Les juges allemands bloquent le « Bye bye Bavière »

Article de Tex Van Berlaer, « Doorbraak », 11 janvier 2017. Traduction de Jules Gheude

La Cour constitutionnelle à Karlsruhe a décidé que la Bavière, le second Etat fédéré de l’Allemagne, ne pouvait pas se séparer unilatéralement de la République fédérale. L’Espagne s’est d’emblée saisi de l’arrêt pour mettre des bâtons dans les roues du mouvement indépendantiste catalan.

Si la Bavière veut se scinder de l’Allemagne, il faut que tous les Allemands aient l’opportunité de se prononcer à cet égard. C’est ce qu’ont estimé les juges de la Cour constitutionnelle, le lundi 2 janvier.

Les Etats fédérés allemands, qui disposent d’une large autonomie pour certaines tâches, ne semblent donc pas aussi autonomes qu’ils le pensent peut-être. Le droit même de pouvoir décider d’organiser un référendum sur une sécession à l’écossaise est, selon l’interprétation de la Constitution allemande, impossible.

Le journal « Frankfurter Allgemeine Zeitung » qualifie la sécession de la Bavière  – ou de quelque autre Etat fédéré – de juridiquement impensable. Il ne peut donc être provisoirement question d’un « Bayxit », que redoutent les Allemands fédéralistes.

L’arrêt est une gifle infligée au mouvement indépendantiste bavarois, qui voit ainsi s’envoler ses chances de pouvoir organiser légalement un référendum sur le modèle écossais.

Pour l’instant, il semble qu’ils devront emprunter la voie catalane et se mettre en dehors de la loi de la République fédérale pour pouvoir obtenir la scission. En ont-ils vraiment le désir ? La question est posée.

La Bavière compte 13 millions d’habitants. On trouve, ici et là, le chiffre de 23% de Bavarois favorables à l’instauration d’un Etat propre. Près d’un quart des Bavarois  souhaiterait donc dire tchüss à l’Allemagne. Le chiffre est souvent cité par Wilfried Scharnagel de la CSU, qui a sorti en 2012 le livre intitulé « Bayern kann es auch allein » (La Bavière peut aussi s’en sortir seule).

Au sein du parti-frère de la CDU de Merkel, on trouve donc  une forte tendance séparatiste. En outre, il y a le petit BayerrnPartei, qui s’engage pleinement pour l’indépendance. Cette formation plutôt conservatrice ne dispose toutefois d’aucun siège au parlement bavarois.

Malgré le peu d’informations scientifiques fiables dont on dispoose, on peut toutefois dire que le soutien à la séparation bavaroise est nettement moins grand qu’en Catalogne. Mais il est vrai qu’on ne sait jamais ce qu’il en est avec la « majorité silencieuse »…

Une chose est sûre : l’arrêt sera un précédent pour l’Espagne. Les sécessionnistes catalans peuvent-ils maintenant prétendre que l’Allemagne n’est pas une démocratie ?, écrit un lecteur dans un courrier adressé au journal « El Pais ».

Pour ceux qui sont attachés à l’Espagne, il est impensable que les séparatistes catalans ignorent le système légal du pays et passent en force. Les partisans d’une Catalogne indépendante estiment, eux, que l’Espagne n’est tout simplement plus compétente en ce qui concerne la volonté populaire de la région nord-est. C’est ce qu’ont encore souligné d’éminents représentants catalans, mardi, lorsqu’ils furent reçus à Bruxelles, notamment par le ministre flamand Ben Weyts (N-VA).

Weyts a même posé avec la première constitution catalane, que lui a remise l’activiste Anna Arqué. Le ministre a repris un message d’un membre local de la N-VA, qui avait qualifié le tout nouveau document d’exemple pour la Flandre.

Les Catalans ne sont donc pas découragés par cette interprétation constitutionnelle allemande. Pour les séparatistes bavarois, le moment de la réflexion est venu. Nul doute qu’ils suivront de très près l’évolution en Espagne.

Et si la porte du frigo communautaire doit se rouvrir, la Belgique pourrait encore alimenter l’inspiration.