La démocratie en danger

Jules Gheude

 

Le philosophe français Frédéric Lenoir soulignait récemment, en le déplorant, le fait que les élites politiques accordent plus d’importance à leur plan de carrière qu’à la défense de l’intérêt général.

Dans son livre « Toute vérité est bonne à dire », Robert Fabre, qui fut président du Mouvement des Radicaux de gauche en France, dressait, quant à lui, ce constat bien amer de son expérience politique : Que de ruses, que de détours, que d’habiletés maladroites dans ce monde politique qui vise pourtant à l’essentiel, le service d’autrui, et y parvient si rarement.

Que de ruses, que de détours, que d’habiletés maladroites ! Et l’on pourrait ajouter : que d’hypocrisie !

Elio Di Rupo, le président du PS, se veut être le chantre de la justice sociale. En 2005, alors que son parti était frappé par le scandale de la Carolorégienne, il avait clamé son ras-le-bol de ceux qui se servaient ou lieu de servir : J’en ai marre des parvenus !

Mais le site Cumuleo nous apprend que, cette année-là, il avait déclaré 7 mandats rémunérés : député, ministre-président, bourgmestre, président du PS, administrateur de Dexia Banque, de Dexia Groupe et d’Ethias.

L’objectivité nous oblige à reconnaître que ce type de situation se rencontrait également au sein d’autres formations politiques.

Comment, dans un tel contexte, ne pas être déconnecté de la réalité ?

Douze ans plus tard, de nouvelles affaires sont venues entacher la sphère politique : Publifin, Samusocial, Kubla-Duferco, Kazakhgate), apportant ainsi la preuve que la frontière entre la politique et l’argent était aisément franchie.

L’avertissement lancé en 1887 par Lord Acton reste éminemment actuel : Power tends to corrupt and absolute power corrupts absolutely.

Finalement, rien de bien nouveau sous le soleil. Souvenons-nous du film « Le Président », quand le président du Conseil, alias Jean Gabin, passe en revue les turpitudes de la plupart de ses collègues de l’Assemblée nationale. Une séquence culte !

Aujourd’hui, en dépit des mesures de bonne gouvernance enfin adoptées, on apprend que certains députés quitteront le Parlement wallon avec une prime pouvant atteindre 100.000 euros. Mais que le citoyen lambda ne se lamente pas : il n’aura plus à s’acquitter de la redevance télévision et verra ainsi son pouvoir d’achat augmenter de 100 euros. Justice sociale au rabais…

La politique ne devrait pas être un métier à vie. François Perin avait bien compris que notre système était vicié par les partis à l’influence excessive et paralysante. Aussi défendait-il le concept  d’associations qui auraient sur les partis l’avantage d’être circonstancielles et d’être débarrassées de la prétention sclérosante d’être le véhicule d’idéologies permanentes. Et d’imaginer des inspecteurs de l’Etat issus du scrutin proportionnel pour prendre en charge la mission d’exprimer les divers courants de l’opinion. Peu nombreux, puisque le scrutin d’arrondissement disparaîtrait, ils pourraient chacun nommer des adjoints et former une sorte de Cabinet semblable au Cabinet ministériel, recrutant ainsi les collaborateurs de valeur qu’ils feraient à leur tour connaître au public. Le corps électoral serait ainsi constamment renouvelé par le haut, les nouvelles étoiles brillant par leur savoir-faire plutôt que par une publicité électorale, tapageuse et démagogique.

Le système s’apparente à une pieuvre qui infiltre ses tentacules partout et qui récompense largement ceux qui la caressent.

Les petits arrangements entre amis, le népotisme, les abus sont responsables de la méfiance de plus en plus grande affichée par l’opinion à l’égard des élites politiques. En favorisant l’éclosion de thèses extrêmes, ils sapent les fondements mêmes de la démocratie.

 

Laisser un commentaire