Pour une « Wallonie en marche! »

25 avril 2017

Pour une « Wallonie en Marche! » – © Tous droits réservés

 

 

Emmanuel Macron vient de remporter le premier tour des présidentielles françaises, avec 23,75%. Cela me réjouit et nul doute que François Perin aurait aussi applaudi, lui qui, en 1981, dans son essai « Germes et bois morts dans la société politique contemporaine » (Ed. Rossel) écrivait :

« Le socialisme libéral et le libéralisme social peuvent donc s’entendre au lieu de se combattre en sombrant dans le piège des mots. Ils seraient comme les deux bouts d’un balancier : souplesse, équilibre, mouvement, adaptation. Le capitalisme prédateur et le socialisme autoritaire, ces deux monstruosités du siècle, ont assez démontré la capacité de folie suicidaire des hommes, pour que l’on tente partout d’ouvrir des voies à un comportement plus équilibré, plus serein et plus sage. Furia ideologica est ! »

N’est-il pas temps, en effet, de rompre avec ces tabous idéologiques, qui n’engendrent que querelles stériles et paralysantes, pour s’engager résolument dans « la troisième voie », celle qui nous permettra d’affronter avec pragmatisme les défis d’un monde en pleine mutation ?

En Wallonie, on peut constater les résultats désastreux d’une politique qui, depuis plus de 35 ans, subit l’influence prépondérante d’un PS incapable de se réformer.

Certes, on enregistre une légère baisse du chômage, mais celui-ci reste très élevé, avec près de 14%. En Flandre, ils sont passés de 10,7% en 1983 à 5,2% en 2015 !

Dans le classement d’attractivité des 263 régions d’Europe, nos provinces se situent dans la fourchette 121-142, loin derrière la Flandre entre 21-58.

Quant aux statistiques d’exportations pour les trois premiers trimestres de 2016, elles indiquent que la Wallonie est en baisse de 3,7% avec un chiffre de 31,1 milliards d’euros, tandis que la Flandre connaît une hausse de 8,2%, avec 150,9 milliards.

La différence entre Wallons et francophones se manifeste également au niveau des performances en matière d’enseignement, ainsi que l’indique le rapport Pisa.

Et alors que la Flandre réalise l’équilibre budgétaire depuis plusieurs années, la Wallonie ne cesse de reporter l’échéance.

Au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain qui lui parlait de la situation de la Wallonie, le président Charles de Gaulle avait répondu : « Chaque peuple ne peut se redresser que par lui-même. Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et mobiliseront ce qui en reste. »

Certes, le ministre-président wallon Paul Magnette est jeune, mais il ne satisfait clairement pas aux deux autres critères ? A l’instar de ses prédécesseurs, il adopte la méthode Coué et dresse un tableau idyllique de la situation, que les chiffres, nous l’avons vu, s’empressent de corriger. Et pour ce qui est de la mobilisation, force est de constater qu’elle reste confinée aux quelques journées de liesse des Fêtes de Wallonie. Une fois les lampions éteints, l’apathie reprend le dessus.

Ne tournons pas autour du pot : scotché à Elio Di Rupo, Paul Magnette ne peut incarner l’avenir.

Il y a cependant, au PS, des gens qui tiennent un discours ouvert et constructif. Comme Philippe Suinen, l’ancien patron de l’Awex, lorsqu’il déclare, le 25 juin 2016, à « La Libre Belgique » :

« Nous sommes dépendants de cette image de grévistes en matière d’investissements étrangers. (…). Je suis pour un unionisme wallon où tous les partis politiques démocratiques et les partenaires sociaux se mettraient d’accord sur une trajectoire qui irait, par exemple, jusqu’en 2030. (…) Dans le tax-shit, il y a d’excellentes choses. La mesure de Willy Borsus, qui exempte les patrons de charges sociales sur le premier travailleur engagé, est l’une des meilleures décisions prises depuis longtemps. »

Voilà des propos qui tranchent singulièrement avec la vision étriquée du Boulevard de l’Empereur…

Un pays ou une région n’a pas besoin de 35 ans pour se redresser. En l’espace de quatre ans, Gerhard Schröder est parvenu à remettre l’Allemagne sur les rails.

Il n’y a pas de fatalité. C’est tout simplement une question de courage et de volonté politiques.

Le mal wallon est connu. C’est l’hypertrophie politico-administrative, fruit d’un clientélisme effréné.

Autrefois, on pouvait reprocher à l’Etat unitaire – on parlait d’Etat CVP – de ne pas se soucier suffisamment du déclin économique de la Wallonie. Mais depuis l’introduction officielle de la régionalisation en 1980, les dirigeants wallons ont pu disposer d’outils propres pour assurer la gestion de la région. Et, au fil des réformes successives de l’Etat, ces leviers n’ont cessé de se multiplier. Ils ont, manifestement, été mal utilisés.

Les jeunes aiment faire la fête et on ne leur reprochera pas. Prochainement, les « apéritifs namurois » vont reprendre à la Citadelle de Namur. Et si l’on en profitait pour mettre en route le « Printemps wallon » ?

C’est aux jeunes, dont l’avenir est en jeu, de prendre les choses en main et de faire comprendre aux dirigeants qu’ils doivent changer de cap.

Seul un réseau dense de PME innovantes et dynamiques, qui créent des emplois et offrent des possibilités d’exportation, est susceptible de relancer la croissance. Mais il faut aussi ne pas les alourdir de charges fiscales et administratives.

Comme c’est le cas en Flandre, il faut fusionner les échelons régional et communautaire.

Il est temps également de jeter un grand coup de pied dans la fourmillière des intercommunales et rationaliser certains secteurs (une administration unique pour les TEC, fusion des trois réseaux de l’enseignement officiel, dégraissage de l’institution provinciale,…).

Last but not least, l’éthique professionnelle est quelque chose d’essentiel si l’on veut éviter les conflits d’intérêts. Il faut donc fixer des règles morales strictes et adopter un code de bonne gestion (nombre de mandats, rémunérations,…).

Feu Robert Deschamps, professeur d’économie aux Facultés de Namur, constatait : Nous vivons au-dessus de nos moyens et en dessous de nos capacités.

Quand on voit comment l’argent est jeté par les fenêtres, rien d’étonnant qu’on ne sache pas atteindre l’équilibre budgétaire et que l’on doive recourir à l’impôt !

 

Jules Gheude est essayiste politique. Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes » (Mon Petit Editeur, Paris, 2016). La version néerlandaise de ce livre vient de sortir chez « Doorbraak.Boeken » : « Waals Testament – Ongemakkelijke waarheden over de toekomst van België ».