Archives mensuelles : septembre 2018

L’avenir de la Wallonie n’est ni dans l’indépendance ni dans un confédéralisme belge

On trouvera ici la version française de l’article de Jules Gheude publié sur le site de « Knack » :

https://www.knack.be/nieuws/belgie/toekomst-van-wallonie-ligt-niet-in-onafhankelijkheid-of-een-belgisch-confederalisme/article-opinion-1198725.html

En 2011, Elio Di Rupo exprimait sa satisfaction. Il avait dénoué la plus longue crise belge et ainsi, pensait-il, sauvé le pays.

Pour parvenir à ce résultat, il avait dû renier sa promesse – qui était aussi celle des autres présidents de parti francophones : BHV était scindé… sans extension territoriale de Bruxelles.

La sixième réforme de l’Etat n’a fait que complexifier le processus de décision belge. Pour Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal français « Libération », le constat est sans appel : Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons (…) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. Récemment, le chef de la diplomatie, Stef Blok, a également reconnu que la Belgique était invivable.

Certaines personnalités de l’Open VLD, du MR et du CDH plaident aujourd’hui en faveur d’une refédéralisation de certaines compétences. Mais les partis flamingants – du Vlaams Belans à la N-VA en passant par le CD&V – se sont empressés de fermer la porte : pas question de faire marche arrière.

Tout indique que la gauche retrouvera le pouvoir en Wallonie au lendemain des élections du 26 mai 2019. C’est ce qu’attend Bart De Wever, le président de la N-VA, pour mettre son projet confédéral sur la table.

Si les francophones le rejettent, la formation d’un nouveau gouverenement belge sera impossible. Or, qu’est-ce qu’un pays sans gouvernement, si ce n’est un pays qui n’existe pas…

François Perin avait annoncé ce scénario dès 1981 : Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver. Après d’interminables négociations, le malheureux chef de l’Etat se mettre à courir après un gouvernement introuvable. Le pays peut imploser. Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclmaer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons seront alors contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée.

Dans une structure confédérale, la Wallonie devra aussi tirer son plan toute seule. Comme vient de la rappeler Olivier Chastel : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie

Si la Wallonie se voit retirer les quelque 7 milliards que la Flandre lui verse chaque année, elle se trouvera dans une situation budgétaire intenable qui l’obligera à se serrer douloureusement la ceinture. Cela pourra engendrer un climat quasi révolutionnaire, prévient Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Mais le confédéralisme ne sauverait la Belgique que pour peu de temps, car la coquille belge vide apparaîtrait très vite comme superflue.

En fait, Elio Di Rupo n’a que faire de la survie du royaume. Seul le pouvoir importe pour lui. Mais cette fois, il est confronté à un défi crucial, car ses ambitions politiques pourraient conduire à un bain de sang social.

Feu Lucien Outers, qui a joué un grand rôle dans l’histoire du FDF et qui a fortement influencé Olivier Maingain, a écrit, dans les années quatre-vingts, une « Lettre ouverte au Roi ». Il y plaide en faveur d’une discussion pour établir entre les composantes une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun. A défaut de cette volonté de dialogue ; la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vue d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Olivier Maingain doit relire ce passage, lui qui s’accroche désespérément à un fédéralisme que la Flandre a jugé dépassé depuis longtemps (voir les résolutions confédérales adoptées par le Parlement flamand en 1999).

La prospérité de la population wallonne ne viendra ni d’un confédéralisme belge ni d’un statut indépendant. Le président de Gaulle en était intimement convaincu : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation. La fierté de leur langue et de leur culture. Le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humanitaires.

Ce scénario présente encore deux avantages non négligeables. Une Wallonie intégrée en France resterait de facto dans l’Union européenne. Et c’est à la France qu’il reviendrait de négocier avec la Flandre et Bruxelles les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette.

Certes, cela aurait un impact financier pour la France. Mais pas de quoi inquiéter Bercy. La reprise des transferts flamands coûterait moins cher que la suppression de la taxe d’habitation. A cet égard, Jaques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, avait écrit sur son blog, le 9 septembre 2009 : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait.

Le jour où la classe politique wallonne ôtera ses œillères, un avenir prometteur s’offrira à la Wallonie.

 

Certificats verts: le mécanisme sera maintenu, sans nouvelle taxe ou hausse de factures

« Le Vif », Belga, 17 septembre 2018

Le gouvernement wallon s’est finalement accordé, lundi matin, en première lecture, sur le maintien du mécanisme des certificats verts pour les anciens et les nouveaux projets, sans nouvelle taxe ni augmentation de factures mais avec une modification du taux et de la durée d’octroi.

C’est par ailleurs BNP Paribas Fortis qui assurera le financement de la dette liée au système, a annoncé le ministre wallon de l’Energie, Jean-Luc Crucke (MR).

Parallèlement, une proposition de transaction à l’amiable va être proposée aux 11.000 ‘prosumers’ ayant introduit un recours au civil contre la Région wallonne en raison de certificats verts limités à 10 ans, le retour aux 15 ans n’étant, lui, pas à l’ordre du jour.

« Pour avancer vers une solution à l’amiable, il faut une suspension de l’agenda judiciaire. On ne négocie pas avec des kalachnikovs sur la table », a indiqué à ce propos Jean-Luc Crucke en se félicitant par ailleurs de la réponse « simple, juste, globale et définitive » apportée au dossier des certificats verts.

Des visionnaires et des autres

Jules Gheude

Lucien Outers

François Perin

 

 

 

 

 

 

Feu Lucien Outers a compté beaucoup dans l’existence du FDF. Admirateur de Racine, du cardinal de Retz et de Chateaubriand, il mettait un point d’honneur à s’exprimer dans un français élégant, souvent précieux. Nul doute qu’il a exercé une forte influence sur Olivier Maingain.

Mais ce dernier tient à la Belgique, alors que son modèle, dans « Le Divorce belge », publié en 1968, tenait un tout autre discour

s : Ma colère, je la réserve  à ceux  qui, par aveuglement ou par intérêt, veulent nier ce qui fait l’originalité de nos deux peuples, leurs richesses propres et leurs virtualités profondes, dans un amalgame interne qu’ils appellent la patrie.

Wallon d’origine (il était né à Barchon), Lucien Outers avait le cœur tourné vers la Franc

e. Ce n’est pas pour rien qu’il se retrouva en 1985 à Paris, en qualité de Délégué général de la Communauté française de Belgique.

Qui se souvient encore de cette « Lettre ouverte » qu’il adressa au Roi Baudouin et dans laquelle il explique que si, entre les composantes belges, il ne s’établit pas une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (…) la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

François Perin avait tenu un discours identique dans son essai « La Belgique au défi », publié en… 1962 :

Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions  centrales très simples (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Comme Lucien Outers, François Perin envisageait, à terme, une Wallonie devenue graduellement une région de France et soulignait la vocation internationale de Bruxelles.

Olivier Maingain est loin de tout cela. Pour lui, il s’agit de maintenir la structure fédérale de l’Etat, une structure dont le Parlement flamand s’est distancié dès 1999, en adoptant les fameuses résolutions d’inspiration confédérale, défendues principalement à l’époque par le parti démocrate-chrétien.

Aujourd’hui, la N-VA est devenue la première force politique du pays et son président, Bart De Wever, entend bien mettre ce projet confédéral sur la table des négociations au lendemain des prochaines élections législatives.

Dans sa « Lettre ouverte au Roi », Lucien Outers évoquait la nécessité de pouvoir discuter. Mais Olivier Maingain ne veut pas entendre parler de la N-VA, ni de ce confédéralisme qui reviendrait à placer Bruxelles sous la tutelle de la Flandre et de la Wallonie.

La Flandre, comme on le sait, a toujours été réticente au concept de « Bruxelles, région à part entière » et elle n’a pas abandonné l’espoir de la voir tomber à terme dans son escarcelle.

Nous achèterons Bruxelles ! avait lâché un jour le ministre-président flamand CVP Gaston Geens. Pour y parvenir, Bart De Wever, propose que chaque habitant de Bruxelles choisisse librement, indépendamment de sa langue ou de son origine, entre la Flandre et la Wallonie pour ce qui concerne les matières dites communautaires : l’impôt des personnes, le système de sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, l’immigration et l’intégration.

Mais la menace n’existe pas que pour Bruxelles.  Comme vient de le rappeler Olivier Chastel, le président du MR : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie.

Privée des quelque 7 milliards d’euros que la Flandre lui transfère chaque année, la Wallonie ne manquerait pas d’être confrontée à une situation budgétaire intenable, qui l’obligerait à se serrer douloureusement la ceinture. Cela déboucherait sur un climat quasi révolutionnaire, avertit Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Pourtant, Olivier Chastel souhaite la reconduction de la coalition suédoise. Cela suppose donc qu’il est disposé à négocier avec la N-VA la mise sur pied de ce système confédéral.

Le président du PS, Elio Di Rupo, appelle de ses vœux la formation d’une coalition avec Ecolo et Défi. Exit le PTB qui, à ses yeux, n’est pas prêt à prendre ses responsabilités. Mais il reste prudent, en ajoutant : Cela dépendra du choix des citoyens.

Si l’on se base sur les résultats du dernier Baromètre politique, une coalition PS-PTB-Ecolo serait créditée de 49,4%, contre 42,5% pour une coalition PS-Ecolo-DéFi. La différence est sensible !

En portant son choix sur DéFi, Elio Di Rupo inscrit donc ce parti dans la mouvance de gauche, dite progressiste. Olivier Maingain préfère, quant à lui, parler de libéralisme social.

Olivier Maingain ne s’est pas privé de dénoncer les affaires qui ont secoué le monde politique ces derniers temps, et qui ont principalement touché le PS. Il n’ignore pas non plus que la situation difficile de la Wallonie est due en grande partie à la mainmise socialiste. De 1985 à 2017, la ministre-présidence de la Région a en effet été confiée, de façon  quasi ininterrompue, au PS.

Voilà les divers choix qui se présentent à Olivier Maingain, tant au niveau fédéral que régional.

Mais il doit prendre conscience que la détermination qu’il affiche aujourd’hui n’empêchera pas la Nation Flandre de poursuivre la route qu’elle s’est fixée.  Comme l’a rappelé François Perin dans son interview-testament, en 2011 : D’étape en étape, le mouvement a gagné sur toute la ligne.

Une chose est sûre : au lendemain du 26 mai 2019, la formation d’un nouveau gouvernement belge relèvera de la quadrature du cercle. Informateurs, médiateurs, démineurs se succèderont dans un ballet infernal. Au final, le roi pourrait se retrouver nu.