Baromètre politique inédit: le PS perd la moitié de ses électeurs au sud du pays et le PTB devient le premier parti de Wallonie!

Sudinfo – Christian Carpentier avec CH.V. – 1er juillet 2017

Les scandales de Publifin, de l’ISPPC et du Samusocial annoncent une sanction électorale d’une violence inouïe à l’encontre du Parti socialiste dans un baromètre politique inédit qui fait trembler le Boulevard de l’Empereur.

 

Et si on allait revoter ce dimanche, quel en serait le résultat dans le contexte délétère du moment ? La RTBF a curieusement décidé de ne pas commander son traditionnel baromètre trimestriel de juin, qu’elle cofinance avec La Libre. Interloqué, le MR a décidé de prendre le relais (lire par ailleurs). L’institut Dedicated, qui fait ces sondages depuis la nuit des temps, a donc été chargé de sonder les électeurs des trois régions, dans les mêmes conditions que les baromètres précédents. Il l’a fait du 23 au 27 juin, soit juste après que Benoît Lutgen ait retiré la prise des gouvernements des trois entités fédérées, le lundi 19.

 

Le résultat ? Un séisme d’une violence inouïe, selon les résultats dont Sudpresse a pu prendre connaissance. Avec un Parti socialiste plus laminé que jamais, qui y perd la moitié de ses électeurs depuis les élections du 25 mai 2014, voici donc trois ans. Il paie de plus en plus chèrement son implication dans les affaires, celles de l’ISPPC à Charleroi et du Samusocial à Bruxelles ayant éclaté depuis le précédent sondage de juin.

Le PTB largement en tête

Commençons par regarder les résultats pour la Wallonie de ce sondage explosif. Et comparons chaque fois ceux-ci avec les résultats pour la Chambre, comme nos confrères le font systématiquement dans leurs baromètres.

 

Si on revotait dimanche, le PS dégringolerait de la première à la… troisième place ! Et il perdrait très exactement la moitié de ses électeurs, passant de 32 % des voix en mai 2014 à 16 % d’intentions de vote en juin 2017 ! Depuis mars, il a encore reculé de 4,3 % ! Du jamais vu ! Une dégringolade historique, quand on se rappelle son pic historique de 1987, qui avait été de 43,7 % après la campagne du « Retour du cœur » réalisée sous Guy Spitaels…

 

Tout aussi dur pour Elio Di Rupo et les siens : le PTB s’installe désormais confortablement en tête des intentions de vote. En mars dernier déjà, le baromètre RTBF/La Libre lui promettait 20,5 % des intentions de vote, contre 20,3 % au PS, relégué deuxième. La marge d’erreur permettait toutefois de relativiser ce nouveau leadership.

 

Le doute n’est plus permis aujourd’hui. Si le PS est donné à 16 %, le PTB l’est pour sa part à… 24,9 % ! Si on votait dimanche, il quadruplerait donc son score de mai 2014 (5,5 %) ! Un Wallon sur quatre se dit désormais prêt à voter communiste !

 

Derrière le PTB, le MR reste sur la deuxième marche du podium, avec 23,2 % des intentions de vote. Il resterait sous son score électoral d’il y a trois ans (25,8 %), tout en reprenant quelques couleurs depuis le baromètre de mars (22,7 %).

 

À la quatrième place, Ecolo reprend également des forces, avec 11,4 % d’intentions de votes, contre 8,2 % aux élections. Il conforte également sa supériorité sur le cdH, qui s’installe pour sa part de plus en plus durablement à la cinquième place, avec 9,8 % d’intentions de vote assez stables (au lieu de 14 % aux élections).

 

Climat des affaires

Derrière eux, Défi fait une petite percée à 3,9 % (au lieu de 2,4 %). Par contre, le PP ne profite absolument pas du climat des affaires qui perdure. C’est même tout le contraire : il ne recueille plus que 2,6 % d’intentions de vote, contre 4,5 % aux dernières élections.

Deux précisions utiles pour terminer.

Un : il reste encore 26,6 % d’indécis (26,5 % en mars), mais les intentions de voter blanc ou de s’abstenir baissent à 4,6 % (6,7 % en mars).

Et deux : Dedicated a également sondé les intentions de vote si on n’organisait que des élections régionales ce dimanche. L’ordre qui précède n’en est en rien affecté. Le PTB serait premier (24,4 %), devant le MR (20,2 %) et l e PS (17,9 %). Ils sont suivis par Ecolo (13 %), le cdH (8,5 %) et Défi (4 %).

 

Olivier Chastel explique sa démarche : « J’ai été totalement abasourdi ! »

 

Pourquoi le MR a-t-il décidé de commander ce sondage à la place de nos confrères ? « Parce que j’ai été totalement abasourdi d’apprendre que la RTBF avait décidé de ne pas le faire réaliser cette fois-ci, officiellement faute d’argent », explique Olivier Chastel. « Ce baromètre est une institution. Il est publié tous les trois mois depuis des années, à chaque changement de saison. Déjà en mars dernier, la RTBF avait décidé de commander un deuxième sondage parce que les résultats du premier ne lui convenaient pas ! Or, il avait confirmé le premier !… »

 

«  Décider cette fois de ne rien commander du tout, alors que plusieurs séismes – dont le Samusocial – ont éclaté depuis mars dernier, c’est pour le moins particulier… Chaque média reste bien entendu libre de sa ligne politique et rédactionnelle. Mais pour notre part, au MR, nous jugions utile que ce sondage se fasse tout de même. Nous avons donc chargé l’institut Dedicated de le réaliser dans les mêmes conditions que les baromètres antérieurs. Il s’agit d’une photographie objective de la situation actuelle…  »

 

Silence radio à la RTBF

Interrogés sur le pourquoi de cette absence de sondage, on sent les protagonistes un peu gênés. « Avec la RTBF on a décidé de ne pas en faire un cet été, il n’y a pas de raison particulière, peut-être en ferons-nous un en septembre », dit-on à la rédaction de « La Libre Belgique ». Et du côté de la RTBF ? C’est silence radio. Jean-Pierre Jacqmin restait curieusement injoignable hier. La question lui a été soumise à l’interne dès le matin, mais elle est restée sans réponse. A bonne source, on nous indique que des raisons budgétaires seraient à l’origine de cette absence.

Possible, mais tout de même : le contexte se prêtait particulièrement bien à pareille enquête, non ? Il nous revient que le directeur de l’information de la RTBF, Jean-Pierre Jacqmin, le directeur général d’IPM, éditeur de « La Libre » (Denis Pierrard) et le sondeur (Dedicated Research) se sont vus début juin pour évoquer la tenue du sondage. Soit en pleine affaire du Samusocial, mais avant que le président du cdH, Benoît Lutgen ne débranche la prise des gouvernements des entités fédérées.

 

Dedicated Resarch aurait suggéré des adaptations, de nouveaux noms dans la liste des personnalités… Finalement, il fut décidé de ne pas sonder la vox populi « en raison du climat particulier du moment ». Sous-entendu qui aurait pu biaiser les résultats. Étrange attitude. Ceci nous rappelle les péripéties du précédent sondage, datant de fin mars, soit en pleine affaire Publifin. Jean-Pierre Jacqmin avait demandé au sondeur de vérifier les chiffres… avec un nouveau sondage.

 

Relégué 5e , le PS perd 60 % de ses électeurs bruxellois

 

Et à Bruxelles, qu’est-ce que ça donnerait, si on votait ce dimanche  ? La dégringolade y serait pire encore pour le Parti socialiste ! Ici, ce ne sont plus 50 % mais 60 % de ses électeurs qui annoncent leur intention de se détourner de lui ! Et il deviendrait… la cinquième formation politique de la capitale fédérale ! Plus encore que Publifin ou l’ISPPC pour la Wallonie, le scandale du Samusocial fait clairement des ravages !

 

En mai 2014, il était pourtant sorti confortablement premier, avec 25,6 % des voix. Il n’en conserverait plus que 10,9 %, soit une perte de 6 électeurs sur 10 ! Et un recul de moitié depuis le baromètre de mars (20,1 %) !

Tout bénéfice pour le MR, désormais indiscutablement seul à la première place avec 20,7 % d’intentions de vote (21,9 % aux élections de 2014), en hausse de 2 % sur trois mois. Derrière lui, Défi fait également une bonne opération en se classant deuxième, passant de 10,8 % des suffrages à 15,7 % d’intentions de vote (10,4 % en mars).

Le MR largement en tête

Mais, comme en Wallonie, la meilleure progression est annoncée pour le PTB. Il se classe troisième avec 14,1 %, contre son maigre 4 % réalisé en 2014. Ici aussi, Ecolo retrouve des couleurs en se classant quatrième (12,5 % au lieu de 10,5 %), en recul de 0,6 % depuis mars. Il n’y a plus que le cdH pour se classer encore derrière le PS, avec 7,9 % d’intentions de vote. Cela reste en recul par rapport aux élections (9,4 %), mais en progrès par rapport au baromètre de juin (6 %).

 

Le PP végète pour sa part toujours tout en bas du classement, avec 1,7 % (1,8 % aux élections).

 

À Bruxelles, les indécis sont en baisse : ils ne sont plus « que » 19,9 %, contre 21,6 % en mars dernier. Même mouvement dans les intentions de voter blanc ou de ne même pas y aller, qui passent de 6,1 à 5,3 % dans le même laps de temps.

 

Et si, comme pour la Wallonie, nous avons pris les scores annoncés à la Chambre, ceux pour la Région ne bouleversent pas sensiblement le classement non plus. Si on isole ces résultats, le MR reste premier avec 19,6 %, devant Défi (16,8 %), Ecolo qui prend la troisième place (11,9 %), puis le PS qui serait quatrième (11,1 %), et enfin le PTB (10,6 %). Le cdH reste pour sa part sixième (7,4 %).

 

En Flandre, La N-VA continue à se tasser

 

Tant qu’à faire, et pour respecter la tradition des baromètres, le MR a également demandé à Dedicated de sonder les électeurs flamands. Pas de bouleversement comparable dans les résultats, bien entendu, l’onde de choc des affaires touchant le PS se limitant à la Wallonie et à Bruxelles.

 

La N-VA demeure premier parti, mais avec un ressac de 5,3 % qui se confirme (27,1 % d’intentions de vote). Tout profit visiblement pour l’extrême droite puisque le Vlaams Belang a clairement terminé de manger son pain noir. L’ex-Vlaams Blok est pointé à 11,7 % d’intentions de vote, soit une hausse de près de 6 % par rapport aux élections ! Il reste néanmoins cinquième, ce qui relativise l’impact de cette remontée.

À la deuxième place, à 10 % des troupes de Bart De Wever, le CD&V se stabilise de son côté à 16,9 %, contre un score de 18,6 % aux élections du 25 mai 2014. Mais il ne semble pas menacé par l’Open VLD, qui n’est pointé qu’à 12,7 % (15,5 % en 2014), soit tout juste devant Groen qui opère une forte remontée, passant de 8,6 à 12,5 %. Ces trois-là sont donc désormais dans un mouchoir de poche.

 

Par contre, les socialistes ne sont pas non plus à la fête, au nord du pays. Le SP.A, qui avait réalisé 14 % des voix, dégringole à 9,5 %, avec même une baisse inquiétante de 3,4 % depuis mars dernier.

 

Autre résultat intéressant : le PVDA – le PTB flamand si vous préférez – réalise également une belle progression, passant depuis les élections de 2,8 à 7,3 %. Rien de comparable bien entendu par rapport à son grand frère wallon pour lequel joue en plein l’effet Hedebouw, mais c’est quasi 2 % de mieux qu’en mars.

 

Les indécis de ce sondage sont en légère progression, passant en trois mois de 20,4 à 21,8 %. Les votes blancs et abstentions aussi, pointés cette fois à 6,2 % contre 5,6 % en mars. Le signe d’un électorat flamand perturbé par les politiques actuellement menées…

Des tripartites obligatoires

Si les urnes devaient confirmer ce sondage, le visage de la Chambre s’en trouverait profondément modifié. Selon une projection de Dedicated, le PTB deviendrait le 2 e  parti du pays, derrière la N-VA ! Il aurait 20 sièges, soit 2 de plus que le MR et quasi le double du PS (11). À moins d’une très improbable alliance PTB-MR, plus aucune bipartite ne serait possible, au Sud !

 

Et si on reporte ces résultats dans les Régions ? Là, aucune projection en sièges n’a été possible, les circonscriptions étant différentes. Mais en observant les pourcentages, la reconduction de l’actuelle majorité PS-cdH serait totalement impossible, avec… 25,8 % des voix ! Même une (très) improbable formule PTB-MR n’obtiendrait pas 50 % (48,1 %). PS-MR (39,2 %) ne fonctionnerait pas non plus, pas davantage que MR-cdH (33 %).

 

Pour une tripartite, ce n’est pas gagné non plus ! La classique PS-MR-cdH bloque à 49 %, et PS-cdH-Ecolo (37,2 %) ou MR-cdH-Ecolo (44,4 %) sont impossibles. Seule une formule associant le PTB, tiendrait la route ! À défaut, il faudrait imaginer une coalition à… quatre partis !

 

Même topo à Bruxelles. Il faut ici tenir compte du poids flamand. Mais en isolant les francophones, l’actuel attelage PS-cdH-Défi n’est plus qu’à 41,3 %. MR-cdH-Défi serait par contre possible (53 %), tout comme MR-Ecolo-Défi (58,6 %) et peut-être MR-cdH-Ecolo (49,2 %) une fois les sièges répartis. Par contre, PS-Ecolo-Défi ne le serait pas (46,8 %).

 

Bref, les futures majorités s’annoncent très compliquées. Une autre forme de séisme en perspective…

Le nouveau visage de la Chambre se présenterait comme suit :

PTB        20  (2 en 2014)

MR         18  (20)

PS           11  (23)

Ecolo      7    (6)

CDH       4    (9)

Défi        3    (2)

PP           0    (1)

N-VA     26  (33)

CDV      16  (18)

VLD      12  (14)

Groen    10  (6)

VB       10    (3)

SPA     7      (13)

PVDA  6     (0)