«Mafia wallonne»: la Flandre se saisit de l’affaire Publifin

J.Dy, « Le Soir », 19 janvier 2017

L’affaire choque de l’autre côté de la frontière linguistique.

L’intercommunale wallonne Publifin, autrefois appelée Tecteo, est dans l’œil du cyclone depuis le 20 décembre dernier. Si tous les médias francophones en parlent depuis plusieurs semaines, la Flandre, elle, découvre seulement l’affaire.

De l’autre côté de la frontière linguistique aussi, le scandale Publifin choque. De Morgen n’y va pas de main morte avec le titre « Mafia wallonne ». « L’affaire Publifin place le PS dans une situation désespérée », estime le quotidien flamand. « Le parti risque à nouveau de perdre certains de ses partisans au profit de la gauche radicale PTB. Le problème d’image est encore plus grand »De Morgen souligne que le clientélisme des socialistes est à nouveau mis en lumière.

Cette affaire pourrait-elle avoir affecté les relations internes du parti ? Le quotidien pose la question. « Pendant les négociations du Ceta, le ministre-président wallon Paul Magnette s’est révélé être l’étoile politique des socialistes. En outre, il incarne davantage le changement que Di Rupo, loin de la vieille culture politique. Si cela va jouer à son avantage, cela reste à voir ».

De Tijd aussi revient sur ce « scandale wallon ». Publifin-Nethys n’est pas « une société d’investissement qui aide financièrement les entreprises wallonnes à se développer » mais une « prise de contrôle de pure, de style ancien », estime le quotidien. « Le but est d’avoir les leviers dans les mains et d’exercer ainsi un pouvoir économique. Et du pouvoir économique peut être construit un pouvoir politique. Les politiciens des autres partis sont plongés dans le bain, lorsqu’ils se voient offert des mandats lucratifs qui les rendent complices et qui permettront d’étouffer leurs possibles critiques », analyse De Tijd.

Mais il va encre plus loin. « Pour apaiser l’indignation en Wallonie sur les rémunérations bizarres de Publifin-Nethys, des têtes doivent tomber. Celles d’un certain nombre de petites crevettes. On ne touche pas aux grands garçons, comme Stéphane Moreau. Ils sont intouchables, parce qu’ils se sont rendus eux-mêmes puissants. Le PS a plus besoin d’eux qu’eux du PS ».

De Standaard va encore plus loin, puisqu’il titre : « La Wallonie doit vider sa fosse à fumier »« L’affaire inflige de lourds dégâts à la politique wallonne (…) Elle donne encore plus à la politique wallonne une image de caste intouchable ».

Pour Het Belang van Limburg, cette affaire est « avant tout un désastre pour le PS »« Pour la gauche ultra PTB, ce scandale est une aubaine pour dépeindre à nouveau son ennemi politique comme une bande de ‘poenpakkers’ (d’après la BD, qui désigne des personnes cupides, ndlr)  ».