Archives mensuelles : décembre 2016

Affaire Publifin : Une « prime » de… 35 euros qui passe mal

David Leloup, « Le Vif », 25 décembre 2016

En plein scandale Publifin, une partie du personnel a reçu une lettre annonçant l’octroi d’une prime qui vous permettra de garnir la hotte du Père Noël. Son montant ? 35 euros. Soit ce que le moins assidu des mandataires « siégeant » dans un comité de secteur a gagné en moins de… 4 secondes.

Indécent, cynique, aberrant, surréaliste ».. Les qualificatifs ne manquent pas dans la bouche de certains membres du personnel dépendant de Publifin. Ils ont la désagréable impression qu’on se paie leur tête… Mercredi, au lendemain de «  de l’intercommunale, les employés de l’opérateur Resa SA, gestionnaire des réseaux de gaz et d’électricité contrôlé par Publifin, ont reçu un singulier courrier signé par Stéphane Moreau, CEO de Nethys (filiale opérationnelle de Publifin) et Bénédicte Bayer, directrice générale de Publifin.

À l’entame des fêtes de fin d’année, le moment est bien choisi pour vous remercier, toutes et tous, pour votre mobilisation personnelle tout au long de cette année 2016, annonce la missive. Ainsi, cette année votre carte Sodexo sera créditée d’un chèque-cadeau, d’une valeur de 35€, qui vous permettra de garnir la hotte du Père Noël. Le moment était évidemment on ne peut plus mal choisi pour annoncer ces maigres étrennes lorsqu’on sait que leur montant correspond à ce qu’un mandataire a empoché, brut, en 3,3 secondes de réunion au comité de secteur Télécom. Entre octobre 2013 et décembre 2016, ce mandataire a été présent à deux réunions sur dix, ce qui correspond à des émoluments record de 636,20 euros brut la minute prestée.

Les chiffres publiés jusqu’ici avaient été calculés en août 2016 par Cédric Halin, l’échevin des finances d’Olne à l’origine des révélations. Depuis, les comités de secteur se sont réunis à deux reprises (en septembre et novembre), accentuant encore les montants perçus « à la minute », pour les absents. Certains ont reproché à la presse ce calcul à la minute prestée. Il est cruel, mais correct en ce qui me concerne, reconnaît ce mandataire. Il n’y avait aucun travail préparatoire ou autre à réaliser en-dehors des réunions.

De source syndicale, on explique que cette prime de 35 euros, qui tombe bien mal cette année, a été obtenue en 2005 pour les statutaires de l’Association liégeoise du gaz (ALG). Lors de la fusion avec Tecteo en 2011, on a réussi à conserver cette prime, qui n’est ni un treizième ni un quatorzième mois. Et l’an dernier elle a été élargie au personnel de l’ex-ALE employé par Resa, pour maintenir la paix sociale.

L’année 2017 qui s’annonce à grands pas aura son lot de challenges à relever qui nécessiteront votre implication, votre enthousiasme et votre énergie ; nous comptons sur vous pour relever ces nouveaux défis, enjoint la lettre. Mais chez certains employés, le timing du courrier et le montant de la prime, vu le contexte, n’ont pas vraiment atteint l’objectif motivationnel recherché.

De leur création le 21 juin 2013 à leur dissolution le 22 décembre 2016, les trois comités de secteur de Publifin auront couté, rien qu’en émoluments payés aux membres et en cotisations sociales versées à l’INASTI, quelque 2.336.000 euros à l’intercommunale. A ce coût, il convient d’ajouter les frais de personnel chargé d’encadrer les réunions, le secrétariat, et les charges liées à la mise à disposition des salles de réunion.

2017

Pour l’année nouvelle,  le Gewif vous donne rendez-vous dans cette rue.

Nos meilleurs vœux vous accompagnent !

Les caisses de l’AWEX sont vides : plus aucun subside n’est versé aux entreprises depuis des mois

Nicolas De Decker, « Le Vif », 22 décembre 2015

La réforme des aides à l’exportation en Région wallonne, voulue par le ministre Marcourt et mise en oeuvre en janvier dernier, est un grand succès. Un trop grand, même, puisque l’enveloppe de quelque huit millions d’euros prévus cette année est vide depuis la fin de l’été… et que les entreprises qui y ont droit ne percevront leurs subsides que l’an prochain.

Avant, c’était compliqué. Aujourd’hui, c’est simple. Du coup, tout le monde le fait. Et donc il n’y a plus de sous.

Jusqu’à la fin de 2015, un entrepreneur wallon qui désirait partir à la conquête des marchés étrangers pouvait se faire aider par l’Agence wallonne à l’Exportation. Mais pour cela, il devait choisir parmi une quinzaine d’incitants financiers possibles, rendre un dossier complet, contrôlé du début à la fin de la procédure, et pouvait ensuite, éventuellement, recevoir son écot. Le parcours était fastidieux, et en rebutait manifestement certains. Le ministre régional de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, à qui certains prêtent pourtant l’intention de faire du mal à l’AWEX, a voulu simplifier et faciliter les procédures.

Depuis janvier dernier en effet, d’une part, le versement du subside se fait sur simple déclaration de créance et d’un rapport commercial, et ce n’est qu’a posteriori que l’entreprise peut devoir produire les pièces justificatives, sur demande de l’AWEX.

Et, d’autre part, la quinzaine de catégories d’incitants a été réduite à cinq (l’accompagnement par un spécialiste, les campagnes de communication, la participation à des salons, la prospection en dehors de l’Union européenne, et l’implantation d’un bureau à l’étranger).

Les entreprises wallonnes se sont ruées sur cette nouvelle aubaine. Mais l’enveloppe budgétaire allouée, elle, est restée à la hauteur de l’ancien régime : 8.100.000 euros, qui se sont très vite distribués. Depuis septembre, je ne sais plus quoi inventer pour faire patienter les entreprises qui y ont droit, et tout le monde ne le prend pas calmement, explique un agent de l’AWEX. Nous n’avons effectivement plus rien déboursé depuis octobre, confirme-t-on au siège de l’agence, à Bruxelles. Depuis lors, il y en a pour quelque deux millions d’euros d’aides promises, et donc dues, qui n’ont toujours pas été déboursées. Les années précédentes, lorsque ça arrivait, on trouvait toujours quelque part une ligne budgétaire pour assumer nos engagements. Mais ici, et avec cette ampleur, c’est du jamais-vu, s’énerve le même agent.

Régularisation en janvier

La direction de l’agence, elle, tient à rassurer ses employés comme ses clients : Nous n’avions pas prévu l’ampleur de ce succès, c’est vrai, mais tout l’arriéré sera résorbé en janvier prochain. Et même si l’enveloppe prévue pour les années suivantes n’a pas été augmentée, la Région a pris conscience du problème, et a déjà prévu des budgets du Plan Marshall pour combler les éventuels dépassements pour les exercices 2017 et 2018. La Wallonie ne s’arrêtera donc pas de conquérir le monde. Même si ça coûte plus cher que prévu.

Brexit: les plans de Theresa May et de l’Écosse se précisent

« Le Vif », Afp, 20 décembre 2016

La Première ministre britannique Theresa May a déclaré mardi vouloir boucler dans les deux ans prévus par le Traité de Lisbonne les négociations de sortie de l’UE, n’excluant pas toutefois un accord de transition pour amortir le choc du divorce.

Theresa May et Nicola Sturgeon

Je m’attends à ce que nous soyons capables de négocier un accord dans la période de deux ans et il n’est pas dans notre intention d’étendre cette période de négociation, a déclaré la dirigeante conservatrice au cours d’une audition devant les chefs des différentes commissions du Parlement britannique.

Theresa May faisait référence à la période de négociation de deux ans qui s’ouvrira avec Bruxelles une fois l’article 50 du Traité de Lisbonne activé, ce qu’elle compte faire d’ici à la fin mars.

Mais il pourrait arriver que certains aspects pratiques requièrent une période de mise en oeuvre par la suite, a-t-elle expliqué, ouvrant potentiellement la voie à un accord de transition qui permettrait d’éviter une sortie trop abrupte du giron européen, en particulier pour les entreprises.

Nous discuterons pour déterminer si nous avons besoin d’une phase de mise en place, a précisé Mme May, soulignant que le gouvernement britannique pourrait lui-même avoir besoin de s’ajuster »à la nouvelle donne.

Cette éventualité, évoquée pour la première fois aussi clairement par Mme May, a également reçu le soutien du ministre des Finances Philip Hammond, qui, la semaine dernière, avait estimé qu’elle permettrait d’éviter des perturbations, notamment dans le système financier.

Bruxelles a toutefois prévenu qu’il était difficile d’imaginer une période transitoire avant de définir précisément les termes de la future relation avec l’UE.

Theresa May a également indiqué qu’elle souhaitait mener en parallèle les négociations de sortie de l’UE et celles portant sur les futures relations commerciales entre le Royaume-Uni et le bloc européen, un enjeu majeur pour l’économie britannique.

Pressée de questions sur sa stratégie, Mme May a indiqué qu’elle ferait un discours en janvier 2017 pour évoquer plus avant son approche des négociations.

Theresa May a en revanche éludé la question d’un député qui l’interrogeait pour savoir si le Parlement voterait sur l’accord de sortie de l’UE.

L’Ecosse dévoile son plan pour rester dans le marché unique

De son côté, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a elle présenté son plan pour que l’Écosse, qui a voté pour un maintien dans l’Union européenne, reste membre du marché unique en dépit du Brexit, menaçant à nouveau d’un référendum d’indépendance si nécessaire.

Nous sommes déterminés à ce que l’Écosse conserve sa place au sein du marché unique, a déclaré Mme Sturgeon à Édimbourg, lors de la présentation de son plan pour que l’Écosse conserve sa place au sein du marché unique européen.

J’accepte le fait qu’il y ait un mandat, confié par l’Angleterre et le pays de Galles, pour faire sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais je n’accepte pas l’idée qu’il y ait un mandat pour sortir quelque partie que ce soit du Royaume-Uni du marché unique, a-t-elle dit.

Les Ecossais n’ont pas voté pour le Brexit, et un +Brexit dur+ causerait un grave préjudice à l’économie écossaise, a affirmé la cheffe du parti indépendantiste écossais (SNP), estimant qu’une sortie du marché unique pourrait coûter 80.000 emplois à la région.

Dans son plan, elle propose que l’Écosse, qui a voté à 62% pour rester dans l’UE lors du référendum du 23 juin, reste membre du marché unique à travers l’Espace économique européen (EEE) et l’Association européenne de libre-échange (AELE), à l’instar de la Norvège, de l’Islande et du Liechtenstein, trois états non-membres de l’UE.

Elle a toutefois ajouté que son option favorite est celle d’une Écosse indépendante et membre de l’UE.

Réagissant à ces propositions, la Première ministre britannique Theresa May s’est dit prête à les étudier sérieusement, tout en mettant en garde contre les velléités indépendantistes des nationalistes écossais.

Si l’Ecosse devait devenir indépendante, non seulement elle ne serait plus un membre de l’Union européenne mais elle ne serait plus non plus un membre du marché unique de l’Union européenne ni un membre du marché unique du Royaume-Uni, a-t-elle dit devant une commission du Parlement.

Un porte-parole de la Première ministre britannique Theresa May avait souligné auparavant que le gouvernement était « déterminé à obtenir un accord (…) qui soit valable pour le Royaume-Uni dans son ensemble — ce qui inclut clairement l’Écosse ».

La meilleure façon d’y parvenir est que le gouvernement et les administrations locales travaillent ensemble, a-t-il ajouté.

 

Huit millions de « francophones » en Belgique : adjugé, assume Reynders

Pierre Havaux, « Le Vif », 19 décembre 2016

Le ministre MR des Affaires étrangères valide le recensement linguistique de l’Organisation Internationale de la Francophonie qui fait hurler la Flandre. Il fut un temps où la N-VA exigeait que le gouvernement Di Rupo  » rectifie ce mensonge. » Et aujourd’hui ?

 

C’est le comptage qui glace le sang du flamingant le moins endurci. Parce qu’il a le toupet de ravaler le néerlandais au rang de langue largement minoritaire en Belgique. Ce « crime » statistique est signé, et de longue date, par la très officielle Organisation Internationale de la Francophonie à laquelle adhère l’Etat belge. L’OIF persiste à décréter la langue de Voltaire en usage chez plus de 70% des habitants du Royaume. Son compteur recense pour 2015, à l’unité près, 8.088.711 locuteurs de français parmi 11,2 millions âmes.

De quoi laisser plus d’un Flamand pantois. A fortiori s’il a la fibre nationaliste. En son temps, la députée N-VA Zuhal Demir, abasourdie par une telle énormité, n’y voyait qu’une preuve évidente de mauvaise volonté, l’indice flagrant d’un manque de loyauté à l’égard des Flamands de la part de certains cercles francophones. J’exige que le gouvernement rectifie ce mensonge, vitupérait alors l’élue du parti de Bart De Wever. C’était au temps où le socialiste francophone Elio Di Rupo endossait le costume de Premier ministre et où la N-VA pérorait dans l’opposition au fédéral.

Le « mensonge » avait tenu bon. Il survivra sous la suédoise, alors que le libéral francophone Charles Michel se maintient au 16 rue de la Loi et que la N-VA s’est hissée au pouvoir fédéral. Il survivra à cause de la « mauvaise volonté » et du « manque flagrant de loyauté à l’égard des Flamands » dont fait preuve l’actuel ministre des Affaires étrangères.

Francophones ou locuteurs de langue française ?

Relancé sur cette question communautaire par le Vlaams Belang, qui jouit de la liberté de l’opposition, Didier Reynders (MR) valide le chiffre qui fait hurler la Flandre nationaliste. Il ne désavoue pas la démarche méthodologique de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone, institut établi à Québec qui est à la base du comptage retenu par l’OIF. Didier Reynders peut tout expliquer. Même l’inexplicable, aux yeux de la Flandre. Ce nombre comprend les personnes de langue maternelle française et celles de langue maternelle autre que le français. Cette façon de compter large peut étonner ? Didier Reynders ne le croit pas : Elle tient compte des meilleures sources statistiques disponibles, la méthodologie paraît sérieusement étudiée, elle est minutieusement précisée.

Rien de trompeur ni de mensonger derrière tout cela. A condition d’accepter de jouer sur les mots et de ne pas tout confondre : une personne capable de parler le français n’est pas systématiquement un francophone. Ce genre de subtilité échapperait à la Flandre. D’autant que, comme pour mieux contredire la nuance apportée par le ministre belge des Affaires étrangères, la carte du monde déployée sur le site officiel de l’OIF livre l’estimation « des francophones » sur tous les continents. Un clic de souris sur la minuscule case « Belgique » et le chiffre de 8.088.000 « francophones » saute aux yeux comme par enchantement.

Voilà qui risque peu d’ôter la furieuse envie de la Flandre de quitter les parages de cette francophonie qu’elle fréquente bien malgré elle sous pavillon belge. En avril 2015, son ministre-président, Geert Bourgeois (N-VA), appelait ouvertement la Belgique à se retirer de l’OIF, instrument de promotion de la langue française qui ne devrait être que « l’affaire de la Communauté française. » Et de huit millions de locuteurs ?

Enseignement: la réforme des titres et fonctions est dans l’impasse

BDO, « La Libre », 16 décembre 2016

La réforme des titres et fonctions entrée en application en septembre dernier restera dans le monde de l’enseignement comme la grande saga de l’année 2016.

Pour rappel, cette réforme a pour objectif de remettre de l’ordre dans le recrutement des enseignants. De manière plus objective qu’auparavant, elle fixe les titres qui sont nécessaires et prioritaires pour enseigner un cours. A titre d’exemple, au moment des recrutements, un prof de physique bénéficie dorénavant d’un « titre requis » pour enseigner la physique, et est prioritaire face à un biologiste, qui ne bénéficie que d’un « titre suffisant » pour enseigner ce cours. Une école ne pourra ainsi engager le biologiste pour enseigner la physique que si elle a fait la preuve qu’elle n’a pas pu trouver un prof en possession d’un titre requis.

Souhaitée par tous, cette réforme a cependant semé le chaos. La charge de travail administratif pour les directions a explosé, la gestion des équipes éducatives s’est complexifiée et, surtout, des milliers d’élèves ont perdu des heures de cours, tant il est devenu difficile d’assurer les remplacements.

La ministre de l’Education Marie-Martine Schyns (CDH) n’est pas restée inactive face à la colère du terrain. Entre autres assouplissements temporaires, elle a permis que, jusqu’au 30 juin, les directions n’aient plus l’obligation de produire un PV de carence pour justifier le fait qu’ils engageaient un prof n’ayant qu’un titre suffisant.

Cela a permis de résoudre les principaux problèmes, explique Etienne Michel, le directeur général du Secrétariat de l’enseignement catholique (le Segec). Pour autant, cet assouplissement reste temporaire, et certains s’inquiètent déjà de voir les problèmes resurgir en septembre prochain.

Assouplissements

Pour les éviter, la ministre Schyns a mis également en place un groupe de travail chargé d’envisager des amendements afin d’assouplir à plus long terme le décret. Ce groupe de travail composé essentiellement des syndicats et des pouvoirs organisateurs s’est réuni à plusieurs reprises. Il a ainsi déjà pu engranger des avancées. Les acteurs se sont accordés pour qu’un prof en fonction qui enseigne dans une école un temps partiel en qualité de titre requis, puisse compléter son horaire en assurant un autre cours, même s’il n’a qu’un titre suffisant pour le donner. Cette modification facilitera le travail des directions. Elle facilitera également la vie de l’enseignant qui ne devrait pas jongler entre plusieurs écoles pour avoir un horaire complet. C’est une avancée positive, note Etienne Michel, mais encore insuffisante.

Il s’avère en effet qu’au-delà de cette avancée, le groupe de travail est dans l’impasse. Les syndicats et les PO s’opposent sur une réforme concernant le remplacement. Si, à titre d’exemple toujours, un prof de chimie qui donne en même temps la physique tombe malade, les PO souhaitent que les directions puissent se contenter d’engager un seul prof pour les deux cours. Devoir trouver deux enseignants dans un tel cas aurait pour conséquences de retarder les remplacements, de multiplier les temps partiels et d’accroître les équipes pédagogiques.

Mais voilà, comme le confirme Joseph Thonon, patron de la CGSP-Enseignement, les syndicats sont contre une telle évolution qui toucherait à l’essence même de la réforme.

L’année se poursuit donc sans qu’une solution pérenne ait encore été trouvée, et il est certain que le Segec ne lâchera pas le morceau. Il joue là, devant ses troupes, un bras de fer important pour sa légitimité.

Des intercommunales plus transparentes

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 16 décembre 2016

Le revenu des dirigeants des intercommunales wallonnes et de leurs filiales devra être publié.

La transparence des rémunérations des dirigeants dans les intercommunales est un sujet qui revient souvent dans l’actualité wallonne. Cette fois, on peut cependant dire qu’on avance… Un peu. En effet, jeudi matin, le gouvernement wallon a validé en première lecture le texte déposé par le ministre des Pouvoirs locaux, Paul Furlan (PS).

Si les intercommunales doivent déjà, depuis 2015, être transparentes du moins à l’égard du Parlement et du gouvernement sur les rémunérations des dirigeants via un rapport annuel, leurs filiales seront également soumises à la même transparence. On note quand même certaines exceptions pour les filiales qui en raison de la nature même de leurs activités ne peuvent le faire. Les sociétés à caractère industriel, commercial ou d’investissement, actives sur les marchés, qui seraient détenues par une intercommunale ou une filiale de celle-ci ne sont par contre pas visées par le présent décret, précise le ministre Furlan.

Une sanction est prévue

On apprend encore que le rapport annuel faisant état des rémunérations fera désormais l’objet d’une date butoir (non encore définie) contrairement à la situation actuelle. De plus, si les rapports annuels ne sont pas complets, l’intercommunale fautive sera sanctionnée. La sanction n’a pas non plus encore été définie. Enfin si l’encadrement des rémunérations a déjà été mis en place en 2014, il sera renforcé dans ce nouveau décret.

Le RER wallon ne sera pas terminé avant 2027

« Le Vif », Belga, 14 décembre 2016

La ligne 124 du RER, qui doit relier Bruxelles à Nivelles, sera opérationnelle entre 2027 et 2030, écrit La Dernière Heure mercredi. Le reste du réseau devrait être prêt pour 2024.

 

La ligne 124 est victime du manque de moyens financiers et des problèmes relatifs aux permis d’urbanisme sur son parcours.

Le ministre fédéral de la Mobilité François Bellot estime que les 228 millions d’euros restant dans le fonds RER et les 257 millions d’euros de préfinancements de la Région wallonne seront suffisants pour boucler les travaux sur le réseau suburbain.

La lettre de Jules Gheude à Paul Magnette

Namur, le 12 décembre 2016

Monsieur le Ministre-Président,

Nous sommes à la fin des années soixante. Au professeur Robert Liénard, de l’Université de Louvain, qui lui fait part de ses inquiétudes à l’égard de la situation de la Wallonie, le président de la République française, Charles de Gaulle, répond : Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et qui mobiliseront ce qui en reste.

Ce 13 décembre 2016 marque le dixième anniversaire du documentaire-fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF et force est de constater que la fiction pourrait rejoindre bientôt la réalité.

A la question de savoir si vous vous prépariez à la fin de la Belgique pour 2025, vous répondiez, dans « Le Soir » du 8 janvier 2016 : Non, pas du tout. La fin d’un pays ne peut advenir qu’avec un accord global.

Grave erreur ! Si la mouvance indépendantiste parvient à réunir la majorité absolue au Parlement flamand, celui-ci, fort de sa légitimité démocratique, peut fort bien proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Nous serions alors tout simplement mis devant le fait accompli.

Et François Perin qui, avec sa clairvoyance, avait prévu la chose dès 1981, précisait : Jamais l’Europe, ni l’OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ?

Un ancien ambassadeur français m’a d’ailleurs un jour confié que la France serait le premier pays à reconnaître officiellement une Flandre souveraine. J’en suis intimement convaincu.

Dire la vérité au peuple, c’est lui dire que la Flandre est une nation et que le démantèlement de la Belgique est un processus irréversible. En d’autres termes, il convient de préparer les esprits wallons à l’après-Belgique.

Peut-être croyez-vous qu’une Wallonie livrée à elle-même pourrait s’en sortir ou qu’elle pourrait lier son sort à celui de Bruxelles ?

Une étude réalisée par Rudi Janssens (VUB) en 2013 révèle le caractère illusoire d’un WalloBrux. Les Bruxellois, à 73,9%, souhaitent l’autonomie. Seuls 4,6% optent pour une association avec la Wallonie.

Quant à Jules Gazon, professeur émérite d’économie de l’ULg, il a, au départ des chiffres de 2012, procédé au partage de la dette publique belge entre les Régions au prorata du PIB. Il obtient ainsi, pour la Wallonie, un déficit de plus de 11 milliards d’euros, soit plus de 12% de son PIB et près de 25% de ses dépenses publiques. Sa conclusion est sans appel : Le hasard des chiffres montre qu’une Wallonie autonome présenterait un déficit public par rapport au PIB supérieur à celui de la Grèce en 2009. Dès lors, on sait ce qu’il doit en advenir : un scénario infernal à la grecque. (…) L’effort imposé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel.

Vu ce qui précède, la seule perspective d’avenir pour la Wallonie, en cas de disparition de la Belgique, serait une intégration à la France, avec un statut particulier de large autonomie, que pourrait lui garantir la Constitution française. Comme l’explique Jules Gazon : Le PIB de la France « augmentée » de la Wallonie serait égal à 24 fois le PIB wallon. L’amplitude des effets en termes de déficit public et de dette publique par rapport au PIB serait divisée par 24. Elle serait marginale.

Le général de Gaulle avait bien anticipé les choses, en déclarant : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.

Monsieur le Ministre-Président,

Dans votre discours annuel sur l’état de la Wallonie, prononcé le 13 avril 2016, c’est un portrait quasi idyllique que vous dressez : Vivons-nous aux crochets de la Flandre ? J’affirme que non ! (…) Non, la Wallonie n’est pas une région à la traîne ou en retard de développement. (…) Il n’y a pas de surconsommation wallonne en matière de santé. (…) Il n’y a jamais eu autant d’emplois en Wallonie. (…) Nous rattrapons la moyenne belge.

Les faits, dit-on, sont plus forts qu’un lord-maire. Ils viennent, hélas ! corriger le beau tableau et confirmer ce que Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, déclarait, le 29 octobre 2015 : La Wallonie n’a toujours pas décollé.

Reprenons point par point.

L’emploi, d’abord, où aucun changement majeur n’est intervenu en 33 ans, comme le révèle un récent rapport de l’Iweps (Institut wallon de l’Evaluation, de la Prospection et de la Statistique). Nous apprenons ainsi que le taux de chômage flamand a été divisé en deux, passant de 10,7% en 1983 à 5,2% en 2015, tandis que l’écart avec la Wallonie a explosé, passant à 7 points. L’Iweps pointe les facteurs suivants : niveau trop élevé des salaires, compétences des travailleurs ne répondant pas aux attentes des entreprises, manque de mobilité de la main-d’oeuvre, système d’indemnisation incitant peu au retour à l’emploi.

Cette curieuse manie aussi de relativiser les choses. Ainsi, lorsque les exportations wallonnes chutent de 0,2%, vous affirmez que la situation reste bonne quand on constate que la Flandre enregistre une baisse de 2,5%. Sauf que les exportations flamandes représentent 83,1% des exportations belges, avec un chiffre de 288,8 milliards d’euros !

Vous dites que la Wallonie se rapproche de la moyenne belge.

Pourtant, en consultant un autre rapport de l’Iweps, on constate que, pour les variations d’une année à l’autre du PIB/volume,  on obtient, en 2015, 1,2 en Wallonie contre 1,4 en Belgique et 2,0 dans la zone euro. En 2016, la situation était de 1,2 en Wallonie, 1,5 en Belgique et 1,7 pour la zone euro. Où faut-il voir un rapprochement ?

Si l’on examine à présent le tableau Eurostat 2014 du PIB/habitant pour les régions d’Europe, on remarque  que, pour une moyenne de 100, Bruxelles se situe à 207, la Flandre à 120 et la Wallonie à 86. Bien qu’il ait largement bénéficié des aides européennes (30 milliards de francs belges rien que pour la période 1994-1995 dans la cadre d’Objectif 1), le Hainaut se situe à 76, alors qu’il était encore à 81 en 2003. Vraiment pas de quoi pavoiser !

Selon vous, il n’y a pas de surconsommation wallonne en matière de santé.

Avez-vous pris connaissance de l’étude du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds sur le sujet, qui révèle que les différences communautaires n’ont cessé de croître ?

Ainsi, en 2015, les dépenses par ayant droit en Flandre s’élevaient à 2.109 euros, contre 2.245 en Wallonie. En 2010, l’écart était de 50 euros. Il a donc doublé en cinq ans. En ce qui concerne les contributions, elles représentaient, en 2014, 19.265 euros par ayant droit en Flandre, contre 15.061 en Wallonie.

On constate également une évolution pour ce qui concerne les journées d’indemnisation pour incapacité de travail ou invalidité. Alors que la différence entre la Flandre et la Wallonie était de 3,8 jours il y a cinq ans, elle est aujourd’hui de 5,7 jours.

Pour le VNZ, Flandre et Wallonie ont des approches différentes de la santé. Au Nord, on enregistre, par exemple, moins de jours d’hospitalisation et le rôle du médecin traitant en tant que gestionnaire du dossier médical global est nettement privilégié.

Voilà pourquoi le VNZ plaide en faveur d’une scission de la sécurité sociale, option que, bien entendu, vous rejetez fermement. Geert, arrête de te plaindre des transferts ! avez-vous-même lancé à l’adresse de votre homologue flamand, Geert Bourgeois.

Monsieur le Ministre-Président,

Le 7 juin 2016, vous avez déclaré: Sans l’enseignement et la culture, la Wallonie est eunuque.

Mais n’est-ce pas votre parti, le PS, qui s’est opposé, en 1980,  à ce que la Wallonie fusionne, à l’instar de la Flandre, les institutions régionale et communautaire ?

Outre l’équilibre budgétaire, le gouvernement flamand a pu ainsi adopter un plan qualifié d’historique en matière d’allocations familiales, d’enseignement et de dégraissage de l’institution provinciale.

Votre gouvernement, lui, s’est vu contraint d’annoncer un déficit de 300 millions d’euros pour 2017 et n’a toujours pas tranché la question des allocations familiales. Côté Communauté française, la situation budgétaire n’est guère meilleure et elle risque d’handicaper la mise en œuvre du pacte d’excellence pour l’enseignement.

La nécessité d’une réforme profonde de l’enseignement en Communauté française s’impose pourtant à la lecture du mauvais bulletin Pisa pour les élèves francophones. Avec un résultat de 483 points en lecture, la Communauté française arrive en 35e position, soit en retrait de dix points par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE (493), et loin derrière la Flandre qui, avec 511 points, se classe 10e. En mathématiques, les élèves francophones se situent dans la moyenne de l’OCDE (493), avec un score de 489 points, mais ici aussi loin derrière la Flandre (521). Pour les sciences, la Communauté française obtient un résultat de 485 points, en léger retrait par rapport à la moyenne de l’OCDE (493).

 

2016 a également vu les mouvements de grève dans les prisons et à la SNCB. Ici aussi, un fossé est apparu entre le Sud, jusqu’au-boutiste, et le Nord, davantage pragmatique.

Une interview aura particulièrement retenu mon attention. Celle de Philippe Suinen, l’ancien administrateur général de l’Agence wallonne à l’Exportation (AWEX), dans « La Libre Belgique » du 25 juin 2016. On trouve ici un discours socialiste (l’intéressé fut chef de cabinet d’Elio Di Rupo lorsqu’il était vice-Premier ministre) nettement plus ouvert : Les grèves sont le plus grand problème de la Wallonie. Nous sommes dépendants de cette image de grévistes en matière d’investissements étrangers. (…) Je suis pour un unionisme wallon où tous les partis politiques démocratiques et les partenaires sociaux se mettraient d’accord sur une trajectoire  qui irait, par exemple, jusqu’en 2030. (…) Dans le tax shift, il y a d’excellentes choses. La mesure de Willy Borsus qui exempte les patrons de charges sociales sur le premier travailleur engagé, est l’une des meilleures décisions prises depuis longtemps.

Ne serait-il pas opportun que vous vous inspiriez de tels propos ?

J’ai, pour ma part, toujours pensé que l’affirmation de l’esprit entrepreneurial était la condition indispensable au redressement économique de la Région.

Aussi avais-je apprécié l’appel lancé, le 29 janvier 2016, par le Conseil des PME à Jean-Claude Marcourt, le ministre wallon de l’Economie.

Pour le Conseil, il est impératif de remonter le taux moyen d’employés par entreprise à la moyenne nationale de 11 et de ramener le taux de création net d’entreprises wallonnes à celui de la Flandre, soit 3,2%.

Pour atteindre cet objectif, le gouvernement wallon devrait prendre les cinq engagements suivants : permettre d’entreprendre à tout âge ; étendre le principe de confiance, c’est-à-dire postuler que l’entrepreneur est de bonne foi et lui faciliter les procédures ; promouvoir la réussite ; encourager la prise de risque ; mettre l’administration au service de l’entreprise.

Mais comme il est difficile de passer du souhait à la réalité !

Enfin, impossible de clôturer cette année 2016 sans évoquer la saga du CETA. Sans doute celle-ci aura-t-elle permis de parler de vous et de la Wallonie dans le monde entier, mais ne relève-t-elle pas davantage d’une stratégie politicienne – reprendre la main face à un PTB qui grimpe dangereusement dans les sondages ! – que d’un réel souci démocratique ?

Tant l’Union wallonne des Entreprises que l’AWEX avaient souligné l’importance de ce traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, voyant là une opportunité d’accroître nos exportations, dont vous estimez d’ailleurs le niveau insuffisant.

Fallait-il vraiment ce bras de fer de dernière minute ? Comme si 50.000 tonnes de boeuf canadien (élevé aux hormones, bien entendu,  ce que nous n’avons jamais osé faire…) allaient être déversées sur la Place d’Armes de Namur ! La déclaration interprétative que vous avez obtenue n’a d’ailleurs modifié en rien les termes du traité.

Cette affaire vous a amené, ce 5 décembre, à présenter  « La Déclaration de Namur ». Conçue avec le concours d’une quarantaine d’universitaires européens et nord-américains, elle vise à changer la manière dont l’Europe envisage ses accords commerciaux.

Peut-être la Wallonie devrait-elle commencer par s’interroger sur la nature de certains pays avec lesquels elle noue des liens commerciaux et qui, contrairement au Canada, sont loin de partager nos valeurs. La vente d’armes à l’Arabie saoudite ne pose-t-elle pas un véritable problème moral ?

Comment la Wallonie évoluera-t-elle en 2017 ? A en juger par la proposition faite par votre ministre de l’Emploi, ce 6 décembre,  on peut nourrir des inquiétudes. Eliane Tillieux envisage, en effet, de tester la réduction du temps de travail au sein de  l’IFAPME, un organisme public occupant environ 350 personnes. Comme si l’expérience des 35 heures en France n’avait pas suffisamment démontré son impuissance à réduire drastiquement le chômage ! Le Syndicat neutre pour Indépendants (SNI) n’a d’ailleurs pas manqué de réagir :
La réduction du temps de travail avec le maintien (d’une partie) du salaire fera fondre notre économie vu les coûts salariaux élevés dans notre pays. Cela signifierait un coup mortel pour notre économie.

Voilà, Monsieur le Ministre-Président, les considérations que je souhaitais partager avec vous en cette fin d’année.

En vous présentant mes bons vœux pour 2017, je vous prie de croire en mes sentiments les meilleurs.

Jules GHEUDE

 

Etude PISA : le MR dénonce la «désinvolture» de la ministre Schyns face «aux résultats catastrophiques»

« La Libre », Belga, 7 décembre 2016

L’opposition MR a dénoncé mercredi la« désinvolture de la ministre de l’Education, Marie-Martine Schyns, face aux « résultats catastrophiques » pour la Fédération Wallonie-Bruxelles livrés mardi par l’étude Pisa de l’OCDE.

Selon la ministre, le Pacte d’excellence va tout régler d’un coup de baguette magique, alors que celui-ci n’est ni lancé, ni budgétisé…, réagit la cheffe de groupe MR au Parlement de la Fédération, Françoise Bertieaux.