Archives mensuelles : février 2019

Parfum de révolte au sein du régulateur wallon de l’énergie

 « Le Vif », Belga, 28 février 2019

Le personnel de la Cwape, le régulateur wallon de l’énergie, reproche au ministre wallon Jean-Luc Crucke (MR) de vouloir raboter leur package salarial en transférant une partie des employés vers l’administration, rapporte jeudi Le Soir. Le ministre de l’Energie juge leur salaire « disproportionné ».

Une vingtaine d’employés de la Cwape vont être transférés ver l’administration wallonne, car certaines compétences vont être confiées à cette administration. Ce qui coince, c’est que ce personnel a reçu une convention pour acter le changement, une convention qui prévoit une réduction du package salarial des travailleurs concernés. Se sentant lésé, le personnel a écrit collectivement au ministre Crucke pour lui faire par de son désarroi quant à cette convention qu’ils estime « déséquilibrée ».

Le cabinet de ministre assure qu’aucun travailleur ne verra son salaire net diminué et que c’est l’évolution de carrière qui devra être « adaptée ». « Le problème principal est celui du niveau de rémunération actuel des agents de la Cwape, qui se sont vu octroyer des augmentations salariales disproportionnées au fil des années », souligne le cabinet. « Malgré ce niveau de salaire particulier (jusqu’à deux fois plus élevés que ceux de l’administration, pour des niveaux de diplôme parfois inférieurs), nous avons dû constater un nombre important de personnes en maladie de longue durée. Un vrai problème de management. »

Un nouvel essai de Jules Gheude

On nous annonce la sortie prochaine du nouvel essai de Jules Gheude « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », aux Editions Mols. L’ouvrage est préfacé par Pierre Verjans, professeur de Science politique à l’Université de Liège.

Les Wallons pour l’autonomie des régions mais contre la séparation du pays

« Le Vif », Belga, 5 février 2019

Quelque 52% des Wallons se disent en faveur d’une autonomie accrue des régions, contre 40% en 2013, indique mardi l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS), à l’occasion de la publication du Baromètre social de Wallonie. En revanche, 92% voteraient toujours contre la séparation de la Belgique en cas de référendum, même s’ils sont de plus en plus à estimer ce scénario plausible.

Si 52% des 1.200 interrogés y sont favorables, une plus grande autonomie des régions semble également être un scénario de plus en plus réaliste pour 61% d’entre eux, contre 46% en 2013. « Le fort taux de vote en faveur d’une Belgique unie reflète le sentiment d’appartenance des Wallons », souligne l’IWEPS. « Si en matière de politique, ils se sont avant tout dits attachés à l’échelon communal et à la proximité, 72% des interrogés ont déclaré se sentir Belges avant tout. » Le taux d’attachement à la Wallonie est lui de 52% et celui aux communes de 41%. « Plus on est fier de son identité wallonne, plus on est fier de son appartenance belge », précise l’IWEPS. « On constate également, et c’est sans doute ce qui fait la spécificité de la Wallonie par rapport à d’autres régions, que le sentiment d’appartenance n’est pas exclusif. » Selon l’enquête, les Wallons sont néanmoins de plus en plus nombreux à considérer la séparation de la Belgique comme un scénario réaliste. Ils sont même 36% à y croire, contre 21% en 2013. « On peut penser que les décisions et les choix politiques qui ont pu être pris ces dernières années au niveau national ont contribué à tracer de plus en plus une frontière symbolique entre les régions », conclut l’IWEPS.

François Perin ou le triomphe de la lucidité

François Perin ou le triomphe de la lucidité

Entre François Perin et Voltaire, il y a plus d’un trait commun.

Une analyse de Jules Gheude (1)

François Perin et moi avons entretenu des relations suivies durant plus de trente ans. Quand je discutais avec lui, j’avais l’impression de me trouver face à Voltaire, dont il partageait d’ailleurs le profil acéré et l’humour caustique. Le verbo-moteur, comme il se qualifiait lui-même, était  passionné par les origines et les fins dernières, en quête d’équilibre spirituel.

Cet aspect le moins connu de sa personnalité, il nous le décrivit dans son dernier livre « Franc-parler », paru en 1996.

François Perin plaide ici en faveur d’un nouvel humanisme, dégagé des corsets du christianisme et du rationalisme. On découvre aussi que le franc-maçon athée qu’il était,  éprouvait une véritable fascination pour la vie monastique, pour les grands mystiques et les divinités païennes de l’Antiquité gréco-romaine. Superbe passage que celui où il imagine comment nous aurions pu évoluer sila civilisation antique avait survécu : (…) quelle évolution heureuse, sans crise déchirante de conscience, et aussi sans la platitude vulgaire dans laquelle un monde déchristianisé sombre aujourd’hui faute de sagesse de rechange.  

François Perin nous explique comment sa personnalité s’est forgée autour de la trinité « Bouddha, Epicure et les dieux ». Pour lui, l’humanité court à sa perte si elle ne retrouve pas un nouvel art de vivre, si elle ne se libère pas des dogmes mortifères. Il y a notamment cette phrase qui rappelle les propos du pape François au sujet des lapins : « Dieu a dit Moïse : croissez et multipliez-vous ». On pourrait lui répondre : « Seigneur, c’est fait ! ».

Ce que nous vivons de façon tragique aujourd’hui, François Perin l’attribue au piège des mots, dans lequel se sont laissé prendre les religions monothéistes. « Chacun, écrit-il, prétend être la seule à saisir l’absolu, alors que son discours, parce qu’il revêt nécessairement un langage humain, varie avec les époques. L’absolu est inexprimable. Si Dieu existe, il devrait défendre formellement qu’on parlât en son nom, car tout langage n’a qu’une valeur contingente et relative. Toute parole qu’on lui prête l’enfermerait dans une prison mortelle et le nouveau verbe se pétrifierait en une idole de granit pour, à nouveau, terroriser et lapider les hommes. 

François Perin a longtemps recherché cette phrase que l’on attribue à André Malraux : Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. La citation exacte, il l’a trouvée dans un article paru dans « L’Express », le 21 mai 1955 : Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux.

Voilà comment Edmond Blattchen, ancien étudiant de François Perin, eut l’idée de l’émission télévisée « Noms de dieux », dont le générique reprend d’ailleurs la phrase de Malraux.

Pour François Perin, l’humanité n’assurera sa survie que par la maîtrise d’elle-même en équilibre avec son milieu. Elle devrait redécouvrir les méthodes de la sagesse méditative, qui permettent d’échapper à l’illusoire ego.

François Perin nous explique que lorsqu’il est devenu ministre de la Réforme des Institutions en 1974, l’opposition socialiste flamande avait misé sut son tempérament bouillant pour le faire sortir de ses gonds au Parlement. Jos Van den Eynde était particulièrement habile à ce jeu. François Perin demanda alors à un huissier de lui apporter un verre d’eau, qu’il se mit à fixer en pratiquant une technique de respiration, apprise lors d’un stage à l’abbaye d’Orval. Jos Van Eynde en fut déstabilisé, au point de demander au Premier ministre s’il avait administré un somnifère à l’intéressé…

Ecologiste, François Perin le fut bien avant l’heure. Dans une interview à « La Libre Belgique », le 28 décembre 1974, il déclare : Je commence à éprouver pour l’automobile, qui me paraît être le symbole de la stupidité de la civilisation occidentale industrielle avec son égocentrisme et son gaspillage aveugle, une répulsion presque haineuse. Si je pouvais venir en bicyclette rue de la Loi, je le ferais ! Ah si on pouvait tuer la voiture ! Cela ressemble, je le sais, à des rêves bucoliques, mais si les Occidentaux ne retrouvent pas un mode contemplatif des vivre, une certaine manière de joie de vivre venant de l’intérieur, nous sommes fichus…

Lucide, François Perin le fut également à propos de l’avenir de la Belgique. Dès 1962, dans son livre « La Belgique au défi », il saisit que la Flandre est devenue un Etat dans l’Etat et que l’avenir de la Belgique est bel et bien compromis : (…) l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégués des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs (…) Les trois parties gardent la plénitude leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Aujourd’hui, le mot « confédéralisme » n’est-il pas sur toutes lèvres ?

Dans un article paru dans « La Meuse », le 21 avril 1981, il imagine le malheureux chef de l’Etat se mettant à courir après un gouvernement introuvable. Et d’annoncer, 23 ans avant le docu-fiction « Bye-bye Belgium » de la RTBF, l’implosion du pays : Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité.

Clairvoyant, François Perin l’est toujours à 90 ans, lorsqu’il accorde au « Soir » sa dernière interview : D’étape en étape, le mouvement flamand a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une « nation », avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une « conscience nationale ». Bart De Wever est dans la ligne et, logiquement, il dit : Nous voulons un Etat flamand indépendant. » Et vous aurez noté que, pour expliquer ça, il va d’abord à Londres. Chez Cameron. Il connaît l’histoire, De Wever ! L’Angleterre – la France n’y verra pas d’inconvénient – sera le premier Etat à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée.

En ce qui concerne l’avenir de Bruxelles et de la Wallonie, la vision de François Perin n’a jamais changé : Bruxelles est une ville internationale. Point. (…) Et la Wallonie en France !

A méditer à la veille des élections législatives et régionales du 26 mai prochain…

(1) Auteur notamment de « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015. r