Archives mensuelles : mars 2019

La Flandre a de la suite dans les idées

Carte blanche de Jules Gheude, dans « Le Soir », 11 mars 2019 : https://plus.lesoir.be/12/sections/opinions#_ga=2.179252576.55821039.1551886795-810362645.1496750976

Quatre ténors du CD&V cosignent ce lundi une carte blanche dans le « Standaard », dans laquelle la question du confédéralisme à l’horizon 2024, et en particulier la scission des soins de santé, revient sur le tapis. Le Mouvement flamand conserve de farouches adeptes, et pas seulement dans les rangs de la N-VA, constate l’auteur de cette carte blanche.


Kris Peeters (à g.) et Wouter Beke, deux des signataires de la carte blanche des ténors du CD&V parue dans « De Standaard » ce lundi. – © Belga.

Al’approche des élections du 26 mai, les commentaires vont bon train, notamment au sujet de l’évolution de la N-VA. Le parti nationaliste aurait-il renoncé à faire de la Flandre une république indépendante, comme le prévoit l’article 1er de ses statuts ? Le lion serait-il devenu édenté ?

Dans la longue chaîne du Mouvement flamand, la N-VA n’est qu’un maillon récent. Il n’a été ajouté qu’en 2001, suite à la dislocation de la Volksunie.

La grande majorité des francophones ignore à quel point ce Mouvement a dû lutter pour que les premières linguistiques soient adoptées et faire en sorte que la Flandre obtienne sa pleine reconnaissance sur l’échiquier politique. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours « de l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue française ».

Tout cela laissera des traces durables et contribuera à forger en Flandre un sentiment très fort d’appartenance collective. En 1973, Manu Ruys, l’ancien éditorialiste influent du Standaard, avait sous-titré son livre Les Flamands  : « Un peuple en mouvement, une nation en devenir ».

Une nation, un Etat

De la fixation de la frontière linguistique à l’introduction de l’autonomie culturelle, tout sera mis en œuvre pour que la Flandre acquière les caractéristiques d’une véritable nation : un peuple, un territoire, une langue, une culture.

Aujourd’hui, cette nation se comporte déjà en véritable Etat. N’a-t-on pas vu, en 2012, le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V) quitter la mission économique pilotée par le prince Philippe au Vietnam pour aller rencontrer Aung San Suu Kyi au Myanmar  ?

La N-VA ne fait que s’inscrire dans la logique du Mouvement flamand, qui, d’étape en étape, a balayé tous les obstacles mis sur son chemin. Dernière victoire en date : la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, adoptée en 2012 et assurant l’homogénéité linguistique de la Flandre.

La N-VA n’existait pas en 1962, lorsque les Fourons furent transférés de la province de Liège à celle du Limbourg. La N-VA n’existait pas en 1968, lorsque le démocrate-chrétien flamand Jan Verroken fit chuter le gouvernement sur le «Walen buiten» de l’université de Louvain. La N-VA n’existait pas en 1978, lorsque le Premier ministre Léo Tindemans saborda le pacte d’Egmont, qui avait le mérite d’associer la Volksunie et le FDF. La N-VA n’existait pas en 1988, lorsque José Happart fut sacrifié et que les Toshiba-boys du Premier ministre Jean-Luc Dehaene roulèrent les francophones dans la farine à propos du financement de la Communauté française. La N-VA n’existait pas au début des années 90, lorsque le ministre-président flamand Luc Van den Brande lança l’idée confédéraliste, qui allait être approuvée en 1999 par le Parlement flamand. A chacune de ces étapes, on retrouve l’intransigeance du CVP, l’Etat CVP comme on disait à l’époque. Et n’est-ce pas encore un démocrate-chrétien flamand, Yves Leterme, qui porta en 2004 le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux ?

L’ancien ministre CVP Stefaan De Clerck l’a d’ailleurs avoué lui-même sans complexe : « La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand. »

Une réflexion mûrie

Ce constat se vérifie pleinement avec la publication ce lundi dans De Standaard, d’une carte blanche signée par quatre ténors du CD&V – le président Wouter Beke, le vice-Premier ministre Kris Peeters, le chef de groupe à la Chambre Servais Verherstraten et la ministre flamande de l’Enseignement Hilde Crevits, soutenus par trois « anciens » : Yves Leterme, Luc Van den Brande et Johan Sauwens.

Les intéressés proposent une 7e réforme de l’Etat, qui permettrait de transférer notamment la totalité des soins de santé aux entités fédérées. Cette réforme n’interviendrait toutefois qu’en 2024, pour laisser aux institutions concernées le soin de se préparer.

La scission de la sécurité sociale. Un vieux fantasme flamand, en fait, En 2002, alors qu’il était président de l’Open VLD, Karel De Gucht, s’était, lui aussi, exprimé sans ambiguïté sur le sujet : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie. »

Le chœur flamand se retrouve toujours lorsque les intérêts fondamentaux du Nord sont en jeu. Rappelons-nous ces propos tenus en 2003 par le libéral Bart Somers, alors ministre-président flamand : « Il serait impensable de toucher à l’économie de la Flandre de plein fouet en lui faisant porter l’effort de réduction d’émission de CO2 de façon linéaire, alors que l’appareil industriel au sud, plus vétuste, pollue proportionnellement davantage que le nôtre, qui est à la pointe de la technologie propre. »

Fin stratège, Bart De Wever sait que les conditions ne sont pas encore réunies pour porter l’estocade finale. D’où son choix de recourir à la stratégie confédéraliste. Une fois la Belgique vidée de sa substance, il ne faudrait pas longtemps à la Flandre pour la considérer comme totalement superflue.

Un péril pour la Wallonie

Entre la Flandre et la Wallonie, le fossé économique reste béant et ce n’est pas le retour probable d’une coalition progressiste en Wallonie qui arrangera les choses.

Depuis la crise de Cockerill-Sambre au début des années 80, la Flandre n’a eu de cesse de remettre en cause la solidarité nationale. Aujourd’hui, la suppression des transferts financiers en provenance de Flandre – quelque 7 milliards d’euros ! – est déjà programmée sur dix ans.

Le confédéralisme repose sur ce principe simple : chacun est évidemment libre de faire les choix politiques qu’il souhaite, mais il doit aussi en assurer totalement la responsabilité financière.

Les Wallons doivent le savoir : livrée à elle-même, leur région se trouvera confrontée à une situation budgétaire intenable, qui la contraindra à se serrer fortement la ceinture. « Un scénario infernal à la grecque », prévient Jules Gazon professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège : « L’effort demandé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel ».

La Wallonie veut plus d’étudiants dans les filières technique, technologique et numérique

 « Le Vif », Belga, 1er mars 2019

Des possibilités de carrières existent en Wallonie pour les personnes qui se dirigent vers ces trois filières. La Région wallonne va mener des actions pour les faire découvrir.

Pour encourager la démarche et augmenter de 10 à 15% chaque année le nombre d’étudiants à se diriger vers ces filières, des actions visant à faire découvrir le quotidien d’un entrepreneur doivent être développées et un cadastre des métiers en pénurie doit être régulièrement mis à jour, a indiqué vendredi Willy Borsus, ministre-président de la Région wallonne, à l’issue d’une réunion de travail à Liège de la WSL, incubateur pour techno-entrepreneurs actif sur le territoire wallon.

« La Wallonie a besoin d’entrepreneurs, de gens qui se lancent pour créer leur activité. Aujourd’hui, quand je demande dans un auditoire qui souhaite se lancer dans l’entrepreunariat, un tiers lève la main. On sent qu’il y a de l’appétit, une envie de développement en Région wallonne, mais il faut que le mouvement s’amplifie. La tendance doit s’accroître pour atteindre 10 à 15% d’étudiants en plus par an dans les filières techniques, technologiques et du numérique », a souligné Willy Borsus, insistant sur le mécanisme du Tax shelter pour entreprises qui permet aux personnes physiques d’investir dans le capital de jeunes entreprises en bénéficiant d’une réduction d’impôts de 45% de leur apport.

Pour atteindre ces 10 à 15% supplémentaires, le ministre-président de la Région wallonne estime qu’il faut déployer les initiatives existantes destinées à faire découvrir ces filières. « Il convient également de développer des actions permettant de découvrir ce qu’est la vie de l’entrepreneur et de préciser les perspectives d’emploi, ainsi que les statuts, sachant que l’on dénombre actuellement 31.000 emplois vacants dans des filières en pénurie alors qu’il y a 200.000 demandeurs d’emploi », indique-t-il.

D’où l’importance de pouvoir bénéficier d’un bon accompagnement, comme le fait le WSL. Cet incubateur pour techno-entrepreneurs soutient des projets wallons issus des sciences de l’ingénieur en vue de leur concrétisation et les accompagne dans leur développement tant en Wallonie qu’à l’international. Fondé en 2000 par le gouvernement wallon, WSL a été classé par l’association internationale UBI-Global parmi les incubateurs « les plus performants au monde, voire un des deux meilleurs sur certains critères ».

En quelques chiffres, le WSL, c’est un chiffre d’affaires de 107 millions d’euros fin 2018. « Environ 160 entreprises ont été créées. Ce qui représente 866 emplois directs et près de 2.000 indirects », a souligné Agnès Flémal, directrice générale de WSL.