Archives mensuelles : décembre 2018

Publifin refuse de transmettre les rémunérations de ses dirigeants

« La Libre Belgique », Belga, 11 décembre 2018

Publifin refuse de transmettre les rémunérations de ses dirigeants,ressort-il d’un rapport de délégués spéciaux au sein de l’intercommunale liégeoise que Le Soir a consulté. Sur 45 recommandations de la commission parlementaire, 12 n’ont pas été traitées, observe le quotidien mardi. Au plus fort de la crise autour de l’intercommunale, le gouvernement wallon avait chargé deux universitaires – Alexia Autenne (UCLouvain) et Laurent Gheeraert (ULB) – de garder un œil sur ses actions.

Parmi les recommandations qui n’ont pas été traitées, on retrouve la nomination d’administrateurs indépendants au sein du conseil d’administration ou le renouvellement du comité de direction de Nethys, toute-puissante filiale de Publifin pilotée par Stéphane Moreau.

Les universitaires soulignent aussi certaines avancées. Notamment »l’organisation du remboursement des sommes perçues par les membres des comités de secteur ». Ou le lancement des opérations pour scinder le gestionnaire de réseau Resa (gaz et électricité) du reste du groupe.

Reste que le volet « rémunération des dirigeants » pose toujours  question, selon les experts. Publifin doit rédiger un rapport annuel qui contient les rémunérations et tout autre éventuel avantage des fonctions dirigeantes. Mais ce rapport, qui a été transmis à la ministre de tutelle Valérie De Bue (MR), est incomplet.

Réflexions sur une folle semaine

Jules Gheude, essayiste politique (1)R

Lundi 10 décembre 2018

La folle semaine que nous venons de vivre, est-elle de nature à réconcilier le citoyen avec le politique ? Rien n’est moins sûr.

L’impression que l’on en garde est celle d’un grand magouillage : réticente à la signature du pacte de l’ONU sur la migration, la N-VA quitte la « suédoise », mais le Premier ministre évite la crise en poursuivant à la tête du gouvernement amputé et devenu minoritaire (il ne dispose plus que de 52 sièges sur 150 à la Chambre).En deux coups de cuillère à pot, l’équilibre linguistique est rétabli et les compétences sont redistribuées. Tenu à l’écart des tractations, le Roi n’a plus qu’à signer les arrêtés requis.

Sur les plateaux de télévision, les ministres N-VA démissionnaires apparaissent sereins et réagissent de façon relativement calme. Du côté du MR, on les remercie pour la collaboration qu’ils ont apportée depuis 2014. Le président Olivier Chastel va même jusqu’à déclarer : Je n’exclus pas de toujours gouverner avec la N-VA.

Charles Michel entend profiter des cinq mois qui le séparent des élections législatives pour prendre des mesures tangibles en ce qui concerne l’économie, la sécurité et le climat.Il compte sur le sens des responsabilités de l’opposition pour des soutiens au cas par cas. Il n’imagine pas que la N-VA puisse entraver la bonne fin de projets qu’elle a soutenus jusqu’ici.

Des engagements ont-ils été pris entre Charles Michel et Bart De Wever ? La chose n’est pas à exclure, encore que l’on voit mal les nationalistes flamands ne pas sera dicaliser sur le plan communautaire en vue du prochain scrutin. Sil’immigration/sécurité constitue l’un de leurs thèmes privilégiés, il ne faut pas perdre de vue que l’article 1er des statuts de la N-VA prévoit l’émergence d’une République flamande souveraine.

Une chose, en tout cas,est sûre : Bart De Wever ne peut se permettre quatre ans supplémentaires de frigo communautaire. Jan Jambon a d’ailleurs rappelé que la mise en place d’un système confédéral restait la priorité.

Pour réaliser cette mutation institutionnelle d’envergure, il est nécessaire qu’une déclaration de révision de la Constitution intervienne avant la fin de la législature.  La N-VA aurait-elle reçu des assurances à ce sujet, en échange d’appuis sporadiques à l’actuelle coalition orange-bleue ? La question mérite d’être posée.

Bart De Wever a toujours dit qu’il n’envisageait pas un processus révolutionnaire, mais évolutif. Le confédéralisme participe de cette logique : on commence par vider l’Etat de toute substance avant de le considérer comme totalement superflu.

Il y a un autre argument dont Bart De Wever a dû tenir compte : la N-VA est proche du milieu patronal flamand, lequel a clairement fait savoir qu’une chute du gouvernement entraînerait des conséquences désastreuses pour le monde entrepreneurial.

Le dernier baromètre politique a révélé que la N-VA restait le premier parti du pays, avec 28%d’intentions de vote (+3). Pour la première fois, cette progression ne se fait pas au détriment du Vlaams Belang, qui passe 11,3 à 11,7%.

Ce baromètre confirme, une fois de plus, que le Nord et le Sud constituent deux démocraties opposées, qui pourraient rendre la Belgique totalement ingouvernable.

Lors de la crise de 2010- 541 jours sans gouvernement de plein exercice -, un rapport de la Commission de l’Intérieur de l’Assemblée nationale française avait d’ailleurs conclu que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins certaine.

On a vu, lors du débat à la Chambre, le chef de groupe de la N-VA, Peter De Roover, se montrer d’une très grande fermeté. Lors d’une soirée-débat du Vlaamse Volksbeweging, le 14 octobre 2016, il avait déclaré : Si la N-VA et le Vlaams Belang obtiennent la majorité, ils réclamer ont l’indépendance de la Flandre. On se souvient aussi des propos tenus, en janvier 2016, par Liesbeth Homans, la ministre de l’Intérieur (N-VA) au sein du gouvernement flamand : Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose. La scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère qu’elle n’existera plus en 2025 !

Le Royaume de Belgique apparaît bel et bien en sursis. Pour le sauver, les responsables francophones ont toujours fini par quitter leur posture de « demandeurs de rien ».En sera-t-il de même à l’issue des élections législatives et régionales du 26 mai prochain ?

Du côté socialiste, Elio Di Rupo est bien déterminé à reprendre la main en Wallonie, à la tête d’une coalition dite « progressiste ». Un scénario qui ne pourrait qu’amener de l’eau au moulin des nationalistes flamands.

Le MR sera-t-il disposé à entamer des négociations sur le projet confédéral ? Un projet qui, il convient de le rappeler, a été porté au début des années 90 par le ministre-président flamand (CVP), Luc Van den Brande, et adopté en 1999 par le Parlement flamand. Interrogé, en 2007, par le journal québécois « Le De Devoir, Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, avait d’ailleurs précisé : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix quel’indépendance.

En termes de flamingantisme, les démocrates-chrétiens flamands ont suffisamment montré qu’ils n’avaient rien à envier à la N-VA. Souvenons-nous de Jan Verroken lors de l’affaire de Louvain, d’Eric Van Rompuy à l’égard du FDF dans le gouvernement Martens, de Luc Van den Brande et de son méprisant «Mijnheer H » lors de la crise fouronnaise… N’est-ce pas aussi Yves Leterme qui porta, en 2004, le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux ?

Les options d’avenir ne sont pas légion. Soit la Belgique devient confédérale et, réduite à l’état de coquille vide, est très vite considérée comme inutile, soit elle devient ingouvernable et disparaît.

Dans un cas comme dans l’autre, la Wallonie se retrouvera livrée à elle-même, financièrement responsable de ses choix politiques. Une situation qui deviendra très vite intenable et entraînera une baisse drastique des prestations sociales.

L’enjeu, on le voit, est de taille !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015,et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Éditeur, 2016.

Quel flair politique !

Jules Gheude

Charles Michel s’accroche au pouvoir comme le perroquet à sa barre.

Après la démission des ministres N-VA, il entend poursuivre, jusqu’aux élections législatives du 26 mai 2019, avec une coalition ultra-minoritaire (52 sièges sur 150 au Parlement), en comptant sur la « bonne volonté » de l’opposition pour soutenir, au cas par cas, les projets qu’il souhaite mener à bien (économie, sécurité, climat). Comment peut-il imaginer qu’en pleine sphère électorale, les Di Rupo, Nollet et consorts seront disposés à lui venir en aide ! Quant à la N-VA, dont l’objectif final reste la disparition de la Belgique, le contexte lui est on ne peut plus favorable pour démontrer que ce Royaume n’a plus ni queue ni tête.

La seule solution réaliste consiste à appeler dès maintenant les citoyens aux urnes. Le fossé, une fois de plus, apparaîtra béant entre le Nord et le Sud, et l’impasse sera totale quant à la formation d’un nouveau gouvernement.

Fin de la comédie belge ! Nous avons, en ce qui nous concerne, déjà expliqué comment nous concevions l’avenir de la Wallonie (voir notre site www.gewif.net).

La Wallonie franchit une étape supplémentaire vers l’inéluctable disparition des provinces

Le Vif, Belga, 5 décembre 2018

Le gouvernement wallon a approuvé en première lecture un avant-projet de décret portant sur le transfert d’une série de compétences des provinces à la Région « afin d’améliorer la lisibilité institutionnelle, de rendre plus efficace l’exercice des compétences régionales et de renforcer le soutien aux communes », a annoncé mercredi la ministre wallonne des Pouvoirs locaux, Valérie De Bue (MR).

Valérie De Bue en quête de loyauté. © Virginie Lefour/Belgaimage

 

Le financement des zones de secours, l’aide à la restauration des édifices classés, la santé, l’environnement, la promotion touristique ou encore le logement sont concernés.

« C’est la première étape concrète d’un chemin qui conduira à l’inéluctable disparition de l’institution provinciale », a précisé la ministre. « Ce gouvernement avait pour mission de clarifier la situation et le transfert des compétences s’inscrit dans ce cadre. Mais si nous sommes toujours au pouvoir lors de la prochaine législature, nous porterons clairement le projet de la suppression des provinces », a-t-elle ajouté.

Concrètement, au terme de ce transfert de compétences qui sera débattu au parlement wallon, la Région devrait octroyer elle-même aux communes les subventions destinées au financement des zones de secours alors que pour l’instant, elle verse cet argent aux provinces qui le reversent aux communes. Elle devrait également reprendre à sa charge 100% des subventions liées à la restauration des édifices classés (contre 95% actuellement) et finaliser le transfert de la compétence « logement », déjà actée par un décret de 2014.

Par contre, en matière de promotion touristique, la gestion des domaines provinciaux et les actions de développement économique touristique resteront aux mains de l’institution provinciale. « Nous devons désormais procéder à un inventaire précis de ces compétences au regard des mouvements financiers et humains – les provinces comptent près de 12.500 agents – qu’elles représentent », a poursuivi la ministre en promettant « une concertation avec tous les acteurs concernés » durant une période transitoire qui devrait durer 2 ans

Dans l’intervalle, une série d’actions déjà entamées vont se poursuivre, dont la réduction et le rapatriement dans le giron régional des asbl provinciales, l’extinction des subventions régionales aux provinces et à leurs structures ainsi que le renforcement du rôle du gouverneur, a enfin indiqué Valérie De Bue.

 

Le beau cadeau de Noël de la N-VA

Jules Gheude, essayiste politique (1)

En refusant d’approuver le pacte migratoire de l’ONU, la N-VA offre un bien beau cadeau de Noël à Charles Michel : la chute du gouvernement.

Le core business de la N-VA

L’immigration/sécurité est, comme on le sait, l’un des « core business » des nationalistes flamands. Des élections anticipées ne pourraient, dès lors, que leur profiter. Théo Francken jouit au Nord d’une incontestable popularité.

La stratégie de Bart De Wever est bien connue : démontrer que la dichotomie de plus en plus prononcée entre la Flandre et la Wallonie rend la Belgique invivable. Tel était d’ailleurs le constat auquel étaient parvenus les deux élus désignés en 2011 par la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française pour analyser la situation intérieure du Royaume. Si les résultats du dernier scrutin communal/provincial devaient se confirmer lors des élections législatives, on imagine aisément l’impasse à laquelle pourraient aboutir les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement. Bart De Wever saisirait alors l’occasion pour mettre sur la table le dossier épineux du confédéralisme.

Le confédéralisme, porte ouverte au séparatisme

Une vieille histoire, en fait. Au début des années 90, l’idée confédérale avait été lancée par Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand (CVP), lequel avait déclaré : Mes collègues de l’exécutif flamands, socialistes compris, se rallient à mes déclaration sur le confédéralisme. Le Parlement flamand se prononça d’ailleurs dans ce sens en 1999. Voilà donc 25 ans que, pour la Flandre, la page fédérale est tournée.

Du côté francophone, les présidents de parti sont bien déterminés à empêcher une telle évolution, qui ferait de la Belgique une coquille vide et la rendrait rapidement superflue.

Mais l’expérience nous a aussi montré que les « demandeurs de rien » avaient toujours fini par ployer et que leurs engagements ne valaient pas tripette.

Engagements francophones non tenu

Petit rappel. En 1988, le PS laisse tomber José Happart et la cause fouronnaise. En 2001, pour sortir la Communauté française du gouffre financier, on accepte la surreprésentation de la minorité flamande à Bruxelles et la régionalisation de la loi communale, offrant ainsi à la Flandre la possibilité de mettre au pas les francophones de la périphérie. En 2011, les allocations familiales sont scindées (« Madame Non » avait pourtant toujours clamé qu’il n’en serait pas question) et Bruxelles-Hal-Vilvorde est également scindé…sans extension territoriale de Bruxelles ! En 2014, Charles Michel rompt sa promesse de ne jamais gouverner avec la N-VA.

Pour justifier leurs reniements, les responsables francophones expliquent que leur souci était de « sauver la Belgique ». En réalité, personne n’est dupe : seul l’attrait du pouvoir a prévalu.

Quel avenir wallon ?

Qu’en sera-t-il demain ? Deux scénarios sont envisageables. Soit le confédéralisme est adopté, soit la Belgique s’avère ingouvernable et disparaît.

Dans un cas comme dans l’autre, la Wallonie va se retrouver livrée à elle-même, dans une situation budgétaire intenable. Le confédéralisme met, en effet, en place deux Etats – Flandre et Wallonie – responsables financièrement de leurs choix respectifs. La suppression des transferts financiers en provenance de la Flandre – quelque 7 milliards d’euros – est d’ores et déjà programmée sur dix ans.

Qu’elles soient anticipées ou non, les prochaines élections législatives s’avèreront déterminantes pour la capacité de la Belgique à survivre. En fait, le contexte est celui qu’avait décrit feu Lucien Outers, l’un des pères du FDF, dans cette « Lettre ouverte » qu’il avait adressée au roi Baudouin dans les années 80 : s’il ne s’établit pas une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (…) la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vars la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution d’avenir.

Cette dernière phrase est importante, car elle confirme le résultat des sondages qui ont été effectués depuis auprès des Bruxellois et qui mettent à mal le scénario d’une Belgique résiduelle – le fameux WalloBrux -, souhaité, lui, par une majorité des Wallons.

Une chose est en tout cas indéniable et François Perin l’avait écrit dès 1981 : s’ils se retrouvent bêtement belges tout seuls, les Wallons seront contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée. Il n’y aura alors pas trente-six solutions pour leur garantir un avenir prospère…

Quoi, la France ? Dans l’état où elle se trouve aujourd’hui ?

La crise sociale que l’Hexagone traverse en ce moment finira par trouver une solution. La République française n’est nullement menacée de disparition. Elle constitue, en tout cas, notre matrice linguistico-culturelle et participe pleinement aux affaires importantes du monde.

Nous avons connu la grande grève de l’hiver 60-61, contre la « loi unique » du gouvernement Eyskens. Une loi qui prévoyait une augmentation d’impôts, des économies portant notamment sur la sécurité sociale et les allocations de chômage, et des modifications – au régime des pensions, par exemple – dans la fonction publique. La gare des Guillemins fut saccagée, les hauts-fourneaux fermés. Ici aussi, le climat était insurrectionnel. Et pour quel résultat final ? Pour voir, comme l’a constaté le syndicaliste André Renard lui-même, le PS revenir au pouvoir et appliquer à la sauvette  cette même moi unique.

La vérité, feu Robert Fabre, qui fut président des Radicaux de gauche en France, l’a bien cernée dans son livre « Toute vérité est bonne à dire » : Que de ruses, que de détours, que d‘habiletés maladroites – et nous pourrions ajouter : quelle hypocrisie – dans ce monde politique qui vise pourtant à l’essentiel, le service d’autrui, et y parvient si rarement.

Bien qu’il tienne à souligner sa profonde amitié avec Emmanuel Macron, Charles Michel, il l’a déclaré en 2011, n’entend nullement se retrouver sous la tutelle d’un préfet corse ou breton. Sans doute préfère-t-il subir celle de la N-VA !

En réalité, la fibre belgicaine des responsables francophones ne s’explique que par leur crainte de voir leurs (lucratifs !) plans de carrière remis en question avec la disparition du Royaume. Mais le jour où ils se retrouveront devant le fait accompli, on les verra tous se bousculer au portillon pour clamer leur foi indéfectible en la France éternelle. On parie ?

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.