Echec au Roi !

Jules Gheude

On trouvera ici la version française de l’opinion de Jules Gheude publiée sur le site de Doorbraak : https://doorbraak.be/rafale-belgie/

Le PS, le CDH et Ecolo se trouvent dans l’opposition au niveau fédéral. Ces trois partis tiennent à la Belgique. Mais en réclamant la démission du secrétaire d’Etat à l’Asile et à l’Immigration, Théo Francken, c’est la survie même de ce Royaume qu’ils compromettent.

Théo Francken appartient, en effet, à la N-VA, le parti le plus puissant du pays et dont les intentions sont on ne peut plus précises quant à l’avenir de celui-ci. A travers le confédéralisme que la N-VA entend instaurer, c’est bel et bien la fin de la Belgique qui est programmée. On dépiaute le Royaume avant de constater que son existence est désormais superflue. Pour la Flandre prospère, le destin est alors tout tracé : une République souveraine au sein de l’Europe.

Bart De Wever, dont nous avons maintes fois souligné les qualités de stratège, n’entend nullement lâcher son secrétaire d’Etat : Si Théo Francken démissionne, la N-VA quittera la coalition gouvernementale.

Le Premier ministre Charles Michel a beau dire qu’il n’est nullement impressionné par la menace, il n’en demeure pas moins que sa situation est extrêmement chancelante.

Dans un autre domaine, celui du sort des centrales nucléaires, le leader de la N-VA s’est également distancié du Premier ministre, en déclarant que le « pacte énergétique », que Charles Michel veut adopter dans les meilleurs délais, devait constituer l’un des thèmes majeurs de la campagne pour les élections législatives de 2019.

Bref, le torchon brûle dans la maison suédoise.

Il ne fait aucun doute que la N-VA, qui occupe la première place sur le podium des sondages, aurait tout intérêt à retirer aujourd’hui  la prise.

Une crise gouvernementale, dans les circonstances présentes, ne pourrait en effet qu’entraîner des élections anticipées. Et l’on sait à quel point le Nord est sensible au thème de l’immigration/sécurité.

Des élections anticipées ne manqueraient donc pas de gonfler les voiles des nationalistes flamands. N-VA et Vlaams Belang sont aujourd’hui crédités de quelque 40%. Au Sud, en revanche, la gauche reste majoritaire, avec un PS talonné par le PTB.

On imagine aisément la difficulté devant laquelle se trouverait le souverain. Le malheureux chef de l’Etat se mettrait à courir après un gouvernement introuvable. La Belgique peut disparaître par implosion, avait écrit le clairvoyant François Perin en 1981, 25 ans avant le fameux docu-fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF…

Un Etat sans gouvernement, est un Etat qui n’existe plus. Devant ce constat, le Parlement flamand, fort de sa légitimité démocratique, pourrait alors proclamer unilatéralement l’indépendance de Flandre. Déjà Nation, comme le stipule le préambule de la « Charte pour la Flandre », adoptée en 2012, la Flandre deviendrait ainsi Etat. Il suffit de 50,1% des voix pour ce faire et l’on sait qu’un parti comme le CD&V, qui a d’ailleurs composé un cartel avec la N-VA en 2004, est loin d’être exempt de velléités flamingantes. Souvenons-nous de cette déclaration de l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Au CD&V, certains, tel Eric Van Rompuy, ne se privent d’ ailleurs pas pour émettre des considérations fort critiques à l’égard du gouvernement.

La marge de manœuvre dont dispose Charles Michel est, on le voit, quasi inexistante. Soit il conserve Théo Francken, quelles que soient les conclusions de l’enquête en cours, et obtient peut-être alors de la N-VA le feu vert pour mener le pacte énergétique à bonne fin. Soit ce scénario s’avère impossible, et il n’a d’autre choix que de rendre son tablier.

Bart De Wever n’est certes pas homme à plier. Il sait que, quoi qu’il arrive, il a la maîtrise du jeu : échec au Roi !

Si la Belgique devait connaître une fin prématurée, la question du remplacement des avions de combat ne se poserait plus.

On sait que, dans ce cas, la Wallonie se trouverait dans une situation financière intenable et que la seule solution pour elle serait une intégration à la République française, avec un statut particulier de large autonomie. Pour le constitutionnaliste français Didier Maus, il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région.

 (http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/wallonie-francaise—cadre-constitutionnel—entretien-avec-didier-maus-constitutionnaliste-francais).

L’on verrait alors le Rafale fendre le ciel wallon, avec, au sol, une armée digne de ce nom !