Belgique : tout cela était écrit dans les astres.

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Laisser des formations se présenter aux élections pour les entourer ensuite d’un cordon sanitaire relève du déni démocratique.

De même, il est choquant que des leaders indépendantistes catalans soient aujourd’hui incarcérés pour avoir proclamé, au départ d’une majorité absolue acquise légitimement, l’indépendance de leur région. Lorsqu’on permet à un parti séparatiste de prendre part aux élections, on doit aussi en assumer pleinement toutes les conséquences.

En Flandre, le Vlaams Belang est sorti nettement renforce des élections, avec 18,50% des suffrages. Ce message ne peut être ignoré. Un sondage effectué par Het Laatste Nieuws/VTM Nieuws au lendemain du scrutin révèle d’ailleurs que 65% de la population flamande estime qu’il faut rompre ce cordon sanitaire mis en place par les partis dits démocratiques lors de la percée de l’extrême-droite en 1991.

Les partis dits démocratiques devraient d’ailleurs comprendre que les « affaires » qui les ont tous entachés ces dernières années ont contribué  à alimenter la méfiance du citoyen à leur égard. Ils ont leur part de responsabilité dans le populisme ambiant.

Si elle est en baisse, la N-VA reste néanmoins la plus grande force politique au nord du pays. Si l’on ajoute à ses 35 sièges, les 23 acquis par la Vlaams Belang, on est proche de la majorité absolue au Parlement flamand (124 sièges). Les deux formations ont en commun la volonté de mettre sur pied un Etat flamand souverain.

On comprend que les responsables politiques francophones soient inquiets. La perspective de ne pas pouvoir former un gouvernement fédéral est bien réelle. Pour Bart De Wever, en tout cas, le moment est venu de passer au confédéralisme, faute de quoi la Belgique ne survivra pas.

En fin stratège qu’il est, le leader nationaliste a balisé le terrain des négociations : pas question de s’engager avec le PS et Ecolo, ni d’envisager une coalition où, comme sous Elio Di Rupo, la Flandre serait minoritaire. La marge de manœuvre du souverain est donc extrêmement réduite. « Le pauvre, je le plains ! Il aura besoin de Dafalgan Forte », a lâché Bart De Wever.

On se retrouve en fait dans la situation qu’avait annoncée le lucide François Perin en 1981 : « Les Wallons ont beau prouvé par les récents sondages (…) qu’ils sont avant tout Belges et même en majorité « unitaires » ; qu’importe puisque la majorité des Flamands n’ont aucune envie d’en être solidaires ! Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver : (…) Après d’éventuelles élections (…), le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable. : la Belgique peut disparaître par « implosion ». Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. »

Les présidents des partis francophones rejettent l’idée d’une nouvelle aventure institutionnelle. On sait que la dernière a duré 541 jours. Mais s’ils campent sur leurs positions, ils mènent la Belgique, à laquelle ils se disent si attachés, à une mort immédiate.

Elio Di Rupo va entreprendre les négociations en vue de mettre sur pied une majorité « progressiste » en Wallonie. Mais il sait que la situation budgétaire de la Région est extrêmement précaire et que la fin de la solidarité en provenance de Flandre est programmée.  D’où le souhait qu’il a exprimé, durant la campagne électorale, de revoir la loi de financement.

Bart De Wever reste bien le maître du jeu. Une fois que le confédéralisme aura été introduit – voilà maintenant 20 ans que le Parlement flamand s’est prononcé pour cette réforme ! -, il ne faudra plus longtemps à la Flandre pour considérer que la Belgique est devenue superflue.

Comme l’avait déclaré Karel De Gucht, le président des libéraux flamands, en 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer. »

Tout cela était en fait inscrit dans les astres. La manière dont on a été conçu le Royaume de Belgique portait en soi les germes de la crise. La grande majorité des francophones ignore à quel point le Mouvement flamand a dû se battre pour que l’identité flamande soit reconnue. Tout cela a laissé des traces durables et contribué à engendrer un sentiment très fort d’appartenance collective. Une nation flamande existe aujourd’hui et rien ne pourra l’empêcher de s’ériger en Etat.

Avec les Etats généraux de Wallonie, organisés à l’Université de Liège le 9 mai 2009, nous avons voulu préparer les esprits wallons à cette échéance inéluctable.

Livrée à elle-même, la Wallonie connaîtrait une situation comparable à celle de la Grèce en 2009 et devrait se serrer considérablement la ceinture. Quant à la perspective de s’unir à Bruxelles pour perpétuer une « Belgique résiduelle », elle s’avère être une chimère dans la mesure où les Bruxellois, de façon largement majoritaire, préfèrent envisager leur avenir de façon autonome. Cette Belgique seconde serait d’ailleurs si différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Ne reste alors que le scénario d’un statut particulier d’intégration-autonomie à la France. Comme l’a expliqué le constitutionnaliste français Didier Maus : « Il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel et pour une durée à déterminer, le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits connexes, des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La Région wallonne conserverait les compétences qui sont les siennes, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. »

Cette formule offrirait, en outre, un double avantage : la Wallonie resterait de facto dans l’Union européenne et c’est la France qui négocierait, en son nom, les modalités de la scission belge.

Rien ne serait imposé, puisqu’un double référendum – en France et en Wallonie – devrait être organisé.

Charles de Gaulle avait bien anticipé la chose : « J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. »

La France, qui vient d’intégrer le top 5 des pays les plus attractifs au monde !

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », préface de Pierre Verjans, professeur de Science politique à l’ULg, Editions Mols.