La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée.

L’on trouvera ici la traduction de l’opinion de Luc Van der Kelen, ancien éditorialiste de « Het Laatste Nieuws » et conseiller politique de B-Plus, publiée sur le site de « Knack » (http://www.knack.be/nieuws/belgie/de-volgende-regeringsvorming-wordt-kantje-boord/article-opinion-1185923.html).

Voilà quatre ans que notre pays jouit d’une apparente stabilité politique. Hormis quelques chamailleries, nous n’avons même pas connu un « parfum de crise » en Flandre depuis 2014. Je fais une exception pour la Belgique francophone, où il s’est produit un changement de régime en Wallonie. Mais même alors, cela n’a pas agité les eaux fédérales.

C’est surprenant, lorsque l’on compare la situation avec les pays qui nous entourent. L’Allemagne a connu l’une des plus longues crises politiques depuis la guerre. En France, Macron a perpétré un coup d’Etat et le Royaume-Uni connaît la crise la plus grave depuis les Falklands.

J’écris intentionnellement “apparente”, car le problème en Belgique est en effet que la stabilité semble exister, mais qu’à chaque moment elle peut disparaître. En général, nous réglons cela avec une réforme de l’Etat, mais même cette merveilleuse méthode belge a ses limites. À un moment donné, il n’y aura en effet plus rien à réformer, parce que tout paraîtra avoir déjà été réformé. Nous approchons de ce stade à grands pas.

Un moment charnière

Le plus étonnant, c’est qu’après une longue période avec deux élections sur des thèmes communautaires, un gouvernement a vu le jour, dominé par un parti communautaire, mais sans le moindre thème communautaire dans l’accord gouvernemental. La manière dont la N-VA a amorcé son « virage de Bracke », fut le moment charnière le plus étrange des dix dernières années.

Reste à savoir si cela va durer. Quand nos regards se tournent vers 2019, il n’est absolument pas certain qu’un nouveau gouvernement fédéral sera constitué avant la fin de l’année. Cela dépend tout simplement des éventualités. Il suffit parfois d’un seul siège pour que le pays bascule de nouveau à gauche.

Il est toujours dangereux d’utiliser les sondages comme instrument pour des prévisions politiques. Mais mettons de côté nos réserves à l’égard des sondages. Quand nous transposons les résultats en sièges parlementaires, au niveau fédéral et régional, il n’y a qu’une conclusion : la formation du prochain gouvernement sera très serrée.

Le gouvernement-bisbilles Michel I est parvenu, en effet, à faire s’écailler dans les derniers sondages la majorité relativement large sur laquelle elle pouvait s’appuyer. En Flandre, la droite reste dominante ; chez les francophones, c’est la gauche. Ici l’inversion est en cours : un seul parti francophone au gouvernement fédéral offre une portée politique trop restreinte. Si le plus grand parti francophone perd des plumes, cela n’engendre pas un renforcement des forces de centre-droit, mais une poussée de l’extrême-gauche. La perte du PS ne va donc pas au MR ou au CDH, mais plutôt au PTB.

La N-VA à son apogée ?

En Flandre, la vague de droite semble avoir atteint son apogée. C’est notamment le cas pour la N-VA, qui est confrontée à une sorte de « mouvement yoyo ». Il n’y a plus de croissance. Le parti s’érode régulièrement, vers les 25%, (…) L’Open VLD peut peut-être se maintenir, mais le CD&V a trop de concurrence à droite et à gauche. Tout cela peut-il se terminer autrement que par une déception ?

Cela ne présage rien de bon pour la coalition suédoise, parce qu’elle repose en grande partie sur les partis flamands de droite, comme la N-VA, le CD&V et l’Open VLD. Si le MR, en tant que seul parti francophone de la majorité, ne parvient pas non plus à capitaliser sur sa position particulière, alors la coalition gouvernementale ne pourra maintenir sa majorité et le gouvernement wallon risque de retrouver une coalition de gauche. Celui qui suit un peu les rapports politiques en Belgique, sait sur quoi cela peut déboucher : Michel II, un rêve éveillé.

Saisir la chance ?

Un stratège politique comme Bart De Wever sait que, dans ce cas, il doit attendre sa chance et la saisir si l’occasion se présente. Car l’impasse politique peut évidemment durer longtemps, mais il faudra bien finir par prendre une décision. S’il y a peu d’alternatives, De Wever peut mettre le confédéralisme sur la table. Le PS bloquera-t-il à nouveau ? Pour Magnette, Di Rupo et consorts, le pouvoir en Belgique francophone est trop crucial pour cela. Le niveau fédéral vient pour eux à une place secondaire. Gouverner dans sa propre région l’emporte.

En attendant, nous sommes proches des premières élections du diptyque 2018/2019. En Flandre, la lutte pour le titre de plus grand parti populaire sera menée entre le CD&V et la N-VA. En Wallonie, PS et MR se répartiront les villes et communes, comme auparavant.

L’élément communautaire sera très peu présent ici. Seulement à Bruxelles et dans les environs, cela peut faire débat, surtout avec DéFi. La capitale a besoin d’un rafraîchissement administratif après les scandales des dernières années. Une réforme interne de Bruxelles est une chance que les trop nombreux politiques de la capitale doivent saisir. Les habitants peuvent y trouver leur avantage.

Malgré la position forte de la N-VA, une réforme de l’Etat est n’est pas si vraisemblable en 2019, à moins que la politique ne se bloque complètement. Mais il y a encore naturellement des joueurs qui peuvent contribuer à bâtir une coalition. Les Verts, par exemple, pour une réédition de l’arc-en-ciel. Et qui dit que nous connaissons déjà tous les joueurs ? Il n’est pas exclu qu’un nouveau parti populiste voie le jour, à l’extrême-gauche ou à l’extrême-droite, qui pourrait connaître le succès, comme le parti de Thierry Baudet aux Pays-Bas.

Circonscription électorale fédérale

Aujourd’hui, la chance est faible pour de grandes réformes administratives. Même pour la refédéralisation de certaines compétences, comme le commerce extérieur, ou pour l’introduction d’une circonscription électorale fédérale, ce qu’une organisation comme B-Plus continue de défendre.

En Flandre, les partis flamingants, du Vlaams Belang à la N-VA en passant par le CD&V, n’y sont pas favorables. On trouve juste quelques voix positives chez les Jeunes CD&V. Reste aussi à savoir comment les parlementaires fédéraux pourront trouver leur chemin au Parlement. Adhèreront-ils à la droite ou à la gauche ? Ou chacun choisira-t-il selon sa préférence ? Dans son exécution pratique, la circonscription électorale fédérale n’est pas encore à terme.