Di Rupo et Maingain pourraient obtenir le contraire de ce qu’ils souhaitent

« La Libre Belgique » – Publié le jeudi 31 août 2017 à 12h38 – Mis à jour le jeudi 31 août 2017 à 12h38

La version néerlandaise du texte figure sur le site de « Doorbraak » : https://doorbraak.be/di-rupo-en-maingain-konden-wel-eens-omgekeerde-bereiken-wensen/

 

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique*.

Elio Di Rupo vient d’en apporter une nouvelle preuve avec son dernier livre « Nouvelles conquêtes » : il n’incarnera jamais le socialisme réformiste. Il suscite même de sérieuses réserves de la part de son homologue flamand, John Crombez, lequel déclare dans « Het Laatste Nieuws » : « Ces idées sont parfois très éloignées du modèle de la sociale-démocratie voulu par les socialistes du Nord. PS et SP.A sont désormais des partis bien différents. »

Elio Di Rupo a beau s’en défendre : il court bel et bien derrière un PTB, crédité aujourd’hui de plus de 24% d’intentions de vote. On se souvient d’ailleurs de sa tentative visant à remplacer à Mons le MR par la formation d’extrême-gauche.

Si sa revanche sur le fait d’avoir été évincé du pouvoir en Wallonie devait consister, après les élections régionales de 2019, à faire alliance avec Raoul Hedebouw, elle ne ferait que conforter les nationalistes flamands dans leur volonté de larguer les amarres d’avec la Belgique. Une Wallonie socialo-communiste est sans doute le plus beau cadeau dont Bart De Wever puisse rêver !

Elio Di Rupo apportant finalement le coup de grâce à ce Royaume qu’il se félicitait d’avoir sauvé en 2011 : quel surprenant paradoxe !

Durant 30 ans, le PS a exercé la ministre-présidence du gouvernement wallon, avec les résultats décevants que l’on sait : la Wallonie compte deux fois plus de chômeurs que la Flandre, laquelle totalise 80% des exportations belges.

Ce n’est pas d’une politique de gauche, axée sur l’assistanat, dont la Région a besoin, mais bien de mesures fortes visant à remettre les gens au travail et à développer un réseau dense de petites et moyennes entreprises dynamiques et innovantes. Est-ce si difficile à comprendre ?

Il n’y a pas de fatalité, il y a seulement des politiques inadaptées.

Benoît Lutgen a saisi l’opportunité des affaires à répétition pour rompre avec le PS en Wallonie, à Bruxelles et en Communauté française.

Sans doute le cdH s’est-il, lui aussi, rendu complice de cette politique inefficace menée en Wallonie. Sans doute a-t-il, lui aussi, comme le MR d’ailleurs, trempé dans les affaires. Mais force est de reconnaître que le PS a érigé le clientélisme en un véritable système qui a engendré cette hypertrophie politico-administrative qui asphyxie aujourd’hui la Wallonie.

Il était donc grand temps de mettre le holà et d’offrir une alternative.

Une nouvelle coalition s’est constituée en Wallonie, avec des engagements forts en matière de gouvernance et d’efficacité. On ne peut que s’en réjouir.

 

Une Communauté française handicapée par son financement

A la Communauté française, la solution passe par DéFi. Mais son président, Olivier Maingain, adopte ici une stratégie qui pourrait bien compromettre l’avenir même de cette institution, à laquelle il dit tenir comme à la prunelle de ses yeux. En s’obstinant à vouloir remettre le PS en selle, il bloque, en effet, la constitution d’une nouvelle majorité qui associerait son parti au cdH et au MR.

Mais cela ne semble guère l’inquiéter, puisqu’il explique que rien n’empêche le gouvernement actuel de fonctionner : « C’est la logique dans les entités fédérées : il n’y a pas de gouvernement en affaires courantes, sauf si tous les ministres démissionnent. » Il semble toutefois perdre de vue que le gouvernement actuel ne dispose plus d’une majorité parlementaire et qu’il se trouve dès lors dans l’incapacité de prendre toute mesure d’envergure. Les ultra-régionalistes wallons peuvent se frotter les mains, eux qui ont toujours contesté l’utilité de l’institution communautaire !

Pas question non plus, pour Olivier Maingain, d’opérer « tout transfert de compétence vers les Régions car c’est une perte de temps, et préjudiciable aux francophones ». Est-ce à dire que l’institution ne doit subir aucune adaptation ? Nous sommes ici d’un avis différent.

La Communauté française a toujours été handicapée par la question de son financement. C’est pour tenter de la régler que PS, PSC et Ecolo ont conclu, le 31 octobre 1992, l’accord dit « de la Saint-Quentin » organisant le transfert partiel ou total de certaines compétences vers la Région wallonne et la Commission communautaire française, sans transférer la totalité des budgets qui leur étaient liés, le solde restant à la disposition de la Communauté française. L’opération visait donc à alléger les finances de celle-ci.

Les compétences totalement ou partiellement transférées concernaient des matières culturelles (les infrastructures sportives, le tourisme, la promotion sociale), des matières personnalisables (une partie de la politique de santé, une partie de la politique familiale, la politique d’aide sociale, la politique d’accueil et d’intégration des immigrés, la politique des handicapés et la politique du troisième âge), ainsi que quelques éléments de la politique d’enseignement (le transport scolaire et la gestion, avec la Communauté française, de six sociétés d’administration des bâtiments scolaires).

Aujourd’hui, la Région wallonne et la Cocof financent donc, de manière non négligeable, la Communauté française.

Pourquoi, à l’instar de ce qu’a fait la Flandre, ne pourrions-nous pas opérer la fusion Région-Communauté ? Depuis 1988, la Région bruxelloise existe et, au fil du temps, elle n’a cessé de s’affirmer. Une enquête réalisée en 2013 par Rudi Janssens de la VUB a révélé que 73,9% des Bruxellois optaient pour l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. Seuls 4% se tourneraient vers la Flandre et 4,6% vers la Wallonie. Le risque de voir Bruxelles tomber dans l’escarcelle flamande s’est donc sensiblement estompé.

La fusion Région-Communauté n’implique qu’une volonté politique intra-francophone (application de l’article 138 de la Constitution), sans la moindre implication flamande. Il ne faut pas être un comptable expérimenté pour saisir le type d’économies qu’elle permettrait de réaliser.

 

* Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.