Trois raison de douter de la stratégie de De Wever

 

Analyse du professeur Bart Maddens de la KU Leuven, « Doorbraak », 2 mai 2017. Traduction de Jules Gheude

La N-VA semble à nouveau s’agiter sur le plan communautaire. La semaine dernière, « Objectief Vlaanderen » est sorti de sa léthargie hivernale. En juin, trois journées d’étude seront organisées autour de thèmes communautaires.

Par ailleurs, la N-VA offre à ses cadres un exemplaire du livre « Onvoltooid Vlaanderen » (Flandre inachevée). L’historien Frank Seberechts y décrit l’histoire de la formation de la Nation flamande. Et, comme le titre l’indique, celle-ci n’est pas terminée.

 Rien de neuf ?

Le fait que Bart De Wever conclue le livre par un plaidoyer en faveur du confédéralisme est aujourd’hui en soi une grande nouvelle.

Il répète quasi littéralement ce qu’il avait écrit en septembre dernier aux membres de la N-VA. Il voulait alors rassurer les militants de base après la crise survenue lors de la démission de Vuye et Wouters : Nous devons faire sortir les francophones de leur trou. Töt ou tard, cela arrivera. Peut-être pas aujourd’hui ni demain. Mais rapîdement. La politique actuelle est n’est pas assez à droite pour amener la Wallonie de gauche à opérer le revirement vers le séparatisme.

De Wevar avait déjà laissé entendre auparavant que sa stratégie s’inscrivait dans le long terme. Pour l’instant, rien n’indique que le PS effectuera un virage à 180° en direction du confédéralisme. Mais cela peut changer si la N-VA réussit à nouveau en 2019 à mettre la majorité de gauche en Wallonie hors jeu. Et la même chose en 2024. Alors les Wallons pourraient réagir de manière aussi séparatiste que les Ecossais après plus d’une décennie de politique néo-libérale sous Thatcher.

C’est en effet quelque chose de plausible. Mais la possibilité reste toutefois fort mince. Le CD&V et le MR appuient trop sur le frein.

Rien ne dit non plus que ces deux partis voudront encore s’embarquer dans l’aventure kamikaze du gouvernement Michel, même si la chose serait mathématiquement possible.

Jusqu’à quel point la N-VA est-elle encore rebelle ?

La stratégie à long terme comporte encore un autre risque. Les partis évoluent sans cesse. La N-VA d’aujourd’hui est nettement moins rebelle que celle de 2010. Le parti est devenu plus convenable et fait partie du système.

Les nationalistes flamands radicaux, comme Hendrik Vue et Veerle Wouters, sont dès lors rejetés, tandis que l’on attire davantage des politiciens libéraux et bourgeois. Si cette évolution se poursuit dans les dix prochaines années, la N-VA ne ressemblera plus guère au parti nationaliste qu’il fut jadis. Tout au plus aura-t-elle encore des accents régionalistes, comme la CSU bavaroise.

Long terme ?

Imaginons que, dans un avenir lointain, après avoir trinqué quine ans sous une politique flamande de droite, le PS vire finalement de bord et supplie pour adopter le confédéralisme, la N-VA (si le parti porte encore ce nom) pourrait se montrer fort surprise. Mais enfin, les garçons, avec quoi venez-vous maintenant ?  diront-ils alors. Quand les partis commencent à parler du long terme, une petite sonnette d’alarme finit toujours par retentir chez le citoyen critique. Le long terme est le cimetière des idéaux de parti.

L’Open VLD n’a jamais formellement renié les idées radicales de Verhofstadt. C’était seulement quelque chose « pour le long terme ».

D’un autre côté, les récentes démarches de la N-VA contredisent cette vision d’avenir sombre (du point de vue flamingant). Avec le livre de Franks Seberechts, le parti semble vouloir donner à la base le signal que  le parti conserve toujours ses racines nationalistes, en dépit de tous les signes contraires.

La N-VA estime toujours que sa tâche consiste à achever la formation de la Nation flamande. Les colloques de juin peuvent servir de levier pour remettre le thème communautaire à l’agenda politique, en vue des élections futures.

Ce ne serait pas la première fois que les flamingants seraient trompés par le parti. La question est de savoir si ces quelques oiseaux annoncent vraiment un printemps nationaliste flamand.

On se souvient de l’annonce spectaculaire du « virage de Vuye » au début de l’année dernière. Ce ne fut finalement qu’une illusion, un pétard mouillé.

A moins que les remplaçants Sander Loones et Matthias Diependaele n’aient profité de cette longue période de calme pour transformer « Objectief V 2.0 » en une centrale d’énergie nationaliste flamande susceptible de provoquer un choc communautaire lors des campagnes de 2018 et 2019.

C’est possible. Mais nous devons le voir pour le croire.