Conflit d’intérêts à tous les étages pour Bernard Liébin (MR)

Frédéric Chardon, « La Libre Belgique », 14 février 2017

Le conseiller provincial se trouve dans tous les conseils d’administration pouvant « aider » les brasseries Saint-Feuillien.

Lorsqu’un élu multiplie les casquettes dans des conseils d’administration publics et privés, le conflit d’intérêts n’est jamais loin… Revoici une tête connue : celle du conseiller provincial hennuyer et conseiller communal de La Louvière Bernard Liébin (MR). Depuis samedi, on sait qu’il touchait 18 000 euros brut par an comme membre du conseil d’administration d’une ASBL provinciale qui n’était pas censée rémunérer ses administrateurs. A présent, c’est la toile de mandats que Bernard Liébin a tissée qui intrigue.

Prenez une aspirine, on va démonter ce système. Pour commencer, il faut savoir que le métier de base de Bernard Liébin est d’être membre du comité de direction de la Sowalfin, une société publique wallonne qui intervient pour garantir le financement des entreprises ou encore pour cofinancer des projets. A la Sowalfin, il fait en outre partie du « comité de crédit », l’organe interne qui valide les décisions de financement.

Des millions d’euros de financement

Au cœur du conflit d’intérêts suspecté, se trouvent les brasseries Saint-Feuillien. Situées à Le Rœulx (entre Mons et La Louvière), elles sont aux mains de la famille Friart depuis cinq générations. L’entreprise a investi beaucoup d’argent ces dernières années pour moderniser ses installations. Elle est aujourd’hui dirigée par le député MR Benoît Friart (et par sa sœur Dominique Friart). Benoît Friart est aussi bourgmestre de Le Rœulx.

Or, Bernard Liébin est membre du conseil d’administration (CA) de la brasserie depuis 2000 (pour 250 euros net par réunion du CA). Il se fait que la Sowalfin (dont il est directeur, donc) a aidé l’entreprise hennuyère dans un dossier : un cofinancement de 200 000 euros apportés en complément d’un prêt de 800 000 euros de la banque de proximité CPH (une trentaine d’agences réparties sur le Hainaut, le Namurois et le Brabant wallon). Le dossier avait été introduit auprès de la Sowalfin par CPH.

Et qui est vice-président du conseil d’administration de CPH ? Toujours Bernard Liébin. En siégeant en même temps au sein du CA de la société qui reçoit le coup de pouce financier, dans le CA de la banque privée qui apporte le cash et introduit le dossier, tout en étant directeur de la Sowalfin qui accepte le cofinancement, on peut imaginer que le libéral était particulièrement bien au courant du dossier…

Il est partout…

Prenez une longue respiration, ce n’est pas fini. Les brasseries Saint-Feuillien ont aussi été fort aidées par un invest local du Hainaut : IMBC (Invest Mons-Borinage-Centre). En Wallonie, les « invests » – qui sont des sociétés publiques – investissent dans les entreprises de leur région par des financements, des subsides, des investissements en capital à risque, etc. IMBC a injecté ces dernières années la coquette somme de 2,5 millions d’euros au total en faveur de la société anonyme brassicole. Petite devinette facile : qui est membre du conseil d’administration d’IMBC ? Bernard Liébin. Mais oui…

Vu toutes ses casquettes, en amont et en aval du dossier « Saint-Feuillien », difficile d’imaginer que le mandataire MR reste parfaitement neutre vis-à-vis de la société dirigée par son ami politique, le député-bourgmestre Benoît Friart. Il pourrait aisément « pousser » en coulisses ses dossiers de financement.

Malgré ces conflits d’intérêts éclatants, pour Bernard Liébin, il n’y a pas de problème. J’ai déclaré tous mes mandats à la Cour des comptes, à la BNB, à la cellule de contrôle des mandats de la Région wallonne… Il n’y a que vous pour y voir des conflits d’intérêts, explique-t-il. Benoît Friart, à l’époque, m’a demandé, ainsi qu’à une série de personnes, de rentrer dans son conseil d’administration afin de l’épauler. Je n’ai aucune compétence pour brasser leurs bières mais, par contre, je connais les dossiers d’investissement, de financement…

« J’ai une bonne bouille »

Pour ses mandats chez IMBC, à la banque CPH, tout en étant directeur à la Sowalfin et membre du comité de crédit, pas de souci non plus à ses yeux. Je suis administrateur d’IMBC depuis deux ans. C’est un mandat non rémunéré et je suis observateur sans droit de vote. J’ai dû remplacer un de mes collaborateurs qui était parti comme chef de cabinet adjoint chez Marcourt. Le site Cumuleo indique pourtant qu’il siège chez IMBC depuis plusieurs années. Au niveau de la banque CPH, c’est un mandat privé, ça n’a pas de sens de vous donner ma rémunération. Je l’ai depuis les années 80 et ça n’a rien à voir avec mes mandats publics. On m’a demandé de venir car j’ai une bonne bouille. Mais s’il y a une décision sur un dossier auquel je suis lié, je me retire ou je m’abstiens d’intervenir. A la Sowalfin, je suis membre du comité de crédit mais, là aussi, je me retire lorsqu’on aborde des dossiers auxquels je suis lié. En tout cas, je m’abstiens d’instruire le dossier ou de plaider dans un sens ou dans l’autre.