Un ballon de football en une urne sont deux choses bien distinctes

On trouvera ici la version française de l’opinion de Jules Gheude, publiée sur le site de « Knack » :

http://www.knack.be/nieuws/belgie/een-voetbal-en-een-stembus-zijn-toch-twee-verschillende-dingen/article-opinion-1174841.html

Les commentateurs francophones voient, dans l’euphorie populaire qu’ont suscitée les prestations des Diables Rouges, la preuve que la Belgique constitue une communauté soudée. Un journaliste de RTL-TVI a même revêtu une tenue tricolore pour présenter le JT. On veut ainsi se convaincre que les querelles communautaires ne reflètent pas la réalité : ce ne sont que de petits jeux politiques, la Belgique est bel et bien une nation forte.

Mais  un ballon de football et une urne sont cependant deux choses bien distinctes.

En 2014, 32,4% des Flamands ont voté pour la N-VA, un parti qui plaide clairement pour la formation d’un Etat flamand. Ils n’y ont pas été forcés, c’était l’expression de leur libre pensée.

Depuis 1970, six réformes de l’Etat ont été menées, vidant progressivement le pouvoir central de sa substance au profit des régions et communautés.

En 1999, le Parlement flamand s’est exprimé en faveur du confédéralisme et le président de la N-VA, Bart De Wever, a d’ores et déjà annoncé que ce projet se trouverait sur la table des négociations au lendemain des élections de 2019. Si la chose se concrétise, la Belgique ressemblera à une coquille vide, qui sera, à terme, jugée superflue.

De cela, le professeur et philosophe Philippe Van Parijs ne veut rien savoir. Il pense que la Belgique a un avenir grâce à l’usage généralisé de la langue anglaise.

Philippe Van Parijs était présent au colloque que le Cercle Condorcet de Liège a organisé, le 2 avril 2011, sur le thème « L’Après-Belgique ». Je lui ai alors demandé : La Flandre est-elle pour vous une nation ? Il m’a répondu par l’affirmative.

C’est précisément là que se situe le problème. Comme François Perin l’a un jour dit : Il n’y a pas place, dans ce petit pays, pour deux nations : la belge, si tant est qu’elle ait jamais existé, et la flamande.

A l’occasion de la Fête flamande, ce 11 juillet, le ministre-président flamand Geert Bourgeois a tenu à mettre les points sur les i : Aujourd’hui, nous sommes incontestablement un peuple. Aujourd’hui, nous sommes indéniablement une nation. (…) Notre langue, le néerlandais, est le cœur de notre identité flamande collective. La langue jette des ponts. La langue fait que l’on appartient à une culture, à une communauté.

En d’autres termes, Philippe Van Parijs mène un combat d’arrière-garde, qui ne parviendra pas à empêcher la fin programmée de la Belgique. Avec les négociations qui suivront les élections de 2019, nous serons à mille lieues de la passion footballistique.

En 2010, 541 jours furent nécessaires pour former un gouvernement  belge. En 2019, la situation sera encore plus compliquée. Que fera le roi si les négociations aboutissent dans une impasse totale ? Un Etat sans gouvernement est un Etat qui n’existe plus. Et ici, les Diables Rouges ne seront d’aucun secours.