce serait la multiplication à l’infini des blocages, comme ce fut le cas pour le dossier CETA. Petit exemple : comment serait calculée, acceptée, partagée, versée, la contribution belge au budget de l’Union européenne ?

On connaît la formule : « La parlement anglais peut tout faire, sauf changer un homme en femme. » Mais le Parlement de Londres ne peut pas faire que l’on soit à la fois dans et en dehors de l’Union européenne. De même, le Parlement et la Constitution belges  ne peuvent faire que, pour la communauté internationale des Etats, la Flandre (ou la Wallonie, ou Bruxelles) puisse être considérée comme souveraine en même temps que l’Etat belge qui serait conservé et dont ladite Flandre continuerait à faire juridiquement partie !

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », Editions Mols, 2019

(2) Jacques Lenain est l’auteur d’une vaste étude « Belgique française » : http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/jacques-lenain

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