La Wallonie, bientôt une macro-région ?

« Le Vif », Belga, 2 mai 2017

Le ministre-président wallon Paul Magnette a affirmé mardi, lors de son discours annuel sur l’état de la Wallonie, son intention de développer une stratégie macro-régionale européenne associant les Pays-Bas, des régions d’Allemagne et de France et le Luxembourg.

L’an dernier, le chef de l’exécutif wallon avait constaté que la Wallonie ne récoltait pas suffisamment d’effets indirects des investissements sur son territoire et avait donc lancé le plan Acheter Wallon, à destination des particuliers et des entreprises.

Cette année, M. Magnette a cité l’économiste gantois Luc Soete. A l’occasion des dix ans du Plan Marshall wallon, ce dernier avait souligné que le programme de redressement de la Wallonie avait bien eu un effet de levier sur les investissements privés, mais que la Région restait encore trop peu ouverte sur les régions voisines.

Des stratégies similaires au Plan Marshall existant en France et aux Pays-Bas, M. Magnette a annoncé son intention de renforcer la dynamique de la Grande Région (Wallonie, nord-est de la France, nord-ouest de l’Allemagne, Luxembourg) en proposant de développer une stratégie macro-régionale européenne avec les Pays-Bas et des régions voisines en Allemagne et en France, Belgique, Luxembourg. Actuellement, l’Europe reconnaît quatre macro-Régions (pour la mer Baltique, le Danube, les mers Adriatique et ionienne, et pour les Alpes). La Flandre, elle, serait plutôt demandeuse d’une macro-Région mer du Nord, a noté Paul Magnette.

On peut avancer dans des stratégies de spécialisation intelligente, par exemple dans le secteur de la logistique. Le but est d’intensifier l’internationalisation avec nos voisins, a-t-il commenté. La stratégie macrorégionale est décidée par le Conseil européen. Son principal intérêt réside dans une meilleure articulation entre, d’une part, les fonds structurels européens existants, et d’autre part, les financements nationaux et régionaux de politiques transversales et transfrontalières.

Poursuivant son diagnostic annuel de l’état de la Wallonie, M. Magnette a invité à ne pas céder au discours décliniste qui fait le jeu des simplifications abusives, tout en reconnaissant que tout n’est pas parfait. Ainsi, si le produit intérieur brut (PIB) de la Wallonie n’aura pas été du meilleur cru en 2015, affichant un piètre 0,9% de croissance, le recul permet de constater que les trois régions ont évolué à peu près au même rythme depuis une quinzaine d’années. On est dans un rythme de rattrapage équivalent voire meilleur aux régions du nord de la France ou d’Allemagne qui ont des caractéristiques socio-économiques similaires.

2016, année tournant pour le chômage

En termes de chômage, 2016 pourrait s’avérer être une année tournant: la baisse du taux de chômage constatée depuis 2014 se confirme sans qu’elle ne doive plus être partiellement liée aux effets de la suppression des allocations d’insertion, et elle s’accompagne désormais d’un taux d’emploi lui aussi en croissance. M. Magnette considère dès lors probable que, sur les cinq prochaines années, le chômage diminue naturellement de quelque 50.000 unités. Il note que la baisse est plus rapide encore chez les profils les plus difficiles à activer (moins de 25 ans, plus de 40 ans).

Le chef du gouvernement wallon note aussi la forte augmentation du nombre de Wallons acceptant une offre d’emploi en Flandre: +24% de 2014 à 2016, soit quelque 4.000 unités. Il souligne la progression des exportations sur les destinations lointaines – une transformation culturelle est en cours chez les entrepreneurs wallons -, la force de l’investissement en recherche et innovation (la Région frôle l’objectif européen des 3% du PIB, devançant Bruxelles et la Flandre), mais concède qu’une famille sur douze en Wallonie vit encore en déprivation sévère, même si la Région s’affiche dans la bonne moyenne européenne à cet égard. En termes de lutte contre les inégalités, l’écart salarial femme-homme en Wallonie est passé de 15 points de pourcentage à 4 entre 1999 et 2014.

La décrue du nombre de demandeurs d’emploi inoccupés est plus accentuée chez les femmes que chez les hommes. Sur le plan de l’environnement, Paul Magnette constate que la Wallonie a réduit d’un tiers ses émissions de gaz à effet de serre depuis 1990 et se montre ainsi le bon élève de la classe Belgique. Cette baisse n’est pas due aux seules fermetures d’usines, mais bien à une reconversion plus profonde du tissu industriel vers des secteurs moins carbonés, comme le prouve à ses yeux le fait que le PIB wallon a augmenté de 20% sur la même période.

Tout n’est pas formidable, mais on peut pas dire que tout va mal et nourrir ainsi des discours sur le déclin et une incapacité de la Wallonie à se redresser. La prospérité wallonne continue de progresser, les fondamentaux sont bons, mais il reste beaucoup de défis: diversifier les exportations, renforcer les investissements publics, mieux identifier les secteurs porteurs de croissance économique et d’emploi. Le ministre-président n’a pas évoqué la bonne gouvernance ni l’affaire Publifin, un volet qu’il avait abordé devant la presse jeudi dernier en présentant une batterie de mesures, et qui ne doit pas faire selon lui l’objet du discours sur l’état de la Wallonie. Il a invité l’opposition à ne pas s’engager dans un discours décliniste, meilleur terreau à ses yeux de toutes les simplifications et les rejets. Les députés répondront mercredi matin à ce discours sur l’état de la Wallonie.