Bart De Wever trahit-il la cause flamande ?

Jules Gheude

La version flamande a été publiée sur le site de Doorbraak :  https://doorbraak.be/verraadt-bart-wever-vlaamse-zaak/

En prenant la décision de ne pas se présenter aux prochaines élections législatives avec un programme communautaire, Bart De Wever peut donner l’impression de renoncer à ce qui constitue l’essence même de son parti.

En fait, il agit en stratège habile, qui tient compte des circonstances. Cela s’appelle le pragmatisme. Une attitude qui ne semble pas lui nuire, puisque le dernier sondage RTL- Le Soir place toujours la N-VA sur la première marche du podium en Flandre, avec 30,20%, soit plus que le CD&V et l’Open VLD réunis.

Bart De Wever ne veut pas se risquer à placer ses pions communautaires avant de connaître le rapport des forces politiques qui se dégagera à l’issue des élections de 2019. Car il ne suffit pas de vouloir le confédéralisme, encore faut-il avoir les moyens de le réaliser.

Il faut dire que le récent revirement de la situation politique en Wallonie a quelque peu changé la donne. Le nouveau gouvernement wallon MR-cdH mène désormais une politique de cendre-droit, identique à celle menée au fédéral et en Flandre. Reste à voir si cette politique sera de nature à modifier sensiblement l’échiquier politique wallon lors des prochaines élections régionales.

Si les prévisions actuelles devaient se confirmer, une alliance PS-PTB obtiendrait 38,2%, soit 8,1% de plus que le MR et le cdH réunis. Quant à DéFi, il est  crédité de 6,2% d’intentions de vote.

Une Wallonie socialo-communiste n’est donc nullement exclue. Mais rien ne dit que, confronté à une meilleure gouvernance et à des progrès significatifs en matière de redressement économique, l’électeur wallon ne réagira pas de manière différente. Difficile alors à Bart De Wever de  continuer à stigmatiser une Wallonie qui consent enfin aux efforts nécessaires. D’autant qu’il est partenaire du MR au niveau fédéral !

La décision de Bart De Wever de ne pas placer le communautaire au cœur de la campagne électorale montre clairement qu’il ne souhaite pas handicaper Charles Michel. Mais elle ne devrait pas l’empêcher, le moment venu, de tout faire pour que les prochaines Chambres soient rendues aptes à révision la Constitution. Car qui peut réellement croire que le communautaire ne s’infiltrera pas dans les négociations pour la formation du prochain gouvernement ?

Bart Maddens, le politologue de la KU Leuven, ne peut comprendre que la N-VA puisse aller aux élections en négligeant son core-business. C’est une très mauvaise nouvelle pour le Vlaamse Beweging, dit-il.

De leur côté, les députés indépendants Hendrik Vuye et Veerle Wouters, rejoints par Tom Van Grieken, le président du Vlaams Belang, estiment que la N-VA a laissé tomber le V et appellent à la constitution d’un Front flamand.

Cette agitation n’émeut certes pas Bart De Wever. Le César flamand est bien conscient que le but qu’il poursuit – faire de la Flandre une République souveraine au sein de l’Union européenne – doit aussi impérativement tenir compte de la realpolitik.

Le 1er octobre, se tiendra le référendum catalan sur l’indépendance. Si celui-ci se révèle positif, on imagine déjà la réaction enthousiaste de la N-VA. Une réaction qui risque de plonger le gouvernement belge dans un bel embarras…