Jean Gol, Lucien Outers… Des testaments oubliés

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jean Gol et Lucien Outers ont tous deux joué un rôle essentiel au sein de leurs formations respectives, le MR et le FDF.  Le Centre d’études du MR porte d’ailleurs le nom de Jean Gol.

Mais que reste-t-il vraiment de l’héritage des deux hommes ?

Lors du débat pour la présidence du MR en 2011, Charles Michel titilla son challenger Daniel Bacquelaine à propos de son penchant rattachiste, un penchant que partageait pourtant Jean Gol.

Celui-ci connaissait les liens étroits que j’avais avec François Perin et, à de multiples reprises, il me posa la question : « Que pense en ce moment le maître ? ».

Je possède le petit mot manuscrit qu’il adressa à François Perin en 1983, suite à l’article que ce dernier avait écrit pour « Pourquoi Pas ? » et dans lequel, 23 ans avant le « Bye bye Belgium » de la RTBF, il décrivait par le menu la manière dont la Flandre finirait par proclamer son indépendance : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement – il était alors Vice-Premier ministre – en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance (…).

François Perin savait que Jean Gol avait le cœur tourné vers la France. C’est la raison pour laquelle il craqua littéralement en prononçant son éloge funèbre au cimetière de Robermont. Il expliqua plus tard : Il était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de la dislocation de la Belgique. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !

Il savait aussi que le parti réformateur ne poursuivrait pas dans cette voie : Jean Gol est mort, hélas ! Et le testament des morts, vous savez, on s’assied dessus…

Intéressant également est le témoignage apporté par Paul-Henry Gendebien à propos de l’entrevue qu’il eut avec Jean Gol à Paris, alors qu’il était Délégué général de la Communauté française de Belgique : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il ajouta, et ceci compta, ce que j’avais déjà deviné sans difficulté : à savoir que notre avenir (…) serait français. (…) En manipulant (…) un certain nombre d’hypothèses, nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. (…) Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt. Dans la semaine qui suivit, j’appris de bonne source que Jean Gol avait eu – ce jour-là et le lendemain – des rencontres qui n’étaient pas rien dans la politique française.

Lucien Outers laissa, lui aussi, un testament politique sous la forme d’une « Lettre ouverte au Roi », dans laquelle il prônait une discussion pour établir entre les composantes une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun. A défaut de cette volonté de dialogue la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Olivier Maingain a été profondément marqué par Lucien Outers, dont il partage l’élocution élégante, voire un peu précieuse. Mais incarne-t-il bien aujourd’hui l’héritage de son mentor ?

Dans son discours des Fêtes de Wallonie, le ministre-président Willy Borsus a évoqué une Wallonie nouvelle.

Ce n’est ni dans une structure confédérale ni avec un scénario indépendant, que cette Wallonie nouvelle verra le jour, mais bien au sein de la France, via un statut propre, tel que le décrit le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région.

 

Les organes d’auto-administration de la Wallonie pourraient ainsi subsister,  de même que ses compétences, qui seraient même élargies, puisque la Communauté française aurait cessé d’exister. Quant à l’ex-droit fédéral belge, il continuerait, sauf exceptions, à être d’application sous la responsabilité du législateur français.

 

Le délai, écrivait Jean Gol en 1983, est sans doute un peu plus long. Au lendemain des élections de mai 2019, l’échéance risque d’être au-rendez-vous !

 

Il est donc temps que les responsables politiques wallon ôtent leurs œillères. Car il y va, non pas de leurs ambitions personnelles, mais bien de la prospérité des Wallons. Des Wallons qui, comme l’a déclaré Charles de Gaulle en 1967, retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

 

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

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