«On ne demande pas l’impossible»

Pascale Serret, « Vers l’Avenir », 14 octobre 2017

Les entreprises wallonnes livrant au gouvernement une liste des mesures à boucler avant l’échéance de 2019. Une « short list » pour un « short timing ».

Olivier de Wasseige est le patron des patrons wallons depuis un mois. Il débute. Tout comme une partie des ministres wallons.-Photo News

«Vingt mesures pour booster l’économie wallonne avant la fin de la législature»: le nouveau patron de l’Union wallonne des entreprises (UWE), Olivier de Wasseige, rencontre en ce moment les ministres du nouveau gouvernement wallon, avec un plan de soutien à l’économie en 20 points. Puisque l’équipe MR-cdH a annoncé du changement…

Olivier de Wasseige, proposer 20 mesures à prendre avant la fin de la législature, c’est faisable? Dix-huit mois, ça fait court…

Oui, c’est faisable. Et nous ne sommes pas fous: on n’attend pas d’eux qu’ils prennent en 18 mois des mesures qui réclameraient 5 ans. Exemple: les friches industrielles. On demande un plan d’assainissement mais on ne s’attend pas à ce que 1 000 hectares soient assainis d’ici à 2019.

Bref, vous ne demandez pas l’impossible…

Non. Et au-delà du court terme, on demande aussi au gouvernement wallon de définir une stratégie à moyen terme. En 18 mois, je suis d’accord, on ne va pas faire une révolution. On ne s’attend pas à ce que l’industrie wallonne passe de 13% à 20% dans le PIB d’ici à 2019. Mais il faut appliquer certaines mesures pour atteindre les objectifs du conseil de l’industrie dans un délai réaliste.

Vous notez que la Wallonie plafonne encore à 80% du PIB moyen européen alors que «certains choisissent l’immobilisme». Vous parlez de qui?

Quand un syndicat lance une grève tournée au départ vers la fonction publique mais qu’il demande quand même de bloquer certaines entreprises privées, on est dans un climat social négatif. Nous, on veut un esprit positif.

Ça ne se décrète pas…

Non. Mettons que chacun doit travailler à cet état d’esprit.

Vous voulez que soit redéfini le rôle des pôles de compétitivité. Vous trouvez que ça ne marche pas bien actuellement?

Si. Mais ils doivent avoir un rôle plus inspirant pour les projets de recherche. Les pôles de compétitivité doivent développer davantage leur vision, leur force de suggestion. Ils pourraient être plus proactifs.

Quand vous évoquez l’image de la Wallonie dans votre liste, vous appelez à une meilleure coordination entre le fédéral et la Région. Et vous citez les traités européens, le Brexit ou les licences d’armes. Vous pouvez expliquer?

C’est vrai que ce serait bien d’avoir le même traitement des dossiers sur le plan international. Pour le Brexit, au fédéral, c’est Kris Peeters (NDLR: Commerce extérieur) qui gère le dossier. Mais le gouvernement wallon doit avoir de son côté une approche cohérente et complémentaire à celle du fédéral. Il doit aussi aller vers les entreprises wallonnes et s’inquiéter de l’impact que peut avoir le Brexit à ce niveau.

Et pour les licences d’armes?

On ne peut pas aller à l’encontre des entreprises wallonnes. Il faut rester cohérent par rapport à ce que font les entreprises d’autres pays. Ne soyons pas plus catholiques que le pape…

Le gouvernement MR-cdH est réputé proche du monde patronal. C’est du velours, pour l’UWE?

Je jugerai en fonction des résultats en 2019. On sent en tout cas une écoute. On a eu un premier retour positif. Ça ne veut pas dire que ce n’était pas le cas avec l’ancien ministre de l’Économie Jean-Claude Marcourt (PS). Mais ici, il y a une stratégie intégrée. Marcourt nous soutenait beaucoup, notamment avec le «plan numérique». Mais, dans le même temps, le ministre Christophe Lacroix (Budget, PS) voulait taxer les robots…

Votre prédécesseur à la tête de l’UWE, Vincent Reuter, travaille désormais au cabinet du ministre-président Borsus. Ça peut faciliter les choses pour vous?

En tout cas, il peut donner des impulsions, puisqu’il connaît bien la matière. On peut gagner en efficacité et en rapidité.

Quelques mesures en 5 axes

  1. Favoriser la croissance des entreprises

Sélectionner les premières mesures pour doper la part de l’industrie wallonne dans le PIB ; redéfinir le rôle des pôles de compétitivité ; assurer l’attractivité de la Wallonie auprès des investisseurs étrangers ; mettre en œuvre les zones franches ; définir un plan de 10 ans pour réhabiliter plus de 1000 ha de friches industrielles.

  1. Miser sur le numérique

Installer le très haut débit dans les zones d’activité économique sur base de la carte géographique réalisée ; très haut débit et Wifi dans les écoles, outils numériques dans 500 écoles/an…

  1. Enseignement/formation en adéquation avec les besoins des entreprises

Réalisation des priorités UWE du contrat de gestion du Forem (bilan de compétitivité, formations métiers en demande, etc.) ; intégrer les nouveaux profils métiers dans l’enseignement  et la formation en alternance ; faire l’état des lieux des étudiants ne trouvant pas de place en entreprise dans les métiers en demande.

  1. Développer une vraie stratégie « Energie »

Réduire le prix de l’énergie pour les entreprises via l’instauration d’un « tarif » compétitif ; mettre en place des accords de branche simplifiés pour les PME.

  1. Développer des infrastructures améliorant la mobilité

Définir un plan de fiscalité routière partagé avec les autres régions ; développer des biocarburants et des infrastructures pour intégrer la mobilité électrique/hybride, etc.