Archives mensuelles : mars 2017

Sondage : le PTB devance le PS en Wallonie et est troisième à Bruxelles

« Le Vif », 24 mars 2017

Le PTB enregistre une progression importante en Wallonie, où il se hisse en deuxième position en ce qui concerne les intentions de vote, dépassant le PS, et à Bruxelles, où il monte sur la troisième marche du podium, indique un sondage diffusé vendredi soir par la RTBF et La Libre Belgique.

En Wallonie, les intentions de vote pour les élections fédérales donnent le PTB à la deuxième place avec 20,5% (contre 18,4% en décembre 2016 et 5,5% aux élections de 2014) derrière le MR (qui devient le premier parti de la Région avec 22,7%, en baisse de 0,4% depuis décembre). Le PS, qui glisse de 25,4% à 20,3%, n’arrive plus que troisième, plombé sans doute par une image abîmée par la saga Publifin.

A Bruxelles, le PTB s’installe, toujours pour ce qui concerne les élections fédérales, en troisième position avec 14,1% des intentions de vote (+4,5%), en délogeant Ecolo (qui est pourtant en hausse, passant de 11,3% à 13,1%) et en laissant DéFi largement derrière lui (10,4% contre 10,5% en décembre).

Les deux premières places reviennent au PS (20,1% contre 20,4%) et au MR (18,7% contre 19%). Ce sondage a été réalisé auprès de 2.898 électeurs belges entre le 16 et le 20 mars 2017.

En Flandre, la N-VA reprend des couleurs par rapport au dernier sondage, qui date de décembre dernier. Le parti nationaliste remonte de 26,3% à 28,3% en mars. La N-VA obtient le double d’intentions de vote que le CD&V, qui glisse de 16,3% à 14,1%, alors que l’Open VLD progresse quelque peu (13,6% contre 12,4%), que le sp.a. « bégaye » (12,9% contre 13,2%) et que le Vlaams Belang et Groen régressent (11,9% et 11,5% contre 12,3% et 12,7% voici trois mois).

Ce sondage a été réalisé par Dedicated auprès de 2.898 électeurs belges entre le 16 et le 20 mars 2017. La marge d’erreur maximale est de 3% sur l’échantillon en Flandre, de 3,2% en Wallonie et à Bruxelles et de 1,8% sur l’échantillon national.

 

Le débat des candidats à la présidentielle française de 2017

On trouvera ici le lien permettant de revoir le débat télévisé du 20 mars dernier, au cours duquel 5 candidats à l’élection présidentielle (Benoit Hamon, François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon) ont pu débattre de leurs programmes respectifs.

http://www.lci.fr/elections/live-presidentiel-en-direct-debat-tf1-hamon-melenchon-macron-le-pen-fillon-2029615.html

 

 

« Il y a quelque chose de pourri en Wallonie »

 «Le Vif » 22/03/17 à 14:15 – Mise à jour à 14:15

Ne tournons pas autour du pot : il y a quelque chose de pourri en Wallonie. 

Je suis attentivement les auditions qui se déroulent à la commission d’enquête parlementaire Publifin. C’est comme si les intéressés ne réalisaient pas la gravité de la situation.

Avec leurs émoluments faramineux, tous ces mandataires vivent à côté de la réalité. En 2014, le salaire belge moyen s’élevait à 3.414 euros bruts, soit moins que ce que touchait le député-bourgmestre de Seraing, Alain Mathot, avec les quatre mandats qu’il détenait chez Publifin et dont il vient de démissionner. En ce qui concerne Stéphane Moreau, le patron de Nethys, il a fini par dévoiler ses revenus pour l’année 2016 : 839.000 euros bruts. Pendant ce temps, les membres du peronnel de Publifin ont dû se contenter d’une prime de Noël de… 35 euros!

J’en ai marre des parvenus! Il n’y a pas de place pour les parvenus au parti socialiste! , lançait, le 4 octobre 2005, Elio Di Rupo, alors président du parti et ministre-président wallon, après la révélation des scandales à Charleroi. Douze ans plus tard, force est de constater que la gouvernance ne s’est pas améliorée. Ce climat malsain ne fait que creuser davantage le fossé entre le citoyen et le politique. Il alimente le populisme et contribue ainsi à saper les fondements mêmes de la démocratie.

Récemment encore, Elio Di Rupo a démontré que son temps était révolu et qu’il ne pouvait incarner l’avenir. En 1999 (la N-VA n’existait pas encore!), le Parlement flamand s’est clairement exprimé en faveur de l’option confédéraliste. De façon cohérente, Bart De Wever déclare donc aujourd’hui qu’un gouvernement avec le PS en 2019 n’est possible que moyennant un accord sur le confédéralisme.

Mais pour Di Rupo, il ne peut être question de s’engager sur ce terrain. Selon lui, le PS s’engagera pour renforcer notre sécurité sociale ainsi que les revenus des travailleurs et des pensionnés, et non pour négocier la fin du pays. Le PS mettra sur la table l’abaissement de l’âge de la retraite à 65 ans, le rétablissement de l’indexation des salaires, de meilleurs soins de santé et l’individualisation des droits sociaux.

Il est clair que sous la présidence d’Elio Di Rupo, le PS campera sur ses schémas idéologiques traditionnels. L’homme ne fait pas partie de ces socialistes réformistes qui s’adaptent avec pragmatisme au monde d’aujourd’hui.

Sur le plan de la réforme de l’Etat, Elio Di Rupo s’est toujours présenté, avec les autres présidents de parti francophones, comme un demandeur de rien, pour finalement céder. Il ne pouvait être question pour lui de scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension de Bruxelles. On sait ce qu’il en est advenu.

Lorsqu’on relit l’interview que Wouter Beke a donnée au journal québécois « Le Devoir » le 22 septembre 2007, on constate que l’actuel président du CD&V est sur la même longueur d’onde que Bart De Wever : Nous voulons un véritable confédéralisme où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Ne soyons pas naïfs. La sécurité sociale constitue le fonds de commerce du PS. C’est ce qui explique l’attachement si prononcé d’Elio Di Rupo à la Belgique. Et sur ce plan, il a en effet bien des soucis à se faire. Invité, le 8 novembre 2002, sur le plateau de VTM, Karel De Gucht, alors président des libéraux flamands, s’était montré particulièrement clair : La Belgique est condamnée à terme à disparaître, à s’évaporer et, en attendant, elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inacceptable que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie.

Le récent rapport du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds (Mutuelle flamande et neutre) ne peut que conforter le point de vue flamand. Contrairement à ce qu’affirme le ministre-président Paul Magnette – il n’y a pas de surconsommation wallonne en matière de santé -, l’étude montre que les différences entre la Flandre et la Wallonie n’ont cessé de s’accroître

On constate ainsi qu’en 2015, les dépenses en Flandre s’élevaient à 2109 euros par ayant droit; contre 2245 euros en Wallonie, soit une différence de 136 euros. En 2010, cette différene était de 50 euros. Pour ce qui est des contributions, elles représentaient en 2014 19.265 euros par ayant droit en Flandre, contre 15.061 euros en Wallonie.

L’évolution est également frappante en ce qui concerne le nombre de jours pour incapacité de travail et invalidité. En cinq ans, la différence entre la Flandre et la Wallonie est passée de 3,8 à 5,7 jours.

Selon le VNZ, ces différences s’expliquent par le fait que les deux régions n’ont pas la même approche culturelle en matière de santé. En Flandre, on compte par exemple moins de jours d’hospitalisation et on privilégie le médecin de famille en tant que gestionnaire du dossier médicam global.

Nous savons que le déclin de la Wallonie a débuté dans les années soixante, lorsque l’industrie lourde a périclité sans qu’il y ait de reconversion valable. Les programmes d’aide de l’Etat belge unitaire n’ont fait qu’accompagner le recul économique wallon, alors qu’elles ont contribué en Flandre à investir dans des secteurs qui valorisaient la croissance économique, créaient de l’emploi, encourageaient l’innovaton et la diversification, et ce dansd toutes les provinces.

Le discours du PS était toujours le même : il faut sauvegarder les droits acquis. Et la stratégie syndicale s’est avérée suicidaire, en présentant l’image d’une région prompte à déposer l’outil. La faillite de Cockeriil-Sambre en 1981 a amené la Flandre à remettre en remettre en cause la solidarité avec la Wallonie : plus un sou flamand pour l’acier wallon!

On pourrait écrire un livre sur la manière dont la pieuvre socialiste a déployé ses tentacules sur l’ensemble de la Wallonie.

Avec l’introduction de la régionalisaion en 1980, la Wallonie a pu disposer d’outils propres pour entreprendre son redressement économique. Au fil des réformes successives de l’Etat, ces outils n’ont cessé de s’accroître. Mais il ne suffit pas d’avoir de bons outils, encore faut-il pouvoir s’en servir de manière efficace. Et ce ne fut, de toute évidence, pas le cas. En octobre 2015, Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Destrée, l’a lui-même reconnu : La Wallonie n’a toujours pas décollé.

La réalité est en effet très éloignée du tableau idyllique dressé par le ministre-président Paul Magnette en avril 2016, lors de son discours annuel sur l’état de la Wallonie : Vivons-nous aux crochets de la Flandre? Je vous dis non! (…) Non, la Wallonie n’est pas à la traîne ni en retard de développement/ (…) Il n’y a pas de surconcomation wallonne en matière de santé. (…) Jamais autant d’emplois n’ont été créés. (…) Nous nous rapprochons de la moyenne européenne.

Hélas, les chiffres nous tiennent un autre discours. Nous l’avons vu déjà avec la sécurité sociale. Mais la situation reste aussi préoccupante en ce qui concerne les autres domaines. S’il est vrai que le chômage commence enfin à baisser, il reste encore très élevé, avec un taux d’environ 14%.

Un rapport de l’Institut wallon pour l’évaluation, la prospective et la statistique nous révèle que le taux de chômage en Flandre a été divisé par deux entre 1983 et 2015, passant de 10,7% à 5,2%. En 1983, moins de trois points de pourcentage séparaient le taux de chômage le plus bas, observé en Flandre (10,7%), et le plus élevé, observé en Wallonie (13,5%). En 2015, l’écart entre ces deux régions a explosé, passant à sept points, précisz Béatrice Van Haeperen, coordinatrice scientifique à l’Iweps.

Examinons à présent le tableau Eurostat 2014, relatif au PIB/habitant dans les régions européennes. Nous consatons que, pour une moyenne de 100, Bruxelles affiche 207, la Flandre 120 et la Wallonie 86. Et bien que le Hainaut ait largement bénéficié des aides européennes (30 milliards de francs belges rien que pour la période 1994-1999, dans le cadre d’Objectif 1), il se situe à 76, alors qu’il était encore à 81 en 2003. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser!

En ce qui concerne les exportations, il est incontestable que la Flandre se taille la part du lion. En 2015, elle représentait à elle seule 79% des exportations belges, avec un chiffre de 185,8 milliards d’euros, contre 42,7 milliards pour la Wallonie. Les chiffres de la Banque Nationale nous permettent également de comparer les deux premiers trimestres de 2015 avec ceux de 2016 : hausse de 6,3% pour la Flandre, baisse de 5,3% pour la Wallonie….

La dernière étude européenne relative à l’attractivité de 263 régions montre, quant à elle, que Bruxelles (on inclut ici le Brabant flamand et le Brabant wallon) occupe la 19ème place, tandis que les provinces flamandes et wallonnes se retrouvent respectivement entre 21-58 et 121-142.

Enfin, on constate également une différence sur le plan budgétaire. Depuis plusieurs années, la Flandre parvient a présenter un budget en équilibre, alors que la Wallonie n’y arrive pas.

Dès le départ, la Flandre a fait le choix de fusionner les compétences régionales et communautaires. Les libéraux francophones étaient également favorables à cette option, mais le PS s’y est opposé énergiquement, craignant de voir ainsi son pouvoir se diluer. Sa priorité était de conserver la mainmise sur la région. Aujourd’hui, Paul Magnertte déclare, de manière assez paradoxale : sans l’enseignement et la culture, la Wallonie est comme un eunuque.

Elio Di Rupo fustige aujourd’hui Bart De Wever pour le bilan désastreux du gouvernement sur le plan budgétaire, social et économique. Mais pour ce qui est de la situation de la Wallonie, il ferait bien de faire son examen de conscience. Le PS n’a-t-il pas occupé, de 1980 à ce jour, de façon quasi ininterrompue, la ministre-présidence? Difficile, dans ces conditions, de nier l’influence majeure que ce parti a eue sur la gestion des affaires. Une gestion caractérisée par une hypetrophie politiuco-administrative, résultat d’un clientélisme effréné. Nous visons au-dessus de nos moyens et en dessous de nos capacitésconstatait feu le professeur Robert Deschamps des Facultés de Namur.

Il n’y a pas de fatalité irréversible. Mais seule la jeunesse wallonne, l’espoir de l’avenir, peut faire bouger les choses en faisant comprendre aux dirigeants politiques qu’ils doivent emprunter une autre voie.

Il est plus facile d’adopter la politique de l’autruche, mais celle-ci finit toujours par se révéler suicidaire. François Perin s’en est pris jadis à ces Wallons sans yeux et sans oreilles.

Pour ce qui est de la Flandre, elle est devenue une nation qui doit sa prospérité à une gestion rigoureuse et à un esprit entrepreneurial. Rien ne pourra contrecarrer son aspiration à l’indépendance.

Jules Gheude, essayiste politique. Son dernier livre « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes » (Mon Petit Editeur, Paris, 2015) vient d’être traduit en néerlandais par Doorbraak Boeken et sortira prochainement, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

Communiqué de presse Vlaams & Neutraal Ziekenfonds

21 novembre 2016

 

 

La Wallonie consomme nettement plus que la Flandre

Le Vlaams & Neutraal Ziekenfonds examine chaque année les différences en matière de dépenses entre la Flandre et la Wallonie sur base des données de ‘L’Union Nationale des Mutualités Neutres’ qui concernent plus d’un demi-million de personnes.

Jusqu’en 2010, le VNZ a constaté – tout comme ce fut également le cas des études de l’INAMI – que les différences de consommation diminuaient pour atteindre environ 50 euros par personne. En 2011 il y a eu toutefois une rupture significative et la différence a doublé pour atteindre 109,93 euros

Les résultats de l’INAMI pour 2015 ne sont toujours pas connus, mais nos chiffres confirment la tendance des dernières années. La différence entre les coûts de santé moyens pour un Flamand (2.108,87 euros) et un Wallon (2.244,94 euros) a augmenté de manière signficative. Elle s’élevait en 2015 à 136,07 euros par personne contre 112,46 en 2014.

Le tableau des dépenses en soins de santé pour 2015 se présente comme suit:

Nombre de membres Total des dépenses Dépenses/ membre (personne)
Vlaanderen 219.724 367.354.513 2.108,87
Wallonië 250.658 453.180.759 2.244,94
Brussel 47.728 78.859.471 2.089,24
(pas attribué) 226.400.753  
Total 518.110 1.125.795.496 2.172,89

La Wallonie a donc dépensé 6,4% de plus pour les soins de santé en 2015.

Cette fracture, qui, en outre, ne tient pas compte des contributions nettement plus élevées des Flamands à la sécurité sociale fédérale, offre un autre regard sur les nombreuses économies faites en ce moment et hypothèque lourdement  “la capacité de paiement des soins” pour les générations futures. Il est curieux que la société civile n’entrepenne aucune action à cet égard.

Sur base des contributions à la sécurité sociale en 2015, nous constatons qu’un titulaire flamand au sein de L’Union Nationale des Mutualités Neutres paie chaque année 8.756 euros, alors qu’un francophone ne paie que 6.574 euros, soit une différence de 2.180 euros.

Le tableau des contributions à la sécurité sociale pour 2015 se présente comme suit :

Nombre de titulaires Total de contributions l’ONSS[1] Contribution/ titulaire
Vlaanderen 151.687 1.328.138.939 8.755,79
Wallonië 168.025 1.104.536.911 6.573,65
Brussel 32.456 229.611.935 7.074,56
Total 352.168 2.662.287.785 7.559,71

Dans les tableaux suivants, on constate clairement que le Nord et le Sud ont une culture différente en matière de santé. En Flandre, on compte moins de jours d’hospitalisation et le rôle du médecin traitant en tant que gestionnaire du dossier médical globale est nettement privilégié. En Wallonie et à Bruxelles, la popularité du dossier médical globale est nettement plus faible.

Voici le tableau 2015 pour les jours d’hospitalisation

Nombre de titulaires Nombre de jours d’hospitalisation Jours d’hospitalisation /titulaire
Vlaanderen 219.724 627.468 2,86
Wallonië 250.658 769.682 3,07
Brussel 47.728 156.223 3,27
Total 518.110 1.553.373 3,00

 

Voici le tableau relatif aux nombre de dossiers médical global (= DMG’s) :  
Nombre de membres Total DMG’s %
Vlaanderen 219.724 141.274 64,30%
Wallonië 250.658 96.514 38,50%
Brussel 47.728 15.669 32,83%
Total 518.110 253.457 48,92%
Voici la tableau pour les VIPO[2] (= régime préférentiel) :  
VIPO %/affiliés (membres)  
Vlaanderen 25.555 11,63%  
Wallonië 55.398 22,10%  
Brussel 9.614 20,14%  
Total 90.567 17,48%  

En Wallonie, près du double de personnes jouissent le régime préférentiel (VIPO). Ce pourcentage augmente chaque année malgré la grande solidarité de la Flandre envers la Wallonie. Les chiffres sont également très alarmants pour Bruxelles, avec 20% de la population. On peut se demander s’il n’y a pas ici une responsabilité collective des dirigeants wallons et bruxellois.

Plus frappante encore est l’évolution du nombre de jours d’indemnité d’incapacité de travail ou invalidité. Alors que la différence entre la Flandre et la Wallonie était il y a cinq ans de 3,8 jours, on remarque qu’elle est aujourd’hui de 5,7 jours par titulaire :

 
Nombre de titulaires Nombre de jours d’indemnité Jours/titulaire
Vlaanderen 151.6 2.986.240 19,69
Wallonië 168.025 4.265.464 25,39
Brussel 32.456 573.793 17,68
Total 352.168 7.825.497

22,22

Avec les contrôles plus sévères dans la cadre de la réglementation du chômage, ce fossé entre la Flandre et la Wallonie risque encore de se creuser. Une raison de plus pour plaider en faveur d’une responsabilisation accrue et pour la communautarisation totale de l’assurance santé et invalidité.

Ces chiffres ont été calculés sur base des données provenant de l’Union Nationale des Mutualit’s Neutres– exercice 2015. Ils concernent un échantillon de 4,6% de la population belge (518.110 assurés); 7 mutuelles (2 en Flandre, 4 en Wallonie et 1 à Bruxelles).

[1] l’ONSS: L’Office Nationale de la Securité Sociale

[2] VIPO: veuves, invalides, pensionnés, orphelins

Voici les revenus « d’ouvrière » de la directrice de Publifin

David Leloup, « Le Vif », 16 mars 2017

En 2014, Bénédicte Bayer a gagné 260.069,91 euros brut annuels pour ses fonctions chez Nethys et Publifin, soit 10 fois plus que l’ouvrier le moins bien payé du groupe. Son salaire chez Publifin ne représente pourtant que 10% de ce montant, alors qu’elle dit y consacrer 50% de son temps de travail. Montage destiné à éluder des cotisations de sécurité sociale ?

Bénédicte Bayer est directrice générale de l’intercommunale Publifin et cheffe de cabinet du PDG de Nethys, Stéphane Moreau. © SDP

« C’était de l’humour !, dit-elle à présent. D’ailleurs, je crois que beaucoup en ont ri. » Bénédicte Bayer semble un peu dépassée par la petite tornade médiatique qu’elle a générée, lundi, suite à l’interview qu’elle a accordée à nos confrères du Soir. En affirmant qu’« à la minute », elle gagnait « moins que les ouvriers les moins payés » au sein du groupe Publifin-Nethys, la directrice générale de l’intercommunale a choqué une partie de l’opinion.

Et pas que dans les milieux ouvriers et syndicaux. Cédric Halin, l’échevin des Finances de la cossue commune d’Olne, s’est fendu d’un « recadrage » sur Twitter, chiffres à l’appui, immédiatement repris sur le site de plusieurs médias. Mais en se basant sur un barème de 76.449 euros brut par an, l’homme qui a dévoilé le scandale Publifin était loin du compte… Selon nos informations, obtenues à bonne source, Bénédicte Bayer a déclaré des revenus pour un total de 260.069,91 euros brut en 2014.

Indépendante chez Nethys, salariée chez Publifin

L’essentiel de ce montant, soit 232.624,94 euros, provient de la convention de management qu’elle a signée en 2013 avec Nethys et cinq de ses filiales (RESA, BeTV, NeWIN, WBCC et ACM) pour y assurer, notamment, la gestion des ressources humaines. Ces revenus, Bénédicte Bayer – bras droit de Stéphane Moreau chez Nethys -, les a perçus en tant qu’indépendante.

A côté de ça, et elle nous l’a confirmé, Bénédicte Bayer est salariée de l’intercommunale Publifin dont elle est directrice générale. Plus surprenant – et cela expliquerait sa saillie de lundi -, elle ne touche qu’environ 2.000 euros brut par mois pour cette fonction « suprême » au sein de l’intercommunale. « Une tâche qui occupe environ 50% de mon temps de travail », précise-t-elle au Vif/L’Express. Bref, 13e mois inclus, elle n’a gagné que 25.837,42 euros brut de salaires chez Publifin en 2014.

Enfin, Bénédicte Bayer a déclaré 1.607,55 euro brut en rubrique « profits des professions libérales ». Vraisemblablement les jetons de présence « pour quelques mandats d’administrateurs (…) quelques fois par an » évoqués dans son interview au Soir. Voilà donc pour les revenus perçus en 2014.

Double « optimisation sociale » ?

Ce qui frappe deux experts du chiffre consultés par Le Vif/L’Express, c’est le montant du salaire de Bénédicte Bayer comme directrice générale : 2.000 euros brut par mois, c’est très nettement en-dessous des barèmes légaux pour un poste de ce rang. Pourquoi son salaire est-il ainsi sous-évalué ? A l’instar des montages fiscaux destinés à réduire plus ou moins légalement l’impôt sur le revenu, notre premier expert subodore ici un « montage social » destiné à réduire les cotisations versées à la sécurité sociale. « Une partie de son travail chez Publifin semble financée par Nethys sous statut d’indépendante. Sur cette partie-là, comme directrice générale non salariée, elle peut déduire des charges réelles (cotisations sociales INASTI, autres charges professionnelles…) sans le plafond des charges professionnelles forfaitaires d’un salarié », explique-t-il.

L’intercommunale Publifin semble elle aussi profiter de ce montage : « En payant en grande partie une directrice générale comme indépendante via Nethys, l’employeur Publifin économise les cotisations de sécurité sociale patronales et personnelles qu’il aurait payées « plein pot » si elle avait été salariée au barème », analyse un expert-comptable chevronné. Qui souligne aussi que « les cotisations sociales INASTI payées par Madame Bayer sont moins importantes que le total des cotisations sociales patronales et personnelles dues si elle était salariée au barème. » Selon Bénédicte Bayer, cette surprenante formule de rémunération a été mise au point par un cabinet de consultance externe.

Bonus, assurance-groupe, voiture de fonction…

De source syndicale, le salaire le plus bas au sein des agents Publifin s’élève à quelque 24.900 euros brut par an (13e mois et chèques-repas inclus). « C’est ce que gagnent plusieurs ouvriers de réseau qui travaillent 38 heures par semaine et disposent de 20 jours de congés payés », explique Christine Planus, déléguée principale CGSP-Publifin. Donc effectivement, à la minute, si l’on s’en tient stricto sensu à la fiche de paie Publifin de Bénédicte Bayer, la directrice de l’intercommunale gagne moins qu’un ouvrier de réseau si elle preste beaucoup d’heures supplémentaires, comme elle le déclare dans son interview…

Mais si l’on considère l’ensemble de ses revenus, elle gagne largement dix fois plus que les ouvriers les moins payés au sein du groupe Publifin-Nethys. Et à ce montant global de plus de 260.000 euros brut s’ajoute une série d’avantages auxquels les ouvriers de Publifin, eux, n’ont pas droit. Via sa convention de management avec Nethys et ses filiales, Bénédicte Bayer bénéficie ainsi d’un plan de pension complémentaire (assurance-groupe), d’un véhicule de fonction (BMW), d’une assurance en responsabilité civile et du remboursement de frais professionnels (voyages et hôtels à l’étranger, restaurants, frais de congrès, etc.).

Des « packages » de rémunération opaques chez Nethys

Sur ces points, de nombreuses inconnues subsistent. Le « package de rémunération » des managers chez Nethys comprend trois grands axes de négociation : une rémunération fixe à court-terme (mensuelle), une rémunération variable à moyen-terme (« bonus » annuel) et une rémunération différée à long terme (pension via une assurance-groupe). Selon nos informations, la rémunération fixe de Bénédicte Bayer s’est élevée à quelque 222.000 euros brut en 2016.

Quant à son « bonus », au nom du droit à la vie privée, elle refuse de le communiquer au Vif/L’Express. S’agit-il de 50% du fixe, comme Stéphane Moreau ? « Non, c’est moins que ça… » Nous n’en saurons pas plus : c’est un secret jalousement gardé qui sera peut-être éventé lors de son audition, ce jeudi, devant la commission d’enquête Publifin du parlement wallon. Idem concernant le montant annuel versé par Nethys pour son assurance-groupe. Selon nos informations, plus de 90.000 euros étaient dévolus annuellement par Nethys (alors Tecteo) à l’assurance-groupe de Stéphane Moreau en… 2008. Combien en 2016 pour le CEO de Nethys et son adjointe Bénédicte Bayer ?

 

Nicola Sturgeon réclame un nouveau référendum pour l’indépendance de l’Ecosse

« Le Soir », 13 mars 2017

La Première ministre de l’Ecosse, Nicola Sturgeon, a annoncé lundi qu’elle demanderait la semaine prochaine l’autorisation d’organiser un référendum pour l’indépendance de la province à la fin 2018 ou début 2019, alors que le lancement du Brexit est imminent.

La semaine prochaine, je demanderai au parlement écossais de m’autoriser à trouver un accord avec le gouvernement britannique pour lancer la procédure qui autorisera le parlement écossais à légiférer sur un référendum d’indépendance, a dit Mme Sturgeon à Edimbourg. L’Ecosse s’est majoritairement prononcée contre la sortie de l’Union européenne en juin dernier.

 

Défense: la Belgique fait partie des plus mauvais élèves de l’Otan

Aurore Duplessis, « Le Soir », 13 mars 2017

La Belgique, 26ème au classement, est loin des 2 % requis de son PIB consacrés à ses dépenses de défense militaire.

Ce lundi, Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Otan, a une nouvelle fois réclamé plus d’efforts de la part des États membres qui n’atteignent pas la norme des 2 % de son PIB (Produit Intérieur Brut) à ses dépenses de défense. Un effort qu’il juge « indispensable pour le lien transatlantique  ». Par cette déclaration, Jens Stoltenberg répond favorablement aux demandes du président américain Donald Trump. Et précise que la tendance concernant les budgets militaires n’est plus à la baisse dans la plupart des pays. Une augmentation globale de 3,2 % en 2016, ce qui représente en soit dix milliards de dollars.

À l’heure actuelle, seulement 5 pays sur 27 – l’Islande n’ayant pas d’armée – respectent la norme de 2 %.

La Belgique avant dernière au classement

Si l’on en croit les chiffres de l’Otan, les dépenses belges consacrées à la Défense ne cessent de baisser depuis 2009. Si à l’époque, elles représentaient 1,16 % du PIB, on tombe à 0,85 % en 2016.

Par conséquent, malgré les 3,6 milliards d’euros investis, la Belgique se place en avant-dernière position au classement des pays membres de l’Otan, devant le Luxembourg (0,44 % du PIB).

Un projet à long terme

En Belgique, les moyens personnels concentrent la part la plus importante du budget de la Défense. Ils absorbaient, en 2016, 77,10 % de l’ensemble, contre 78,15 % l’année précédente. Le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA) avait exposé sa «  vision stratégique  » en juin dernier. Ainsi, il prévoit de ramener les coûts de personnel à 50 % d’ici 2030, afin de favoriser l’achat de nouveaux équipements, et d’arriver à 1,3 % du PIB.

Electrabel, Ores, Publifin, etc : 20 milliards, la facture d’un système

Olivier Mouton, « Le Vif », 9 mars 2017

Pendant plus de vingt ans, Electrabel et les intercommunales (Ores, Publifin…) auraient organisé une surfacturation permanente de votre électricité. Le monde politique était-il payé pour fermer les yeux?

C’est une « simple » interpellation, faite à répétition, par un conseiller communal, qui soulève un gigantesque pot aux roses. Et qui expliquerait les raisons profondes se cachant derrière l’affaire Publifin et les révélations en chaîne au sujet de pratiques en cours au sein des intercommunales. Au-delà de la question du nombre de mandats, de leurs rémunérations et des conflits d’intérêts qu’ils peuvent induire, il y aurait un système mis en place à dessein : les politiques, de leur plein gré ou contraints forcés, auraient fermé les yeux pendant une vingtaine d’années sur une tarification de l’électricité excessive au profit d’Engie Electrabel et des communes, via les intercommunales dont des « mixtes » (avec participation d’Electrabel), d’autres « pures », 100 % publiques, unies par un même souci de profit. Un « pillage organisé », à peine atténué par la régulation mise en place au début des années 2000. En voici le récit.

Depuis trois ans, Jean-François Mitsch, conseiller communal PS à Genappe, dans le Brabant wallon, se pose de très sérieuses questions au sujet d’Ores, l’intercommunale mammouth qui gère le réseau de distribution de gaz et d’électricité dans 197 communes wallonnes. En fait, toutes les communes wallonnes sauf celles de la province de Liège, où c’est Resa, intercommunale « pure », appartenant au groupe Publifin-Nethys, qui gère le réseau. Jean-François Mitsch est actif professionnellement dans une coopérative d’énergies renouvelables. A plusieurs reprises, il a interpellé les instances dont il est membre de droit, l’assemblée générale de l’intercommunale de financement Sedifin et celle de Ores Assets. Au centre de ses doutes : une grande opération de rachat par Ores de la dernière partie de la participation d’Electrabel dans le réseau de distribution d’électricité, Opération entamée il y a quelques années, selon certaines sources en 2009, et en tout cas terminée le 31 décembre 2016.

Pourquoi, se demande Jean-François Mitsch, ce rachat, finalisé fin de l’année dernière donc, a-t-il été réalisé pour un montant de 405 millions d’euros ? Selon ses estimations, la valeur des dernières parts d’Electrabel dans le réseau est inférieure de 200 millions. Le conseiller communal socialiste, pour qui le réseau de distribution d’électricité a été sciemment surévalué, réclame donc une contre-expertise indépendanteLe 21 février dernier, faute de réponse satisfaisante – on l’a, dit-il, baladé d’une instance à l’autre -, il a écrit aux conseils d’administration des deux instances, au nouveau ministre de tutelle des Pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne (PS), et à son collègue ayant repris l’Energie, Christophe Lacroix (PS). En lanceur d’alerte, donc, à l’image de Cédric Halin, échevin CDH d’Olne, dans la province de Liège, à la base des révélations qui ont abouti au scandale Publifin.

Dans tout ce que j’ai lu dans la presse depuis les révélations sur le scandale Publifin, explique Jean-François Mitsch au Vif/L’Express, on se borne à critiquer les conseils d’administration, les comités de secteur, leur utilité. Mais c’est un écran de fumée. Qui cache les véritables enjeux. Selon lui, ils seraient de deux ordres :

  1. Le consommateur aurait payé plusieurs fois, dans sa facture, les investissements consentis pour la production et la distribution de l’électricité en Belgique;
  2. Les investissements nécessaires pour la transition énergétique auraient été négligés.

Le tout avec l’assentiment ou l’aveuglement des nombreux mandataires politiques rémunérés, précisément à travers des intercommunales, pour contrôler l’activité des opérateurs énergétiques.

« Le vrai scandale, c’est la contrepartie ! »

Sollicité par nos soins, l’économiste Eric De Keuleneer ne tourne pas autour de pot: Ce sur quoi vous mettez le doigt est extrêmement important. Je m’étonne de voir l’attention médiatique se concentrer uniquement sur les mandats et leurs cumuls. C’est gênant, peut-être, mais pas dans tous les cas de figure. Et l’on s’indigne qu’il n’y a pas de contrepartie aux rémunérations des mandataires. Or, le vrai scandale, c’est précisément la contrepartie ! Depuis vingt ans au moins, des responsables municipaux apportent leur soutien à diverses initiatives d’Electrabel pour retirer le plus possible d’argent du secteur électrique en Belgique. La société (NDLR: contrôlée depuis les années 1990 par Suez, puis entièrement rachetée par le groupe français en 2005) aurait retiré, selon mes estimations, environ 20 milliards d’euros, partis de façons diverses à Paris pour sauver le groupe Suez-Gaz de France-Engie, plusieurs fois au bord de la faillite. » Quelques milliards, ajoute Eric De Keuleneer, ont été versés aux communes et aux mandataires wallons sous forme de dividendes et de rémunérations, en guise de « remerciement » pour leur soutien au système.

Eric De Keuleneer est l’un des rares spécialistes indépendants du domaine de l’énergie en Belgique. Il a notamment été président du groupe d’experts chargé de préparer la libéralisation du secteur, à la charnière des années 1999 et 2000, et administrateur indépendant de Luminus en 2002-2005. Il a été quelques années, jusque l’an dernier, président du conseil d’administration de Lampiris, fournisseur belge d’électricité fondé en 2005. D’après lui, Electrabel et les intercommunales ont systématiquement surfacturé le prix de l’énergie, via des pratiques comptables et de lobbying politique, afin de doper les bénéfices. Depuis des dizaines d’années, Electrabel et les intercommunales amortissent trop rapidement leur matériel, expose-t-il. Sous prétexte de prudence. Dans un régime de service public régulé, les tarifs doivent refléter les coûts, plus un bénéfice raisonnable ; l’investissement en matériel est un des coûts très important en électricité, et on devrait le traduire en coût annuel en fonction de la durée de vie du matériel. Un matériel qui dure vingt ans est traduit en coût, donc « amorti », en vingt ans : chaque année, 5 % du montant de l’investissement. Mais évidemment, si vous amortissez en dix ans du matériel qui va durer vingt ans, ça coûte beaucoup plus cher pendant ces dix années. Cela a été fait presque systématiquement par Electrabel et ses alliées intercommunales, tant « mixtes » que « pures », toujours avec la promesse que le consommateur en bénéficiera plus tard. Mais ce plus tard, qui devait commencer dans les années 1990, n’est jamais arrivé.

Et donc, qui a payé l’amortissement et la revalorisation qui a suivi ? Le consommateur.

Comment une telle situation a-t-elle été possible ? Pour le comprendre, il faut pratiquement remonter aux origines du marché moderne de l’énergie en Belgique. Quand, dans les années 1950, une petite quarantaine d’entreprises publiques et privées sont actives dans le secteur de l’électricité. Les syndicats demandent des mesures pour diminuer les tarifs, bien trop élevés. La FGTB menace même de paralyser le pays. En découle une première « pax electrica », signée en 1956. Un comité de contrôle voit le jour : encadré par les partenaires sociaux, c’est lui qui donne son feu vert à la tarification avant que les politiques ne l’approuvent. Après une baisse initiale, les tarifs redécollent à nouveau, à cause d’une demande toujours croissante et du développement des technologies. Les producteurs et distributeurs d’électricité investissent dans la modernisation des installations. Il faut les payer, et on les paie rapidement, « par prudence ». Dans les années 1970, on entame la construction des centrales nucléaires Doel et Tihange. Le réseau à haute et basse tension est choyé, lui aussi. Des dizaines et des dizaines de milliards de francs belges pleuvent.

Le secteur subit progressivement une cure de rationalisation, jusqu’au monopole d’Electrabel, effectif à partir de 1989. Parallèlement, comme depuis la fin des années 1920, les communes, puis les intercommunales, gèrent les réseaux de distribution. Dans la plupart des cas, les intercommunales sont mixtes: pouvoirs publics + participation d’Electrabel allant de 40 à 60 %. Pour presque tous les investissements, affirme Eric De Keuleneer, on a amorti le matériel à vitesse accélérée. Et dans les années 1970-1980, les investissements sont considérables, faisant monter les prix, qui ne sont pas redescendus, comme ils auraient dû à partir des années 1990. Electrabel a convaincu les politiques en leur montrant l’avantage pour les communes des tarifs plus élevés : des dividendes ! Il y a aussi eu une tendance multiplier les conseils d’administration, parfois inutilement empilés et élargis à de nombreux membres. Tous les partis y étaient représentés, avec des rémunérations démesurées. Cela s’est fait progressivement. Il n’y a peut-être pas eu un plan machiavélique, mais plus sûrement une très bonne gestion d’opportunité de la part d’Electrabel, qui s’arrangeait pour gagner à tous les coups, avec la complicité des roitelets locaux. Les intercommunales auraient dû avoir plus à coeur l’intérêt des citoyens, mais la plupart ont été complices, demandant même parfois plus encore.

Un système « génial »

Luc Barbé était chef de cabinet du secrétaire d’Etat à l’Energie et au Développement durable, Olivier Deleuze (Ecolo), dans le premier gouvernement arc-en-ciel dirigé par Guy Verhofstadt (1999-2003). Il appuie le constat. A l’issue de son expérience, il publie un livre, en néerlandais, en 2005 : Kernenergie in de Wetstraat. Dissectie van de deals. On y lit que toutes les décisions en matière d’investissements« ont eu lieu loin de la presse et du public, de la Chambre et du Sénat, mais avec l’autorisation implicite du top des partis traditionnels. Luc Barbé dénonce le système mis en place autour du monopole d’Electrabel : Ce système était génial, écrit-il. On faisait en sorte que toutes les parties concernées reçoivent leur part du gâteau. Electrabel pouvait faire de gros bénéfices et chouchouter ses actionnaires. Les grandes entreprises belges profitaient de tarifs d’électricité plus bas. Les politiques étaient d’importants actionnaires du secteur via les communes et les intercommunales et recevaient de généreux dividendes. En outre, de nombreux bourgmestres et députés siégeaient dans les conseils d’administration de ces intercommunales où ils recevaient des jetons de présence. Ces politiques défendraient donc bec et ongles la politique menée, tant dans leur intérêt personnel que dans l’intérêt des communes. On faisait taire les syndicats en leur donnant l’impression qu’ils avaient leur mot à dire dans la politique d’investissements d’Electrabel et en soutenant la position concurrentielle d’entreprises grosses pourvoyeuses d’emplois via les tarifs plus bas. Les employeurs dans le secteur recevaient de très hauts salaires de telle sorte qu’ils défendent le pacte avec acharnement. Et qui payait cette politique de Saint-Nicolas ? Ceux qui n’étaient pas autour de la table: les familles et les PME. »

Un membre d’un autre cabinet fédéral de l’époque nous assure aujourd’hui que la plupart des responsables politiques ne se préoccupaient que des dividendes aux communes et de leurs mandats. La facture des clients, ils n’en avaient rien à foutre. Trois ou quatre euros de plus par famille, ça ne se voyait pas.

Un nouveau régime pointe au début des années 2000, avec la libéralisation annoncée du secteur de l’énergie. En 2000, les recommandations faites au gouvernement Verhofstadt par le groupe d’experts que je présidais demandent que ces surfacturations du passé bénéficient aux consommateurs, comme cela avait été promis, raconte Eric De Keuleneer. Le matériel de transport – la haute tension – était très largement amorti. Les centrales nucléaires l’étaient pratiquement aussi dans leur intégralité – il restait quelques années sur deux centrales. Il fallait absolument mettre en place des mécanismes qui assurent ce retour aux consommateurs.

La création, en avril 1999, de la Commission de régulation du gaz et de l’électricité (Creg) permet de diminuer sensiblement la marge de rentabilité d’Electrabel et des intercommunales. Les gestionnaires de réseaux et les représentants d’Electrabel sortaient en pestant des réunions avec la Creg parce que celle-ci les contraignait à baisser les tarifs, se souvient un ministre. Un très haut responsable de la Creg confirme au Vif/L’Express que le combat pour faire baisser les prix était épique en raison des résistances venues de la rue de la Loi : Les politiques ont toujours essayé de maintenir les prix trop élevés. En vertu de la législation, la Creg pouvait seulement dire si les prix étaient raisonnables ou pas. Nous avons demandé au Parlement d’obtenir des compétences normatives afin de pouvoir mener à bien notre tâche. Mais les partis ont carrément refusé. Pourquoi ? C’est évident : ils défendaient leurs intérêts et les dividendes qu’ils pouvaient obtenir pour les communes !A partir de 2011, la rente nucléaire permet malgré tout de grignoter ces marges plantureuses à raison d’un peu plus d’un demi-milliard par an. On a récupéré une partie de l’argent, signale Eric De Keuleneer. Pendant quelques années… Sans cela, l’ardoise aurait été bien plus importante que 20 milliards.

Revaloriser, encore et toujours

Le 28 juin 2001, Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en Belgique voit le jour. Le gouvernement fédéral de Guy Verhofstadt a, dès le début de la libéralisation, très mal géré cette naissance, poursuit l’économiste. Elia est créé par l’apport des actifs d’Electrabel en haute tension. L’investissement avait été de l’ordre de 160 milliards de francs belges, mais il ne se trouvait plus dans les livres comptables d’Electrabel que pour 60 milliards – forcément, puisque cela avait été amorti en moyenne en dix ans. Or, les pylônes, les câbles, les stations de transformation…, c’est un matériel quasiment éternel. De notre point de vue, la création d’Elia devait se faire par rapport à la valeur comptable. Finalement, ça a été tranché par le gouvernement à 140 milliards. Electrabel a probablement fait une plus-value totale de 80 milliards de francs belges, soit 2 milliards d’euros sur Elia. Les intercommunales ont eu une petite partie du gâteau, via une décote sur la participation qu’elles ont pu prendre et ont donc soutenu l’opération, et la politique d’Electrabel dans Elia. »

Revaloriser, encore et toujours… Puisque ça avait marché avec Elia, le même système a été appliqué avec les intercommunales, qui vont fusionner en 2009 pour devenir Ores (intercommunales mixtes, sur toute la Wallonie) et Resa (intercommunale pure, à Liège). Par contre, pour la production qui entre théoriquement en concurrence, Electrabel veille à avoir les coûts de revient le plus bas possibles.

Contacté par Le Vif/L’Express, Jean-Pierre Hansen, administrateur délégué d’Electrabel de 1992 à 1999 puis de 2005 à 2010, refuse de s’exprimer publiquement car il« n’est plus dans le jeu. Mais dans son entourage, on conteste formellement que des amortissements accélérés aient été pratiqués dans les investissements réalisés pour les outils de production:« On réécrit l’histoire a posteriori. Qu’aurait-on dit si les centrales avaient explosé ?

En tout cas, les intercommunales ont alors demandé à leur tour leur part du gâteau, enchaîne Eric De Keuleneer. En 2004-2005, elles ont obtenu de pouvoir réévaluer leurs réseaux de distribution. Or, de facto, c’est Electrabel qui gérait ces intercommunales mixtes. L’actuel CEO d’Ores, Fernand Grifnée, était responsable juridique puis en charge de la communication chez Electrabel. C’est notamment lui qui a préparé l’opération de vente des parts d’Electrabel à Ores avant de prendre la tête de cette dernière, fruit de la fusion en 2009 des intercommunales mixtes.

La revalorisation des réseaux des intercommunales n’est pas anodine. Car en vertu de directives européennes – auxquelles on fait dire ce que l’on veut, grincent plusieurs de nos interlocuteurs -, Electrabel est appelé à se retirer du capital de ces intercommunales. Voilà pourquoi Electrabel voulait octroyer aux parts qu’elle devait vendre aux communes la valeur la plus importante possible, pointe Eric De Keuleneer. En 2005, leur valeur n’était pas très élevée, peut-être même négative si on tenait compte des charges de pension non financées qu’Electrabel est parvenu à leur faire endosser. En augmentant artificiellement le coût fictif des réseaux réévalués et les tarifs payés par les consommateurs, la valeur des réseaux de distribution et des parts Electrabel grimpaient automatiquement. Et donc la plus-value d’Electrabel aussi. Et donc le coût pour les communes.

Dans le même temps, Electrabel Costumer Solutions (ECS), la filiale d’Electrabel créée en 2005 pour gérer les factures, le contact avec les clients, les formules de prix, etc. – soit une activité tombée en libre concurrence – est dévalorisée. Les intercommunales mixtes devaient céder leurs clients, prolonge l’économiste. Ces clients avaient beaucoup de valeur – probablement de 300 à 400 euros par tête. Ces intercommunales mixtes ont pratiquement donné quatre ou cinq millions de clients (électricité et gaz) à ECS. Les communes n’avaient en retour qu’une toute petite participation dans ECS, mais on leur promettait 40 % des bénéfices. Et, surtout, il y avait des mandats d’administrateurs à la clé, notamment dans les comités de secteur ! Les deux premières années, ECS a fait quelques bénéfices. Après, comme par hasard, il n’en a plus fait ! Le groupe Electrabel-Suez-Engie leur vendait l’électricité et le gaz à des prix qui semblent très élevés, les bénéfices étaient donc probablement faits ailleurs…

Ces deux volets (la surévaluation des parts d’Electrabel rachetées par les communes et la sous-évaluation des parts des communes dans ECS rachetées par Electrabel) composent le deal conclu en 2009 pour sortir Electrabel du capital d’Ores, en Wallonie. Et expliquent le montant surévalué au profit d’Electrabel. Les 405 millions au sujet desquels le conseiller communal Jean-François Mitsch pose des questions font partie d’un ensemble plus vaste : ils ne représentent que la moitié de la valeur globale de l’opération, qui se serait déroulée en deux tranches. On parlerait donc, pour Ores, d’un montant de 810 millions d’euros déboursés. A cela, il faut ajouter les opérations similaires conclues en Flandre (Endeis) et à Bruxelles (Sibelga), précise Eric De Keuleneer. C’est un pillage organisé.

Un pillage de quelque 20 milliards en tout, si l’on inclut la rente nucléaire de 1 à 1,5 milliard par an depuis plus de dix ans, les plus-values abusives sur les ventes des réseaux de transport et de distribution. Sans compter même la valeur des clients « donnés » par les intercommunales mixtes à ECS. Dans toutes ces étapes, les administrateurs politiques ont visiblement été chloroformés. Ils n’ont en tout cas pas posé les questions importantes, conclut De Keuleneer.

Ores, cette fois, se trouve au coeur du système. Ce n’est absolument pas comparable avec Publifin, proteste l’entourage de Jean-Pierre Hansen. Les rémunérations n’étaient pas aussi scandaleuses et Ores n’a pas investi dans un journal en Provence ! »En effet. Une différence, de taille, c’est que les marges bénéficiaires importantes réalisées par Publifin ont servi au déploiement tentaculaire du groupe, tandis que chez Ores, elles auraient nourri Electrabel.

Parole à la défense

Dans un long courrier au Vif/ L’Express, les quatre principaux responsables d’Ores – Fernand Grifnée, administrateur délégué d’Ores Scrl ; Didier Donfut, président du conseil d’administration d’Ores Scrl ; Cyprien Devilers, président du conseil d’administration d’Ores Assets et Claude Desama, ancien président d’Ores – reconnaissent que le coût de l’énergie est effectivement élevé, personne ne peut en disconvenir. Tout en précisant que la facture du Wallon est inférieure en moyenne de près de 200 euros en 2016 par rapport à celle de son voisin flamand. Le rapport financier 2015 d’Ores, auquel ils se réfèrent, évoque bel et bien l’amortissement (20 % par an) du surprix payé en 2009 dans le cadre du rachat des parts du réseau wallon à Electrabel et activé en 2014. Mais les dirigeants d’Ores épinglent deux autres raisons à la hausse des prix : Des obligations de service public à caractère social (gestion du système des compteurs à budget en cas de défaut de paiement, gestion de la clientèle protégée socialement, Commissions locales pour l’énergie, raccordement au gaz naturel gratuit…) et la décision du gouvernement fédéral en 2015 de soumettre les intercommunales à l’impôt des sociétés, ce qui a fait gonfler ces coûts de plus de 40 millions d’euros en 2015 et la facture annuelle du consommateur wallon d’une vingtaine d’euros en moyenne.

Tous nos interlocuteurs, certains ayant été contraint de s’exprimer off the record en raison de la commission d’enquête Publifin actuellement en cours au parlement de Wallonie, estiment pourtant que le système pose à tout le moins d’énormes questions. Ils ajoutent que des pratiques similaires, avec des surfacturations au détriment des consommateurs, ont eu lieu dans le secteur de la télédistribution – où l’on retrouve VOO et Telenet. L’activité de télédistribution reste leur quasi monopole, dont ils sont parvenus à retarder et atténuer l’ouverture à la concurrence demandée par les régulateurs : à nouveau, sur le dos des consommateurs, et avec le lobbying politique habituel. Ce n’est pas par hasard non plus que l’ancien Premier ministre Yves Leterme (CD&V) ou l’actuel président de la Chambre, Siegfried Bracke (N-VA), ont été conseillers chez Telenet, font remarquer plusieurs observateurs du secteur. Beaucoup concluent eux aussi par une mise en garde : Un pillage similaire est en cours actuellement dans l’off-shore, dont le prix est nettement supérieur à celui pratiqué aux Pays-Bas. On y retrouve pratiquement les mêmes acteurs…

De Wever: « Pas de gouvernement avec le PS sans confédéralisme »

« Le Vif », Belga, 8 mars 2017

Si les électeurs nous donnent les bonnes cartes lors des élections 2019, alors je ne formerais pas de gouvernement avec le PS sans un accord sur le confédéralisme. Et même si le PS n’est pas nécessaire, notre agenda institutionnel reviendra sur la table, a déclaré le président de la N-VA, Bart De Wever, dans Het Belang van Limburg.

 

Sur base des derniers sondages, avec la progression du PTB en Wallonie, Bart De Wever n’écarte pas la possibilité que la formation d’un gouvernement soit très difficile. Si nous recevons les bonnes cartes des électeurs et que le PS – pas en combinaison avec le PTB – devient incontournable, alors je n’entrerais jamais dans un gouvernement avec les socialistes sans mise en oeuvre de notre plan institutionnel, selon Bart De Wever.

Le nationaliste fait expressément référence au confédéralisme, et pas à une réforme de l’Etat. Sinon nous avons besoin de 36 réformes et 100 ans pour arriver là où nous voulons. Tout ça rend les choses entre temps plus complexes et coûteuses et occasionne un large déficit démocratique, explique le président de la N-VA.