Archives mensuelles : février 2017

Les provinces wallonnes trop peu attractives

« Le Soir », 28 février 2017

Le nouvel indice européen de compétitivité des régions place les provinces wallonnes en milieu de classement.

La Commission vient de publier la troisième édition de l’indice de compétitivité des 263 « régions » européennes. En considérant que la compétitivité régionale est la capacité d’une région à offrir un environnement attrayant et durable dans lequel les entreprises et les résidents puissent vivre et travailler.

Bonne ou mauvaise nouvelle ? Les provinces wallonnes (c’est à ce niveau administratif que l’Europe intègre la Belgique dans ce classement) se situent dans la moyenne et en milieu de classement : de la 121e à la 147e place. Sans surprise, les provinces flamandes se situent bien au-dessus, toutes dans le premier quart des 263 entités recensées.

Flandre occidentale : 58

Flandre orientale : 27

Anvers : 21

Limbourg : 39

Hainaut : 142

Namur : 121

Liège : 122

Luxembourg : 136

Bruxelles (deux Brabant) : 19

Bruxelles, à laquelle sont associés les deux Brabant, obtient le meilleur score belge : 19e place européenne. Une agrégation d’une ville importante avec son hinterland que l’Europe applique aussi à Vienne, Prague, Londres, Berlin…

Le rapport de la Commission et le classement des différentes régions démontrent, pour l’Europe de l’Ouest en tout cas, l’importance des régions capitales et métropolitaines très dynamiques comme principaux moteurs de compétitivité.

La N-VA veut un Unia flamand: « Le problème, ce sont les francophones »

« Le Vif », Belga, 27 février 2017

Deux administrateurs étiquetés N-VA d’Unia plaident en faveur d’une institution flamande. Selon eux, ce sont surtout les francophones qui posent des problèmes au sein du centre interfédéral pour l’égalité des chances.

Boudewijn Bouckaert © BELGA

Le conseil d’administration d’Unia est composé de représentants des niveaux de pouvoir fédéral et fédérés. Par le biais du parlement flamand, la N-VA dispose de deux administrateurs effectifs, Matthias Storme et Hedsig Verbeke, et deux suppléants, Boudewijn Bouckaert et Inge Moyson.

Selon « De Standaard », ils partagent les vives critiques émises depuis quelques jours par la nouvelle secrétaire d’État à l’Égalité des chances, Zuhal Demir, et la ministre flamande de l’Intégration, Liesbeth Homans.

A croire M. Bouckaert, il est difficile de changer les choses à l’intérieur de l’institution. Unia ne s’est toujours pas transformé en un centre objectif et indépendant. Aujourd’hui, l’antisémitisme est traité différemment de l’islamophobie, et on ne peut l’accepter, affirme-t-il.

L’administrateur invoque un courriel interne d’un collaborateur qualifiant de radotage la condamnation d’un homme pour des chants antisémites entonnés lors d’une manifestation. L’administrateur s’en prend aux francophones, sources des problèmes à ses yeux.

Les nationalistes flamands voient d’un bon oeil la constitution d’un centre flamand où un musulman est égal à un juif et met l’accent sur l’émancipation plutôt que de rechercher du racisme.

D’après M. Storme, juriste chercheur à la KUL, la structure interfédérale du centre n’est pas adéquate. Nous devons nous demander si c’est le bon choix, a-t-il expliqué, en faisant référence à des travaux de son université recommandant des institutions séparées.

Le PS taxe la N-VA de racolage

La députée Karine Lalieux (PS) appelle la nouvelle secrétaire d’État à l’Égalité des chances, Zuhal Demir, à faire preuve de respect à l’égard des institutions dont elle a la charge. A ses yeux, les déclarations successives de personnalités de la N-VA à l’égard d’Unia témoignent d’une volonté de racolage.

Depuis sa création, le Centre pour l’égalité des chances – et à sa suite Unia – a toujours démontré la qualité de son travail et sa non-discrimination à l’égard de tout type de discrimination. Chaque fois qu’il sort, la pertinence de son rapport est mise en avant, a souligné la députée.

Mme Lalieux attend d’un nouveau ministre qu’il fasse d’abord le tour des institutions qui sont sous sa responsabilité avant de les critiquer. La N-VA espère peut-être retrouver des électeurs qu’elle aurait perdus. Dans tous les cas, c’est du racolage. Il y a aujourd’hui dans la société des divisions que la N-VA cherche à creuser encore, a affirmé la députée.

Les socialistes s’en prennent aussi aux libéraux francophones et au Premier ministre, accusés d’observer un silence coupable. Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu de rappel à l’ordre de ministres N-VA dont les déclarations jettent le discrédit sur des personnes ou des institutions, regrette-t-elle.

L’un des administrateurs N-VA d’Unia accuse les francophones d’empêcher un fonctionnement de l’institution comme les nationalistes flamands l’entendraient. C’est un refrain que l’on connaît et qui devient lassant: c’est toujours la faute des francophones. Ce qui est sûr, c’est que dans ce gouvernement, il n’y a plus de francophones depuis longtemps.

Régionaliser n’a pas de sens, selon le MR

Le MR se dit satisfait du modèle interfédéral d’Unia et juge qu’une régionalisation de l’institution n’a aucun sens, a-t-on indiqué au parti à la suite des déclarations de plusieurs personnalités de la N-VA.

Deux administrateurs N-VA d’Unia, Boudewijn Bouckaert et Matthias Storme, ont plaidé pour la création d’une institution flamande au lieu d’un centre interfédéral rassemblant les niveaux de pouvoir fédéral et fédérés. Aux yeux des nationalistes flamands, les francophones empêchent Unia de fonctionner comme il le devrait.

Nous sommes satisfaits du modèle interfédéral actuel. Régionaliser Unia ou les droits de l’homme n’a pas de sens, a indiqué le porte-parole des libéraux francophones. Le MR souligne toutefois qu’il est sain dans une société démocratique que chacun puisse exprimer son point de vue. Unia est un acteur important de la société civile dont les recommandations sont toujours dignes d’intérêt. Toutefois, les partis politiques ont aussi le droit d’être en désaccord avec certaines prises de position, ajoute le parti du Premier ministre.

Le MR insiste aussi sur l’importance de l’indépendance et des missions d’Unia. Nous respectons l’indépendance d’Unia et l’importance de ses missions. A nos yeux, il est essentiel que chaque discrimination ou chaque fait de racisme ou d’antisémitisme soit combattu de la même manière.

«A Charleroi et à Liège, les riverains sont assez tolérants à l’égard des nuisances des aéroports»

Han Renard, « Kanck », 22 février 2017 – Traduction : Jules Gheude

Charleroi et Liège sont prêtes à reprendre des activités de Brussels Airport, déclare Philippe Suinen, président de la Chambre wallonne de Commerce et d’Industrie.Quel est, pour la Wallonie, l’intérêt économique des aéroports de Liège et Charleroi ?

Liège est un aéroport cargo, tandis que Charleroi est surtout un aéroport de passagers. Ensemble, ils fournissent, de façon directe et indirecte, 15.000 emplois. Le gouvernement wallon a fortement investi dans l’isolation contre le bruit des maisons situées autour de Liège Airport. L’aéroport de Bierset est, en outre, un ancien aéroport militaire avec une longue piste de décollage et d’atterrissage, pouvant convenir à tout type d’avion. A Charleroi, ce n’est pas encore le cas, mais le gouvernement wallon a récemment décidé d’y allonger la piste de décollage jusqu’à 3.200 mètres. Les gros avions pourront donc l’utiliser aussi à l’avenir, notamment pour les vols transatlantiques. Charleroi et Liège sont en plein essor et sont de plus en plus internationaux. Les riverains sont assez tolérants envers les nuisances : ils voient comment ces aéroports contribuent au redéploiement économique de leur ville.

On entend souvent dire en Flandre que Liège et Charleroi peuvent concurrencer l’aéroport de Zaventem de façon déloyale, grâce aux subventions royales de la Wallonie/

Les gouvernements wallons successifs ont investi beaucoup d’argent dans les aéroports wallons régionaux, c’est vrai. Mais l’Etat belge a également fortement aidé jadis la Sabena et l’aéroport de Zaventem

Les aéroports wallons peuvent-ils reprendre une partie des activités de Zaventem, à présent que le développement de Brussels Airport semble être compromis par les normes bruxelloises drastiques en matière de bruit ?

Certainement. Mais lorsque la direction et les syndicats de Liège écrivent une lettre dans laquelle ils offrent leur aide pour résoudre les problèmes de Zaventem, le ministre flamand de l’Emploi, Philippe Muyters (N-VA), réagit furieusement. Ce n’est pourtant pas une question de machiavélisme : nous ne voulons tuer personne. L’administration aéroportuaire fédérale aurait d’ailleurs pu déménager depuis longtemps tous les vols charters vers les aéroports wallons. Cela aurait permis de limiter fortement les nuisances sonores au-dessus de Bruxelles.

La secrétaire particulière de Magnette indûment rémunérée

« Le Vif », 21 février 2017

C’est un caillou dans la chaussure du ministre président wallon : en pleine tempête sur les mandats publics, leurs rémunérations et leur nombre, il apparaît que sa secrétaire particulière a perçu durant trois ans un surplus d’indemnités de l’intercommunale de diffusion de la télévision Brutélé. Si elle y siège comme membre effectif au comité de secteur, c’est en qualité de suppléante qu’elle intervient au conseil d’administration. Or, Fabienne Previnaire a reçu une pleine rémunération au lieu d’un simple jeton de présence : quasiment le double de ce qui lui était dû, soit un surplus de 17.000 euros qu’elle s’est engagée à rembourser intégralement dès qu’elle sera en possession de tous les décomptes.

Elle remboursera l’intégralité

L’intéressée confirme et s’est engagée à rembourser intégralement la somme.

Politiquement, l’implication de sa secrétaire particulière est quelque peu gênante pour Paul Magnette.

 

Simon en commission Publifin: «Les élus étaient au courant des rémunérations»

« Le Soir », 20 février 2017

Les importantes rémunérations mensuelles octroyées aux membres des comités de secteur de l’intercommunale liégeoise Publifin ont été fixées et approuvées à l’unanimité en juin 2013 par le conseil d’administration de l’intercommunale liégeoise, a indiqué lundi le secrétaire général de Nethys, Gil Simon, interrogé sur ce point par les députés de la commission d’enquête.

Pas illégal

Simon, qui confirme de la sorte et précise ce qu’avait aussi dit le président du CA de Publifin André Gilles devant la commission spéciale, a par ailleurs jugé que ces comités de secteur n’étaient, chez Publifin, que des organes consultatifs, et non des organes décisionnels comme c’est le cas dans d’autres intercommunales, et comme le Code de la démocratie locale les entend. Gilles avait laissé la question en suspens.

L’existence de ces comités de secteur n’est toutefois pas illégale, selon Simon. « Je ne pense pas qu’ils ne pouvaient pas exister, ce n’était pas illégal de les créer ni de les laisser subsister », a-t-il affirmé.

Trois comités de secteur

Le premier comité de secteur avait été créé fin 2010 lors de la fusion-absorption de l’intercommunale gazière ALG par l’ALE-Tecteo, a exposé M. Simon. Les communes verviétoises qui étaient représentées dans l’ALG mais pas dans l’ALE (électricité, télédistribution) craignaient de ne pouvoir suivre l’évolution des activités gazières post-fusion. La société absorbante, elle, devait surveiller l’intégration d’activités. Le comité de secteur permettait de reprendre les instances de gestion de l’ALG.

Il était prévu que ce comité dure jusqu’au renouvellement des instances issu des élections de 2012, lors de l’AG de 2013, selon M. Simon. La décision en 2013 de mettre en place deux nouveaux comités de secteur (électricité, télécom) ainsi qu’un sous-secteur Liège-ville est une décision du nouveau conseil d’administration, sur proposition du bureau exécutif.

Pas de raison de changer de système

Ces deux nouveaux comités sont nés d’un arrangement issu de discussions entre partis. On a à l’époque prolongé les conditions du secteur gaz initial, « qui avait bien fonctionné puisqu’il s’était réuni mensuellement », a dit M. Simon. Cette décision a été prise à l’unanimité du nouveau CA. « Il n’y avait pas de raison à cette époque de changer de système, et les émoluments auraient pu se justifier si ces comités de secteur avaient continué à bien fonctionner ».

Pour M. Simon, les administrateurs ont ainsi décidé « en toute connaissance de cause ». Et même si le montant des rémunérations n’était pas mentionné, il leur était loisible de le demander. Patrick Prévot (PS) a souligné que les quatre grandes formations politiques (PS, MR, CDH et Ecolo) représentées dans Publifin étaient dès lors bien impliquées, tandis que Stéphane Hazée (Ecolo) a mis ce point en question, pointant du doigt le flou sur l’absence des montants.

Au final, la responsabilité du bon fonctionnement des comités de secteur repose dans les mains de leurs présidents respectifs, a jugé M. Simon, qui pointe aussi le comportement des membres des comités.

Le scandale Publifin enrage les Wallons: 1 sur 2 serait décidé à changer son vote

« Le Vif », Belga, 18 février 2017

Près d’un Wallon sur deux (43,5%) assure que l’affaire Publifin va l’amener à modifier son vote, par rapport aux dernières élections de 2014, lors du prochain retour aux urnes, souligne samedi les journaux de Sudpresse sur base d’un sondage iVOX. Tous les partis politiques sont concernés.

Ce sont les plus de 55 ans qui sont le plus en colère, avec 54,5% qui annoncent une intention de modifier leur vote par rapport à 2014. Viennent ensuite les 35-54 ans (43,5%) et les moins de 35 ans (27,5%).

Cette volonté de changement de vote touche toutes les formations politiques. Ils sont ainsi 45,5% au sein de l’électorat socialiste de 2014, contre 40% parmi celui du MR, 50% au cdH et 37,5% chez Ecolo.

Selon le sondage, il ressort par ailleurs que 23,5% des Wallons sondés indiquent ne pas avoir encore fait leur choix. Cependant, ils sont 21,3% à annoncer vouloir voter pour le PS (32% des voix en 2014), contre 20,7% pour le MR, 17,4% pour le PTB, 13,7% pour Ecolo et 10,1% pour le cdH. « Derrière eux, le PP ne profite étonnamment qu’assez peu des affaires, passant de 4,5% à 6,9% de suffrages déjà arrêtés. (…) Défi (ex-FDF) n’en sort pas non plus beaucoup plus fort que précédemment, avec une implantation wallonne qui reste difficile (4,5%) », précisent les journaux de Sudpresse.

A noter également que 84% des sondés n’acceptent plus qu’un élu puisse continuer à exercer plus d’un mandat rémunéré, alors qu’ils sont 12% à tolérer le maintien de ce système.

Le sondage a été réalisé via Internet, les 16 et 17 février, auprès d’un échantillon de 1.000 personnes. Sa marge d’erreur est de 3,02%.

Marcourt veut toute la transparence chez Nethys

David Coppi et Benoîut July, « Le Soir », 18 février 2017

Le ministre wallon de l’Economie et désormais « président provincial » du PS liégeois dénonce, dans un entretien qu’il nous a accordé, l’opacité dont ont fait preuve les dirigeants de Nethys.

On n’a guère entendu le Liégeois Jean-Claude Marcourt s’exprimer sur l’affaire Nethys / Publifin. Mais le ministre wallon de l’Economie a profité du succès de la Sonaca – et de son développement annoncé aux Etats-Unis – pour s’exprimer sur la bonne gouvernance.

Ce que le socialiste « reproche le plus aux dirigeants de Nethys, c’est le manque de communication, sous le mode “vivons heureux, vivons cachés”, comme si on avait précisément quelque chose à cacher. C’est une chance qu’il y ait une commission d’enquête, qui va permettre d’expliquer les raisons de ce qui a été fait ». Jean-Claude Marcourt ne se pose pas en avocat de Nethys et demande que « les dirigeants s’expliquent et fassent preuve de transparence ». Car pour le ministre, « le gros déficit dans Nethys, c’est le défaut de communication du groupe ».

Du changement au PS

Dans l’affaire qui secoue la vie politique wallonne, on a beaucoup souligné le rôle de la fédération liégeoise du PS. Et malgré les mesures annoncées du côté du boulevard de l’Empereur après l’éclatement du scandale, on a l’impression qu’il n’y a guère de changement au PS de Liège. Une affirmation qui fait bondir Jean-Claude Marcourt : « C’est stupide de laisser croire ça ! Je dis que tout le monde est conscient maintenant que ce qui s’est passé ne peut plus jamais se produire. » Et quand on évoque des changements à la fédération, il gronde : « Mais quelles têtes voulez-vous mettre au bout d’une pique ? »

Le Liégeois rappelle qu’il est désormais « président provincial » du PS, ce qui lui donne donc des responsabilités supplémentaires vis-à-vis des fédérations locales. Et à ce titre, promet : « Nous sommes face à une crise importante. Il faut changer les choses. Il n’y aura plus d’accommodements avec l’éthique. »

 

Retrouver les chemins de la vertu et de la morale

Jules Gheude – 17 février 2017

http://www.rtbf.be/info/opinions/detail_retrouver-les-chemins-de-la-vertu-et-de-la-morale?id=9532871

Retrouver les chemins de la vertu et de la morale © Tous droits réservés

Le Penelopegate en France, Publifin en Wallonie… On ne parle plus que de cela depuis des semaines.

Ces deux affaires sont d’une extrême gravité, car elles illustrent la relation malsaine qui existe entre le pouvoir et l’argent. Ce faisant, elles contribuent à faire vaciller les fondements même de la démocratie et constituent un danger tout aussi grand que les idéologies extrêmes.

Les chiffres cités sont exorbitants par rapport à ce que vit le citoyen lambda au quotidien. Comment ce dernier ne serait-il pas tenté par les sirènes populistes?

Outre la question des mandats, se pose également celle des relations « intéressées » entretenues par certains responsables politiques avec la République démocratique du Congo. Ici aussi, les choses sont loin d’être claires…

La presse révèle qu’Alain Mathot, le député-bourgmestre de Seraing, vient de renoncer à quatre mandats « énergétiques », dont unchez Publifin, qui lui rapportaient 2600 euros net par mois. Cela alors que le salaire moyen belge s’élevait en 2014 à 3414 euros brut (chiffre du SPF Economie)!

On peut se demander pourquoi un responsable politique devrait gagner plus qu’un professeur d’université qui, avec une ancienneté de quinze ans, perçoit une rémunération mensuelle brute indexée de 9254,06 euros (tableau ULB mis à jour au 1er janvier 2014).

Il ne s’agit pas ici de tomber dans le travers égalitariste. L’exercice de responsabilités doit être dignement rémunéré. Mais lorsqu’il s’agit de l’argent public, les écarts ne doivent pas être disproportionnés.

La façon de concevoir la politique doit être en fait revue fondamentalement. Aujourd’hui, elle est, pour la majorité des élus, une opportunité de faire carrière et l’élément héréditaire (les fils et filles de…) se manifeste de plus en plus.

Or, la politique n’est pas une profession comme une autre. Pour éviter toute dérive, l’exercice d’un mandat devrait être limité dans le temps, de façon à permettre le renouvellement régulier de la classe politique.

Dans « Germes et bois morts dans la société politique contemporaine », paru en 1981, François Perin avait proposé de mettre sur pied des « inspecteurs de l’Etat », chargés de surveiller, de critiquer et de contrôler le gouvernement « sans le miner par des manœuvres d’obstruction ou une attitude purement négative« Moins nombreux que les parlementaires actuels, ils seraient issus du suffrage universel au niveau du pays.

« L’élimination de l’intérêt local et la loi des grands nombres favorisent la sélection qualitative (…). Sans doute, les inspecteurs de l’Etat (…) devraient-ils se regrouper et prendre en charge la mission d’exprimer les divers courants de l’opinion. Peu nombreux, puisque le scrutin d’arrondissement disparaîtrait, ils pourraient chacun nommer des adjoints et former une sorte de Cabinet semblable au Cabinet ministériel, recrutant ainsi les collaborateurs de valeur qu’ils feraient à leur tour connaître au public. Le corps politique serait ainsi constamment renouvelé par le haut, les nouvelles étoiles brillant par leur savoir-faire plutôt que par une publicité tapageuse et démagogique« .

Si l’on ne souhaite pas offrir un boulevard aux populistes de tout poil, il convient de redonner ses lettres de noblesse à la démocratie, de la « désenrayer »  afin de permettre au système de fonctionner de la manière la plus transparente et la plus efficace possible.

Publifin a montré comment certains se sont habilement arrangés pour contourner la réglementation en vigueur dans le but de s’octroyer de substantiels profits financiers. Le Penelopegate, quant à lui, a révélé des pratiques certes légales, mais dont le caractère peu éthique est susceptible de conforter la défiance de l’opinion publique envers ceux qui sont censés la servir et non se servir.

  • Et que dire des effluves nauséabonds que dégage le Kazakhgate ?

Aujourd’hui, le citoyen est de mieux en mieux informé. Rien ne lui échappe et il ne supporte plus le comportement de ceux qui, forts de leur légitimité démocratique, pensent pouvoir agir en toute impunité.

C’est désormais sur un autre terrain que la société attend le monde politique : celui de l’éthique et de la vertu. Démocratie et comportement  doivent aller de pair. Comme le constatait l’économiste-essayiste Alain Minc, dans « L’argent fou » (Grasset, 1990) : De ce point de vue, dans le monde de l’argent fou, la morale est, à long terme, le meilleur investissement.

On ne demande pas aux hommes politiques de vivre comme des moines. Mais lorsque le député français Henri Guaino (les Républicains) déclare qu’avec ses 5100 euros par mois, il ne parvient à rien mettre de côté, il ne contribue sûrement pas à réduire le fossé qui sépare de plus en plus l’homme de la rue du politique.

Montesquieu, comme on le sait, avait bien saisi l’importance des contre-pouvoirs. « L’argent est très estimable, quand on le méprise », avait-il écrit dans « Mes Pensées »…

 

Jules Gheude est essayiste politique. Son dernier ouvrage s’intitule « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes » chez Mon Petit Editeur, Paris, 2016.

 

Conflit d’intérêts à tous les étages pour Bernard Liébin (MR)

Frédéric Chardon, « La Libre Belgique », 14 février 2017

Le conseiller provincial se trouve dans tous les conseils d’administration pouvant « aider » les brasseries Saint-Feuillien.

Lorsqu’un élu multiplie les casquettes dans des conseils d’administration publics et privés, le conflit d’intérêts n’est jamais loin… Revoici une tête connue : celle du conseiller provincial hennuyer et conseiller communal de La Louvière Bernard Liébin (MR). Depuis samedi, on sait qu’il touchait 18 000 euros brut par an comme membre du conseil d’administration d’une ASBL provinciale qui n’était pas censée rémunérer ses administrateurs. A présent, c’est la toile de mandats que Bernard Liébin a tissée qui intrigue.

Prenez une aspirine, on va démonter ce système. Pour commencer, il faut savoir que le métier de base de Bernard Liébin est d’être membre du comité de direction de la Sowalfin, une société publique wallonne qui intervient pour garantir le financement des entreprises ou encore pour cofinancer des projets. A la Sowalfin, il fait en outre partie du « comité de crédit », l’organe interne qui valide les décisions de financement.

Des millions d’euros de financement

Au cœur du conflit d’intérêts suspecté, se trouvent les brasseries Saint-Feuillien. Situées à Le Rœulx (entre Mons et La Louvière), elles sont aux mains de la famille Friart depuis cinq générations. L’entreprise a investi beaucoup d’argent ces dernières années pour moderniser ses installations. Elle est aujourd’hui dirigée par le député MR Benoît Friart (et par sa sœur Dominique Friart). Benoît Friart est aussi bourgmestre de Le Rœulx.

Or, Bernard Liébin est membre du conseil d’administration (CA) de la brasserie depuis 2000 (pour 250 euros net par réunion du CA). Il se fait que la Sowalfin (dont il est directeur, donc) a aidé l’entreprise hennuyère dans un dossier : un cofinancement de 200 000 euros apportés en complément d’un prêt de 800 000 euros de la banque de proximité CPH (une trentaine d’agences réparties sur le Hainaut, le Namurois et le Brabant wallon). Le dossier avait été introduit auprès de la Sowalfin par CPH.

Et qui est vice-président du conseil d’administration de CPH ? Toujours Bernard Liébin. En siégeant en même temps au sein du CA de la société qui reçoit le coup de pouce financier, dans le CA de la banque privée qui apporte le cash et introduit le dossier, tout en étant directeur de la Sowalfin qui accepte le cofinancement, on peut imaginer que le libéral était particulièrement bien au courant du dossier…

Il est partout…

Prenez une longue respiration, ce n’est pas fini. Les brasseries Saint-Feuillien ont aussi été fort aidées par un invest local du Hainaut : IMBC (Invest Mons-Borinage-Centre). En Wallonie, les « invests » – qui sont des sociétés publiques – investissent dans les entreprises de leur région par des financements, des subsides, des investissements en capital à risque, etc. IMBC a injecté ces dernières années la coquette somme de 2,5 millions d’euros au total en faveur de la société anonyme brassicole. Petite devinette facile : qui est membre du conseil d’administration d’IMBC ? Bernard Liébin. Mais oui…

Vu toutes ses casquettes, en amont et en aval du dossier « Saint-Feuillien », difficile d’imaginer que le mandataire MR reste parfaitement neutre vis-à-vis de la société dirigée par son ami politique, le député-bourgmestre Benoît Friart. Il pourrait aisément « pousser » en coulisses ses dossiers de financement.

Malgré ces conflits d’intérêts éclatants, pour Bernard Liébin, il n’y a pas de problème. J’ai déclaré tous mes mandats à la Cour des comptes, à la BNB, à la cellule de contrôle des mandats de la Région wallonne… Il n’y a que vous pour y voir des conflits d’intérêts, explique-t-il. Benoît Friart, à l’époque, m’a demandé, ainsi qu’à une série de personnes, de rentrer dans son conseil d’administration afin de l’épauler. Je n’ai aucune compétence pour brasser leurs bières mais, par contre, je connais les dossiers d’investissement, de financement…

« J’ai une bonne bouille »

Pour ses mandats chez IMBC, à la banque CPH, tout en étant directeur à la Sowalfin et membre du comité de crédit, pas de souci non plus à ses yeux. Je suis administrateur d’IMBC depuis deux ans. C’est un mandat non rémunéré et je suis observateur sans droit de vote. J’ai dû remplacer un de mes collaborateurs qui était parti comme chef de cabinet adjoint chez Marcourt. Le site Cumuleo indique pourtant qu’il siège chez IMBC depuis plusieurs années. Au niveau de la banque CPH, c’est un mandat privé, ça n’a pas de sens de vous donner ma rémunération. Je l’ai depuis les années 80 et ça n’a rien à voir avec mes mandats publics. On m’a demandé de venir car j’ai une bonne bouille. Mais s’il y a une décision sur un dossier auquel je suis lié, je me retire ou je m’abstiens d’intervenir. A la Sowalfin, je suis membre du comité de crédit mais, là aussi, je me retire lorsqu’on aborde des dossiers auxquels je suis lié. En tout cas, je m’abstiens d’instruire le dossier ou de plaider dans un sens ou dans l’autre.