Retrouver les chemins de la vertu et de la morale

Jules Gheude – 17 février 2017

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Retrouver les chemins de la vertu et de la morale © Tous droits réservés

Le Penelopegate en France, Publifin en Wallonie… On ne parle plus que de cela depuis des semaines.

Ces deux affaires sont d’une extrême gravité, car elles illustrent la relation malsaine qui existe entre le pouvoir et l’argent. Ce faisant, elles contribuent à faire vaciller les fondements même de la démocratie et constituent un danger tout aussi grand que les idéologies extrêmes.

Les chiffres cités sont exorbitants par rapport à ce que vit le citoyen lambda au quotidien. Comment ce dernier ne serait-il pas tenté par les sirènes populistes?

Outre la question des mandats, se pose également celle des relations « intéressées » entretenues par certains responsables politiques avec la République démocratique du Congo. Ici aussi, les choses sont loin d’être claires…

La presse révèle qu’Alain Mathot, le député-bourgmestre de Seraing, vient de renoncer à quatre mandats « énergétiques », dont unchez Publifin, qui lui rapportaient 2600 euros net par mois. Cela alors que le salaire moyen belge s’élevait en 2014 à 3414 euros brut (chiffre du SPF Economie)!

On peut se demander pourquoi un responsable politique devrait gagner plus qu’un professeur d’université qui, avec une ancienneté de quinze ans, perçoit une rémunération mensuelle brute indexée de 9254,06 euros (tableau ULB mis à jour au 1er janvier 2014).

Il ne s’agit pas ici de tomber dans le travers égalitariste. L’exercice de responsabilités doit être dignement rémunéré. Mais lorsqu’il s’agit de l’argent public, les écarts ne doivent pas être disproportionnés.

La façon de concevoir la politique doit être en fait revue fondamentalement. Aujourd’hui, elle est, pour la majorité des élus, une opportunité de faire carrière et l’élément héréditaire (les fils et filles de…) se manifeste de plus en plus.

Or, la politique n’est pas une profession comme une autre. Pour éviter toute dérive, l’exercice d’un mandat devrait être limité dans le temps, de façon à permettre le renouvellement régulier de la classe politique.

Dans « Germes et bois morts dans la société politique contemporaine », paru en 1981, François Perin avait proposé de mettre sur pied des « inspecteurs de l’Etat », chargés de surveiller, de critiquer et de contrôler le gouvernement « sans le miner par des manœuvres d’obstruction ou une attitude purement négative« Moins nombreux que les parlementaires actuels, ils seraient issus du suffrage universel au niveau du pays.

« L’élimination de l’intérêt local et la loi des grands nombres favorisent la sélection qualitative (…). Sans doute, les inspecteurs de l’Etat (…) devraient-ils se regrouper et prendre en charge la mission d’exprimer les divers courants de l’opinion. Peu nombreux, puisque le scrutin d’arrondissement disparaîtrait, ils pourraient chacun nommer des adjoints et former une sorte de Cabinet semblable au Cabinet ministériel, recrutant ainsi les collaborateurs de valeur qu’ils feraient à leur tour connaître au public. Le corps politique serait ainsi constamment renouvelé par le haut, les nouvelles étoiles brillant par leur savoir-faire plutôt que par une publicité tapageuse et démagogique« .

Si l’on ne souhaite pas offrir un boulevard aux populistes de tout poil, il convient de redonner ses lettres de noblesse à la démocratie, de la « désenrayer »  afin de permettre au système de fonctionner de la manière la plus transparente et la plus efficace possible.

Publifin a montré comment certains se sont habilement arrangés pour contourner la réglementation en vigueur dans le but de s’octroyer de substantiels profits financiers. Le Penelopegate, quant à lui, a révélé des pratiques certes légales, mais dont le caractère peu éthique est susceptible de conforter la défiance de l’opinion publique envers ceux qui sont censés la servir et non se servir.

  • Et que dire des effluves nauséabonds que dégage le Kazakhgate ?

Aujourd’hui, le citoyen est de mieux en mieux informé. Rien ne lui échappe et il ne supporte plus le comportement de ceux qui, forts de leur légitimité démocratique, pensent pouvoir agir en toute impunité.

C’est désormais sur un autre terrain que la société attend le monde politique : celui de l’éthique et de la vertu. Démocratie et comportement  doivent aller de pair. Comme le constatait l’économiste-essayiste Alain Minc, dans « L’argent fou » (Grasset, 1990) : De ce point de vue, dans le monde de l’argent fou, la morale est, à long terme, le meilleur investissement.

On ne demande pas aux hommes politiques de vivre comme des moines. Mais lorsque le député français Henri Guaino (les Républicains) déclare qu’avec ses 5100 euros par mois, il ne parvient à rien mettre de côté, il ne contribue sûrement pas à réduire le fossé qui sépare de plus en plus l’homme de la rue du politique.

Montesquieu, comme on le sait, avait bien saisi l’importance des contre-pouvoirs. « L’argent est très estimable, quand on le méprise », avait-il écrit dans « Mes Pensées »…

 

Jules Gheude est essayiste politique. Son dernier ouvrage s’intitule « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes » chez Mon Petit Editeur, Paris, 2016.