Archives mensuelles : juillet 2017

Les principaux points de l’accord de gouvernement MR-cdH

« Le Vif », Belga, 25 juillet 2017

Le MR et le cdH sont parvenus à un accord pour former un nouveau gouvernement wallon. Les présidents des deux formations, Olivier Chastel et Benoît Lutgen, ont présenté à la presse leur accord de gouvernement mardi en fin d’après-midi.

Le gouvernement wallon MR-cdH mettra en oeuvre le projet de décret issu du scandale Publifin et intégrera 62 mesures de gouvernance négociées par les deux partis avec Ecolo.

Se disant soucieux de réduire les dépenses publiques et d’améliorer l’efficacité publique, MR et cdH ont également annoncé que leur gouvernement supprimerait une vingtaine d’organes publics, quelque 200 postes d’administrateurs, et générera une réduction de 10% des coûts de cabinets, ainsi que des salaires des ministres.

Les organes publics seront davantage rationalisés tout en protégeant l’emploi, ce qui libérera des moyens pour supprimer en 2018 la redevance télé, dans le cadre d’une réforme fiscale globale (droits d’enregistrement pour l’accès à la propriété, de donation, de succession, fiscalité automobile, etc).

Les deux partis tenteront d’avancer vers une réforme des provinces par des transferts de compétences vers la Région et les communes (ou des organes supracommunaux), mais ils ont besoin pour aller plus loin d’une majorité des deux tiers.

Les formations seront réorientées vers des métiers porteurs d’emploi, et notamment ceux en pénurie.

En matière d’environnement, MR et cdH lanceront un emprunt obligataire durable pour soutenir les entreprises et les PME vers les circuits courts et les réductions de CO2. Ils veulent initier des mesures pour une « Wallonie sans diesel en 2030. »

L’accord de gouvernement MR-cdH compte une trentaine de pages, sans beaucoup d’objectifs chiffrés. MM Chastel et Lutgen assurent toutefois y avoir été très attentifs. « On n’a pas inscrit dans l’épure budgétaire de mesures dont on n’est pas sûr qu’elles pourront rentrer en vigueur dans les 24 mois. On n’a pas joué aux apprentis sorciers, l’épure est rigoureuse pour ne pas aggraver l’endettement de la Wallonie », a commenté M. Chastel.

L’État n’est pas là pour tout régler à la place des entreprises, des citoyens et du monde associatif. Il fixe des objectifs, soutient, régule. On veut passer d’une Wallonie de l’assistanat à une Wallonie plus entreprenante, a lancé Benoît Lutgen.

Les deux formations finalisaient depuis plusieurs jours un accord de gouvernement pour la Wallonie. MR et cdH disposent à deux d’une courte majorité (38 sièges sur 75, soit le strict nécessaire).

Le 19 juin dernier, le président du cdH, Benoît Lutgen, avait appelé à former de nouvelles majorités sans le PS en Wallonie, en Fédération Wallonie-Bruxelles et à Bruxelles, rompant une alliance de près de 13 ans.

Le cdH disait considérer le PS infréquentable à la suite des scandales Publifin et Samusocial, et le jugeait trop enclin à courir derrière le PTB, qui caracole dans les sondages. Le PS dénonçait de son côté une trahison du cdH, plus soucieux de sauver son avenir que de l’intérêt général.

Sous l’impulsion de M. Lutgen, des pourparlers avaient alors débuté, le MR répondant présent dès le début. Mais les réticences de DéFI et d’Ecolo, qui ont fait d’un accord sur la gouvernance un préalable à toute négociation pour la formation de gouvernements, avaient progressivement refermé la porte à Bruxelles et en Fédération, où MR et cdH ne disposent pas d’une majorité.

Les deux partis avaient alors accéléré le pas pour la Wallonie il y a dix jours, tandis que le cdH confirmait qu’il ne souhaitait plus gouverner avec le PS à Bruxelles et en Fédération.

Carte blanche: l’avenir incertain des Wallons, englués dans la crise politique

Le Soir Mis en ligne le 17/07/2017 à 16:22

Jules Gheude, essayiste politique*

Une carte blanche de Jules Gheude, essayiste politique, partisan du rattachement de la Wallonie à la France.

©Jules Gheude

La décision qu’a prise Benoît Lutgen de rompre avec le PS n’est certes pas dépourvue d’arrière-pensées. Il sait fort bien que son parti est aujourd’hui en dessous de la barre des 10 %. Il avance l’argument éthique, alors que le CDH n’a pas eu un parcours irréprochable ces derniers temps : l’affaire Milquet, le dossier Drion… C’est aussi le cas pour le MR. Cela étant, il est grand temps de tourner la page de 30 ans de mainmise socialiste, qui ont gangrené la Wallonie.

Ce qui m’irrite aujourd’hui, c’est de voir Défi et Ecolo se livrer à une surenchère en matière de bonne gouvernance. Cette bonne gouvernance, je l’ai maintes fois rappelé, est certes indispensable. Mais il ne faut pas chercher à laver plus blanc que blanc. Souvenons-nous de la manière calamiteuse dont Ecolo a géré le photovoltaïque en Wallonie. Est-ce éthique de modifier les règles du jeu en cours de partie ? Plusieurs entreprises de panneaux ont fait faillite et les clients se sont retrouvés floués. Ce qui importe aujourd’hui, c’est l’opportunité qui s’offre enfin de changer radicalement de cap.

Voilà 30 ans que, de manière ininterrompue, le PS exerce la ministre-présidence de la Région. Difficile donc de nier l’influence prépondérante qu’il a eue au niveau de la gestion. La pieuvre rouge a infiltré ses tentacules partout. Elle a érigé le clientélisme en un système qui a engendré une hypertrophie politico-administrative, ruineuse et paralysante.

Une dose de courage politique

Certes, il y a eu le plan Marshall dont la pertinence ne peut être mise en doute. Adopté en 2005, il en est à sa 4e version. Mais force est de constater que son application ne s’est pas révélée efficace. Aujourd’hui, la part de l’industrie dans le PIB ne représente que 14,2 %. Or, c’est l’industrie qui crée les services. En octobre 2015, Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, reconnaissait lui-même que la Wallonie n’avait toujours pas décollé. Ce n’est pas normal. Gerhard Schröder n’a eu besoin que de quatre ans pour remettre l’Allemagne sur les rails. Il faut donc revoir impérativement notre façon d’opérer. Cela exige une bonne dose de courage politique.

Rien n’est jamais parfait. Mais sans discipline budgétaire et sans le dynamisme des petites et moyennes entreprises qui créent l’emploi, la prospérité n’est pas possible. C’est ce à quoi s’emploie le gouvernement Macron en France. C’est ce que nous devons faire en Wallonie. En 2016, nous avons connu, pour la troisième année consécutive, une baisse de nos exportations : – 0,5 %, avec un chiffre de 42,6 milliards d’euros. La Flandre, elle, est en hausse de 10,6 %, avec un chiffre de 205,7 %. Même si l’on retire les quelque 42 % qui proviennent des pierres précieuses, notamment le diamant, il n’y a pas photo !

La Flandre n’est évidemment pas exemple de dérapages en matière d’éthique. Mais d’une manière générale, on peut dire qu’elle est gérée de manière rigoureuse et efficace. Ces dernières années, elle est à l’équilibre budgétaire. Et entre 1983 et 2015, elle est parvenue à faire baisser son taux de chômage de 10,7 à 5,2 %, alors que nous sommes toujours autour des 13 %. La récente étude européenne portant sur l’attractivité de 263 régions montre que les provinces flamandes se situent dans la fourchette 21-58, loin devant les wallonnes qui se placent entre 121-142.

Il est clair que les scandales à répétition contribuent à accroître la méfiance du citoyen envers le politique et apportent de l’eau au moulin populiste. Le PTB est aujourd’hui crédité de 24,2 % d’intentions de vote. Une évolution qui ne peut que crisper davantage les relations avec le Nord. On peut imaginer la réaction de Bart De Wever face à l’émergence d’une Wallonie socialo-communiste…

De Wever et l’indépendance de la Flandre

Une 7e réforme de l’Etat verra-t-elle le jour ? Il faudra pour cela que les prochaines Chambres soient déclarées constituantes, c’est-à-dire aptes à réviser la Constitution avec la majorité des deux tiers. Bart De Wever est en tout cas bien décidé à imposer le confédéralisme. Une idée qui, il faut le rappeler, a été lancée au début des années 90 par le CVP Luc Van den Brande et qui a fait l’objet d’un vote favorable au Parlement flamand en 1999. Aujourd’hui, le député CD&V Hendrik Bogaert invite son parti à se radicaliser. Les démocrates-chrétiens, qui sont en perte de vitesse dans les sondages, n’ont certes pas intérêt à faire preuve de tiédeur dans la défense des intérêts flamands.

L’hypothèse d’une implosion de la Belgique ne doit pas être exclue, déclarait feu Xavier Mabille, le président du Crisp, dont la sagesse était unanimement reconnue.

La constitution d’un gouvernement pourrait, en effet, s’avérer impossible, obligeant la coalition Michel à poursuivre en affaires courantes. Nous avons connu ce scénario en 2010-2011. Mais une telle situation ne peut durer indéfiniment. Un Etat qui ne parvient plus à former un gouvernement de plein exercice, est tout simplement un Etat qui n’existe plus… En cas de blocage total, le Parlement flamand pourrait, au départ de sa légitimité démocratique, proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, a déjà fait savoir que si son parti avait la majorité absolue avec le Vlaams Belang, il demanderait cette indépendance.

La stratégie de Bart De Wever est bien connue. Il entend utiliser au maximum la prépondérance flamande au sein du gouvernement Michel pour accentuer une politique socio-économique de droite, afin d’amener les responsables wallons à quémander eux-mêmes une nouvelle réforme de l’Etat. Son projet confédéral repose sur deux Etats, Flandre et Wallonie, disposant de quasi toutes les compétences et entièrement responsables de leurs choix de gestion respectifs. Quand la Flandre voit comment la Wallonie jette l’argent par les affaires, elle n’est plus encline à poursuivre ses transferts financiers qui, aujourd’hui, selon une étude la KUL, s’élèvent à 7 milliards d’euros et devraient encore représenter 6,56 milliards en 2020. Cela étant, la Wallonie serait bien en peine de gérer un secteur tel que la sécurité sociale.

Quant à l’échelon central, réduit à sa plus simple expression (4 compétences), on peut imaginer que la Flandre ne manquerait pas d’en souligner rapidement le caractère superflu.

Le plan B WallonBrux, pure chimère

Le fait est que la Flandre est une Nation et qu’elle a tout naturellement vocation à devenir un Etat souverain. C’est ce que prévoit l’article 1er des statuts de la N-VA.

Le nationalisme ne concerne d’ailleurs pas que la N-VA et le Vlaams Belang. Comme l’a bien souligné l’ancien ministre Stefaan De Clerck : la relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Au Nord, on semble persuadé de l’existence, dans les tiroirs de l’Elysette, d’un Plan B, le fameux WalloBrux. Une pure chimère, car il faut être deux pour danser le tango. Plusieurs sondages ont révélé que les Bruxellois se prononçaient majoritairement pour l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. A 68 % selon l’enquête RTL-Le Soir de 2013.

Quant à une Wallonie indépendante, elle se trouverait dans une situation financière intenable. Sur base des chiffres de 2012, Jules Gazon, professeur émérite de l’ULg, a partagé la dette publique belge entre les régions en prenant le PIB comme critère. On constate que la Wallonie affiche un déficit public supérieur à celui de la Grèce en 2009 ! Nous connaîtrions très vite un climat insurrectionnel.

Le général de Gaulle avait déclaré : « Je suis convaincu que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer un avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. » Nous avons étudié ce scénario. Une assimilation ne serait pas possible, mais bien une intégration de la Wallonie, avec un statut particulier qui lui permettrait de sauvegarder sa spécificité et ses acquis. La chose est tout à fait possible, comme l’a déclaré le constitutionnaliste français Didier Maus. Les responsables wallons ne seraient-ils pas bien inspirés s’ils prenaient langue dès à présent avec les autorités françaises ?

*Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version flamande est sortie chez Doorbraak Boeken.

 

Et si la Catalogne devenait indépendante ?

Jules Gheude

A l’occasion de la Fête flamande, le ministre-président Geert Bourgeois a plaidé pour une nouvelle réforme de l’Etat en 2019, s’inscrivant dans le cadre confédéral.

Celle-ci serait axée sur deux Etats,Flandre et Wallonie, disposant de quasi toutes les compétences, notamment la sécurité sociale et l’impôt des personnes physiques. Réduite à sa plus simple expression (4 compétences), l’échelon central ne tarderait pas à apparaître rapidement comme superflu. Quant aux Bruxellois, il devraient opter entre le Nord et le Sud pour les matières dites « personnalisables ».

La Flandre, qui est une Nation, entend donc bien devenir à terme un Etat souverain au sein de l’Europe. Tel est aussi le cas de la Catalogne, qui organisera, le 1er octobre, un référendum à ce sujet.

Si ce référendum devait s’avérer positif, il sera intéressant de voir la réaction du gouvernement belge, au sein duquel l’influence de la N-VA est prépondérante. Car le parti de Bart De Wever sera le premier à vouloir reconnaître une Catalogne indépendante.

Affaire à suivre…

 

Une République soviétique de Wallonie

Avec l’ascension du PTB, le ministre Marcourt redoute une « République soviétique de Wallonie ».

Mais qu’ont apporté 30 ans de mainmise du PS sur la Région ?  Un taux de chômage qui reste autour des 13% (il était de 5,2% en Flandre en 2015). Des exportations insuffisantes, en baisse depuis trois ans (42,6 milliards d’euros en 2016 contre 205,7 milliards en Flandre).

Sur les 263 régions d’Europe, en termes d’attractivité, nos provinces se situent dans la fourchette 121-142 (21-58 pour les flamandes).

Le plan Marshall, adopté en 2015, en est à sa 4e version, mais la part de l’industrie n’occupe que 14,2% du PIB wallon. Or, c’est l’industrie qui crée les services.

Une étude de la KUL concernant les transferts Nord-Sud révèle  qu’il représentent chaque année 7 milliards et qu’il seront encore de 6,56 milliards en 2020. Cela alors que les récents scandales au sein des intercommunales montrent comment l’argent est jeté par les fenêtres.

En matière de sécurité sociale, le rapport du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds indique que le fossé subsiste entre la Flandre et la Wallonie. En 2016 , celle-ci a dépensé 3,85% de plus en soins de santé, ce qui représente une différence de 84,26 euros par personne. 22,82% des ayants-droits wallons bénéficient d’une indemnité majorée (12,13% en Flandre). Il y a dix ans, la différence des jours d’incapacité de travail / invalidité représentait 1,8 jour. En 2016, elle a grimpé à 5,4 jours. En Flandre, 3 personnes sur 4 recourent au Dossier Médical Global (on n’atteins pas la moitié de la population en Wallonie).  Enfin, pour ce qui est des contributions à la sécurité sociale, elles s’élevaient en 2015 à 8.755,29 euros par titulaire flamand, contre 6.573,65 euros par titulaire wallon.

On comprend mieux, à la lecture de ces chiffres, pourquoi la Flandre entend rendre chaque Région financièrement responsable de ses choix de gestion.

On n’ose imaginer ce que deviendrait la Wallonie avec le PTB aux commandes. Même la Chine a fini par s’écarter du communisme.

JGh

Le PS valide la réforme des allocations familiales

« Le Vif », Belga, 13 juillet 2017

Le gouvernement wallon a approuvé jeudi en première lecture l’avant-projet de décret du ministre Maxime Prévot (cdH) qui doit instaurer, au 1er janvier 2019, le nouveau système de versement des allocations familiales.

 

PS et cdH s’étaient accordés sur un modèle en février dernier, mais leur divorce annoncé depuis par les centristes laissait planer la menace d’un blocage au moment de transposer cet accord en décret.

« Nous avons le sens des responsabilités », a affirmé le ministre-président Paul Magnette (PS) à la sortie de la réunion hebdomadaire du gouvernement, à l’Elysette (Namur). Cette réunion aura duré une heure et quart, pour l’examen des 124 points à l’ordre du jour. Une cinquantaine de ces points ont été bloqués par le cdH.

Mr Prévot a fait état d’un climat « serein et courtois » où chacun a « pris ses responsabilités ». « Il n’y avait pas de raison de revenir sur notre parole, vu les avancées qui avaient été obtenues au profit des plus défavorisés, des orphelins ou des personnes handicapées », a commenté de son côté le ministre du Budget Christophe Lacroix (PS). Il n’était pas non plus question à ses yeux de « monnayer » un accord sur la suppression de la redevance TV – un point que le cdH a à nouveau bloqué – contre un feu vert sur les allocations familiales, a-t-il ajouté. Des incertitudes demeuraient au regard de la soutenabilité financière du nouveau modèle, même si les deux formations politiques avaient convenu en février d’assumer le déficit. On parle d’un surcoût de 9 millions d’euros en 2019 à 45 millions en 2023, selon M. Magnette. « Ce sera au prochain gouvernement de l’assumer ».

Le MR, que l’exclusive du cdH sur le PS a rendu mathématiquement incontournable en Wallonie pour la formation d’un gouvernement majoritaire, avait déjà fait savoir qu’il soutiendrait « le projet du ministre Prévot ». Paul Magnette se prévaut toutefois d’avoir pu arracher en dernière minute l’automatisation des droits aux allocations familiales pour les jeunes de 18 à 21 ans.

Le gouvernement wallon reste ainsi en ordre de marche pour passer au nouveau modèle dès 2019 comme en Flandre, alors que le gouvernement bruxellois est toujours à la recherche de son propre modèle.

Le système wallon prévoit que, pour chaque enfant né à partir du 1er janvier 2019, la famille recevra une allocation de base de 155 euros jusqu’aux 18 ans de l’enfant et 165 euros de ses 18 à 24 ans (des suppléments sont prévus pour les familles les plus fragiles et pour les enfants atteints d’une affection ou les orphelins).

Sa caractéristique première est d’octroyer un montant égal quel que soit le rang de l’enfant dans la famille (aîné ou puinés), au contraire du système actuel, où les montants progressent avec le nombre d’enfants. Ce système nataliste s’éteindra au fur et à mesure que celui prévu à partir de 2019 montera en puissance, de sorte qu’il n’y ait aucune diminution de montant pour les familles actuelles.

Au cas où le gouvernement ne parviendrait pas à respecter l’échéance du 1er janvier 2019 en raison de contraintes législatives ou organisationnelles, un régime de transition sera mis en oeuvre, ce qui garantit le versement des allocations.

Ce dossier constitue l’un des enjeux primordiaux de la législature: le financement des allocations familiales pèsera plus de 2,25 milliards d’euros en 2019, soit environ 17% du budget wallon, au bénéfice de plus de 900.000 enfants.

Après le New York Times, c’est au tour du Washington Post d’épingler la Belgique et son clientélisme

msn actualité Baptiste Lambert  11 juillet 2017

http://www.msn.com/fr-be/actualite/national/apr%C3%A8s-le-new-york-times-cest-au-tour-du-washington-post-d%C3%A9pingler-la-belgique-et-son-client%C3%A9lisme/ar-BBEeiRU?li=AAaAA0O&ocid=spartandhp

La crise politique que vit notre pays, et singulièrement le monde politique francophone, a largement dépassé nos frontières. Il y a quelques semaines, c’est le New York Times qui décrivait la Belgique comme étant « l’Etat en faillite le plus riche au monde ». Le Washington Post vient en remettre une couche et compare notre système politique à ce qui se passe en Afrique. Bref, encore un bon coup pub pour notre pays.

Les scandales Publifin, du Samu Social et du Kazakhgate ont dépassé nos frontières. Le 13 juin dernier, le New York Times épinglait la démission d’Yvan Mayeur et « la complexité de gouverner en Belgique ». C’est maintenant au tour du Washington Post de s’interroger sur nos institutions et nos dirigeants, dans des propos repérés par La Libre.

Le journaliste se demande d’abord comment un pays de 11 millions d’habitants peut compter autant d’élus? « La Belgique compte 11 millions d’habitants mais est gouvernée par six gouvernements et six parlements. » Très vite, l’auteur s’attarde sur la cas particulier de Bruxelles: « Bruxelles est encore plus complexe. Elle a un gouvernement, un parlement, 19 assemblées de communes indépendantes, six zones de police distinctes et 33 sociétés de logement. Au total, avec une population d’un million d’habitants, Bruxelles compte 166 ministres, bourgmestres et conseillers communaux, soit plus que Berlin et Paris réunis. » Et encore, ils ont oublié des institutions comme la Cocof (Commission communautaire française), la Cocon (flamande) ou la Cocom (commune).

Utiliser le désordre pour mieux régner

Une telle complexité favoriserait le clientélisme du fait de la multiplication des structures et des zones d’ombres. Une complexité qui empercherait qu’un contrôle efficace se fasse et qui profiterait à nos dirigeants.

L’auteur se base pour cela sur un ouvrage en sciences politiques qui date des années 90. Le titre de cet ouvrage est éloquent: « l’Afrique est partie: du désordre comme instrument politique ». Oui, le Washington Post est en train de comparer notre régime politique à ce qui se fait en Afrique. Selon les deux auteurs de l’étude, Patrick Chabal et Jean-Pascal Daloz, ces systèmes politiques complexes qui multiplient les couches de pouvoir permettaient au leaders africains d’utiliser le désordre pour mieux régner: « Ces « grands hommes » étaient capables de s’attacher leur électorat en accumulant et redistribuant les ressources, le clientélisme et les contrats. »

Opportunités et clientélisme

A nouveau, c’est le cas de Bruxelles qui est mis en avant: « Les services publics de Bruxelles sont assurés par près de 200 agences qui emploient environ 1.400 personnes. Pour le public, cela crée une masse opaque dans laquelle il est très difficile de se retrouver. Mais pour les ‘insiders’, autrement dit les partis politiques au pouvoir, cela signifie qu’il y a un énorme réservoir de jobs à distribuer. Bruxelles est donc une excellente opportunité pour le clientélisme et pour l’enrichissement personnel. »

Bref, « dans la politique du désordre, le pouvoir donne accès à un grand réservoir de ressources qui permet de développer un large réseau de clientèle. » Ça fait mal mais c’est pourtant exactement ce qu’on est en train de vivre ici.

 

Echanges avec la Communauté flamande

A l’occasion de la Fête flamande du 11 juillet, Jules Gheude a été invité à parler de son dernier livre « Testament wallon – Les Vérités dérangeantes »,  à Deerlijk (Flandre occidentale).

Devant un auditoire fourni, et en présence du bourgmestre, de l’échevine de la Culture et d’un proche collaborateur du ministre-président Geert Bourgeois, Jules Gheude a pu ainsi exposer sa vision d’avenir de la Belgique en général, et de la Wallonie en particulier.

La soirée fut également l’occasion, pour Connie Neefs, d’évoquer 60 ans de Télévision flamande, à l’aide de témoignages visuels, de chansons et d’anecdotes.

Il me paraît essentiel que nous puissions échanger régulièrement avec la Communauté flamande, a déclaré Jules Gheude, qui a déjà eu l’occasion de s’exprimer à Hasselt, à Furnes, à Grimbergen, à Audenarde, à Beveren et à Coxyde.

Rappelons que l’essai de Jules Gheude a fait l’objet d’une version flamande (Doorbraak Boeken), qui a été présentée, le 20 avril dernier, au Parlement flamand, à l’invitation du président Jan Peumans.

 

Une Nation flamande qui veut devenir Etat

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandais de cet article a été publiée sur le site de « Knack » : http://www.knack.be/nieuws/belgie/franstaligen-weten-niet-hoe-hard-de-vlaamse-beweging-heeft-moeten-vechten/article-opinion-876475.html

En 2012, le gouvernement flamand a présenté la « Charte pour la Flandre », dont le préambule précise : La Flandre forme une nation.

La nation correspond ici parfaitement à la définition qu’en a donnée Ernest Renan : un plébiscite de chaque jour, une volonté clairement exprimée de poursuivre la route en commun,  au départ de ce que l’on souffert, joui, espéré ensemble.

Au XVIe siècle, la Flandre est acquise au protestantisme. Elle va subir la « reconquista » cruelle du très catholique roi d’Espagne, Philippe II.  Celle-ci prend fin avec la chute d’Anvers en 1585, tandis que les Provinces Unies, préfiguration des Pays-Bas actuels, se forment sous la conduite de Guillaume le Taciturne.

La Flandre a donc été arrachée de force à ce qui aurait dû être son univers naturel.

Grâce à la traduction de la Bible, les Province Unies vont bénéficier d’une langue pure et châtiée, alors que la Flandre reste morcellée en dialectes divers.

Des historiens se sont efforcés d’alimenter le mythe de la prédestination belge. Mais, de César à Napoléon, force est de reconnaître qu’on ne trouve aucune esquisse de Nation belge. Pirenne lui-même doit le reconnaître : lorsque l’étoile de l’Empereur pâlit en 1814, on ne se sent toujours pas Belges. Quant à Godefroid Kurth, qui voyait dans la religion catholique le ciment belge, il est clair que l’épisode espagnol perturbe sa théorie.

La Révolution belge de 1830 débute à La Monnaie, lors d’une représentation de « La Muette de Portici ». François Perin explique : Avez-vous déjà vu la masse populaire se presser à l’opéra ? A cette époque en tout cas, seuls les bourgeois pouvaient aller à l’opéra. Ce sont eux qui se sont enflammés. La révolte, ensuite, sera celle d’une masse populaire de Bruxelles – d’une seule commune -, ce qui, d’ailleurs, fera peur à ladite bourgeoisie, qui créera alors un pouvoir qui perdurera, notamment une garde civique pour maintenir l’ordre. La voilà, notre Belgique !

Avant 1830, nos régions ont été ballotées d’un régime étranger à un autre, au gré des guerres et des mariages princiers.  Comme l’écrit Marguerite Yourcenar dans « L’Oeuvre au noir » : Les princes s’arrachent les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats.

Le Royaume indépendant de Belgique naîtra en 1830 d’un trait de plume diplomatique, en dehors de toute volonté populaire. Il s’agit, pour les grandes puissances d’alors, de se prémunir contre la France. Fruit d’un vote d’à peine 2% de la population, le Congrès national belge se verra imposer par l’Angleterre le choix du monarque.

Rien de glorieux dans tout cela.

Il suffit de lire cette lettre écrite par Charles Rogier à Jean Raikem pour comprendre que, dès le départ, le ver est dans le fruit : Les premiers principes d’une bonne administration sont basés sur l’emploi exclusif d’une langue et il est évident que la seule langue des Belges doit être le français. . Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que toutes les fonctions civiles et militaires soient confiées à des Wallons et Luxembourgeois. De cette manière, les Flamands (…) seront contraints d’apprendre le français, et l’on détruira ainsi peu à peu l’élément germanique en Belgique.

Un deuxième génocide linguistique, donc. C’est précisément pour le contrecarrer qu’un Mouvement flamand verra le jour. De nature romantico-culturelle au départ, il finira par acquérir une dimension sociale et politique.

Car à la question linguistico-culturelle, s’ajoute en effet le phénomène de paupérisation, qui va contraindre des milliers de Flamands, à partir de la période difficile 1845-1848, à émigrer vers la Wallonie industrielle prospère.

Les francophones, dans leur grande majorité, ignorent à quel point  ce mouvement flamand a dû lutter pour arracher les premières lois linguistiques et faire en sorte que la Flandre acquière ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours de l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue française.

Tout cela laissera des traces durables et fera naître un fort sentiment national flamand. L’identité flamande va passer au premier plan.

Les deux conflits mondiaux creuseront  le fossé entre le Nord et le Sud. De même lorsque la prospérité économique changera de camp à la fin des années cinquante.

La Question royale, la guerre scolaire, la grande grève de 60-61 la fixation de la frontière linguistique : autant d’événements qui déchaîneront des passions contrastées.

On crut qu’avec l’introduction du fédéralisme, les tensions s’apaiseraient. Il n’en fut rien.

En 1982, lors de la crise de Cockerill-Sambre, le principe de solidarité fut remis en cause : plus sou flamand pour l’acier wallon ! Dès le début des années 90, le ministre-président flamand CVP Luc Van den Brande lança l’idée confédérale, qui sera adoptée, en 1999, par le Parlement flamand.

Aujourd’hui, la N-VA est la première force politique du pays et tout indique qu’elle sera incontournable lors des élections législatives de 2019.

Pour son leader, Bart De Wever, il importe de faire de la Nation flamande un Etat souverain au sein de l’Europe. Première étape : l’adoption d’un projet confédéral reposant sur un échelon central réduit à sa plus simple expression et deux Etats, Flandre et Wallonie, financièrement responsables de leurs choix de gestion respectifs et cogérant Bruxelles.

Le démantèlement de la Belgique apparaît bien comme un processus irréversible, que les francophones ne pourront empêcher.

En 2011, la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres d’analyser la situation intérieure belge. La conclusion du rapport est sans appel : la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable.

Feu Xavier Mabille, le président du CRISP, dont la sagesse était unanimement reconnue, disait, à propos de l’hypothèse de la disparition de la Belgique : hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure.

(1) Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les Vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est parue chez Doorbraak Boeken.

 

Cabinets ministériels: la Flandre emploie deux fois moins de collaborateurs que la Wallonie

Julien Thomas, DH, 11 juillet 2017

“On devrait aussi discuter du salaire des ministres. On devrait aussi discuter du nombre de ministres. Nous avons trop de ministres du côté francophone : 19 alors que les Flamands font avec une dizaine de ministres. On devrait aussi discuter de la taille des cabinets ministériels. Le ministre-Président à Bruxelles (NdlR : le socialiste Rudi Vervoort) a un cabinet d’une centaine de personnes. Et les miens sont aussi au pouvoir (NdlR : Didier Gosuin (Défi) est membre du gouvernement bruxellois)”, avait lâché, le 1er juillet dernier, le député-bourgmestre Bernard Clerfayt (Défi), sur la chaîne régionale BX1.

Un discours porté quelques semaines plus tôt déjà par son président de parti Olivier Maingain, et qui survient dans un contexte où la question du cumul monopolise une grande partie du débat sur la bonne gouvernance. Or différents observateurs tel Transparency International (TI) demandent depuis des années à la Belgique de mettre de l’ordre dans les modes de recrutement et de fonctionnement de ses cabinets ministériels.

Finalement, d’après les chiffres obtenus par la DH, quelque 2.000 équivalents temps-plein remplissent les cabinets des exécutifs flamand, wallon, bruxellois, francophone et fédéral. Un nombre particulièrement important qui n’est pas sans poser question et fait partie depuis de nombreuses années du système politique belge.

La taille des cabinets ministériels doit être fortement réduite en Belgique et il faut établir une claire répartition des tâches entre ces cabinets et l’administration, préconisait en 2012 l’ONG TI sur la corruption et l’intégrité en Belgique.

Cinq ans plus tard, en raison de l’absence de volonté politique, les réformes des cabinets ministériels ont été insuffisantes du côté flamand, mais encore davantage du côté francophone, note la professeur en management public de l’ULB Marie Goransson. “Le système actuel encourage la politisation de l’administration, tout en l’affaiblissant”, souligne celle qui travaille depuis des années sur le sujet.

Les desiderata de Geert Bourgeois pour une 7e réforme de l’État

« Le Vif », Belga, 10 juillet 2017

Le ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA) veut la mise en oeuvre d’une septième réforme de l’état après les élections de 2019. Dans son viseur: le transfert intégral du marché de l’emploi, des soins de santé et de l’impôt sur les personnes physiques vers la Flandre.

Ce plaidoyer était au centre de son discours prononcé lundi soir à Courtrai, à l’occasion de l’ouverture de la Fête de la Communauté flamande.

M. Bourgeois avait déjà tenu des propos allant dans ce sens lundi matin, sur les mondes de Matin Première (RTBF radio).

Pour le ministre-président flamand, ce sont surtout les transferts du marché du travail et des soins de santé qui sont prioritaires. Cela va de pair avec une autonomie fiscale renforcée des entités fédérées et le transfert des moyens budgétaires correspondants, à savoir ceux de l’ONEM et de l’INAMI.

Aux yeux de Geert Bourgeois, une politique flamande du marché de l’emploi constitue une condition indispensable pour mettre trois quarts de la population flamande au travail, conformément à l’objectif fixé par le gouvernement flamand pour 2020.

En ce qui concerne les soins de santé, il s’agit de « mettre fin à l’émiettement », a-t-il ajouté. A titre d’illustration, le chef du gouvernement flamand en a référé aux soins à domicile, gérés par la Flandre, et aux soins infirmiers à domicile gérés par le fédéral.

M. Bourgeois est aussi partisan d’une politique de « responsabilisation », le seul moyen, selon lui de faire diminuer les dépenses par la Flandre et d’y créer de la marge financière pour « une politique de la santé de qualité encore meilleure ».

En parallèle à ces transferts, il faut renforcer l’autonomie fiscale de la Flandre conformément aux résolutions adoptées en 1999 par le parlement flamand qui visaient le transfert intégral de l’IPP. Pour le ministre-président flamand, le vingtième anniversaire de cette résolution est une parfaite occasion pour au moins concrétiser sa mise en oeuvre.

A terme, Geert Bourgeois veut voir l’impôt sur les sociétés également intégralement transféré.

Il en a une nouvelle fois appelé à la rédaction d’une Constitution flamande en soulignant que dans « les vrais Etats fédéraux », les entités fédérées sont compétentes pour régler leur configuration institutionnelle. Le ministre-président flamand voit aussi dans un tel outil un moyen de mieux intégrer les immigrés. « Une Constitution, assortie de valeurs et de normes, de droits et de libertés constitue un facteur de lien et une source de cohésion sociale », a-t-il commenté.

Geert Bourgeois est enfin revenu sur la question des transferts financiers entre la Flandre et la Wallonie. Une étude de la KUL a révélé à la fin de la semaine dernière que ceux-ci portaient toujours sur quelque 6,5 milliards d’euros.

Pour le mandataire de la N-VA, ce montant doit diminuer.

« Laissez moi être clair: la Flandre est solidaire avec celui qui est plus pauvre, celui qui a moins de chance. Mais le montant doit rester raisonnable et le système doit être simple, transparent et surtout responsabilisant. Il doit inciter la Wallonie et Bruxelles à mener une politique qui améliore leur situation et augmente leur capacité fiscale, de sorte que les transferts puissent diminuer » », a-t-il conclu.