Les candidats aux élections communales profiteront des Fêtes de Wallonie pour se faire voir et vendre leur marchandise

RTBF-Info, 28 août 2018

Jules Gheude – © RTBF

Les candidats aux élections communales profiteront des Fêtes de Wallonie pour se faire voir et vendre leur marchandise. Le ministre-président wallon et le président du Parlement wallon saisiront l’occasion pour mettre en avant les changements opérés depuis un an par la nouvelle majorité et en appeler à la fierté collective. Le Chant des Wallons sera entonné à pleins poumons, le péket coulera à flots et l’on rira de bon cœur aux vannes du curé distillées lors de la traditionnelle messe en wallon, avant de se séparer sur l’air du Bia bouquet.

Il est vrai que l’humour du curé lui permet aussi d’asséner quelques vérités brutales et de dénoncer les travers d’une société trop souvent égoïste et aveugle.

Mes d’jins, si vous saviez !

Il paraît, selon les analyses de l’Iweps (Institut wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique), que les Wallons se sentent avant tout belges et que 93% d’entre eux sont farouchement opposés à la séparation du pays.

Présent dans l’assemblée, à titre d’invité officiel, le ministre-président flamand N-VA ne peut s’empêcher d’afficher un léger sourire. Il sait, lui, que ses six millions de concitoyens constituent une véritable nation, qui verse chaque année à la Wallonie quelque 7 milliards d’euros. Et il se dit en lui-même : Profitez-en bien, les petits, car l’extinction de ces transferts est programmée. Comme est aussi programmée, pour la N-VA, l’émergence d’une République flamande souveraine (article 1er des statuts).

Les responsables politiques francophones se gardent bien d’aborder le sujet. En 1999, lorsque le Parlement flamand a approuvé les fameuses résolutions d’inspiration confédérale, ils n’ont d’ailleurs pas saisi l’importance de l’événement. Tout se passe, dans leur esprit, comme si la Belgique fédérale était vouée à l’éternité. D’aucuns proposent même aujourd’hui de ramener certaines compétences dans le giron de l’Etat central. Ils appellent cela refédéraliser. Car il est vrai que les six réformes de la Constitution opérées depuis 1970 ont rendu le mille-feuille institutionnel indigeste, voire immangeable.

Mes d’jins ! Savez-vous exactement ce qu’est le confédéralisme ? Non, ce n’est pas le fédéralisme des cons, comme l’a un jour défini Francis Delpérée. C’est une manière d’aller au séparatisme en toute légèreté. Pas de révolution, mais un processus évolutif, pour reprendre les termes de Bart De Wever, le président de la N-VA.

On ne va pas démolir directement la baraque belge. On va d’abord la dépouiller de l’essentiel de ses meubles pour les confier à deux propriétaires, Monsieur Flandre et Madame Wallonie, entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir le régime qu’il souhaite pour ses formalités « personnalisables » : impôt des personnes, régime de sécurité sociale, etc.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre la suite : la baraque belge ne servant plus à rien, autant la dynamiter !

En prononçant son discours aux Fêtes de Wallonie, Willy Borsus, le ministre-président wallon ne pourra s’empêcher de songer à l’an prochain. Car si les sondages actuels se confirment, il y a de fortes chances pour que le discours 2019 soit confié à un(e) socialiste !

Au lendemain des élections du 26 mai 2019, Elio Di Rupo s’empressera de constituer une coalition de gauche avec le PTB et Ecolo (peut-être même avec DéFi…), tandis qu’informateurs, médiateurs, conciliateurs et autre démineurs se succéderont en un ballet sans fin. En 2010, le cirque a duré 541 jours !

La mise sur pied d’une coalition de gauche en Wallonie sera du pain bénit pour Bart De Wever. Elle reflètera, en effet, sa définition de la Belgique : Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties. Aussi, en fin stratège qu’il est, attendra-t-il patiemment que les négociations s’embourbent pour mettre le dossier du confédéralisme sur la table. Pour ce faire, il pourra compter sur le soutien du CD&V, dont le président Wouter Beke a confié, en 2007, au journal québécois « Le Devoir » : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Toute la question est là : le PS finira-t-il par lâcher du lest ? Si l’on en juge par les épisodes précédents (le lâchage de José Happart et le maintien des Fourons en Flandre en 1988 ; les concessions que l’on se refusait d’envisager et que l’on finit par faire en 2001 en échange d’un maigre refinancement de la Communauté française ; la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension territoriale de Bruxelles en 2012), la chose n’est pas à exclure.

Comme l’a fort justement écrit Paul-Henry Gendebien dans son livre « Belgique – Le dernier quart d’heure » en 2006 : « On n’entendit plus les matamores se proclamant ‘non-demandeurs’. (…) La barricade francophone était en papier mâché. »

Elio Di Rupo, Paul Magnette et consorts n’ignorent toutefois pas que, privée des transferts financiers en provenance de Flandre, la Wallonie serait confrontée à une situation budgétaire intenable, qui l’obligerait à se serrer drastiquement la ceinture.

Professeur d’économie émérite de l’Université de Liège, Jules Gazon s’est penché sur le cas d’une Wallonie livrée à elle-même. Son constat est sans appel :  La seule solution serait une diminution drastique des dépenses publiques wallonnes. Une diminution de 25% s’imposerait. Cela signifie qu’on devrait lourdement élaguer dans les allocations et les salaires de la fonction publique. Dans un tel cas de figure, un climat quasi révolutionnaire naîtrait en Wallonie. Des allocations et des salaires plus bas pour le personnel de l’Etat affaibliraient la demande intérieure wallonne, ce qui rendrait une relance économique encore plus difficile. 

Mes d’jins, si vous saviez !

Pour sauver, de façon éphémère, la cadre belge et revenir quelque temps au pouvoir, Elio Di Rupo prendra-t-il ce risque ? Ou, se souvenant des propos tenus jadis par le général de Gaulle – J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons – , estimera-t-il que le moment est enfin venu de prendre langue avec les autorités françaises pour négocier un statut d’intégration-autonomie ?

Jules Gheude est essayiste politique. Depuis 2010, il anime le Gewif (Centre d’étude pour la Wallonie intégrée à la France).

Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes » (Mon Petit Editeur, Paris, 2016). La version néerlandaise de ce livre est parue chez « Doorbraak.Boeken » : « Waals Testament – Ongemakkelijke waarheden over de toekomst van België » avec une préface de Bart Maddens (KU Leuven).

 

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