Bart De Wever, fin stratège

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La N-VA avait tout orchestré, constate aujourd’hui Olivier Chastel, le président du MR, après avoir pris connaissance des propos de son homologue Bart De Wever appelant à des élections anticipées.

En fait, Bart De Wever vient de démontrer, une fois de plus, ses qualités de fin stratège. Après avoir contraint le Premier ministre à opter pour le F-35 américain – si Charles Michel avait fait le choix du Rafale français en raison des liens d’amitié qui le lie au président Emmanuel Macron, le gouvernement tombait ! -, il souhaite à présent que les citoyens se rendent sans délai aux urnes.

Les dernières élections communales et provinciales ayant débouché sur un recul de son parti au profit du Vlaams Belang, le président des nationalistes flamands entend reconquérir le terrain perdu. Pour ce faire, il choisit le thème de l’immigration/sécurité,auquel, il le sait, la Flandre est extrêmement réceptive. Il s’oppose donc au Pacte migratoire de l’ONU.

Dans un premier temps,Charles Michel donne l’impression de bien placer ses pions et d’avoir l’avantage.Déterminé à se rendre à Marrakech, le 10 décembre, afin d’exprimer le soutien de la Belgique à ce pacte, il fait appel au Parlement, lequel, à une très large majorité, lui délivre en effet le feu vert au nom des valeurs que la Belgique a toujours défendues. 

Suite à cela, les ministres N-VA démissionnent et c’est à la tête d’une coalition remaniée et largement minoritaire (elle ne dispose plus que de 52 sièges sur 150 à la Chambre !) que le Premier ministre arrive au Maroc pour déclarer, sous les applaudissements,qu’il est fier de se ranger du bon côté de l’Histoire.

Cinq mois nous séparent des élections législatives et fédérales et Charles Michel entend les mettre à profit pour régler trois dossiers majeurs à ses yeux : l’économie, la sécurité et le climat. Pour ce faire, il compte sur le sens des responsabilités de l’opposition afin d’obtenir, au cas par cas, le soutien requis. Il parie notamment sur le fait que la N-VA ne pourra s’opposer à l’exécution des mesures qu’elle a déjà approuvées lors qu’elle faisait partie de la« suédoise ».

Pour le Premier ministre, la coalition remaniée s’inscrit dans la continuité de la précédente et il n’estime dès lors pas nécessaire, comme c’est pourtant la coutume, de faire une déclaration de politique générale et de solliciter la confiance de la Chambre.

Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu. Une motion de confiance est déposée par le PS et signée par le SP-A, Ecolo, Groen, le CDH et… la N-VA. Pour ces partis, il est indispensable que Charles Michel vienne leur préciser les axes d’action de son nouveau gouvernement.  Vous étiez assis jusqu’ici sur une chaise. Une chaise a quatre pieds. A présent,vous vous retrouvez sur un tabouret à trois pieds. Une chaise n’est pas un tabouret et un tabouret n’est pas une chaise ! lâche Francis Delpérée (CDH) du haut de la tribune. 

Le Premier ministre a beau afficher un sourire et répliquer que c’est normalement le gouvernement qui dépose une motion de confiance, il se retrouve coincé. Car s’il s’obstine dans sa stratégie, il se verra confronté à une motion de défiance, qui le contraindra à se rendre chez le Roi pour remettre la démission de son gouvernement. Dans ce cas, des élections anticipées ne pourront être évitées.

Le dernier baromètre politique a révélé que la N-VA demeurait la première force politique du pays, avec 28% d’intentions de vote (+3%). Pour une fois, cette progression ne se fait pas au détriment du Vlaams Belang, qui, lui, passe de 11,2 à 11,7%. Quant à Théo Francken, l’ex-secrétaire d’Etat N-VA à l’Asile et à l’Immigration, il apparaît comme l’homme le plus populaire de Flandre (60% !).  Si Le PS devait reconquérir le pouvoir en Wallonie à la tête d’une coalition progressiste, la Belgique deviendrait proprement ingouvernable.

En attendant, le gouvernement flamand, dirigé par le N-VA Geert Bourgeois, vient d’infliger un nouveau camouflet à Charles Michel en refusant de signer, à la Cop-24 de Katowice, une déclaration proposée par un groupe de pays se voulant à la pointe de l’ambition climatique.

Calmement mais sûrement, Bart De Wever poursuit la partie qui doit l’amener à mettre la Belgique échec et mat et à faire émerger une République flamande souveraine.

Peut-être Charles Michel se souviendra-t-il alors des propos tenus par son père en 1996 : Je n’oserais plus dire que le rattachisme soit une idée folle. (…) Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

Les faits, dit-on, sont plus forts qu’un lord-maire.  Eurostat vient de publier son dernier classement concernant le PIB par région dans l’Union européenne pour l’année 2016 (indice= 100).  Il apparaît que la Flandre se situe à 120 (- 1 par rapport à 2015) et qu’elle conserve ses 35 points d’avance sur la Wallonie, dont la majeure partie se place derrière les régions françaises (la France perd 2 points, se retrouvant à 104). 

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, et« Un Testament wallon – Les vérités dangereuses », Mon Petit Editeur,2016.