Archives mensuelles : mai 2019

Courage divorçons et tant pis pour ce Royaume d’opérette !

Lu, ce jour, dans « Vers l’Avenir », sous la plume de Xavier Diskeuve.

Royaume d’opérette

Georges Lucas, créateur de la Star Wars aurait jadis déclaré, quand le support numérique a menacé la pellicule : « C’est triste mais si c’est inéluctable, alors allons-y tout de suite ! »

C’est ce qu’on aurait dû faire concernant la Belgique. Puisque la séparation du nord et du sud était inéluctable, il aurait fallu « splitter » de suite, il y a 20 ans, 30 ans. Avant que les choses s’enveniment, tant qu’on était encore entre gentlemen et que la « peste brune » restait confinée.

Au lieu de cela, les politiciens francophones se sont arc-boutés en perpétuels « demandeurs de rien », freinant chaque étape de la fédéralisation.

On nous a bercés avec le mythe d’une Belgique de papa, un royaume d’opérette avec son roi « au-dessus de la mêlée », sa belgitude, ses pralines et ses Diables rouges, ultime « ciment du pays ».

Et les frustrations flamingantes n’ont cessé d’enfler, générant des créatures politiques de plus en plus arrogantes et impatientes. Nous voilà comme un conjoint coincé avec un pervers narcissique, mais qui s’obstine à sauver le ménage.

Dimanche, c’était le scrutin « Belgique, phase terminale ». 47% d’indépendantistes enragés et un cordon sanitaire virtuellement rompu !

Que va-t-il se passer ? De colloques singuliers en coliques collectives, des négociations impossibles. Alors courage, divorçons ! Tant pis pour le royaume d’opérette. Les meilleurs Diables rouges étant quasi tous francophones, qu’est-ce qui nous retient vraiment ?

Seul un aveugle peut nier à quel point ce pays est au bord de l’abîme

« Le Vif », source Knack, 30 mai 2019

Bert Bultinck, Rédacteur en chef de Knack

Les deux partis séparatistes n’ont pas obtenu de majorité, et aucun autre parti ne veut aider ces deux partis à obtenir une majorité. Seul un aveugle peut nier à quel point ce pays est au bord de l’abîme.

Bart De Wever sait gagner une élection. Dimanche dernier, on a découvert qu’il savait également perdre une élection. Après avoir « clairement » établi que son parti avait perdu, le président de la N-VA a immédiatement félicité le grand vainqueur, le Vlaams Belang. Dans les derniers jours qui ont précédé le 26 mai, De Wever a qualifié Groen de « parti à la noix » et a même laissé tomber le mot « merde » dans l’attaque contre le Vlaams Belang. Mais dimanche, il s’est soudain montré tout aussi élégant dans la défaite que Tom Van Grieken, président du VB, l’a été dans la victoire. Le président de la N-VA est maître dans l’art d’attirer et de repousser, en parfaite harmonie avec les résultats bipolaires flamands : les extrêmes ont gagné, le centre a perdu.

La victoire écrasante du Vlaams Belang, la courtoisie retrouvée à l’extrême droite du paysage politique et l’annonce de Bart De Wever qu’il allait parler à tout le monde de la formation de la coalition flamande : tout cela a embrasé les spéculations sur la rupture du cordon. Les deux partis séparatistes n’ont pas obtenu de majorité, et aucun autre parti ne veut les aider à obtenir une majorité. Seul un aveugle peut nier à quel point ce pays est au bord de l’abîme

Pour le Vlaams Belang, la participation du gouvernement ne semble pas imminente, mais c’est un débat indispensable dans les années à venir. Beaucoup de Flamands, dont beaucoup de jeunes, ne sont plus impressionnés par le noyau moral du cordon contre le Vlaams Belang : le respect de l’autre, même quand il a une couleur de peau différente. C’est lié au style de Van Grieken qui ,ces dernières années, a arrondi les angles. Comme le président du VB n’a pas eu beaucoup de propos racistes, un cordon sanitaire semble moins nécessaire.

Malgré tous les efforts, le vert, le rouge et le rouge foncé réunis ne rassemblent qu’un quart des votes flamands – en dépit de toutes les crises bancaires et les marches climatiques. Groen progresse, mais déçoit quand même. Le sp.a s’enfonce encore un peu plus. Le PVDA connaît une forte croissance, mais reste modeste. Et l’extrême droite revient comme un boomerang.

Et cela s’est fait en partie aux dépens de la N-VA. De Wever a cherché des explications à sa propre défaite à l’étranger. En France, le parti de Marine Le Pen a gagné. En Italie, la Lega de Matteo Salvini a marqué des points. De Wever a passé sous silence la victoire des écologistes en Allemagne et en Finlande, entre autres, et n’a pas mentionné le résultat décevant de l’extrême droite Vox en Espagne. Mais sa déclaration reste vraie : le Vlaams Belang a profité de la vague d’anti-migration qui séduit les électeurs de toute l’Europe. En Flandre et en Europe, l’incertitude s’étend. Dans les pays où le talent politique est le moteur de ce malaise, cela conduit automatiquement à des gains substantiels pour l’extrême droite. Cela peut être une stratégie perverse, mais bonne pour l’extrême droite elle-même. Mais si vous avez déplacé votre parti au centre, ce n’est pas une bonne idée de continuer à polariser pour des raisons évidentes : les pôles sont occupés par d’autres partis.

Lors du débat sur la migration de Knack il y a quelques semaines, Theo Francken a continué à répéter une question à Tom Van Grieken : « Quelles sont vos solutions ? Quelles sont vos solutions ? » C’est la question posée par un parti qui a eu le courage de participer à cette politique, adressée à un parti qui peut continuer à bâtir des châteaux en Espagne.. En attendant, le pays est en piteux état. Telle est l’amère leçon du 26 mai.

Courage divorçons et tant pis pour ce Royaume d’opérette !

Lu, ce jour, dans « Vers l’Avenir », sous la plume de Xavier Diskeuve.

Royaume d’opérette

Georges Lucas, créateur de la Star Wars aurait jadis déclaré, quand le support numérique a menacé la pellicule : « C’est triste mais si c’est inéluctable, alors allons-y tout de suite ! »

C’est ce qu’on aurait dû faire concernant la Belgique. Puisque la séparation du nord et du sud était inéluctable, il aurait fallu « splitter » de suite, il y a 20 ans, 30 ans. Avant que les choses s’enveniment, tant qu’on était encore entre gentlemen et que la « peste brune » restait confinée.

Au lieu de cela, les politiciens francophones se sont arc-boutés en perpétuels « demandeurs de rien », freinant chaque étape de la fédéralisation.

On nous a bercés avec le mythe d’une Belgique de papa, un royaume d’opérette avec son roi « au-dessus de la mêlée », sa belgitude, ses pralines et ses Diables rouges, ultime « ciment du pays ».

Et les frustrations flamingantes n’ont cessé d’enfler, générant des créatures politiques de plus en plus arrogantes et impatientes. Nous voilà comme un conjoint coincé avec un pervers narcissique, mais qui s’obstine à sauver le ménage.

Dimanche, c’était le scrutin « Belgique, phase terminale ». 47% d’indépendantistes enragés et un cordon sanitaire virtuellement rompu !

Que va-t-il se passer ? De colloques singuliers en coliques collectives, des négociations impossibles. Alors courage, divorçons ! Tant pis pour le royaume d’opérette. Les meilleurs Diables rouges étant quasi tous francophones, qu’est-ce qui nous retient vraiment ?

Le livre : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge »

David Coppi – « Le Soir », 29 mai 2019


C’est du Gheude, militant, acharné.

Pour l’ancien proche collaborateur et biographe de François Perin, la messe est dite et ça ne date pas d’hier, pas même du 26 mai. Lisez plutôt son ouvrage : La Wallonie demain – La solution de survie à l’incurable mal belge, édité chez Mols, en librairie depuis peu. Une profession de foi dans l’immanquable scission du pays. Un essai habité par la conviction du destin français de la Wallonie (et européen de Bruxelles), vouée à ce qu’il appelle un « régime d’intégration-autonomie » auprès de la République française.

Une démonstration après tant d’autres du même auteur qui, avant l’essai du jour, a publié, tenez-vous bien : Quand les Wallons s’éveilleront en 2009, Le Petit Guide de l’Après-Belgique en 2010, On l’appelait Belgique en 2011, Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique n 2013, Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes en 2016… Il y a un fil bleu, blanc, rouge.

Sans oublier, toujours signées Jules Gheude, la quantité de tribunes, cartes blanches et interviews, bon nombre dans la presse flamande, appelant elles aussi à mettre fin à la fiction belge-belge. Qui s’achève, on l’aura compris, selon l’auteur. Et dont nous vivons peut-être le dernier épisode depuis dimanche 26 mai et la poussée nationaliste-extrémiste au nord. Ce qui nous rapproche un peu plus encore du scénario catastrophe et décisif pour la cause défendue par Jules Gheude. Qui résume l’affaire en citant au passage notre confrère Pierre Bouillon et cette formule, en 2013, dans nos colonnes : « Que fait un séparatiste s’il bénéficie d’une légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Ça t’étonne, Yvonne ? »

En tout cas, ça n’étonne ni ne désespère Jules Gheude, qui a hâte de voir l’histoire en marche aller au but. En mesure-t-il les conséquences. Chacun jugera. C’est un autre livre.

Investissements : la France fait son entrée parmi les 5 pays les plus attractifs du monde

Investissements : la France fait son entrée parmi les 5 pays les plus attractifs du monde

« Les Echos », Raphaël Bloch, 13 mai 2019

La France intègre pour la première fois le « Top 5 » du classement annuel du cabinet de conseil américain A.T. Kearney. L’économie tricolore n’a pas été « affectée par le mouvement des ‘gilets jaunes’ », note-t-il. Les Etats-Unis, eux, dominent toujours largement le classement. 

Selon le cabinet A.T. Kearney, la France « reste compétitive » parmi

L’« effet Macron » continue visiblement de produire ses effets auprès des investisseurs étrangers . Selon A.T. Kearney, la France a progressé dans la hiérarchie des pays les plus attractifs de la planète, intégrant pour la première fois cette année le « Top 5 » du classement du cabinet américain. Elle était en 7e position en 2018.

La confiance dans l’économie française, qui « a fortement augmenté depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 », n’a pas été  « affectée par le mouvement des ‘gilets jaunes’ », note le cabinet de conseil. Selon lui, la France, qui double le Japon (6e), « reste compétitive » parmi les économies développées.

Les Etats-Unis, encore et toujours leaders

La France reste toutefois encore loin de la tête du classement, occupée pour la septième année consécutive par les Etats-Unis. La première économie mondiale bénéficie notamment de  « son vaste marché domestique » , de sa « fiscalité compétitive » et de ses « capacités technologiques », souligne A.T. Kearney.

Arrivent ensuite l’Allemagne, le Canada et  le Royaume-Uni , qui conserve sa quatrième place malgré la perspective du Brexit. La Chine, qui avait occupé la tête de ce classement entre 2002 et 2012, tombe pour sa part à la septième place. Soit son plus bas classement depuis la création de cet indice voilà 20 ans.

Parmi les explications avancées figurent le « ralentissement de la demande intérieure », le « recul des exportations », les « inquiétudes croissantes sur le niveau d’endettement des entreprises chinoises »et « l’impact de la guerre commerciale avec les Etats-Unis ».

Au total, « 22 des 25 premières places sont occupées par des pays développés », souligne A.T. Kearney. Une situation qui tient, selon le cabinet de conseil, à l’importance accordée par les investisseurs à la question « de la gouvernance et de la régulation ».

Sondage : le PS se

« Le Vif », 17 mai 2019

Le PS se renforce en tête des intentions de vote pour les élections fédérales dans la partie francophone du pays même s’il demeure en recul par rapport aux élections de 2014, selon un sondage réalisé pour Le Soir, RTL-TVI, VTM et Het Laatste Nieuws et publié vendredi soir.


© Belga

En perdition dans les derniers sondages, le MR se ressaisit en Wallonie, à la deuxième place. Ecolo poursuit son ascension, gardant la tête à Bruxelles, avec Groen.

En Flandre où la N-VA se maintient en tête avec 28,1% (32,4% en 2014), c’est le Vlaams Belang qui progresse le plus, devenant le troisième parti, avec 14,8%. En embuscade, le CD&V progresse à 17,1% pour se rapprocher de son score de 2014, à la deuxième place. L’Open Vld pâtit de la situation, repoussé à 11,2% des intentions de vote.

En Wallonie, le PS atteint 28,5%, un bond de 4,2% par rapport au précédent sondage, qui lui permet de renforcer sa première place. Il reste toutefois en-deçà de son score de 2014 (32%).

Derrière, le MR reprend des couleurs à la deuxième place (22,7%). Il progresse de 3,3% par rapport à février mais reste 3,1% en-dessous de son score de 2014. Sur le podium, Ecolo reste dans le sillage des réformateurs (19,1%) en progressant de 2,3% par rapport au sondage de février. Les écologistes font un bond de près de 11% par rapport à 2014.

Le cdH passe en-dessous de la barre des 10% mais se maintient à 9,7%. Le PTB perd des plumes à 9,2% mais reste 3,7% au-dessus de son score de 2014. DéFI n’atteint pas la barre des 5%, selon ce sondage.

A Bruxelles, la liste écologiste arrive de loin en tête (22,9%) devant la famille socialiste (17,3%), toutes les deux en progrès. Non loin de là, le MR se stabilise à la troisième place (15,5%), juste devant DéFI (13,7%).

Le PTB est à 7,9% alors que le cdH remonte de 4,3 à 6,5% par rapport au précédent sondage. Les Listes Destexhe et le PP n’atteignent pas la barre des 5%. En l’absence de Groen et du sp.a, dont les candidats figurent sur les listes francophones de leurs partis frères, la N-VA est premier parti avec 5,7%, devant le VB (2,7%).

Au contraire d’Ecolo qui poursuit sa progression, Groen est pointé en recul en Flandre à 12,1% alors que les écologistes flamands étaient à 15,6% en février. Cela reste toutefois meilleur que leur score de 2014 (8,6%). Le sp.a est à 11%. Le PTB continue à flirter avec les 5% en Flandre.

Paul Magnette (PS) est l’homme le plus populaire auprès des Wallons, devant le président du PS, Elio Di Rupo, et le chef de file du MR bruxellois, Didier Reynders. A Bruxelles, c’est le président de DéFI , Olivier Maingain, qui devance Paul Magnette et Didier Reynders. En Flandre, le président de la N-VA, Bart De Wever, figure sur la plus haute marche d’un podium complété par Hilde Crevits, figure de proue du CD&V qui détrône l’ancien secrétaire d’Etat fédéral Theo Francken (N-VA).

Le sondage a été réalisé du 6 au 14 mai, période d’agitation médiatique autour d’une vidéo du MR source de tensions avec Ecolo à qui les réformateurs avaient prêté l’intention de vouloir taxer la viande. L’enquête a en revanche été effectuée avant la mise au jour d’un tract malheureux de candidats Ecolo qui se sont vu reprocher des pratiques à visée communautaire. La marge d’erreur du sondage est de 3,1% en Wallonie et en Flandre et de 4,3% à Bruxelles.

Ce communautaire omniprésent

Le Vif 11/05/19 à 11:01

Jules Gheude,
Essayiste politique

Au lendemain des élections du 26 mai, on peut s’attendre à ce que les gouvernements régionaux flamand et wallon soient rapidement constitués, avec des configurations radicalement opposées, ce qui ne manquera pas de rendre extrêmement compliqué, voire impossible, la mise sur pied d’un gouvernement fédéral.

De Wever Di Rupo, mai 2014 © Belga Images

Du côté wallon, les résultats du dernier sondage devraient permettre, sans la moindre difficulté, à Elio Di Rupo de former la coalition progressiste qu’il appelle de ses voeux. Avec quels partenaires ? On sait que la FGTB s’est prononcée pour une alliance PS-Ecolo-PTB, qui, avec 61,5%, pourrait jouir d’une confortable majorité. PS et Ecolo totalisent, à eux seuls, 46,7%. Mais Paul Magnette songerait, de son côté, à tendre la main au CDH, crédité de 9,3%.

La rancune socialiste à l’égard des sociaux-chrétiens est vive, depuis que Benoît Lutgen a écarté le PS du pouvoir wallon à l’été 2017. Mais Benoît Lutgen a cédé la présidence du parti à Maxime Prévot, peut-être pour permettre à celui-ci de renouer le lien avec la mouvance socialiste.

Le CDH passe, sans trop d’état d’âme, d’une coalition de droite à une coalition de gauche. L’essentiel, pour lui, est de se retrouver au pouvoir. C’est, somme toute, le comportement du mercenaire…

Une chose est claire : le fossé idéologique entre le Nord et le Sud est plus présent que jamais

Du côté flamand, Bart De Wever, dont la formation reste la première force politique avec 27,9%, vient d’annoncer que sa préférence allait à un gouvernement à deux partenaires. On sait qu’il s’est allié, pour la gestion d’Anvers, à l’Open VLD et au SP.A. Mais ces deux partis sont crédités respectivement de 14,2% et 12,7%. Une alliance à deux ne pourrait, dès lors, pas compter sur une majorité. Par ailleurs, John Crombez, le président du SP.A, considère la chose comme quasi impossible.Dans les circonstances présentes, seule une reconduction de la tripartite actuelle (N-VA, CD&V, Open VLD) serait donc de nature, avec 56,8%, de permettre à Bart De Wever de poursuivre la politique qu’il souhaite.

Une chose est claire : le fossé idéologique entre le Nord et le Sud est plus présent que jamais.

Candidat au poste de Premier ministre, Jan Jambon a bien résumé la situation : La Belgique est la somme de deux démocraties qui ‘éloignent de plus en plus l’une de l’autre. C’est gênant, car la construction belge est faite de telle façon qu’il n’est possible de former un gouvernement fédéral qu’en mettant clairement hors-jeu l’un de ces démocraties. Sous Elio Di Rupo, la Flandre en fut victime, et sous Elio Di Rupo, la Wallonie.

La solution à ce problème, la N-VA ne la voit que dans l’instauration d’un système confédéral. Flandre et Wallonie déterminent ce qu’elles souhaitent encore gérer ensemble, tout le reste étant de leur compétence absolue. Reste la problématique bruxelloise. Le projet de la N-VA prévoit qu’en ce qui concerne, les matières personnalisables – l’impôt des personnes, la sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, la migration, l’intégration et le droit de vote pour le Parlement flamand ou wallon -, chaque Bruxellois, indépendamment de sa langue ou de son origine, aura la faculté de choisir entre la Flandre et la Wallonie

Mais, il faut le répéter ici, la N-VA n’est pas à l’origine du confédéralisme. Elle n’existait pas au début des années 90, lorsque le ministre-président flamand Luc Van den Brande – un démocrate-chrétien ! – en a lancé l’idée. Le concept fut ensuite adopté par le Parlement flamand en 1999. Interviewé en 2007 par le journal québécois « Le Devoir », Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, avait d’ailleurs déclaré : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

En janvier dernier, Pierre-Yves Dermagne, le chef de groupe PS au Parlement wallon, voyait dans ce confédéralisme l’expression d’un fantasme. Aujourd’hui, il déclare : Les résolutions du parlement flamand votées à l’unanimité en 1999 sous Luc Vanden Brande ont été leur feuille de route pour des années. Cela a été une erreur de la part des francophones – et c’est un euphémisme, je devrais même dire une faute politique… – de répéter que l’on n’était demandeurs de rien. Ou en tout cas de ne pas préparer suffisamment les négociations alors que l’on savait qu’ils allaient revenir à la charge.

Avec la sixième réforme de l’Etat, Elio Di Rupo se félicitait d’avoir sauvé la Belgique. Mais il est évident que le sort du pays reste incertain. Le CD&V a d’ailleurs fait part de sa volonté d’ouvrir un nouveau chantier institutionnel en 2024.

La N-VA peut-elle se permettre d’envisager cinq années supplémentaires de statu quo institutionnel ? C’est difficilement imaginable. Son chef de groupe à la Chambre, Peter De Roover, a d’ailleurs déclaré que bien des choses pouvaient se faire en dehors de la Constitution. Une chose est sûre : en soulignant la nécessité de revoir la loi de financement, le président du PS a ouvert une brèche dans laquelle les nationalistes flamands ne manqueront pas de s’engouffrer…

(1) Dernier ouvrage paru : La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge, préface de Pierre Verjans, Editions Mols, 2019.

L’avertissement du président du VOKA, l’organisation patronale flamande

Voir son interview dans « Knack », 8 mai 2019:https://www.knack.be/nieuws/belgie/voorzitter-voka-maakt-de-balans-op-van-de-regering-michel-we-zijn-nog-net-geen-ontwikkelingsland/article-longread-1460999.h

Le gouvernement Michel nous a écoutés « dans une certaine mesure », déclare le président de l’organisation patronale flamande Voka . Mais il aurait pu et dû faire « beaucoup plus ». Et si, après les élections en Wallonie, il y a une majorité de gauche, met en garde Wouter De Geest, la Flandre doit « prendre ses responsabilités ».

Pôles de compétitivité: Jeholet tire un trait sur le «jury de Marcourt»

Une décision qui fait grincer des dents.

« Le Soir », 7 mai 2019

Le gouvernement wallon a liquidé, jeudi, le jury international mis en place sous Marcourt pour juger les projets de développement économique des pôles de compétitivité.

Du côté des acteurs de ce dossier, c’est la surprise. D’abord de voir «l’actuel gouvernement, minoritaire, qui ne sera peut-être pas dans la future coalition, imposer au futur gouvernement son jury», nous dit l’un d’eux. Ensuite, du renouveau quasi intégral de ses membres. «Il n’y aura plus personne avec la connaissance des dossiers», poursuit un autre.

«Nous avons voulu apporter du sang neuf, justifie l’actuel ministre wallon de l’Economie. L’internationalisation du jury a été renforcée, on passe de trois membres internationaux sur onze à sept sur dix. On a aussi voulu renforcer la féminisation du jury. Avant, il n’y avait qu’une femme, maintenant il y en aura trois».

Les pôles de compétitivité, créés en 2005 par Jean-Claude Marcourt (PS) dans le cadre du plan Marshall, ont pour objectif de fédérer les différents acteurs de secteurs économiques clés identifiés en Wallonie (logistique, biotech…) et d’initier des projets innovants, avec, en toile de fond, la dynamisation de l’économie et la création d’emplois au sud du pays.

Comment le chômage achève la séparation entre la Flandre et la Wallonie

« La Libre Belgique », Belga, 6 mai 2019

Le chômage de longue durée a baissé lors de la dernière législature, de 4,3 à 2,9%, ressort-il de chiffres d’Eurostat, l’office statistique européen. 

Les différences régionales entre la Flandre et la Wallonie se sont elles accentuées. « Dans le Hainaut, le nombre de chômeurs de longue durée est six fois plus élevé qu’en Flandre orientale », pointe lundi l’économiste de l’Université de Gand (UGent) Stijn Baert. Le nombre de chômeurs de longue durée, soit qui cherchent un emploi depuis plus d’un an, a diminué dans toutes les provinces belges lors de la dernière législature, à part en province de Namur. Ils représentent dès lors 2,9% de la population active belge, contre 4,3% auparavant. En Flandre, la proportion a baissé de 1,9 à 1,2% tandis qu’en Wallonie, elle a diminué de 6,6% en 2014 à 4,8% en 2018.

Stijn Baert constate une augmentation des différences régionales. « La Wallonie a connu une croissance économique moins forte, le marché du travail fait de même. » Mais il existe également une « culture » différente sur le plan de la politique d’activation, selon l’économiste flamand. « Bruxelles et la Wallonie ont souscrit au modèle flamand mais nous ne verrons pas les fruits du changement avant des années », avance-t-il.

Selon M. Baert, « les personnes peu éduquées » sont fortement représentées parmi ces demandeurs d’emploi qui ne trouvent pas de travail, surtout pour les plus âgés. « Pour les plus jeunes, le niveau de formation est moins souvent un problème. »

Tant en Flandre qu’en Wallonie, le marché du travail n’accueille pas facilement les personnes âgées. C’est le Brabant wallon qui affiche le meilleur taux d’emploi des plus de 55 ans, avec 57,8% pour les 55-64 ans.