L’avenir de la Wallonie n’est ni dans l’indépendance ni dans un confédéralisme belge

On trouvera ici la version française de l’article de Jules Gheude publié sur le site de « Knack » :

https://www.knack.be/nieuws/belgie/toekomst-van-wallonie-ligt-niet-in-onafhankelijkheid-of-een-belgisch-confederalisme/article-opinion-1198725.html

En 2011, Elio Di Rupo exprimait sa satisfaction. Il avait dénoué la plus longue crise belge et ainsi, pensait-il, sauvé le pays.

Pour parvenir à ce résultat, il avait dû renier sa promesse – qui était aussi celle des autres présidents de parti francophones : BHV était scindé… sans extension territoriale de Bruxelles.

La sixième réforme de l’Etat n’a fait que complexifier le processus de décision belge. Pour Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal français « Libération », le constat est sans appel : Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons (…) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. Récemment, le chef de la diplomatie, Stef Blok, a également reconnu que la Belgique était invivable.

Certaines personnalités de l’Open VLD, du MR et du CDH plaident aujourd’hui en faveur d’une refédéralisation de certaines compétences. Mais les partis flamingants – du Vlaams Belans à la N-VA en passant par le CD&V – se sont empressés de fermer la porte : pas question de faire marche arrière.

Tout indique que la gauche retrouvera le pouvoir en Wallonie au lendemain des élections du 26 mai 2019. C’est ce qu’attend Bart De Wever, le président de la N-VA, pour mettre son projet confédéral sur la table.

Si les francophones le rejettent, la formation d’un nouveau gouverenement belge sera impossible. Or, qu’est-ce qu’un pays sans gouvernement, si ce n’est un pays qui n’existe pas…

François Perin avait annoncé ce scénario dès 1981 : Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver. Après d’interminables négociations, le malheureux chef de l’Etat se mettre à courir après un gouvernement introuvable. Le pays peut imploser. Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclmaer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons seront alors contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée.

Dans une structure confédérale, la Wallonie devra aussi tirer son plan toute seule. Comme vient de la rappeler Olivier Chastel : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie

Si la Wallonie se voit retirer les quelque 7 milliards que la Flandre lui verse chaque année, elle se trouvera dans une situation budgétaire intenable qui l’obligera à se serrer douloureusement la ceinture. Cela pourra engendrer un climat quasi révolutionnaire, prévient Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Mais le confédéralisme ne sauverait la Belgique que pour peu de temps, car la coquille belge vide apparaîtrait très vite comme superflue.

En fait, Elio Di Rupo n’a que faire de la survie du royaume. Seul le pouvoir importe pour lui. Mais cette fois, il est confronté à un défi crucial, car ses ambitions politiques pourraient conduire à un bain de sang social.

Feu Lucien Outers, qui a joué un grand rôle dans l’histoire du FDF et qui a fortement influencé Olivier Maingain, a écrit, dans les années quatre-vingts, une « Lettre ouverte au Roi ». Il y plaide en faveur d’une discussion pour établir entre les composantes une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun. A défaut de cette volonté de dialogue ; la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vue d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Olivier Maingain doit relire ce passage, lui qui s’accroche désespérément à un fédéralisme que la Flandre a jugé dépassé depuis longtemps (voir les résolutions confédérales adoptées par le Parlement flamand en 1999).

La prospérité de la population wallonne ne viendra ni d’un confédéralisme belge ni d’un statut indépendant. Le président de Gaulle en était intimement convaincu : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation. La fierté de leur langue et de leur culture. Le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humanitaires.

Ce scénario présente encore deux avantages non négligeables. Une Wallonie intégrée en France resterait de facto dans l’Union européenne. Et c’est à la France qu’il reviendrait de négocier avec la Flandre et Bruxelles les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette.

Certes, cela aurait un impact financier pour la France. Mais pas de quoi inquiéter Bercy. La reprise des transferts flamands coûterait moins cher que la suppression de la taxe d’habitation. A cet égard, Jaques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, avait écrit sur son blog, le 9 septembre 2009 : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait.

Le jour où la classe politique wallonne ôtera ses œillères, un avenir prometteur s’offrira à la Wallonie.

 

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