Catalogne – « Plus légitime que le référendum »

« Vers l’Avenir », Martial Dumont, 28 octobre 2017

Michel Hermans, vous êtes politologue et spécialiste des questions internationales à l’ULg: comment analysez-vous la déclaration d’indépendance de la Catalogne?

Assez simplement: tout ce qui arrive est de la faute de Madrid. Si on avait laissé le référendum se dérouler, comme ce fut le cas en Écosse, les choses se seraient estompées. Et les velléités d’indépendance se seraient calmées. On a aussi vu ce scénario se dérouler au Québec et même en Corse, par le passé. En voulant faire respecter le droit constitutionnel, Madrid a commis une erreur qui risque d’avoir de graves conséquences dans un futur proche.

Lesquelles?

Il paraît clair que la Catalogne va rester sous domination espagnole. Mais ceci, comme la violence qui a entouré l’organisation du référendum, risque d’être la cause de conflits permanents entre Madrid et les Catalans. Et de faire de la Catalogne, économiquement et touristiquement très importante pour l’Espagne, une région instable, comme le fut le Pays basque par le passé.

On doit craindre des attentats?

On peut difficilement comparer les deux situations: nous ne sommes plus sous Franco. Mais dans tous les camps, il y a toujours des têtes brûlées. Et on est, désormais, dans un rapport de forces entre l’Espagne et la Catalogne.

Le gouvernement espagnol a déjà annoncé la mise sous tutelle de la Catalogne: c’est de nature à apaiser les choses?

Non, c’est même tout le contraire: ça va mettre de l’huile sur le feu. D’autant que cette déclaration d’indépendance, qui émane d’un gouvernement catalan dont les membres ont été élus démocratiquement, est beaucoup plus légitime qu’un référendum dont les résultats ont, forcément, été déformés. Les semaines et les mois à venir vont être difficiles pour le gouvernement espagnol, surtout quand on connaît sa fragilité. Certes, il a le soutien de l’Europe, mais il ne dispose pas de la majorité absolue chez lui.

Quelles conséquences doit-on craindre à l’échelle européenne?

C’est un problème de plus pour l’Europe, qui n’avait pas besoin de ça après le Brexit. Et ça pourrait avoir un effet boule de neige: l’Écosse pourrait en profiter pour demander à nouveau son indépendance, les Corses vont peut-être se réveiller, et on connaît la situation dans le Nord de l’Italie…