Archives mensuelles : février 2017

Avant le scandale Publifin, Alain Mathot gagnait 265.000 euros par an

« Le Soir », 14 février 2017

Alain Mathot (PS) ne conserve que ses mandats de député et de bourgmestre. Il lève partiellement le voile sur ses anciennes rémunérations.

Je ne dispose plus que de mon mandat de député-bourgmestre depuis janvier 2017. Pris dans la tourmente Publifin, poussé par le PS à plus de sobriété dans la gestion de ses mandats, mis en cause pour s’être fait représenter par sa propre société à la présidence du conseil d’administration de NeWin (une filiale de Nethys), Alain Mathot évoque quelques-unes de ses ex-rémunérations.

Pour les autres, Le Soir lui vient en aide. C’est à 82.000 euros de rémunérations qu’il a récemment renoncé.

Recrutement du futur patron de la CWaPE: Furlan voulait « acheter mon silence », assure Ghigny

« Le Vif », Belga, 14 février 2017

Francis Ghigny, ex-président de la CWaPE, l’organe régulateur wallon de l’énergie, maintient sa position quant au recrutement de son successeur, peut-on lire mardi dans La Libre Belgique.

On avait appris vendredi via L’Echo que la procédure de recrutement du futur président avait été suspendue à la suite d’une plainte quant à la fiabilité du jury, où siège justement Francis Ghigny, qui avait publiquement exprimé des doutes au sujet des compétences d’une candidate, Christel Evrard.

J’imagine que Christel Evrard est l’auteur de cette plainte. Si elle a raison de vouloir m’écarter, je maintiens qu’elle n’a pas les compétences managériales pour diriger la Cwape, explique Francis Ghigny au quotidien. En n’organisant pas la procédure de sélection, le gouvernement espérait que Christel Evrard, vice-présidente, obtienne automatiquement la présidence pour un long intérim, accuse-t-il. Le ministre Furlan avait d’ailleurs tenté d’acheter mon silence en me proposant une place dans son cabinet. J’estime qu’il était dans l’intérêt de la Cwape que je prenne position. Christel Evrard n’a pas souhaité réagir, précise La Libre.

Les ministres wallons publient l’identité des membres de leur cabinet

RTBF Info, 13 février 2017

Les ministres du gouvernement wallon ont commencé à publier la liste exhaustive des membres de leur cabinet, a annoncé lundi le ministre-président Paul Magnette, qui l’a fait dès ce vendredi. Cette liste reprend aussi les experts de cabinet, dont l’identité n’est pas toujours connue.

Certains ne sont pas de la couleur politique du ministre, mais collaborent au travail du cabinet pour servir la Wallonie, parfois même à titre gratuit, a fait observer Paul Magnette (PS) en commission du parlement wallon, où il était interrogé par Stéphane Hazée (Ecolo). Certains ne veulent donc pas qu’on leur accole une couleur politique.

Mais vu la demande pressante et l’air du temps, tant pis pour la pudeur, a commenté Paul Magnette. Le chef du gouvernement a publié vendredi cette liste sur son site internet. Les autres ministres suivront, a-t-il assuré. Ces listes seront tenues à jour. Pour Stéphane Hazée, il s’agit là d’une réelle évolution, après que le gouvernement eut fait, selon lui, de la rétention d’information à cet égard.

Publifin : tous touchés, à qui le tour de couler ?

« Le Vif/L’Express », 13 février 2017

L’opération mains propres est lancée sur la Cité ardente. Elio Di Rupo a frappé fort mais tard. Son parti tangue. Lui aussi, tandis qu’à Liège, tout le monde tente d’affronter la tempête du siècle. Et pas seulement au PS. Qui en réchappera ? Réponse en cinq escales d’une galère sur la Meuse.

 

  1. LE PS ESSAIE DE NE PAS SOMBRER

Elio Di Rupo est un capitaine au long cours qui n’aime pas vieillir. La tempête de ces dernières semaines le rajeunit de douze ans. En 2005 éclatait le scandale de La Carolo, dont les répliques, infinies et variées (l’ICDI, les faux collèges, les démissions, etc.) menèrent au ressac communal de 2006, puis au naufrage législatif de 2007 : Didier Reynders, président libéral, pouvait enfiler le ruban bleu de premier parti wallon. Il sait, le vieux capitaine au noeud papillon, qu’après 2017 viendront 2018 et ses communales, puis 2019 et ses générales, aussi implacablement que 2006 et 2007 succédèrent à 2005. Il n’ignore pas qu’on fit de Charleroi un synonyme de corruption, tout autant qu’un équivalent de socialisme. Il doit éviter cette chaîne lexicale à tout prix : contenir le débordement à un lieu, et pas à une formation. Le fait que le système Publifin ait prospéré dans une forme d’unanimité liégeoise pourrait le sauver. Pour cela, il lui faut ériger des barrages. Appliquer, disaient joliment nos confrères de L’Avenir,  » une théorie des digues « , qui préserverait le Boulevard de l’Empereur d’un raz-de-marée. Il en installe deux, de digues : une digue entre Nethys et ceux sur qui il compte à Liège, de une, et une digue entre Liège et Bruxelles, de deux. L’offensive a commencé le dimanche 5 février sur les plateaux télé. Deux jeunes mousses, Bruno Lefèbvre et Patrick Prévot, députés wallons hennuyers réputés proches du vieux capitaine, ont posé les éléments de langage :  » Ce n’est pas un problème wallon, ni un problème de gouvernement, ni un problème de parti : c’est le problème de quelques-uns, à Liège « , dit-on en substance depuis quelques jours à tous les étages socialistes.  » Une bande de copains qui s’en sont mis plein les poches « , a même lancé Patrick Prévot sur RTL-TVI.

Certes. Mais le vieux capitaine a un problème.

Pas un problème wallon, ni un problème de gouvernement. Un problème de digues. Car leur étanchéité est douteuse.

Certes son parti n’est pas le seul responsable du scandale, les Liégeois s’étant montrés plus partageux que leurs homologues carolorégiens. Mais il en est le principal protagoniste, si bien que les libéraux, comme à la grande époque carolo, gonflent leurs voiles du vent mauvais du  » système PS « , et qu’ils ne manqueront pas de souffle.

Certes il a fait prendre, le 6 février, des dispositions fortes, suspendant André Gilles et Stéphane Moreau et validant le principe d’une commission d’enquête wallonne, à son bureau de parti. Mais il y a plusieurs semaines que, jusque dans son propre parti, on les réclame, ces dispositions. Car il ne les avait pas prises. Il a dû affronter une mutinerie dont tous se souviendront et dont Le Vif/L’Express a parlé dans son édition du 3 février : celle des vieux loups de mer, ces députés-bourgmestres qui reprochaient au président de préserver les Liégeois et de frapper ceux qui ne le méritaient pas, à savoir eux-mêmes.

Certes il a pris le bon cap. Mais la propulsion est poussive.

Car certes il en a marre des parvenus. Mais c’était déjà le cas il y a douze ans. Et le capitaine a vieilli, tandis que des parvenus étaient encore bien là. Il les a fait quitter le navire si tard qu’on peut croire qu’il en reste quelques-uns. Et que tous étaient bien nourris.

Pierre-Yves Jeholet et Daniel Bacquelaine : les hommes forts du MR liégeois sont dans le viseur du PS. © PHILIPPE

 

  1. LE CLUB DES 5 EST SUR UN BATEAU. ANDRÉ ET STÉPHANE TOMBENT À L’EAU…

Liège était une île, donc, et la fédération liégeoise du Parti socialiste une forteresse, sur laquelle le porte-avions bruxellois n’avait aucune prise. Admettons. Aujourd’hui, Elio Di Rupo sanctionne Stéphane Moreau et André Gilles. Mais eux deux, avec Alain Mathot, Willy Demeyer et Jean-Claude Marcourt, formaient ce fameux  » Club des 5 « , qui gouvernait Liège comme on hâle une péniche sur un petit canal : sans bruit et toujours tout droit. Mais le Club des 5 n’est plus sur une intangible péniche. Aujourd’hui, il navigue sur le radeau de la Méduse. Deux de ces cinq marins d’eau douce ont déjà enfilé leur gilet de sauvetage. Certaines voix poussent pour qu’Alain Mathot, qui s’était  » mis en société  » pour pouvoir percevoir des rétributions d’une filiale de Nethys sans se voir appliquer le plafond des 150 %, soit envoyé par le fond, même s’il a régularisé sa situation le 3 février, à l’insistante invitation des présidents de sa fédération et de son parti.

Di Rupo en a marre des parvenus. Mais c’était déjà le cas il y a douze ans. Et le capitaine a vieilli

Bref, le  » Club des 5  » était sur un bateau. André et Stéphane sont tombés à l’eau. Alain se cramponne au bastingage mais il a les doigts de pieds qui trempent. Qui reste-t-il ? Jean-Claude et Willy, accrochés à une bouée. Ils n’en menaient pas large, le 6 février, en bureau de parti.  » Jean-Claude n’a pas dit un mot, un fantôme, comme depuis plusieurs semaines. Et Willy était blanc comme un linge « , explique un membre du bureau.  » Ils ont compris, tous les deux, qu’ils sont les prochains sur la liste, et qu’ils pourraient ne pas en sortir…  »

C’est qu’ils sont les deux seuls membres du  » Club des 5  » à avoir une ambition nationale, et donc ceux censés jouer les tampons entre le Boulevard de l’Empereur à 1000 Bruxelles et la Place Sainte-Véronique à 4000 Liège, où se trouve le siège de la fédération d’arrondissement. Et c’est qu’il leur sera fort difficile de dire qu’ils ne savaient rien.

Primo, parce que Willy Demeyer est bourgmestre de Liège depuis 1999 et président de la fédération liégeoise du PS depuis 2005. Et qu’il est à la fois la figure de proue et la vigie du quintette principautaire. Le Léviathan Publifin a grandi avec lui. Son intervention en bureau de parti, le 6 février, le démontre.  » Il a égréné les mesures prises par la fédération liégeoise, mais il n’a tout de même pas voulu céder sur la transparence des rémunérations, au prétexte que cela contrevenait à la protection de la vie privée « , poursuit un autre témoin. Et puis, surtout, si les socialistes veulent mouiller Daniel Bacquelaine et Pierre-Yves Jeholet, présidents des fédérations liégeoise et verviétoise du MR, ils doivent faire plonger Demeyer. Quitte à ce qu’il en émerge.  » Il sera mouillé, mais il pourrait s’en sortir, parce que, contrairement à Gilles, Moreau, et Marcourt, il dispose d’un vrai socle électoral, et puis, remarquez déjà comme vos confrères le décrivent en grand rénovateur : c’est la position qu’il va tenter de tenir « , signale un socialiste hennuyer.

Pierre-Yves Dermagne (PS), nouveau ministre wallon des Pouvoirs locaux, salue Stéphane Hazée, chef de groupe Ecolo : une nouvelle ère ?

 

Secundo, parce que Jean-Claude Marcourt est ministre wallon de l’Economie depuis 2004, et chef de groupe socialiste au conseil communal de Liège depuis 2012. Le Léviathan Nethys a grandi avec lui aussi. Ses récentes interventions médiatiques sur le sujet le démontrent, lorsqu’il considère  » inappropriée  » la sortie de Laurette Onkelinx contre Stéphane Moreau, ou lorsqu’il développe, pour nos confrères de L’Echo, une analyse qui pourrait figurer sur le prospectus d’entrée en Bourse de la SA Nethys. Son rôle dans l’adoption du décret wallon électricité, dans les dernières heures de la législature précédente, et celui dans la désignation des membres des comités de secteur et de sous-secteur, notamment, l’exposeront inévitablement à la canonnade de la commission d’enquête.

Est-ce qu’ils savaient ? Peut-être pas. Est-ce qu’ils ont cherché à savoir ? Peut-être pas. Est-ce qu’ils auraient pu savoir ? Evidemment oui, comme on dit à Thuin. Juste avant de tomber à l’eau.

Frédéric Daerden, qui a fait adopter par son conseil communal unanime – avec le PTB, Ecolo, le MR et le CDH – une motion réclamant plus de transparence chez Publifin, et Jean-Pascal Labille, qui est toujours là où son ambition le porte, et même au-delà, se verraient bien remorquer ce qui restera, au bout du compte, du fier cinq-mâts liégeois. Probablement une épave.

  1. TOUS LES ÉLUS LIÉGEOIS SONT MOUILLÉS

Il a beau jeu de pérorer, le président du CDH, Benoît Lutgen. Bien sûr, son navire humaniste ne vogue pas sur une mer d’huile, en raison de son association au PS dans la majorité régionale wallonne, et depuis le début en 1981, à l’exception de la législature arc-en-ciel entre 1999 et 2004. Mais au niveau de la province de Liège, rappelle-t-il, le PS est en majorité avec le MR, sans interruption depuis… 1981.  » Et pour éviter tout amalgame, ce sont eux les actionnaires principaux de Publifin et Nethys « , insiste le Bastognard. Qui appuie là où cela fait mal, entre deux partis désormais à couteaux tirés.

Il a beau jeu, le président du CDH, car c’est peut-être lui qui a le moins à perdre dans cette affaire – avec Ecolo et le PTB, s’entend. Tout d’abord, la province de Liège est redevenue une terre inconnue pour les navigateurs à pavillon orange depuis le retrait de Melchior Wathelet (qui a quitté la politique), Anne Delvaux (qui faisait partie des comités de secteur de Publifin) ou Marie-Dominique Simonet (qui s’est retirée à la tête de l’aéroport après avoir vaincu son cancer). Ensuite, et surtout, le  » lanceur d’alerte  » dans l’affaire Publifin est un échevin CDH, de la petite commune d’Olne, Cédric Halin, habilement propulsé administrateur de Publifin après le retrait des CDH préexistants. Un  » monsieur Propre  » spécialisé en finances, qui offre un avenir au CDH.

Cédric Halin, échevin CDH d’Olne : le lanceur d’alerte de Publifin. © SDP

Entre PS et MR, en revanche, le ton monte à la hauteur de ce que ces deux partis risquent, politiquement. Les libéraux ont durement frappé leur partenaire socialiste, réclamant – avec Ecolo – et obtenant la démission du ministre socialiste des Pouvoirs locaux, Paul Furlan.  » L’affaire Publifin/Nethys est le résultat de l’hégémonie socialiste, il faut en être conscient « , clame sans cesse Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe MR au parlement de Wallonie. Sur l’air marin de l’abordeur-sabordé. Le Vif/L’Express a révélé que sa soeur avait été chef de cabinet du député provincial Georges Pire et que la commune dont il est bourgmestre, Herve, a voté à l’unanimité toutes les décisions de Publifin.  » Quand vous êtes à la pointe d’un combat pour la vérité, vous êtes forcément exposé « , dit-il, en réfutant les accusations de complicité.

Au-delà de l’homme, ce sont les libéraux que l’on vise. Si les socialistes se sont finalement ralliés à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire, c’est aussi pour se sentir moins seuls en fond de cale.  » On parle d’André Gilles, mais il y avait aussi Georges Pire « , s’émeut le député wallon Dimitri Legasse (PS) sur les plateaux télé du premier week-end de février. Homme clé du système Publifin/Nethys, l’ancien député provincial MR a finalement été rappelé à l’ordre par son président de parti, en raison de son cumul et de ses rémunérations indécentes.

Alain Mathot se cramponne au bastingage mais il a les doigts de pied qui trempent

 » Nous en avons assez d’entendre parler de système PS alors que tous les partis étaient concernés, ramasse un autre député socialiste wallon. J’ai personnellement été choqué par l’attitude du MR lors des débats parlementaires, notamment l’attitude arrogante de Virginie Defrang-Firket quand on lui a fait remarquer qu’elle devait savoir.  » Vice-présidente du conseil d’administration et du bureau exécutif de Publifin, cette dernière a démissionné de ses fonctions le 12 janvier dernier.  » Le MR fait de ces affaires une partie de théâtre au parlement wallon, ajoute cet élu PS. Mais les gens attendent autre chose, ils veulent que l’on prenne ses responsabilités.  »

La commission d’enquête, mise en place sans aucun élu liégeois, aura pour ambition de montrer que le problème n’est pas uniquement socialiste, mais liégeois, au sens large. En ligne de mire, notamment : l’homme fort du MR liégeois, le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine. En attendant, le CDH Benoît Lutgen offre ses services aux libéraux pour la mise en place d’une majorité régionale alternative. Mais l’offre n’est pas dénuée de cynisme : pour autant  » que le MR agisse là où il est capable « , précise-t-il, narquois…

Maxime Prévot, vice-ministre-président wallon CDH, et Paul Furlan (CDH), quand il était encore ministre des Pouvoirs locaux : la Wallonie touchée de plein fouet. © THIERRY ROGE/BELGAIMAGE

  1. NETHYS EN TRÉSOR ENGLOUTI

On ne lance pas un abordage sans lorgner un butin. Si le galion liégeois sombre, la chasse au trésor ne sera pas seulement politique. Nethys, c’est aussi et peut-être surtout un authentique magot. Une entreprise puissante, née de l’idéal d’André Cools. Un fonds souverain né de son front souverain, propriété de la Province, et qui repose sur un principe : la concentration de tous les leviers économiques publics. La capitale économique de la Wallonie n’en manquait pas : le gaz, l’électricité, la télédistribution, le fonds de pension, voire les assurances. Tous se sont progressivement installés à la tour de la rue Louvrex, siège de l’intercommunale-société anonyme et de sa flotte de filiales, où les bénéfices de l’une financent les investissements de l’autre, et vice versa. Ailleurs en Wallonie et en Belgique, les regroupements se sont faits par élargissement géographique. A Liège, pas. Brutélé a fédéré plusieurs intercommunales de télédistribution wallonnes et bruxelloises, Orès plusieurs intercommunales de distribution de gaz et d’électricité wallonnes, Publifin plusieurs intercommunales liégeoises.

Mais l’héritage d’André Cools est menacé par la tempête. Que le navire coule, et les pirates seront nombreux. Certains ne se cachent pas de déjà voguer sur le vaisseau en détresse et de s’en approprier de bias bouquets. Le président d’Orès, dans Le Soir, s’est déclaré prêt à discuter. Les Flamands de Telenet s’intéressent depuis longtemps à VOO. Belfius voudrait se renflouer de la dépouille d’Ethias, jadis promise à Nethys. Et on dit Rossel très préoccupé par l’avenir de L’Avenir et des autres (MoustiqueNice Matin, etc.). Les commandants des vedettes liégeoises, du coup, conservent une remarquable unité : entre les déclarations de Daniel Bacquelaine et de Jean-Claude Marcourt, d’accord pour toujours plus privatiser le modèle autant que pour garder le trésor en bord de Meuse, il n’y a pas, comme dirait Willy Demeyer,  » l’épaisseur d’un papier à cigarettes « . Les Liégeois, décidément, traversent cette mer déchaînée tout serrés sur le pont de leur bateau. Qu’il les ramène sur leur île au trésor ou qu’il les mène au naufrage.

Benoît Lutgen et Elio Di Rupo : le président du CDH assène que son parti n’est pas « l’animal de compagnie » du PS. © LAURIE DIEFFEMBACQ/BELGAIMAGE

  1. LES PRATIQUES WALLONNES DANS LA TEMPÊTE

L’opération mains propres touchera aussi toute la Wallonie. En profondeur.  » L’encre d’une réforme est à peine sèche que certains cherchent déjà à la contourner « , soulignait le ministre-président Paul Magnette en présentant des réformes visant à faire de la Wallonie  » un modèle en Europe « . L’ingénierie publique y équivaut à la plus cynique des ingénieries fiscales.  » Les événements de ces dernières semaines vont permettre d’approfondir les réformes que j’avais entamées « , constate, depuis le banc de touche, le ministre sortant des Pouvoirs locaux, Paul Furlan (PS). Les mesures annoncées en matière de décumul et de transparence devraient concerner  » des centaines de mandataires  » en Wallonie – ce n’est que le début de la tempête.

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« Nous en avons assez d’entendre parler de système PS, tous les partis étaient concernés »

Paul Furlan s’interroge à deux niveaux. Le premier : comment est-il possible que quelques-uns cumulent encore dix-huit mandats malgré la limite des trois mandats exécutifs et le plafonnement à 150 % de la rémunération initiale ? Certains élus, rusés, accumulent les petits mandats et les petites rémunérations.  » C’est légal, même si ce n’est pas dans l’esprit de la loi et c’est incompréhensible pour le citoyen « , commente l’ancien ministre. Le deuxième niveau est plus grave encore : ce sont ceux qui se font désigner dans des structures à titre privé, dans des structures privées ou dans des filiales de filiales de filiales.  » Nethys, ce n’était pas de mon ressort « , rappelle Paul Furlan.

Selon l’ancien ministre, une mesure  » très simple  » règlerait tout : la publication des déclarations fiscales.  » Quand je l’avais proposé, je me suis fait attaquer par les libéraux, mais pas uniquement eux « , constate-t-il. Au PS et au CDH aussi, certains renaclaient. La mesure n’est toujours pas envisagée.  » Pour des raisons de protection de la vie privée, des couples et des héritages, relève-t-il. Mais personne n’empêche quelqu’un de faire de la politique. Je constate d’ailleurs qu’un député libéral, Jean-Luc Crucke, propose désormais cela en évoquant l’indépendance à l’anglo-saxonne. C’est précisément ce que je défendais.  »

Dans le tsunami Publifin, Paul Furlan est passé par-dessus bord. C’est désormais son successeur, le Rochefortois Pierre-Yves Dermagne, qui est chargé de mener à bien les réformes de gouvernance nécessaires pour éviter qu’à l’avenir, la Wallonie ne soit à nouveau comparée à une  » mafia « . Au vu des révélations qui ne cessent de se succéder, et alors que l’air du large est à la transparence absolue, on peut considérer avec certitude que la grande lessive n’est pas terminée. Elle touchera tous les partis, et tous les niveaux de pouvoir.

Publipart se défend, et propose de suspendre tous les paiements de ses administrateurs

Publipart n’est pas une société connue du grand public mais elle est loin d’être « obscure ». Elle a ainsi tenu à clarifier certains points, dimanche soir, après avoir été sous le feu de l’actualité durant tout le week-end.

 

Publipart a été fondée en 2005 par scission de l’ancienne SPE qui a été divisée, cette année-là, en une société de production et de commercialisation, SPE, et une société de réseaux de transport, Publipart sa.

Depuis sa création, Publipart a distribué 50 millions d’euros à ses actionnaires (l’intercommunale Publilec, le Vlaamse Energieholding, Socofé sa et Belfius). Publipart a un conseil d’administration actif et qui se réunit presque toujours au grand complet, se défend-elle encore en précisant que la plupart de ses administrateurs sont à la fois administrateurs dans l’intercommunale Publilec (production – participations) et dans Publipart sa (réseaux de transport). Ceux-ci ne sont toutefois pas rémunérés chez Publilec, mais perçoivent une rémunération unique pour les deux entités. Mais compte tenu de la controverse sur le point des rémunérations, il a été proposé au conseil d’administration de suspendre tous les paiements des administrateurs à partir de ce dimanche. Le conseil d’administration formulera une proposition pour l’avenir à l’Assemblée générale.

Par ailleurs, Publipart n’investit pas et n’investira jamais directement dans des entreprises impliquées dans le commerce ou la production d’armes. Ni dans des sociétés impliquées dans le travail des enfants ou qui violent les lois environnementales, la vie privée ou encore les législations sociales et fiscale, poursuit-elle en admettant toutefois qu’elle n’inspecte pas quotidiennement les centaines de positions détenues au travers des fonds d’investissement à la recherche de participations controversées.

Étant donné que certains investissements peuvent être gérés par des gestionnaires de fonds contre notre propre code d’éthique et nos principes de gouvernance d’entreprise, Publipart vendra immédiatement ces fonds et proposera d’investir uniquement dans des fonds éthiques, dès le prochain conseil d’administration, ajoute la société.

Dans le débat, une attention insuffisante a été accordée à l’importance sociétale et stratégique de la présence du secteur public dans le capital des sociétés belges du secteur de l’énergie Elia, Fluxys et EDF Luminus. C’est via le holding public que leur ancrage belge est assuré, conclut-elle.

 

Flamandisation de l’armée: fin 2017, la Composante Terre sera flamande

Sarah Freres, « DH », 11 février 2017

Le QG de Marche-en-Famenne va déménager à Heverlee. Résultat : tous les centres opérationnels de la Composante Terre seront en Flandre.

 

La flamandisation de l’armée, décriée il y a quelques années sous Pieter De Crem, ancien ministre de la Défense, semble reprendre du service. En effet, le quartier général de la Brigade Légère de Marche-en-Famenne ne sera bientôt plus basé à Marche-en-Famenne mais bien à Heverlee, près de Louvain.

D’après un courriel interne dont nous avons pu obtenir copie, il est indiqué que la transformation vers un Special Operations Regiment et le déménagement du QG vers Heverlee se confirment et prennent forme.

On peut également y lire que le départ est programmé au cours du deuxième semestre 2017 en fonction des travaux dans l’un des blocs de la caserne d’Heverlee.« L’état-major nous a clairement indiqué de nous préparer à un départ, même si aucune décision politique n’est encore tombée. Ça complique d’ailleurs beaucoup les choses, parce qu’il est difficile de donner des indications au personnel sans le feu vert du ministre, souffle un responsable sous couvert d’anonymat.

Les syndicats enseignants confirment en front commun leur refus du Pacte d’excellence «en l’état»


 » La Libre Belgique « , Belga, 9 février 2017

Après leur non individuel ces dernières semaines, les différents syndicats des enseignants ont confirmé jeudi, mais en front commun cette fois, leur rejet du Pacte pour un enseignement d’excellence sous sa forme actuelle.

Ils se disent néanmoins prêts à reprendre les discussions en échange d’engagements concrets et substantiels d’adaptations du texte.

Les affiliés de nos différentes organisations syndicales ne peuvent adhérer au projet d’avis n°3 (rendu en décembre dernier, ndlr) du groupe central, en l’état, indiquent la CSC, la CGSP, le Setca-SEL, le SLFP et Appel dans un communiqué de presse commun.

Consultés ces dernières semaines, les différents affiliés ont exprimé leurs inquiétudes quant aux conséquences du Pacte en matière d’évolution de l’emploi, sur les conditions de travail, sur leur charge de travail, l’évaluation des personnels, leur bien-être ainsi que celui des élèves.

Tout en réaffirmant leur volonté de voir l’école évoluer et les inégalités scolaires diminuer, les syndicats enseignants rejettent toutefois les incertitudes actuelles autour de l’allongement du tronc commun jusqu’à 15 ans, ainsi que le renforcement programmé des directions et des pouvoirs organisateurs de l’enseignement.

Concrètement, les profs redoutent de devoir en faire plus demain, d’être davantage contrôlés, avec une possibilité accrue de sanctions.

La réforme envisagée de l’enseignement qualifiant esquissée dans le Pacte est aussi dénoncée: Une certification par unités (C.P.U.) qui fonctionne mal, ainsi que des mesures qui ont immanquablement des répercussions sur l’emploi, c’est tout l’inverse d’une revalorisation du qualifiant, dénoncent les syndicats.

Ceux-ci se disent toutefois prêts jeudi à poursuivre les travaux du Pacte, mais à condition de recevoir du gouvernement une série d’engagements concrets » et « substantiels, à la fois en matière de niveaux d’emploi, sur l’avenir des écoles, sur le tronc commun, la charge de travail des enseignants et leur évaluation, ainsi que l’octroi de moyens suffisants par rapport aux objectifs fixés.

A défaut, le front commun syndical promet de combattre toutes les mesures qui détérioreraient les conditions de travail des personnels.

Les différentes parties prenantes du Pacte (syndicats, pouvoirs organisateurs, associations de parents) doivent se retrouver le 16 février prochain pour faire le point de la situation.

Interrogée jeudi matin en radio, la ministre de l’Éducation Marie-Martine Schyns s’est toutefois voulue sereine par rapport au refus des syndicats, tout en affichant sa volonté de mener à bien le Pacte, le plus gros chantier de la législature en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le statu quo n’est absolument pas une option et ça, tout le monde le dit, a-t-elle notamment insisté.

Les nouveaux montants des allocations familiales en Wallonie

« La Libre Belgique », Belga, 9 février 2017

Le gouvernement wallon s’est accordé ce jeudi sur un montant de base de 155 euros d’allocations familiales pour les enfants jusqu’à l’âge de 18 ans, et de 165 euros pour les 18-24 ans, a annoncé le ministre wallon de l’Action sociale Maxime Prévot. La réforme vaudra pour les enfants nés après le 1er janvier 2019.

Le gouvernement flamand s’était accordé sur un montant de base de 160 euros, la Communauté germanophone de 151 euros. Bruxelles n’a pas encore tranché. Les francophones sont donc désormais divisés puisque les parents wallons et les bruxellois ne toucheront plus les mêmes montants.

La différence dans les montants de base entre entités fédérées est liée au budget réservé par chaque gouvernement aux suppléments sociaux, qui augmentent le montant de base en fonction du profil socio-économique de la famille.

La sixième réforme de l’Etat a défédéralisé les allocations familiales, ce qui a permis aux entités fédérées de moderniser ce système fondé initialement sur l’encouragement à la natalité, via des montants progressifs en fonction du rang de l’enfant.

Le nouveau système prévoit des montants de base égaux pour chaque enfant, quel que soit son rang. Les familles monoparentales et recomposées sont particulièrement prises en compte par la réforme. Invalidité, familles nombreuses, orphelinat autorisent aussi des suppléments sociaux ou une augmentation du taux de base.

 

Publifin : la faille des mandats «dérivés de dérivé» connue de la Wallonie depuis 2012

« Le Vif », Belga, 9 février 2017

Un arrêt du Conseil d’Etat rendu en 2012 dans une affaire opposant le cumulard Claude Desama (PS) à la Région wallonne avait mis le doigt sur une faille dans le code de la démocratie locale, faille qui permet aux élus locaux de contourner relativement facilement le plafond salarial qui leur est imposé.

Les autorités wallonnes étaient donc au courant de cette possibilité depuis des années, mais n’ont ensuite rien fait pour rectifier le tir, jusqu’à l’éclatement récent du scandale Publifin, indique Le Soir jeudi.

L’arrêt du Conseil d’Etat dont il est question, et qui fait jurisprudence, avait donné raison à Claude Desama, à l’époque bourgmestre de Verviers. Siégeant également à l’intercommunale Intermosane et étant président d’Ores, il dépassait le fameux plafond salarial au total, mais estimait que son mandat chez Ores ne devait pas être pris en compte dans le calcul puisqu’il n’était pas directement lié à son statut de bourgmestre.

Un raisonnement que le Conseil d’Etat a suivi, en se basant sur les définitions de « mandat originaire » et de « mandats dérivés » comprises dans le code de la démocratie locale, et qui décrivent les mandats auxquels le plafond des 150% doit s’appliquer.

Le Conseil d’Etat a en effet estimé que le mandat de Desama chez Ores ne tombait pas sous le terme de « mandat dérivé », car il y siégeait pour y représenter l’intercommunale Intermosane et pas directement en tant que bourgmestre. Son poste d’administrateur d’Intermosane était quant à lui bien un « mandat dérivé », puisqu’il lui avait été confié en raison de sa qualité de bourgmestre.

Le Conseil d’Etat a en fait jugé que les mandats « dérivés de dérivé » ne sont plus eux-mêmes des mandats à prendre en compte pour le plafond salarial, ouvrant de facto la possibilité pour n’importe quel élu local d’y échapper en étant nommé par une intercommunale pour siéger.

 

Christophe Lacroix travaille à enterrer la redevance télévision wallonne

« La Libre Belgique », Belga, 8 février 2017

Le ministre wallon du Budget Christophe Lacroix prépare un projet de réforme fiscale qui permettrait de supprimer la redevance télé – 100 euros par an et par ménage – au 1er janvier 2019, rapporte mercredi l’Echo. La suppression de cette redevance télé est évoquée depuis 2008, sans effets jusqu’ici. Elle rapporte 100 millions d’euros à la Région wallonne. Le projet de Christophe Lacroix vise à compenser le manque à gagner que représenterait la suppression de la redevance.

Le ministre du Budget mise notamment sur les retombées de la Déclaration libératoire unique initiée par le fédéral. Le rapatriement de capitaux belges pourrait rapporter 50 millions d’euros par an à la Wallonie. L’abandon de la redevance permettrait d’économiser 10 millions d’euros en frais de fonctionnement. Le solde – 40 millions – serait atteint via plusieurs mesures: une taxe sur l’automatisation (5 millions d’euros), une hausse des centimes additionnels à l’impôt des personnes physiques (5 à 8 millions d’euros), une révision des taxes de circulation et de mise en circulation pour les rendre plus « vertes » et une remise à plat du calcul des droits d’enregistrement pour l’achat d’une maison.

La neutralité de la réforme n’est pas acquise, souligne l’Echo, d’autant qu’il faudra aussi tenir compte des priorités du cdH. Une autre solution serait de réduire de moitié la redevance télé.