Une décision importante

Jules Gheude, essayiste politique (1)

« La Libre Belgique », 22 juin 2017

Le MR aurait tort de ne pas saisir la main qui lui est tendue. Les Wallons méritent mieux que par le passé !

En renonçant à poursuivre la route avec le PS au sein des gouvernements des entités fédérées, le président du CDH, Benoît Lutgen, a provoqué un véritable tsunami politique.

Nous avons eu, maintes fois, l’occasion de souligner l’énorme responsabilité que le PS porte dans la situation économique précaire que connaît la Wallonie. Depuis la mise en place de la régionalisation en 1980, ce parti a exercé, de façon quasi ininterrompue, la ministre-présidence de la Région. On voit aujourd’hui le résultat : un taux de chômage de près de 14%, le report constant du retour à l’équilibre budgétaire, les scandales à répétition.

Le fossé est béant entre une Flandre dynamique et entrepreneuriale, et une Wallonie marquée par l’hypertrophie politico-administrative, fruit d’un clientélisme effréné  que le PS a littéralement érigé en système.

Les statistiques de la BNB concernant les exportations 2016 viennent confirmer ce constat : pour la troisième année consécutive, la Wallonie connaît une baisse (-0,5%), avec un chiffre de 42,5 milliards d’euros, tandis que la Flandre progresse de 10,6%, avec un chiffre de 205,7 milliards.

Lorsque, jeune ministre wallon des Affaires intérieures en 2004, Charles Michel tenta de jeter un coup de pied dans la fourmillière, il ne manqua pas d’indisposer le PS. Depuis lors, le MR est systématiquement écarté du pouvoir.

La Flandre n’est pas opposée à la solidarité, mais lorsqu’elle constate que la Wallonie, en raison d’une gouvernance inefficace et inadaptée, tarde à décoller, elle est encline à reprendre ses billes. Inutile de rappeler ici l’analyse de Bart De Wever à propos du PS.

Les commentaires que l’on peut lire sur les réseaux sociaux indiquent un ras-le-bol citoyen de ces pratiques qui consistent à profiter de la crédulité des plus fragiles (ceux que Paul Magnette appelle « les petites gens ») pour s’enrichir. Ces déviances contribuent à faire le lit des extrêmes, comme en témoigne l’avance spectaculaire du PTB, crédité aujourd’hui de 20%.

Depuis son J’en ai marre des parvenus ! en 2005, Elio Di Rupo s’est montré incapable d’engendrer une meilleure gouvernance. Incapable aussi de réformer en profondeur le PS pour lui permettre d’affronter, de façon pragmatique, les défis nouveaux d’un monde en pleine mutation. On est loin d’un Gerhard Schröder qui, en l’espace de quatre ans, a réussi à remettre l’Allemagne sur les rails.

Le PS français meurt également aujourd’hui du fait de n’avoir pas su s’adapter. Les « réformistes » ont rejoint le camp d’Emmanuel Macron.

Même si la décision de Benoît Lutgen n’est pas dépourvue d’arrière-pensées (mieux vaut quitter le bateau avant qu’il ne coule), elle offre à la Wallonie l’opportunité de trouver un nouveau souffle.

Il n’y a pas de fatalité wallonne. La Région regorge d’atouts qui ne demandent qu’à être mis en valeur. Des économies substantielles peuvent être faites dans de nombreux domaines – intercommunales, provinces,… – et affectées à la promotion des petites et moyennes entreprises, créatrices d’emplois. Il faut aussi amener le personnel politique à exercer ses responsabilités avec un sens aigu de l’éthique et de la rigueur. Le cumul des mandats n’est pas sain.

Le MR aurait tort de ne pas saisir la main qui lui est aujourd’hui tendue. La population wallonne mérite mieux que ce qu’on lui a proposé jusqu’ici.

Au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain qui était allé le rencontrer à la fin des années 60, le général de Gaulle avait dit : Chaque peuple ne peut se redresser que par lui-même. Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et mobiliseront ce qui en reste. (2)

(1) Dernier livre paru : « Un testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est sortie  chez Doorbraak Boeken, avec une préface de Bart Maddens de la KU Leuven.

(2) Propos rapportés par Claude de Groulart dans son livre « De Gaulle : Vous avez dit Belgique ? », Pierre-Marcel Favre, 1984.