Archives mensuelles : août 2017

L’Afsca est-elle un obstacle pour produire et consommer wallon?

« Le Vif », Belga, 14 août 2017

Les règles actuelles de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) sont un obstacle à la réussite d’une transition écologique alimentaire en Wallonie, estime le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique Carlo Di Antonio (cdH) dans les colonnes du Soir lundi.

 

Le centriste appelle à généraliser les productions raisonnées, respectueuses des consommateurs, des agriculteurs, de l’environnement et des animaux. Mais l’Afsca reste, à ses yeux, un gros problème.

Pour Carlo Di Antonio, il est indispensable d’avoir des règles spécifiques (et non pas une simple adaptation des règles générales) pour les artisans producteurs et transformateurs, les petits éleveurs ou encore les cantines scolaires.

Rappelez-vous les épisodes de la tarte au riz ou du fromage de Herve. L’Afsca met la pression sur un secteur qui n’a jamais posé de problème majeur à l’exception d’une indigestion de temps en temps. Les règles génèrent une obligation de moyens qui rendent l’équation économique impossible : quand on doit investir 25.000 euros pour transformer un peu de lait en yaourt ou fromage, ça ne va pas, dit-il.

D’après le ministre, les exigences surfaites, appliquées de façon tatillonne, ont amené la disparition de nombreux artisans et l’Afsca est une entrave au développement de projets agro-alimentaires de petite et moyenne ampleur.

Réfléchir à l’après-Belgique

« Le Vif » 07/08/17 à 11:22 – Mise à jour à 11:21

http://www.levif.be/actualite/belgique/reflechir-a-l-apres-belgique/article-opinion-702883.html

Xavier Mabille, qui fut président du CRISP et dont le jugement sage était unanimement reconnu, écrivait en 2006, à propos de l’hypothèse de la disparition de la Belgique: hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure.

© Reuters

Lors de la longue crise politique qu’a connue la Belgique en 2010-2011 (541 jours sans gouvernement de plein exercice), la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a chargé deux de ses membres d’une mission afin d’étudier la question belge. La conclusion de leur rapport est claire : la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable : Ce qui apparaît aujourd’hui est que le thème de la séparation est devenu une hypothèse de travail crédible pour les ‘acteurs’ de la vie politique.

Présentée par le gouvernement flamand en 2012, la « Charte pour la Flandre » (Handvest voor Vlaanderen) précise, dans son préambule, que la Flandre forme une nation. Une nation dont la N-VA, la première force politique du pays, entend bien faire un Etat souverain au sein de l’Union européenne.

Evolution semblable en Ecosse et en Catalogne. Cette dernière organisera, le 1er octobre prochain, un référendum sur l’indépendance. Si celui-ci devait s’avérer positif, la N-VA serait la première à applaudir. Mais comment réagirait officiellement le gouvernement Michel ? Affaire à suivre…

Le fossé entre le Nord et le Sud est béant, conséquence d’orientations politiques diamétralement opposées. Et bien que le nouveau gouvernement wallon MR-CDH soit susceptible de modifier la donne, il ne dispose que de très peu de temps pour engranger des résultats significatifs. Si l’irrésistible ascension du PTB en Wallonie (24,9% !) devait se confirmer lors des élections législatives et régionales de 2019, elle ne faciliterait certes pas les choses.

Olivier Maingain, le président de DéFI, déclarait récemment : La Belgique sera fédérale ou ne sera pas. Il semble perdre de vue que pour la Flandre, le fédéralisme est dépassé depuis longtemps. Voilà 18 ans -la N-VA n’existait pas encore ! – que le Parlement flamand a adopté ces fameuses résolutions d’inspiration nettement confédéraliste.

C’est d’ailleurs sur ces résolutions que repose le projet de réforme institutionnelle que Bart De Wever souhaite mettre sur la table dans deux ans : le noyau central est réduit à sa plus simple expression, avec seulement quatre compétences : la défense, les affaires étrangères, la sécurité et les finances. Tout le reste est du ressort des Etats Flandre et Wallonie. Pour ce qui est des matières dites « personnalisables », chaque habitant de la Région de Bruxelles-Capitale, indépendamment de sa langue et de son origine, devrait choisir entre le paquet flamand et le paquet wallon. Cela concerne notamment l’impôt des personnes et le système de sécurité sociale.

Si les francophones devaient s’opposer au projet confédéral en 2019, le Royaume pourrait être dans l’impossibilité d’obtenir un nouveau gouvernement. Prenant acte de ce blocage, la Flandre pourrait alors user de la légitimité démocratique de son parlement, pour décréter unilatéralement l’indépendance.

L’avenir post-belge de la Wallonie

Dans leur grosse majorité, les Wallons se sentent avant tout Belges, comme l’a indiqué un récent rapport de l’Iweps. On ne décèle, en effet, aucun sentiment national wallon.

Mais s’ils se voyaient largués par la Flandre, à leur corps défendant, ils devraient bien se déterminer quant à leur avenir

Le WalloBrux

Un sondage réalisé par « RTL-Ipsos-Le Soir  » en 2013 indique que 61% d’entre eux souhaitent s’associer à Bruxelles pour former une Belgique résiduelle. Mais ce WalloBrux apparaît comme une illusion lorsqu’on apprend que 68% des Bruxellois se prononcent clairement pour une Région bruxelloise indépendante.

Les Bruxellois tiennent clairement à sauvegarder leur spécificité. Ils pourraient donc s’organiser en Ville-Etat, siège des institutions européennes et internationales.

Un Etat wallon indépendant

On a procédé, au départ des chiffres de 2012, au partage de la dette publique belge entre les Régions au prorata du Produit Intérieur Brut. Le constat, pour la Wallonie, est alarmant : elle présente un déficit public par rapport au PIB supérieur à celui de la Grèce en 2009. On n’ose imaginer les mesures draconiennes qui devraient être prises. Elles seraient d’une telle ampleur qu’il en résulterait un bain de sang social.

L’union-intégration à la France

Ne reste plus alors que l’option française. Non pas une assimilation, qui serait impossible, du moins dans un premier temps.

Les activités du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net), fondé en 2010, reposent sur une union-intégration de la Wallonie à la France, avec un statut particulier. La Constitution française autorise, en effet, des cadres institutionnels divers pour les collectivités territoriales qui présentent une réelle spécificité. On pourrait ainsi combiner le maintien des outils d’auto-administration de la Wallonie et de l’héritage juridique belge avec la solidarité nationale française, garante des systèmes sociaux et des services publics.

Le constitutionnaliste français Didier Maus a reconnu la faisabilité d’un tel projet.

Les Français seraient-ils d’accord ?

Le général de Gaulle s’était dit convaincu que seule leur prise en charge par la France peut assurer un avenir à votre trois à quatre millions de Wallons (propos tenus à Robert Liénard, à la fin des années 60).

Depuis lors, de nombreuses personnalités françaises, de tous bords, se sont exprimées de manière positive sur ce sujet.

Pour Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait (voir son blog du 9 septembre 2008).

Avec la Wallonie, la France gagnerait – de manière tout à fait pacifique – un accroissement territorial et démographique, qui lui permettrait de réduire sensiblement le différentiel avec l’Allemagne. Cela aurait aussi une incidence positive au niveau des votes à l’Union européenne. La Wallonie occupe, en outre, une position géographique stratégique. Ses ressources naturelles, ses voies navigables, ainsi que ses infrastructures autoroutière, ferroviaire et aéroportuaire constituent des atouts importants. Sans oublier la richesse de sa création culturelle et artistique, ses entreprises de pointe, sa main-d’oeuvre qualifiée, ses chercheurs, ses universités et hautes écoles… La mariée, comme on dit, ne viendrait pas les mains vides !

A propos de la reprise de la dette wallonne par la France, Jules Gazon, professeur émérite d’Economie de l’ULg, explique : Le PIB de la France « augmentée » de la Wallonie serait égal à 24 fois le PIB wallon. L’amplitude des effets en termes de déficit public et de dette publique par rapport au PIB serait divisée par 24. Elle serait marginale.

Il va de soi qu’un double référendum (un en France, l’autre en Wallonie) devrait être tenu sur la question.

Selon un sondage « Ifop / France-Soir » réalisé en 2010, 66% des Français (75% dans les régions frontalières) avaient répondu positivement.

Un autre sondage réalisé en 2008, conjointement par « Le Soir » et « La Voix du Nord » avait fait apparaître qu’en cas de disparition de la Belgique, 49% des Wallons feraient le choix de la France. Mais, comme nous l’avons vu plus haut, la situation économique précaire de la Wallonie devrait faire pencher définitivement la balance au nom de la raison.

Et les germanophones ?

Aujourd’hui, ils font partie intégrante de la Région wallonne, mais ils affirment de plus en plus distinctement leur identité. En cas de disparition de la Belgique, ils devraient donc avoir la possibilité de se prononcer à part.

Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les Vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est parue chez « Doorbraak Boeken », avec une préface du politologie Bart Maddens de la KU Leuven.

 

Nouvelle baisse du chômage en Wallonie

Benoit July, « Le Soir », 4 août 2017

À Bruxelles comme en Wallonie, les mois de baisse du chômage s’enchaînent, grâce à une conjoncture favorable et des mesures incitatives.

© Coralie Cardon

Depuis près de trois ans, les chiffres du chômage sont très encourageants en Belgique francophone. Selon les informations du Soir, la Wallonie enregistre en juillet son 37e mois de baisse du chômage. À Bruxelles, la tendance est comparable avec 33 mois de baisse continue.

Ce sont bel et bien les effets de l’embellie économique générale qui se font sentir, mais aussi de la réglementation plus restrictive relative au chômage. Une partie des personnes ayant perdu leur droit aux allocations ne se sont pas réinscrites au Forem, disparaissant ainsi des radars. D’autres mesures ont également amélioré l’employabilité des candidats (comme un meilleur accompagnement, la multiplication de contrats d’insertion ou encore des cellules de reconversion pour les travailleurs frappés par les restructurations). Le tax shift instauré par le gouvernement fédéral a rassuré certains employeurs craintifs.

Les jeunes, premiers en tout

En période de crise, les jeunes sont les premiers à souffrir des coupes franches dans la masse salariale. Mais «  en période de reprise, ils sont parmi les premiers à en bénéficier », commente Jean-Marc Manfron, responsable des analystes de marché au Forem. À Bruxelles, le chômage des jeunes diminue depuis 50 mois déjà. « À chaque nouvelle baisse du taux de chômage, on reste étonné », se réjouit le directeur général d’Actiris, Grégor Chapelle.

Mais malgré les bonnes nouvelles, Bruxelles et la Wallonie restent toujours largement en deçà des performances de l’emploi en Flandre.

Bruxelles : 16,9% ; Wallonie : 10,6% ; Flandre : 4,9%

Pour une opposition constructive

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de ce texte a été publiée par https://doorbraak.be/steriel-oppositiespel/, sous le titre « Au sujet de l’opposition stérile ».

Tout n’est pas blanc ou noir. Il faut rompre avec le manichéisme politique, qui consiste à penser que l’on détient seul la vérité absolue.

Dans une remarquable « Lettre aux membres du Rassemblement Wallon », rédigée en 1971, François Perin avait tenu à souligner cette triple tradition qui a fait notre civilisation. Le christianisme, le libéralisme et le socialisme ont, chacun, contribué à améliorer la condition de l’Homme.  Mais il est vrai aussi que chaque idéologie, poussée à l’extrême, a engendré les pires horreurs.

Une approche plus sage et plus adulte s’impose aujourd’hui. Que de temps perdu en raison de l’opposition stérile dans laquelle les uns comme les autres se sont, à un moment donné, enfermés !

En 1974, après des années d’immobilisme politique, une régionalisation préparatoire fut mise sur les rails. Des régionalistes wallons convaincus, tel le socialiste Jean-Maurice Dehousse, auraient dû la soutenir. Mais le PS était alors dans l’opposition et l’opération fut boycottée. Ce fut la pratique de la chaise vide au Parlement wallon jusqu’en 1976. De retour au pouvoir en 1977, le PS s’empressa de supprimer les mesures adoptées et il a fallu attendre 1980 pour que la régionalisation définitive voie enfin le jour en Wallonie et en Flandre.

Dans l’opposition, les libéraux se montrèrent, eux aussi, intraitables. François Perin raconte : Gol était assez déplaisant, arrogant même. Il fallait faire tomber le gouvernement par n’importe quel moyen, donc voter non, systématiquement, pour faire sauter avec les rebelles du CVP le quorum des deux tiers et provoquer la crise.

Dégoûté par une telle intransigeance, François Perin démissionna du Sénat, le 26 mars 1980, en fustigeant une particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse au respect de la parole donnée et de la signature mais très douée pour la boulimie avec laquelle elle investit l’Etat en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public.

Aujourd’hui, le PS critique systématiquement les mesures socio-économiques prises par le gouvernement Michel. Rien n’est bon à ses yeux.

Mais en quoi cette mesure visant à exempter les patrons de charges sociales sur le premier travailleur engagé serait-elle nocive ? Ancien administrateur général de l’Awex et ex-chef de cabinet d’Elio Di Rupo, Philippe Suinen reconnaît lui-même que c’est l’une des meilleures décisions prises depuis longtemps (interview accordée à « La Libre Belgique », le 25 juin 2016). Et l’intéressé de plaider pour un unionisme wallon où tous les partis politiques démocrates et les partenaires sociaux se mettraient d’accord sur une trajectoire qui irait, par exemple, jusqu’en 2030.

C’est en adoptant une telle attitude réformiste et constructive que le PS peut se refonder. Faute de l’avoir fait, son homologue français se trouve aujourd’hui laminé.

Les élections législatives françaises ont largement donné le feu vert à Emmanuel Macron. Avant son élection, celui-ci avait clairement détaillé les mesures qu’il comptait prendre, en ce compris celle visant à modifier par ordonnances le Code du travail. Au nom de quelle légitimité, Jean-Luc Mélenchon entend-il aujourd’hui susciter l’agitation dans la rue ?  C’est au sein même de l’Assemblée nationale où il a été élu qu’il doit mener son combat ! Lorsqu’il invite son groupe à quitter l’hémicycle, il contribue à saper les fondements de la démocratie à laquelle, par ailleurs, il se dit attaché.

De nombreux militants socialistes sont d’avis qu’Elio Di Rupo doit renoncer à la présidence du parti. Force est de reconnaître qu’il n’a pas su (voulu) mettre fin aux comportements déviants qui s’étaient manifestés en 2005, avec les affaires carolorégiennes. Trente ans de pouvoir discontinu en Wallonie ont amené le PS à considérer la Région comme « sa » chose. Tous les niveaux de pouvoir ont été systématiquement envahis. On peut en mesurer aujourd’hui les effets néfastes.

Le fait qu’une collectivité mette autant de temps à se redresser est le signe d’une gestion inadaptée. Adopté en 2005, le Plan Marshall, dont il serait malhonnête de contester le bien-fondé, en est à sa quatrième version. Et d’éminents économistes, tels Guiseppe Pagano (Université de Mons) et Didier Paquot (UWE) constatent qu’il n’a pas produit les résultats escomptés. Si le chômage wallon commence à régresser, son taux reste deux fois supérieur à celui de la Flandre. Et la part de l’industrie dans le PIB wallon ne représente que 14,2%.

L’application du Plan Marshall doit donc être repensée. C’est ce à quoi va s’employer le nouveau gouvernement wallon MR-CDH, dont la politique s’articule autour de quatre axes : l’éthique, la rationalisation dans les services publics, la rigueur budgétaire et l’entrepreneuriat.

Plutôt que de s’enfermer dans la rancœur, le PS se grandirait en apportant sa contribution aux réformes susceptibles de faire enfin décoller la Wallonie. Les invectives ne sont plus de mise. La furie idéologique doit s’effacer au nom de l’intérêt général.

Pour le CDH aussi, les choses ne sont pas simples. A présent qu’il est l’allié du MR en Wallonie, ne devrait-il pas revoir sa  stratégie d’opposition au niveau fédéral ?

Dans une récente tribune publiée sur le site de « Knack », l’ancien éditorialiste de « Het Laatste Nieuws », Luc Van der Kelen, par ailleurs membre du mouvement B Plus, se réjouit de voir le rapport de forces politiques se modifier : Une nouvelle unité de centre-droit prend de l’ampleur dans le pays. (…) Cela ouvre la voie à un gouvernement Michel II.

Le pari est toutefois loin d’être gagné. Le temps dont dispose le nouveau gouvernement wallon jusqu’aux prochaines élections régionales est très limité. Suffira-t-il à modifier sensiblement les intentions de vote des électeurs ? Aujourd’hui, rappelons-le, le PTB se retrouve sur la première marche du podium, avec 24,2%.

Le fait est qu’une amélioration sensible de la situation wallonne pourrait amener la Flandre à nous considérer d’un œil différent. Quand elle voit comment l’argent a jusqu’ici été jeté par les fenêtres, on peut comprendre sa réticence à maintenir les transferts financiers (7 milliards d’euro, selon la dernière étude de la KU Leuven)…

(1) Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.