Baromètre politique: N-VA imperator… MR et PS dans un mouchoir

RTBF Info, 27 mars 2018

La N-VA peut triompher! Elle est le seul grand parti au pouvoir à ne pas perdre de plumes par rapport au dernier scrutin. Avec ce baromètre, les nationalistes retrouvent leur niveau (historique) de mai 2014. Par contre, ses alliés tant en Flandre qu’au fédéral perdraient des électeurs et donc des sièges de députés. A elle seule, la N-VA devrait même permettre à l’actuelle majorité fédérale de se succéder à elle-même. A Bruxelles et surtout en Wallonie, on est loin du compte.

Ce nouveau baromètre a été réalisé par téléphone (c’est le seul dans ce cas en Belgique) par Kantar TNS à la demande de la VRT, du Standaard, de La Libre et de la RTBF.

Wallonie: cela s’annonce serré !

Cette fois, le MR passe devant le PS… pour 0,9%. Lors de notre dernière enquête (octobre 2017) le PS devançait le MR de 0,1%. Autant dire que cela risque d’être serré d’ici les élections du 26 mai 2019. Mais il faut également constater que les deux formations sont en recul par rapport au dernier scrutin fédéral: un peu pour les libéraux (-1,7%), énormément pour le PS (-8,8%). Le MR paie sans doute la faible popularité du gouvernement Michel au sud du pays (voir par ailleurs) et les socialistes un cocktail mélangeant usure du pouvoir et affaires politico-financières. Bonne nouvelle par contre pour les deux formations: ils remontent par rapport à notre dernier baromètre.

A la différence, ECOLO est en pleine forme: +9,3% par rapport à son résultat de 2014, très mauvais il est vrai dans l’histoire de l’écologie politique en Belgique. Avec 17,5% des intentions, les Verts sont désormais plus proches des deux premiers que du quatrième.

Si le cdH reste en deçà de son dernier score électoral (-2,9%), il reprend un peu de couleurs et devancerait désormais le PTB qui s’essouffle dans les intentions de vote. Les compagnons de Raoul Hedebouw doubleraient leur score électoral (de 5,5% à 10,6%) mais se situent cette fois bien en dessous du dernier baromètre (14,8%). Le PTB passerait-il de mode?

DeFI confirme une première implantation en Wallonie (5,6% soit + 3,2%) tandis que le Parti Populaire, à la droite du MR, serait en recul (-1,1%).

MR et cdH ne disposeraient plus d’une majorité pour continuer à gouverner ensemble la Wallonie. Une majorité MR-PS serait minoritaire en voix mais peut-être pas en sièges. Des tripartites MR-ECOLO-cdH ou PS-ECOLO-cdH voire PS-PTB-ECOLO restent elles possibles.

Enfin, une nouvelle fois, et cela reste inédit dans l’histoire politique wallonne: la « gauche non-socialiste » (ECOLO, PTB) pèse plus que le seul vénérable parti socialiste.

Bruxelles: cela s’annonce serré (bis)!

L’affaire du Samu Social ne serait-elle plus qu’un mauvais lointain souvenir pour les socialistes bruxellois?

En tout cas, dans les intentions de vote, le PS redresse vigoureusement la barre: passant de 15,1% dans notre baromètre d’octobre à 21,8% cette fois! Il est même en tête tout en perdant toutefois 3,1% par rapport au scrutin de 2014. Même tendance à long terme pour le MR (-2,9% par rapport à 2014) qui se tasse quant à lui par rapport à notre baromètre d’octobre. Cela permet au PS de retrouver symboliquement la tête dans la région-capitale.

Derrière, ECOLO retrouve comme en Wallonie des couleurs par rapport à son très mauvais scrutin de 2014 ( +5,2%) mais lui aussi se tasse par rapport à notre baromètre d’octobre. Le même constat vaut pour DéFI: mieux qu’au dernier scrutin mais moins bien qu’au dernier sondage. Un effet sans doute du redressement socialiste.

De même, le cdH semble retrouver un peu de couleur sondagière et confirmerait quasiment son score de 2014 (-0,3%). Aurait-on enterré trop vite les démocrates-humanistes bruxellois?

Du côté des partis flamands bruxellois, la N-VA reste le préféré.

Flandre: la N-VA écrase tout !

Sondage sans doute historique pour la N-VA: pour la première fois elle retrouve (au dixième près) son (excellent) score de mai 2014 et tous ses adversaires reculent! Si cela se confirmait dans les urnes, les nationalistes pourraient pavoiser, ils seraient incontournables, à moins d’une improbable quadripartite.

Avec 32,4%, les troupes de Bart De Wever feraient quasiment… le double du CD&V (16,4% soit -2,2%). Autant dire que les lignes politiques choisies semblent confortées, en Flandre à tout le moins.

Autre élement « historique »: les socialistes sous la barre des 10%, du jamais vu ! A gauche, Groen ( + 5,2%) et PVDA (+ 2,1%) progresseraient mais sans atteindre les proportions de leurs homologues francophones.

Les libéraux se tassent (-0,8%) tandis que le Vlaams Belang continue de mordiller l’électorat à droite de la N-VA ( +1,7%) ce qui rendra cette dernière d’autant plus inflexible sur les dossiers de la migration ou d’identité ou de sécurité.

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A un peu plus de six mois des élections communales et provinciales, ce baromètre conforte la plupart des tendances précédentes

La N-VA pète la forme et ne manquera de le faire savoir d’ici les prochaines échéances, ses électeurs l’ont retrouvée. On peut parier qu’elle maintiendra la même ligne tant sur la sortie du nucléaire, les visites domiciliaires ou les économies dans la Sécurité Sociale. Bart De Wever va garder le cap… et tant pis pour ses alliés qui devront s’y faire.

Au sud du pays, cela sera à couteaux tirés entre MR et PS. Ce dernier semble retrouver un tout petit peu de vigueur mais cela reste fragile. Le MR peut espérer garder la tête en Wallonie mais il lui faudra trouver un autre allié que le seul cdH.

Enfin, seul le verdict des urnes permettra de savoir jusqu’à quel point le PTB a été (ou pas) une « bulle sondagière ».