Archives mensuelles : janvier 2017

Les salaires surréalistes de Stéphane Moreau et de son conseiller Daniel Weekers

David Leloup, « Le Vif », 20 janvier 2017

Daniel Weekers

Daniel Weekers, le « conseiller stratégique » de Stéphane Moreau, CEO de Nethys et bourgmestre PS d’Ans, gagne 50.000 euros brut par mois,

Stéphane Moreau

auxquels s’ajoutent diverses primes et avantages, selon des documents obtenus par nos confrères de L’Echo qui révèlent cette information très confidentielle ce vendredi matin.

600.000 euros brut par an, c’est deux fois plus que le Premier ministre. Et c’est payé de surcroît, pour des raisons fiscales, via une société de management appartenant à Daniel Weekers (société taxée à 33,99% alors qu’en personne physique ces émoluments seraient taxés à 50%).

« A l’intérieur même de la galaxie Nethys, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une rémunération injustifiée. ‘Il travaille 10 heures par semaine’, assure une source » à L’Echo.

Daniel Weekers a refusé de commenter cette information expliquant que Nethys est une société privée et qu’il n’a pas à se justifier.

960.000 euros brut par an pour Stéphane Moreau

Il nous revient par ailleurs que le salaire de Stéphane Moreau, en tant que CEO de Nethys, serait, lui, de 80.000 euros brut par mois. Soit 960.000 euros brut l’an. Plus de trois fois le salaire d’Elio Di Rupo lorsqu’il était Premier ministre.

En tant que bourgmestre PS d’Ans, Stéphane Moreau gagne 80.244,70 euros brut par an. S’il doit choisir entre Nethys et son écharpe mayorale, comme Laurette Onkelinx et Elio Di Rupo l’ont suggéré jeudi, poussés dans le dos par les révélations du scandale Publifin, Stéphane Moreau révélera enfin s’il est socialiste ou non.

 

«Mafia wallonne»: la Flandre se saisit de l’affaire Publifin

J.Dy, « Le Soir », 19 janvier 2017

L’affaire choque de l’autre côté de la frontière linguistique.

L’intercommunale wallonne Publifin, autrefois appelée Tecteo, est dans l’œil du cyclone depuis le 20 décembre dernier. Si tous les médias francophones en parlent depuis plusieurs semaines, la Flandre, elle, découvre seulement l’affaire.

De l’autre côté de la frontière linguistique aussi, le scandale Publifin choque. De Morgen n’y va pas de main morte avec le titre « Mafia wallonne ». « L’affaire Publifin place le PS dans une situation désespérée », estime le quotidien flamand. « Le parti risque à nouveau de perdre certains de ses partisans au profit de la gauche radicale PTB. Le problème d’image est encore plus grand »De Morgen souligne que le clientélisme des socialistes est à nouveau mis en lumière.

Cette affaire pourrait-elle avoir affecté les relations internes du parti ? Le quotidien pose la question. « Pendant les négociations du Ceta, le ministre-président wallon Paul Magnette s’est révélé être l’étoile politique des socialistes. En outre, il incarne davantage le changement que Di Rupo, loin de la vieille culture politique. Si cela va jouer à son avantage, cela reste à voir ».

De Tijd aussi revient sur ce « scandale wallon ». Publifin-Nethys n’est pas « une société d’investissement qui aide financièrement les entreprises wallonnes à se développer » mais une « prise de contrôle de pure, de style ancien », estime le quotidien. « Le but est d’avoir les leviers dans les mains et d’exercer ainsi un pouvoir économique. Et du pouvoir économique peut être construit un pouvoir politique. Les politiciens des autres partis sont plongés dans le bain, lorsqu’ils se voient offert des mandats lucratifs qui les rendent complices et qui permettront d’étouffer leurs possibles critiques », analyse De Tijd.

Mais il va encre plus loin. « Pour apaiser l’indignation en Wallonie sur les rémunérations bizarres de Publifin-Nethys, des têtes doivent tomber. Celles d’un certain nombre de petites crevettes. On ne touche pas aux grands garçons, comme Stéphane Moreau. Ils sont intouchables, parce qu’ils se sont rendus eux-mêmes puissants. Le PS a plus besoin d’eux qu’eux du PS ».

De Standaard va encore plus loin, puisqu’il titre : « La Wallonie doit vider sa fosse à fumier »« L’affaire inflige de lourds dégâts à la politique wallonne (…) Elle donne encore plus à la politique wallonne une image de caste intouchable ».

Pour Het Belang van Limburg, cette affaire est « avant tout un désastre pour le PS »« Pour la gauche ultra PTB, ce scandale est une aubaine pour dépeindre à nouveau son ennemi politique comme une bande de ‘poenpakkers’ (d’après la BD, qui désigne des personnes cupides, ndlr)  ».

 

Nethys, cette nébuleuse qui échappe au droit wallon


Alice Dive, « La Libre Belgique », 18 janvier 2017

La chronique est longue et ardue. A tel point que même nos interlocuteurs, experts du dossier, semblent s’y perdre. En réalité, cela fait plus d’une décennie que le phénomène est dénoncé cycliquement au sein du monde politico-économique wallon. La nébuleuse Nethys et ses pratiques conduisent à abîmer la démocratie, peste d’emblée une source parlementaire régionale.

Et de planter le décor : Le groupe Nethys/Brutélé (Voo) échappe depuis plus de dix ans au droit wallon. Son actuel directeur général, Stéphane Moreau, par ailleurs bourgmestre socialiste de la commune d’Ans, multiplie les entourloupes afin d’échapper aux législations wallonnes en matière d’intercommunales et d’interrégionales ainsi qu’au contrôle de la tutelle.

Pour bien comprendre l’enjeu, il faut remonter en 2005. A l’époque, c’est l’ALE, l’Association liégeoise d’électricité, qui est en charge de la distribution d’électricité dans la Cité ardente ainsi que dans quelques communes de la province de Liège (jusqu’à son intégration au groupe Tecteo sous le nom de Resa Electricité à la fin des années 2000).

Lorsqu’il prend les commandes de l’intercommunale, Stéphane Moreau décide d’y faire entrer la commune des Fourons, commune à facilités enclavée en Région wallonne mais rattachée depuis 1963 à la province flamande du Limbourg. L’objectif : se mettre à l’abri des règles wallonnes en matière d’intercommunales et ainsi échapper à la disposition décrétale régionale de l’époque qui interdisait aux directeurs d’intercommunales d’être en même temps bourgmestre d’une commune wallonne. En incluant les Fourons dans l’opération, Stéphane Moreau et l’ALE contournaient ainsi le droit wallon et le contrôle de tutelle, s’offusque une source proche du dossier.

Ceci, au nez et à la barbe des autres directeurs d’intercommunales qui s’étaient pour leur part soumis aux règles alors en vigueur. Au cours des années qui suivront, ce cas singulier d’ « ingénierie » fera l’objet de multiples débats animés au sein du Parlement wallon ainsi qu’avec les autres régions du pays. Le but ultime donc : récupérer la tutelle et l’application du droit régional sur l’ALE.

Anti-cumulards

Il faudra toutefois attendre la législature 2009-2014 et son exécutif, l’Olivier (PS-CDH-Ecolo), pour voir les mesures envisagées prendre forme. En 2010, un décret wallon visant à compléter la première équation est ainsi voté afin d’établir la règle selon laquelle un bourgmestre d’une commune wallonne ne peut plus être directeur d’une intercommunale et ce, qu’elle soit régionale ou non. La première disposition décrétale, couplée à la seconde, signifiait qu’un bourgmestre d’une commune wallonne ne pouvait pas non plus être directeur d’une intercommunale bruxelloise… ou flamande. CQFD ? Pas vraiment.

Au cours de la première phase de sa mutation, l’ALE-Tecteo créera alors plusieurs filiales (voir le graphique ci-dessus). La disposition décrétale précitée ne s’appliquant pas aux directeurs des filiales des intercommunales, Stéphane Moreau aurait trouvé une nouvelle « parade » consistant à transférer l’entièreté de l’activité de l’intercommunale Tecteo dans ses filiales, et à prendre pour sa part la direction de celles-ci. En faisant diriger Tecteo par un homme de paille tout en restant directeur général des filiales, Stéphane Moreau parvenait encore à s’affranchir du droit wallon, nous expose-t-on. Et tout cela, en conservant une situation matérielle identique.

Nethys en pleine réorganisation

Last but not least dans ce marathon décrétal, un texte visant à clarifier une bonne fois pour toutes cet imbroglio sans fin sera voté au terme de la précédente législature, soit en 2014. Il prévoyait notamment une entrée en vigueur de la législation au premier juillet 2015. Devenu entre-temps Publifin SCIRL en juin 2014, Tecteo n’avait alors d’autre choix que de se plier à ces nouvelles réformes. Le bourgmestre d’Ans ne pouvait cette fois plus échapper aux règles anti-cumul, nous confie-t-on.

Sauf que… cette échéance sera finalement reportée de deux ans à la demande du PS et du CDH, assure une source écologiste. C’est incompréhensible. Nous attendions cette échéance et ces clarifications depuis plus de dix ans. Résultat : Nethys vit toujours aujourd’hui en dehors des règles wallonnes de contrôle. Une proposition de décret, déposée par le groupe Ecolo au Parlement de Wallonie, visant à faire également tomber sous le coup de la législation wallonne les directeurs des filiales et sous-filiales des intercommunales, est actuellement à l’étude.

Depuis décembre 2013, le groupe Tecteo, devenu Nethys, connaît une réorganisation en profondeur de ses structures (voir épinglé ci-dessus). Le modèle retenu est similaire à celui mis en œuvre dans de grands groupes détenus par des actionnaires publics actifs dans des métiers apparentés comme Fluxys, Elia ou encore Ethias.

Publifin est aujourd’hui l’intercommunale qui possède les parts et dont les communes sont actionnaires. L’un des objectifs poursuivis par Nethys est de renforcer le rapprochement des activités de gestion de réseaux de distribution d’énergie avec l’activité télécom. En coulisses, certains s’interrogent enfin sur le sens précis de certaines initiatives prises par Nethys. Que l’on m’explique où est l’intérêt communal lorsque cette structure nébuleuse rachète un journal dans le sud de la France ?,balance une source. On cherche encore la réponse.

Affaire Publifin : Le chef cab’ adjoint de Furlan est un pilier de l’intercommunale

David Leloup, « Le Vif », 17 janvier 2017

Source: Le Vif

Depuis le 28 juin 2013, Claude Parmentier a touché plus de 153.000 euros brut en tant qu’administrateur de Nethys SA (Voo, BeTV, L’Avenir…), la société opérationnelle de l’intercommunale Publifin. C’est 25 fois plus que ses jetons de présence chez Publifin, où il est également administrateur.

 

La situation se complique pour Paul Furlan. Vendredi, dans les colonnes de L’Avenir, le ministre wallon des Pouvoirs locaux a affirmé ignorer que son propre chef de cabinet adjoint, Claude Parmentier, était administrateur de Publifin. C’est d’autant plus interpellant que ce dernier est un des… piliers de l’intercommunale. Ses déclarations de mandats, disponibles au Moniteur et sur le site Cumuleo.be, indiquent qu’en 2004 (première année où ces déclarations ont été mises en place) Claude Parmentier était déjà membre du bureau exécutif de l’Association liégeoise d’électricité (ALE, qui deviendra Tecteo en 2007). En fait, il occupait déjà ce poste dans les années 1990, nous explique-t-il sans se souvenir de la date de ses débuts. En septembre 2005, il fut par ailleurs nommé vice-président du conseil d’administration de l’ALE. Et en 2007, il a rejoint le comité de rémunération.

Le bureau exécutif est un petit groupe d’administrateurs auquel le conseil d’administration délègue la gestion journalière de l’intercommunale. Ce poste exécutif, rémunéré par des émoluments fixes mensuels, Claude Parmentier le conservera jusqu’au 21 juin 2013. Le groupe Tecteo est alors restructuré : l’intercommunale devient une société holding rebaptisée Publifin et toutes les activités opérationnelles (Voo, BeTV, distribution de gaz et d’électricité…) sont logées au sein d’une filiale privée, Nethys SA. Bref, le 21 juin 2013, Claude Parmentier redevient simple administrateur de Publifin, fonction qu’il occupe encore aujourd’hui. Comment Paul Furlan a-t-il pu ignorer un tel parcours professionnel, de plus d’une décennie, réalisé par l’un de ses plus proches collaborateurs ? Peut-il « ne pas savoir » que son chef de cabinet adjoint est un des hommes clés du système ALE-Tecteo-Publifin-Nethys ?

Les rémunérations secrètes de Nethys

Là où les choses se compliquent encore un peu pour le ministre des Pouvoirs locaux, c’est que Le Vif est en mesure de lever, pour la première fois, un (petit) coin du voile qui couvre les rémunérations en vigueur chez Nethys. Or le chef de cabinet adjoint de Paul Furlan y a été « recasé » le 28 juin 2013, comme simple administrateur, un an avant de rejoindre le cabinet du ministre. Les rémunérations chez Nethys constituent un secret bien gardé. Le salaire de son administrateur-délégué, Stéphane Moreau, fait l’objet de spéculations depuis des années. Le Soir a avancé, en septembre 2013, le montant de 588.000 euros brut par an alors que d’autres sources évoquent 300.000 euros. Mais jamais le montant « officiel » n’est sorti.

Le Vif s’est procuré la fiche fiscale 281.20 reprenant les rémunérations des dirigeants d’entreprise »d’un membre du conseil d’administration de Nethys en 2014. Le montant brut annuel est de 43.183 euros, soit 3.599 euros brut par mois. Des émoluments qui s’ajoutent notamment aux 58.970 euros brut annuels que Claude Parmentier perçoit par ailleurs comme bourgmestre PS de Wanze. Bref, chez Publifin, il n’y a pas que les comités de secteur consultatifs qui permettent à des mandataires de toucher des émoluments mensuels fixes plutôt que des jetons de présence. Il y a aussi le conseil d’administration de la filiale Nethys. Mais cette fois, comme c’est une société privée, elle n’est pas tenue de respecter des plafonds légaux de rémunération, alors que c’est le cas des intercommunales.

Le contraste est saisissant. Au conseil d’administration de Publifin, Claude Parmentier représente les communes actionnaires. Selon le tableau des émoluments que l’échevin des Finances d’Olne, Cédric Halin, s’est procuré chez Publifin et que Le Vif avait publié le 20 décembre dernier, le chef cab’ adjoint de Paul Furlan ne touche qu’un jeton de présence de 194,70 euros brut. En 2015, le CA de Publifin s’est réuni à 9 reprises. S’il a participé à toutes les réunions, Claude Parmentier a donc perçu 1.752,30 euros brut. C’est 25 fois moins que ce qu’il a touché chez Nethys la même année (43.183 euros brut), et ce sans la moindre obligation légale d’assister aux réunions.

Un mandat « à titre privé »

Depuis le 28 juin 2013, date à laquelle il est devenu administrateur de la filiale opérationnelle, Claude Parmentier a ainsi perçu plus de 153.000 euros brut. Soit près de 70.000 euros après impôts. Le rapport annuel 2015 de Nethys ne précise pas le nombre de réunions du conseil d’administration. Un simple membre du CA de la filiale privée Nethys gagne en fait 87% de plus qu’un membre du bureau exécutif de l’intercommunale publique Publifin, 40% de plus qu’un vice-président et même 12% de plus que le président André Gilles himself, individu le mieux payé chez Publifin..

Selon une source bien informée, Claude Parmentier n’aurait pas été nommé chez Nethys par son parti mais bien par Publifin, l’actionnaire public de Nethys. La nuance est importante : cela signifierait qu’il exercerait ce mandat chez Nethys « à titre privé ». Joint par téléphone, Claude Parmentier ne souhaite faire aucun commentaire sur sa rémunération chez Nethys mais confirme le caractère privé » de ce mandat, presté au sein d’une société anonyme qui n’est pas une intercommunale » Or à en croire les déclarations de Paul Furlan à nos confrères de L’Avenir, ce serait précisément ce que le ministre considère comme le sommet de l’hypocrisie » : des mandataires siégeant à titre privé dans des conseils d’administration d’organismes publics »..

Contacté via son porte-parole, Paul Furlan ne souhaite pas s’exprimer sur le dossier Publifin avant le débat qui aura lieu mercredi après-midi au parlement wallon. Un débat qui risque d’être animé : samedi, le MR a réclamé sa tête, estimant hypocrites ses propos tenus dans les colonnes de L’Avenir sur le scandale des rémunérations des membres des comités de secteur de Publifin. Dimanche, sur le plateau de RTL, le président du Parti socialiste, Elio Di Rupo, a exclu une telle démission de son ministre.

Claude Parmentier démissionne

Selon un tweet de Paul Furlan publié lundi soir, Claude Parmentier a démissionné de son poste de chef de cabinet-adjoint du ministre wallon des Pouvoirs locaux. Je viens d’accepter la démission de Claude Parmentier, a posté le ministre wallon du parti socialiste en réponse à différentes interpellations.

Un homme clé de la nébuleuse ALE-Tecteo-Publifin-Nethys

Bourgmestre PS de Wanze, Claude Parmentier est un des meilleurs spécialistes des finances locales de Wallonie. C’est aussi un peu pour ça qu’il est devenu un homme clé du système mis en place par André Gilles et Stéphane Moreau à partir de 2005. Il fait partie des happy few qui connaissent intimement les rouages et les petits secrets de la plus grosse intercommunale du monde, comme l’appellent ses dirigeants.

Ce petit club très fermé de fidèles comprend également Dominique Drion (CDH) et Georges Pire (MR), tous deux vice-présidents de Nethys (et de Publifin jusqu’en juin 2015). Viennent ensuite les « simples » administrateurs de la société comme Claude Parmentier, qui sont rémunérés 43.183 euros brut par an : Pol Guillaume (bourgmestre MR de Braives), Josette Michaux (vice-présidente PS du conseil provincial), Pierre Stassart (échevin PS de l’instruction publique à Liège) et Denise Laurent (conseillère provinciale PS, en infraction pour n’avoir jamais déclaré son mandat chez Nethys à la Cour des comptes depuis 2013).

On retrouve également sans surprise Claude Parmentier, homme de confiance et d’expérience, au comité d’audit et de risques de Nethys. Mais aussi au conseil d’administration d’Ogeo Fund, le fonds de pension de la galaxie Publifin où il siège depuis 1997, indique la Banque-carrefour des entreprises. Un mandat qu’il exerce encore aujourd’hui mais ne déclare plus à la Cour des comptes depuis 2012…

À noter que Nethys n’est pas détenue directement par l’intercommunale Publifin : une société intermédiaire baptisée Finanpart s’intercale comme un écran entre elles. Publifin détient 100% de Finanpart, laquelle possédait 99,99% de Nethys au 31 décembre 2015. Ainsi s’explique notamment l’opacité de Nethys : la société ne rend directement aucun compte à Publifin mais bien à Finanpart. Celle-ci est pilotée par trois personnes de confiance très proches de Stéphane Moreau : Pol Heyse, Gil Simon et Bénédicte Bayer, trois membres du comité de direction de Nethys.

 

Publifin : un 4e comité, 31 élus et une ardoise de 2,5 millions d’euros

David Leloup, « Le Vif », 12 janvier 2017

Il n’y a pas eu trois, mais bien quatre comités de secteur créés par Publifin (ex-Tecteo). Cinq élus supplémentaires ayant bénéficié des largesses de l’intercommunale sont épinglés. Ce qui porte l’ardoise du scandale à plus de 2,5 millions d’euros au détriment des actionnaires publics de Publifin.

 

On connaissait déjà les comités de secteur « télécom », « énergie » et « Liège-ville » de l’intercommunale Publifin (ex-Tecteo). Ils ont permis à 25 élus locaux, comme Le Vif l’a révélé le 20 décembre dernier, d’empocher des émoluments astronomiques sans réelle contrepartie exigée de leur part en termes de présence, de travail à effectuer ou de responsabilité politique à exercer. La justice liégeoise vient d’ailleurs d’ouvrir une enquête préliminaire à ce sujet, suspectant des faits de faux, d’usage de faux, de fraude aux indemnités et d’abus de biens sociaux au détriment de Publifin.

Désormais, à ces trois comités-là, il convient d’ajouter le comité de secteur « gaz » qui a existé officiellement du 22 décembre 2010 au 21 juin 2013, date à laquelle les trois autres comités ont été créés pour prendre le relais. Ce comité « gaz » comptait pas moins de… 30 membres, soit l’entièreté du conseil d’administration de l’Association liégeoise du gaz (ALG) absorbée par Tecteo fin 2010. Sans plus aucune raison d’être, ce conseil d’administration a ainsi été artificiellement prolongé jusqu’à la fin de la législature communale…

Huit privilégiés

Parmi ces 30 administrateurs, huit faisaient partie du bureau exécutif de l’ALG. Ces huit-là ont bénéficié d’émoluments fixes mensuels payés par Tecteo en ligne avec ce qu’ils touchaient précédemment au sein de l’ALG. Soit des montants du même acabit que ceux révélés jusqu’ici au sein des trois comités de secteur qui viennent de défrayer la chronique. Les 22 autres membres du comité, eux, ont touché un simple jeton de présence s’ils assistaient aux réunions.

Trois des huit membres bénéficiant d’un émolument mensuel figuraient déjà sur la liste des 25 mandataires éclaboussés par le scandale Publifin : Eric Vanbrabant (échevin PS de la culture et des sports à Seraing), Marie-Noëlle Mottard (conseillère communale MR à Waremme et conseillère provinciale) et Alain Defays (conseiller communal cdH à Sprimont et conseiller provincial). Cinq nouveaux noms s’ajoutent ainsi à la liste des bénéficiaires des largesses de l’intercommunale : Claude Klenkenberg (PS), André Denis (MR), Isabelle Albert (PS), Gérard Georges (PS) et feu Antoine Nivard (cdH), remplacé en novembre par Alain Defays.

Publifin fait l’autruche

Le Vif est donc en mesure de publier le tableau complet des 31 mandataires (dont 30 rémunérés) ayant siégé dans les quatre comités de secteur de Publifin du 22 décembre 2010 au 22 décembre 2016. Le tableau précise le nombre de mois que ces mandataires ont « prestés », les montants bruts et nets de leurs émoluments, et… la facture globale de ce scandale payée par l’intercommunale : plus de 2,5 millions d’euros.

Selon nos informations, le comité de secteur « gaz » s’est réuni huit fois en 2011 et cinq fois en 2012. On ignore si des réunions ont eu lieu début 2013, avant la dissolution du comité le 21 juin : sollicité à plusieurs reprises, le porte-parole de Publifin, Patrick Blocry, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Le Vif s’est procuré 10 procès-verbaux de réunions de ce comité de secteur « gaz », ce qui permet de se forger une idée assez précise de sa pertinence et sa fréquentation. La durée moyenne des réunions est d’une heure. Celle du 10 mai 2011 a duré 40 minutes, et celle du 12 mars 2012, 30 minutes. Le 23 novembre 2011, seuls trois des huit membres bénéficiant d’un émolument mensuel fixe étaient présents.

Lors de ces réunions, les mandataires reçoivent de l’information, souvent via des présentations Powerpoint qu’on leur envoie ensuite par courriel. Ils posent des questions, n’obtiennent pas toujours des réponses. L’utilité de ces réunions est d’autant plus questionnable que six des huit membres bénéficiant d’un émolument fixe ont rejoint le conseil d’administration de Tecteo où ils ont tout loisir de défendre les intérêts de l’ex-ALG.

Les mieux payés sont les moins présents

Le plus assidu parmi ces huit privilégiés a été Eric Vanbrabant (présent à huit réunions sur dix). La moins régulière fut la conseillère provinciale Josette Michaux, membre du bureau exécutif de Tecteo (deux réunions sur dix). Quant au président de ce comité de secteur « gaz », Claude Klenkenberg (époux de la directrice générale adjointe de Tecteo à l’époque, Carine Hougardy), il n’a été présent qu’à six réunions sur dix, alors qu’il a été rémunéré en tant que président bien plus grassement que les autres « simples » membres du comité.

Le plus choquant sans doute, selon ces dix PV, c’est que les 22 membres du comité de secteur gaz rémunérés au simple jeton de présence (183 euros brut) ont un taux de fréquentation des réunions (76%) supérieur à celui (63%) des huit membres qui reçoivent un émolument fixe mensuel environ dix fois plus élevé que le jeton de présence. Bref, plus on est rémunéré, moins on est présent aux réunions…

Les juges allemands bloquent le « Bye bye Bavière »

Article de Tex Van Berlaer, « Doorbraak », 11 janvier 2017. Traduction de Jules Gheude

La Cour constitutionnelle à Karlsruhe a décidé que la Bavière, le second Etat fédéré de l’Allemagne, ne pouvait pas se séparer unilatéralement de la République fédérale. L’Espagne s’est d’emblée saisi de l’arrêt pour mettre des bâtons dans les roues du mouvement indépendantiste catalan.

Si la Bavière veut se scinder de l’Allemagne, il faut que tous les Allemands aient l’opportunité de se prononcer à cet égard. C’est ce qu’ont estimé les juges de la Cour constitutionnelle, le lundi 2 janvier.

Les Etats fédérés allemands, qui disposent d’une large autonomie pour certaines tâches, ne semblent donc pas aussi autonomes qu’ils le pensent peut-être. Le droit même de pouvoir décider d’organiser un référendum sur une sécession à l’écossaise est, selon l’interprétation de la Constitution allemande, impossible.

Le journal « Frankfurter Allgemeine Zeitung » qualifie la sécession de la Bavière  – ou de quelque autre Etat fédéré – de juridiquement impensable. Il ne peut donc être provisoirement question d’un « Bayxit », que redoutent les Allemands fédéralistes.

L’arrêt est une gifle infligée au mouvement indépendantiste bavarois, qui voit ainsi s’envoler ses chances de pouvoir organiser légalement un référendum sur le modèle écossais.

Pour l’instant, il semble qu’ils devront emprunter la voie catalane et se mettre en dehors de la loi de la République fédérale pour pouvoir obtenir la scission. En ont-ils vraiment le désir ? La question est posée.

La Bavière compte 13 millions d’habitants. On trouve, ici et là, le chiffre de 23% de Bavarois favorables à l’instauration d’un Etat propre. Près d’un quart des Bavarois  souhaiterait donc dire tchüss à l’Allemagne. Le chiffre est souvent cité par Wilfried Scharnagel de la CSU, qui a sorti en 2012 le livre intitulé « Bayern kann es auch allein » (La Bavière peut aussi s’en sortir seule).

Au sein du parti-frère de la CDU de Merkel, on trouve donc  une forte tendance séparatiste. En outre, il y a le petit BayerrnPartei, qui s’engage pleinement pour l’indépendance. Cette formation plutôt conservatrice ne dispose toutefois d’aucun siège au parlement bavarois.

Malgré le peu d’informations scientifiques fiables dont on dispoose, on peut toutefois dire que le soutien à la séparation bavaroise est nettement moins grand qu’en Catalogne. Mais il est vrai qu’on ne sait jamais ce qu’il en est avec la « majorité silencieuse »…

Une chose est sûre : l’arrêt sera un précédent pour l’Espagne. Les sécessionnistes catalans peuvent-ils maintenant prétendre que l’Allemagne n’est pas une démocratie ?, écrit un lecteur dans un courrier adressé au journal « El Pais ».

Pour ceux qui sont attachés à l’Espagne, il est impensable que les séparatistes catalans ignorent le système légal du pays et passent en force. Les partisans d’une Catalogne indépendante estiment, eux, que l’Espagne n’est tout simplement plus compétente en ce qui concerne la volonté populaire de la région nord-est. C’est ce qu’ont encore souligné d’éminents représentants catalans, mardi, lorsqu’ils furent reçus à Bruxelles, notamment par le ministre flamand Ben Weyts (N-VA).

Weyts a même posé avec la première constitution catalane, que lui a remise l’activiste Anna Arqué. Le ministre a repris un message d’un membre local de la N-VA, qui avait qualifié le tout nouveau document d’exemple pour la Flandre.

Les Catalans ne sont donc pas découragés par cette interprétation constitutionnelle allemande. Pour les séparatistes bavarois, le moment de la réflexion est venu. Nul doute qu’ils suivront de très près l’évolution en Espagne.

Et si la porte du frigo communautaire doit se rouvrir, la Belgique pourrait encore alimenter l’inspiration.

« La Pensée et les Hommes » – François Perin

« La Pensée et les Hommes » a réalisé trois émissions radio de 30 minutes chacune à la biographie consacrée par Jules Gheude à  François Perin et parue l’an dernier aux Editions Le Cri :

  • François Perin une vie d’intellectuel ;
  • François Perin, défenseur de la Wallonie ;
  • François Perin, le penseur laïque

Vous trouverez ici le lien vous permettant d’écouter la première de ces émissions :

http://www.lapenseeetleshommes.be/?Pod_Radio:2017:10149

 

Armes : l’exclusivité liégeoise est dans le viseur N-VA

Pierre Havaux, « Le Vif », 6 janvier 2017

Les nationalistes flamands pestent contre le monopole légal historiquement exercé depuis la Cité ardente sur le contrôle des armes à feu portatives. Les ennuis judiciaires du responsable du banc d’épreuves sont une aubaine pour repartir à l’assaut.

 

 

Un patron sous les verrous, ce n’est jamais bon pour la réputation d’une boîte. A fortiori lorsque le soupçon d’indélicatesses touche au core business de l’entreprise. Installé à Liège depuis des temps reculés, le banc d’épreuves des armes à feu traverse une passe difficile depuis que son directeur, mis sur la touche, a maille à partir avec la justice à propos d’une éventuelle affaire de détournement d’armes. Où il est question de manipulation du registre central des armes afin de faire sortir des pièces de collection pour les réintroduire sur un marché parallèle. Mandat d’arrêt, détention préventive levée depuis la mi-décembre dernier, dossier toujours à l’instruction. Et fâcheuse publicité pour la boutique.

Surtout qu’en embuscade, la N-VA a bondi pour exploiter la fenêtre de tir. Koenraad Degroote, l’un de ses élus fédéraux, a depuis longtemps l’organisme liégeois dans son collimateur. Il a ceci de dérangeant aux yeux du parlementaire qu’il incarne une mainmise wallonne sur le créneau de l’arme à feu portative.

De la mise à l’épreuve au contrôle des armes et des munitions ; de la neutralisation, transformation et catégorisation des armes en vente libre pour les bourses militaria, à l’homologation des armes d’alarme ; de la traçabilité au registre central des armes à la destruction des armes saisies ou remises volontairement : rien de ce qui touche à la fabrication, à la détention et à la manipulation d’une arme à feu portativeen Belgique ne peut, en principe, échapper au banc d’épreuves. Que l’on soit simple chasseur, tireur sportif ou bien gros client industriel, la FN en tête, un déplacement en Cité ardente s’impose un jour ou l’autre.

350 ans de privilège liégeois : trop is te veel ?

Ce monopole en bord de Meuse ne s’est pas forgé ni décrété en un jour. Ses origines sont contemporaines du « Roi-Soleil » Louis XIV. L’apanage s’est épanoui à l’ombre du secteur florissant de l’armurerie en pays de Liège, qu’incarne encore de nos jours la FN de Herstal. En ce XVIIe siècle, Maximilien de Bavière, prince-évêque de Liège, prend la sage décision d’imposer aux armes à feu une épreuve systématique et individuelle de vérification de leur qualité. Son ordonnance  » pour le bien du commerce et la sécurité des utilisateurs « , signée le 10 mai 1672, passe pour être l’acte de naissance du banc d’épreuves de Liège. Il est confirmé deux siècles plus tard, dans le cadre de l’Etat belge, par une loi du 24 mai 1888. Insigne honneur : le lieu d’implantation du banc figure dans l’intitulé même de la loi. A Liège et nulle part ailleurs. Pas même en Flandre.

Le genre de privilège en béton armé qui finit par faire grincer des dents au nord du pays. Car ce monopole d’un autre âge souffre d’un péché, capital s’il en est : il échappe à la législation linguistique. Or, le service rendu depuis Liège à la clientèle néerlandophone s’en ressentirait gravement. Les lieux, affirme Koenraad Degroote, respirent cette  antique mentalité du « et pour les Flamands la même chose ». C’est intolérable aujourd’hui.  » Ce serait de moins en moins supportable pour  » nombre d’amateurs d’armes flamands, qui s’en irritent. Il est plus que temps de leur épargner des kilomètres pour se faire accueillir dans un néerlandais taxé au mieux d’approximatif, au pire de déplorable.

C’est tout le sens que donne Koenraad Degroote à sa longue croisade. Depuis des années, il réclame pour la Flandre, sinon un banc d’épreuves à part entière mais dont l’intérêt économique reste douteux, à tout le moins l’ouverture d’un point de collecte et de dépôt d’armes sécurisé. En vain, jusqu’ici. La cause semblait pourtant entendue en 2014 : un lieu avait même été identifié à Gand.

C’est dire si la minitourmente judiciaire tombe à pic pour charger la barque. Eclaboussé malgré lui, le banc d’épreuves ne ferait qu’aggraver son cas. Désormais, il heurte aussi le sens d’une gestion toute en rigueur. Laquelle ferait cruellement défaut au vénérable établissement, liégeois dans les gènes et les tripes. Dans le magazine interne de la N-VA, Koenraad Degroote dégaine de plus belle. Le banc d’épreuves de Liège est un projectile incontrôlé, sans patrons. Personne ne sait s’il suit des règles, s’il s’agit d’une institution publique ou privée. Il échappe pour ainsi dire à toute obligation fiscale ou administrative, par exemple celle de tenir une comptabilité. C’est unique dans ce pays. Un laisser-aller aux antipodes de la « goed bestuur », jugé bien peu digne des deux missions de confiance que les autorités officielles confient à cet organe : la sécurité des utilisateurs d’armes à feu et les impératifs de sûreté publique.

« Un paradis pour individus de mauvaise volonté »

Et l’élu N-VA de balancer, en confiant au Vif/L’Express détenir ses infos à bonne source, du milieu de l’armement. Contacté, le banc d’épreuves réfute à la grosse louche mais préfère ne pas s’étendre sur le sujet en ces circonstances délicates.

Dans le climat ambiant, le réquisitoire a de quoi faire mouche. Laisser un tel lieu sans surveillance sérieuse, avec dans ses murs un stock d’armes en attente de destruction, en ces temps où des djihadistes en mal d’attentats courent toujours, est-ce bien raisonnable ? Ce paradis pour individus de mauvaise volonté (sic) doit être repris en main. Et sa situation juridico-financière clarifiée. Car le banc d’épreuves brasse large, sous l’empire de deux législations distinctes, celle qui remonte à 1888 et l’autre qui date de 2006, et sous la compétence de l’Economie et de la Justice. L’établissement ne vit certes pas du Trésor public mais des contributions financières des fabricants, importateurs ou détenteurs d’armes. A l’exception de la neutralisation et de la destruction des armes saisies, que finance le ministère de la Justice.

Son acte d’accusation sous le bras, Koenraad Degroote désespère moins de pouvoir écorner le monopole liégeois multiséculaire : Un deuxième banc d’épreuves en Flandre serait un « plus ».  C’est de pied ferme qu’il attend du ministre de l’Economie un passage à l’acte. Kris Peeters (CD&V) a bien pris la mesure du défi. L’article 1 de cette très vieille loi de 1888 stipule que le banc d’épreuves des armes est établi à Liège.  » Toucher à cette exclusivité exigera donc de modifier la loi. Rien d’insurmontable, à première vue. Pas même la touche communautaire de la requête, quoique prohibée sous la suédoise.

Crise du photovoltaïque: le difficile retour à la confiance

« Le Soir », 5 janvier 2017

Installer des panneaux solaires reste très rentable en Wallonie mais la demande est pourtant inférieure aux espérances.

Après l’échec du précédent système de soutien accordé au photovoltaïque, les Wallons rechignent à installer des panneaux solaires. Seuls 12.000 ménages ont profité du système de subsides créé en 2014. Le gouvernement wallon avait pourtant prévu d’en faire profiter 36.000 personnes.

Pourtant, l’instance wallonne de régulation de l’énergie se veut optimiste. Après un démarrage très lent, le rythme augmente et ne devrait plus connaître de choc. Des signes encourageants d’un retour de la confiance.