La Wallonie décollera le jour où…

Dans « Le Soir » du 26 janvier 2017

PAR JULES GHEUDE, ESSAYISTE POLITIQUE (1)

Les chiffres qui mesurent le fossé séparant le Nord et le Sud du pays démontrent que la politique menée pour le redressement de la Wallonie n’a pas été efficace. Et ceci n’est pas une question de fatalité, mais de choix !

Il paraît que la Wallonie va mieux. Il est vrai que Jean-Claude Van Cauwenberghe l’affirmait déjà en… 2004 !

Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et qui mobiliseront ce qui en reste. Voilà ce qu’avait répondu, à la fin des années soixante, le président français Charles de Gaulle au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain, qui venait de lui évoquer la situation de la Wallonie.

Paul Magnette est jeune. Mais il ne dit pas la vérité et, face aux défis majeurs qui attendent la Wallonie, la population reste d’une inquiétante apathie.

La méthode Coué et les chiffres tiennent des langages diamétralement opposés.

La première nous dit : La Wallonie n’est pas à la traîne ni en retard de développement. Elle ne vit pas aux crochets de la Flandre. Il n’y a pas de surconsommation wallonne en matière de santé. Jamais autant d’emplois n’ont été créés. Nous nous rapprochons de la moyenne belge.

A cela, les chiffrent répondent :

  1. En 2015, la Flandre a exporté 79 % du total des exportations belges, la Wallonie 18 % et Bruxelles 3 %. Cela représente 185,8 milliards d’euros pour la Flandre contre 42,6 milliards pour la Wallonie.

En comparant les deux premiers trimestres de 2016 avec ceux de 2015, on constate que la Flandre connaît une hausse de 6,3 % et la Wallonie une chute de 5,3 %.

Il s’agit ici des statistiques de la Banque Nationale de Belgique, les plus fiables.

  1. Certes, le chômage wallon est en train de baisser légèrement. Mais il atteint toujours un taux de quelque 14 %, soit plus du double qu’en Flandre.

Coordinatrice scientifique à l’Institut wallon pour l’Evaluation, la Prospective et la Statistique, Béatrice Van Haeperen nous explique : En 1983, moins de trois points de pourcentage séparaient le taux de chômage le plus bas, observé en Flandre (10,7 %), et le plus élevé, observé en Wallonie (13,5 %). En 2015, l’écart entre ces deux régions a explosé, passant à sept points.

  1. Une étude du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds (mutuelle flamande et neutre) révèle que l’écart communautaire n’a cessé de croître.

En 2015, les dépenses par ayant droit en Flandre s’élevaient à 2.109 euros, contre 2.245 en Wallonie, soit une différence de 136 euros. En 2010, l’écart était de 50 euros. Il a donc plus que doublé en cinq ans.

En ce qui concerne les contributions, elles représentaient, en 2014, 19.265 euros par ayant droit en Flandre, contre 15.061 en Wallonie.

L’évolution est également frappante en ce qui concerne les journées d’hospitalisation pour incapacité de travail ou invalidité. Alors que la différence entre la Flandre et la Wallonie était de 3,8 jours il y a cinq ans, elle est aujourd’hui de 5,7 jours.

  1. Contrairement à la Flandre, la Wallonie ne parvient pas à réaliser l’équilibre budgétaire. Son budget 2017 a été bouclé avec un déficit de 300 millions d’euros.
  2. Paul Magnette a déclaré que sans la culture et l’enseignement, la Wallonie est eunuque. Mais c’est son parti, le PS, qui refusé, en 1980, de suivre l’exemple flamand de la fusion régional-communautaire.

En attendant, le dernier rapport Pisa révèle l’écart entre les performances des élèves flamands et francophones.

Avec un résultat de 483 points en lecture, la Communauté française arrive en 35e position, soit en retrait de 10 points par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE (493) et loin derrière la Flandre qui, avec 511 points, se classe 10e. En mathématiques, la Flandre totalise 521 points, contre 493 pour la Wallonie.

Le déclin industriel de la Wallonie a débuté à la fin des années 50. Que n’a-t-on entendu dire que la Belgique unitaire, sous emprise flamande (l’Etat CVP !), n’a pas fait le nécessaire pour redresser la situation. De fait, jusqu’en 1977, les aides de l’Etat n’ont fait qu’accompagner le recul économique de la Wallonie, tandis que tout était mis en œuvre pour investir en Flandre dans des secteurs porteurs d’avenir et créateurs d’emplois.

Mais depuis 1980, la régionalisation est intervenue et, à travers les réformes successives de l’Etat, n’a cessé d’amplifier ses effets. Depuis 1980, force est aussi de constater que la ministre-présidence du gouvernement wallon a été confiée, de façon quasi ininterrompue, au PS. Difficile donc de nier l’influence que ce parti a pu avoir sur la conduite des affaires.

Il est clair que la politique menée n’a pas été efficace. Il ne faut pas, en effet, 35 ans pour qu’un pays ou une région en difficulté puisse se redresser. Il n’y a pas de fatalité. Ce n’est qu’une question de choix politique, comme l’a bien montré Gerhard Schröder en Allemagne.

Invité sur le plateau de France 2 en 2014, Guy Verhofstadt a précisé : «  J’ai été pour la première fois ministre du Budget au moment où nous avions 137 % de dette publique. C’était un record historique. Et on a réussi à diminuer jusqu’à 80 %. Avec de la croissance ! »

Le mal wallon est bien connu. Il a pour nom « hypertrophie politico-administrative » et est causé par l’affairisme et le clientélisme. Le scandale Publifin en est l’exemple le plus récent.

La Wallonie décollera vraiment le jour où ses dirigeants auront mis en place un réseau dense de PME innovantes et offert aux entrepreneurs l’oxygène nécessaire pour aller franchement de l’avant. Il faut également jeter un magistral coup de pied dans cette fourmilière des intercommunales, abroger le cumul des mandats, opérer les rationalisations et dégraissages nécessaires. On pense ici aux filières du TEC, aux réseaux d’enseignement, à l’institution provinciale. Sans discipline budgétaire, point de salut possible !

Nous vivons au-dessus de nos moyens et en dessous de nos capacités, disait l’économiste Robert Deschamps, qui vient de nous quitter.

Aux Wallons de faire entendre leur voix pour amener les dirigeants à emprunter enfin la bonne voie !

(1) Dernier livre paru : Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes, Mon Petit Editeur, Paris, 2016.