Un gouvernement wallon de quinquas sans représentant fort des grandes villes

Un gouvernement wallon de quinquas sans représentant fort des grandes villes

Eric Deffet, « Le Vif’ », 26 juillet 2017

L’équipe MR-CDH qui va diriger la Wallonie est composée de politiques d’expérience. Aucune surprise du chef cette fois. A l’exception d’Alda Greoli qui cherche à s’implanter à Liège, tous les ministres sont des « ruraux ».

De gauche à droite Jean-Luc Crucke (MR), Valérie De Bue (MR) , Pierre-Yves Jeholet (MR), Alda Greoli (CDH), Willy Borsus (MR), René Collin (CDH) et Carlo Di Antonio (CDH) © Belga

 

 

Olivier Chastel et Benoît Lutgen ont présenté ce midi à Namur le nouveau gouvernement wallon MR-CDH. Un constat : aucune surprise du chef ! Tous les noms attendus figurent au casting. Les paquets de compétences qui valaient pour la coalition PS-CDH sont globalement confirmés. Le nouvel exécutif compte deux femmes (pour une précédemment) et sept ministres plutôt que huit.

Côté MR. Comme attendu, le ministre fédéral Willy Borsus hérite de la ministre-présidence.

A ses côtés, avec le titre de vice-Premier, il retrouvera Pierre-Yves Jeholet, actuel chef de groupe. Ses compétences sont l’économie, l’emploi et la formation. Il reprend au passage le plan Marshall. Son complice Jean-Luc Crucke trouve des dossiers qui lui iront comme un gant : budget et finances, énergie et aéroports (cette dernière compétence était gérée par le CDH). Enfin la Nivelloise Valérie De Bue devient ministre des Pouvoirs locaux, du logement et des infrastructures, ce qu’était avant elle le socialiste Pierre-Yves Dermagne.

Côté CDH. Le départ de Maxime Prévot vers Namur a libéré une place au conseil des ministres. Elle échoit à Alda Greoli qui conserve ses compétences à la Fédération Wallonie-Bruxelles. En Wallonie, elle hérite des dossiers « sociaux » que gérait déjà celui dont elle fut cheffe de cabinet : affaires sociales et santé, allocations familiales. Elle gérera aussi la fonction publique jusqu’alors dans les mains du PS. La Spadoise a rang de vice-Première.

Carlo Di Antonio et René Collin conservent leurs postes et leurs compétences. Le premier hérite toutefois des travaux publics gérés jusqu’alors par Maxime Prévot et le second reprend à son compte le patrimoine qui était aussi dans les mains du Namurois. Enfin, sans surprise là encore, André Antoine conserve le pupitre présidentiel du parlement régional où il n’aura plus à se préoccuper des critiques souvent acerbes du MR qui en avait fait son « meilleur ennemi ».

Une équipe de quinquas. A 48 ans, Pierre-Yves Jeholet fait presque figure de perdreau de l’année dans cette nouvelle équipe qui ne rassemble pour le reste que des quinquas solidement ancrés dans la vie politique. La formation d’un gouvernement donne d’habitude lieu à l’une ou l’autre surprise du chef. Où sont les Dimitri Fourny ou les Georges-Louis Bouchez ? On cherchera en vain la révolution ici aussi, comme si les deux présidents avaient opté pour une forme de sécurité alors que le gouvernement ne dispose que de dix-huit mois utiles pour engranger des résultats. Les changements seront peut-être pour 2019.

L’heure est à la stabilité jusqu’au parlement qui conserve son président. Même si tous les deux héritent de leur premier mandat à ce niveau, le duo Jeholet-Crucke semble armé pour imprimer la touche libérale dans cet exécutif inédit.

Un gouvernement très rural. Un changement plus important qu’il n’y paraît : les représentants des grandes villes wallonnes sont absents de l’équipe. Depuis une vingtaine d’années, ils occupaient l’Elysette sans discontinuer : Di Rupo, Van Cau, Demotte, Magnette… Avec Willy Borsus, l’heure de la Wallonie des champs semble avoir sonné.

Et la remarque vaut aussi pour le reste des ministres. Le gouvernement sortant comptait en ses rangs le Carolo Magnette, le Liégeois Marcourt, les Namurois Prévot et Tillieux. Aujourd’hui, le ministre-président vient de Somme-Leuze, son vice-Premier libéral est bourgmestre de Herve, Jean-Luc Crucke occupe la même fonction à Frasnes-lez-Anvaing. Au CDH, Di Antonio et Collin proviennent de Dour et de Marche. Bien sûr Alda Greoli est occupée à s’implanter à Liège mais à ce stade, il est prématuré de considérer qu’elle incarne déjà la Cité ardente.