Il est vain de mener des barouds d’honneur contre des processus irréversibles.

Jules Gheude

La version néerlandaise de cette opinion a été publiée sur le site de Doorbraak : https://doorbraak.be/onomkeerbare-ontwikkelingen-helpen-achterhoedegevechten/

Les droits civils et politiques figurent parmi les valeurs que nous défendons. Cette défense doit être totale et ne peut souffrir des approches à géométrie variable.

Comment l’Union européenne peut-elle ne pas réagir face à l’oppression – car c’est bien de cela qu’il s’agit – dont sont aujourd’hui victimes les dirigeants catalans ?

Ainsi, en 2017, dans un pays qui se revendique de la démocratie, on « embastille » des personnes élues légitimement, au seul motif d’avoir appliqué leur programme.

Ne savait-on pas, au moment où on leur a permis de se présenter aux élections, que l’indépendance qu’elles revendiquaient était incompatible avec la Constitution espagnole ?

Le fait est qu’avec 47,8% des suffrages exprimés, les formations indépendantistes disposent de la majorité absolue au Parlement régional. Qualifier de sédition le fait que cette majorité ait proclamé l’indépendance de la Catalogne constitue dès lors une violation flagrante du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui souligne le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

On peut également s’interroger sur la validité de la décision de la Cour constitutionnelle de Madrid de s’opposer à l’organisation du référendum du 1er octobre, de même que sur la violence dont a fait preuve Madrid pour entraver la tenue de cette consultation. Londres, on s’en souvient,  avait autorisé le référendum écossais sur l’indépendance.

En Belgique, le Roi a fait le serment de maintenir l’intégrité du territoire. Cela ne l’a pas empêché d’accepter la présence de la N-VA au gouvernement, alors que l’article 1er des statuts de ce parti prône une République flamande au sein de l’Europe.

Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, n’a-t-il pas déclaré, en octobre 2016 : Si la N-VA et le Vlaams Belang obtiennent la majorité absolue, nous exigerons l’indépendance.

Et si la chose se produisait ? Si une majorité absolue se dégageait au Parlement flamand pour proclamer l’indépendance de la Flandre ? Si la fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF devenait réalité ?

Le Roi et les autorités belges auraient beau pousser des cris d’orfraie, que pourraient-ils donc faire ?

On imagine mal le Parquet général procéder à des arrestations. Dans « La Meuse » du 28 avril 1981, l’éminent constitutionnaliste François Perin  avait écrit : Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future nationalité. (…) Jamais l’Europe, ni l’OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ?

Ne sacralisons surtout pas les Etats-Nations ! Car ils se sont constitués au gré des guerres et des mariages princiers, sans le moindre égard pour les populations concernées. Que celles-ci se fassent entendre aujourd’hui pour définir la façon dont elles entendent vivre, ne peut être que salué !

Rien ne dure éternellement. Tout change.

L’URSS n’existe plus. L’Allemagne s’est réunifiée. La Tchécoslovaquie s’est scindée. La Fédération yougoslave s’est démantelée. Le Royaume uni est sorti de l’Union européenne.

Aujourd’hui la Catalogne. Demain l’Ecosse et la Flandre. Il est vain de mener des barouds d’honneur contre des évolutions irréversibles.

La sagesse consiste à les reconnaître en se disant qu’elles n’entraîneront jamais l’apocalypse.

 

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