La stratégie de la N-VA mise à mal par le rejet du PS ? Rien n’est moins sûr…

Opinion de Jules Gheude, essayiste politique (1), dans « Le Vif » du 22 juin 2017

http://www.levif.be/actualite/belgique/la-strategie-de-la-n-va-mise-a-mal-par-le-rejet-du-ps-rien-n-est-moins-sur/article-opinion-682523.html

Selon le député indépendant Hendrik Vuye, la décision du CDH de rompre avec le PS au sein des gouvernements des entités fédérées (en Wallonie, à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles) vient mettre à mal la stratégie de Bart De Wever.

 

Le leader de la N-VA comptait en effet utiliser le pouvoir prépondérant de la Flandre à l’échelon fédéral pour accentuer une politique socio-économique de droite qui amènerait la Wallonie de gauche à demander une nouvelle réforme de l’Etat. L’objectif étant d’obtenir la majorité spéciale nécessaire à la mise en place d’un système confédéral.

Il est clair que le MR ne peut accepter de remplacer le PS qu’avec la garantie de pouvoir appliquer une politique socio-économique en totale rupture avec celle menée jusqu’ici. Une politique qui rejoindrait celle menée en Flandre et à l’échelon fédéral.

Mais les prochaines élections régionales auront lieu en juin 2019, c’est-à-dire dans deux ans. Un laps de temps permettant certes de prendre des mesures importantes, mais sans doute trop court pour pouvoir engendrer des résultats significatifs. Pour le dire autrement, MR et CDH peuvent imposer à l’embarcation wallonne un changement de cap radical à droite, mais deux ans ne seront pas suffisants pour qu’elle parvienne à bon port.

Cette évolution est-elle susceptible de contrecarrer le plan confédéraliste de la N-VA ? Tout dépendra du rapport des forces politiques au lendemain des élections législatives et régionales de 2019.

Relégué dans l’opposition, le PS n’aura d’autre choix que de faire le grand nettoyage en son sein pour montrer qu’il entend définitivement rompre avec les pratiques du passé.

Certains mandataires humanistes et réformateurs ont, eux aussi, failli en matière d’éthique. CDH et MR ont donc tout intérêt à prendre immédiatement des mesures radicales.

Tout cela rassurera-t-il les citoyens dégoûtés, qui sont de plus en plus séduits par le chant des sirènes populistes ? Rien n’est moins sûr. Le PTB est aujourd’hui crédité de 20% !

Lors de la crise politique survenue à la Ville de Mons, Elio Di Rupo n’a pas hésité à tendre la main au PTB pour remplacer le MR dans la majorité. Il s’est vu opposer une fin de non-recevoir, mais on se souvient de ses propos : Je suis un rassembleur, à gauche. Il nous faut une gauche forte qui s’engage dans les gouvernements.

Rien ne dit donc qu’Elio Di Rupo ne tentera pas, au lendemain des élections de 2019, de former une majorité régionale wallonne avec le parti de Raoul Hedebouw. D’autant que celui-ci n’affirme plus aujourd’hui que sa formation ne sera pas prête avant quinze ans…

Dans ce cas, la stratégie de Bart De Wever retrouve tout son sens. Il serait, en effet, confronté à ce qu’il appelle une Wallonie socialo-communiste.

En revanche, si l’électeur, satisfait de la nouvelle politique menée en Wallonie, encourage le MR et le CDH à poursuivre dans cette voie, la N-VA aura la tâche moins aisée pour imposer son modèle confédéraliste.

Les sondages indiquent toutefois qu’elle sera un partenaire incontournable pour la formation d’un nouveau gouvernement belge. En cas de blocage complet, la Belgique, comme l’avait écrit François Perin en 1981, peut disparaître par implosion. Et, fort de sa légitimité démocratique, le Parlement flamand pourrait alors proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. On se souvient des propos tenus par Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, le 15 octobre 2016 : En cas de majorité avec le Vlaams Belang, nous réclamerons l’indépendance.

Affaire à suivre, comme on dit…

(1) Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les Vérités dérangeantes, Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise vient de sortir chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.