Le coq wallon chantera-t-il pour la cinquième fois ?

« Le Vif »,  30 septembre 2018

De 1988 à nos jours, aucun engagement francophone n’a été tenu, constate l’essayiste politique Jules Gheude (1). Et de poser la question :  » Qu’en sera-t-il lors des élections de l’an prochain ?  »

Les francophones ne laisseront jamais tomber les Fourons. José Happart en est le bourgmestre légitime. Les élections du 13 décembre 1983 permirent au PS de s’envoler, tandis que le CVP s’affaissait. Comme le constata un quotidien francophone, l’effet Happart a dominé l’effet Martens.

Les tractations pour la formation du gouvernement furent laborieuses. Martens VIII – socialistes et sociaux-chrétiens – entra finalement en piste. Et José Happart dut faire l’amer constat : Pour la deuxième fois, on a foulé les Fouronnais aux pieds.

Les dispositions prises pour Fourons et les communes à facilités s’inscrivaient dans la cadre d’une avancée significative du fédéralisme, par le biais d’un accroissement des compétences régionales et communautaires et l’instauration tant attendue de la Région bruxelloise.

Et le coq chanta pour la première fois

Lors d’une entrevue privée, José Happart nous raconta comment Guy Spitaels, le président du PS, l’avait sacrifié : Je lui avais fait savoir que je ne pouvais marquer mon accord sur un projet qui maintenait les Fourons en Flandre et qui prévoyait que, pour les bourgmestres et présidents de CPAS, la présomption de la connaissance de la langue pourrait être renversée à la requête respective d’un membre du conseil communal ou d’un membre du CPAS. Exception faite toutefois pour ceux qui avaient exercé ces fonctions entre le 1er janvier 1983 et le 1er janvier 1989, pendant au moins trois ans consécutifs, ce qui n’était pas mon cas… La réponse de Guy Spitaels fut cinglante : « Je ne te demande pas si tu es d’accord ou non ! ».

En 1992, le Premier ministre CVP Jean-Luc Dehaene parvint, de nouveau au prix de discussions pénibles, à un accord institutionnel qui faisait définitivement de la Belgique un Etat fédéral. Ce fut l’accord de la Saint-Michel. Mais François Perin avait bien flairé le piège : Je ne suis pas sûr que la Flandre ne poursuive pas le but d’asphyxier les écoles francophones.

Et la coq chanta pour la seconde fois

« Demandeurs de rien », les responsables francophones n’entendaient plus poursuivre la réforme de l’Etat. Ils furent toutefois contraints, devant les difficultés budgétaires de la Communauté française, notamment en matière d’enseignement – Perin avait vu juste ! -, de faire de nouvelles concessions en 2001, avec la signature des accords du Lambermont, du Lombard et de la Saint-Polycarpe.

Paul-Henry Gendebien, président du « Rassemblement Wallonie-France », raconte : Les négociateurs francophones avaient marchandé des principes contre de l’argent. On n’entendit plus les matamores se proclamant « non demandeurs ». (…) Furent ainsi concédés en finale des avantages profitables que l’on refusait d’envisager trois mois plus tôt : surreprésentation forfaitaire abusive pour la minorité flamande au Parlement bruxellois ; présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les collèges communaux ; régionalisation de la loi communale en vue d’offrir à la Flandre des moyens plus vigoureux pour mettre au pas les Francophones de la périphérie.

Et le coq chanta pour la troisième fois

En 2010, la Belgique connut sa plus longue crise politique. Et le cirque recommença. Pour sortir de l’impasse, les Francophones cédèrent une fois de plus. « Madame Non » dut avaler la scission des allocations familiales et Bruxelles-Hal-Vilvorde fut scindé… sans extension territoriale de Bruxelles.

Et le coq chanta pour la quatrième fois

Lors de la campagne pour les élections de 2014, tous les présidents de parti francophones avaient juré de ne jamais s’allier à la N-VA. Mais pour devenir Premier ministre, Charles Michel changea d’avis.

Invité récemment sur le plateau d’une chaîne française, le philosophe Frédéric Lenoir a regretté que les responsables politiques soient davantage animés par leur carrière que par le bien commun.

Bart De Wever le sait déjà. Lorsqu’il mettra le confédéralisme sur la table des négociations après les élections de mai 2019, il finira par trouver un soutien francophone. Soit du MR pour rester au pouvoir, soit du PS pour revenir aux affaires. Le coq wallon chantera pour la cinquième fois.

Avec le confédéralisme, la Wallonie sera contrainte de prendre son destin en mains. Comme vient de le rappeler le président du MR, Olivier Chastel : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie.

L’attrait du pouvoir va donc plonger la Wallonie dans une situation extrêmement difficile. Privés des transferts flamands – quelque 7 milliards d’euros ! – , les Wallons n’auront d’autre choix que de se serrer douloureusement la ceinture.

Une solution : la France

Nous avons eu avec feu Jean Gol, dont le Centre d’études du MR porte le nom, de nombreuses discussions. Nous pouvons attester ici qu’il voyait l’avenir de la Wallonie en France. Paul-Henry Gendebien a également rapporté ce que Jean Gol lui avait confié lors d’une rencontre à Paris : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge, ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il m’avoua (…) qu’il pensait que notre avenir (…) serait français. (…) Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt.

Et si, plutôt que d’imposer un bain de sang social à la Wallonie, le ministre-président MR, Willy Borsus, appliquait le testament de Jean Gol en prenant dès maintenant l’initiative d’un think tank transfrontalier pour baliser une route qui, de toute façon, comme l’avait dit le général de Gaulle, s’avèrera incontournable ?

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.